Avertissement : Les scènes pouvant choquer la sensibilité de certains sont indiquées par le premier mot et le dernier mot en gras.

Note des auteures : Après moultes réflexions, tergiversations et discussions au sommet, nous avons décidé de ne publier qu'un chapitre tout les quinze jours pour cette fic. Rassurez-vous, elle est déjà finie d'écrire et en cours de correction, donc pas de risque qu'on vous laisse en plan en cours de route. Mais voilà, un par semaine c'est pas simple vu que chaque chapitre passe à la moulinette plusieurs fois, et qu'on a, comme vous, une vie à côté pas toujours des plus calme. Donc comme promis, on reprend dés ce chapitre une publication régulière, mais seulement une fois tout les quinze jours (on se répète, mais c'est pour être sûre d'être claires...).

Sur ce, Bonne lecture !

Yzan & Lili.

PS : Honte à nous, on a oublié de remercier notre correctrice de choc : LOUTE ! Un grand merci à elle pour ses corrections, ses remarques et sa patience (il en faut pour nous supporter !)


~ 2 : Souvenirs.~

- Sas'ke viens voir !

La voie enfantine résonna dans le jardin, attirant un garçonnet vers celui qui l'appelait ainsi.

- Quoi ? demanda le dit Sas'ke.

- Regarde ! Regarde !

A genoux au sol, un petit garçon blond pointait du doigt l'objet de son enthousiasme. Son camarade s'accroupit à ses côtés, posant un regard curieux sur la terre devant lui.

Là, se tortillant dans une motte de terre, se trouvait un ver de terre. Fascinés les deux enfants regardèrent le lombric onduler sur le sol avant de s'enfouir sous la surface meuble.

- Ouah ! T'as vu ? Il a pas de tête !

- Hn.

Les deux marmots restèrent un moment à fixer l'endroit où venait de disparaître l'invertébré, espérant que celui-ci ressortirait.

Alors qu'ils se relevaient, le petit blond prit la parole d'une voie curieuse :

- Dis, Sas'ke... s'il a pas de tête... comment il fait pour voir ?

Son ami s'arrêta un instant, ses sourcils froncés par une réflexion intense, puis il avoua à mi-voix :

- Je sais pas... Itachi doit savoir.

- Allons lui demander alors.

Prenant la main de son camarade, le blond partit en courant vers la terrasse d'une grande maison, les deux voix enfantines et joyeuses interpellant un garçon plus âgé qui lisait, étendu sur un transat.

- Tachi !

- Aniki !

La sonnerie stridente du réveil retentit dans la chambre, faisant se redresser brusquement dans son lit, un jeune homme blond comme les blés. Avec un soupir, il se passa une main sur le visage, troublé par le rêve qu'il venait de faire. Le rêve ? Non. C'était un souvenir, le souvenir lointain d'une époque révolue. Quel âge avaient-ils à l'époque ? Quatre ans ? Cinq ans ? L'âge où tout est une découverte. Il y avait longtemps qu'il ne s'extasiait plus sur les vers de terre.

Naruto éteignit son réveil avec un grognement, son regard se posant alors sur la photo qui trônait à côté de l'appareil. Dans un cadre en bois, deux garçons souriaient, l'un de leurs bras enroulé sur les épaules de l'autre, le signe de la victoire fièrement tendu vers l'avant. La photo avait été prise à l'issue d'un match de foot entre amis, match qu'ils avaient gagné. Ils avaient alors dix ans à peine.

Le contraste entre les deux amis était saisissant. Lui, Naruto, était blond aux yeux bleus, le teint hâlé. Et s'il était légèrement plus petit que son voisin, il était d'une stature plus carrée. Son sourire lui mangeait les joues, plissant les cicatrices parallèles en forme de moustaches félines qu'il avait là, souvenir d'une chute du haut d'un arbre. Cette mésaventure lui avait aussi valu une jambe cassée et un plâtre pendant un mois.

A ses côtés, un garçon brun, si brun que le soleil qui régnait ce jour là jetait des reflets bleus dans ses cheveux. Ses yeux en amande à l'iris aussi noir que la pupille ressortaient sur son teint pâle. Sa bouche était étirée en un sourire bien moins grand que le sien, mais éblouissant de joie et de fierté. Sasuke... Celui qui avait été son meilleur ami durant toute son enfance... Celui qu'il avait tant pleuré, il y a dix ans, quand il était mort... Celui qu'il avait cru reconnaître dans l'inconnu qui l'avait bousculé hier soir dans la rue.

Un poids fit s'affaisser soudainement le matelas à côté du blond, avant qu'une langue humide ne vienne lui lécher le visage. Avec un "Oui, ça va, je me lève !" maugréé, il repoussa la tête massive de Kyuubi son rottweiler. Ses parents le lui avait offert pour ses quinze ans, pour le responsabiliser un peu disaient-ils. A l'époque ce n'était qu'un chiot à peine sevré, mais maintenant c'était une belle bête de près de soixante-dix centimètres au garrot et d'une cinquantaine de kilos musculeux, dont le pelage noir était animé de reflets roux sur le poitrail.

Tout en sortant du lit et se préparant pour sa journée de cours, Naruto repensa au drame qui s'était abattu sur la famille Uchiwa dix ans auparavant, peu de temps après ce fameux match de foot dont la photo trônait toujours sur sa table de nuit. A l'époque, les Uchiwa vivaient dans la maison voisine de celle de ses parents. Mme Uchiwa, Mikoto, et sa mère, Kushina Uzumaki-Namikaze, étaient très amies et les deux familles se retrouvaient souvent pour un dîner, un déjeuner ou une journée entière.

Son père et Fugaku, le patriarche de la famille Uchiwa, discutaient affaires, transactions boursières et autres sujets que deux dirigeants de grandes entreprises avaient en commun, leurs épouses discutant mode, art et éducation des enfants. Lui passait tout son temps en compagnie de Sasuke et de son frère aîné Itachi, jouant dans le jardin ou dans la chambre. Du même âge, les deux amis allaient à l'école ensemble et ne se séparaient que rarement, le grand frère de Sasuke veillant souvent sur eux.

Bref, une enfance de rêve avec des familles aimantes et un confort matériel plus que suffisant, les deux familles étant parmi les plus aisées du pays. Jusqu'au jour où tout bascula... Un incendie se déclara, se propageant à grande vitesse dans la maison des Uchiwa. Quand les pompiers réussirent enfin à éteindre le feu qui faisait des ravages, il ne restait plus rien de la grande bâtisse; à peine quelques gravats et un tas de cendres fumantes. Fugaku, Mikoto, Itachi et Sasuke étaient tous morts dans l'incendie.

Il lui avait fallu des mois pour ne plus pleurer la perte tragique de son ami, et des années pour réussir à penser à lui sans se mettre à sangloter, éperdu. Encore maintenant, il évitait son ancien quartier, ses parents ayant préféré déménager peu de temps après le drame. Il savait que le terrain avait été racheté et qu'une maison y avait été reconstruite, que toute trace de la tragédie avait été soigneusement effacée. Mais justement, lui, il ne pouvait pas... Il ne pouvait pas oublier. Il avait l'horrible impression que l'on effaçait l'existence même de celui qu'il avait aimé comme un frère. Cette famille heureuse n'existait plus que dans sa mémoire...

Perdu dans ses souvenirs, Naruto sortit de chez lui et prit la direction de la faculté où il suivait des études de Droit, ses pas le guidant d'eux-mêmes sans qu'il ait besoin d'y penser. Après que ses parents eurent déménagé, il avait suivi son chemin, poursuivant ses études jusqu'au diplôme de fin de premier cycle. Le jour de la remise des diplômes, il était allé pour la première fois, depuis l'enterrement, sur la tombe de son ami, lui reprochant de ne plus être là pour fêter ça avec lui.

A son entrée à l'université, il avait pris son propre appartement, dans un immeuble à quelques rues du campus. Sa mère avait repris quelques années auparavant son activité de musicienne, entrant dans un grand orchestre avec lequel elle faisait régulièrement le tour de monde. Son père la suivait, laissant l'entreprise entre les mains de son directeur adjoint, Asuma Sarutobi, en qui il avait une entière confiance. La disparition des Uchiwa les avaient tous marqués… mais la vie devait continuer.

Naruto se retrouvait souvent seul dans la grande maison familiale, il avait alors préféré prendre son indépendance. Lui et ses parents se parlaient plus par mail et téléphone interposés que de vive voix. Un "Naruto" joyeux le sortit de ses pensées, attirant son attention sur un groupe de jeunes gens qui attendaient devant l'entrée du campus. Il répondit sur le même ton à la salutation, serrant les mains des garçons et faisant une bise amicale aux filles.

C'était ses amis. Il connaissait certains d'entre eux depuis l'école primaire, et après la mort de Sasuke, ceux-ci l'avaient soutenu autant que possible bien conscients de l'importance qu'avait eu le brun dans sa vie. Au fil des ans et des rencontres, d'autres s'étaient greffés au groupe d'origine, et bien qu'ils soient maintenant tous à la fac et dans des filières différentes, ils se retrouvaient régulièrement ensemble; comme ce matin, le seul de la semaine où ils commençaient tous à la même heure.

Tous ensemble ils formaient un drôle d'attroupement hétéroclite. Il y avait ceux qui comme lui étaient expansifs et bruyants : Kiba un brun aux joues tatouées de triangles rouges suite à un pari perdu, Témari une blonde autoritaire d'un an plus âgée qu'eux, Lee un brun à la coupe au bol et aux épais sourcils qui ne portait que du vert, et Tenten une brunette énergique et un peu garçon manqué sur les bords.

Il y avait aussi les moins causants, plus renfermés, qui parfois donnaient froid dans le dos, mais qui au fond avaient un cœur d'or : Gaara à qui ses cheveux rouges, son front tatoué du kanji de l'amour et ses yeux anisés donnaient un faux air de psychopathe, Shino qui n'aimait pas parler pour ne rien dire mais qui pouvait entrer dans des colères impressionnantes si on écrasait un insecte innocent devant lui, Néji un brun aux cheveux longs et aux yeux si clairs qu'ils paraissaient presque blancs et dont le visage impassible ne laissait voir aucune émotion, et Sai encore un brun à la peau claire mais aux cheveux courts, qui avait le chic pour dire des horreurs avec le sourire.

Shikamaru, un brun aux cheveux longs remontés en une queue de cheval haute, passait pour un feignant, cachant son intelligence de surdoué sous un air de perpétuel ennui, Chôji, son meilleur ami, passait son temps à grignoter et était d'un naturel calme et généreux. Hinata, la cousine de Néji aux yeux aussi clairs que lui et aux formes généreuses rougissait dès qu'elle devait parler en public, son tempérament doux et timide tranchant avec celui froid et hautain de son cousin.

Et enfin les deux plus bruyantes, ses deux plus anciennes amies avec Kiba : Sakura et Ino. Les deux jeunes filles entretenaient une relation complexe, mélange d'affection profonde et de rivalité. Sakura se teignait les cheveux en rose pour ne pas être aussi blonde qu'Ino, chacune d'entre elles souhaitant se démarquer l'une de l'autre sans pour autant y parvenir complètement. La principale raison de leur rivalité ? Les garçons. Les deux demoiselles avaient des goûts très similaires dans ce domaine et se disputaient régulièrement à ce sujet.

Naruto sourit largement en se joignant aux conversations amicales du groupe. Témari demanda comment s'était passé la soirée de la veille, n'ayant pu y aller avec les autres, et chacun se lança dans le récit des différentes péripéties de la nuit. Néji, qui jusque là n'avait pas dit grand chose comme à son habitude, soupira et intervint :

- Si vous m'aviez écoutés on ne serait pas passés par la grande rue et on aurait évité la bagarre.

Kiba éclata de rire et tapa un grand coup sur l'épaule du brun :

- Et rater le spectacle du type qui détalait comme un lapin avec son gode rose à la main ? Sérieux, c'était trop drôle à voir !

- Une bagarre ? Un gode rose ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? demanda Témari avec une curiosité non dissimulée.

Ce fût Kiba, hilare, qui lui expliqua que voulant prendre le chemin le plus court pour aller en boite, ils étaient passés tout près d'une rue où des hommes se battaient. Quand la police, prévenue par Shikamaru, était arrivée, tout ce petit monde avait pris la poudre d'escampette, l'un des combattants ayant dans les mains un gode rose.

Naruto fronça les sourcils quand la blonde fit remarquer qu'ils avaient dû passer à côté de la rue des gigolos. Le souvenir d'un jeune homme aux yeux noirs en amande, à la peau pâle et aux traits fins lui revint. Il ne savait même pas pourquoi il l'avait arrêté en pleine course. Enfin si, s'il était totalement honnête avec lui-même, il le savait parfaitement. Quand le jeune homme était passé sous un lampadaire, la lumière avait projeté des reflets bleus dans ses cheveux noirs et il avait agi sans réfléchir, presque par instinct.

Quand le brun s'était retourné pour lui flanquer un coup de poing, c'était sortit tout seul : "Sasuke". Il l'avait vu freiner son coup, se figer sur place et être emmené loin de lui par un géant roux. Et durant tout le temps où il l'avait eu dans son champ de vision, son cœur avait battu la chamade, alors que dans sa tête se bousculaient des pensées contradictoires : "Sasuke ! Sasuke vivant ! Non, impossible, Sasuke était mort ! Sasuke..."

Tout le reste de la soirée, il n'avait cessé de revoir le visage de cet inconnu et l'expression confuse qui s'y était affichée. Mais c'était impossible n'est-ce pas ? Les morts ne revenaient jamais à la vie. Il avait réussi à force de danse et d'alcool à se persuader que tout ceci n'était qu'une coïncidence. On avait tous un sosie quelque part dans le monde, il avait juste rencontré le sosie de Sasuke. Voilà, c'était juste ça. Et puis il faisait sombre, si ça se trouvait c'était juste une vague ressemblance que la nuit avait accrue. Alors pourquoi ne pouvait-il pas s'empêcher d'y penser... pire d'espérer ?

Il suivit machinalement ses amis vers le bâtiment, le groupe se scindant au fur et à mesure que chacun partait vers ses cours. Gaara suivit sans mot dire le blond avec qui il partageait la filière de Droit. Contrairement à son habitude, son ami Naruto était bien silencieux et perdu dans ses pensées. Il n'écouta d'ailleurs pas un seul mot des exposés des professeurs, gribouillant sur sa feuille sans même la regarder, l'esprit incontestablement loin de l'amphi et des cours.

A la pause de midi, Naruto mangea à peine, il ne participa pas aux conversations enjouées de ses amis, inquiétant ceux-ci par son silence. Profitant que leur camarade habituellement hyperactif se soit absenté pour aller aux toilettes, Shikamaru se tourna vers Gaara et lui demanda :

- Il est comme ça en cours aussi ?

- Oui. Il n'a rien écouté de la matinée, répondit placidement le roux.

Shino intervint de sa voix calme et posée :

- Il s'est peut-être passé quelque chose qui le perturbe.

- Il a peut-être eu le coup de foudre.

Tous tournèrent brutalement la tête vers Sai qui souriait tranquillement. Voyant les airs effarés des autres, le brun poursuivit :

- Hier soir, il a arrêté l'un des mecs qui s'enfuyait, ils se sont figés et Naruto ne l'a pas quitté des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse au coin de la rue. C'est la définition même du coup de foudre ça, je l'ai lu dans un livre sur les relations amoureuses.

Gaara et Shikamaru échangèrent un regard éloquent alors que les autres expliquaient à l'handicapé des relations sociales qu'était Sai pourquoi c'était totalement impossible. Naruto n'était pas du genre à tomber amoureux d'un type rencontré dans la rue. Cependant le roux et le surdoué étaient d'accord sur un point : Sai, l'air de rien, venait certainement de mettre les pieds dans le plat. Même s'il avait de grosses difficultés à communiquer et avait tendance à tout interpréter de travers, il avait un excellent sens de l'observation.

A la fin des cours, Naruto fut surpris de voir Shikamaru qui les attendait à l'entrée du campus.

- Oh Shika ! Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as raté le bus ? s'enquit-il.

Le brun soupira profondément et leur emboîta le pas en répondant :

- Pas du tout. Je m'inquiète pour toi.

- Hein ?! Mais pourquoi ? Je vais très bien !

- Pourtant Sai t'a vu réagir bizarrement avec un type hier soir, et tu as été dans la lune toute la journée, asséna calmement Gaara.

Le blond baissa les yeux, embarrassé, et rassura ses amis :

- C'est rien... Juste une drôle d'impression, c'est tout.

- Galère. Me dit pas que Sai a raison en parlant de coup de foudre ? marmonna Shikamaru.

Naruto manqua de s'étouffer en entendant la phrase de son ami, et se tourna violemment vers lui en s'écriant :

- Quoi ?! Mais non ! Pas du tout ! Non mais ça va pas de dire des choses pareilles ! Je le connais même pas ce type ! En plus, c'est un mec !

La réaction offusquée du blond fit sourire les deux autres.

Gaara se permit pourtant une remarque :

- Je croyais que tu étais bi ?

- Ben oui. Mais je couche avec les mecs, j'en tombe pas amoureux, rétorqua Naruto sur un ton d'évidence.

Shikamaru soupira et posa une main apaisante sur l'épaule de son ami d'enfance.

- Tu nous dirais si tu avais un problème, pas vrai ?

Touché par la sollicitude de ses camarades, le blond approuva vivement de la tête et leur adressa un sourire de remerciement. Décidé à ne pas les inquiéter plus, Naruto embraya sur l'organisation de la soirée d'anniversaire de Sakura qui aurait bientôt lieu. Les deux autres le laissèrent déblatérer, rassurés de le retrouver enfin égal à lui-même. Ils espéraient simplement qu'en cas de problème, leur ami viendrait réellement leur en parler, même s'ils en doutaient.

Tous deux connaissaient Naruto depuis de nombreuses années, et tous deux savaient que s'il était toujours prêt à aider et épauler ses amis, il ne se confiait que rarement. Pas qu'il n'ait pas confiance en eux, non, mais il n'aimait pas embêter les autres avec ses soucis personnels. Shikamaru soupira lourdement, si Gaara ne l'avait pas connu, lui se souvenait parfaitement de celui qui avait été le meilleur ami du blond durant de longues années : Sasuke.

Il n'avait pas eu d'affinités particulières avec le brun qui était plutôt froid et distant, mais s'il y avait bien quelqu'un qui comprenait Naruto sans que celui-ci ait besoin de dire quoi que ce soit c'était bien Sasuke. Pas étonnant que le blond ait si mal vécu sa tragique disparition. Pourtant, alors même que tous se doutaient de sa détresse, leur ami n'en avait jamais parlé, soutenant et consolant Sakura et Ino de la perte de celui qui avait été leur premier amour, sans jamais évoquer lui-même son propre chagrin, cachant ses propres larmes derrière des sourires.

Ses yeux se posèrent sur Gaara qui marchait tranquillement aux côtés de Naruto. Le jeune homme roux connaissait cette histoire, et lui et sa sœur avaient parfaitement compris la souffrance qu'avait pu causer la disparition brutale et tragique de Sasuke. Eux-même avaient perdu leur frère aîné à peu près à la même période. Leur père était l'un des juges les plus respectés de la ville et le kidnapping puis le meurtre de son fils aîné l'avait profondément affecté.

C'était d'ailleurs pour cette raison que la famille No Subaku avait déménagé, et que Gaara et Témari avaient changé d'école. Ils étaient arrivés quelques mois après la mort de Sasuke, et si au début Naruto et Gaara se détestaient cordialement, leur douleur commune, celle d'avoir perdu un être cher, les avaient rapprochés. Devenus inséparables, les deux jeunes garçons avaient surmonté leur peine ensemble, soulageant leurs proches et surtout Témari qui fut rassurée de voir que son petit frère, finalement, continuait à vivre.

Un soupir désabusé échappa à Shikamaru. Même si les années avaient passées, il avait parfaitement conscience que ni Naruto, ni Gaara n'avaient oubliés ceux qui leurs avaient été enlevés bien trop tôt. Témari, dont il était très proche, lui parlait régulièrement de l'attitude de son cadet à l'évocation de leur aîné. Et il connaissait suffisamment Naruto pour savoir que celui-ci était passé maître dans l'art de faire croire que tout allait bien, même quand ce n'était pas vrai. Surtout quand ce n'était pas vrai...

Un simple coup d'œil vers Gaara et les deux adolescents se mirent silencieusement d'accord pour veiller sur leur ami. S'il ne voulait pas se confier soit, mais au moins ils seraient présents en cas de besoin. Le bavardage habituel, quoiqu'un peu moins enjoué qu'à l'accoutumée, de Naruto les accompagna jusqu'à l'immeuble où il résidait, les trois amis se séparant alors, chacun poursuivant sa route vers son domicile.

~oOo~

C'était totalement insensé. Il ne comprenait même pas pourquoi ça le turlupinait comme ça. Sasuke était mort depuis dix ans, il avait fait son deuil. Alors pourquoi, pourquoi était-il là assis devant son ordinateur, le moteur de recherche allumé, en train de chercher des renseignements sur la tragédie qui s'était déroulée dix ans auparavant ? Naruto poussa un profond soupir, sa main emprisonnant sa souris, son index hésitant à cliquer pour lancer la recherche.

Il était là le soir de l'incendie, il avait vu la maison en flammes, il avait vu les pompiers combattre le feu. Il avait voulu se précipiter au secours de son ami, mais son père l'avait arrêté, le serrant dans ses bras alors qu'il se débattait et hurlait le prénom de Sasuke. Il était là quand le chef des soldats du feu était venu dire à Minato qu'il n'y avait aucun survivant. Il avait assisté à l'enterrement de son meilleur ami, pleurant à chaudes larmes dans les bras de sa mère.

Alors pourquoi n'arrivait-il pas à ne plus penser au visage de cet inconnu croisé une semaine auparavant ? Pourquoi chaque nuit revivait-il des souvenirs qu'il croyait avoir oubliés ? La nuit dernière, il s'était revu jouant au ninja dans le jardin des Uchiwa avec Sasuke et Itachi. Les deux plus jeunes avaient eu la délicate mission de capturer le plus âgé. Ils avaient eu quelques difficultés à atteindre leur but mais avaient finalement réussi, Itachi finissant couché sur le sol, son frère et le blond fièrement assis sur son ventre.

Tout ces souvenirs, pourtant joyeux, lui serraient le cœur, parce que Sasuke n'était plus là, parce que jamais depuis il n'avait retrouvé une telle complicité avec quiconque. Oh, il avait des amis, des amis très proches, des amis auxquels il tenait, mais aucun n'avait jamais pris la place de Sasuke. Et depuis une semaine, ce manque auquel il s'était habitué au point de ne plus le ressentir, ce manque laissé par la mort de son ami, ce manque avait resurgi, le faisant souffrir bien plus qu'il n'aurait cru possible.

- Allez Naru, fais-le comme ça après tu pourras passer à autre chose, marmonna-t-il entre ses dents.

Son index appuya sur le bouton de la souris, et sur l'écran s'afficha la liste de tous les sites faisant références à ce que les journaux avaient appelé "La tragédie Uchiwa".

Il parcourut rapidement les titres, cherchant les articles les plus complets et les plus sérieux possibles sur le sujet. Il était trop jeune à l'époque et trop choqué par le drame pour avoir retenu les détails...

A sa grande surprise, il découvrit que l'incendie n'était pas la cause directe de la mort de la famille Uchiwa. Ceux-ci avaient apparemment été exécutés d'une balle entre les deux yeux et, selon les médecins légistes, longuement torturés avant. La police avait confirmé l'origine criminelle de l'incendie et retrouvé des lettres de menaces dans le bureau de Fugaku au sein de l'entreprise familiale. Il ne se souvenait pas de tous ces détails...

Pourquoi une organisation criminelle comme l'Akatsuki s'en était-elle pris à une famille apparemment sans histoire ? Les journalistes avaient émis plusieurs hypothèses. Certains supposaient que Fugaku avait emprunté de l'argent à l'Akatsuki et ne les avait pas remboursés, d'autres parlaient du défunt père de Fugaku comme étant un mafioso concurrent, et quelques uns évoquaient la possibilité que l'organisation ait voulu faire main basse sur l'entreprise des Uchiwa en se débarrassant du dirigeant et de ses héritiers.

Naruto hallucinait, jamais il n'avait imaginé autre chose qu'un simple incendie. Il avait dix ans à l'époque des faits, et personne ne lui avait parlé des détails de la tragédie qui avait causé la mort de son ami. L'idée que les quatre membres de la famille aient pu être torturés lui retournait l'estomac. Sasuke... Avant de mourir, il avait été martyrisé... Quelqu'un lui avait fait du mal... Il n'avait jamais supporté de voir Sasuke souffrir, les deux garçons s'étaient toujours protégés l'un l'autre. Et ce soir-là, il avait voulu porter secours à son ami, pour apprendre dix ans plus tard que c'était encore pire que ce qu'il croyait.

Dégoûté, blessé, meurtri, il s'apprêtait à fermer la fenêtre numérique quand un titre accrocha son regard : "Les frères Uchiwa : Vivants ?". Son cœur rata un battement avant de reprendre une course folle, le sang battant violemment à ses oreilles. Sa main trembla quand il cliqua sur le lien ouvrant un nouvel onglet. Un article s'étala sur l'écran, le titre lui sautant au visage : "Le mystère des frères Uchiwa." Naruto lut l'article, un sentiment étrange l'envahissant au fur et à mesure de sa lecture.

" Tout le monde a entendu parler de la terrible tragédie qui s'est abattue le soir du 25 octobre 1993, causant la mort des quatre membres la famille Uchiwa : Fugaku quarante ans, Mikoto trente-cinq ans, Itachi seize ans et Sasuke dix ans. Ce que peu de personnes savent, la police n'ayant pas ébruité les détails de l'affaire, c'est que si les cadavres des deux parents ont été formellement identifiés grâce à leurs empreintes dentaires, il n'en est pas de même pour les deux enfants. Les médecins légistes se sont basés sur la corpulence et la taille des corps pour les reconnaître mais ceux-ci étaient en bien trop mauvais état pour leur permettre de trouver d'autres éléments confirmant leurs identités.

Serait-il possible que les deux corps trouvés dans les décombres ne soient pas ceux des deux frères ? Certains éléments laissent à penser que oui. En effet, l'une des domestiques au service de la famille assure que ce soir-là, elle a vu Itachi Uchiwa quitter en catimini la maison familiale, probablement pour rejoindre des amis selon elle. Si l'aîné était absent au moment du drame, pourquoi aurait-on retrouvé son cadavre avec celui de ses parents ?

Quand au cadet, le corps retrouvé et considéré comme le sien présenterait des éléments contradictoires. Les os du bassin seraient en effet un peu trop larges pour la morphologie du jeune Sasuke et laisseraient penser qu'il s'agirait en fait du corps d'une fillette.

Au regard de ces nouvelles données, on est en droit de se poser certaines questions :

Pourquoi la police n'a-t-elle pas tenue compte de ces éléments ? A qui sont ces deux cadavres ? Et où sont les frères Uchiwa aujourd'hui s'ils ne sont pas morts ce jour là ?

Cette histoire n'est pas sans rappeler la polémique autour de la mort mystérieuse d'Anastasia Nikolaïevna de Russie*. Les frères Uchiwa seraient-ils vivants ? Nous ne pouvons malheureusement à l'heure actuelle apporter aucune preuve de cette possibilité, mais la non-identification de ce qui est supposé être leurs corps et le silence de la police à ce sujet laisse planer le doute."

L'article s'illustrait de deux photos, chacune d'elles représentant l'un des deux frères. Itachi et Sasuke Uchiwa ne souriaient pas et avaient l'air ennuyés. Probablement des photos prises lors d'une soirée organisée par leurs parents pour rencontrer d'autres dirigeants d'entreprises. Naruto ferma la fenêtre et se passa la main dans les cheveux, tirant sur ses mèches blondes sans ménagement.

Il avait parfaitement conscience que l'article n'avait été écrit que dans le but de faire vendre le journal à sensations dans lequel il avait été publié. Le journaliste se basait sur des éléments peu fiables et étayait à peine son hypothèse. C'était de la poudre aux yeux, un peu comme ces exposés soi-disant scientifique sur l'existence des OVNI. Cela n'intéressait que quelques illuminés et faisait rire les autres. Pourtant... il n'avait pas envie de rire, pas du tout même.

Il ferma les yeux et le visage de l'inconnu qui l'avait bousculé dans la rue une semaine auparavant revint le hanter. Deux iris aussi noirs que la pupille, des yeux en forme d'amande, une peau pâle, des cheveux noirs aux reflets bleutés. Tout ceci lui rappelait Sasuke, mais Sasuke était mort. C'était impossible que ce soit lui. Alors pourquoi sentait-il l'espoir gonfler timidement son cœur ?

Naruto resta de longues minutes assis devant son ordinateur, tournant et retournant dans sa tête tout ce qu'il venait d'apprendre, essayant de se convaincre que la possibilité complètement folle que Sasuke ait survécu soit fausse. Il ne savait plus quoi faire, ni que penser. Il lui fallait des réponses... Avoir la certitude que ce type n'était pas Sasuke devenait, au fil des secondes, de plus en plus prégnante. Il devait savoir. Et pour ça, il devait retrouver ce jeune homme...

Fort de cette résolution, Naruto reprit ses recherches sur internet, trouvant la liste des quartiers "malfamés" et des bars louches où il pourrait, avec de la chance, trouver ce garçon qui faisait resurgir des souvenirs si douloureux. De ce qu'il avait vu de sa tenue, ce mec ne devait pas rouler sur l'or, et le fait qu'il fuyait en entendant les sirènes de la police laissait penser qu'il était probablement un délinquant. Il n'avait donc aucune chance de le trouver dans les quartiers huppés.

Après plusieurs heures, Naruto éteignit son ordinateur et alla se coucher. Demain, il commencerait ses recherches sur le terrain. Il était prêt à écumer toute la ville s'il le fallait, mais il mettrait la main sur ce type et lui poserait des questions. Une fois qu'il aurait la preuve que ce n'était pas son ami défunt, il pourrait enfin reprendre sa vie normalement. Alors qu'il fermait les yeux, une pensée insidieuse lui traversa l'esprit : et si c'était vraiment Sasuke ? Que ferait-il ?

~oOo~

Le soleil brillait haut dans le ciel, éclairant l'amoncellement hétéroclite qui formait l'un des quartiers les plus pauvres de la ville. La route en terre battue descendait vers les taudis, serpentant entre eux, devenant parfois tout juste assez large pour laisser passer un homme, des rigoles sales la coupant en son milieu en lieu et place des caniveaux. Une femme vêtue d'un peignoir à fleurs à la couleur indéfinissable sortit de l'une des masures et vida le contenu d'un seau en fer sur la chaussée défoncée.

Naruto soupira et resserra sa main sur la poignée de la laisse qu'il tenait. Après y avoir pensé toute la nuit, il avait prit la décision de commencer ses recherches par ce quartier dont la réputation faisait frémir même les plus courageux. Si on en croyait les rumeurs, quiconque s'aventurait dans ces ruelles miteuses le faisait à ses risques et périls, le moindre des risques étant de s'y perdre, le plus important d'y disparaître pour de bon tout simplement.

Un grognement sourd attira son attention sur l'énorme chien noir au poitrail fauve qui était sagement assis à ses pieds. Il n'était pas assez fou pour pénétrer dans le bidonville seul, et pas vraiment enclin non plus à demander à l'un de ses amis de l'accompagner. Pas qu'ils auraient refusé, mais il aurait dû fournir des explications qu'il n'avait pas envie de donner. Aussi avait-il emmené Kyuubi, son rottweiler, qu'il tenait fermement en laisse.

Le chien, impressionnant par sa taille, était calme et très gentil, mais il présentait l'avantage d'intimider et pouvait attaquer un éventuel assaillant si son maître se trouvait en danger. Avec lui, Naruto se sentait un peu plus en sécurité pour affronter la misère qui lui faisait face. Sortant une photo de la poche de son jean, il posa un regard nostalgique sur le petit garçon brun qu'elle représentait. C'était la plus récente qu'il possédait, et elle datait de dix ans déjà. Elle avait été prise lors du dixième anniversaire de Sasuke, et celui-ci posait en souriant avec entre ses bras l'un des nombreux cadeaux qu'il avait reçu ce jour là : un chat noir.

Prenant son courage à deux mains Naruto entra dans le quartier, Kyuubi, collé à sa jambe et le suivant docilement. Il passa devant la femme au peignoir qui lui jeta un regard torve, le suivant des yeux avec insistance. Il n'osa pas s'arrêter pour lui montrer la photo de Sasuke et poursuivit son chemin, espérant sincèrement qu'il ne rencontrerai pas de problèmes majeurs. Il n'osa pas s'attarder sur le décor insalubre qui l'entourait, ni croiser le regard des quelques habitants qu'il rencontra sur sa route. La pauvreté environnante suffisait à elle seule pour le mettre mal à l'aise.

Des enfants courraient pieds nus dans la fange après un ballon de fortune, zigzaguant entre les vêtements étendus en travers de la rue tel d'étranges rideaux bigarrés. Un homme maigrelet et sans âge fumait sa pipe assis sur une pierre devant l'amas de tôles froissées qui formait sa maison, son unique œil visible entre ses cheveux gras et grisonnants suivant les volutes de fumées qui s'élevaient vers le ciel. Un groupe de femmes peu vêtues discutait, installées sur la carcasse rouillée d'une voiture, certaines d'entre elles tirant sur des joints embaumant l'air de l'odeur caractéristique de la marijuana.

La senteur de terre humide de la rue se mêlait à celle putride du liquide noirâtre qui coulait dans la rigole au centre de la voie défoncée, étrange et nauséabond mélange d'excréments divers et d'eaux savonneuses. Des sons disparates s'amalgamaient jusqu'à ne former qu'un brouhaha plus ou moins indistinct. Parfois c'était une dispute dans l'une des habitations de fortune qui dominait, à d'autres moments c'était la musique assourdissante d'un vieux transistor qui couvrait tous bruits environnants.

Au détour d'une ruelle se trouvaient parfois quelques rares plantes qui poussaient là, bravant les éléments hostiles ou bien entretenues par la main de l'homme. C'était un drôle d'endroit, hors du monde, hors du temps. La misère s'étalait sans pudeur aux regards d'autrui, car ici personne n'était mieux loti que son voisin. Ici elle ne se cachait pas, elle n'en avait pas besoin de toute façon. Ici la richesse n'était pas de mise et n'existait pas. Il était difficile d'envier ce que personne n'avait, les habitants luttant pour simplement survivre jour après jour.

Naruto errait depuis ce qui lui semblait être une éternité dans les rues miséreuses et sordides, son chien toujours collé à lui, sans avoir encore trouvé la force d'aborder l'une des nombreuses personnes qu'il avait croisé. Entre ceux qui avaient des mines patibulaires, ceux qui gisaient à même le sol en ayant l'air plus morts que vifs, et ceux qui ressemblaient à s'y méprendre à des gueux moyenâgeux, il n'avait pas encore vu une seule figure qui lui inspire un tant soi peu de sympathie pour oser lui adresser la parole.

A force de tourner en rond, il fini par se perdre dans le dédale labyrinthique du bidonville, incapable de trouver le moindre repère pour se situer. Une angoisse irrépressible lui tordit les entrailles alors qu'il resserrait sa prise sur la poignée de la laisse de Kyuubi. Mais qu'est-ce qui lui avait prit de vouloir venir ici ? Il aurait très bien pu aller faire part de ses doutes à la police. Mais non, comme d'habitude, il avait fallu qu'il n'en fasse qu'à sa tête. Et au final, il risquait fort de se retrouver égorgé au fond d'une ruelle crasseuse. Il aurait l'air malin, tiens !

Alors qu'il se fustigeait mentalement pour sa si brillante idée, une main se posa sans ménagement sur son épaule le faisant violemment sursauter. Se retournant brutalement, il tomba nez à nez avec un jeune homme d'à peu près son âge aux cheveux mi-longs étrangement blancs et aux yeux mauves.

- Tu devrais pas traîner dans un quartier pareil, tu sais ! lui lança une voix railleuse.

A ses pieds, Kyuubi grogna sourdement, attirant sur lui l'attention du jeune homme qui se pencha et tendit la main vers le molosse :

- Eh tout doux mon beau. Je vais rien lui faire à ton maître.

Un peu rassuré par le ton jovial de celui qui venait de l'aborder, Naruto lui expliqua :

- Je cherche quelqu'un en fait.

L'assertion fit relever la tête aux mèches blanches, et le sourire que lui fit son interlocuteur lui fit espérer que peut-être il ne mourrait pas dans ce quartier puant et oublié du monde civilisé.

- Ah ? Tu cherches quelqu'un ici ? Tu sais son nom au moins ? questionna le jeune homme.

- Oui, il s'appelle Sasuke. Sasuke Uchiwa.

Les yeux mauves se plissèrent un instant, signe que son vis-à-vis réfléchissait. Au bout d'un moment, il secoua la tête de gauche à droite, avant de dire d'un ton désolé :

- Non, connais pas. Sasuke, c'est pas courant comme prénom, m'en souviendrai si je connaissais. Mais peut-être qu'il a un autre nom maintenant... Tu sais à quoi il ressemble ?

Naruto soupira et tendit la photo qu'il tenait toujours serrée dans sa main, en répondant :

- Oui, mais c'est une vieille photo, elle date de dix ans. Je n'en ai pas de plus récente.

Sans un mot, le jeune homme prit l'image tendue et l'observa longuement, un pli ridant son front.

- Ah ouais. En plus brun aux yeux noirs, c'est assez fréquent. Et en dix ans, il a dû changer pas mal, surtout s'il vit dans un coin comme celui-là.

Le soupir désespéré que poussa le blond fut parfaitement audible pour son interlocuteur qui posa une main compatissante sur son épaule :

- Désolé, mais ça ne me dit rien. Des bruns aux yeux noirs je peux t'en présenter plein, mais celui-là ne me dit rien du tout.

Il marqua une pause avant de reprendre d'un ton plus joyeux :

- Allez viens, je te raccompagne jusqu'à la sortie de ce bled, ce serait dommage qu'il t'arrive des bricoles ou que tu perdes davantage que ton chemin.

Pas vraiment confiant mais un peu soulagé à l'idée de quitter cet endroit, Naruto suivit le jeune homme, Kyuubi sur ses talons. Les ruelles sales et délabrées défilèrent, les gens les regardaient passer bizarrement mais aucun ne les aborda. Son guide improvisé entama une discussion anodine, se présentant au passage :

- Au fait, je m'appelle Suigetsu. Mais tout le monde m'appelle Tsu. Il est beau ton chien, il s'appelle comment ?

- Kyuubi.

- C'est cool comme nom. J'aime bien. J'adore les chiens... mais ici, c'est pas conseillé d'en avoir un.

La conversation se poursuivit sur un ton badin jusqu'à ce que sous leurs pieds la terre devienne bitume et que les taudis ne laissent place à des maisons un peu plus cossues. Les deux garçons se séparèrent chaleureusement, l'un ravi d'avoir pu taper la causette avec quelqu'un qui ne soit pas glacial ou complètement hystérique selon ses dires, l'autre plus qu'enchanté de retrouver un quartier plus sécurisant.

Naruto laissa derrière lui le bidonville, un peu déçu de n'avoir trouvé aucun indice sur la potentielle survie de Sasuke. D'une main nonchalante, il caressa la tête noire de Kyuubi qui le suivait au pas. Le soleil commença à baisser à l'horizon indiquant qu'il avait passé presque la journée entière dans le quartier. Avec un soupir, il se dit qu'il concentrerait ses recherches sur les endroits moins glauques. Avec un peu de chance, il finirait par retrouver la trace de ce jeune homme qui ressemblait tant à Sasuke.

Durant plusieurs semaines, il écuma chaque week-end les bars et les boites un peu louches, allant dans tous les quartiers de sa ville. A chaque fois c'était le même rituel, il entrait, commandait un verre et discutait avec le barman. Mais toujours les mêmes réponses : "Sasuke ? Connais pas." "Ce gamin ? Jamais vu ?" "Bruns aux yeux noirs ? J'en connais des centaines." Malgré le temps qu'il y passait, il n'avait toujours aucune piste.

Ses amis commençaient à s'inquiéter de le voir systématiquement refuser les sorties qu'ils organisaient le vendredi ou le samedi soir. Bien qu'il fasse tout pour leur cacher ses préoccupations, ils le connaissaient trop bien pour ne pas remarquer son comportement un peu plus calme qu'avant. Souvent il était dans la lune, plongé dans ses réflexions ou ses souvenirs, sans compter les cernes qui se dessinaient de plus en plus sous ses yeux.

Ses nuits étaient emplies de souvenirs douloureusement joyeux de l'époque où Sasuke et lui étaient inséparables. Leurs jeux, leurs disputes, les blagues et les tours pendables qu'ils jouaient à Itachi, tous ces moments qui avaient rythmé leurs vies il y a dix ans. Parfois il rêvait de cette nuit funeste où les flammes avaient tout détruit. Malgré les années, il pouvait encore sentir l'odeur âcre de la fumée, entendre le bruit du brasier, ses propres cris et ses pleurs désespérés alors qu'il se débattait dans les bras de son père.

Mais toujours le visage de cet inconnu revenait dans ses pensées, se juxtaposant au visage enfantin de Sasuke. Et malgré le peu de résultats obtenus, il poursuivait obstinément ses recherches, résolu à retrouver ce jeune homme pour enfin avoir la certitude que ce n'était pas Sasuke. Il avait mis si longtemps à faire son deuil, il ressentait si fortement le vide laissé par son ami qu'il ne supportait plus cette incertitude latente. Il avait besoin de savoir.

Assis dans son canapé, Naruto regardait la carte de la ville étalée sur la table basse devant lui. Il passa une main fatiguée dans ses cheveux blonds, visualisant chaque endroits où il avait été grâce à des croix éparpillées sur le plan. Il fut tiré de ses réflexions par Kyuubi qui vint poser son museau sur ses genoux. Le jeune homme sourit à son chien et lui dit :

- Et maintenant hein, je cherche où d'après toi ?

Son appartement se situait au dernier étage d'un immeuble luxueux et était d'une surface plus que confortable pour un jeune étudiant célibataire. La porte d'entrée ouvrait directement sur la pièce principale scindée en deux parties inégales par un bar gris. A droite de la porte d'entrée se trouvait une cuisine entièrement équipée et moderne, les meubles blancs tranchant avec le gris ardoise des plans de travail assortis au bar.

Le reste de la pièce, en forme de L, était dans les tons blanc crème et orangé, le parquet clair était baigné par la lumière du jour qui passait par l'immense baie vitrée qui couvrait toute la longueur du mur face à la cuisine. Une table ronde en cuir chocolat avec un plateau en verre teinté et un pied central carré et massif trônait près du bar, entourée par des chaises assorties. Perpendiculairement aux grandes fenêtres, le large canapé beige s'adossait au mur et s'ornait de coussins multicolores, les deux fauteuils assortis entourant une table basse de bois sombre.

Dans le plus petit coin du séjour, le blond avait installé un bureau métallique et une grande bibliothèque dont les étagères étaient remplies de livres, CD et DVD en tout genre. L'écran plat et le matériel hi-fi se trouvaient sur un meuble bas, tournés de telle sorte qu'ils soient visibles depuis tout l'appartement. Les baies vitrées s'ouvraient sur une grand terrasse dallée qu'égayaient quelques jardinières fleuries et un salon de jardin moderne.

L'angle des deux murs formant l'intérieur du L de la pièce était fait de deux cloisons coulissantes qui s'ouvraient sur la partie plus personnelle de l'appartement. Le dégagement ainsi découvert, dévoilait deux portes, l'une menant aux WC, l'autre menant à l'unique chambre et sa salle de bain. Un lit deux places, encadré de deux tables de chevet et une commode en bois blanc, était le seul mobilier de la pièce peinte en blanc et vert.

La tête de lit s'appuyait sur une cloison dont la partie supérieure était composée d'une claire voie, de l'autre côté de laquelle se trouvait une baignoire, une cabine de douche et un meuble supportant deux vasques. Le dressing était caché derrière le mur opposé à la porte de la chambre, le lit et la salle de bain étant placés à la perpendiculaire de celle-ci. Simple, fonctionnel et luxueux, voilà l'environnement dans lequel il vivait.

Naruto s'extirpa du sofa avec lassitude. Il n'arrivait à rien et n'avait vraiment plus d'idées. D'un pas lourd, il se dirigea vers la cuisine séparée du séjour par un bar et ouvrit le frigo pour se trouver de quoi manger. Il avala sans grande conviction un bol de céréales, ses pensées entièrement tournées vers l'objet de ses vaines recherches. Si seulement il pouvait le revoir. Il était sûr de pouvoir reconnaître Sasuke... si c'était vraiment lui...

Ce jeune homme qui s'enfuyait l'obsédait totalement. Si seulement il avait pu le retenir ce soir là... ne serait-ce que quelques secondes de plus, le temps de bien le regarder plutôt que d'être là à fantasmer dans le vide...

- Mais quel con !

L'exclamation soudaine fit relever la tête à Kyuubi qui posa un regard interrogatif sur son maître qui venait de se lever avec brusquerie. Naruto se précipita sur la carte toujours étalée sur la table basse. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Pour revoir ce garçon... il devait retourner dans la rue où il l'avait croisé. C'était tellement simple qu'il n'y avait pas pensé avant. C'était pourtant là qu'il avait le plus de chances de le retrouver.

- Kyu, tu restes là, bien sage.

Le blond attrapa ses clés, son manteau, enfila rapidement une paire de baskets et se précipita dehors, claquant la porte de son appartement derrière lui, non sans avoir lancé un "A plus tard" à son chien. Il devait le revoir. Et maintenant qu'il avait une nouvelle piste pour le retrouver, il allait l'explorer dès ce soir.

~oOo~

Taka pénétra dans la rue perpendiculaire à l'artère commerçante et remonta tranquillement jusqu'à son nouveau coin de trottoir. Nouveau oui, il avait eu droit à une magnifique promotion, l'un de ses collègues ayant mystérieusement trouvé la mort dans un soi-disant accident domestique. Du coup, il avait avancé d'une place dans la rue, se rapprochant un peu plus de la place la plus en vue. Un petit nouveau avait remplacé son défunt collègue, se retrouvant relégué tout au fond de la voie, la place la moins visible, celle où tous avaient commencés quand ils étaient arrivés sur ce trottoir.

Tirant paresseusement sur sa clope, encore sous l'effet du rail qu'il s'était sniffé avant de partir bosser, Taka s'adossa à son nouveau mur, en tout point identique au précédent, mais nouveau quand même. Il n'avait plus sa petite ruelle sombre, mais une minuscule venelle nichée entre deux bâtiments. C'était pas mieux, mais ça changeait un peu, et puis il n'allait pas cracher dans la soupe non plus, il était monté en grade en quelque sorte. Il serait plus en vue pour ses clients.

Une voiture s'engagea dans la rue et le jeu de séduction des prostitués commença, chacun voulant attirer le client, le premier de la nuit. Taka siffla entre ses dents, s'approchant du bord du trottoir en chaloupant des hanches, la voiture ralentit mais ne s'arrêta pas, poursuivant sa route plus loin. Le jeune homme ne s'en formalisa pas. On était vendredi soir, il aurait largement son compte de clients, il le savait. D'ailleurs, une nouvelle voiture tournait déjà à l'angle, le conducteur passant au ralenti pour choisir celui qui lui servirait de vide-couilles pour ce soir.

Il ne fallu pas longtemps à Taka pour lever son premier client et se retrouver dans la venelle sordide, le visage écrasé contre le mur en brique, le pantalon sur les genoux et un sexe dur entrant et sortant de ses fesses. Il répondait aux remarques de la plus haute intelligence de son client par des gémissements érotiques. C'était tellement machinal qu'il ne prêtait même pas attention à ce qu'il disait. Nouvelle venelle, nouvelles briques, mais la même rengaine, le même quotidien...

Depuis plusieurs semaines, il avait la fâcheuse tendance de se perdre dans ses pensées et ce n'était pas les passes vite faites dans la rue qui l'en sortaient vraiment. Son client finit son affaire et regagna sa voiture, le tout en quelques minutes. Taka eut à peine le temps de se rhabiller que ses talents étaient à nouveau réclamés. C'était l'affluence ce soir, pensa t-il en voyant du coin de l'œil une nouvelle paire de phares entrer dans la rue alors qu'il suivait son nouvel acquéreur dans la petite impasse sombre.

Quelques heures plus tard, il profita d'une accalmie momentanée pour se fumer une autre cigarette et avaler une gorgée de rhum bas de gamme, histoire de se rincer la bouche. Il se laissa glisser le long du mur jusqu'à s'asseoir par terre. Il était debout depuis des plombes, il avait bien droit à sa pause syndicale, non ? Bon, il n'était pas syndiqué, mais quand même. Sans qu'il le veuille vraiment, ses pensées dérivèrent à nouveau vers ce type bizarre qui l'avait retenu par le bras quelques semaines auparavant.

Il était certain de ne l'avoir jamais vu de sa vie, pourtant il suffisait qu'il visualise son visage pour avoir une drôle d'impression dans le bide. Il n'arrivait pas à mettre un mot sur cette impression, et ça le dérangeait. Ce type... pourquoi avait-il l'impression qu'il lui manquait des pièces du puzzle ? Un soupir désabusé franchit ses lèvres. Il n'avait pas le temps, ni l'envie de se prendre la tête sur un inconnu croisé par hasard, et qu'il ne reverrait sûrement jamais.

Jûgo avait bien tenté plusieurs fois de comprendre ce qui s'était passé ce soir-là, pourquoi il avait soudain buggué. Mais lui-même n'avait aucune réponse. Il ne savait pas pourquoi son poing s'était arrêté à quelques centimètres de la tête blonde, ni pourquoi son cœur s'était brutalement mis à palpiter furieusement en entendant ce drôle de prénom : "Sasuke". Un frisson lui traversa l'échine, comme à chaque fois qu'il pensait à la façon dont l'avait appelé ce type.

Le pire c'était que s'il le croisait, il n'était même pas sûr de pouvoir le reconnaître. A part qu'il était blond avec des yeux bleus comme un ciel d'été, il n'avait retenu aucun détail de son visage, ni ses vêtements, ni rien d'autre. Bon d'accord s'il voulait être parfaitement honnête avec lui-même, il y avait autre chose : les joues marquées de trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches de félin. Mais il occultait volontairement ce détail à cause de l'incompréhensible sentiment de culpabilité très désagréable que ça lui faisait ressentir.

Il ne connaissait pas ce mec, alors pourquoi diable culpabiliserait-il à cause de foutues cicatrices ? C'était totalement impossible qu'il en soit la cause : s'il avait un jour tailladé un gars de cette façon, il s'en souviendrait quand même. Ce furent les phares éblouissants d'une voiture pénétrant dans la rue qui le tirèrent de ses pensées. Se relevant, il siffla puissamment et s'avança d'une démarche aguicheuse vers le bord de la chaussée. Quand le coupé sport s'arrêta à sa hauteur, Taka s'appuya sur la vitre passager et fit son numéro habituel au chauffeur, avant de l'entraîner vers la venelle pour le satisfaire et ainsi gagner sa maigre croûte.

Quand le coupé quitta la rue quelques minutes plus tard, il fut étonné d'entendre ses collègues lancer des phrases séductrices alors qu'il n'y avait pas de voiture. Curieux, il aperçut une silhouette qui s'avançait sur le bord de la chaussée. Un piéton ? Soit quelqu'un qui s'était perdu, après tout personne ne passait par là la nuit, soit un potentiel consommateur, probablement sans le sou puisque à pied.

- Eh mon biquet ! Viens me voir, je satisferais tous tes désirs...

La phrase lancée par son voisin direct fit lever les yeux de Taka au ciel. Comment ce type pouvait choper des clients avec des phrases aussi stupides ? Il s'avança jusqu'à la frontière invisible qui séparait son bout de trottoir de celui de son collègue d'à côté, et prit sa voix la plus sensuelle pour appâter la brebis égarée qui aurait peut-être quelques billets à dépenser.

- Ne l'écoute pas, il est si vieux que son cul est tout ridé. Le mien par contre... mais viens vérifier par toi-même... beau gosse.

La silhouette s'arrêta un bref instant devant le prostitué qui venait de parler avant d'accélérer le pas. Un rictus victorieux étira les lèvres fines de Taka en la voyant se diriger vers lui avec empressement sans qu'il ait rien eu à faire à part quelques pas chaloupés. Mais son sourire se figea quand le jeune homme s'arrêta enfin devant lui.

Il sentit son cœur se mettre à palpiter et un frisson courut le long de sa colonne vertébrale. Face à lui, le fixant intensément, se trouvait celui qui hantait ses pensées depuis de longues semaines. Les orbes sombres plongèrent dans les iris bleus comme un ciel d'été, la lumière faiblarde du lampadaire jeta des reflets bleutés dans les mèches brunes et des éclats d'or dans les mèches blondes.

Ils se retrouvaient à nouveau...

To be continued...


*Note explicative : Anastasia Nikolaïevna de Russie : Fille cadette du dernier Tsar de Russie, Nicolas II, elle disparut le jour où sa famille fut exterminée, pendant la révolution Russe de 1917. Après la révolution, de nombreux témoins disent avoir vu Anastasia, vivante, à différents endroits du globe. C'est devenu une légende, personne n'ayant jamais eu de preuves concrètes de sa survie.


Commentaires des auteures :

Voilà, Naruto entre en scène... Qui est vraiment Taka ? Est-ce Sasuke ? Ou quelqu'un d'autre ?

Kyuubi a sa petite place aussi, un rottweiler ça change, non ?


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Kyuubi regarde l'écran et marmonne :

- Un rottweiler ! Où est-ce qu'elles ont vu que j'avais une gueule de rottweiler ? Je suis un renard à neuf queues, moi ! Il est où le rapport avec un clebs ?

Naru saute partout en criant :

- Je suis lààààà ! Et en plus je suis riche ! Trop cool !

Taka boude.

- Et moi que dalle. La fic porte mon nom, non ? Pourquoi je suis si peu là ? C'est nul !

Sasuke et Suigetsu s'affrontent du regard :

- Tu ne m'as même pas reconnu !

- Mais rien ne dit que c'est vraiment toi... si ça se trouve, c'est ton frère !

- Ah non, moi vous êtes gentils mais vous m'oubliez sur ce coup là ! s'exclame Itachi.

Les deux auteures très matures se contentent de tirer la langue aux plaignants avant de se tourner vers les lecteurs avec un sourire sadique :

- Vous en pensez quoi vous ? ça peut être Itachi ou pas ? Une petite review pour le dire...


Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 3 : Qui es-tu ?