Titre : Entendre les portes claquer
Auteur : Ranne
Rated : M, dans le doute.
Personnages : Mathieu Sommet
Bêta-reader : JuliaLutecia
/Message de l'auteur aux lecteurs :/
Salut mes agneaux, c'est Ranne, l'auteure d'ALFDM.
Et pour vous souhaiter un joyeux halloween, voici un petit OS écrit à moitié à l'arrache ^^ Merci à Julia pour son boulot de bêta !
Merci à Titipo pour son idée géniale !
Bonne lecture, et joyeux halloween x)
Entendre les portes claquer
Mathieu faisait tourner son stylo entre ses doigts, somnolant presque. Il le lança soudainement avec rage à travers l'appartement. Son émission n'allait pas s'écrire toute seule. Mais il n'était pas motivé.
Pourtant il n'avait pas le temps. Un ami allait arriver chez lui dans quelques heures. Une fête d'anniversaire surprise. Le youtuber soupira. Il détestait ça, mais son immense appartement était le seul disponible pour l'accueillir. Son immense appartement désert illuminé par les fenêtres donnant sur la nuit et la lampe de bureau de Mathieu.
Le présentateur posa son regard sur la porte de sa chambre qui était grande ouverte sur les ténèbres du couloir. Il se leva en soupirant et la poussa doucement avant de refermer les yeux. La porte claqua, les lui faisant rouvrir et regarder l'heure. Il n'était que dix-neuf heures et il faisait déjà nuit noire. Foutu hiver.
Le schizophrène s'installa à nouveau devant son bureau en faisant craquer sa chaise dans le silence.
Silence beaucoup trop pesant. Il secoua la tête : il devrait pourtant s'en réjouir. Toutes ses personnalités avaient quitté l'appartement. Le patron était dans un de ses bordels le hippie planait dans son van avec le hippie de Minute Papillon la fille et le prof étaient au cinéma pour voir un film d'horreur et passer une soirée en tête à tête et maître Panda avait emmené le geek faire la tournée d'halloween en compagnie du démon.
Il bascula en arrière, appuyant son dos sur sa chaise roulante en la faisant craquer davantage. Mathieu n'avait jamais aimé halloween, alors pourquoi la plupart de ses personnalités s'escrimaient à le fêter ?
Pourquoi ne pas écrire une émission sur halloween tient ! Il devait bien y avoir des vidéos effrayantes et débiles qui tournaient sur internet à cette période de l'année, non ? Surtout avec la psychose des clowns qu'il y avait en ce moment. Le youtuber nouvellement inspiré commença à chercher, et trouva une piste intéressante, puis il dériva sur des chaînes de creepypasta. Riant d'abord, puis perdant progressivement son sourire, il finit par tout fermer.
Non, il n'avait pas peur, c'est jusque tout seul dans un grand appartement noir... Bah, c'est comme ça que commençait les creepypastas. En plus le soir d'halloween tous les gens bizarres sortaient. Mathieu frissonna. Non, il n'avait pas peur, il avait juste froid, la température avaient cruellement baissée.
Il alla régler son chauffage au maximum, et constata qu'il était éteint. Mais... Le brun se souvenait clairement l'avoir allumé au début de la soirée pourtant. Peut-être que l'une de ses personnalités l'avait éteint avant de partir, pour l'embêter.
En grommelant, le youtuber relança le précieux appareil, et saisit une veste en attendant que la pièce se réchauffe. Il songea à prendre un café, ça le calmerait. Il posa la main sur la poignée, et suspendit son geste.
Il avait entendu. De l'autre côté de la porte. Une respiration saccadée qui s'éloigna brusquement, mais pas de bruit de pas. Alors soit il délirait, soit il y avait quelqu'un qui était partit après avoir miraculeusement remit en état son plancher qui craquait à chaque pas, soit la personne était toujours là, derrière la porte, à attendre. Mathieu ravala sa salive. Il devait calmer son cœur qui battait la chamade. C'était juste son esprit qui lui jouait un mauvais tour, rien de plus, ou une blague du patron. Ces histoires lui montaient à la tête.
Il appuya sur la poignée, et s'arrêta une nouvelle fois, tétanisé.
Ce n'était pas son imagination là. Il l'avait entendu distinctement, un grondement inhumain, de l'autre côté de la porte. L'homme soudainement terrifié remonta la poignée subitement et appuya de tout son poids contre la porte pour la bloquer en cherchant à tâtons la clé qui était tombée au sol, mû par la peur et son instinct de survie. Il sentit la porte trembler contre son épaule. Quel que soit la chose de l'autre côté, elle était bel et bien là, et elle était désormais décidée à entrer. Elle était forte : En un coup, elle parvint à ouvrir la porte un minimum. La chose parvint à passer une main à travers l'ouverture, bloquant la porte alors que la main de Mathieu s'était enfin refermée sur la clé.
Il se figea contre la porte en posant les yeux sur cette main. Elle était monstrueuse, noire par endroit, et rouge sang sur les parties qui avait râpées contre la porte pour passer. Les ongles étaient démesurément longs et sales, et griffaient avec rage le papier peint du mur à côté, laissant de longues trainées blanches sur la cloison. Il hurla, terrifié, et frappa contre la porte pour faire partir cette main qui laissait des traces de sang sur le panneau de bois.
Mais sa curiosité morbide l'emporta une seconde, le schizophrène jeta un regard dans l'ouverture. Un œil, rouge, brillait dans l'obscurité. Il vit une bouche en sang qui se délectait d'avance de son futur repas. Mais il reconnaissait son ennemi. Il comprit.
Il se cacha à nouveau derrière la porte, et frappa une nouvelle fois. Le monstre retira sa main. Il verrouilla rapidement la porte et recula précipitamment contre le mur opposé à la porte de sa chambre. Il s'y appuya, essoufflé, et se laissa glisser au sol.
Mathieu se dit qu'il n'aurait jamais dû regarder ces saloperies. Surtout lui, le schizophrène qui détestait halloween.
Ce monstre, celui qui avait hanté ses cauchemars quand il était petit, était de retour. Mais avec un corps, un vrai corps, fait de chair et de sang. Comme ça avait été le cas pour toutes ses personnalités, il l'avait incarné. Et Mathieu s'était vu en cette bête, un double de lui-même, décharné, monstrueux.
Il savait qu'il ne pourrait jamais fuir, son esprit terrifié en avait sûrement créé plusieurs, puisqu'ils étaient toujours des centaines dans ses rêves.
La lumière s'éteignit brusquement. Il ferma les yeux et inspira alors que la porte commençait à céder, la musique des coups désormais accompagnée de coups portés contre sa fenêtre. Il devait penser à autre chose. Oublier la mort imminente.
Il se souvint d'une vieille histoire, à l'origine de toute sa vie.
Il avait appris à « entendre les portes claquer ». C'était sa grand-mère qui lui avait raconté cela, quand il était allé la voir, étant petit, dans l'asile où elle était enfermée.
« - Mon petit, c'est une méthode pour avoir des idées. Met toi seul dans une grande pièce vide, avec beaucoup de place et pas le moindre bruit. Et écoute. »
Il entendait maintenant. La porte qui craquait, le verre qui se fissurait.
« - Quand tu entendras un bruit, ça te donnera une idée. Et plus le bruit sera fort, plus l'idée sera puissante et réelle, et le bruit le plus fort, c'est une porte qui claque. Il faut juste faire attention à ne pas être enfermé. »
Il n'avait pas compris sa dernière phrase à l'époque, rapidement retiré des genoux de la vielle femme par sa mère. Mais maintenant il savait.
Le verre se brisa dans un son cristallin. Un pan de la porte s'ouvrit dans un craquement.
Une main qu'il ne pouvait voir passa dans l'ouverture pour tourner la clé. La porte s'ouvrit, tandis que quelque chose passait par la fenêtre.
Et Mathieu entendit la porte claquer.
Fin
