Titre : Qui a peur du noir ?
Auteur : Nagetive
Rated : T
Personnage : InThePanda – OC
Hey, bande d'humains atrophiés du cerveau !
Vous aimez Halloween ? Moi, oui !
Vous aimez In the Panda ? Moi, oui ! Et je viens de le découvrir. Ceci sera donc mon premier OS sur ce psychopathe absolu ! Que j'aime ! Beaucoup !
Trop.
Qui a peur du noir ?
Sa respiration dans le silence. Presque trop forte.
La goutte de sueur glissant lentement le long de sa tempe.
L'obscurité, à peine blessée par la clarté blafarde de sa lampe torche.
L'odeur de renfermé, lourde, étouffante, s'infiltrant dans ses poumons compressés par l'appréhension.
Et le goût amer de sa peur, traînant sur sa langue, emplissant sa gorge, lui donnant la nausée.
C'est là. Il le sait. Et, instinctivement, son corps tout entier se tend, se raidit, sa respiration s'alourdit. L'instinct de survie le transformant en simple proie lui somme de s'enfuir, sans faire se mouvoir ses jambes trop lourdes.
Une main s'abat brutalement sur son épaule, le faisant hurler de peur.
Un rire joyeux y répond. Presque déplacé, dans le contexte.
- Putain, Cathy, braille le jeune homme, pourquoi t'as fait ça ?!
Éric fait volteface, cœur battant à tout rompre, et fusille du regard l'interpellée, actuellement en train de se rouler par terre, gloussant comme une hystérique – ce qu'elle est.
- Connasse, marmonne-t-il.
- T'aurais vu ta tête ! Bon dieu, j'ai cru que t'allais me claquer entre les doigts !
Le jeune se détourne, vexé. Il dresse sa lampe, troublant les ombres alentours à l'aide du faisceau pâle, fouillant les contours flous des ténèbres du regard, et soupire.
- J'le savais, que c'était pas une bonne idée de visiter une maison en ruines…
Il errait. Paisible. Tranquille. La nuit l'enveloppait de son étreinte de soie. Une nuit froide. C'était logique. L'hiver approchait doucement. L'été brûlant n'était plus qu'un vague souvenir que tentaient de faire revenir les frileux, toujours en vain.
Il marchait. Sans but précis. Autour de lui, la foule, bariolée de sa joyeuse insouciance. Riant, dansant, s'amusant dans un fou tintamarre. Vivant dans l'instant, virevoltant, bravant l'air glacial que bientôt, elle fuira.
Séduisantes sorcières, fragiles fées de l'ombre, petits diablotins et attirants fantômes. La vie grouillait autour de ce porteur de mort, sans qu'il ne s'en offusque, sans que la houle humaine ne s'effraie.
Le Temps semblait presque suspendu.
Cela aurait pu rester ainsi, moment de paix entre le loup et son troupeau, si quelqu'un n'avait pas bravé la limite implicite entourant le prédateur.
Ou quelqu'une.
Fusée blonde au teint pâle, une jeune femme bouscula l'Homme.
Celui-ci s'arrêta net. Immobile dans une foule en mouvement. Avec une lenteur presque calculée, il se retourna, furieux. Juste à temps pour voir l'insolente rejoindre un groupe de jeunes qui s'éloigna aussitôt. Ses poings se serrèrent convulsivement, faisant craquer ses doigts.
Un sourire cruel naquit sur les lèvres du tueur.
Sans le quitter, il sortit un paquet de cigarettes de sa poche, en tira une, qu'il porta à sa bouche. Un briquet sauta dans sa main, allumant dans un éclair de chaleur le bâton de nicotine. Tout en guettant du coin de l'œil les ados, il en tira une longue bouffée grise, qu'il rejeta dans la nuit.
A présent pleinement éveillé, assuré, il commença à suivre la bande.
La chasse commençait.
Pour son plus grand plaisir.
- Bon, grogne Éric. Arrête de rire et viens. Faut trouver les autres, maintenant.
Cathy soupire et se relève, reprenant doucement son souffle. Ses cheveux blonds sont hérissés, s'égaillant dans tous les sens, sa peau blanche est rosie au niveau de ses joues par son fou rire, ses yeux clairs pétillent joyeusement.
Poupée de porcelaine, songe son ami. Belle, mais vide et fragile. Aussitôt, il s'en veut pour cette pensée, qu'il chasse de son esprit.
- Allez, ris, un peu, l'exhorte son interlocutrice. Tu n'es pas drôle.
Éric hausse les épaules, se tourne vers l'obscurité et entame sa marche, suivi par la jeune femme, le silence à présent brisé par ses doux pépiements incessants qui, lui semble-t-il, repoussent presque la peur irrationnelle qui l'habite chaque fois qu'il s'aventure dans ce genre d'endroit.
- Comment tu m'as trouvé, au fait ? interroge l'ado, interrompant un long monologue à propos d'un tueur en série qui sévirait dans les environs, et qui échapperait sans cesse à la police. Comme s'il en avait quelque chose à faire, franchement.
Cathy fait un pas de danse, l'air rêveur. Aussi gracieuse qu'un ange. Cela fait des années qu'elle fait de la danse classique, se souvient son ami. Jamais elle ne leur en avait vraiment parlé. Cathy rit beaucoup, sans jamais rien dire sur elle. Poupée peut-être insouciante, mais secrète.
- Par hasard. Je croyais avoir entendu Jade. Tu les as croisés ?
- Non. Je crois qu'ils sont en bas.
- Genre, cave ? Génial ! s'exclame-t-elle, oubliant volontairement le rez-de-chaussée, puisqu'ils se trouvent au premier.
Éric grimace.
Bon dieu, tout, mais pas la cave !
Démarche nonchalante, il fendait sans difficultés la foule éblouie, chacun s'effaçant devant lui. Peut-être une question d'instinct de survie. Ou bien était-ce la puissance qui, tendant ses muscles, les faisaient s'écarter hors de son chemin ?
Fumée de cigarette en sillage.
Il suivait la bande de jeunes, veillant à rester dans l'ombre, hors de leur champ de vision, et pourtant juste derrière eux. Presque à les frôler.
Assez proche, donc, pour entendre leur conversation.
- … ce qu'on pourrait faire ?
- Y a une maison inhabitée, pas loin. On la visite ?
- J'aime pas l'idée… On n'a même pas de matériel.
- Si, j'ai tout prévu ! J'ai des lampes torches dans la voiture de mes vieux. Allez, ce sera drôle, tu verras !
Quatre adolescents. La blonde, enjouée, une rousse au visage sérieux et anguleux, toutes deux à la peau blanche, un Noir à la barbe naissante et un latino brun au visage renfrogné. Traînant, prenant leur temps, ils obliquèrent dans une ruelle. Là, le Noir déverrouilla le coffre d'une Clio rouge. Il traîna vers lui un carton, en tira des lampes qu'il distribua à ses amis.
Dans l'ombre d'une porte cochère, mains dans les poches, souriant, le tueur attendait.
Ses cheveux fous balayés par le vent.
La maison est bruyante. Craquant de toutes parts, presque vivante dans ses murmures, portes grinçants sinistrement, volets claquants, planchers gémissants… La tuyauterie gargouille et chaque ombre se déforme à l'infini sur leur passage.
- Quelle idée de visiter une vieille maison le soir d'Halloween, ronchonne le brun.
Sa lampe se braque impitoyablement sur les ténèbres, cherche à les éloigner définitivement.
- Oh, ça va, s'agace sa comparse, ce qui est assez rare chez cet être sans préoccupations. Arrête de te comporter comme un gosse. C'est pile le bon soir, au contraire !
Pourtant, au fur et à mesure de leur progression, plongée dans le silence et les ombres, la blonde se rembrunit. L'atmosphère, très particulière, lui pèse, ainsi qu'à sa douce inconscience.
Elle joue à se faire peur…
Il continuait à les suivre. Leurs rires bruyants le guidaient plus sûrement qu'une alarme. Il savourait le plaisir de la traque, l'envie de tuer qui bouillonnait dans ses veines, tout en contradiction avec l'air glacial qui s'infiltrait jusque dans les manches de sa veste brun clair, hérissant les poils sur ses bras.
C'est une belle nuit, songea-t-il.
Les gamins s'arrêtèrent près d'une vieille baraque, le genre de bâtiment que tout le monde rêve de voir démoli, sauf le propriétaire, ce qui fait chier tout le monde, y compris et surtout les arachnophobes.
La classique maison hantée. Fragile, un peu en ruines, ceinte d'un jardin devenu fou, aux vitres brisées, à la porte cassée. Interdite d'accès, ce qui n'a jamais refroidi les amateurs de sensations fortes.
Les ados sautèrent par-dessus la grille basse, forcèrent sur la porte d'entrée et se glissèrent, gloussant et gémissant, dans la maison.
Dans l'ombre, le psychopathe sourit.
- J'ai l'impression que quelqu'un d'autre est là…
Le chuchotement effrayé de Cathy perce le silence Éric sent tout son corps se tendre de peur, d'expectative. Ses poings se serrent douloureusement, ses muscles protestent sous la soudaine tension.
Il se fige, tente d'entendre un bruit de pas, une respiration inconnue. Cœur battant follement.
Rien.
Et, loin de le rassurer, cette absence le fait frissonner avec brusquerie.
La suite est-elle vraiment étonnante ?
Il hurle quand Cathy le bouscule violemment, un rire enjoué accompagnant le geste.
- Putain ! T'es chiante, gémit le môme.
Il se détourne, boudeur, encore, tentant de maîtriser les battements effrénés de son cœur malmené, et de se redonner une contenance. Il passe la main dans ses cheveux, les ébouriffant sans s'en rendre compte.
Dans l'obscurité, derrière eux, le point rouge d'une cigarette luit faiblement. L'espace d'un instant.
Il se posta à l'extérieur de la maison, tout près de la porte entrebâillée d'où s'échappaient des rubans de lumière blafarde.
Son muscle vital accéléra brutalement sans que sa respiration ne se trouble.
Inspiration.
Expiration.
Fumée grise.
Les voix lui parvenaient sans mal.
- Bon, en fait quoi maintenant ?
- On explore ?
- Trop classique.
- On se pend ?
- Stupide.
- On part ?
- Ta gueule.
- On joue ?
- Oui, mais à quoi ?
Cette question laissa place à un doux silence, où chacun se mit à réfléchir. L'Homme glissa distraitement la main dans sa poche, en tira un couteau de cuisine, qu'il fit tourner entre ses doigts experts. L'un d'eux glissa le long du tranchant, comme pour le tester.
- Je sais ! reprit l'une. On se disperse dans la maison, et Cathy doit nous trouver !
- Oh, oui ! pépia l'intéressée. Très bonne idée !
Le tueur sourit.
Oui.
Excellente idée.
Il attendit que les gamins s'éparpillent pour se faufiler à son tour dans la baraque.
- T'es sûr qu'ils sont en bas ?
Éric en doute, maintenant. Face à eux, un escalier aux lattes de bois disjointes s'enfonce dans les ténèbres. Un escalier qu'ils n'ont jamais vu. Ils sont parvenus à cet étage depuis l'autre côté de la maison, par des marches brunies par le temps, brutes, fermes, en lesquelles il avait eu confiance.
Il apprécie tout ce qui est solide, compact. On peut en tirer bien des choses. Un sang d'ébéniste coule dans ses veines, lui venant de sa mère, artiste solitaire et inconnue.
Sa mère. Elle le pousse avec acharnement dans la voie de la menuiserie, parce que ses parents à elle ne lui avaient pas laissé l'occasion de faire de sa passion son métier, l'orientant vers celui d'institutrice. Elle en conserve une rancœur amère et de toute sa vie, Éric n'avait dû voir ses grands-parents maternels que deux fois.
Mais là… La fragile structure de bois l'effraie. Pourquoi deux escaliers dans une maison ? Certes, celle-ci est imposante. Mais pas tant que ça. Qu'est-ce qui justifie la présence de cette sculpture de bois ?
Son esprit rationnel, cartésien, et à la fois si facilement bousculé, déraille, suivant sa peur montante.
- Il mène où ? questionne la jeune femme à ses côtés.
Ses fins cheveux flottent autour de son visage, balayés par de l'électricité statique, qui semble traverser ses yeux amusés tels des éclairs.
- J'sais pas. Ils ont peut-être pu monter par là… Se planquer dans le coin, ou aller au deuxième.
- Ou alors, ils sont allés dans la cave. C'est plus drôle, non ? Puisqu'il n'y a pas de grenier.
L'autre fait silence, peu désireux de débattre du potentiel attractif d'un endroit sombre, humide et sous terre.
Sous terre, j'ai dit. Bande de perverses.
Sa propre pensée le fait sourire. Brièvement.
- Bon… On descend ou quoi ? le presse Cathy.
Il sourit.
Mains rougies.
Il a suivi, silencieux, le Noir et la rousse Jade, qui s'étaient glissés dans la cave, doigts entrelacés. Ils avaient poussés la porte derrière eux, sans la refermer entièrement. Un rictus malsain aux lèvres, le tueur avait tranquillement maté le couple dans ses… entreprises, se délectant du spectacle, main dans le pantalon, voyeur écœurant.
Les deux jeunes, une fois leur affaire finie, s'étaient vite relevés, et avaient cherchés à se rhabiller, babillant, gloussant nerveusement, échangeant des « vite, avant que Cat' nous trouve ! ».
C'est là qu'il avait surgi.
Sourire amusé, tenant dans son poing droit le couteau de cuisine, ses yeux luisant d'expectative et de joie malsaine.
- Salut, avait-il dit, d'un ton nonchalant, enjoué, devant la mine ébahie du couple dénudé.
Ils avaient hurlé, mais leur cri s'était perdu dans le labyrinthe de couloirs sans rencontrer d'écho.
Le garçon avait bruyamment pleuré, gémissant des suppliques, implorant une clémence impossible, son amie statufiée de peur. Ses cheveux de flamme encadrant son visage pointu et taillé au couteau, au regard sombre et fixe.
Il s'était d'abord attaqué au pleurnichard qui lui tapait sur les nerfs. D'un coup sec, il avait enfoncé la lame dans sa cage thoracique, son autre main agrippant sa nuque. Un obstacle – une côte – avait dévié l'acier vers le cœur, qu'il avait transpercé d'une seconde poussée.
Les sanglots longs s'étaient achevés dans un soupir étranglé. D'un geste sec, il avait retiré le couteau de sa poitrine, et avait rejeté le jeune au sol d'une bourrade, où il s'était écrasé bruyamment. Fleur de sang sur son torse nu.
Puis, il s'était tourné vers la fille.
Toujours figée, comme en transe, poings serrés, observant le corps de son ami. Elle était anguleuse, avait-il remarqué. Peu de rondeurs, coudes pointus. Pas comme une anorexique : c'était sa morphologie normale.
Les flammes sur sa peau blanche, ses yeux noirs. Détonnant mélange, qui l'avait un peu charmé. Une anomalie.
Il adorait les anomalies.
A coups de poings, il avait brisé son fragile visage. Le nez avait explosé, les pommettes s'étaient fracturées, un œil s'était voilé. Le sang avait ruisselé sur le visage blafard, sur ses mains de tueur, qui avaient ensuite enserré son cou gracile.
Fort.
Et, enfin, elle avait hurlé. A en mourir.
Rouge sur flammes sur neige.
Et il était reparti.
Souriant.
Un craquement.
Éric fait un bond en l'air. Cathy hausse les épaules. Son regard irrémédiablement attiré par l'obscurité de l'étage inférieur, qu'elle tente de percer avec sa lampe, en vain.
- Bon, on descend, décide-t-elle, d'un ton n'appelant aucune réplique.
Elle pose le pied sur la première marche, teste sa solidité. Satisfaite, et incroyablement inconsciente puisque les escaliers s'écroulent aussi au milieu, elle entreprend de descendre d'un pas léger.
- Cathy, gémit son ami.
Il jette un regard derrière lui, méfiant. Hausse les épaules et, craignant la solitude, suit hâtivement la jeune femme, guettant avec pessimisme le moment où le bois usé craquera sous eux, les précipitant en enfer… Ou deux mètres plus bas, tout simplement.
- La cave est par là ! s'exclame la blonde en tournoyant vers la porte de celle-ci, moisie, proche des escaliers.
Exhalant une odeur forte, remarque distraitement le jeune homme. Pas exactement la porte, songe-t-il alors que sa comparse ouvre cette dernière, plutôt ce qu'i l'intérieur. Une fragrance épaisse, lourde, pesante.
Mais il a beau y réfléchir, il ne voit pas ce que pourrait être cette odeur. Pas de la moisissure, décide-t-il. Trop forte. Un combo de renfermé, de pourri ?
Cela le fait penser à ses deux amis. Ils sont peut-être là, peut-être pas. La distante et presque méprisante Jade, et Jean, cet homme qu'il n'arrive pas à cerner, tour à tour joyeux comme sombre. Pourquoi a-t-il des compagnons comme eux ? se demande-t-il.
Cathy, Jade, Jean. Il ne les comprend pas, c'est réciproque. C'est triste.
Un gémissement parvient à ses oreilles. Il sursaute.
Pliée en deux, Cathy vomit, une main contre le mur pour se maintenir debout. Des larmes brouillent ses traits, et un peu de sang tache ses doigts immaculés.
Comme un papillon de nuit attiré par une flamme, sentant sa fin inéluctable mais cédant à son envoûtement, Éric s'approcha de la porte. Sur la poignée, des traces d'un rouge puissant, fonçant peu à peu.
Du sang, hurle une voix dans sa tête.
Une voix qui lui hurle de fuir. De s'enfuir, de courir, loin de cette baraque angoissante, de Cathy en pleurs, de cette cave. Loin de ces amis qu'il n'aime pas vraiment, loin de son futur, reprendre une vie normale et oublier la nuit d'Halloween.
Surtout qu'il n'a jamais vraiment aimé cette fête.
Il entrouvre la porte, glissant les doigts sur le bord de bois hérissé d'échardes pour ne pas toucher la poignée. Brandit sa lampe.
La lumière crue éclaire deux corps.
La cruelle réalité le frappe, ainsi que l'horreur de la scène, qui s'imprime dans son esprit. Terrorisé, au bord de la nausée, il laisse ses yeux errer sur le visage de Jade, explosé, brisé, aux os apparents, sur sa gorge rouge, sur ses lèvres cyanosées puis, sur le torse de son Jean, ouvert, baignant dans du sang.
Et leur nudité, qui rend l'ensemble encore plus abominable. L'obscurité, tout autour.
Il gémit, lui aussi. Doucement.
Une crosse en métal, glaciale, frappe violemment l'arrière de son crâne.
Ils étaient là, tous les deux, la poupée blonde et le brun effrayé, attachés sur des chaises, bâillonnés, dans la cave, pile en face des cadavres de leurs amis.
Calmement, il essuya ses mains ensanglantées dans un des vêtements abandonnés par l'ancien couple – un tee-shirt, sans doute. Sa tâche achevée, il jeta l'étoffe brunie au sol et se tourna vers ses victimes.
Dommage… Il n'avait pas sa caméra. Cela aurait pu être beaucoup plus drôle et constructif s'il avait pu faire un Unknown Movies en même temps qu'il s'amusait avec ses proies.
Tant pis. On trouve toujours de gentilles victimes. Certaines se jetaient presque dans ses bras.
Il croisa les bras, pressé, attendant que les deux adolescents se réveillent, pour que commence son jeu préféré.
Avant qu'il ne perde patience et ne leur balance des coups de poings, et à quelques secondes d'intervalles, Cathy puis Jean ouvrirent les yeux.
L'insouciante insolente afficha de suite un air hébété, perdu, tel un enfant égaré dans le noir, tandis que des larmes silencieuses commencèrent à couler sur ses joues très pâles. Son ami frôlait la crise d'hystérie, tremblant violemment, respiration sifflante et saccadée, un gémissement ininterrompu jaillissant de ses lèvres exsangues, ses yeux fixés sur les deux corps ensanglantés.
Trop facile, songea le psychopathe, satisfait.
Ils étaient tous trois éclairés par les lampes torches, alignées contre le mur, qui, capturant leur silhouette, jetaient des ombres difformes sur la paroi en face et sur le sol de béton bruni par le sang, présent en abondance.
Il saisit l'une d'elles et l'éteignit. L'obscurité gagna du terrain, ombrant son visage sinistrement illuminé par un sourire joyeux et malsain.
- Qu'est-ce que je vais faire de vous ? chantonna-t-il.
La fille frissonna brusquement et leva ses iris pâles sur lui. On y lisait une immense peur, de l'incompréhension, un monde qui s'écroule. Éric, lui, ne réagit pas.
- Laissez-nous partir, supplia la gamine.
Ses cheveux tombaient tristement autour de son visage aux traits tirés. Il n'y avait plus aucune gaieté chez elle, plus aucune insolence, remarqua le tueur avec délectation. Il rit doucement, effrayant, et coupa un second faisceau de lumière, arrachant un cri de terreur pure à la blonde.
- S'il-vous-plaît ! hurla-t-elle. S'il-vous plaît !
Son ami gémit plus bruyamment, sans sortir pour autant de son semblant de transe.
- Qu'est-ce que je vais faire de vous ? répéta le psychopathe, de l'exultation dans sa voix.
Un geste, et il ne resta plus qu'un des quatre rayons blafards. A sa plus grande joie. Autour d'eux, les ténèbres menaçaient, profondes, lourdes, absolues.
Il fit quelques pas vers elle, se pencha à son oreille.
Murmura.
- J'ai une question.
La respiration heurtée de la jeune femme résonnait dans le silence. Elle ne vit pas le rictus enjoué qui se dessina sur les lèvres de l'Homme.
- Si tu me donnes la bonne réponse, je te laisse partir.
Il sentit l'espoir insensé faire vibrer sa victime. Le cœur qui tressaute, se serre, la joie inutile qui injecte de l'adrénaline dans les veines. Un frisson de plaisir le parcourut. Il se redressa, revint vers les lampes, et posa les doigts sur l'interrupteur de la dernière.
- Est-ce que tu as peur du noir ? rit-il.
Et tout fut plongé dans l'obscurité, un cri effrayé retentissant dans la cave.
- Qui a peur du noir ? hurla-t-il.
Il ne voit rien, ne sent rien, ne comprend rien, plongé, piégé dans une douloureuse et salvatrice démence.
Des bruits de conversation lui parviennent, sans le faire réagir. Il perçoit la peur, l'amusement, la joie malsaine et les vaines supplications.
Ses sens l'informent que toutes les sources de lumière ont été coupées, sans que cela ne le fasse réagir, sans que son cerveau ne traite l'information.
Il est ailleurs. Il pense. A sa mère. A ses amis qu'il n'aime pas, mais avec qui il reste parce qu'ils l'acceptent, pour ne pas être seul. Il pense à un cheval de bois, qu'il a fait de ses mains, avec le matériel offert par ses parents à son anniversaire. Il se souvient de l'admiration, de la joie brillant dans les yeux de sa mère, de la satisfaction et du bonheur qu'il avait ressenti, avant de se dire que, pourquoi pas, il pourrait faire menuisier, oui.
Il pense à sa Première Littéraire, qu'il rate à moitié, parce que les cours ne l'intéressent pas. A sa petite sœur de neuf ans, avec qui il s'est disputé avant de sortir avec ses amis. Peut-être lui offrira-t-il un pain au chocolat, pour se faire pardonner.
Il pense à un spectacle de danse, à Cathy virevoltant sous les projecteurs avec grâce, toute sa douce insouciance transformée en beauté, la changeant en oiseau, la sublimant ange inaccessible. Elle n'a jamais su qu'il était là, dans la salle, à admirer la fluidité de ses gestes, la perfection du ballet.
Il pense à l'ombre du parc municipal, à Jean qui parlait avec un homme au visage dur. Un dealer, se souvient-il. Sa mère lui avait parlé de lui : il lui aurait une fois proposé de l'héroïne. Et Jean, yeux baissés, yeux trop brillants, subissant une réprimande de la part de cet être qu'il méprise.
Il pense à Jade, Jade l'intello, comme il l'appelle dans son dos. Intelligente Jade, bilingue, qui rêve d'Havard, de Yale, qui rêve d'autres horizons. Mais bloquée dans leur ville ridicule par le peu de moyens de ses parents. Jade pleine d'amertume.
Il pense à beaucoup de choses.
Et dans la folie de son esprit, une phrase se fraye un chemin jusque dans sa conscience malmenée.
Qui a peur du noir ?
Il hurle. Soudainement. En écho à un autre cri.
Et continue de hurler, jusqu'à ce que le canon froid posé contre son front tire une balle dans sa tête.
Puis, ne reste que le silence.
Doux, doux silence.
Mains rouges.
Distraitement, il sortit un mouchoir de sa poche, essuya sa joue où avaient volées quelques gouttes de sang. La faute à son Glock qui, lorsqu'il tirait à bout portant, faisait pas mal de dégâts. A vrai dire, sa veste semblait foutue, et ça le mettait un peu en colère.
Il jeta le morceau de papier souillé et braqua son regard sur les deux corps sans vie.
Le garçon avait le front troué, la bouche entrouverte dans un hurlement inachevé, un œil qui avait éclaté sous la pression de la balle s'enfonçant dans le crâne. Son front, ses joues, dégoulinaient de sang et un peu de sa cervelle s'était répandu sur le sol.
Il avait tué la blonde à coups de poings, comme pour l'autre fille. Son visage n'était plus qu'une bouillie de chair, d'os et de fluides divers. Peu ragoûtant, mais il s'était bien amusé. Bon, ses phalanges étaient douloureuses, mais le spectacle et le plaisir procuré par le lynchage valaient bien cela.
Il adressa un dernier regard à son œuvre sinistre, se détourna.
Partit.
Où ?
Sans doute regarder des films dans sa cave.
