Titre : Léthé

Auteur : Anotherstep

Rated : M

Personnages/Pairing : Antoine Daniel/ Mathieu Sommet

Bêta-lectrice : Ranne

Trigger Warning : Ce texte contient des propos nécrophiles. Vous êtes prévenus (et franchement, ne lisez pas si vous n'avez pas le cœur à lire du malsain ce soir... Même si je ne comprends pas ce que vous faites sur un recueil d'Os sur le thème d'Halloween dans ce cas...)


Bonsoir tout le monde! C'est mon tour de vous présenter une œuvre que j'ai concocté exprès pour vous en cette froide soirée d'Halloween. Trrrembleeeeez! (oui, je sais, c'est pitoyable. Deponia, si t'es dans le coin, je suis désolée de souiller ainsi la terreur xD)

Je ne pensais pas que j'arriverais à écrire mon texte aussi vite mais... Apparemment mon imagination travaille bien pour les trucs glauques. ce propos:

Disclaimer: Le poème n'est pas de moi mais de Charles Beaudelaire qui, bien que mort, continue à être seul maître de son travail. Le poème s'appelle Léthé et est tiré du recueil des Épaves. Et je suis sur le point de vous en faire un historique mais je vais me taire. Pour plus d'informations, je suis disponible ^^

Je tiens à remercier de tout coeur ma chère Ranne qui a fait un super travail de bêta. Le texte serait vraiment moins bien si elle n'avait pas été là pour me dire de faire gaffe à mes phrases fleuve ^^ Merci encore, chérie :D

Et aussi, merci à Titipo et Kalincka d'avoir eu cette idée formidable. Câlin les filles!

Aller, je me tais. Amusez-vous!

Another


Léthé

Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde

Tigre adoré, monstre aux airs indolents

Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants

Dans l'épaisseur de ta crinière lourde

Mathieu desserra son étreinte, essoufflé, et fit glisser ses doigts sur la peau tendre du cou de son partenaire pour les passer derrière sa nuque. Il voulait sentir sa chaleur contre son cœur une dernière fois avant leur séparation. Il tira la tête de son amant contre son torse, sentant son propre cœur battre la chamade et prit le temps de respirer profondément pour oxygéner son corps. Il reposa avec délicatesse la tête lourde sur le sol et observa le visage de l'homme qu'il aimait. Ses traits étaient doux, réguliers, fins, plus détendus qu'ils ne l'avaient jamais étés auparavant. Ses lèvres charnues restaient inertes, ses paupières légèrement entrouvertes sur des yeux d'un brun terne, ayant perdu de leur éclat et impassibles. Tremblant, Mathieu passa sa main sur sa joue, s'étonnant de tant de douceur au toucher, et glissa ensuite de l'apophyse à la tempe puis il joua un instant avec une mèche folle qui retombait sur le front de son amant et il finit par passer sa main entière dans ses cheveux en bataille qui semblaient ne jamais vouloir s'arrêter de pousser. Il se délecta de leur douceur et de leur épaisseur, fermant les yeux pour plus en profiter.

Dans tes jupons remplis de ton parfum

Ensevelir ma tête endolorie,

Et respirer, comme une fleur flétrie,

Le doux relent de mon amour défunt.

Mathieu soupira d'aise, rouvrit les yeux et les posa sur la peau pâle de son amant. Il fut pris d'un soudain désir d'en connaître la texture et le goût. Se baissant lentement, il chercha du regard l'accord de l'homme qu'il aimait, avant de se raviser et de plonger tout à fait sur cette viande alléchante. Il posa ses lèvres chaudes sur le cou froid et zébré de rouge de son ancien ami et embrassa sa peau, plusieurs fois, profitant de la douceur intense de cet épiderme, avant d'y planter avec passion ses dents. Son amant n'émit aucune réaction, ni positive, ni négative, encourageant le jeune vidéaste à continuer son activité du bout des lèvres et des dents. Ses narines se délectaient de l'odeur enivrante du parfum à moitié estompé de l'autre homme, accompagnée d'une autre odeur, encore plus diluée, à peine perceptible, l'odeur de la Mort. Mathieu délaissa la peau et se saisit fermement de la chemise à moitié ouverte de son amant dont il renifla la senteur longuement, ne reprenant qu'en de rares occasions son souffle, uniquement quand il lui manquait réellement. Qu'avait-il fait ? Pourquoi ? Il l'aimait tant, pourtant... Il finit par rouvrir les yeux et chuchoter à l'égard de son partenaire :

« Excuse-moi, Antoine, je ne voulais pas... Je ne voulais pas... Antoine...Je t'aime. »

Je veux dormir ! Dormir plutôt que vivre !

Dans un sommeil aussi doux que la mort,

J'étalerai mes baisers sans remord

Sur ton beau corps poli comme le cuivre.

Il ferma ses yeux en grimaçant, se retenant de pleurer. Il n'avait pas le droit, il ne pouvait pas. Sous ses doigts baladeurs, la peau douce de son amant le ramena à la réalité il sentait encore la chaleur de son corps sur sa poitrine. Il était là, chaud, immobile, prêt à l'écouter et à lui accorder son pardon... Mathieu posa sa tête lourde contre le thorax de l'homme qu'il aimait et soupira, sentant la torpeur du sommeil le gagner peu à peu. C'est ça, il voulait dormir sur ce corps chaud, oublier tous ses actes et ne plus se réveiller. Atteindre l'oubli de la mort, celui qui fait se plaindre, se rappeler un moment, puis ne plus penser, jusqu'à disparaître. Dormir et oublier, mourir et ne plus se rappeler. Mathieu rouvrit les yeux sur la peau cuivrée d'Antoine dont la chaleur commençait à s'effacer. Cette peau si tendre, qu'il mordait plus tôt de ses baiser son corps entier l'appelait encore. D'une main lente et lourde il défie les boutons de sa chemise, les yeux à demi fermés et la bouche entrouverte, puis il se redressa, passa au-dessus du corps endormi de son amant et reprit son travail, embrassant minutieusement chaque parcelle de peau de son torse imberbe, profitant de chaque instant, haletant, ouvrant et fermant la bouche tour à tour sur cette chair tendre qui n'attendais que lui.

Pour engloutir mes sanglots apaisés

Rien ne me vaut l'abîme de ta couche

L'oubli puissant habite sur ta bouche,

Et le Léthé coule dans tes baisers.

Il ne songeait plus à rien. Seuls existaient la peau d'Antoine et ses regrets, à peine dissimulés. Il ne pourrait jamais l'entendre lui dire « je t'aime ». Il ne pourrait jamais le voir sourire à nouveau. Il ne pourrait jamais sentir ses propres baisers sur sa peau, ni ses lèvres répondre aux siennes. Mathieu étouffa un sanglot, remonté du fond de sa gorge, et posa ses yeux embués sur la bouche rosée de son amant, étendu sous lui. Il semblait si vivant pourtant, si calme, juste endormi, là, dans ses bras, n'attendant que son baiser pour se réveiller mais Mathieu avait essayé de le réveiller, sans succès, il essayait encore, il pressait avec force ses lèvres sur les siennes, mais Antoine ne répondait toujours pas. Et pourtant... L'embrasser lui faisait du bien. Il revivait les meilleurs instants de sa vie en l'embrassant à pleine bouche, il ressentait les mêmes joies, les mêmes émotions que lors de son vivant. Il oubliait sa mort, tout simplement, il oubliait son propre acte barbare sur son ami défunt, il oubliait ses problèmes, ses joies, ses peines, ses douleurs, sa propre vie, préférant se noyer dans ces baisers enflammés qui lui apportaient toute la satisfaction qu'il désirait.

A mon destin, désormais mon délice,

J'obéirais comme un prédestiné

Martyr docile, innocent condamné,

Dont la ferveur attise le supplice,

Que faire, que dire dans ces moments où rien ne va plus comme on le sent, où son propre corps n'agit plus que par sa propre impulsion, refoulant la conscience au plus profonds de son être et refusant d'entendre raison ? Quand on désire tant qu'on tue pour obtenir ? Quand on aime tant qu'on préfère perdre à jamais que de laisser à quelqu'un d'autre ? Quand on est si fou qu'on croit qu'un corps sans vie est encore là, répondant aux injonctions et suppliant pour être prit, qu'on se rappelle pourtant, qu'on espère avoir rêvé, qu'on se rend compte qu'on ne peut plus s'arrêter ? Quand on finit par assimiler son acte à un ordre du destin, quand on se défile derrière l'obligation venue du Ciel alors qu'on ne devrait s'en prendre qu'à soi-même ? Quand de bourreau on passe à victime sans aucun droit, juste avec une pensée malsaine que de toute de façon, ce n'est pas de sa faute, c'est le destin qui me force ? Mathieu songeait à tout cela à la fois, et il se dégoûtait de ce qu'il faisait. Il se dégoûtait de souiller ainsi la mémoire et la dépouille de son ancien ami. Mais il ne pouvait pas s'arrêter.

Je sucerai, pour noyer ma rancœur,

Le népenthès et la bonne ciguë

Aux bouts charmants de cette gorge aiguë,

Qui n'as jamais emprisonné de cœur.

Antoine ne l'avait pas aimé, il n'avait jamais rien ressentit pour lui. Au début Mathieu croyait que ce n'était rien, qu'il surpasserait la douleur mais non, il avait fallu que son ami lui présente cette jeune fille, qu'il le nargue avec elle. Plutôt perdre à jamais que de laisser à quelqu'un d'autre. C'était tout naturellement qu'il était arrivé chez lui, qu'il l'avait plaqué sur son lit et avait serré ses doigts fins autour de son cou, qu'il l'avait regardé droit dans les yeux pendant qu'il se débattait, une lueur folle de détresse et d'incompréhension le perçant de part en part, qu'il avait observé avec douleur la vie quitter le visage désespéré de sa victime. Il s'était dit que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire. Il regrettait, oh oui, il regrettait, mais il était trop tard. A présent il ne désirait qu'oublier dans ses baisers la rancœur qui l'habitait, oublier tout et contracter la maladie de son amant, l'embrasser à en voler le virus, le caresser jusqu'à ce qu'il meure également de la même douleur qui l'avait tué. Dans un dernier soubresaut, Mathieu posa ses lèvres sur celles de son partenaire d'un soir, puis il ne sentit plus rien. Son cœur avait accédé à sa requête.