Brittany,

Cette journée a été longue mais j'en suis finalement arrivée au bout. C'était étrange. C'était étrange à quel point tu étais partout à la fois. Et c'est étrange parce que tu laisses ce vide en moi. Ce vide qui m'aspire, qui me ronge.

C'était lundi. Tu sais ce que ça signifie à Mc Kinley. Lundi. Nouvelles rumeurs, nouveaux couples, nouvelles histoires racontées de la soirée de samedi. Je crois que je suis fatiguée de tout ça. Je suis fatiguée de ne pas être vraiment là Comme si je ne respirais plus. Lundi. Je compte les jours jusqu'à ton retour. Des jours sans fin, des jours, ou bien des semaines, sans que je sache quand ça se termineras. Mais je peux compter. Et je peux attendre. Tant que tu vas bien, je peux attendre.

Je crois que Quinn a remis ça, avec Puck. Elle ne m'en a pas parlé mais ça se voit. Quinn s'inquiète pour toi. Elle ne sait pas non plus où tu es. Ses parents ne lui ont rien dit mais elle est sure qu'ils savent. Après tout, nos mères ont été amies avant nous, pas vrai ? Des amies qui se disent tout, qui partage tout. Partages tes peurs avec moi, dis-moi où se trouve ta cachette.

Je pensais qu'ils nous diraient. Que tu étais malade. Ou en vacance. Ou peu importe où tu es. Je pensais qu'ils en parleraient. Mais ils n'ont rien dit. Aucun prof n'a pensé à appeler ton nom pendant l'appelle. J'ai cru mourir. Comment peuvent-ils t'oublier ? Je crois que c'est impossible. Ils savent forcément.

Sue m'a redescendue en bas de la pyramide. Je suis arrivée en retard. Je t'attendais. Devant ton casier. Ton casier plein de couleurs, ton casier à ton image. Où il y a des photos de nous. J'ai résisté à en faire la combinaison pour l'ouvrir. Je ne pense pas tenir demain. Je la connais par cœur. Je veux revoir. Je veux revoir tes souvenirs. Et je sais que tu y caches tes secrets.

1403. Le quatorze mars. C'était le lendemain du départ aux concours de cheerleading national. Le premier qu'on a gagné ensemble. Pendant notre première année de lycée. On était dans la même chambre. Toi, moi et Quinn. Les trois les plus hautes dans la pyramide. On était les invincibles. Et on a gagné. Et tu m'as embrassé. Tu te souviens de ce premier trajet en bus ? On a roulé toute la nuit. Trois états à traverser. Des heures interminables de route. Tu te souviens des lumières dehors ? De nos dessins sur la buée de la vitre ? De nos fous rires, de notre musique, de nos jeux ? Je me rappelle de tout.

Tu t'es endormie sur mon épaule. Tu m'as embrassé dans le cou, tu m'as dit qu'on allait gagner parce que les juges ne pourraient pas ne pas nous aimer. Ne pourraient pas ne pas m'aimer. J'étais angoissée. Je ne voulais pas perdre ma place. Je ne voulais pas faire perdre l'équipe. Tu m'as dit que tu m'aimais. Tu me l'as chuchoté dans le creux de l'oreille alors que tout le monde s'était endormi dans ce bus. Tu m'as dit que tu étais amoureuse de moi. C'était la deuxième fois. Je me souviens.

Je me souviens du bus sombre, et des lumières des lampadaires refléter dans tes yeux bleus. Je me souviens de ton sourire, de ta main dans la mienne. Et puis tu t'es endormie sur mon épaule. Je n'osais pas bouger. Pendant cinq heures, je suis restée réveillée, pour être sure que tu dormais bien, à moitié allongée contre moi. Je me souviens des musiques qui défilaient dans nos écouteurs, de ta respiration contre mon cou. Et de l'odeur de ton shampooing. C'est quelque chose que je me souviendrais toujours.

C'était la deuxième fois. La deuxième que tu m'as dit que tu m'aimais.

Brittany. Je ne suis pas sure de pouvoir continuer de supporter tout ça sans toi. Je veux dire, la routine. Le chemin sans toi. Je veux à nouveau t'attendre devant ta maison parce que tu mets trop de temps à te préparer le matin. Je veux te réprimander et te dire qu'on va arriver en retard pour que tu déposes un bisou sur ma joue et que tu me fasses ce clin d'œil qui n'appartient qu'à toi. Je veux passer mes heures de cours de maths à rire et à dessiner tout ce qu'il nous passe par la tête. Je veux que tu m'expliques ces exercices que je ne comprends pas.

Je veux te chuchoter des mots en espagnol en prétendant te donner des cours particuliers. Je veux aller m'assoir au fond de la salle de chant et critiquer Berry et Finnocence.

Je veux te dire que je t'aime. Je veux voir tes yeux briller quand je prononce ces mots. Je veux te dire que tu es mon monde. Que je me suis construite autour de toi et que je ne peux plus faire autrement. Je ne peux pas me lever le matin et savoir que tu ne seras pas là aujourd'hui. Que je n'entendrais pas ton rire.

Ton rire me manque. Je crois que c'est le pire.

Je ne sais pas si ma première lettre t'es parvenue. Alors je passe par la boite aux lettres cette fois ci. J'étais tellement habituée à passer devant ta maison que je n'avais jamais remarqué où elle était. Je remarque des choses sans toi. Comme si mes yeux s'ouvraient à nouveau, mais tu sais, c'est moins beau sans toi. Le monde est triste. Je suis triste. Je t'attendrais demain matin. Devant chez toi. Comme tous les matins depuis maintenant onze ans.

Je t'aime. Je t'aime tellement fort. Dis-moi que tu vas bien.

San.