Avertissement : Présence de Lemons, Limes indiqués par le premier et le dernier mot en gras.
Bonne Lecture,
Yzan & Lili.
~1 : La vie rêvée de Taka.~
Taka grimaça légèrement, fermant derrière lui la porte de la salle de bain. Son client n'y avait pas été de main morte, il aurait sûrement des bleus. Levant les yeux il s'examina dans le miroir accroché au mur au-dessus d'un lavabo modeste. Comme il s'y attendait, il avait des marques sur les hanches, des marques de doigts. Pour l'instant elles étaient encore rouges mais il ne se faisait aucune illusion, dans quelques heures elles tourneraient au violet puis au bleu. C'était l'inconvénient d'avoir la peau blanche et fragile.
Par acquis de conscience, il fit un rapide examen du reste de son corps. Son torse finement musclé, orné de quelques cicatrices plus ou moins récentes, était aussi blême que le reste de sa personne. La seule touche de couleur était ses mamelons percés d'un barbell à tête de mort en acier pour le droit, et d'un anneau noir posé à la base de son téton gauche et maintenu en place par une barre qui transperçait sa chair tendre et doté de pics à chaque extrémité. Ses abdominaux légèrement dessinés s'ornaient d'un dragon argenté niché au-dessus son nombril avec une boule de la même couleur en son centre, et d'une pierre rouge juste dans le creux de l'ombilic, la queue de la bête mythologique contournant la cavité pour s'arrêter juste au dessous.
Ses orbes onyx remontèrent jusqu'à son cou, s'attardant un court instant sur le tatouage à l'encre noire qu'il avait à la base de la nuque, un soleil formé d'un entrelacs de minuscules flammes enfermé dans un croissant de lune stylisé, avant de se poser sur ses lèvres fines et à peine rosées. L'inférieure était coupée en son milieu par un simple anneau de métal, alors que la supérieure s'agrémentait d'un labret ayant la forme de trois triangle entremêlés entre eux, le bijou se posant sur le coin droit de sa bouche.
Essuyant sur une serviette de bain les traces visqueuses et blanches qui souillaient encore la commissure de ses lèvres, il acheva son examen par ses yeux. Ses iris étaient aussi noirs que ses pupilles et la sclérotique injectée de sang lui donnait un regard assez particulier. Son sourcil droit était souligné par un barbel torsadé aux extrémités rondes et noires, alors qu'un serpent en argent suivait la ligne du gauche, la tête du reptile se posant juste au dessus de l'extérieur de la fine ligne de poils parfaitement dessinée.
Taka renifla dédaigneusement face à son reflet avant de s'en détourner pour s'engouffrer dans la cabine de douche à peine vétuste. Il ne s'attarda pas outre mesure sous l'eau chaude, se contentant d'effacer les traces de son activité précédente. Tout en séchant ses cheveux aussi noirs que ses yeux il jeta un coup d'oeil à son portable, s'enquérant de l'heure et d'éventuels messages. La date du jour le frappa de plein fouet, il était minuit trois et c'était son anniversaire. Aujourd'hui, il avait vingt ans.
Un ricanement amer lui échappa. Vingt ans... et il faisait la pute depuis dix ans maintenant, enfin c'était ce qu'on lui avait dit. Il avait atterri dans les bras de l'Akatsuki quand il était enfant, et comme tous les gamins qui tombaient dans les griffes de l'organisation, il avait eu droit à un accueil royal. Les treize dirigeants de l'organisation lui étaient tous passés dessus, pour l'éduquer disaient-ils, plusieurs fois chacun évidement. Quel aurait été l'intérêt qu'ils ne le fassent qu'une fois ? Ils devaient lui apprendre...
Et il avait appris... Appris à se taire quand ses clients, qui avaient l'âge d'être son père voire de son grand-père, lui déchiraient les entrailles, appris à ne pas s'étouffer avec les bites écœurantes de ces pédophiles, appris à supporter tous les caprices de ces hommes qui le prenaient pour un objet sexuel, assouvissant avec lui leurs pires perversions. Appris à ne pas se plaindre, ni à se rebeller, les punitions s'il décevait l'un de ses clients étaient pires que ce que lui faisaient subir ses habitués. Parce que oui, il avait une clientèle régulière, selon leurs dires il était bien plus étroit et délicieux que les autres.
Durant cette période il n'avait pas une seule fois quitté sa chambre, celle-ci étant dotée de WC et d'une petite salle de bain. C'était Zetsu, le cuisinier, qui lui apportait ses repas, Kabuto le médecin qui le soignait quand besoin était, et Sasori le dealeur qui lui fournissait des cachets pour pouvoir tenir. Ah oui, parce que prostitué ce n'était pas suffisant sur son CV, junkie en plus, ça en jetait tout de suite beaucoup plus.
Se saisissant de l'une de ses bottes, il la retourna, donna un coup sur le rebord du lavabo et décala la semelle du talon, dévoilant sa cache personnelle. Il ne pouvait se permettre de mettre des choses de valeur dans ses poches, aussi avait-il trafiqué ses chaussures pour pouvoir y planquer sa came, celle qu'il réservait à son usage personnel. Tout en sortant le sachet de plastique qui contenait son précieux bien, il songea au fait qu'il faudrait bientôt qu'il retourne voir Sasori pour renflouer son stock.
Un jour, il avait quitté sa cellule, car son "apprentissage" était fini. On lui avait dit qu'il était là depuis cinq ans. Il n'avait aucun moyen de vérifier, alors il l'avait cru. Comme il avait cru tout ce qu'on lui avait dit, n'ayant ni les moyens, ni l'envie de savoir si c'était des mensonges ou pas. Le chef de l'Akatsuki lui avait dit que c'était son anniversaire et qu'il avait maintenant quinze ans. L'homme de pouvoir n'avait pas tort, ce jour-là était un peu le jour de sa renaissance. Et pour l'occasion, il lui avait fait un cadeau.
Et quel cadeau ! Le trottoir. Il était devenu trop vieux pour ses clients habituels, aussi était-il prié d'en trouver d'autres dehors. Oh, et au passage de se diversifier un peu. Il ne faudrait pas que son chiffre d'affaire baisse après tout, les pédophiles payaient bien plus que les autres dans la norme. Taka était donc devenu dealer, voleur, et guetteur lors des gros coups de l'organisation. Oui, il avait bien appris son métier, et restait rentable.
Le bruit d'un long reniflement résonna dans la pièce exiguë. Se redressant, le jeune homme essuya le mince filet de sang qui coulait de sa narine, avant de lécher sa main, puis la tablette sur laquelle quelques résidus de poudre blanche persistaient. Au prix que ça lui coûtait, pas question d'en perdre un grain. Sans un regard pour son reflet, il enfila le pantalon imitation cuir, rouge écarlate, qu'il portait en arrivant. En espèce d'élastane, celui-ci était très serré,mais tout en présentant l'avantage de s'enfiler et surtout de s'enlever très facilement, après tout ses clients n'avaient pas le temps d'attendre qu'il bataille avec le vêtement. Celui-ci était très taille basse, aussi n'avait-il pas besoin de se pencher beaucoup pour que le piercing placé juste en haut de la raie de ses fesses ne soit visible. Le bijou était noir et en forme de dollar, Taka trouvant assez drôle de signaler ainsi que son cul était payant.
Il retint sa respiration et rentra son ventre au maximum pour refermer l'unique bouton qui fermait le vêtement. Il n'était pourtant pas très épais, limite famélique, mais dans son boulot il fallait attirer le client. Son cul était son outil de travail après tout, il se devait donc de le mettre en valeur, et il était plus qu'indispensable qu'il puisse rendre rapidement accessible cette partie là de son anatomie. Il ne portait pas de sous-vêtements, ni de chaussettes, c'était plus simple pour les passes entre deux portes, les clients pressés qui le prenaient dans une ruelle ou dans l'obscurité d'une porte cochère, au mieux dans l'habitacle d'une voiture.
Il rangea son matériel dans le talon de sa botte avant de l'enfiler ainsi que sa jumelle. De simples bottes noires et cloutées sur le haut, elles lui arrivaient à mi-mollet et avaient un bout renforcé par une plaque d'acier soigneusement dissimulée sous le cuir. C'était parfois très pratique pour se débarrasser de certains fauchés qui croyaient qu'il écartait les cuisses gratuitement. Le reste de sa tenue se composait d'un simple gilet de costume assorti et sans manche, qu'il portait, à même la peau, ouvert même en plein hiver, et de bracelets en cuir qu'il ne quittait jamais.
Jetant un dernier coup d'œil dans le miroir il se recoiffa d'une main habituée, dégageant les mèches sombres qui s'étaient coincées dans les nombreux piercings qui couraient de ses lobes jusqu'au sommet de ses oreilles et sortit de la salle de bain, son salaire soigneusement caché dans la doublure de ses bottes. Il traversa la chambre bas de gamme, ferma la porte à clé et alla la rendre à l'accueil du love-hôtel où son client l'avait emmené. Le bruit d'un moteur démarrant attira son attention vers une grosse moto noire sur laquelle était appuyé un géant roux.
Taka s'avança d'un pas nonchalant jusqu'à Jûgo, pas mécontent que celui-ci l'ait suivi, son client n'ayant même pas pris la peine de lui proposer de le ramener. Se coiffant du casque que le roux lui tendit, il se plaça à califourchon derrière lui, s'accrochant au siège alors que la bécane démarrait dans un rugissement de moteur. Ils s'étaient rencontrés cinq ans auparavant quand le brun était arrivé sur le trottoir, le roux chargé de la sécurité des putes du secteur l'avait pris sous son aile, veillant sur lui comme un grand frère protecteur.
Le mastodonte de près de deux mètres de haut et à la carrure d'une armoire à glace l'avait protégé à son arrivée, éloignant les autres prostitués de la zone qui voyaient d'un très mauvais œil l'étalage de chair fraîche qui menaçait leur business personnel, et qui lui auraient bien fait sa fête pour lui apprendre les bonnes manières. Depuis, Jûgo gardait toujours un regard attentif sur lui, le suivant si des clients l'embarquaient en dehors de son secteur de prospection, le ramenant si besoin était, comme ce soir par exemple.
Quand un jour, il lui avait demandé pourquoi il avait droit à un tel traitement de faveur, Taka pensait sincèrement que le roux lui réclamerait un paiement en nature, mais certainement pas qu'il réponde qu'il lui rappelait son meilleur ami, mort d'une overdose quelques mois auparavant. Jamais Jûgo n'avait eu le moindre geste révélateur, se comportant en ami, et il était probablement l'une des rare personne à le voir autrement que comme un trou.
La monstrueuse bécane s'arrêta, arrivée à destination, et Taka en descendit, retrouvant avec joie et allégresse son bout de trottoir qui n'avait pas bougé en son absence. Il était bien dressé ! Sortant son paquet de clopes de sa botte, il alla s'adosser contre son mur, le sien; il avait presque son nom marqué dessus. Il ne tint pas compte des insultes que ses charmants collègues, plus anciens que lui dans ce doux métier, lui lancèrent au passage. Il n'y pouvait rien si ces thons n'attiraient pas le client !
Il eut à peine le temps de finir sa cigarette qu'un potentiel client se présenta au début de la rue, passant au ralenti en voiture, plein phares, la fenêtre teintée côté passager légèrement entrouverte. Taka s'avança sur le bord du trottoir d'une démarche aguicheuse, roulant des hanches, sifflant pour attirer l'attention sur lui. Quand la berline noire arriva à sa hauteur, comme souvent, elle s'arrêta. Il se pencha vers la vitre qui s'abaissa, se léchant les lèvres, mettant en avant son piercing à la langue et son torse musculeux.
Le sempiternel " C'est combien ? " sortit de la bouche du chauffeur, un homme entre deux âges pourvu d'un double menton, son bide gras s'écrasant contre le volant. Taka énonça ses prix, lorgnant sur la gourmette en or et la grosse chevalière bien visibles sur la main posée sur le levier de vitesses. Il tordit intérieurement le nez, le client potable : ce ne serait pas encore pour cette fois. L'homme hocha simplement la tête et gara la berline le long du trottoir.
Taka compta mentalement le nombre de briques qui composaient le mur qu'il avait sous les yeux, remarquant que l'une d'entre elles était légèrement fissurée. C'était une habitude qu'il avait prise depuis ses toutes premières passes dans ce coin de ruelle. Tous ses clients ne prenaient pas tous la peine de payer une chambre dans un love-hôtel, il s'estimait même chanceux quand il avait l'opportunité de faire ça à l'horizontale sur un matelas, la plupart du temps défoncé, dans l'une de ces pièces miteuses payées à l'heure.
Son client actuel faisait donc partie des autres, les plus nombreux, ceux qui voulaient faire ça vite fait bien fait, sur place, à la sauvette, dans la promiscuité de cette ruelle à moins d'un mètre de "sa" portion de trottoir où il tapinait. Halètements, grognements, déhanchés, cris rauques et vocabulaire fleuri, son pantalon baissé sur ses genoux, c'était une musique qu'il connaissait bien. S'il avait dû toucher un centime à chaque fois qu'on lui avait dit "T'aimes ça hein !" ou "Tu la sens bien là", il serait déjà probablement riche à millions.
La pénombre de la nuit masqua son rictus alors qu'il serrait les dents. L'homme, heureusement pour lui, ne fut pas long, et il remonta rapidement son pantalon quand l'affaire fut faite et le préservatif usagé fut noué et jeté sur le sol à l'endroit même où il se trouvait. Son client repartit d'un pas plus léger, satisfait, remontant en voiture et reprenant sa route comme si jamais il ne s'était arrêté. Taka récupéra la bouteille de whisky pur, du très bon marché, qu'il gardait cachée dans l'encoignure d'une fenêtre, sur son pré carré et se rinça rapidement la bouche pour s'ôter le goût de latex qui persistait sur sa langue.
A peine se pencha-t-il pour glisser son salaire dans sa botte qu'une autre paire de phares troua la nuit d'encre, parsemée ici et là par les halos des trop peu nombreux réverbères. Les rumeurs et la vivacité de la vie de la ville restaient en marge, à l'entrée de cette rue discrète. Le moteur tourna au ralenti, le véhicule descendit le long de la rue, le client faisant tranquillement son marché. Quelques pas chaloupés, un sifflement, et la voiture stoppa sur sa portion de trottoir.
Ils étaient deux. Un grand maigre à lunette au faciès de fouine et un plus petit, boutonneux. A peine arrivés dans la ruelle, le premier lui attrapa les cheveux et le plia en deux. Taka n'eut que le temps d'enfiler la mince barrière de latex, qu'il plaça directement entre ses lèvres, sur le sexe à l'image de son propriétaire qui glissa sans ménagement dans sa bouche. Le deuxième baissa avidement son pantalon sans attendre et se frotta un peu contre ses fesses avant de s'enfoncer en lui sans douceur. "Tu la sens hein, sale pute." Ben non, justement... Depuis le temps, il ne sentait plus rien...
Un extra pour jouir tous les deux sur sa figure alors qu'il était à genoux, à leurs pieds, sur les pavés sales et disjoints, et ils s'en furent en se congratulant mutuellement, lui jetant son dû à même le sol, ne prenant même pas la peine de le lui donner en main "propre". Joyeux Anniversaire Taka, te voilà félicité par des tonnes de crème ! Et dire qu'il y avait des femmes pour croire que c'était un excellent anti-âge. Il avait lu ça dans un vieux magazine écorné qui traînait dans l'une des chambres qu'il avait utilisée. Il ne se rappelait même plus quel hôtel. Si c'était vraiment le cas, alors il était verni, et pas prêt d'avoir des rides !
Il avait tout de même réussi à délester son premier client de sa gourmette en or, c'était déjà un premier cadeau. Et la soirée ne faisait que commencer... Il reprit sa place sur le trottoir, attendant le prochain client qui ne tarda pas, et cela dura toute la nuit. Il enchaîna les passes plus ou moins lucratives avec toutes sortes d'hommes, les délestant discrètement de quelques effets personnels à l'occasion. Après tout, si ces types étaient suffisamment bêtes pour venir dans cette rue avec des bijoux clinquants, il n'y avait aucune raison pour qu'il n'en profite pas un peu. Il pourrait revendre ces breloques pour arrondir ses fins de mois, et aujourd'hui c'était son anniversaire, il fallait bien fêter ça, non ?
La nuit touchait à sa fin et comme souvent un vendredi soir, elle avait était fructueuse. Taka alluma une clope, s'adossant contre le mur derrière lui. Son client, probablement le dernier pour ce soir, venait de partir. Celui-là était un frileux et il l'avait pris sur la banquette arrière de sa voiture garée sur le bord de son coin de trottoir. Bon, s'il avait pu avoir la délicatesse d'enlever le rehausseur de son gamin, ça aurait été plus confortable. Un siège-bébé n'était pas le meilleur oreiller du monde.
Un soupir désabusé lui échappa, il avait eu droit à tout un panel de mâles en tout genre, du boutonneux tout juste sorti des jupes de sa mère au père de famille frustré, des gros, des maigres, des moches, des moins moches, des mecs bourrés qui sortaient de boite sans avoir réussi à tirer leur coup dans la discothèque, des étudiants, des salariés, bref un bel échantillon de ce qui se faisait en matière d'hommes. Et bien sûr, les exigences parfois étranges de certains qui allaient avec.
Un type, ressemblant vaguement à un père noël tant il était gros et barbu, avait payé pour le regarder sucer son pote et se vider sur son cul sans le prendre. Un autre avait fait une fixation sur ses mamelons les tétant durant de longues minutes avant de partir sans l'avoir touché autrement. Taka s'était alors mordu les lèvres pour ne pas lui faire remarquer qu'il était un mec et donc qu'il ne risquait pas d'avoir de montées de lait. Un jeune homme avec une tête de premier de la classe, n'avait voulu qu'une simple branlette et durant tout le temps qu'il s'était exécuté, son client n'avait pas cessé de parler, le couvrant de mots mielleux et vomitifs. Il n'avait rien d'une "jolie gazelle" ou d'une "poupée de porcelaine", par contre il avait eu mal au poignet après.
Ses orbes sombres se posèrent sur ses pieds chaussés de ses bottes, bien remplies du fruit de son dur labeur. Cette nuit encore il avait donné de sa personne, supportant sans broncher les positions inconfortables, les odeurs parfois nauséabondes des bites qu'il avait dû avaler, se forçant à faire semblant de gémir sous les coups de reins des hommes qui le prenaient sans ménagement, prenant sa voix la plus érotique possible pour répondre par l'affirmative aux habituels "Tu aimes avoir ma bite dans le cul, salope !" et autres discours du genre. Il ne comprenait pas pourquoi certains se sentaient obligés de lui parler de cette façon. Franchement, ils le payaient pour se vider les couilles pas pour leur faire la conversation !
Des phares illuminèrent la ruelle, attirant immédiatement l'attention de tous, chacun cherchant à appâter le conducteur. Écrasant d'un coup de talon la tige de tabac sous sa botte, Taka se rapprocha de la voie bitumée, roulant exagérément des hanches et sifflant bruyamment. Comme il l'espérait, la petite voiture, qui visiblement avait bien vécu, se gara devant lui. Il se pencha vers la vitre, ignorant les remarques acides de ses collègues qui avaient moins de succès que lui.
Le jeune homme au volant, qui devait avoir une petite trentaine et avait l'air propre, lui posa la sempiternelle question "C'est combien ?". D'une voix aguicheuse, Taka répondit, lui énumérant rapidement les possibilités et leurs prix, non sans conclure par un "je suis ouvert à toutes propositions" tentateur. Son potentiel client sembla hésiter un instant avant de marmonner qu'il pouvait bien fêter sa promotion professionnelle comme il se devait, puis descendit de la voiture.
Taka se redressa, jetant un regard méprisant aux autres prostitués, et précéda le jeune homme dans la ruelle sombre et jonchée de préservatifs usagés. Se tournant vers son client, il posa une main caressante sur le torse de celui-ci et prit sa voix la plus suave et sensuelle pour lui demander :
- Alors mon beau, qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
Le client réfléchit un instant, le détaillant d'un regard lubrique avant de répondre calmement :
- Fellation sans capote et ton cul en levrette.
Un sourire allumeur étira les lèvres fines du jeune prostitué avant qu'il ne s'agenouille sur le sol sale, non sans préciser qu'il ne le laisserait pas s'approcher de son cul sans protection. Le client acquiesça et les mains fines de Taka déboutonnèrent le pantalon noir qui lui faisait face. Il retint un ricanement moqueur quand il sortit le sexe, encore au repos, dont il devait s'occuper. Il ne risquait pas de s'étouffer avec, il avait rarement vu des pénis si petit. Et Dieu sait qu'il en avait vu ! Sans commentaire, il ouvrit la bouche, enfournant la verge qui se durcit rapidement sous ses attentions mécaniques et presque automatiques.
L'odeur de sueur et d'urine qui titillait ses narines n'avait rien de ragoûtant, mais il avait connu pire, bien pire. Il fit aller et venir la barre de chair entre ses lèvres, jouant de sa langue percée pour procurer plus de sensations à son client. Pas que cela ait beaucoup d'importance pour lui, mais un client satisfait n'irait pas se plaindre à Hidan, le mac du secteur, et la satisfaction des "pigeons", comme il les appelait, était l'absolue priorité de l'homme de l'Akatsuki. Un client satisfait reviendrait et se ferait plumer plus facilement.
- Putain, tu suces sacrément bien !
La remarque du jeune homme dite d'une voix essoufflée fit rouler Taka des yeux. Bien sûr qu'il suçait bien, il pratiquait depuis dix ans déjà, et dans ce secteur ne pas savoir utiliser sa bouche correctement était un sacré handicap. Enfin, l'avantage d'avoir la bouche pleine était qu'il n'avait pas à répondre quoi que ce soit.
Le jeune homme le repoussa avec brusquerie et ordonna d'une voix sèche :
- Baisse ton fut et mets toi à quatre pattes !
Taka hocha la tête, affichant un air séduisant, les muscles de son visage crispés dans l'effort de paraître avenant et quémandeur. Du coin de l'œil, il vérifia que son client enfilait bien le préservatif qu'il lui avait donné tout en abaissant rapidement son pantalon et en se mettant dans la position demandée.
Il grimaça légèrement en posant ses paumes sur le bitume froid et couvert de déchets en tout genre. Outre les préservatifs usagés de ses passes précédentes, il y avait des bouteilles d'alcool vides cassées, de l'urine, du vomi, du sperme, et des crottes de chien... bref, pas de quoi avoir envie d'y poser les mains. Il avait d'ailleurs été surpris par la demande de son client, dans cette position lui aussi devrait poser les genoux au sol, et peu de ces types avaient ce genre d'envies. Ils préféraient le prendre debout contre le mur, écrasant son visage sur les briques pour certains ou lui râpant le dos contre les aspérités de la façade pour d'autres.
Deux mains avides lui saisirent les hanches avant qu'une verge ne le pénètre sans préparation, pas qu'il en ait besoin d'ailleurs son cul étant un véritable hall de gare. Son client commença immédiatement à se déhancher furieusement derrière lui.
- Tu aimes ça, hein !
Taka retint un soupir désabusé en entendant la voix rauque et haletante résonner dans la ruelle, la grande claque qui s'abattit sur l'une de ses fesses ne le surprit qu'à peine. Prenant un ton le plus érotique possible, il gémit fortement :
- Oh oui... Hmmm...
De sa position, il avait une vue imprenable sur son bout de trottoir actuellement inoccupé. Il repensa vaguement à ce qu'il avait entendu dans la voiture : les marmonnements du type qui le prenait à même le sol de la ruelle sombre. Ce type avait eu une promotion professionnelle. Grand bien lui fasse ! Lui, la seule promotion professionnelle qu'il obtiendrait jamais ce serait une place plus en vue dans la rue. S'il vivait suffisamment vieux, il pourrait peut-être atteindre l'extrémité de la voie, avoir la place qui faisait juste l'angle avec la grande route, celle la plus en vue, celle où finissaient les plus anciens dans ce métier, qui la libéraient quand ils crevaient.
Une overdose, une rixe à coups de couteaux, un règlement de comptes, un client qui avait dépassé les bornes, ou bien l'organisation qui considérait que vous étiez tout simplement trop vieux, ou quoi que ce soit d'autre... et hop, l'histoire était terminée et la place libre. Les probabilités de réussir à fêter plus qu'un trentième anniversaire dans cet environnement étaient aussi minces que le latex qui lui rentrait actuellement dans le derrière. Oui, il avait un grand avenir devant lui !
- Tu la sens bien profond ma grosse bite dans ton petit cul serré !
Taka failli éclater de rire en entendant ces mots. Grosse bite ? C'était une blague ? Elle était si petite qu'il aurait pu en fourrer trois comme ça entre ses fesses ! Quand à sentir quelque chose... Oh, il sentait bien un truc entrer et sortir, les mains qui agrippaient ses hanches et les coups de butoir qui menaçaient de le faire tomber la gueule par terre en avant, mais à part ça...
En grand professionnel qu'il était, il se contenta cependant de crier plus fort :
- Oh oui... Vas-y... plus fort... j'aime ça...
Il accompagna ses paroles lascives par des déhanchements allumeurs, incitant son client à accélérer le mouvement. La nuit se terminait, il avait fait ses dix heures quotidiennes et il n'avait maintenant plus qu'une envie : celle de retrouver le confort spartiate, et très relatif, de sa piaule pour y faire ses comptes et dormir un peu.
Quelques minutes plus tard, un râle le renseigna sur le fait que son client avait enfin fini sa petite affaire. Celui-ci se retira, lui permettant de se redresser et de se rhabiller. Après s'être rajusté et avoir balancé la capote usagée sur le sol, le jeune homme tendit à Taka quelques billets avant de retourner vers sa voiture. Taka le suivit, tout en recomptant soigneusement son salaire. Satisfait de voir qu'il y avait la somme exacte, il glissa son butin dans sa botte et adressa un sourire charmeur à son client, lui disant, avec un clin d'œil séducteur :
- Reviens quand tu veux, beau gosse !
~oOo~
Avec un soupir de soulagement, Taka se laissa tomber sans la moindre grâce sur le matelas défoncé qui lui servait de lit. Enfin il était chez lui ! Bon ce n'était pas vraiment chez lui puisque la pièce de neuf mètres carrés appartenait à l'Akatsuki et qu'il la partageait avec deux autres prostitués, mais c'était ce qui se rapprochait le plus d'un chez lui. Le loyer était d'ailleurs exorbitant pour ce que c'était.
La chambre était située dans le fond d'une cour boueuse, le sol de terre battue étant constamment humide, dans le quartier le plus pauvre de la ville. Ici s'entassaient pêle-mêle baraques de tôle, vieilles caravanes hors d'usage, des carcasses de voitures et quelques rares maisons avec des murs faits de pierre et de terre. Le bâtiment qui abritait son logis était fait d'un unique murs en béton, quel luxe, et de cloisons en tôle ondulée. Le toit d'acier ayant des trous, il avait été recouvert d'une grand bâche bleue, laquelle était aussi percée que la plaque de fer qu'elle cachait.
Lui et ses colocataires avaient donc dû utiliser des sacs plastiques pour assurer un minimum d'étanchéité à leur toit. Contre l'humidité par contre, ils n'avaient rien pu faire, et le mur en béton était couvert de moisissures en tout genre, ceux en métal avaient pris eux une jolie teinte rouille très prononcée. Outre le matelas miteux, la pièce était meublée d'une table basse bancale, sur laquelle était posée une plaque chauffante qui avait connu des jours meilleurs, et un cendrier fait dans une boite de conserve.
Reposant à même le sol, une vieille télévision, tombée d'un camion, leur servait à regarder des séries ou des films quand elle daignait fonctionner, ce qui était peu fréquent, l'antenne de fortune accrochée au mur ne captant que difficilement les ondes hertziennes. La chambre n'avait pas de fenêtres, mais les murs en tôle étaient dotés de trous qui laissaient filtrer la lumière, la pluie et le froid. Avec tout ça, pas besoin de fenêtre !
Taka se redressa sur le lit en grommelant contre le bas de ses reins courbaturés, puis ôtant ses bottes, il compta soigneusement le résultat de sa journée de dur labeur. Après le passage quotidien d'Hidan et ce qu'il prélevait sur sa paye, il ne lui restait pas grand chose. De quoi payer sa dose à Sasori et un paquet de clope. Dans quelques heures, il devrait aller sur les sites touristiques essayer de refourguer à prix d'or la camelote qu'il avait volée à ses clients pour pouvoir acheter un peu de bouffe et de l'alcool. Les touristes étaient de vrais pigeons et souvent riches.
Sortant le nécessaire, il se prépara un rail de coke qu'il sniffa avec la force de l'habitude. Il léchait la table ne voulant pas perdre un seul grain de sa précieuse poudre blanche quand la porte, étonnamment une vraie porte en bois, s'ouvrit violemment et laissa entrer ses deux colocataires qui se disputaient comme à leur habitude.
- En même temps avec ta tronche de sushi pas frais, pas étonnant que tu fasses fuir les clients !
- Non mais tu t'es regardée la rouquine ? T'es tellement plate qu'ils doivent te prendre pour un trans !
- Vos gueules !
La voix froide et polaire de Taka coupa court à l'échange houleux des deux autres, attirant leur attention sur lui par la même occasion.
- Ben alors choupinet ! T'as eu une mauvaise nuit ?
Taka leva les yeux aux ciel en entendant le surnom ridicule dont l'affublait Suigetsu. Pas perturbé par l'attitude glaciale du jeune homme, ce dernier se posa à ses côtés et enroula son bras autour de ses épaules.
- Pourtant je croyais que le week-end ça payait mieux ! Les riches ont fait les radins ?
Taka haussa les épaules sans répondre, pas vraiment enclin à raconter sa journée de boulot. Suigetsu ne s'en formalisa pas et se lança dans le récit de ses péripéties nocturnes. Le jeune homme aux cheveux blancs et aux yeux mauves faisait le trottoir pour l'Akatsuki depuis cinq ans, ayant atterri dans l'organisation à la suite d'une mauvaise rencontre.
Il avait eu l'idée stupide de tomber amoureux d'un homme plus âgé, un certain Kisame, lequel l'avait initié à la drogue et au sexe dans tous ses états avant de le lâcher sur le trottoir. Kisame était l'un des membres de l'Akatsuki les plus haut placés et il était l'un des macs de l'organisation. Suigetsu était sous ses ordres dans l'un des quartiers les plus populaires de la ville, Taka étant dans l'un des plus commerçants. Chacun œuvrant dans un secteur différent, ils n'étaient pas directement concurrents, ce qui permettait une cohabitation plus sereine.
La troisième occupante des lieux était Karin, une rousse aux cheveux longs et aux yeux noirs cachés derrière une paire de lunette à montures rectangulaires. Elle aussi était passée par le réseau pédophile de l'organisation avant de faire la gogo danseuse dans un bar tenu et géré par Deidara, autre membre bien placé de l'Akatsuki. Elle vendait ses charmes aux clients du bar, les appâtant avec des danses sulfureuses et des tenues minimalistes.
Fatigué par ses activités et planant sous les effets du rail de coke qu'il venait de sniffer, Taka s'étendit sur le matelas, se collant contre le mur, puis il ferma les yeux se laissant bercer par le dialogue entre ses deux colocataires, espérant trouver le sommeil rapidement. A la tombée de la nuit il retrouverait son bout de trottoir. Quatre mètres de long sur un mètre cinquante de large, qu'il devrait protéger de la convoitise de ses voisins, et tout un tas de clients aux envies plus ou moins bizarres qu'il devrait satisfaire. De toute façon, c'était tout ce qu'il savait faire...
Le week-end sa clientèle était peu encline à s'attarder, rares étaient ceux qui payaient une chambre, préférant les coups rapides dans la ruelle ou dans une voiture. Il préférait ça aux clients des soirs de semaine. Ceux là, souvent des patrons stressés sortant d'une réunion ou des types partis loin de chez eux pour plusieurs jours, aimaient leur petit confort et payaient souvent l'hôtel. Une fois sur place, certains en profitaient largement, lui faisant subir tous leurs vices et leurs pires perversions. Pourquoi se gêneraient ils ? Ils payaient après tout, et lui n'était qu'une simple pute de bas étage, un objet qu'ils manipulaient à leur guise.
Il sentit vaguement Suigetsu et Karin se coucher à ses côtés, le jeune homme accusant la demoiselle d'avoir un gros cul et de prendre trop de place, celle-ci répondant vertement une insulte quelconque. L'avantage de dormir à trois sur un petit matelas c'était qu'ils n'avaient pas besoin de chauffage. Ce fut sur cette pensée que Taka se laissa sombrer au pays des songes en mode junkie, véritable Cendrillon des temps modernes...
Le soleil brillait haut dans le ciel et dardait ses rayons sur la grande place touristique. Appuyé contre un lampadaire, Taka observa la masse de touristes étrangers, cherchant lesquels seraient les plus faciles à arnaquer. Il avait emprunté un t-shirt à Suigestu, sa tenue de travail risquant plus de faire fuir les pigeons que de les mettre en confiance. Remarquant un couple dans la cinquantaine qui parlait en anglais avec un fort accent américain, il s'approcha d'eux un sourire avenant aux lèvres.
Il entama la conversation, dans un anglais approximatif, charmant la dame, qui faisait au moins dix fois son poids, la complimentant sur sa beauté et son exotisme, embobinant l'homme en lui racontant des évènements historiques, sortis tout droit de son imagination, qui s'étaient déroulés sur cette même place. Quand le couple repartit, il les avait délesté d'un bon nombre de billets et avait réussi à leur revendre presque la moitié de sa marchandise, leur vantant les finitions faites mains et la rareté des produits.
Quelques heures plus tard, il quitta la place après avoir refourgué le reste de sa camelote à deux chinois à la recherche de souvenirs typiques pour leurs épouses. Il entra dans la bouche de métro la plus proche, et sauta par dessus les portiques de sécurité pas décidé à gaspiller son argent pour le prix d'un ticket. Malheureusement, sa journée qui avait si bien commencé fut gâchée par un policier en civil qui lui attrapa le bras et l'emmena à l'écart, le sermonnant sur son manque de connaissance des us et coutumes des transports en communs.
Devant le discours presque paternel de l'agent, Taka prit l'air le plus désespéré qu'il avait en stock, et expliqua au brave homme de loi que sa mère venait d'avoir un accident cardiaque et qu'il devait absolument la rejoindre à l'hôpital. Mais la queue au guichet était si longue et il était si inquiet pour sa chère maman qu'il avait sauté la barrière pour attraper le premier métro. Il jura ses grands Dieux que c'était bien la première fois de sa vie qu'il faisait ça, et que promis, juré, ce serait la dernière.
Apitoyé, le policier le laissa repartir avec juste un avertissement et ses meilleurs vœux de prompt rétablissement pour sa mère. Tournant le dos à l'agent, Taka reprit sa route d'un pas pressé, cachant le rictus victorieux qui étira sa bouche. Franchement, ça avait été presque trop facile. Sa mère malade ? Il ne se souvenait même pas à quoi elle ressemblait, ni si elle était encore de ce monde, ni même s'il en avait une. Pas que cela l'intéresse vraiment d'ailleurs, il avait appris à grandir tout seul et n'avait pas besoin d'une maman pour veiller sur lui.
Le métro était bondé, comme toujours un samedi midi, et Taka dut jouer des coudes pour monter dans la rame. Il regarda d'un oeil aiguisé les autres usagers, délestant discrètement ses proches voisins du contenu de leurs poches. Tant qu'à être entassés comme des sardines en boîte dans le wagon, autant en profiter. Les mouvements de foule quand les gens descendaient ou montaient à chaque station lui permettait de ne pas manquer d'occupation.
Il sortit dans la rue, son butin soigneusement caché dans ses bottes, ses poches et la ceinture de son pantalon rouge. Le t-shirt blanc de son colocataire était un peu trop large et trop long pour lui, mais masquait à la perfection les bosses formées par son magot. D'un pas tranquille, Taka se dirigea vers un petit restaurant qui ne payait pas de mine, l'enseigne colorée tranchant sur la façade terne du bâtiment.
Une clochette retentit quand il poussa la porte, il salua le gérant d'un signe de tête et ouvrit la porte marquée "Privé" juste à côté de celle des toilettes. Le jeune homme longea le couloir faiblement éclairé par des soupiraux et stoppa devant un battant de bois clair. Il frappa deux coups, puis deux autres après un temps d'arrêt, et pénétra dans la pièce après y avoir été invité.
L'arrière salle du restaurant ressemblait plus à un bar clandestin qu'à autre chose. Un grand billard trônait au centre de la pièce aux murs lambrissés, des fauteuils dépareillés et des tables éparses finissant de meubler l'espace. Le plafond était à peine visible tant la fumée qui envahissait l'endroit était dense.
- Bonjour mon ange.
La voix suave qui retentit fit tourner la tête brune de Taka vers l'un des fauteuils. Assis en travers des accoudoirs en cuir, un homme de petite taille et à la courte chevelure rousse le regardait avec amusement. Se rapprochant, Taka le salua poliment :
- Bonjour Sasori.
- Alors mon ange, qu'est-ce qui t'amène ici ?
Taka se retint de lever les yeux au ciel. Sasori avait l'art de poser des questions dont la réponse était évidente. Soutenant le regard malicieux du roux, il répondit d'une voix calme :
- Je viens renflouer mon stock.
Le dealeur se tourna dans son fauteuil, s'asseyant sur l'assise et posant ses pieds au sol avant de soupirer d'un ton dramatique :
- Et moi qui espérait une simple visite de courtoisie. Depuis le temps qu'on se connaît, mon ange, pas une fois tu n'es venu juste pour me faire la conversation.
Taka serra les poings sans rien dire. Sasori avait fait partie de ceux en charge de son apprentissage avant qu'il n'arrive sur le trottoir, et c'était lui qui l'avait initié aux drogues diverses et variées.
Alors oui, ils se connaissaient depuis longtemps et intimement même, mais Taka ne tenait pas particulièrement à "faire la conversation". Il ne venait le voir que pour acheter ses doses et c'était amplement suffisant. En plus, le dealeur l'appelait toujours "Mon ange", et ça avait le don de lui taper sur les nerfs. Il n'avait rien d'un ange ! Il n'était pas blond avec des bouclettes, ne portait pas de robe blanche, n'avait pas d'auréole ni d'ailes ! Il tenait plutôt de l'ange déchu, tout droit sorti des enfers, il y avait même des jours où il se demandait s'il n'y était pas encore d'ailleurs : en enfer.
Si l'autre avait des problèmes de vue, qu'il aille se faire soigner.
- Dis-moi mon ange, est-ce que tu as de quoi payer au moins ? Parce que tu sais que les paiements en nature, ce n'est pas vraiment le genre de la maison, bien que pour toi, je pourrais faire une exception, à condition que ça ne devienne pas une habitude bien sûr.
Taka soupira, connaissant la rengaine par cœur depuis le temps qu'il venait se fournir ici, et sortit l'argent qu'il avait déjà préparé de sa poche. Un sourire angélique étira les lèvres de son interlocuteur qui claqua soudain des doigts. Une porte dérobée s'ouvrit dans le fond de la pièce et un obséquieux sous-fifre trottina jusqu'au fauteuil, porteur d'une grande mallette noire. Le dealer la prit des mains de son second couteau qui repartit aussi sec dans l'antre d'où il était sorti.
Le narco-trafiquant posa l'objet sur la table basse devant lui et fit tourner les molettes pour l'ouvrir, formant un code qu'il devait être probablement le seul à connaître. La valise aux mille merveilles s'entrebâilla dans un claquement. Soulevant cérémonieusement le couvercle, Sasori jeta un œil distrait sur le contenu empli de sachets de tailles et de couleurs diverses contenant poudres, cachets et autres substances illicites.
- Alors, mon ange, qu'est-ce que ce sera pour toi aujourd'hui ?
Taka grimaça avant de répondre :
- Comme d'habitude.
Le vendeur de rêve fit une moue dépitée.
- Vraiment ? Tu n'es pas drôle, mon ange. J'ai un nouveau produit extraordinaire, avec ça tu décolles en moins de deux, direct chez Alice au pays des merveilles. Tu n'as pas envie d'être Alice ?
- Non merci. Je ne cours pas après les lapins blancs.
Le jeune homme aux cheveux roux ricana.
- Tu es sûr ? Tu ne cours peut-être pas après les lapins blancs mais en tout cas, tu reviens toujours vers moi chercher ta religieuse poudre blanche. Une autre fois peut-être mon ange ?
Il tendit une main nonchalante vers son acheteur qui y déposa un tas de petites coupures pliées en deux, la somme habituelle qu'il recompta, juste par acquis de conscience.
Le chimiste professionnel sortit de la mallette un sachet bien rempli de ce qui semblait être du sucre glace. Il s'empara ensuite d'un petit sac de toile couleur sable et l'ouvrit pour en extirper une balance miniature et un jeu de poids. Avec précaution et minutie, il pesa la dose de poudre blanche avant de soulever le plateau pour faire glisser la précieuse substance dans un petit sachet de plastique.
Levant les yeux, il posa un regard scrutateur sur Taka et en lui tendant son achat, il dit :
- Je te trouve une petite mine, mon ange. Tu devrais prendre quelques revitalisants. J'ai du très bon cristal qui te remettrais d'attaque en un rien de temps, de quoi tenir quarante huit heures de trottoir sans faillir.
La fin de la phrase fut dite d'un ton moqueur qui hérissa le poil du jeune prostitué.
Sans un mot, il prit son dû et tourna les talons. Juste avant de quitter la pièce il lâcha :
- Au revoir Sasori.
Sasori sourit malicieusement et répondit d'un ton enjoué :
- A la semaine prochaine mon ange. Si tu t'ennuies, tu peux toujours venir me voir, je t'accueillerais à bras ouverts.
Taka quitta le restaurant au pas de charge, comme s'il avait vu un fantôme. Il savait d'expérience que malgré son allure d'adolescent chétif et son air enjoué Sasori était un redoutable sadique, et il ne tenait pas à s'attarder outre mesure dans son environnement. Une fois suffisamment éloigné, il trouva un coin désert et tranquille pour cacher sa came dans la semelle de sa botte, avant de reprendre son chemin initial vers la supérette.
Il rentra dans le petit magasin où il avait ses habitudes, non loin de son quartier. Le fort éclairage luminescent en comparaison de la lumière naturelle du soleil extérieur lui fit plisser les yeux. Le jeune homme se dirigea rapidement vers le rayon des conserves et y piocha quatre boites avant de continuer ses maigres emplettes. Au rayon hygiène intime, il s'empara de quatre paquets de préservatifs standard, le format familial, le meilleur rapport qualité prix, ne prenant même pas la peine de regarder le lubrifiant.
Il finit par les alcools, proches de la caisse, où il se saisit de la boisson la meilleur marché. Pour varier de son whisky habituel, après tout, c'était son anniversaire, il choisit quatre bouteilles de rhum, pestant intérieurement sur les crétins congénitaux qui rangeaient les bouteilles les moins chères tout en bas de la gondole. Sérieusement, il avait l'air complètement con à quatre pattes avec ses conserves et ses capotes dans les bras !
Il paya ses emplettes, prenant un carton au passage pour les porter, et retourna chez lui. Au fur et à mesure qu'il avançait, les maisons disparaissaient pour laisser place aux taudis, les rues de bitume devenaient de simples allées de terre et de cailloux, le monde de ceux qui vivent dans un confort quotidien laissait place à la misère. Le soleil réchauffait les rues sordides et les femmes étendaient leurs maigres lessives sur des fils en travers de la chaussée défoncée.
Des cris et des éclats de rires retentirent, se faisant de plus en plus proches à mesure qu'il arrivait dans sa ruelle. Il esquiva de justesse un ballon de fortune et une voix grave l'interpella :
- Choupinet ! Renvoie la balle !
A quelques mètres de lui, Suigetsu lui faisait de grands signes, un sourire radieux lui barrant le visage. Autour de lui, une dizaine d'enfants du quartier se bousculaient, l'encourageant à renvoyer le ballon.
Taka, amusé, reprit le ballon du bout du pied, jouant un instant avec sous les hués des marmots qui attendaient son bon vouloir.
- Jûgo ! Attrape !
Et d'un coup de pied, il fit adroitement voler la balle en direction du géant roux un peu à l'écart.
L'impressionnant jeune homme fut immédiatement entouré d'une nuée de bambins enthousiastes, et la partie de foot reprit sous les commentaires de Karin qui, selon toute vraisemblance, arbitrait. Suigetsu et Jûgo étaient chacun dans une équipe différente et les voir se faire disputer vertement par des gamins quand ils rataient une passe était un spectacle amusant.
Une fois dans sa chambre, Taka fit l'inventaire de ce qu'il avait dans les poches et dans la ceinture de son pantalon. La pêche avait été plutôt bonne aujourd'hui, et les portefeuilles bien remplis. Il jeta sans aucun regret ce qui ne lui serait d'aucune utilité, gardant l'argent liquide, les pièces d'identité, permis de conduire et cartes d'assurance maladie dont il tirerait un bon prix au marché noir. Il finissait de cacher son butin quand des cris à l'extérieur l'invitèrent à se joindre aux sportifs dans la rue. Il y fut accueilli par les vivats des enfants et les remarques moqueuses de Suigetsu, et la partie de foot reprit.
~oOo~
Des phares éclairèrent la rue, attirant immédiatement l'attention de tous les prostitués qui attendaient un client potentiel, mais contrairement à d'habitude le jeu de séduction de ses collègues cessa rapidement. Son voisin immédiat ricana méchamment et lança :
- Tiens ! C'est le régulier de Taka ! Réglé comme un coucou suisse celui-là !
Taka ne dit rien, mais n'en pensa pas moins. Il n'avait même pas besoin de vérifier pour savoir qu'il était vingt-et-une heure, un mercredi soir.
Un gros quatre-quatre gris stoppa devant son bout de trottoir et Taka ne prit même pas la peine de demander quoique ce soit avant de monter dans la voiture. Le conducteur était un homme massif, très massif même, au visage barré d'une cicatrice disgracieuse, le haut de son crâne caché par un bandana noir. Il n'avait vu qu'une seule fois l'homme sans son couvre-chef et il en gardait un souvenir assez traumatisant. La peau du cuir chevelu était entièrement bosselée suite à un accident dans le laboratoire où travaillait son client, accident qui avait brûlé ses cheveux, la peau avec.
Aucune parole ne fut échangée dans l'habitacle, il n'y en avait nul besoin. Taka savait pertinemment ce qui l'attendait et son habitué connaissait parfaitement les tarifs. Le même hôtel que d'habitude, la même chambre, les mêmes rituels, et ça durait depuis déjà plusieurs mois, tous les mercredis. L'homme posa sa mallette noire sur le lit pendant que Taka se déshabillait entièrement sans autre forme de procès, avant de s'allonger à plat ventre sur le matelas.
Le bruit caractéristique de gants en latex claquant sur la peau retentit dans le silence de la pièce. Ibbiki, il s'était présenté lors de leur première rencontre, ouvrit sa valisette et en sortit tout un tas de jouets sexuels plus ou moins courants, ainsi qu'une bouteille de lubrifiant et un chapelet de préservatifs. Taka se força à se détendre, sachant parfaitement que la suite serait douloureuse, très douloureuse, et surtout très longue.
Quelques heures plus tard, il descendit du quatre-quatre gris de son client, celui-ci ayant eu l'amabilité de le ramener, pour rejoindre son bout de trottoir. Si les pratiques de ce client particulier étaient peu orthodoxes, il avait au moins été honnête dès le début, lui laissant le choix d'accepter ou pas de tels jeux. Ce qui n'était pas le cas d'autres clients moins respectueux, pas qu'il lui reste beaucoup de dignité, mais quand même.
Il appréciait moyennement de se retrouver attaché au cadre du lit par une cravate sans avoir été prévenu avant. Le pire étant ceux qui lui fourraient une chaussette sale dans la bouche pour le bâillonner. Comme s'il allait se mettre un crier comme un goret ! Il avait plus de retenue que ça. Il y avait aussi l'étudiant bien sous tous rapports qui, une fois dans la chambre, invitait ses potes à participer à la fête qui durait parfois des heures, le laissant couvert de bleus et autres substances poisseuses indéfinissables.
Il lui était même arrivé de rester de longues heures attaché au lit dans la chambre, bien après le départ de ses clients indélicats. C'était la femme de ménage qui l'avait libéré, non sans avoir poussé des cris d'orfraies qui avaient alertés tout l'hôtel. C'était d'ailleurs depuis cette mésaventure que Jûgo le suivait régulièrement quand un client l'embarquait. Il avança en claudiquant légèrement, la séance d'aujourd'hui ayant été particulièrement corsée, vers son bout de trottoir.
A sa grande surprise, sa place était prise par l'un de ses collègues. Furieux, il s'avança d'un pas ferme et décidé, et tança violemment l'intrus :
- Hé toi ! C'est ma place ! Dégage !
Le gamin se campa sur ses deux jambes et répondit sur le même ton :
- Va te faire foutre ! Oups, c'est déjà fait ! Tu veux ta place, restes-y !
Taka fronça les sourcils, avant de répliquer d'un ton railleur :
- Pourquoi, t'es jaloux ? Tes clients te baisent pas assez ? En même temps, vu ton cul, ça n'a rien d'étonnant !
- Ouh ! La vache ! Ça vanne dur !
Celui qui venait d'intervenir de manière aussi inopportune se retrouva être la cible des deux adversaires.
- Toi, quand tu arriveras à ramener un client, tu pourras causer !
- Ouais, commence par te faire enculer et après on en reparle !
- Si vous avez un problème, on peut régler ça à l'ancienne ! Bande de tafioles !
- Toi, dégage de là tout de suite, ou je te défonce la tronche !
- Tu crois que tu me fais peur avec ta gueule de junkie ?!
Rapidement ils en vinrent aux mains, les autres prostitués présents se mêlant à la bagarre, chacun s'armant de ce qu'il avait sous la main : tessons de bouteilles, canifs, chaussures à bouts renforcés, l'un des combattants sortant même un gode en plastique rose de sa poche pour frapper ses adversaires. Cela ne ressemblait plus à rien, les protagonistes déchargeant toutes leurs pulsions violentes dans la bataille.
- Les flics arrivent ! Barrez-vous !
Le cri fit stopper net l'altercation généralisée, les sirènes caractéristiques de la police retentissant dans le lointain. Taka donna un dernier coup de pied dans l'abdomen de son voleur de trottoir, et partit en courant en direction de la rue perpendiculaire espérant se noyer dans la foule des noctambules qui traînaient dans les bars.
En arrivant dans la grande rue illuminée par les néons des bars et les réverbères bien plus présents que dans sa ruelle, il bouscula un groupe de jeunes qui avait visiblement assisté à la bagarre. Sans un regard, ni un mot, il allait poursuivre sa route quand son bras fut happé par une poigne puissante. Armant son poing, il se retourna souplement vers celui qui le retenait, prêt à l'obliger à le lâcher par la force.
Jûgo chercha Taka rapidement des yeux, le trouvant aux prises avec un jeune homme blond qui lui tenait le bras. Il se dirigea d'un pas rapide vers lui, le voyant se retourner pour flanquer son poing dans la gueule du jeune premier. A sa grande surprise, Taka suspendit son geste à quelques centimètres de la figure du blond, se figeant sur place avec l'air d'avoir vu un fantôme. Les sirènes se rapprochaient dangereusement aussi ne prit-il pas le temps de s'interroger plus avant sur l'étrange réaction de son ami.
Il l'attrapa brusquement par les épaules et le sortit de sa transe en lui ordonnant :
- Bouge !
Sans attendre, il entraîna le jeune homme à sa suite, jusqu'à sa moto garée plus loin, s'installa derrière le guidon, la démarra et partit sur les chapeaux de roues, Taka fermement installé derrière lui. Un coup d'œil dans son rétroviseur lui apprit que le jeune homme blond n'avait pas bougé, les fixant de loin et que Taka regardait dans sa direction.
Il tourna dans une rue adjacente, coupant le contact visuel entre les deux garçons, et sentit son passager poser son front entre ses omoplates. Pourquoi Taka, d'habitude si impassible, avait-il réagi de cette façon ? Le connaissait-il ? Si oui, d'où ? Avait-il eu des problèmes avec lui ? Un ancien client ? Non, les blonds ça ne courait pas les rues, il s'en serait rappelé. Alors quoi ? Il poursuivit sa couse folle jusqu'à la piaule de son protégé.
Le géant roux emboîta le pas à Taka, le suivant jusque dans la masure, bien décidé à tirer tout ça au clair. A peine la porte refermée, il commença son interrogatoire :
- On peut savoir ce qui t'as pris ? Pourquoi tu ne l'as pas envoyé bouler ce type ? Et pourquoi t'as buggué comme ça ? C'est qui ce gars ? Tu le connais ? Il te crée des emmerdes ? Et puis, il voulait quoi d'abord ? Te livrer aux flics ? Te sauter ? Réponds merde ! On a failli se faire prendre avec tes conneries !
Taka, assis sur le matelas, haussa les épaules et répondit platement :
- J'en sais rien.
Non, il n'en savait rien. Mais quand il avait vu les yeux bleus de ce mec, il avait eu une impression bizarre, et son corps avait bougé tout seul, stoppant son attaque et se figeant sur place. Si Jûgo n'avait pas été là, il serait probablement à l'heure actuelle interrogé par la police et en garde à vue pour racolage sur la voie publique et violence délibérée.
Jûgo soupira profondément, et passa une main amicale dans les mèches brunes de son protégé, celui qu'il considérait comme un petit frère, puis partit non sans lui dire :
- Ne me refais plus jamais un coup pareil.
Une fois seul, Taka sortit son nécessaire du talon de sa botte. Sa nuit était foutue, il n'aurait pas d'autres clients jusqu'à demain. Pour une fois, il allait pouvoir dormir la nuit.
Tout en préparant son fix, il repensa à ce type qui l'avait arrêté en pleine course. Un blond aux yeux bleus, si bleus... Le genre de mec qu'on croise une fois et qu'on oublie jamais. S'il l'avait déjà rencontré, il s'en souviendrait. Pourtant, la façon dont ce type l'avait regardé était étrange, comme s'il le connaissait déjà. Un long reniflement retentit dans la pièce miteuse et puante d'humidité.
Taka se laissa tomber sur le matelas, ses orbes sombres fixant sans les voir les sacs plastiques qui pendaient au plafond, ses pensées entièrement tournées vers cette rencontre du troisième type qu'il avait fait ce soir. Ce gars avait semblé surpris et incrédule en le voyant, et puis surtout il l'avait appelé d'une drôle de façon, un prénom qui n'était aucunement le sien mais qui laissait une impression dérangeante tout au fond de lui.
To be continued...
Commentaires des auteures :
Exténuées... Enfin surtout Lili, elle a beaucoup bossé ! Donc voilà, on avait envie d'un truc glauque où l'un de nos chouchous se débat, au fond du trottoir et creuse encore... Mais vous inquiétez pas, euh, ça s'arrange... Si, si, c'est vrai. Si vous avez l'habitude de nous lire, vous savez que ça s'arrange toujours avec nous. Mais que c'est souvent retors, très retors...
Bureau des plaintes et des réclamations des personnages martyrisés :
Sasu fixe éberlué l'écran des deux auteurs avant de se tourner vers elles, pâle comme un mort.
- C'est... c'est moi ? C'est moi ce type ? Mais... mais... je croyais que vous m'aimiez bien ?
Sai, Néji, Haku, Utakata, Itachi et Kankûro soupirent de soulagement en chœur :
- Ouf ! C'est pas moi !
Jûgo, Suigetsu et Karin se sourient avant de s'exclamer victorieux :
- On est là dès le premier chapitre !
- En plus, pour une fois, je suis pas la méchante !
- Et on est vivants !
Naru, boudeur, ronchonne :
- Et moi alors ? Je suis où ?
Les deux auteures inspirées, posent un instant tasse de café et verre de coca avant de répondre :
- Itachi ne t'inquiète pas, on ne t'as pas oublié. Peut-être pas dans celle-là mais dans d'autres...
- Oui on a eu envie de vous donner des rôles sympas à vous trois pour une fois...
- Et Naru râle pas tu arrives, bientôt, très bientôt...
- Sasu... rien ne dit que c'est toi... tu finis vraiment par voir le mal partout.
- Ben, il me ressemble vachement quand même... fit remarquer Sasu.
- Tu trouves ? Ben, tu sais, ça peut être Itachi, ou Néji à qui ont aurait coupé les cheveux, argumente les deux auteures. Ou encore Iruka ou Utakata. On peut même avoir customisé Lee. Avec nous tout est possible !
Tous les personnages bruns présents dans la pièce se remettent à frissonner devant les sourires faussement angéliques et les regards entendus des deux fanfickeuses, et à prier pour que Taka ne soit pas l'un d'entre eux...
Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 2 : Souvenirs.
