Titre: Trop de sang sur les murs
Auteur: Aria On The Planete
Rated: T
Personnages: Viktor (le tueur de Unknown Movies) – OC
Bêtas-lectrice: Anotherstep et TimeyMawi, merci à elles !
Trop de sang sur lesmurs
Il marchait.
Qui était ce « il » ? Oh, il ne le savait plus lui-même. Sa vie était banale, avant. Un travail, une voiture, un jardin... Il avait un nom, avant. Victor ? Viktor ? Il ne savait plus. Enfin, ce n'est pas comme si c'était important de toute façon.
Et puis, plus rien. Il avait explosé, éventré sa routine quotidienne, tachant de sang les murs neutres de sa vie d'avant. Certains fuyaient le monde avec la musique, l'écriture, les films.
Lui, avec le crime.
Et maintenant ? Il marchait, seul, le soir d'Halloween. C'était con, mais pour une fois, il n'avait pas envie de tuer et de s'enfuit.
Il ne savait même plus qui il fuyait. Le flic qui le pourchassait, ou le monstre qu'il était devenu ?
Observant son souffle qui se transformait en vapeur à cause du froid, il fit quelques pas et releva la tête, les mains dans les poches de son vieux manteau, à l'entente de rires teintés d'innocence.
Il était dans un quartier résidentiel, dans il-ne-savait quel village perdu dans la campagne, et les gamins profitaient de la fête pour sortir « tard » –il était à peine 21 heures mais il faisait déjà nuit– et enfiler des déguisements de sorcières, vampires ou fantômes qui se ressemblaient tous.
À quelques mètres de lui, un groupe de trois ou quatre gosses attendait fébrilement devant une maison qu'on leur ouvre pour leur offrir les vieux bonbons périmés, conservés chaque année pour le prochain Halloween.
Les enfants riaient à la blague qu'avait faite un garçon habillé en Harry Potter, et s'extasièrent devant les sucreries que leur tendait une ménagère quelconque. Les gamins repartirent et il fit quelques pas, s'éloignant des lampadaires pour qu'ils ne le voient pas.
Il frotta ses mains pour les réchauffer, ignorant délibérément le sang séché sous ses ongles rongés.
Ses jambes, prises d'un élan inattendu, le menèrent devant la porte de la maison, sans réfléchir au risque qu'il prenait si on le reconnaissait.
Il leva sa main fatiguée et n'hésita pas à toquer à la porte décorée de fausses toiles d'araignées.
Une femme, la quarantaine et les cheveux grisonnants, lui ouvrit et écarquilla les yeux en le voyant.
« ...Bonsoir. » hésita-t-elle. « Vous êtes là pour des bonbons ? »
Elle avait l'air interloquée par l'âge de cet homme.
« Oui. » répondit-il sans réfléchir.
« Vous ressemblez au tueur en série dont tout le monde parle en ce moment. »
« On me dit souvent que je lui ressemble, alors j'en ai profité pour Halloween. » déclara-t-il en passant sa main dans sa chevelure folle.
Il n'y croyait pas lui-même.
D'ordinaire, il aurait simplement tué cette femme –si l'on pouvait tuer « simplement » une personne– et serait reparti.
Mais là, rien. Il sourit maladroitement à la femme qui lui tendit des bonbons, encore un peu méfiante, et les glissa dans une de ses poches.
« Faites attention. » conclut simplement la ménagère en refermant précipitamment la porte.
Il sortit son paquet de cigarette, en alluma une et le rangea avec le briquet dans sa poche.
Il repartit lentement, réfléchissant.
Pourquoi n'avait-il pas tué cette femme ? Pourquoi ce soir était-il si faible ?
Il s'éloigna de la baraque, et continua au hasard des rues, croisant quelques groupes d'enfants.
Ses errances le menèrent à un banc, dans un parc vide et il s'y assit, pensif.
Il devait partir de ce village, la femme d'avant l'avait sûrement déjà signalé à la police du coin. De toute façon, sa voiture était parquée à la sortie du village, alors si les flics la trouvaient, ils mettront du temps à le repérer, lui.
Perdu dans ses pensées, il ne fit pas attention au groupe d'adolescent qui venait de pénétrer dans le parc. Il releva la tête quand il les entendit rire.
Trois garçons, deux filles, de 15-16 ans. Cette fois, il ne pouvait qu'admirer leur déguisement. Ils avaient tous un maquillage de zombie plus que réussi, sauf une fille qui s'était étalé beaucoup trop de noir autour des yeux et qui s'était apparemment aspergée de faux sang.
Si ce n'était pas Halloween, il y aurait presque cru.
Les gamins s'approchèrent de lui et s'arrêtèrent devant le banc.
« Hé, » l'interpela un des mecs, « vous êtes le type qu'on recherche partout, non ? »
Il ne répondit pas. À quoi bon ? Il ne pouvait pas mentir et il n'allait pas leur dire « Bah oui, c'est moi, on fait une photo ? ».
Il regarda simplement les cinq adolescent s'asseoir par terre devant lui.
« Vous n'avez pas peur ? Vous n'allez pas avertir vos parents ou les flics? »
« Non. Ils sont déjà prévenus par ma mère. » déclara une fille brune, « Elle m'a envoyé un SMS pour me dire de rentrer, que le tueur en série recherché partout avait sonné à la maison et qu'elle avait appelé la police. »
« Ah. »
« Vous ne fuyez pas ? » ajouta-t-elle.
« Non. J'ai encore du temps. »
« Si vous le dites. »
Il observa ces cinq gamins qui n'avaient apparemment absolument pas peur de lui. Pourtant, généralement, quand on voyait un tueur en série en fuite, on ne s'asseyait pas pour faire causette avec lui.
« Pourquoi vous ne partez pas ? » demanda-t-il en les regardant tour à tour dans les yeux.
« Parce que vous êtes intéressant. »
C'était un garçon, noiraud, qui avait dit ça. Il le regarda, déconcerté.
« Pourquoi ? »
Il était étonné par lui-même. Ça faisait bien trop longtemps qu'il n'avait plus eu une vraie conversation avec des gens. D'habitude, les gens, il les tuait.
De toute façon, il avait bien remarqué que ce soir était un soir d'exception, alors son comportement étrange ne l'étonnait plus.
S'il savait encore ce qu'était l'humour, il aurait pensé à un truc du genre « Allez, Yolo ! », mais il en était incapable. Pas après presque 10 personnes assassinées, égorgées, torturées par ses mains.
« Dites, pourquoi vous faites ça ? » demanda une rousse. « Les crimes, tout ça. Pourquoi se filmer en train de parler de film avec un cadavre à côté ? »
Ah, oui. Les vidéos. Il avait presque oublié. Il devait chercher un sujet pour la prochaine !
Cette pensée lui fit écarquiller les yeux. Il avait donc perdu toute son humanité, pour réfléchir à cela sans même être surpris de penser à tuer quelqu'un ?
« Je... J'en sais rien. Il y a une raison, ça je le sais. Mais je l'ai oubliée avec le temps. »
« Oh... D'accord. En tout cas, vous avez l'air... fatigué. »
« Fatigué ? » s'étonna-t-il.
« C'est comme ça que je désigne les gens tristes. » expliqua la rousse.
Il ne répondit rien et le silence s'installa pendant un moment, mais il se reprit bien vite.
« Ah, vous connaissez le village. Je suis à combien de minutes de la sortie ? »
« La sortie du village ? » répondit un garçon qui, apparemment, était encore en train de muer. « De quel côté ? »
« J'en sais rien. Et puis si je vous le disais, vous pourriez avertir la police de quel côté je suis parti. »
« Vous pensez vraiment qu'on le fera ? » s'étonna la brune. « Ça fait dix minutes qu'on aurait pu téléphoner aux flics pour leur dire que vous étiez là ! »
Elle eut à peine le temps de finir sa phrase que des sirènes retentirent dans le village.
Il n'eut pas le temps de réfléchir.
« La sortie nord. »
« Cinq, sept minutes. » répondit rapidement la brune, se rendant compte de l'urgence de la situation. « Trois en courant. »
« Parfait. »
« Bonne chan... » Commença le noiraud, mais il n'arriva pas à terminer sa phrase, coupé par une balle.
Il se leva rapidement et, sous les yeux horrifiés des adolescents, les descendit chacun, tour à tour, sans pitié, avec le flingue qui était caché sous son manteau. Sauf la brune. Il avait décidé de la garder pour sa prochaine vidéo.
Il lui attrapa fermement le poignet.
« Cours, ils viennent par ici. »
Sans réfléchir, la gamine le suivit.
Il courut, sous le bruit des sirènes et des cris du voisinage alerté par les coups de feu.
« Par-là ! » hurla quelqu'un, et une balle siffla sous son oreille.
La gamine sursauta et étouffa un sanglot.
« Bouge-toi, putain ! » beugla-t-il en accélérant.
Ils arrivèrent bientôt à la sortie et il sauta dans la voiture qu'il n'avait pas fermée à clé, Il les avait laissées sur le contact.
Il tira la gamine dedans et la poussa sur la place passager sans ménagement, et démarra en trombe.
Un coup d'œil dans le rétroviseur lui permit de voir que l'inspecteur le suivait à nouveau.
« Merde ! »
il regarda la brune, terrifiée.
« Toi, tu connais bien la région ! Par où aller pour semer ce connard ? »
En tremblant, elle lui indiqua une petite route qui s'engouffrait dans la forêt, et il s'empressa de la suivre.
Le matin qui suivit, tout était calme dans la région.
Les policiers étaient rentrés, dépités par leur nouvel échec.
Dans une forêt à une centaine de kilomètres du petit village, il éteignit sa caméra et la jeta sur le siège arrière de la voiture. Il essuya ses mains pleines de sang sur son manteau et se retourna une dernière fois.
Un cadavre était étalé sur le sol. Ses cheveux bruns étaient collés et emmêlés de sang. Son ventre, ouvert, laissait apercevoir ses entrailles.
Il soupira et rentra dans la voiture, démarrant rapidement. Il alluma la radio. La musique envahit le tas de ferraille et il accéléra, s'éloignant de plus en plus des souvenirs de la nuit passée.
« Vous avez l'air fatigué. »
Il secoua la tête. Merde, il était un tueur en série en pleine fuite. Ce n'était pas le moment de s'affaiblir.
Il s'était déjà affaibli hier soir. Heureusement qu'il s'était enfin retrouvé lui-même le matin, en tuant cette gamine.
Une sensation mouillée coula le long de sa joue et il l'essuya, surpris que le sang de la fille ne soit pas encore entièrement séché.
« C'est comme ça que je désigne les gens tristes. »
C'était une larme.
