Titre: Des larmes de sang

Auteur: Titipo

Rated: T

Personnage: Viktor – ?


Des larmes de sang

- Bonjours et bienvenue dans Unknow Movies, l'émission qui s'invite chez les collègues youtubers et les bute en direct.

La tête... qui tourne... la vision trouble ... Une goutte chaude qui coule lentement le long de sa tempe... Du sang ?!

Il tire sur ses poignets qui le brûlent et le font gémir. Ses chevilles aussi sont attachées aux pieds de la chaise. Que s'est-il passé ? Et cette voix toute près de lui...

- ... Alors je vais passer sur le contexte historique du film...

Du film ? Il ne sait pas, ne comprend pas, tente de saisir les mots farfelus de ce type tandis que son cerveau cherche désespérément à se remettre en marche. Et puis, il se souvient brusquement des coups contre sa boîte crânienne, de son corps traîné sur le sol, de la respiration haletante de son agresseur dans l'obscurité...

Il ouvre les yeux.

Blanc.

Il reste éblouit de longues minutes avant que les couleurs n'apparaissent, que l'environnement ne se fasse enfin présent.

La première chose qu'il remarque est la caméra. Le Canon pointé dans sa direction. Qui le filme lui, attaché à cette chaise et le visage en sang.

La seconde est ce mec debout près de lui. Qui parle sans interruption longtemps et le regard fixe. Bien que l'esprit encore embrumé, il remarque sa technique, son professionnalisme. Ce mec à l'habitude de la caméra. Peut-être autant que lui.

Se remettant lentement du choc, des flashs lui reviennent. Le livreur de pizza. Celui qu'il avait laissé entrer pendant que ses camarades étaient allés faire les courses. Ses camarades qui, dans une rue, loin d'ici, faisaient leurs dernières emplettes pour leur soirée d'halloween.

Il grimace et tire encore sur ses cordes. Tous ses sens lui reviennent et la douleur s'atténue, laissant place à l'adrénaline. Une pensée l'obsède désormais.

Il doit sortir d'ici.

Là, maintenant, tout de suite. Il ne sait pas exactement qu'elles pourraient être les conséquences de la moindre erreur, mais il sent bien qu'il la regrettera. Amèrement.

- Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que le réalisateur a travaillé tout le long de sa filmographie sur les thèmes de...

Ne prêtant qu'à demi-attention aux paroles de son agresseur, il tente d'attaquer la corde à coups d'ongle avant de vraiment prêter attention à son environnement. Le salon. Son salon. Il était assis devant la commode. Celle qui, dans le premier tiroir, contenait le coupe-papier.

Dans d'autres circonstances, il aurait ri du ridicule de la situation, de son côté impossible, mais il réalise bien vite qu'il n'a pas d'autre alternative.

Alors tout doucement, avec une précaution mise à rude épreuve par le stress et le sang qui coule toujours le long de son front, il pousse sur ses pieds. La chaise recule de façon presque imperceptible, à l'insu du type qui fait toujours de grands gestes face à sa caméra. Sa main se tend, il force pour la rapprocher au plus près de la poignée du tiroir miraculeusement à sa hauteur.

Plus que quelques millimètres.

Un grincement retentit.

Un bruit strident qui lui fait dresser les poils de la nuque. Trop tard, il comprend. Sa chaise vient de quitter le tapis et s'est frotté au carrelage. Mais quel con !

Alerté par le bruit, son geôlier tourne enfin la tête dans sa direction.

Et, soudain, c'est le choc.

Il connait ce visage. Il se rappelle des affiches.

Le tueur en série.

Celui qui rode dans les parages depuis plusieurs jours. Il est ici, dans son salon.

Et lui est à sa merci.

Ses yeux verts retracent le chemin des pieds de bois, puis se pose sur son visage terrifié. L'étranger, ne le quittant toujours pas des yeux, sort un canif de sa veste. Il déglutit.

Il veut parler, le supplier de l'épargner, mais ses mots restent bloqués tout au fond de sa gorge.

Il va mourir ?

La lame pointée dans sa direction brille, l'éblouit... À moins que ça ne soit les larmes qui brouillent sa vision et le sang qui coule toujours, caressant le coin de ses yeux.

- Vous m'excusez une minute ? Demande plutôt poliment le tueur en s'adressant à sa caméra.

Ce type est tellement seul qu'il s'adresse à ses abonnés au cours d'un meurtre...

Cette idée lui fait pousser un couinement qui, en face de lui, provoque un sourire. Pas un sourire honnête. Celui de quelqu'un qui prend son pied, qui ne ratera pas une miette du plaisir qu'il éprouve déjà, dont il se délecte d'avance.

La lame se rapproche.

Son corps tremble, ses yeux se remplissent de larmes de résignation, son rythme cardiaque s'accélère.

Il va mourir.

Le couteau se promène sur sa poitrine, remonte, frôle la peau fragile de son cou.

Ses larmes se mêlent à son sang.

Il va mourir !

La lame appuie, le transperce, il hurle.

Il va...

...

...

...

- Sur ce, merci à tous d'avoir regardé l'émission, n'hésitez pas à vous abonner, à me suivre sur les réseaux sociaux et passez une bonne soirée.