Avertissement : Là encore, il y a des scènes pouvant choquer la sensibilité de certains. Ces scènes sont indiquées par le premier et le dernier mot en gras.

Bonne lecture !

Yzan & Lili.

PS : Nous vous rappelons que les réponses aux reviews anonymes (ou guest) sont sur notre profil.


~ 3. Qui es-tu ? ~

Pourquoi voir ce type le bouleversait-il autant ? Taka n'en avait pas la moindre idée, mais revoir ces yeux si bleus et ce visage marqué de trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches sur chaque joue lui étreignit le cœur avec une étrange émotion. Se reprenant, après tout c'était un potentiel client, il fit un sourire aguicheur à son vis-à-vis, posa une main caressante sur le torse du blond et prit sa voix la plus sensuelle pour l'appâter.

- Alors dis-moi beau blond... qu'est-ce que je peux faire pour toi ?

Devant le silence de son interlocuteur, il se rapprocha un peu plus du corps de ce dernier et énuméra les possibilités tout en laissant sa main naviguer sur le buste vêtu d'un t-shirt jaune siglé du logo d'une marque de fringues hors de prix. Comme quoi, il n'était pas si fauché que ça le piéton.

- Je peux te sucer... avec ou sans capote, je suis très doué tu sais. Tu peux me prendre, dans la position que tu veux... ou on peut faire les deux...

Naruto ne quittait pas des yeux cet inconnu qu'il avait tant cherché, inconscient des caresses que celui-ci prodiguait à son torse et du fait qu'il se rapprochait de plus en plus de lui. La seule chose qu'il voyait c'était ces orbes onyx si semblables à celles de Sasuke, ces cheveux noirs aux reflets bleutés qui rebiquaient à l'arrière, comme ceux de Sasuke, et cette cicatrice sur le sourcil droit, à peine cachée par un barbel torsadé... la même que celle de Sasuke après un accident de balançoire.

Il s'en souvenait parfaitement parce qu'il était là ce jour-là, dans le parc près de la grande maison, avec Itachi. Sasuke avait voulu aller plus haut que lui, et avait fini par tomber... Il s'était relevé, des larmes pleins les yeux, et Itachi avait accouru, alors que jusque-là, il lisait assis sous un arbre non loin d'eux. La figure de son meilleur ami avait commencé à se teinter de rouge, et seulement à cet instant là, Sasuke avait commencé à vraiment pleurer.

Lui, il avait pratiquement sauté de sa propre balançoire, juste à côté de celle de son ami, quand il l'avait vu tomber. Il l'avait pris par les épaules, paniqué devant le sang qui coulait. Quand Itachi était arrivé, il avait pris Sasuke dans ses bras, vérifiant qu'il n'avait rien de cassé. Des larmes avaient coulé de ses propres yeux, parce qu'il avait eu peur que son meilleur ami ne soit gravement blessé. Les échos de ses propres sanglots s'étaient mélangés à ceux de Sasuke, puis les adultes étaient arrivés...

Un effleurement sur sa joue le tira de sa contemplation et il se reconcentra sur le jeune homme face à lui, ou plutôt collé à lui. Le saisissant d'une poigne ferme par les épaules, il l'éloigna de lui et planta ses yeux azurés dans les siens.

- Je ne suis pas intéressé... Sasuke, dit-il d'un ton ferme et sans appel.

Les sourcils noirs se froncèrent alors que le sourire séducteur disparaissait pour laisser place à une expression dure et glaciale.

Sasuke... encore ce prénom... encore cette impression bizarre et dérangeante. Ce type, non content de le prendre pour un autre et de hanter ses pensées durant des semaines, débarquait comme ça sans prévenir et en plus se permettait de le repousser ! Taka sentit une colère froide l'envahir. Il se dégagea brusquement de la prise sur ses épaules et répliqua d'un ton cassant :

- Y'a erreur. Moi, c'est Taka ! Et si t'es pas intéressé tu dégages, tu fais fuir ma clientèle. Je bosse, moi, au cas ou tu l'aurais pas remarqué !

Puis il tourna les talons et retourna s'adosser à son mur sans plus prêter la moindre attention à ce blond qui venait l'emmerder jusque sur son lieu de travail. Il alluma une clope et attendit qu'un nouveau client se présente. C'était dommage quand même qu'il ne soit pas intéressé... c'était pas tous les jours qu'il pouvait offrir ses services à des mecs comme lui : jeunes, pas mal du tout, et visiblement riches.

Avec le temps et l'expérience, il avait appris à distinguer les vêtements de grandes marques aux vêtements bas de gamme. Et le t-shirt que portait le blond, même s'il ne payait pas de mine, tout simple, était incontestablement d'un prix bien supérieur à sa dose de poudreuse hebdomadaire. Du coin de l'œil, Taka vit le jeune homme traverser la rue et aller s'asseoir sur le trottoir vide de l'autre côté de la chaussée, juste en face de lui, sans le lâcher des yeux.

Naruto sortit de sa poche la photo qu'il ne quittait plus, celle prise aux dix ans de Sasuke. Ses yeux naviguèrent de l'image figée, qu'il connaissait maintenant par cœur, au jeune homme, Taka, qui fumait sur le trottoir d'en face. Il lui ressemblait... incontestablement. Les mêmes yeux, la même couleur de cheveux et la cicatrice au sourcil droit... Mais peut-être le prostitué, puisque visiblement s'en était un, portait-il des lentilles de couleurs, ou se colorait-il les cheveux... et la cicatrice pouvait être due à tant d'autres choses. Pourtant...

Une voiture s'engagea dans la rue et sous les yeux éberlués de Naruto une véritable parade débuta, chacun des jeunes hommes alignés le long du trottoir cherchant à s'attirer les faveurs du chauffeur. La berline rouge s'arrêta devant Taka, il le vit se pencher à la fenêtre, puis se redresser lentement. La portière du côté conducteur s'ouvrit et un homme gros et grisonnant en sortit, suivant le brun dans la minuscule artère qui se trouvait là, coincée entre deux bâtiments.

Dans le silence tout relatif de la rue, Naruto perçut les sons d'une conversation courte et sèche, puis des râles entrecoupés de mots insaisissables. Une autre voiture arriva, le bruit du moteur l'empêchant d'en entendre plus. Quelques minutes qui lui parurent une éternité passèrent et le "couple" ressortit de la venelle, le plus vieux regagna son véhicule et partit alors que le plus jeune se réadossait au mur sale et défraîchi, s'essuyant la bouche d'un geste machinal.

Combien de temps resta-t-il là, sur ce trottoir, à le regarder ? Il n'en savait rien... Mais plus il le regardait, plus il remarquait des ressemblances avec son ami disparu. Mais c'était impossible n'est-ce pas ? Sasuke était mort depuis dix ans. Alors pourquoi ce jeune homme le lui rappelait-il avec autant de force ? Pourquoi avait-il envie d'étriper chaque homme qui s'arrêtait et le suivait dans cette petite ruelle sombre et crasseuse ?

Il voyait bien les autres prostitués faire de même, mais ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Parfois, il éprouvait un peu de pitié pour eux quand il voyait l'allure de certains clients, pas plus. Pour Taka, c'était différent.. Le manque total de considération de ces hommes pour le brun le révulsait. Si c'était Sasuke... comment avait-il pu en arriver là ? Il était intelligent, toujours le premier de la classe, cultivé, raffiné, et n'aimait pas les contacts physiques trop intimes. Naruto eut un sourire nostalgique en se souvenant qu'il était bien le seul à pouvoir lui sauter au cou sans se faire violemment repousser quand ils étaient petits.

Le jeune homme face à lui vendait son corps à tous ceux qui pouvaient payer. Il parlait vulgairement, et n'avait sans aucun doute pas fait d'études. C'était impossible que ce soit Sasuke, totalement impossible. Fort de cette résolution, Naruto se leva et quitta la rue, non sans jeter un dernier regard vers le brun qui justement sortait de la ruelle sombre avec l'un de ses clients. Il croisa rapidement les onyx indéchiffrables et, tournant les talons, il reprit le chemin de chez lui, se promettant intérieurement de tirer un trait définitif sur cette histoire. Ce n'était pas Sasuke... ça ne pouvait pas être Sasuke. Sasuke était mort et enterré...

C'était juste un mirage trompeur... Une illusion... Comme ces sirènes qui attirent les marins en leur faisant miroiter ce qu'ils ont le plus envie de voir pour mieux les attirer et les dévorer après. Ce n'était pas Sasuke, juste un prostitué qui lui ressemblait, voilà tout. Et il avait voulu y croire... Sasuke était locataire au cimetière depuis des années, et ce n'était pas près de changer. Il n'avait pas survécu à l'incendie comme le prétendait ce tissu de mensonges dans ce torchon à sensations. Il fallait qu'il laisse définitivement tout ça au passé et qu'il reprenne sa vie.

En voyant le blond quitter la rue, Taka poussa un soupir de soulagement. Toute une partie de la nuit, il avait senti les yeux bleus braqués sur lui, le scrutant intensément, surveillant ses moindres faits et gestes. C'était quoi ce type ? Un voyeur ? Et pourquoi ce genre de malades tombait toujours sur sa gueule ? Il ignora aisément le sentiment d'amertume qui envahit sa bouche en repensant à la profonde tristesse qu'il avait parfois aperçue sur le visage hâlé qui l'observait.

Si ce type avait des problèmes qu'il les règle tout seul. Il n'était pas l'armée du salut ! Peut-être était-il fou ? Dans ce cas, sa place n'était pas dans la rue à faire chier les honnêtes gens, mais dans un hôpital psychiatrique. La prochaine fois qu'il le verrait, il lui donnerait l'adresse de l'asile le plus proche. Comme ça, il n'aurait plus la sensation désagréable de ces yeux inquisiteurs posés en permanence sur lui.

Il n'avait rien contre les voyeurs... tant qu'ils payaient. Mais ce mec bizarre lui faisait une drôle d'impression, et il préférait ne pas s'attarder dessus. Il n'en avait ni l'envie, ni le temps de toute façon. Un nouveau client se présenta et l'invita à monter en voiture. Alors que le paysage défilait par les vitres de l'habitacle, Taka s'obligea à prendre l'air le plus séducteur possible alors que la main du conducteur errait déjà avidement sur sa cuisse.

Quand Hidan passa dans la rue pour récupérer son pourcentage sur ce que ses putes avaient gagnés, signifiant ainsi la fin de la nuit, Taka monta à l'arrière de la moto de Jûgo pour rentrer chez lui. Il n'avait plus qu'une hâte : retrouver son matelas défoncé pour y dormir. Entre les clients et le beau blond bizarre, il n'en pouvait plus... et il avait mal au cul. Sa dernière passe avait été particulièrement désagréable, transformant son derrière en zone douloureuse et sensible.

Les deux types qui l'avait suivi dans la venelle avaient voulu le prendre en sandwich, et même si ses fesses étaient plus fréquentées qu'un hall de gare, deux d'un coup c'était beaucoup et il l'avait senti passé. Cette fois, il n'avait pas eu besoin de se forcer à crier ou à faire semblant quand ils s'étaient déhanchés. C'était venu tout seul, mais pas vraiment des cris de plaisir. Mais bon, ses clients n'avaient visiblement pas fait la différence ou bien s'en foutaient, après tout ils avaient payé. Quand il avait remonté son pantalon, il avait clairement senti quelque chose lui couler le long des cuisses et en y regardant de plus près, il avait constaté que c'était du sang.

Il n'y avait plus qu'à espérer que d'ici demain soir ce serait guéri, parce que sinon la nuit prochaine risquait d'être longue... très longue. Une heure plus tard, son rail de coke sniffé, Taka s'effondra sur son matelas et s'endormit, bercé par les sempiternelles disputes de Suigetsu et Karin. La dernière image qui flotta dans son esprit cotonneux fut celle d'un visage hâlé aux joues marquées de trois cicatrices, et d'une paire d'yeux bleus surmontés de cheveux blonds.

~oOo~

Mais qu'est-ce qu'il foutait là ? Hier soir, il avait pourtant convenu avec lui-même qu'il était inutile de revenir, que Sasuke était bel et bien mort, et que ce jeune homme qui lui ressemblait vaguement n'était pas lui. Alors pourquoi n'avait-il pu s'empêcher de revenir dans cette rue ? Pourquoi était-il à nouveau là, assis sur ce trottoir, à observer le prostitué ? Naruto soupira de dépit, même avec toutes ses bonnes résolutions, ses pas l'avaient mené ici, presque malgré lui.

Il était toujours là, adossé à son mur, tirant sur sa cigarette comme un condamné à qui on risque de la faucher. Il l'avait vu boire aussi, à même le goulot d'une bouteille d'alcool de bas étage, comme un assoiffé perdu en plein désert. Et il avait une sacrée descente, ce n'était pas peu dire. Oui, il lui ressemblait, mais... ce n'était pas lui. C'était sûrement à cause de cette fichue ressemblance qu'il se sentait quelque part touché par le sort de ce prostitué.

Naruto souffla et se passa une main dans les cheveux. Il devenait fou, ce devait être ça... Il était ridicule, assis là, à regarder l'autre s'envoyer en l'air pour quelques billets. Il fallait qu'il renonce. Il n'aurait qu'à faire comme ses parents lors de ces prétendues soirées de charité : signer un gros chèque pour apaiser sa conscience. Jusqu'ici, il avait toujours trouvé ces mondanités barbantes, mais maintenant qu'il touchait du doigt la réalité, il se demandait bien à quoi servait tout cet argent versé et où il passait.

En tout cas, dans le quartier où il s'était perdu avec Kyuubi, il était bien certain qu'il n'y avait pas l'eau courante, et à peine l'électricité. Il n'avait pas vu d'écoles non plus pour les gamins qui y jouaient au foot avec ce ballon de fortune. Et là, il n'y avait personne pour dire ou faire quoi que ce soit pour tous ces types qui se vendaient. Pas même une camionnette d'une ONG quelconque pour leur rappeler les dangers du Sida, des MST, et tout ça.

Un sourire désabusé étira les lèvres charnues de Naruto. Ah oui, c'était vrai. La dernière collecte en date assortie d'un bal tout ce qu'il y avait de plus chic avec champagne, tenues de soirées et rubis, était pour de pauvres petits biafrés en Afrique ou quelque chose dans ce goût là. La misère humaine, c'était toujours plus vendeur quand il s'agissait d'une cause perdue à l'autre bout du monde. Sa propre chance d'être né dans un milieu si aisé l'écœura...

Et pendant ce temps, les voitures passaient dans cette rue, profitant de la mauvaise étoile ou du mauvais karma de tous ces jeunes et de Taka en particulier, dans l'indifférence la plus totale. Est-ce que quelqu'un irait pleurer ce brun s'il venait à faire une mauvaise rencontre ? Y aurait-il quelqu'un pour venir fleurir sa tombe, à supposer qu'on lui en fasse une ? Cette pensée lui tordit l'estomac au point d'en vomir. Non, certainement pas... Personne ne se ferait du souci si Taka disparaissait ou mourrait, il en mettrait sa main au feu.

Mais lui, il n'était ni Mère Thérésa, ni l'abbé Pierre, et encore moins Mary Poppins. Il était juste lui, Naruto Uzumaki-Namikaze, un jeune ordinaire, né avec une cuillère en argent dans la bouche, hanté par le souvenir de son meilleur ami décédé voilà plus de dix ans. Sasuke ressemblerait à peu de choses près à Taka aujourd'hui s'il avait vécu... Et s'il avait été encore de ce monde, lui-même ne serait pas là à regarder celui qui occupait le bout de trottoir d'en face gagner sa vie en vendant son corps. Mais qu'est-ce qu'il fichait là bon sang. Pourquoi était-il assis là ? Qu'est-ce qu'il espérait ?

Taka manqua s'étouffer autour du sexe puant d'urine qui s'enfonçait dans sa gorge sans la moindre aménité et sans préservatif. Pour le coup, il aurait préféré que son client prenne l'option, même si ça voulait dire un manque à gagner pour lui, parce que là, c'était franchement répugnant. La poigne douloureuse dans ses cheveux se durcit alors que les coups de reins qui forçaient le membre dans sa gorge s'intensifiaient.

Encore un peu, juste un tout petit peu... Tenir bon... Son consommateur du moment allait bientôt jouir. Il fronça le nez comme il put et fit jouer adroitement sa langue percée et ornée de la petite boule d'acier, l'enroulant avec écœurement autour de la virilité qui distendait sa bouche. Les pavés disjoints de la rue s'enfonçaient dans ses genoux. Il fut violemment tiré en avant par ses cheveux et son nez se retrouva enfoncé dans une toison bouclée et plus que foisonnante, loin d'être propre.

Un râle guttural échappa à l'homme debout devant lui qui le malmenait. Il se retrouva brutalement propulsé d'avant en arrière, le gland turgescent et infect tapant dans sa glotte, manquant de le faire vomir. Le mouvement forcené se répéta encore et encore, secouant sa tête comme un prunier.

- Tu la sens là, hein ! Tu la sens bien ma queue mon salaud ! Tiens... prends ça... Ah ! Oui ! Tu vas voir ce que je vais t'envoyer ! Sale petite traînée t'aimes ça hein ! Sale petit enfoiré ! Ah ! Mh ! Aaahh... oui ! oui! ouiiiiii !

Un flot âcre et épais se déversa directement dans la gorge de Taka, le faisant soudain tousser et cracher. Sa bouche se remplit de liquide séminal à vitesse grand V, débordant de ses lèvres autour de la chair puante. Merde, songea Taka, depuis combien de temps il ne s'était pas lavé et vidé les couilles celui-là ? Il fut violemment repoussé en arrière et tiré vers le haut par ses mèches brunes. Une poigne féroce écrasa ses joues et broya sa mâchoire, lui maintenant la bouche close.

- Avale enfoiré !

Taka déglutit difficilement, sentant des haut-le-cœur lui tordre l'estomac. L'homme, suffisant et fier de lui, essuya soigneusement son sexe sur sa joue, étalant largement la substance poisseuse. Taka serra les poings mais força une expression suave sur son visage.

- Tu as aimé hein petit enculé. Vous n'êtes bon qu'à ça vous les pédales.

Son client lui cracha alors copieusement au visage un bloc de salive bien gluant.

Il pensait qu'il avait enfin son compte et que l'autre le payerait quand la poigne dans ses cheveux se relâcha enfin. Taka s'essuya rapidement la bouche alors que le type remballait ses bijoux de familles. Il lui tardait qu'il le paye et qu'il se casse celui-là... Ce qu'il reçut avant son dû le prit par surprise. Le poing de l'homme s'abattit à toute volée sur sa figure, le faisant basculer en arrière. Mais cela ne s'arrêta pas là. Un puissant coup de pied le cueillit à l'estomac, suivi d'un autre et encore un autre. Trop tard pour réagir, complètement KO, Taka ne put que subir.

Son souffle se coupa et il se roula en boule sur lui même pour tenter d'échapper à l'abattage en règle dont il était la cible. De temps à autre, il était soulevé par le col et un poing brutal s'abattait sur son visage. Des myriades de points blancs dansèrent devant ses yeux alors que la douleur et la souffrance se répandaient dans tout son être. Une pluie d'insultes chaleureuses allant de "Sale Tarlouze" jusqu'à "enfoiré de suceur de bites" accompagnèrent la gratification et les remerciements de son si charmant client pour ses services.

A un moment donné, il se sentit vaguement relevé et bousculé contre l'un des murs de briques de la venelle. Son front rencontra les arrêtes dures avec fracas, aidé par une main féroce qui lui arracha même une poignée de cheveux. Un râle indistinct sortit de sa gorge, trop sonné pour réagir, pour appeler à l'aide, pour faire venir Jûgo à son secours. Son pantalon glissa sur ses genoux et le type, qui avait visiblement apprécié lui refaire le portrait et le couvrir d'injures, le viola.

Sons étranglés, bouillie douloureuse dans son cerveau, lumières qui clignotaient d'une drôle de manière devant ses yeux. Souffrance... un peu partout... éclatant comme des houles plus ou moins fortes qui le traversaient. Il hoqueta, perdant son souffle, broyé entre le mur si dur et l'homme derrière lui qui l'écrasait de tout son poids. Voilà pourquoi il détestait traiter avec les armoires à glaces... En cas de problèmes, il ne faisait pas le poids.

Son mantra habituel quand il souffrait trop prit le pas sur toute pensée logique, son esprit se détachant de son corps brutalisé et avili. Il serra les mâchoires et se laissa partir, ne se débattant pas plus qu'une vulgaire poupée de chiffons, aussi vide qu'un coquillage mort. Il était là sans vraiment y être, regardant son corps souffrir et subir alors que son esprit s'éloignait. Il était devenu un oiseau, un aigle, et volait dans la chaleur et le réconfort d'un océan de ciel bleu, un bleu lumineux et particulier, pas n'importe quel bleu... un bleu unique... toujours le même… chaleureux... accueillant... réconfortant… Là, il se sentait bien...

Le type baraqué repoussa Taka au sol et se masturba au-dessus de son visage inexpressif aux grands yeux vides. Il se vida une nouvelle fois, éclaboussant son visage et ses vêtements. Un rire gras et heureux retentit dans la venelle alors qu'il tirait quelques billets de son portefeuille. Il en jeta une partie sur Taka, le reste directement dans le caniveau qui fendait les pavés. Il avait presque envie d'uriner sur le corps exsangue étendu à ses pieds, mais il se contenta de cracher une dernière fois dessus.

- Il parait qu'il faut bien arroser les fleurs de trottoir ! Je crois que je t'ai mis ton compte. Je t'ai bien arrosé, hein ?! Je reviendrais voir un de ces quatre si t'as bien poussé !

Le rire gras résonna en échos infinis entre les murs de la ruelle crasseuse. Un dernier coup de pied, une dernière insulte, une paire de pièces supplémentaires jetées sur le sol en guise de "pourboire"; et l'homme s'en fut, sur un dernier éclat de rire, un dernier crachat. Il enfonça les mains dans ses poches, y pêcha les clefs de sa voiture et s'en alla en sifflotant. Il marcha d'un pas tranquille, presque léger malgré sa stature massive et son air patibulaire. Le véhicule quitta la rue, ses phares trouèrent la nuit et se glissèrent dans la circulation, redevenant anonyme.

Naruto pencha la tête en avant, contemplant le trottoir sous ses yeux. Il détendit les muscles raidis de sa nuque et fourragea dans ses cheveux. Mais qu'est-ce qu'il faisait assis là bon sang ? Au lieu d'être tranquille chez lui ou en soirée avec des amis... En plus, ça faisait un moment que l'objet de son obsession complètement tordue avait disparu dans la toute petite ruelle sombre et encaissée, avec un type deux fois plus grand et plus épais que lui.

Le gars était ressorti après un moment, mais pas Taka... Et il avait entendu de drôles de bruits. Mince, il devenait complètement barjot. Au point de se dire que ce qu'il avait entendu était différent de ce qu'il percevait d'habitude quand le brun disparaissait avec ses clients dans la venelle. Là, c'était sûr, il fallait qu'il aille se faire soigner... Il était complètement obnubilé par ce prostitué... Il perdait complètement la boule… Et ça prenait vraiment des proportions tordues.

Il fourragea plus intensément dans ses mèches blondes, leva un regard vide vers le ciel sombre et sans étoiles, couvert de pollution. Ça faisait combien d'heures qu'il était assis là à observer Taka, à agir comme un détraqué ? C'était plus fort que lui, il ne pouvait s'empêcher de l'observer et de penser... Oui, mais... Il ressemblait tellement à ce que Sasuke aurait pu être aujourd'hui... Bon le tempérament et les piercings en moins, ça c'était sûr, probablement un peu plus épais aussi...

Mais il aurait eu ces mêmes cheveux bruns qui rebiquaient vers l'arrière, jusqu'à ces deux mèches un peu plus longues encadrant un visage aux traits plus adultes, moins enfantins. La même stature et la même silhouette élancée... Jusqu'à cette couleur de peau neigeuse. Ils auraient été à la fac ensemble, il aurait été avec lui dans ces soirées et ces sorties entre amis. Il aurait été là pour l'anniversaire de Sakura... soufflant probablement d'indifférence, ses yeux noirs aussi impénétrables qu'à l'accoutumée... hautain pour les autres, différent avec lui... Un gargouillis difficile lui fit baisser la tête vers la venelle, délaissant le ciel sombre.

Taka s'appuya au mur, son estomac se contractant brutalement, l'obligeant à se plier en deux. Il vomit, le bruit qu'il fit plus proche d'un râle d'agonie douloureux qu'autre chose. Il fixa la petite flaque à ses pieds. De l'alcool et du sperme... voilà tout ce que contenait son estomac. Ce constat le fit presque rire alors qu'il se tenait les côtes, grimaçant de souffrance. Une fleur de trottoir bien arrosée... Elle était bien bonne celle là ! Quel enfoiré ! Il croyait quoi ce con, que son cul allait soudain fleurir au printemps ? La seule chose qui finirait par pousser c'était des hémorroïdes ! Rien à voir avec des roses ou des pâquerettes !

Quand il s'était relevé, il avait bien cru qu'il avait quelque chose de cassé. Peut-être... Peut-être pas... Ses côtes le faisaient atrocement souffrir, et son visage aussi. Bon ses fesses n'avaient pas encore totalement récupéré de la double pénétration de la veille, donc il avait déjà mal avant... Il avait péniblement ramassé son dû, chèrement gagné pour le coup, semé dans la crasse des pavés. Il y avait même des billets piétinés. Mais il y avait le compte, un peu plus même... Un pourboire ! Vraiment trop aimable ! Il avait difficilement rangé le tout dans sa botte, s'essuyant le visage avec le dos de ses mains. Quel connard !

Il avait dû ramasser les petites coupures crasseuses à quatre pattes, incapable de se remettre debout. Il avait tout récupéré, jusqu'à la moindre pièce jetée. Il n'y avait pas de petit bénéfice, et là, il l'avait plus que mérité sa paye. Il avait tâté le sol plusieurs fois, histoire d'être sûr qu'aucune menue monnaie ne lui avait échappé, posant ses mains dans des substances non identifiées. Le ménage n'était pas souvent fait dans cette venelle ! Ensuite, il s'était adossé au pied du mur et avait soufflé, palpant sa mâchoire et ses joues du bout des doigts pour vérifier l'étendue des dégâts.

Un coquard au moins, plusieurs bleus sur sa tronche. Merde... Comment il allait faire maintenant hein ? Attirer le client, c'était pas compliqué avec une belle gueule... Mais là, ça compromettait sévèrement son rendement pour le reste de la nuit. Et sans clients, pas de fric, sans fric, pas de toit, pas d'alcool, pas de bouffe et pas de poudre... et Hidan serait en pétard... Et un Hidan mécontent, c'était pas la panacée, surtout si on voulait survivre...

Un rire désabusé lui échappa. Là, il allait être dans la merde... La vraie... Il ferma péniblement les yeux et défit le talon de sa botte. Là, tout de suite, il avait besoin d'un petit remontant. Il essuya le dos de sa main couverte de salissures sur son pantalon. Récupérant le précieux sachet, il en saupoudra une fine ligne qu'il rectifia avec la tranche d'un billet plié en deux. Un reniflement et un coup de langue plus tard, il se sentait déjà mieux... au point de voir des petits points blancs harmonieux danser dans le ciel vers lequel il leva la tête, ses orbes sombres dilatés par la drogue, vides et hagards.

Quand il était un peu redescendu, il s'était appuyé au mur, s'y était accroché avec les ongles, et s'était enfin redressé. Sa tête tournait comme un manège fou. Il avait un peu mal, comme s'il avait eu un point de côté. Mais il se sentait mieux, beaucoup mieux; sûrement un effet de son fix. Taka avait enroulé spontanément un bras sur son ventre qui faisait des loopings en même temps que son cerveau. Sa main s'était agrippée aux briques disjointes et il avait avancé, un pas après l'autre, vers la sortie qui donnerait immanquablement sur son carré de trottoir.

Ce qu'il n'avait pas prévu c'était que son estomac déciderait de se vider encore quand il sortirait de l'ombre. Des rires moqueurs résonnèrent autour de lui, se répercutant le long des murs sordides.

- Ben alors Taka, qu'est ce qui t'arrive ? Tu tiens plus l'alcool mon lapin ?

Les remarques mordantes fusèrent de toutes parts. Il cracha par terre, incapable de répliquer comme il en avait l'habitude. L'homme était un loup pour l'homme, et c'était encore plus vrai ici qu'ailleurs.

A la moindre faiblesse, ses très chers collègues ne le rateraient pas. Par pure rivalité, par jalousie, par pure méchanceté ou bien par envie, juste pour avoir une promotion, avoir un meilleur coin de trottoir et se faire bien voir de l'organisation... Il se redressa, son regard devenant dur et acéré.

- Vos gueules ! hurla t-il de son ton le plus froid et le plus cassant.

Les rires moururent, les remarques désobligeantes aussi, et c'est à ce moment là qu'il le vit.

De l'autre côté de la rue, le blond, le mec jeune, beau, riche mais louche, était debout, les poings serrés, dardant son regard bleu sur lui. Il avait l'air d'être prêt à traverser la rue et à lui casser la gueule tant il était tendu et tremblant de colère. Dommage mon joli, pensa amèrement Taka, si tu es venu pour me péter les gencives, ce soir c'est déjà fait. Le bleu de ce regard d'acier le fit tiquer. Taka se fit vaguement la réflexion que ça ressemblait à peu de choses près à cet océan bleu dans lequel il voyageait sous forme de grand aigle aux ailes déployées quand c'était trop dur.

Le mauvais éclairage et la nuit ambiante ne lui permettaient pas de décider clairement si c'était exactement la même couleur. Mais c'était peut être pour ça que ce type étrange le perturbait autant, sans aucun doute pour ça même, il n'y avait pas d'autre raison de toute façon. Il se dirigea maladroitement vers la planque de sa bouteille et la descendit de quelques gorgées. L'alcool bas de gamme effaçant le goût acre et amer de sa bile et du sperme de l'autre porc. Puis il s'adossa à son mur, mal en point, plus très en forme pour ce qui lui restait d'heures à faire et de clients à satisfaire. Il s'alluma une cigarette, toute tordue, forcément après ses ébats "musclés", et tira avidement dessus. Il lui tardait de rentrer. C'était une putain de semaine de merde...

Naruto observa le jeune homme qui tituba jusqu'à sa bouteille, puis s'adossa, allant jusqu'à s'allumer une cigarette comme si de rien n'était, impassible. Pourtant, malgré la faible lumière blafarde des quelques rares lampadaires, le blond perçut les ombres violacées qui avaient fleuri sur le visage et le torse mince sous le gilet sans manche. Taka avait l'air de souffrir et avait une attitude bizarre, tanguant légèrement sur ses pieds alors qu'il était immobile, ses yeux noirs balayant la rue comme s'il ne la voyait plus vraiment, de légers tics agitant de temps à autres ses traits fins.

Sa colère et sa rage enflèrent, sans qu'il sut foncièrement pourquoi. Il avait deviné juste, le type d'avant en avait profité pour cogner le prostitué. Ses mâchoires se crispèrent. Le fils de pute ! Prendre son corps et payer pour ça, ça ne suffisait pas ? S'il lui remettait la main dessus à celui là, il lui causerait du pays à ce salaud ! Utiliser son corps c'était pas assez ? Il avait fait du mal au brun. Et Naruto doutait que Taka ait été d'accord pour ça, même contre un peu plus de blé.

Les traces de coups marquaient la peau pâle de la silhouette aux mèches brunes. Il avait eu l'intuition que ça ne se passait pas bien et que quelque chose n'allait pas quand le consommateur vicieux était ressortit seul de la ruelle. Il était prêt à bondir au secours du jeune homme qu'il imaginait déjà à moitié mort la tête dans le caniveau quand l'objet de toute sa préoccupation maladive était enfin ressorti de son antre, en piteux état.

Il n'avait plus osé bouger quand il avait entendu les quolibets, les moqueries et les rires qui avaient fusé. Il était inutile de jeter de l'huile sur le feu qui couvait. Il ne voulait pas créer plus de difficultés au jeune homme qui en avait déjà un paquet, alors Naruto s'était rassis. Après tout, qu'est-ce qu'il croyait ? Taka était tout à fait capable de se débrouiller. Il n'avait pas besoin qu'il arrive sur son grand cheval blanc pour le sauver. Mais quand même, tout ça lui laissait un goût amer dans la gorge.

Jûgo s'assura que le nouveau poulain de l'Akatsuki qui venait de démarrer son nouveau travail tout au fond de la rue, sur la dernière place du trottoir, avait eu plus de peur que de mal. Il avait immédiatement réagi en recevant le SMS contenant les trois lettres du signal. C'était simple : S.O.S, et il accourait pour régler le problème. C'était la première chose qu'il leur apprenait. Il fit craquer ses phalanges. Il détestait la violence. Pourquoi certains clients ne comprenaient pas qu'ils en avaient pour leur argent. Il leur en fallait toujours plus…

Le petit gars était encore tout tremblant sur son bout de trottoir quand il était revenu vers lui après avoir réglé son compte au mal élevé qui n'avait pas bien compris les règles. Il était tellement frais dans ce métier qu'il s'était même caché les yeux quand Jûgo avait levé son poing et refait le portrait du gars, lui donnant une bonne leçon. On abîmait pas la marchandise. C'était l'une des règles de l'Akatsuki. Et il était là pour veiller au grain.

Sa grande main avait tapoté l'épaule de la frêle créature. Le client était reparti dans sa caisse en crachant des insultes avec quelques dents en moins. Grand bien lui fasse, on ne sortait pas un couteau pour l'utiliser sur les outils de travail d'Hidan. Et si le mec revenait à la charge, il serait toujours aussi bien reçu. Son regard se posa sur le nouveau. Celui-là, il ne savait pas trop si c'était vraiment un mec tellement il était androgyne. Y avait vraiment de drôles d'oiseaux qui atterrissaient ici.

En tout cas, il était tellement fin et féminin que Jûgo n'était pas sûr qu'il fasse long feu sur sa portion de trottoir. Il la garderait sûrement si le prochain qui arrivait était plus costaud que lui. En même temps, quand Hidan les débarquait là pour la première fois, ils n'étaient jamais très vieux. Mais celui-là vraiment, il n'était pas du tout sûr qu'il tienne le coup longtemps, surtout dans une telle fosse aux lions. Il échangea deux trois phrases rassurantes avec le jeune homme à la beauté éthérée, se faisant la réflexion que dans quelques semaines, il serait déjà bien moins frais et bien moins en forme.

Certains se suicidaient ou mourraient d'une overdose après à peine un mois de tapin dans cette rue. On pouvait même cumuler les deux : le suicide par overdose... Il fallait avoir du tempérament pour survivre dans cet enfer, l'envie de survivre chevillée au corps même. Il n'aimerait pas être à leur place. Lui, il n'avait jamais fais la pute. Il était tombé dans l'Akatsuki dès tout petit. Son père étant un cousin d'un haut gradé, il avait baigné dedans et avait suivi le chemin tout tracé.

Au début, il avait fait le passeur ou le guetteur. Personne ne se méfiait des mômes, jamais. Et puis, il avait protégé et tué sur commande. De toute façon, c'était tout ce qu'il savait faire. Et comme il n'était pas bien malin, la plupart du temps il se servait de ses poings. Les armes c'était déjà trop compliqué pour lui. Sa forte carrure d'armoire à glace lui avait bien servi au fur et à mesure qu'il avait grandi. Il n'avait jamais été bon à l'école. Il savait à peine lire et compter. Alors pour lui, ses poings c'était du pain béni, c'était tout ce qu'il savait faire et encore heureux qu'il ait la carrure pour.

Hidan l'avait enrôlé après lui avoir offert son premier mec qu'il l'avait obligé à se farcir sous ses yeux. C'était une récompense pour avoir accompli sa mission avec succès. Faire peur au fils d'un politicien et lui refaire assez gentiment le portrait. Le papa posait un peu trop de questions aux mauvaises personnes et il fallait que ça s'arrête; et pour ça, rien de mieux que l'intimidation. Après ça, il l'avait pris sous son aile comme sentinelle pour sa rue. Sûr et certain qu'il ne toucherait pas à sa marchandise, il avait bien vu que se taper des gars c'était pas vraiment son truc, et qu'il la protégerait avec brio, et ça c'était ce que Jûgo savait faire de mieux.

Jûgo faisait ça depuis, et il en avait vu défiler des minots qui avaient battu le pavé de ce trottoir, mis là par Hidan après avoir "appris le métier". Ils avaient tous une histoire, triste à pleurer : dettes des parents dont l'organisation s'était emparée des gamins, fils de prostituées appartenant déjà à l'Akatsuki et dans l'incapacité de protéger leur progéniture et de la sortir de leurs griffes, jeunes enfants de riche extraction kidnappés et devenus les jouets de ces bandits,...

Autant d'histoires que de visages... Une fois dans le système, impossible d'y échapper. Le petit nuage blanc cerné de rouge sur fond noir broyait impitoyablement tous ceux qui avaient des velléités de fuite. Il ne restait plus qu'à courber l'échine et faire avec si on ne voulait pas mourir. Même lui serait exécuté si jamais il désobéissait, on lui ferait aussi sauter la tête s'il ne donnait pas satisfaction dans son travail. Il s'assura que l'adolescent aux longs cheveux châtains se remettait de ses émotions et redescendit tranquillement le trottoir.

Pour chaque prostitué qui était mort à cause d'un client, il risquait sa propre peau. Ce n'était arrivé qu'une fois, une seule fois où le temps qu'il arrive, le consommateur de chair "fraîche" avait étranglé sa victime. Hidan l'avait tabassé si fort en représailles que le lendemain il n'avait pas réussi à se lever tellement il avait mal. Et il le lui avait dit tout net : "La prochaine fois, je te tue. Je te découpe en rondelles." Et il savait, pour l'avoir vu faire, que c'était vrai. Plus aucun bien d'Hidan n'était mort à cause d'un client. Il faisait tout pour que ça n'arrive pas; et il priait chaque matin les Dieux de la nature, les seuls qu'il connaissait, pour que ça dure.

Les règles étaient simples :

- On payait pour le service.

- On n'abîmait pas et on ne tuait pas la marchandise.

Facile. Mais à croire que les mecs qui venaient "chasser la queue" étaient plutôt durs à la comprenette, encore plus bêtes que lui. Sortir un couteau sous le nez de l'un de ses poulains, c'était le S.O.S assuré et un règlement de compte en bonne et due forme.

Il marcha d'un pas lent, vérifiant du coin de l'œil que tout allait bien pour tout le monde. Quand ils réglaient leurs querelles de territoire entre eux, ce n'était pas la même chose. Il n'avait pas à s'en mêler. Hidan remettait de l'ordre dans tout ça quand ça dérapait un peu trop. Une fois, il avait même flingué à bout portant l'une de ses poules qui cherchait trop de noises à celui qui lui rapportait le plus. Ce mac était un primaire, tout ce qui comptait pour lui c'était le fric. Le reste, c'était du détail. De toute façon, ici, une place vide ne le restait jamais longtemps grâce à l'organisation.

C'était un samedi soir comme un autre. Les voitures défilaient, les prostitués travaillaient. Tout était calme. La nuit serait bonne en profits pour Hidan qui serait content. C'était une bonne rue. Il était rarement mécontent. De temps en temps, il embarquait la poule qui rapportait le moins pour lui "causer du pays", histoire de remettre un coup de pression aux autres. Mais c'était un business qui tournait, et qui tournait bien. La machine était bien huilée, et le sexe était l'une des rares industries à ne jamais connaître ni crise, ni chômage.

Il ralentit ses pas en approchant du nouveau pré carré de Taka, son préféré, son protégé. Il l'aidait autant qu'il le pouvait dans la mesure de ce qui lui était possible de faire. C'était son favori. Il n'y pouvait rien et ne s'en cachait pas. Il ressemblait trop à son meilleur ami, celui dont la disparition pesait sur son cœur. Et il ne pouvait s'empêcher de vouloir le protéger, de s'inquiéter pour lui. C'était plus fort que lui. C'était comme ça, voilà tout.

Un coup d'œil vers la silhouette adossée qu'il allait saluer gentiment lui fit écarquiller les yeux, et il se précipita.

- Taka ! Merde, qu'est-ce qui t'es arrivé ! lâcha t-il en se jetant sur lui.

Il fit pivoter le visage entre ses paumes vers la lumière d'un réverbère pour être sûr de ce qu'il voyait et constater l'étendue des dégâts. Les orbes sombres étaient vides, ne clignant même pas sous l'éclairage blafard. La figure aux traits fins se contracta légèrement sous la douleur quand il appuya doucement sur les bleus qui marbraient la peau pâle.

Il l'examina sous toutes les coutures, découvrant avec consternation le champ de bataille, de larges flaques violacées tachant l'épiderme sur le torse, et ça n'avait rien à voir avec la saleté.

- Un client... se borna à lui indiquer le brun d'une voix atone, pendant qu'il vérifiait qu'il n'avait rien de cassé et palpait chaque os, chaque centimètre carré de buste et de jambe.

- C'était qui cet enfoiré ! L'un de tes réguliers ?

Taka se laissa faire sans rien dire, grimaçant quand les paumes du roux passaient sur des endroits sensibles.

- Non... lâcha t-il platement.

- Merde, t'es dans un sale état. Pourquoi tu m'as pas envoyé le signal ! Tu t'es laissé faire ou quoi ?

L'énervement audible dans la voix du sentinelle agaça Taka qui répliqua vertement :

- Ça va pas non ? Ce connard m'a pris par surprise. A la fin de sa pipe, il m'a collé un taquet direct. Une telle patate que j'ai été sonné d'entrée !

Jûgo serra les poings, son visage crispé par la rage, il attrapa le bras du brun et grogna en le secouant :

- A quoi il ressemble ce tas de merde, tu le reconnaîtrais si tu le revoyais ?

- Aie ! Touche pas là, tu me fais mal, protesta Taka. Ouais, je crois. Une armoire à glace, le genre coupe en brosse et tout en muscle, style ancien de l'armée avec une tronche à faire peur.

- Bouge pas, faut que je vérifie... T'as peut être un truc de cassé ou une hémorragie !

Taka souffla douloureusement entre ses dents, les grandes paluches de Jûgo l'examinant sous toutes les coutures. La figure inquiète et préoccupée du géant lui fit du bien malgré tout. Compter pour quelqu'un, ça l'aidait à tenir. C'était pas grand chose, mais il en avait besoin, surtout après le sale quart d'heure qu'il venait de passer. Ça lui donnait l'impression, même illusoire, d'être un peu plus qu'un sac à foutre, d'être un peu important malgré sa vie de merde.

- Si cet enfoiré reviens, tu me le dis ! Je vais lui expliquer la vie moi à ce salaud ! Putain, il t'a pas raté... T'es sûr que ça va ?

Le ton inquiet de celui qui était le plus proche d'un ami pour lui, toucha le prostitué.

- Ouais... Je suis encore debout, c'est bon... répondit il mollement, heureux que sa voix ne tremble pas.

Le motard chargé de leur surveillance s'écarta de lui, dubitatif.

- Bon... Fais quand même gaffe, hein ?

- T'inquiète. J'en ai vu d'autres, répondit-il avec un léger rictus qu'il espérait rassurant.

Le pire, c'est que c'était vrai. Il en avait effectivement vu d'autres, des pires même. Sa vie était loin d'être rose, mais c'était la sienne. Il survivrait. Cette nuit pourrie se terminerait, demain le soleil se lèverait, et une autre recommencerait. Il n'espérait pas, il n'espérait plus s'en sortir, juste vivre sa vie telle que la destinée la lui avait tracée. Il finirait la gueule dans le caniveau avant ses trente ans, mais au moins il aurait vécu, sans baisser les bras.

Il se redressa, échangea encore quelques phrases avec Jûgo et se radossa à son mur, tirant une autre cigarette de son paquet défoncé. Et puis, il n'avait aucune envie de se retrouver devant Kabuto, l'un des médecin de l'organisation, pas pour quelques bleus en tout cas. Le docteur à lunettes était du genre libidineux et sadique, à se demander s'il n'avait pas eu son diplôme dans une boite spécialisée dans le SM. Alors moins Taka le voyait, mieux il se portait.

Jûgo lança un dernier regard à Taka, se promettant de garder un œil sur lui pour le reste de la nuit. Il reprit son poste, non loin de sa moto, à l'entrée de la rue. Au passage, il nota bien le type assis par terre sur le trottoir face à l'emplacement de Taka. Un concurrent en freelance qui cherchait à s'installer là ? Non... pas assis et pas aussi bien habillé. Les cheveux dont la blondeur se détachait nettement malgré le peu d'éclairage lui rappelèrent vaguement quelque chose sans qu'il arrive vraiment à mettre le doigt dessus.

Il haussa les épaules. Tant qu'il ne créait pas de problèmes... C'était peut être juste un type qui avait trop bu ou un badaud un peu curieux qui partirait quand il aurait eu son compte de spectacle, ou bien un paumé qui cherchait un sens à sa vie et s'était arrêté là par hasard. Le bruit d'une voiture qui approchait détourna ses pensées. Il vérifia que tout se passait bien, assistant à la parade des prostitués le long du trottoir, et il s'assura que le client avait l'air réglo et qu'il ne recevait pas de sms de détresse. Une autre voiture suivit et le ballet recommença. Jûgo augmenta sa vigilance.

Naruto avait observé l'échange avec l'armoire à glace qui avait descendu la rue. Visiblement, c'était le type chargé de surveiller les putes. Il avait eu l'air de se faire du souci pour Taka, l'examinant plusieurs fois dans tous les sens, son visage froncé d'inquiétude. Ils avaient échangé quelques mots dont il n'avait saisi que quelques bribes. L'un dans l'autre, ça l'avait bizarrement rassuré de voir qu'au final il y avait quand même quelqu'un qui se souciait de Taka.

Peut-être que l'autre s'inquiétait surtout de savoir si Taka avait été payé et s'il pourrait continuer à bosser ce soir, mais c'était quand même mieux que rien. Il se sentit encore plus idiot à rester assis là, à attendre il ne savait quoi, à regarder cet ersatz de son ami d'enfance version jeune adulte mener une vie si misérable, à des années lumières de celle que Sasuke aurait eu s'il avait vécu. C'était sans doute ça en fait son problème.

Malgré les dix ans écoulés, il n'arrivait pas à accepter la mort de Sasuke. Là, dans son cœur, il y avait toujours ce trou béant laissé par son meilleur ami trop tôt disparu, et regarder Taka vivre lui faisait autant de mal que de bien, mais un peu de bien quand même. Il en voulut à Dieu et à toutes les instances de là haut. Pourquoi lui avoir pris Sasuke et avoir laissé quelqu'un comme Taka en vie ? Là, maintenant, tout de suite, est-ce qu'ils ne pourraient pas faire un effort, une entorse, et échanger Taka contre Sasuke ? Il était presque certain que le jeune homme sur le trottoir d'en face serait plus qu'heureux de monter direct au Paradis.

Réalisant la portée de ses pensées, Naruto se morigéna mentalement. Souhaiter la mort de quelqu'un, lui... N'importe quoi... Si Sasuke le regardait de là-haut, il devait bien se marrer. Il pouvait presque l'entendre le traiter de crétin avec ce ton inimitable qui n'appartenait qu'à lui. Le jeune homme blond passa une main sur son visage fatigué. Il fallait vraiment qu'il arrête ses conneries. Sasuke était mort et Taka était un prostitué qui certes lui ressemblait mais ne le remplacerait jamais, et lui, il avait sa vie à vivre et besoin d'oublier, pour de bon.

Il se leva et épousseta son jean rempli de la poussière du trottoir. Kyuubi devait trouver le temps long, et ses amis allaient finir par se poser des questions. Il était temps de rentrer et d'arrêter tout ça. Il fallait qu'il tourne la page. Fort de sa résolution, Naruto fourra ses mains dans ses poches, debout au bord du trottoir. Il jeta un dernier coup d'œil à la silhouette si évocatrice de souvenirs, soupira en sentant ses yeux devenir un peu humides, et lui fit silencieusement ses adieux ainsi qu'à son ami disparu.

Taka avait mal partout. Il laissa filer les voitures porteuses de clients les unes après les autres, se disant que à la prochaine, oui, à la prochaine, il ferait son cirque habituel, mais que là, juste là, il avait bien trop mal pour bouger. Un rail de poudre et deux ou trois cigarettes plus tard, son corps était toujours aussi lourd que du plomb et lui faisait toujours aussi mal, tout comme son visage. Une petite pause, juste une toute petite pause, et c'était sûr, après il y retournait.

Il savait qu'il lui faudrait se crever le cul pour combler le manque à gagner, mais là tout de suite, de toute façon, il pouvait à peine bouger la mâchoire pour fumer, alors sucer une bite et parler, ça allait être compliqué. Le seul avantage était qu'il gémirait sans le moindre effort. Le bruit caractéristique d'un moteur bien particulier lui fit brusquement lever les yeux de ses ongles sales et cassés, jaunis par la nicotine. Taka se décolla de son mur et déglutit. Déjà ? C'était pas possible, c'était bien trop tôt pour être déjà la fin de la nuit...

Il sortit son téléphone portable bas de gamme de sa botte et se mordilla les lèvres. Trop tôt... Hidan leur rendait juste une petite visite surprise. Le jour ne se lèverait que dans trois heures et le mac n'effectuerait sa tournée pour prélever son dû qu'à ce moment là, à l'heure pile, toujours la même depuis que lui était arrivé dans cette rue. Hidan se gara et échangea quatre mots avec Jûgo, puis il se paya le luxe de remonter tranquillement la rue à pied avec le géant sur ses talons.

Certains des prostitués se mettaient au garde à vous, d'autres tremblaient de peur, d'autres encore lui faisaient des courbettes et lui lançaient des salutations sucrées, ou faisaient semblant de ne rien éprouver de particulier à le voir. Pourtant, l'atmosphère dans la rue avait radicalement changée. Il suffisait d'un claquement de doigts de cet homme pour que vous soyez mort ou subitement promu, ou bien sévèrement corrigé. Il avait tout pouvoir sur eux, et ça se sentait.

Il passa, ses cheveux impeccablement coiffés en arrière, les talons de ses Santiags cloutées toujours flambant neuves résonnant sur le macadam. Un grand et long manteau noir tout en cuir, comme son pantalon, était négligemment posé sur ses épaules, flottant derrière lui comme une cape. Ce soir là, il portait une chemise rouge sang, dont les boutons étaient largement ouverts sur son torse et laissaient voir plusieurs chaînes en or épaisses. Jûgo marchait un pas derrière Hidan, en silence, la tête un peu basse en signe de respect.

Ils se dirigèrent vers le fond de la rue, là où le nouveau avait commencé il n'y avait pas si longtemps. Hidan était sans doute venu s'assurer à l'improviste que le dernier arrivant avait bien pris le pli, ou bien il avait du temps à tuer et avait décidé de faire le tour de son cheptel. Une voiture quitta la rue, une autre y entra. Que le mac soit là ou non, il y avait de toute façon toujours des hommes qui venaient satisfaire leurs pulsions ici, faisant tourner son commerce.

Taka tira plus avidement sur sa cigarette, des souvenirs émus du personnage cruel lui revenant en mémoire bien malgré lui, comme à chaque fois qu'il le croisait. L'homme auréolé de pouvoir n'échappait pas à la règle. Il lui était passé dessus un bon nombre de fois avant même qu'il n'arrive dans cette rue, tout comme le reste des membres les plus influents l'organisation. Et sa mémoire restait vivace, son corps savait qu'il fallait craindre son mac capable des pires horreurs sur un corps humain.

Il se remit bon an mal an au turbin. Les deux clients suivants qu'il réussit à attirer lui faisant la grâce et l'honneur de le prendre dans l'habitacle de leurs véhicules, l'un directement à califourchon sur le siège avant, l'autre à quatre pattes sur la banquette arrière, avec préservatifs tous les deux, s'il vous plaît. Le troisième ne fut pas une mince affaire : il le paya pour qu'il s'empale sur son levier de vitesse pendant qu'il le regardait faire tout en s'astiquant le manche.

Quand le dernier consommateur repartit après avoir aussi exigé qu'il lui taille une pipe pendant qu'il se tapait, oui, vraiment, son levier de vitesse, Taka retrouva son bout de trottoir. Bientôt, il pourrait écrire le Guiness Book des tendances les plus tordues. Un sourire cynique étira ses lèvres fines. Si jamais il arrivait à dépasser ses trente ans, ce serait vraiment un truc à faire. Il aurait des tas de choses bizarres à y mettre dans ce bouquin, il en avait vu déjà tellement. Et peut-être qu'il ferait fortune...

Il s'adossa nonchalamment à son sacro-saint mur qui n'avait pas bougé mais repéra immédiatement Hidan qui descendait dans sa direction, échangeant quelques mots avec certains de ses "salariés". Il avait secrètement espéré l'éviter, souhaitant que le temps qu'il se fasse ses trois clients, l'homme aurait déjà dépassé son prés carré. Hidan arriva à sa hauteur et Taka réprima le frisson instinctif qui descendit le long de son échine. L'homme aux cheveux coiffés en arrière lui fit face, un sourire jouant sur son visage à l'air satisfait.

Le mac fit un pas en avant et attrapa sans ménagement son menton, le levant vers lui sans douceur, l'examinant de plus près. Jûgo, toujours derrière lui, eut l'air embêté, ses yeux croisant ceux du jeune homme qui se faisait examiner et scruter comme une bête de foire.

- Alors Blanche-Neige, il parait que tu as eu quelques ennuis ce soir.

Taka avala difficilement sa salive, les doigts de celui pour qui il s'échinait sur ce bout de trottoir, dans cette rue, s'enfonçant douloureusement dans ses joues alors que ses orbes sombres croisaient celles d'une étrange couleur mauve de son tourmenteur.

- T'en es où de tes recettes ? reprit le mac d'un ton sucré.

- J'en sais rien, j'ai pas encore compté... biaisa Taka, ne détournant pas le regard de celui qui le possédait, au même titre qu'un animal, aux yeux de l'organisation.

Il fut brutalement relâché, manquant de tomber sur ses fesses qui avaient été grandement mises à contribution ce soir.

- Et bien compte !

Taka serra les dents. Pas de chance pour lui, Hidan avait visiblement décidé de lui chercher des noises ce soir, ce qui était assez mauvais signe. Sans rien dire, il se pencha et sortit la liasse de petites coupures de sa botte qu'il feuilleta entre ses doigts. En réalité, il savait exactement combien il avait sur lui, mais il gagna un peu de temps. Le résultat de sa cagnotte était quasiment deux fois moindre que l'habituel, et ça, ça risquait de lui coûter cher, très cher.

- Alors ? exigea son vis-à-vis d'une voix mielleuse.

Taka donna le chiffre et le visage anguleux du mac se plissa, des rides disgracieuses se formant sur son front.

- C'est deux fois moins que ce que tu fais d'habitude... Blanche-Neige.

Il n'eut pas le temps de rétorquer, se faisant saisir par le col de son gilet sans manche et ramener avec force à deux centimètres de la figure aux traits durs. Il aurait pu arguer que les consommateurs étaient pas très friands de gueules amochées, mais ça aurait mis Jûgo en difficultés, et il s'y refusait. Hidan le relâcha et le fusilla du regard.

Une baffe sonore s'écrasa sur sa joue, en même temps qu'un souffle cuisant.

- Tu crois que je te vois pas depuis tout à l'heure ? Tu gardes ton cul bien au chaud dans ton pantalon, tu fous rien ou presque. Tu te prends pour qui ce soir, une foutue princesse ? Tu crois peut être que parce que tu rapportes bien d'habitude, t'as le droit de te tourner les pouces ? Hein, Blanche-Neige !

A chaque phrase, une gifle puissante avait claqué, laissant une marque rouge sur son visage.

- Toutes mes poules travaillent, et tu sors pas du lot. Tu me rapporte pas encore assez pour ça. Je garderai pas un tir-au-flanc, c'est mauvais pour les affaires et ça donne des idées aux autres. Alors tu vas me faire le plaisir de te remettre vite fait au boulot et d'activer tes petites fesses. Même si pour ça, tu dois te trimbaler cul nul au bord de ce putain de trottoir. C'est clair !

La large main ornée de grosses bagues en or cingla sa figure avec force à chaque sentence, la voix calme et posée en parfait contraste avec les gestes violents. Ses yeux devinrent humides, sa tête résonna comme un tambour, jusqu'à ce que Taka titube et manque de tomber au sol.

Aucun des autres prostitués n'osa se moquer de Taka, ni lancer le moindre quolibet de peur d'attirer sur eux les foudres du patron. Naruto, que le changement d'atmosphère avait retenu par curiosité à l'arrivée du mac qu'il avait observé tout du long de sa parade sur le trottoir d'en face, avait blêmi, debout, de l'autre côté de la rue devant le spectacle qui se déroulait maintenant sous ses yeux. Il avait repéré Hidan la veille, quand il était parti au petit matin et qu'il avait vu les prostitués lui donner de l'argent et s'en aller.

Maintenant, il comprenait un peu mieux l'engrenage dans lequel Taka et les autres étaient pris. Ce type faisait vraiment froid dans le dos. Il savait y faire pour inspirer la crainte et se faire respecter. Naruto le constatait de ses propres yeux. L'homme clinquant poussa Taka qui tomba sur ses genoux et se rattrapa comme il put sur ses mains. La sentinelle chargée de la sécurité du cheptel du mac retint le bras de ce dernier et dit quelque chose que Naruto ne saisit pas.

Hidan repoussa brutalement Jûgo et le saisit directement à la gorge, le prenant au dépourvu. Il serra assez pour rendre difficile la respiration de son homme de main qui devint laborieuse.

- Reste en dehors de ça toi. J'en ai rien à foutre qu'il se soit fait arranger le portrait par un client pendant que tu réglais un autre problème. C'est dommage, certes, mais ça devrait pas l'empêcher d'agiter son cul au bord de ce trottoir. persifla t-il avec toujours ce même calme détaché.

Il relâcha Jûgo tout aussi vite qu'il l'avait attrapé, le défiant du regard de contester son autorité. Le géant porta une main à son cou et baissa la tête. Il savait qu'il ne faisait pas le poids. Taka serra les poings sur le revêtement gris de poussière du trottoir, mais releva vaillamment la tête, ses yeux lançant des éclairs silencieux. C'était vraiment pas sa veine ce soir, et Hidan était particulièrement dur et injuste avec lui. Il voulait faire un exemple, et c'était malheureusement pour sa pomme. Décidément, il était garni...

Ses lagons noirs croisèrent les pupilles mauves qui dardèrent sur lui un regard supérieur. Un sourire mauvais fit son apparition sur le visage d'Hidan qui le toisait avec arrogance.

- Baisse ton froc, Blanche-Neige.

L'ordre fut susurré sur un ton presque religieux et Taka grinça des dents. A quatre pattes sur le bitume, il obtempéra. Comme s'il n'avait pas déjà assez morflé pour la nuit...

Le bruit d'une ceinture qui se défaisait et glissait de la taille d'un pantalon fit couler une sueur froide le long de son épine dorsale. Taka ferma les yeux, se préparant mentalement autant que possible à recevoir la correction qu'Hidan lui réservait. Il fallait qu'il soit fort, il savait que ça allait être douloureux en plus d'être humiliant. Il n'allait pas en prime leur faire le plaisir de crier, il ne demanderait pas grâce non plus, et il ne supplierait surtout pas. Il avait sa fierté.

La pièce de cuir fendit l'air, Hidan esquissant un sourire sadique. Il leva son bras bien haut, serrant fermement la boucle dans sa main leste. Son bras s'abaissa avec vigueur et un bruit sec retentit avec force dans le silence de la rue. Jûgo serra les poings, impuissant, et les yeux de Naruto s'agrandirent alors que sa mâchoire se contractait de colère. Tous les regards étaient braqués sur Taka et son mac; le jeune brun à quatre pattes, les fesses à l'air et son tortionnaire.

Le premier coup tomba en un claquement sonore, son corps s'arquant sous la douleur cuisante du cuir clouté mordant sa peau. Taka serra les dents pour ne laisser filtrer aucun son, ses ongles griffèrent le bitume sale, s'y cassant. Il sentit ses yeux s'humidifier sous ses paupières closes et concentra tout ses efforts pour retenir ses larmes. Pas question de laisser voir sa souffrance ! Il devait tenir, ce n'était qu'un mauvais moment à passer.

A peine baissé, le bras d'Hidan se releva sans attendre. La ceinture fouetta le fessier pâle avec violence une nouvelle fois. Le rictus sur le visage du mac s'agrandit devant le silence de sa victime. Ce silence ne l'incitait que plus encore à agir avec une brutalité renouvelée, ce qu'il ne se priva pas de faire à la vue de la première large marque rouge qui fleurit sur la peau fine couleur de neige. Les coups avaient plu avec force, Hidan mettant du cœur à l'ouvrage.

Il abattit son bras toujours plus violemment avec un plaisir sadique. Une marque apparaissait après l'autre, mais ce n'était jamais assez. La cruauté du membre de l'Akatsuki n'avait pas de limite. Le cuir marquait l'épiderme laiteux de larges stries rouges qui viraient déjà au violet par endroits. Les clous métalliques qui ornaient la ceinture accentuaient la couleur carmine qui s'étendait sur les fesses du prostitué, mordant la peau fragile. Mais, ça ne l'arrêta pas, les meurtrissures continuant à fleurir les unes après les autres, les claquements sinistres continuant à résonner.

Hidan arma son bras et eut un rictus sadique en voyant des gouttes purpurines couler sur la peau lésée. Il aimait le sang, la peur et la douleur, et il y avait longtemps qu'il n'avait pas eu l'occasion de profiter de Taka. Il abaissa sa main d'un mouvement sec du poignet. Il savait exactement comment faire pour que ce soit le plus douloureux possible. Il n'avait qu'une hâte, briser le silence de sa proie. Il n'arrêterait pas avant d'avoir obtenu le son de sa voix.

Debout au coin de la rue, Naruto regardait, choqué, les agissements de ce type qui devait être le mac. Pourquoi s'en prenait-il ainsi à Taka ? N'était-il pas censé protéger ses prostitués ? Et pourquoi personne n'intervenait ? Les autres jeunes hommes alignés sur le trottoir continuaient leur parade à chaque nouvelle voiture qui passait, les conducteurs ne s'attardaient pas dans la rue, et le géant roux se tenait près des deux autres sans rien faire.

Il voulut aller porter secours à celui qui lui rappelait si douloureusement Sasuke mais le péripatéticien le plus proche de lui l'en dissuada d'un simple regard et d'un "Non" vigoureux de la tête, silencieux. La peur qui hantait les yeux du jeune homme était non feinte et il avait bien compris que s'il bougeait il ne ferait qu'empirer la situation de Taka. Pourtant, le voir ainsi, encaisser coup après coup était un spectacle insoutenable. Le type qui le battait n'aurait-il donc aucune pitié pour le jeune homme qui pourtant lui rapportait de l'argent ?

A quatre pattes sur le trottoir, Taka subissait son châtiment en silence, muselant les cris douloureux qui voulaient sortir de sa gorge. Putain, ça faisait mal ! Il sentait clairement le sang couler sur ses cuisses dénudées et il avait le cul en feu. Un coup encore plus brutal si c'était possible le projeta en avant, son corps se raidissant et commençant à trembler, montrant des signes de faiblesse. Il raffermit sa position, à quatre pattes sur le trottoir, mais Hidan dut noter qu'il fatiguait car le cinglement du cuir s'intensifia, le faisant grincer des dents, ses larmes silencieuses finissant par déborder de ses yeux. Même si un sifflement douloureux lui échappa, ce fut bien tout ce que lui extorqua sa punition.

Hidan sourit diaboliquement, il avait oublié à quel point Taka était dur à la tâche. Continuer à le battre ne servirait qu'à fendre plus encore la peau de plus en plus sanguinolente. Et un prostitué au cul abîmé serait moins appétissant pour les clients donc lui rapporterait moins. Il finit par abaisser définitivement son bras, déçu de ne pas avoir réussi à briser le jeune homme avec ça. Il perdait la main avec celui-là. En même temps, ça faisait combien de temps qu'il ne l'avait pas touché ? Taka travaillait bien et il l'avait sans doute un peu trop épargné jusque-là.

Le bruit caractéristique d'un cran de sécurité que l'on retire lui fit brutalement ouvrir les yeux, un frisson de panique courant sur son échine. La froideur, de ce qu'il devina sans mal être le canon d'une arme à feu, parcourut lentement le bas de ses reins avant de glisser entre ses fesses.

- Dis-moi Blanche-Neige... ça fait longtemps qu'on s'est pas amusés ensemble toi et moi...

La voix froide et cynique d'Hidan résonna à ses oreilles, lui rappelant par ces seuls mots les horreurs dont était capable l'homme derrière lui.

Le mac vit avec une satisfaction sadique le corps pâle de Taka se cambrer pour échapper au contact du métal de son revolver. Il passa le canon de son arme sur les fesses rougies et blessées, dessinant des arabesques abstraites avec le sang qui coulait en fines rigoles sur la peau pâle. Oui, il y avait longtemps qu'il n'avait pas joué avec Taka, c'était pourtant son trou préféré quand il était plus jeune. Il était plus que temps de se rappeler à son bon souvenir.

Taka serra les poings, essayant de contenir les tremblements de son corps et de cacher sa panique. Même si sa vie était merdique, il ne tenait pas à mourir ce soir, et surtout pas ainsi. Mais il savait pertinemment qu'Hidan était un sadique, il aimait trop faire souffrir pour lui accorder une mort rapide et douce. L'arme allait et venait lentement presque avec douceur sur son cul et le bas de son dos. Un glapissement, vite étouffé, lui échappa quand le canon de l'arme pénétra brusquement et en son entier dans son anus déjà éprouvé par ses clients précédents.

Hidan ricana en entendant la plainte de sa Blanche-Neige et enfonça plus profondément le pistolet dans l'intimité du jeune homme, jusqu'à ce que la crosse ne touche les fesses blessées. Lentement, il tourna l'arme dans un sens puis dans l'autre, appréciant de voir la peau fragile se distendre autour du canon argenté.

- Sois sage Blanche-Neige... mon chargeur est plein. Ce serait dommage de faire exploser ton si joli petit cul.

Taka déglutit, des gouttes de sueur dégoulinant le long de ses tempes. Il ferma fortement ses paupières. Non, il ne voulait pas mourir ce soir. Il s'obligea à rester coi, se mordant l'intérieur des joues, immobile, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes serrées alors que le froid du métal le pénétrait et entrait en lui toujours plus profondément, sans douceur. Ses fesses irradiaient de douleur et le bas de ses reins vibrait d'une façon si cuisante qu'il était certain de ne pas pouvoir s'asseoir demain, ni les jours suivants. Mais merde, il voulait les vivre ces jours suivants...

Hidan pénétra plus profondément le rectum du jeune homme avec son arme, se délectant des légers tremblements et tressaillements qui parcoururent le corps pâle. Tout doucement, il retira le canon jusqu'à le sortir complètement à l'air libre. Portant la tige métallique à son visage, il la lécha sur toute sa longueur.

- Mmh… Blanche-Neige… Toujours aussi savoureux...

A ces mots, il rengaina son revolver dans le fourreau de chair avec violence, faisant claquer la crosse contre la croupe blême.

Ses yeux hermétiquement clos ne voyaient plus ni le bitume sale du trottoir, ni le noir sous ses paupières. Il était un oiseau, un aigle majestueux volant en toute liberté dans un ciel bleu. Ce bleu si particulier qui l'emmenait si loin de son corps malmené et douloureux. Des hauteurs où il se trouvait, rien ne pouvait l'atteindre, ni la peur, ni la souffrance, ni la crasse des hommes qui ne le considéraient que comme un trou depuis dix ans maintenant. Il était libre, fier et en sécurité dans ce bleu là.

Se penchant sur le dos encore couvert de l'éternel gilet de costume sans manches, le mac alla mordre la nuque fine. L'absence totale de réaction du brun le renseigna sur le fait que celui-ci s'était évadé loin de son enveloppe charnelle. Hidan gronda furieusement. C'était pour cette raison que lui et ses acolytes l'avaient surnommé Taka, parce qu'il s'évadait dans son esprit, se coupant de toutes sensations physiques... tel un faucon fuyant le chasseur à ses trousses.

L'homme de l'Akatsuki sourit sadiquement et retira sans vergogne l'arme de l'intimité du prostitué. Il n'y avait qu'une seule façon de ramener Taka parmi eux : la violence. C'était pour ça qu'il était son préféré... il pouvait assouvir sur lui ses pires perversions. Rien ne l'excitait plus que de voir le visage absent se réveiller soudainement dans la souffrance la plus extrême. Plaquant d'un geste violent la tête brune sur le sol, il ouvrit sa braguette et encula sans plus de manière celui qu'il tenait à sa merci. Il allait très vite couper les ailes à l'oiseau et le ramener ici avec lui.

Un déchirement brûlant le fit brutalement tomber du ciel pour se retrouver en enfer, la gueule écrasée sur son bout de trottoir et le sexe d'Hidan lui labourant les entrailles. Un cri de souffrance lui échappa quand son mac lui donna un coup de boutoir particulièrement violent. L'homme était bien monté et savait exactement comment faire pour que la douleur soit la plus intense possible.

- Alors Blanche-Neige... de retour parmi nous ?

Le léger rire satisfait qui résonna derrière lui lui tordit l'estomac et lui fit serrer ses poings avec plus de force, ses phalanges s'écorchant sur l'asphalte et devenant blanches. Sa voix s'échappa une nouvelle fois de sa gorge, emplie de douleur. Hidan savait s'y prendre pour le faire crier, bien malgré lui. Il mordit férocement dans sa lèvre inférieure, le goût du sang emplissant sa bouche alors que son corps suivait et subissait les poussées virulentes de son tortionnaire.

- Mmmh... Aaah... Blanche-Neige... Tu as beau faire le trottoir tous les jours, tu es toujours aussi serré. Un vrai bonheur, ou un vrai miracle...

Les hanches larges et puissantes d'Hidan se rengoncèrent dans le conduit étroit, en appréciant les spasmes et la chaleur. Ses mains s'enfonçaient dans les flancs maigres et tendres, ses doigts agrippant la chair sans aménité. Il ne prit pas de gants et viola avec barbarie et sans aucune retenue l'intimité qui suinta bientôt des perles de sang.

Taka enfonça ses dents avec plus de force dans sa lèvre inférieure, ses quelques cris de douleur involontaires étouffés dans sa bouche fermement close de cette manière. Oui, il était au courant qu'il était étroit, c'était d'ailleurs pour cela qu'il souffrait autant alors que la verge dure et épaisse de son bourreau plongeait en lui encore et encore, la vive brûlure des frictions de pénétration aiguillonnant ses sens et les noyant de souffrance.

Des points blancs dansaient de plus en plus nombreux sur l'écran noir de ses paupières closes. Il fallait qu'il se détache de son corps, mais son calvaire était trop intense et le retenait irrémédiablement collé à son enveloppe physique. Des perles cristallines se précipitèrent sur ses joues, les sillons d'eau salée gonflant ses paupières et dévalant ses pommettes, tachant le trottoir sombre de petits ronds humides toujours plus nombreux.

Hidan baisait sa pute préférée sous les yeux de tous, grognant de temps en temps quand la pression sur son sexe se faisait trop forte et bien trop agréable. Il ne se préoccupait pas le moins du monde du corps qui l'accueillait, se bornant à prendre son pied tout en faisant le plus de mal possible à sa victime, labourant ses entrailles. Il éperonnait violemment l'antre humide et serré, collant et éloignant la taille étroite de son bas ventre avec des mouvements brusques et forcenés. Son plaisir enflait dans ses reins et grondait des ses veines, lui apportant une satisfaction intense à chaque fois que Taka laissait échapper une plainte savamment muselée.

S'ils avaient été dans un endroit un peu plus adapté, il se serait fait un plaisir de le faire hurler. Si ça n'avait tenu qu'à lui, jamais Taka n'aurait touché le trottoir, c'était le jouet le plus amusant qu'ils avaient eu. Mais Madara avait décidé qu'il était trop vieux, et comme les autres, il l'avait viré pour les ruelles, les clients et les membres eux-mêmes préférant des proies plus jeunes. Pourtant aucun de ceux qui avaient succédé à Taka n'avait valu le jeune homme, dur à briser et si délicieux et étroit de son propre avis.

Heureusement qu'il avait été attribué à son quartier, ça lui permettait de profiter de lui de temps en temps. La résistance dont le prostitué faisait preuve forçait le respect, et il adorait le tourmenter. Ça le divertissait toujours énormément de voir jusqu'où il pourrait tenir. Peu de leurs victimes résistaient aussi bien, la plupart suppliant dès que ça devenait un peu trop douloureux, se répandant en lamentations agaçantes et en suppliques larmoyantes dès que ça faisait un peu mal.

Il continua à ramoner le puits chaud, s'amusant des réactions du corps qu'il pliait à son bon vouloir, le torturant toujours plus par ses perforations brutales. Il sortait presque en entier de l'antre dans lequel il se rengainait à grands coups de reins, ramenant la taille mince contre lui avec férocité. Il exprimait sans vergogne tout son art consommé de cruauté. Savoir faire mal était une science qu'il maîtrisait à la perfection, et il savait que son baiser de Judas était difficilement supportable. Taka encaissait, alors qu'il le prenait comme un chien.

Douleur et souffrance à chaque aller-retour. Il suffoquait, son souffle se bloquant dans sa gorge qui se contractait sous le trop plein de sensations déchirantes qui le crucifiaient. Et Hidan ne semblait pas se lasser de le baiser, et pour son plus grand malheur, le membre de l'Akatsuki faisait partie des plus endurants question montée de plaisir et jouissance. Cette punition là, il la sentait passer, et bien. Il s'accrocha malgré tout. Il fallait qu'il tienne, s'agrippant de toutes ses forces à cette pensée.

Hidan se lassa finalement. L'impassibilité latente de Taka était amusante et le faire souffrir encore et encore divertissant, mais il était temps de passer à autre chose, quelque chose d'encore plus avilissant, d'encore plus amusant. Il voulait voir la peur hanter les yeux noirs de son petit préféré. C'était tellement délectable. Il poussa encore un peu son sexe dans l'intimité souillée avant de l'abandonner définitivement, donnant une grande gifle à ce fessier si tentant.

- Ah !

Taka sursauta sous l'effusion de douleur qui le traversa, le prenant au dépourvu. Les marques cuisantes sur l'une de ses fesses se ravivèrent sous la large paume qui le percuta si énergiquement. Le cri de pure souffrance et de surprise qu'il lâcha lui fit ouvrir la bouche, relâchant sa lèvre qu'il avait transpercé de ses dents.

- Tourne-toi.

Taka prit le temps de retrouver un peu contenance avant d'exécuter l'ordre impérieux, prenant le risque d'une nouvelle tape sur ses fesses qui, heureusement pour lui, ne vint pas. Lentement, il se traîna sur ses mains et ses genoux et opéra un demi-tour sur lui même. Il savait qu'il n'avait pas intérêt à se remettre debout s'il ne voulait pas risquer un châtiment encore plus difficile, châtiment qu'il n'était pas sûr de pouvoir supporter.

Hidan observa avec un plaisir satisfait et vicieux le jeune homme s'exécuter. Il l'attrapa par les cheveux et le rapprocha de lui, levant son visage vers lui. Les orbes sombres semblèrent le défier malgré tout ce qu'il lui avait déjà fait endurer. Ah, Taka... Qu'il aimait le voir si rebelle et décidé. Il reprit lentement en main son arme qu'il avait glissé dans le creux de ses reins tout le temps qu'il l'avait pris avec sauvagerie.

- Tu es vraiment un mets de choix, Blanche-Neige. Quel dommage que tu aies grandi. Mais tu vois, moi je ne t'oublie pas. Allez, on va faire un petit jeu tous les deux. Tu vas voir, ça va être amusant.

Les yeux de Taka s'agrandirent, ne quittant pas du regard le pistolet menaçant dans la main de son tortionnaire qui s'approcha dangereusement de son visage.

- Ne fais pas cette tête. On va bien se marrer, surtout moi en fait.

Le canon de l'arme frôla sa lèvre inférieure gonflée et sanguinolente, étalant un peu de sang sur son menton avant de s'écarter.

- On va jouer à la roulette russe. J'adore ce jeu.

Le rire mesquin et grave de son mac glaça le sang de Taka. Il ne goûtait pas du tout la plaisanterie lui, mais visiblement il était le seul. Devant ses yeux démesurés, Hidan fit glisser le chargeur de son flingue et en fit sauter les balles qu'il contenait une par une. Les petits obus ricochèrent sur le trottoir alors que la peur viscérale de mourir apparaissait peu à peu sur les traits du jeune homme toujours à quatre pattes.

Hidan glissa une balle qu'il tira de la poche intérieure de la veste qu'il portait dans le barillet avant de le remettre en place en le faisant tourner avec un cliquetis métallique peu engageant. Il vérifia qu'aucun projectile n'était engagé dans la chambre de l'engin porteur de mort et le réarma avec un sourire féroce.

- Alors Blanche-Neige, vas-tu mourir ce soir ? C'est une belle soirée pour mourir. Tu ne trouves pas ? Une occasion comme une autre d'abréger ta vie misérable.

Le rire du membre de l'organisation mafieuse résonna une nouvelle fois dans la nuit. Le bout du pistolet vint s'appuyer contre sa tempe, l'effroi étreignant tout son être. Non ! Non ! Lui n'avait pas décidé de mourir ce soir, même si sa vie était effectivement dure et misérable, même si elle ne valait rien. Il y tenait à sa chienne d'existence. Il devait écrire son putain de bouquin sur les pratiques sexuelles les plus bizarres !

- Suce-moi.

Taka ferma les yeux et déglutit avant de tendre son cou vers son tortionnaire. Il se lécha rapidement les lèvres avant de les ouvrir peu à peu autour des chairs turgescentes encore enduites de son propre sang tout droit sorti de son arrière train. La situation était cauchemardesque. A quel moment Hidan appuierait-il sur la détente ? Et s'il le faisait est-ce que l'unique balle dans le chargeur de l'arme serait là, le tuant sur le coup ?

Il voyait déjà son cerveau éclaboussant le macadam. A bout portant, il n'avait aucune chance de survivre. Finalement, peut-être qu'il ne finirait pas la gueule dans le caniveau, peut être que sa vie s'achèverait ce soir... Le sexe épais glissa dans sa bouche et Hidan empoigna ses cheveux l'obligeant à l'accueillir jusqu'au fond de sa gorge. Il recula sa tête petit à petit, le phallus imposant, plissé et veiné, glissant sur sa langue.

Hidan grogna avec concupiscence. Son regard fixé sur le visage aux traits délicats. Oh oui, cette fois, il l'avait vue cette lueur de peur, envahir les deux lacs noirs puis descendre hanter toute la figure gracile de sa victime. Cette expression avait été un vrai nectar. Faire réagir Taka, le pousser jusque dans ses derniers retranchement était un délice incommensurable. Son sexe disparut dans la cavité chaude et humide, râpant agréablement sur la langue qu'il savait douée.

- Hmmm... Oui, c'est ça Blanche-Neige. Suce-moi et suce-moi bien. C'est peut-être la dernière fellation que tu feras sur cette terre. Qui sait, tu pourras peut-être tenter de négocier ton entrée au Paradis grâce à ce genre de talents quand tu verras Saint Pierre.

Le ventre de Taka se tordit d'angoisse, la pression froide de l'arme si prégnante sur sa tempe qu'il ne pouvait l'occulter. Il douta fortement que celui qui détenait les clefs du Paradis serait sensible à son charme au point de lui extorquer une petite gâterie contre sa place dans les nuages. Et tant qu'à faire il préférait le bleu du ciel au blanc cotonneux des nuages.

D'une main ferme, le mac imposa un rythme soutenu au jeune homme, lui baisant la bouche sans la moindre compassion. C'était délicieux, dire qu'il avait failli oublier à quel point ce gamin était doué. Pas étonnant qu'il fasse partie de ses putes les plus rentables. Il sentit monter en lui les prémices de la jouissance. Ses doigts se crispèrent un peu plus sur la gâchette de l'arme appuyée sur la tête du prostitué.

Taka déglutit tant bien que mal, retenant son envie de vomir à chaque fois que le sexe imposant tapait sa glotte. Il n'arrivait pas à occulter la pression du canon métallique sur son crâne, incapable d'oublier que sa vie était suspendue à cet index posé sur le petit bout d'acier déclencheur de tir. Les doigts d'Hidan lui arrachaient presque les cheveux à chaque mouvement tant ils étaient crispés dans sa chevelure.

Lentement le patron de la rue fit glisser son revolver sur la joue pâle, retraçant le chemin d'une larme, jusqu'à la commissure des lèvres largement étirées autour de sa bite. Il se déhancha plus brutalement encore dans la cavité humide qui l'accueillait, son excitation augmentant d'un cran en voyant un filet de salive sanguinolent couler sur le menton blême. Vraiment, il devrait profiter plus souvent de son prostitué.

Fermant fortement les yeux pour ne pas voir le pubis poilu sur lequel son nez s'écrasait régulièrement Taka laissa celui qui avait droit de vie ou de mort sur sa personne abuser de sa bouche comme il l'entendait. De toute façon, il n'était bon qu'à ça n'est-ce pas ? Depuis dix ans, c'était la seule chose qu'il savait faire, la seule chose qu'il avait appris. Ne pas s'étouffer, ne pas vomir, ne pas mordre, n'être rien d'autre qu'un vide-couille...

- Hmmm... Blanche-Neige... Est-ce ton jour de chance ?

Hidan sentit son orgasme prendre de plus en plus d'ampleur. Ses gestes se firent plus violents, plus rapides, plus secs. Ses yeux mauves ne quittaient pas le visage trempé de larmes, de salive rougeoyante, et bleuis par endroit. Une aussi jolie gueule, quel dommage de l'abîmer !

- Oh putain ! Tu es toujours aussi doué...

Oui, merci il savait qu'il était doué. ça faisait dix ans qu'il faisait ce métier donc c'était normal qu'il soit un minimum doué non ? C'était son gagne-pain quotidien après tout... Et il aimerait bien continuer, même si certes, ce n'était pas très reluisant comme boulot. L'angoisse lui noua la gorge, le canon de l'arme rentrant dans sa joue, l'obligeant à ouvrir plus encore sa mâchoire déjà largement écartelée autour de la virilité épaisse.

Hidan observa Taka à quatre pattes devant lui pendant qui lui enfonçait sa jolie petite gueule dans son pantalon, son sexe entrant et sortant de ces lèvres fines et maculées de sang. Sa poigne se resserra sur les courtes mèches brunes, forçant toujours plus brutalement cette bouche si impassible la plupart du temps. Ah, faire réagir Taka, voir la peur hanter les yeux noirs qui croisaient de temps en temps les siens. Vraiment, ça avait du bon. Ses hanches poussèrent en avant et en arrière avec violence au fil de sa jouissance qui montait et montait à l'assaut de ses reins.

Le sexe qui le vilipendait s'enfonça encore plus profondément dans sa gorge, l'obligeant à se concentrer pour contrer le réflexe nauséeux naturel. La main brutale qui lui tirait les cheveux plaqua son visage sur le bas ventre poilu de son mac, le faisant chanceler sur ses genoux qui râpèrent le bitume du trottoir. Un râle retentit au dessus de lui, et le corps du membre de l'organisation se raidit. La semence visqueuse se déversa en longs jets acres au fond de sa bouche.

Mais Taka ne prêta aucune attention à tout ça. Il ferma les yeux avec force, le pistolet revenu sur sa tempe se pressa contre sa peau. Est-ce que toute sa vie avait défilé devant ses yeux ? Non, son esprit était juste resté vide, immensément vide, la peur formant une boule dans son estomac. Il était figé comme une statue de glace, l'anticipation de voir son cerveau se répandre sur le trottoir, et tout se finir ainsi, à cet instant. Hidan pressa la gâchette, son sperme remplissant la bouche de Taka qui ne pensa même pas à avaler tant le bruit métallique du déclencheur le glaça.

L'homme aux cheveux gris jouit violemment, pressant la tête brune contre son aine avec force et appuya sur la gâchette. Le "clic" qui retentit le fit éclater d'un rire sadique alors qu'il maintenait le jeune homme à ses pieds plaqué contre lui, donnant quelques derniers coups de reins pour drainer son orgasme. Une fois sa jouissance consommée, il repoussa sans ménagement sa victime, riant encore plus quand celui-ci tomba lourdement sur le sol les quatre fers en l'air, un sifflement douloureux lui échappant quand ses fesses blessées rencontrèrent le bitume.

- En ben voilà ! Il semblerait que ce soit ton jour de chance finalement. Hein, Blanche-Neige !

Taka s'empêcha tant bien que mal de s'exploser le crâne sur son bout de trottoir. Son jour de chance ? Quelle blague ! Entre son client qui l'avait tabassé et la visite surprise d'Hidan, il était vraiment verni ce soir. Le bruit d'une braguette qui se refermait le renseigna sur le fait que visiblement c'était fini pour ce soir. Son menton fut soudain saisi par une poigne brutale, l'obligeant à regarder son agresseur penché sur lui.

- Allez Blanche-Neige, retourne au turbin. Et démerde-toi comme tu veux, mais pas question que tu me fasses perdre du fric. Alors va agiter ton joli petit cul devant toutes les bites qui passent !

Les yeux mauves étaient si durs quand ils plongèrent dans son regard que Taka en oublia d'avaler sa salive et accessoirement une partie du sperme qu'il avait encore dans la bouche. La substance visqueuse coula à la commissure de ses lèvres jusque sur son menton alors que les doigts de son mac s'enfonçaient dans ses joues sans la moindre aménité.

- Quand je passerai tout à l'heure, tu as intérêt à avoir remonté le niveau. Il se pourrait bien que je ne sois pas aussi magnanime, et la chance cette fois ne sera pas de mise. Une balle dans ton joli petit crâne, et ce sera la fin du conte de fée.

Hidan relâcha la figure souillée, rejetant Taka en arrière, satisfait de l'expression sur le visage exsangue. Puis il tourna les talons et se dirigea vers sa voiture, non sans lâcher quelques réflexions désobligeantes aux autres jeunes hommes qui croisèrent sa route.

Péniblement Taka se releva, s'appuyant contre le mur pour réussir à tenir debout. Tout son corps le faisait souffrir, et remonter son pantalon sur ses hanches fut une épreuve douloureuse. Un gargouillis immonde tordit ses entrailles alors qu'il se vidait l'estomac sur le trottoir. Aucun de ses charmants collègues ne fit de remarque cette fois, certains même osaient le regarder avec pitié. N'ayant plus la force de les envoyer paître, il se traîna piteusement jusqu'à la ruelle sombre où il emmenait ses clients. Remonter le niveau ? Dans son état, ça n'allait pas être simple. Il avait mal au cul, mal aux genoux et mal à la mâchoire, et il était dans un sale état, bref tout ce qu'il fallait pour plaire au client.

Là, maintenant, tout de suite, il avait besoin d'un fix. Avec difficulté, il réussit à ôter sa botte pour prendre son matériel, serrant les dents sous les protestations de son corps meurtri. S'adossant au mur, il ouvrit le petit sachet contenant sa précieuse poudre blanche. Ses mains tremblaient tellement qu'il dut s'y reprendre à plusieurs fois pour y arriver. Il inspira profondément, essayant de contenir les mouvements incontrôlés de ses doigts, puis se prépara son aller direct pour les étoiles. Il en avait tellement besoin...

Un reniflement sonore, un coup de langue et il se sentit beaucoup mieux. Pas au point de danser la gigue, mais suffisamment pour se laisser glisser le long du mur et s'accroupir au sol, attrapant sa bouteille de rhum bon marché au passage. D'une longue rasade, il se rinça la bouche, la brûlure de l'alcool ôtant l'amertume du sperme et du sang qui stagnaient sur sa langue.

Accroupi contre le mur, les bras mollement posés sur ses genoux, sa bouteille de gnôle dans une main, son sachet de poudre dans l'autre, Taka fixa le sol entre ses pieds sans vraiment le voir. Jour de chance, hein ? Bordel, pour que ses collègues en arrivent à ne pas se foutre de sa gueule c'était qu'il devait être salement amoché quand même ! Et c'était vrai qu'il avait sacrément mal au cul. Un ricanement amer lui échappa à cette pensée. Hidan ne faisait jamais les choses à moitié, et vu son état il y avait de fortes chances pour qu'il crève au petit matin. Finalement, il ne l'écrirai jamais son livre. Dommage, il était sûr que ça aurait été un best-seller.

To be continued...


Commentaire des auteures :

Taka souffre... mais c'est la dure réalité de la rue. On est désolée si ça vous choque (mais on avait prévenu !). Naruto serait-il vraiment la bonne étoile de Taka ? Ou lui porterait-il plutôt la poisse ?


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Taka fixe les deux auteures et râle.

- Putain, c'est ma fête là ! Vous pourriez pas changer un peu et écrire une fic où le pire truc qui m'arrive c'est de me casser un ongle ?

Les deux demoiselles, un brin sadique, secouent négativement la tête.

Naru râle aussi.

- Et moi je vois et je fais rien ! Comme si c'était mon genre !

- Oh toi, tais-toi ! Tu as vu la vie de rêve qu'elles t'ont pondue ? proteste Taka.

Les deux garçons commencent à se disputer violemment.

Assis dans un canapé Sasu et Ita regardent la scène en silence. Puis Sasu se penche vers Ita et demande :

- Tu crois qu'elles nous ont oubliés ?

- J'espère. Mais chut ! J'ai trop peur de ce qu'elles pourraient nous faire si on l'ouvre sur ce coup, répond Ita.

Les deux auteures le fixent alors sans mot dire, un sourire sadique sur les lèvres.

- Trop tard... je crois qu'elles ont déjà plein d'idées pour nous !

- Gloups...

Se tournant vers les lecteurs, Sasu dit :

- Une petite review pour nous sauver ? On peut encore être sauvés ! Alors reviewez !


Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 4 : Qu'est-ce que tu me veux...