Avertissement : Là encore quelques scènes hautes en couleurs. Comme vous commencez à le savoir, elles sont signalées par le premier et le dernier mot en gras.
Bonne lecture !
Yzan et Lili.
~ 4 : Qu'est-ce que tu me veux… ~
Naruto avait envie de vomir. Il n'avait rien raté de la scène, et le comportement de ce type lui retournait les entrailles. Comment pouvait-on traiter un être humain de cette façon ? L'abaisser au rang d'objet, et même pire. Où étaient les soi-disant bonnes œuvres dont il entendait tant parler ? Et que faisait la police ? Ne devrait-elle pas empêcher ce genre d'abus ? Et tous ces pervers qui continuaient de passer dans la rue, de suivre les putes dans les ruelles, et parfois même s'arrêtaient pour regarder le spectacle... Il avait envie de vomir.
Depuis le début, il se retenait à grand peine de se jeter sur le mac pour lui refaire le portrait. Et quand celui-ci avait sorti son flingue, il avait prié tout les Dieux qu'il connaissait pour que quelqu'un intervienne, ou n'importe quoi d'autre pourvu que le calvaire du brun se termine. Ses poings étaient si serrés qu'il sentait ses ongles s'enfoncer douloureusement dans ses paumes. Il suivit des yeux cet ersatz d'homme quand il quitta la rue, l'envie dévorante de lui faire bouffer ses dents chevillée au corps.
Une fois sûr que l'homme aux cheveux gris était bel et bien parti, Naruto jeta un œil vers Taka qui se relevait péniblement. Il le vit s'engouffrer dans la ruelle sombre où il emmenait ses clients et hésita un instant à le rejoindre. Pourquoi ne pouvait-il pas simplement passer son chemin ? Pourquoi s'inquiétait-il du sort du prostitué ? Pourquoi était-il revenu en premier lieu ? D'une main lasse, il ébouriffa ses mèches blondes. Il devenait fou, n'est-ce pas ?
Le ballet des voitures se poursuivait dans la rue, les jeunes putes postés sur le trottoir vendaient leurs charmes comme si de rien n'était. A quelques mètres de là, les badauds allaient et venaient, indifférents à la misère tapie dans l'ombre. Le géant roux qui avait accompagné le mac reparut et fut immédiatement alpagué par l'un des prostitués qui rencontrait quelques difficultés avec son client.
Naruto ne quittait pas l'entrée de la venelle des yeux, attendant de voir Taka en sortir, espérant que celui-ci n'était pas mort. Mais rien ne venait. Il fit un pas en direction du bout de trottoir vide, hésitant encore un peu sur ce qu'il devait faire ou pas. Une voiture se gara juste devant la place attitrée de Taka, la portière s'ouvrit et un homme entre deux âges et de carrure massive en descendit.
- Il est où Taka ?
La voix grave de l'homme qui venait de s'adresser au prostitué le plus proche fit enrager Naruto qui se mit à courir. Non ! Pas question que ce type touche à un seul cheveux de Taka ! Pas alors qu'il venait d'être battu et violé ! Il ne laisserait plus personne lui faire du mal ! Il atteignit la venelle au moment où le voisin de trottoir du brun la pointait du doigt.
Dans l'obscurité de la ruelle, Naruto vit une forme avachie contre un mur et se précipita vers elle. La tête brune ne se releva même pas vers lui quand il s'arrêta juste devant elle. Ses yeux tombèrent sur la bouteille à moitié vide que serrait mollement une main pâle.
- Tu vas bien ?
Naruto se serait giflé de n'avoir rien trouvé de mieux à dire. Il était évident que le jeune homme en face de lui n'allait pas bien.
La question fit naître un ricanement douloureux chez Taka. Sérieux, c'était qui ce guignol ? La réponse ne sautait-elle pas aux yeux ? Levant la tête, il croisa le regard soucieux posé sur lui. Il lui fallut quelques secondes pour identifier le beau blond bizarre qui squattait depuis la veille le trottoir en face du sien.
- La grande forme. Pourquoi ? T'es intéressé tout à coup ? lança t-il d'un ton cynique et pâteux.
Le blond secoua négativement la tête et s'accroupit, se mettant ainsi à sa hauteur. Une main douce écarta l'une de ses mèches de cheveux, la ramenant derrière son oreille. Un sourire presque tendre s'étendit sur le visage, marqué de trois cicatrices parallèles sur chaque joue, quand celle-ci reprit immédiatement sa place.
- Combien il te manque ?
Taka leva un sourcil interrogateur. C'était quoi cette question ? Il voulait quoi au juste ce type ?
- En quoi ça te regarde ? cracha-t-il hargneux.
Nerveusement, il fouilla sa botte pour en sortir son paquet de clope. Il avait besoin de nicotine. Portant la tige de tabac à sa bouche, il batailla avec son briquet pour l'allumer, ses mains tremblantes ne l'aidant nullement dans la manœuvre. Qu'est-ce qu'il avait ce foutu feu ? Lui aussi avait décidé de l'emmerder cette nuit ?
Des doigts bronzés se refermèrent sur les siens, lui prenant son briquet récalcitrant. Il allait protester contre ce vol manifeste de son bien quand la flamme orange et bleue jaillit. Se penchant, il alluma sa cigarette et récupéra son feu en marmonnant un vague "merci". Il inspira une profonde bouffée de nicotine et recracha la fumée à la figure du blond toujours devant lui. Le soupir que poussa le jeune homme le fit tiquer. S'il n'était pas content, rien ne l'obligeait à rester là. Surtout pas lui, hein !
- Alors ?
- Alors quoi... grinça Taka en appuyant son bras sur son genoux, sa cigarette se consumant lentement entre ses doigts.
Les orbes sombres du jeune prostitué rencontrèrent deux billes azur, et Taka se perdit un instant dans ce ciel d'été. Pourtant, il n'était pas un aigle à l'heure actuelle, juste un laissé pour compte, un moins que rien oublié par la vie, la chance et le bonheur, dans cette ruelle, le nez dans son caniveau, les veines pleines de poudre, l'estomac rempli d'alcool et de sperme, et le cul en feu.
- Combien il te manque ? répéta le blond d'un ton ferme et décidé.
Taka fit rapidement le compte malgré la drogue et l'alcool qui rendaient son esprit cotonneux, sans parler du reste. Il tira sur sa cigarette.
- Beaucoup trop pour toi... et comme tu vois, de toute façon, je suis pas vraiment en état de te faire quoi que ce soit.
Leurs regards se croisèrent une nouvelle fois à travers les volutes de fumée blanche, aucun d'eux ne bougea, accroupis l'un en face de l'autre, comme les deux faces d'une même pièce qui se rencontraient pour la première fois. Si différents. L'un gâté par la vie, né du bon côté de la barrière, gavé par le soleil et la richesse, l'autre beaucoup moins, né du côté des caniveaux et des ruelles sombres, couvert de sperme et de crasse.
Naruto soupira et sortit son portefeuille de la poche arrière de son jean. Taka, à l'heure actuelle, avait vraiment une sale tête. Ses cheveux étaient en bataille, la peau de son visage marquée de bleus et de contusions, des traces noires et d'autres plus indéfinissables sur ses joues et son menton. Il avait eu plus que son compte pour la nuit, c'était certain. Ses grands yeux noirs dilatés et presque exorbités, vides, étaient là pour le prouver.
Le blond ouvrit son portefeuille, attirant plus ou moins l'attention du fumeur, et en sortit une liasse de billets, comme ça, comme par magie. Ce n'était pas des petites coupures, non, c'était des grosses, le papier monnaie fraîchement sorti du distributeur crissant sous les doigts bronzés. Le blond était un nanti, un vrai; mais c'était si naturel pour lui. Naruto calcula de tête, se souvenant des prix que le brun lui avait annoncé la première fois qu'ils s'étaient parlés. Pour lui, de toute manière, ça ne faisait pas grande différence.
Pour Taka, en revanche, il y en avait une et de taille. Cela conditionnerait s'il serait encore de ce monde quand le jour se lèverait, après le passage du mac aux pratiques violentes. Alors Naruto estima le nombre de clients qu'il manquait encore et prit une marge plus que suffisante. Il plia les billets en deux entre ses phalanges, sous l'œil ahuri de celui qui vendait son corps. Ça faisait une toute petite liasse, normal, c'était des grosses coupures, et toutes propres en plus, pas même froissées. Si Taka avait pu, il les aurait encadrées.
- Tiens. Je pense qu'avec ça tu devrais avoir assez.
L'étrange blond tendit à Taka l'équivalent d'une très grosse moitié de nuit. Avec ce qu'il avait déjà, ça satisferait largement Hidan, et de loin. Le brun hésita un instant à prendre l'argent qui lui était tendu avec tant désinvolture et légèreté. L'autre ne devait même pas avoir conscience du nombre de pipes ni de ramonages de son cul que ça représentait. Lui par contre, le savait parfaitement.
Taka saisit prestement la liasse après une nouvelle seconde d'hésitation et la glissa dans sa botte sans même recompter. Il n'en avait pas besoin. Ses yeux noirs se firent incisifs et se posèrent sur le visage tanné marqué par ces étranges cicatrices qui généraient en lui toujours ce sentiment étrange qu'il ne savait pas expliquer.
- Et tu veux quoi en échange ? Parce que là, tu vois... Si c'est le grand chelem, tu vas être plutôt déçu... J'écarterais bien les cuisses jusqu'à ce que tu sois satisfait mais...
- Tais-toi. J'en ai assez vu et assez entendu pour ce soir...
Le ton de voix qui le coupa était triste, presque empreint de pitié. Si les anges étaient descendus sur cette terre, ça se saurait. Et Taka doutait qu'ils viennent s'égarer dans cette rue misérable, encore moins à le regarder pendant des heures de l'autre côté de la rue.
- Rentre chez toi, repose-toi et soigne-toi. Ne prends pas d'autres clients après moi. C'est tout ce que je te demande en échange.
Si Taka l'avait pu, il aurait hurlé de rire. Ce type venait en gros de lui payer ses premières heures de chômage ou de congé, il n'était pas vraiment sûr pour le coup, les premières depuis dix ans.
- … T'es sérieux ?
- Ouais... On ne peut plus sérieux.
- … Tu... veux rien en échange ? … vraiment rien ?
- Rien à part ce que je t'ai dit. Fais-le. Tu en as besoin.
Les orbes sombres, écarquillés puis méfiants, observèrent le visage qui leur faisait face avec la plus grande attention. Mais rien... Pas de trace de moquerie, ni de tromperie, aucun air mauvais, ni calculateur, rien, juste une mine attristée et inquiète. Les yeux bleus contemplèrent à leur tour son visage, comme s'ils étaient à la recherche de quelque chose, plongeant dans son propre regard, fatigué que le destin, ce soir, lui joue sans cesse des tours à répétition. Le blond ne sembla pas trouver ce qu'il cherchait en Taka et soupira tout en se levant.
- Pas d'autres clients ce soir, promets-le moi...
- Tu te fous de moi ? Regarde-moi, t'es aveugle ou quoi. Même si je voulais, je pourrais pas.
- Pfff... promets-le moi quand même, juste au cas où.
Son bienfaiteur tendit une main vers lui où tous ses doigts étaient repliés à part l'index et le majeur. Sans vraiment réfléchir, Taka leva son bras et deux phalanges identiques pâles et plus fines croisèrent les premières tannées par le soleil, s'y agrippant brièvement.
- Tch... Voilà... content ?
- Si tu es encore en vie demain, oui.
Naruto enfonça ses mains dans ses poches après avoir rangé son portefeuille. Il observa Taka tirer une autre latte sur sa cigarette et fut quelque part rassuré.
- Bonne nuit Taka, soigne-toi bien, ajouta t-il.
Puis il tourna les talons et quitta la venelle, marchant sur le trottoir qui avait vu le jeune homme souffrir et frôler la mort, poursuivant sa route à travers les prostitués dont certains qui étaient libres firent la roue devant lui, comme des paons enfarinés mais maigrelets.
Naruto quitta ce coin de misère humaine, où les macs faisaient durement la loi sur les pauvres ères, un peu soulagé. Il était pressé de rentrer chez lui, dans le confort de son appartement, de retrouver son chien et la réalité de sa vie. Sasuke n'était pas ici. Il poursuivait une ombre qui n'existait plus depuis longtemps, même si ce jeune homme avait imité son geste sans réfléchir, comme les promesses et les paris qu'ils liaient autrefois, son meilleur ami et lui. Ce n'était pas Sasuke, ça ne le serait jamais... C'était juste un mirage en plein désert que ses yeux s'obstinaient à fixer et ses mains à saisir alors qu'il n'y avait rien, juste un écran de fumée.
Taka observa longuement sa main et ses doigts. Il venait de se faire payer une véritable fortune juste pour promettre quelque chose que, de toute manière, il était bien incapable de faire.
- Crétin...
Ce type était un idiot. Il se prenait pour qui avec ses airs de bon samaritain ? Il lui avait fait quoi là exactement ? C'était quoi ça ? de la pitié ? de la compassion ? Et comment il pouvait croire qu'il passerait une "bonne nuit" après tout ce qu'il venait de subir... Ses premières heures de chômage ou de congé payées, comme n'importe quel fonctionnaire ou salarié, comme l'un de ces types qui le baisaient...
Quelques notes d'un rire désabusé résonnèrent dans le silence de la venelle envahie d'ombre. Les heures passèrent, les voitures et les clients défilèrent, mais Taka resta assis au même endroit, le regard perdu dans ce décor qui était le sien et auquel il n'échapperait jamais, pas même avec tous les meilleurs bons samaritains du monde. Personne ne se défaisait de l'Akatsuki; vous lui apparteniez, vous ne la quittiez que les pieds devant.
Quand l'organisation vous tombait dessus, c'était comme la gangrène, il était impossible de s'en défaire, et ce n'était pas un peu de générosité donnée par un mec choqué par ce à quoi il avait assisté qui allait changer ça. Il cracha par terre. Pitié, espoir, chance, bonheur, compassion, richesse, liberté,... autant de choses auxquelles il n'aurait jamais droit. Il ne faisait pas bon rêver quand on était un prostitué.
Il se moqua avec cynisme de lui-même et du blond quand il toucha les billets fraîchement empochés et les mêla à sa cagnotte, pour les replacer ensuite bien au chaud dans sa botte. Avec un château à défendre et un dragon à vaincre, on se serait presque cru dans un conte de fées. Mais il n'était pas Cendrillon, il en était plutôt loin même; et Hidan ne se transformerait pas en citrouille au petit matin. Et l'autre con avait beau l'appeler Blanche-Neige, ça ne changeait rien. Il fuma jusqu'à sa dernière clope, toujours aussi incrédule de sa bonne fortune, la première depuis des lustres. Une somme astronomique en échange d'une promesse... Un client qui le payait pour finalement ne rien faire...
Il était en train de boire quand Hidan passa, signifiant la fin de la nuit. Quand l'homme s'arrêta sur sa portion de trottoir, Taka ne put retenir un frisson qui le fit grimacer de douleur. Le mac recompta deux fois ce qu'il lui tendait, surpris lui aussi par les gros billets tout frais. Mais il ne fit aucune remarque, se contentant de lui tapoter la joue avec rudesse, chaque petite claque donnée pour faire un peu mal.
- Ça, c'est ma Blanche-Neige. Je ne sais pas comment tu as fait, mais tu viens de remonter dans mon estime. Je devrais te punir plus souvent.
Taka grinça des dents, lui au contraire préférerait qu'Hidan oublie jusqu'à son existence. Il n'avait aucune envie de renouveler l'expérience, ou en tout cas le plus tard possible.
- Je te pardonne. Tâche de bien faire ton boulot. Il ne faudrait pas que ton si joli petit cul s'engraisse. Y a pas à dire, une bonne raclée de temps en temps, rien de tel comme motivation, hein Blanche-Neige ?
Le mac empocha son dû avec un rire moqueur et poursuivit son ramassage avant de partir. Taka en aurait presque soufflé de soulagement. Quand il grimpa sur la moto de Jûgo, il siffla douloureusement. Le sentinelle n'osa pas le regarder, ni même lui demander si ça allait. Il le déposa chez lui en silence, la culpabilité tordant ses traits. Taka le salua d'un geste vague de la main, pressé de retrouver son matelas miteux. Suigetsu et Karin poussèrent des cris d'orfraie à sa tronche tabassée; mais il les fit taire, se couchant directement avec des gestes lents et leur tournant le dos sans un mot.
Ce matin-là, les éclats de leurs disputes n'accompagnèrent pas son sommeil. Ses deux colocataires ne pipèrent mot; Karin se contentant d'essuyer ses lunettes, Suigetsu veillant sur le brun jusqu'à ce qu'il s'endorme, nettoyant sa figure avec un linge humide que Taka ne sentit même pas. Ce fut sur un étrange visage aux yeux si bleus qu'il s'endormit, rompu, son corps si fourbu qu'il ne sentait plus rien, pas même la douleur.
~oOo~
Taka siffla entre ses dents et reprit sa litanie, laissant quelques expressions soi-disant chaudes filtrer de ses lèvres de temps en temps, ses mains appuyées sur le mur de briquettes rouges sales, la bite de son client enfoncée entre ses fesses. Il serra ses mâchoires quand le type en question donna une violente tape sur son derrière qui devait ressembler à un champ de bataille.
- T'aimes ça hein !
Non, pas vraiment non, mais c'était pas comme s'il avait le choix. C'était le troisième de la soirée qui le baisait et qui, à la vue de son postérieur, ne pouvait s'empêcher d'y donner quelques claques, comme pour vérifier si ça lui faisait bien mal. Bande de porcs sadiques... Ils croyaient quoi ? Que c'était juste du maquillage pour faire joli ? Le sexe recouvert de latex plongea plus profondément en lui, irritant ses parois pas tout à fait remises de ce qu'il avait subi la veille au soir.
Heureusement pour lui, le type avait tout de même eu la décence de cracher dans sa main et de recouvrir le préservatif de salive avant de le prendre debout contre le mur. Tu parlais d'un cadeau, mais au moins il ne souffrait pas trop. La queue du gars était bien trop petite pour qu'il la sente vraiment. C'était juste cette satanée irritation qui ne semblait pas vouloir passer. Les coups de reins prirent de l'ampleur et s'accélérèrent. Ah, il n'allait pas tarder à en voir la fin de celui-là, songea Taka pragmatique.
Son réveil avait été plus que douloureux, son corps mâché par les événements de la nuit d'avant. Suigetsu et Karin avaient tenté de faire comme si de rien n'était, se forçant à agir comme d'habitude. Mais il avait bien vu leurs regards en coin sur lui, et la petite glace miteuse qu'ils utilisaient lui avait bien confirmé qu'il avait une tête à faire peur avec ses bleus et ses contusions sur la gueule. Il avait passé la journée couché sur le flanc, à fumer et à sniffer sa poudre, pas vraiment capable de bouger sans douleur.
C'était Suigetsu qui avait été faire les courses, et qui avait même été revendre la camelote qu'il avait subtilisée à certains de ses clients de la veille. Karin lui avait silencieusement tendu un tube de fond de teint bon marché, sans rien dire, quand il s'était définitivement levé pour retrouver son bout de trottoir. Les jours d'arrêt maladie, ça n'existait pas dans ce métier, et c'était bien dommage. Il en aurait bien posé un ou deux.
Jûgo s'était excusé de ne pas avoir pu intervenir quand il était passé le prendre avec sa moto. Taka avait vaguement balayé son blabla d'un geste de la main, rassurant le géant.
- T'inquiète... c'est pas grave. T'y es pour rien, avait-il lâché en enfourchant précautionneusement l'engin de l'armoire à glace.
Jûgo s'en était contenté, soulagé, et l'avait déposé avant de prendre lui-même son poste de surveillance habituel, guettant la rue et son téléphone portable.
S'il y avait un moyen de déconnecter son cul de son cerveau, il aurait bien aimé le connaître, parce que merde ça faisait un mal de chien aujourd'hui. Heureusement, on était Dimanche soir. Le Lundi était toujours le jour le plus mort de la semaine, et ça allait lui faire un bien fou.
-... Oh... oui... souffla-t-il mécaniquement.
L'homme dans son dos enfonça ses doigts dans ses hanches et accéléra la cadence, ses halètements emplissant le silence de la nuit qui commençait.
Taka sortit de la venelle après son client. Il en avait profité pour soulager sa vessie trop pleine un peu plus loin entre les murs étriqués. Il sortit une clope du paquet acheté par Suigetsu, et alluma la tige de tabac tout en retrouvant son bout de macadam attitré. Ses pas marquèrent un léger temps d'arrêt et ses sourcils se froncèrent. De l'autre côté de la rue, sur le trottoir face au sien, une silhouette auréolée de mèches blondes avait pris place, assise au pied du mur. Il était revenu... Taka haussa les épaules et but une ou deux gorgées de rhum avant de s'adosser à la bâtisse et attendre le chaland.
Naruto observa la silhouette longiligne qui se découpait contre le mur du bâtiment d'en face, appuyée sur la paroi entre une porte délabrée et une fenêtre. Il était venu, juste pour voir si le brun était toujours en vie. Et il avait été soulagé de constater que c'était bien le cas. Taka était là, fidèle au poste, attirant ses clients et vendant son corps. Même s'il n'avait franchement pas l'air de s'être remis de ce à quoi le blond avait assisté la veille. En l'observant avec attention, on pouvait remarquer qu'il boitait légèrement et qu'il avait une démarche curieuse, les jambes un peu trop écartées, comme un cow-boy qui serait descendu trop vite de son cheval et avait encore l'impression de l'avoir entre les jambes.
Taka allait, pas forcément bien, mais il était toujours en vie. Le mac l'avait épargné. Naruto aurait dû rentrer chez lui après ce constat. C'était même ce qu'il s'était dit, ce qu'il voulait faire au début. Mais ça avait été plus fort que lui. Une fois arrivé là, Taka sous les yeux, il s'était automatiquement installé, assis au pied du mur, ses pieds battant parfois l'asphalte gris du trottoir quand un client mettait trop de temps, selon lui, à profiter des charmes du brun.
Dis Sasuke, c'est à ça que tu ressemblerais si tu étais encore en vie. Naruto transposa dans son esprit la forme de Taka dans une tenue plus classe, aux couleurs moins voyantes, l'imaginant marcher à ses côtés sur le campus de sa fac. Tu aurais fait quoi ? Probablement Médecine ou Droit. Tu as toujours été tellement plus intelligent que moi, plus doué à l'école. Naruto ne lâchait pas Taka des yeux, rêvant à un avenir avec son meilleur ami, un avenir qui n'aurait lieu que dans son esprit.
Sa conversation avec le prostitué dans la venelle lui revint en mémoire. Il lui avait donné l'argent sans même y réfléchir deux fois. De toute façon, il n'en manquait pas, et il avait été content de pouvoir l'aider. Voir leurs doigts se croiser l'avait rendu heureux. C'était comme au bon vieux temps... Naruto fronça les sourcils, essayant de se remémorer la scène avec acuité. Est-ce que Taka avait hésité ? Le geste n'avait pas eu l'air de le surprendre, pourtant, peu de monde scellait promesses et paris en s'attrapant l'index et le majeur.
D'habitude, c'était le petit doigt, mais comme Sasuke et lui ne faisaient jamais rien comme tout le monde, ils avaient décidé, sans même en parler, que pour eux ce serait toujours comme ça : l'index et le majeur. Il leur était même arrivé de se tenir la main, comme le faisaient les gamins à leur âge, de cette façon là aussi. C'était leur manière à eux de se montrer qu'ils étaient "spéciaux" l'un pour l'autre, une espèce de pacte tacite qui démarquait leur amitié de celles qu'ils avaient avec les autres enfants. Ils étaient meilleurs amis, les meilleurs des meilleurs des meilleurs... Naruto ne se souvenait même plus du nombre de fois où il avait chantonné cette phrase ridicule à Sasuke.
Cette histoire de doigts le turlupinait. Taka avait agi avec tellement de naturel. Il n'avait pas fait la moindre remarque, ni le moindre commentaire. Il n'avait pas hésité, comme si... comme s'il connaissait le geste secret... Le blond soupira, se passant une main sur la figure, alors qu'une nouvelle voiture s'arrêtait devant la portion de trottoir de Taka. Ridicule... Le prostitué avait simplement imité son geste, sûrement trop heureux de faire ce qu'il voulait pour le fric qu'il lui avait donné. Il lui aurait dit de faire le poirier contre un mur la tête en bas, l'autre l'aurait fait, ou aurait au moins essayé, parce que vu son état il se serait plutôt fracassé la tête par terre.
Il se montait la tête pour rien, encore à la recherche de ce fantôme qui nourrissait ses espoirs déçus. Ça lui faisait si mal. Depuis qu'il avait croisé Taka, il ne cessait d'espérer, de perdre la tête, d'essayer de se convaincre de quelque chose qui n'existait pas mais que son cœur désirait. Sasuke était mort et enterré, il était six pieds sous terre, le peu qu'il restait de son corps d'enfant après l'incendie pourrissant dans le cercueil sous la pierre tombale gravée à son nom.
Naruto savait que c'était ça la réalité, il le savait. Il avait tellement pleuré lors de l'enterrement, la main de son père pressant son épaule maigrichonne, alors pourquoi ? Pourquoi n'arrivait-il pas à se détacher de Taka et de sa silhouette si semblable à celle de Sasuke ? Qu'est-ce qu'il espérait ? Le sauver en mémoire de son meilleur ami parce qu'il lui ressemblait ? Pourquoi doutait-il ? Pourquoi s'accrochait-il à de menus détails qui semaient la confusion dans sa tête...
Le jeune homme désœuvré bascula la tête en arrière, tapant son crâne contre le mur derrière lui à quelques reprises. Le doute, toujours ce doute... Et si Sasuke avait survécu à l'incendie, et s'il était toujours en vie, et si c'était lui là de l'autre côté de la rue... Mais c'était absurde et stupide. Sasuke était mort. Sasuke était m-o-r-t. SASUKE était M-O-R-T ! Et tout ce qu'il pourrait faire pour Taka ne le lui rendrait pas. Pourtant, il aimerait tellement qu'il revienne. Son meilleur ami lui manquait terriblement, malgré tout ce qu'il avait fait pour l'oublier. Un glapissement de souffrance qui s'échappa de la venelle lui tordit l'estomac.
Taka geignit, bien malgré lui. La poigne dans ses cheveux s'intensifia et le fit se courber en arrière, debout face à son mur habituel. Son tortionnaire pinça férocement sa peau, là où elle était déjà bien bleue sur sa fesse. Encore un sadique... Y avait pas à dire, il avait de la veine. Celui là avait payé un extra pour pouvoir lui donner la fessée... Il ne faisait rien d'autre, mais il s'en donnait à cœur joie.
- Vilain garçon ! Tu t'es très mal comporté ! Papa est très fâché.
Encore un qui avait un complexe d'œdipe mal résolu, songea Taka, alors que la fessée recommençait. Il fallait croire que les séances avec une pute ça coûtait moins cher que le psy, et c'était sans doute plus confortable aussi de déverser tous ces trucs dégueulasses sur un inconnu qu'on payait pour subir et fermer sa gueule. Un prostitué n'irait jamais vous juger, vous dire de vous faire soigner, ni vous prescrire du prozac. C'était bien pratique, pensa-t-il cynique, il était docteur, mais sans en avoir les honoraires.
Ça lui rappela la fois ou l'un de ses clients de semaine l'avait embarqué à l'hôtel et l'avait fait s'habiller en infirmière, lui faisant subir force lavements dans le costume sexy qui le couvrait à peine. Il se mit à énumérer mentalement tous les métiers qu'il avait exercé en cosplay, cherchant à détourner son esprit de la douleur qui fusait de sa croupe et remontait le long de sa colonne vertébrale. Taka fit le constat, un peu amer, qu'il était une véritable agence d'intérim à lui tout seul. La plupart du temps, ses clients fêlés lui faisaient porter des trucs de filles. Les gens étaient quand même foncièrement dérangés, la gent masculine en particulier.
- Ce n'est pas bien de désobéir à Papa !
Et allez, on était reparti pour un tour. C'était sûr, à ce rythme, il ne pourrait plus s'asseoir. Mais qu'est ce qu'ils avaient tous en ce moment. Il avait un panneau clignotant sur ses fesses ou quoi ? Ce serait bien qu'ils lui lâchent un peu la grappe tous, sinon ses muscles fessiers ne tiendraient jamais la distance. Pour son plus grand malheur, la génétique l'avait trop bien doté. Il plaisait beaucoup trop. S'il avait été moche, il aurait eu moins de succès. Et il serait probablement déjà mort aussi, parce que pas assez rentable.
Ah, le fardeau de la beauté et du sex-appeal... Considérations triviales pour un simple prostitué, mais qui avaient toute leur importance quand le corps était un gagne-pain quotidien, et une garantie de survie. Un coup plus fort que les autres, ou bien placé sur l'une des zones déjà mâchée le fit sursauter et glapir de douleur. Désobéir à Papa, hein ? Il avait largement dépassé l'âge. Il ne savait même pas ce que ça voulait dire. Il avait toujours été un jouet dont on use et on abuse, et les punitions, il en avait eu son comptant, à but éducatif peut-être, mais bien loin de ce qu'on pouvait voir des familles dans les séries télé.
Quand le type s'arrêta enfin de le martyriser, ce fut pour lui enfoncer sa queue dans la gorge. Ça avait été rapide, quelques aller-retours forcenés dans sa bouche et il avait largué sa purée, tout satisfait. Le contact des pavés froids sur son derrière, son pantalon coincé à la pliure de ses genoux avait fait du bien à Taka, un bien fou même. Assaisonné d'un peu de neige ou de glace, ça aurait été parfait. Son client rallongea sa mise pour la turlutte imprévue et lui tapota le haut du crâne avant de partir, le laissant agenouillé, le cul nu sur les pavés.
- Tu as été un bon garçon. Papa reviendra te voir si tu es sage.
Complètement marteau le gonze, mais au moins il l'avait bien payé, ajoutant même un tout petit billet pour qu'il aille s'acheter des bonbons lui avait-il dit avec un sourire de patriarche de bonne famille. Taka essuya le coin de ses yeux où la douleur avait fait naître une humidité saline résiduelle. Il ne comprenait vraiment pas quel plaisir il pouvait y avoir à se taper un type ou à lui faire des choses sordides, mais c'était la grande tendance du moment. Le monde ne tournait décidément pas bien rond.
Une dose de poudre sur le dos de sa main, un reniflement profond et un coup de langue. Son esprit partit dans une spirale tournoyante, l'éloignant de toutes ces considérations bien trop complexes. Se taper des mecs et prendre leur fric, sa routine quotidienne à affronter : simple et efficace, sans prise de tête. Un seul challenge, vivre et survivre jusqu'au jour d'après. La vie était facile quand on passait le plus clair de son temps le cul à l'air, une bite entre les fesses. Taka eut un léger sourire, levant son nez vers le ciel trop pollué pour être parsemé d'étoiles, la drogue pulsant dans ses veines.
Naruto vit la voiture repartir et Taka se traîner plus qu'autre chose hors de la fine ruelle encaissée quelques instants plus tard. Il reprit sa place, adossé à la façade de son immeuble décrépit, sa masse trop mince engoncée dans son éternel pantalon rouge et son gilet noir et sans manches. Le prostitué alluma une cigarette, la brève flamme du briquet éclairant ses traits ombrés d'hématomes et ses yeux élargis et vitreux.
Taka sentit le regard du blond sur lui, mais l'ignora superbement, sentant sa descente s'amorcer. Merde, il savait qu'il ne fallait pas qu'il abuse trop de sa poudre. D'une part, c'était cher; et de l'autre, c'était dangereux. Il ne tenait pas vraiment à crever d'une overdose, tout comme revoir de si tôt la gueule de Sasori. Pourtant, il avait incontestablement envie de planer, encore, de s'éloigner de tout ça, d'adoucir encore un peu sa soirée. Il renifla inconsciemment, une perle de sang gouttant de son nez aquilin. Il essuya sa narine du dos de sa main et des phares trouèrent la pénombre de la rue, ajoutant leur lumière à celle jaunâtre des réverbères clairsemés.
Les heures défilèrent, les voitures et les clients aussi, la nuit poursuivant son cours dans cette rue sordide. Taka serra les dents, noyant sa douleur dans l'alcool bon marché et la coke, baissant son pantalon si souvent qu'il en vint à se demander pourquoi il en portait un. De temps en temps, il croisait le regard étrangement mélancolique du beau blond bizarre assis sur le trottoir d'en face, ce type étrange qui ne regardait que lui.
Quand, enfin, il pu s'étaler sur son matelas miteux, il ne sentait plus son cul. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas eu aussi mal. Un coup d'œil sur sa réserve de poudre le fit soupirer profondément. Il avait trop abusé, il n'aurait jamais assez pour tenir la semaine, surtout que visiblement c'était la semaine des sadiques. L'idée de retourner voir Sasori aussi rapidement ne l'enchantait pas vraiment. Peut-être devrait-il essayer de trouver un autre fournisseur, juste pour cette fois.
Naruto referma la porte de son appartement, caressant la tête massive de Kyuubi qui l'accueillit d'un grand coup de langue. D'un pas lourd, il se dirigea vers sa chambre, fermement décidé à se coucher pour bénéficier de quelques heures de sommeil avant d'aller en cours. Il avait encore une fois passé la nuit à observer Taka, ses pensées oscillant entre le prostitué et son ami défunt. Il avait beau retourner la situation dans tous les sens, il en arrivait toujours à la même conclusion : Sasuke était mort, mort et enterré. Taka n'était qu'un inconnu, à des années lumières de son meilleur ami.
Il n'avait aucune raison de retourner là-bas assister, silencieux et impuissant, au ballet avilissant de ces pauvres hères avec leurs clients. Lui avait une vie à vivre, un avenir à construire, des études, des amis. Il devait tirer un trait définitif sur cette obsession qui le rongeait, arrêter de courir après une chimère. Fort de ses résolutions, il se glissa sous la couette moelleuse et douce et s'endormit, râlant d'avance sur le peu d'heures qui lui restaient avant la sonnerie du réveil.
~oOo~
Un éclat de rire retentit, vite suivi par d'autres et des protestations s'élevèrent autour de la table basse où un groupe de jeunes gens était installé. Kyuubi joignit sa voix puissante à celle des amis de son maître venus passer la soirée du vendredi chez lui. Naruto rit avec les autres, ravi de passer un bon moment en compagnie de ceux qui formaient sa famille de cœur. Assis en tailleur sur un pouf posé à même le sol, il apprécia cet instant de détente loin du stress des cours et des révisions en prévision des prochains examens.
La semaine avait été particulièrement difficile. Les partiels de milieu d'année approchaient et les professeurs mettaient la pression sur leurs étudiants, les assommant de concepts, principes et textes de lois obscurs, arguant qu'il était absolument indispensable de bien comprendre tout ça pour les examens. Tout son temps libre était passé en relecture des notes prises en cours et en recherches plus ou moins poussées sur les sujets abordés. Alors quand Kiba avait débarqué à l'improviste quelques heures auparavant, suivi des autres, des bières à la main, il avait accueilli avec joie cette soirée de détente improvisée un vendredi soir.
En plus, ça lui donnait une parfaite excuse pour ne pas retourner dans la rue où Taka battait le pavé. Naruto se morigéna intérieurement, il s'était pourtant promis de ne plus y penser. Malheureusement, le visage pâle aux traits fins encadré d'une chevelure noire et aux yeux sombres l'avait hanté toute la semaine. Ses nuits étaient peuplées par le prostitué, son image se mêlant à celle de Sasuke, ne formant parfois plus qu'une.
Lors de l'un de ses rêves, un détail lui était revenu, un détail sans importance, un tout petit truc de rien du tout... mais qui tournait depuis, sans cesse, dans son esprit : la tâche de naissance que Sasuke avait sur la hanche gauche. Une petite tâche à peine plus sombre que l'épiderme laiteux. Cette marque à peine plus grosse qu'une phalange qu'il avait trouvé si jolie quand il l'avait vu pour la première fois. Ils avaient, quoi... cinq ans ? six ans peut-être. Mais il s'en souvenait parfaitement, parce qu'elle avait la forme d'un V, comme les oiseaux qu'il dessinait à l'époque.
A son réveil, il s'était demandé si Taka avait la même, et surtout comment réussir à le savoir. Poser la question au jeune gigolo était proscrit. Au mieux il lui rirait au nez, au pire il appellerait le géant roux pour qu'il le jette hors de la rue. Se rendant compte de ses pensées, Naruto s'était frappé violemment le front avec l'une de ses paumes, se répétant à voix haute que cela ne le regardait pas, qu'il devait oublier, passer à autre chose. Mais l'idée était restée, revenant régulièrement dés que son esprit dérivait un tant soit peu de ses études de Droit.
Un gémissement douloureux résonna dans la voiture quand la main qui lui tenait les cheveux écrasa un peu plus son visage dans la toison sale d'une quinquagénaire obèse. Taka se tortilla vainement pour s'éloigner du levier de vitesse qui s'enfonçait dans ses abdominaux. Quelques minutes auparavant, le coupé sport d'un jaune pétard s'était arrêté devant son bout de trottoir, le conducteur et sa passagère l'invitant à monter avec eux.
C'était pour cette raison qu'il se retrouvait actuellement, dans une position aussi inconfortable, à genoux sur le siège du conducteur, son pantalon baissé sur ses chevilles, le sexe du chauffeur dans le cul et la tronche entre les jambes écartées de la femme. Un cunilingus... voilà bien une chose qu'il faisait rarement, très rarement même. En dix ans de pratique, il pouvait compter sur les doigts d'une seule main le nombre de fois où il avait dû accéder à ce genre de demande.
Pas qu'il s'en plaigne. S'il devait choisir, il préférait sucer des bites que brouter du gazon. Question hygiène, c'était souvent bien pire. Cette charmante dame n'avait pas dû voir une douche depuis des lustres. Et son budget esthéticienne devait être quasi-inexistant, il était perdu en pleine forêt vierge là. Qu'on lui donne au moins une machette !
- Ah... ouiiiii... gémit bruyamment sa cliente.
- Il te fait jouir, pupuce ?
Taka leva les yeux au ciel en entendant la question de celui qui le baisait sans vergogne. Quel pouvait bien être l'intérêt de payer une pute pour un couple ? Sa bonne femme refusait la sodomie ? Un fantasme supposé pigmenter leur vie sexuelle ? Machinalement, et retenant une forte envie de vomir, il passa sa langue percée sur le petit bout de chair érectile qui, si sa mémoire était bonne, devait procurer plus de plaisir à la plantureuse représentante du sexe féminin.
- Ouiiii... Mon roudoudou... c'est si bon...Haaannn...
Non, mais c'était quoi ces surnoms ? Taka retint un ricanement sarcastique en les entendant. Pupuce ? Mon roudoudou ? Il n'eut pas le temps de s'attarder plus sur la question, la quinquagénaire lui saisissant violemment un poignet et l'obligeant à enfoncer ses doigts dans l'intimité suintante qu'il léchait. Un frisson de dégoût le parcourut alors qu'il doigtait cet antre humide qui lui faisait penser à une plaie béante et sanguinolente.
Déséquilibré, il s'écrasa un peu plus sur le pubis poilu et malodorant de "pupuce". Le cher et tendre de celle-ci accéléra soudainement la cadence de ses coups de reins, l'enfonçant un peu plus dans l'entrejambe féminine et sur le levier de vitesse. Avec ça, il allait se retrouver avec des bleus sur le bide lui. Déjà que ceux sur son visage n'avaient pas encore complètement disparu, l'obligeant à se tartiner la tronche de fond de teint, et que son cul n'était pas au mieux de sa forme non plus. Si en plus son ventre en prenait aussi pour son grade, il n'allait bientôt plus ressembler à rien.
Un coup de boutoir plus violent lui arracha un cri, son piercing situé dans son nombril s'arrachant presque en se frottant contre la boule chromée sous lui. Par chance, un râle vite suivi d'un cri suraigu annonça la fin de son calvaire. Taka retrouva avec joie son bout de trottoir, plus qu'heureux d'échapper au couple en mal de sensations. Ceux-ci l'avaient grassement payé avant de repartir, échangeant des mots doux qui accentuèrent sa nausée.
Une rasade de whisky bon marché, un fix et une clope plus tard, il baissa les yeux sur son ventre pour constater l'étendue des dégâts. Des rougeurs annonciatrices d'un bel hématome parsemaient ses abdominaux, et le dragon à son nombril était légèrement tordu. Il râla en tentant de redresser tant bien que mal le bijou. Décidément, cette semaine ce n'était vraiment pas sa semaine. Il aurait vraiment besoin d'avoir un peu de veine, ou au moins qu'on le laisse tranquille.
Non, ce n'était pas sa semaine. Le lundi, il avait tellement sucré les fraises pour supporter la douleur qu'il avait été obligé de retourner voir son dealer le jour suivant. Sauf que fonds en berne oblige, il avait dû d'abord battre le pavé de quelques stations de métro pour délester quelques touristes et autres personnes en tout genre de leurs portefeuilles et de leurs bijoux. Il était passé voir Sasori le mardi en fin d'après-midi, et pas de gaieté de cœur. Mais il était tellement en manque que lui ou un autre n'avait plus d'importance tant qu'il obtenait sa précieuse poudre blanche.
Sasori lui avait tenu la jambe comme à son habitude, faisant durer le plaisir devant ses yeux injectés de sang, ses claquements de dents et ses sueurs froides. Quel enfoiré celui-là ! Il lui avait finalement offert un peu de drogue supplémentaire pour gratos à condition qu'il puisse profiter de son "Ange", et Taka avait cédé... trop perturbé par le désir d'obtenir enfin ce qu'il était venu chercher.
Le dealer avait reconnu sans peine l'oeuvre de son collègue Hidan quand il s'était déshabillé entièrement devant le fauteuil confortable, tremblant et en sueur. Il n'avait pratiquement pas supplié, non presque pas, pendant que Sasori abusait de lui, avec un art consommé de la lenteur et de la délectation. Ce qui faisait bander le vendeur c'était d'attacher ses victimes et de les manipuler comme de vulgaires marionnettes, les contorsionnant dans une position ou une autre pendant qu'il profitait de leur bouche ou de leur cul, assaisonnant ses rapports de coups de cravaches ou d'utilisation de jouets variés.
Le supplice avait duré ce qui lui avait paru des heures, son corps attaché dans une position puis une autre et encore une autre. Sasori savait faire durer... Et il était en manque... Au moins, il avait épargné ses fesses, se contentant de fustiger son torse, son dos, ses cuisses ou son sexe, exposé dans des angles improbables grâce au jeu de cordes rouge sang. Sasori avait joui de son pouvoir sur lui, tirant sur une corde ou une autre pour le libérer ou bien l'entraver un peu plus, totalement à sa merci.
Mais au moins, il était reparti avec ce qu'il voulait, agrémenté d'un petit supplément, et de quelques marques supplémentaires. Mais bon, il n'était plus à ça près. A peine le vendeur de rêve lui avait-il donné son sachet qu'il se faisait un rail direct tout en se rhabillant. Le jeune homme, par jeu, avait jeté son paquet au sol où il l'avait ramassé comme un chien, se jetant dessus comme la misère sur le pauvre monde. Taka détestait quand il se retrouvait dans ces états là. Mais après Hidan, les jours avaient été merdiques et il fallait bien tenir... d'une manière ou d'une autre.
Bizarrement, Ibiki, son client en temps normal le plus sadique était celui qui s'était montré le plus gentil et le plus attentionné. Quand Taka s'était dénudé dans la même chambre d'hôtel que d'habitude, le géant avait à peine osé toucher ses fesses devant l'étendue des dégâts. Il lui avait même demandé si ça allait aller. La séance avait été moins longue que d'habitude, moins douloureuse aussi. Son client avait préféré passer son temps à masser ses chairs violentées par les uns et les autres avec une crème apaisante.
Quand le tube blanc avait atterri dans ses mains pendant que son client rangeait son attirail, il n'avait pas compris.
- C'est du Dermoclar, ça fera du bien à tes hématomes. Utilise-le tous les jours jusqu'à ce que ça s'arrange.
Un bête tube de crème, offert par un client, mais Taka en était resté sans voix. Ibiki s'était montré particulièrement sympa et préoccupé. Taka n'avait pas cherché à savoir si c'était par peur de perdre son jouet préféré ou par réelle compassion pour lui et son corps malmené.
Une voiture s'engagea dans l'allée et Taka se remit en lice pour s'accaparer le nouvel arrivant. Ce qui se fit sans trop de mal, même si son voisin d'à côté prit la mouche, car il le lui avait plus ou moins soufflé sous le nez. Mais bon, à la guerre comme à la guerre. Il ne tenait pas spécialement à repasser entre les mains d'Hidan. Le gars avait garé sa rutilante berline allemande devant sa portion de trottoir et était descendu avec classe du véhicule.
Une belle montre en or, une tenue de vacancier décontracté, mais un regard glacial et un accent étranger. Ils s'étaient enfilés dans la petite ruelle sordide. Pas question de tacher les sièges en cuir, ni de risquer de les abîmer, encore moins de faire monter un déchet de l'humanité qu'il avait comparé à une poubelle dans son habitacle. Taka avait grincé des dents : une poubelle... sympa. Sauf que voilà, le gars en question était aussi du genre sadique, et cette fois maniaque des tétons. Décidément, c'était sa semaine, y avait pas à dire… et ça durait...
Deux couches de préservatifs sur un membre épais dans sa bouche et des mains torturant ses mamelons alors qu'il était à genoux sur le sol : la classe... Les mains dures tirèrent avec violence sur ses tétons percés, ramenant sa bouche en avant. C'était comme ça depuis le début qu'il s'était agenouillé devant la braguette du jean hors de prix. Et l'autre pinçait, tirait sur son torse, abusant ses deux monts de chair fragile. Il ne lui manquait plus que ça.
Le gars était enfin reparti avec une moue dégoûtée. Du genre : je ne suis jamais venu ici. Pourtant ses pauvres mamelons eux se rappelaient de sa visite, pulsant et gonflés, devenus aussi rouges que des cerises sous son gilet. Mais un peu de poudre magique avait arrangé ça, heureusement pour lui. A peine sorti de la venelle, son voisin d'à côté lui avait sauté dessus, tous poings dehors pour régler ses comptes.
- Tu me l'as piqué sale traître !
Taka esquiva le premier coup lancé et riposta sans attendre mais son adversaire ne s'était pas dégonflé.
- Enfoiré ! s'était exclamé son rival éconduit.
Un coup de pied avait suivi et le brun avait encore été assez souple pour l'éviter aussi, mais pas le poing qui le cueillit à l'estomac.
- J'y peux rien si t'es long à la détente, avait rétorqué froidement Taka avant que sa respiration ne soit brutalement coupée.
Son propre poing s'était abattu sur la mâchoire puis l'œil de son voisin. Ils s'étaient proprement crêpés le chignon dans les règles, mais son adversaire était en bien meilleure forme que lui avec sa semaine merdique dans les pattes. Un cri l'avait déconcentré et un genoux brutal s'était précipité à la rencontre de son menton.
- Je vais te faire bouffer ton trottoir Taka. Y en a marre de te voir nous piquer les meilleurs clients !
Tout le décor avait basculé et l'arrière de son crâne avait tapé avec violence le pavé alors qu'il s'étalait sur le macadam. Taka fut sonné, l'abus de poudre et d'alcool n'aidant rien. Son voisin lui décocha un, puis deux méchants coups de pieds dans les flancs et il vit trente six chandelles danser devant ses yeux hagards. Cette fois, c'était le pompon. Il leva péniblement une main à son visage, son adversaire lui crachant dessus avant de se foutre copieusement de sa gueule.
- Tu fais moins le fier maintenant hein ! T'as que ce que tu mérites ! La prochaine fois, je t'éclate la tronche à coups de taloche !
Du bleu et du doré vint remplacer le haut des grattes-ciels, les lampadaires et le ciel noir dans lequel il se perdait mollement.
- Taka ! Ça va ?
Non mais franchement, est-ce qu'il avait l'air d'aller bien ? Ce postulat était tellement ridicule qu'il en aurait rit. Sa vue devint un peu moins floue et un visage se forma, à l'envers. Des yeux bleus, des mèches blondes... le type étrange qui venait l'observer, assis de l'autre côté de la rue.
Était-il si chargé ce soir avant même de commencer à "travailler" qu'il ne l'avait pas vu ? Son esprit se mit à tanguer comme sur un bateau ivre, le faisant grimacer.
- Merde... t'as pas l'air d'aller bien... hé ! Tu m'entends ?
Il avait à nouveau mal. Il en avait marre d'avoir mal. Ses côtes, son torse... Partout... ça explosait et ça rayonnait, et il ne trouvait pas l'interrupteur dans son cerveau pour que ça s'arrête...
- Taka bordel, qu'est-ce que t'a foutu encore ! C'est lui qui t'a fait ça ?
- Ah ! Lâche-moi toi, bien sûr que non que c'est pas moi ! T'es malade ou quoi !
Comme dans un rêve étrange, Taka vit Jûgo arriver, sa figure se superposant sur un autre coin de décor, à la verticale. Le géant attrapa soudain le blond par le col, l'agrippant fermement, l'air mauvais. Taka lutta pour faire sortir le coton de son cerveau et eut enfin la présence d'esprit de se redresser à demi.
- Jûgo, arrête. C'est pas lui, cracha-t-il d'une voix pâteuse, se massant les tempes. Et puis, merde qu'est-ce que tu veux toi au juste ? T'as pas bientôt fini de passer ton temps à me mater ? lança-t-il en direction de Naruto.
- Quoi ? Il te mate ? Il se la joue pervers en plus ? s'exclama Jûgo, son air devenant de plus en plus patibulaire et dangereux. Je vais te dégager moi, tu vas voir ! dit-il à l'adresse de Naruto qui essayait de se défaire tant bien que mal de la poigne sur son col.
Taka posa une main sur le bras de son protecteur.
- Non, laisse... Je m'en occupe. J'en fais mon affaire. Et puis t'as pas la rue à surveiller toi par hasard ? rétorqua-t-il platement sa mâchoire le faisant atrocement souffrir.
- T'es sûr ? lui répondit le géant, ses yeux soucieux plongeant dans les siens.
- Ouais... t'inquiète.
Jûgo lâcha abruptement Naruto et se releva.
- Bon... comme tu veux... Si jamais tu as besoin, tu sais quoi faire.
- … Hn.
Le sentinelle partit, presque à contrecœur, laissant les deux autres seuls à seuls. Taka assis sur le trottoir, les jambes allongées, et le blond accroupi à ses côtés.
- Qu'est-ce que tu veux... souffla Taka tout en se massant la nuque.
Naruto l'observa avec appréhension. Merde... il avait vraiment pas l'air d'aller bien. Finalement, vouloir passer du temps seul avec lui ne lui semblait plus une si bonne idée que ça. Le prostitué avait l'air vanné et en mauvais état, peut être même pire que le dimanche d'avant. Un mélange de compassion et de pitié l'envahit. Peut-être qu'il devrait juste le laisser tranquille et laisser tomber tout ça...
Mais, même si ce n'était pas Sasuke, au moins il lui permettrait de passer une nuit tranquille. Le brun avait vraiment l'air d'être au bout du rouleau...
- Un week-end entier avec toi, c'est combien ? dit-il sans réfléchir.
Naruto se surprit lui même. Un week-end entier ? Il avait juste besoin d'une nuit, et de vérifier cette stupide lubie de tâche de naissance... Taka le fixa sans comprendre.
- Quoi ? marmonna-t-il tout en se relevant difficilement, tanguant sur ses jambes.
- Hey, mon chéri ! Si t'es prêt à banquer ! Je suis ton homme moi ! Et je suis dix fois mieux que lui si tu vois ce que je veux dire ! lança son adversaire qui l'avait battu à plate couture un peu plus tôt.
Taka lui lança un regard mauvais.
- Ta gueule toi ! Mêle-toi de ton cul ! On t'a pas sonné ! jeta-t-il à l'adresse de ce dernier.
- Ben quoi ! Tu veux encore bouffer du pavé Taka ? lui rétorqua l'invectivé sur le même ton mordant.
- Ta gueule ! répondit Taka avec tout autant de gentillesse.
- Viens par là toi... lança-t-il à l'adresse du blond.
Taka referma sa main sur un bras tanné par le soleil et entraîna le type étrange qui avait passé son temps à le mater en direction de la venelle.
- T'as dit quoi ? reprit-il quand ils furent à l'abri des yeux et des oreilles indiscrets dans la ruelle noyée d'ombres.
- Combien pour un week-end entier avec toi, répéta fermement le blond.
Taka écarquilla les yeux et failli bien exploser de rire. Mais il avait tellement mal aux cotes qu'il se retint.
- C'est une blague ? demanda-t-il à son vis à vis, s'allumant une clope au passage qui le fit un peu tousser.
- Je suis sérieux, s'énerva Naruto. Combien pour un week-end avec toi ?
Taka lui souffla sa fumée au visage, retrouvant contenance.
- Beaucoup trop cher pour toi, finit par lâcher le brun.
- J'ai de quoi payer. Ton prix sera le mien, alors annonce la couleur ! Et arrête de me prendre pour un imbécile.
Taka l'observa à la dérobée. Le blond avait l'air on ne peut plus sérieux. Le jeune prostitué fit un rapide calcul de ce qu'il gagnait sur son morceau de trottoir en un week-end.
- 2500, lâcha-t-il finalement d'une voix froide et atone.
Naruto ne cilla même pas. Et tira son portefeuille de sa poche arrière de pantalon.
- La moitié maintenant et le reste à la fin du week-end. trancha-t-il en commençant à sortir des gros billets qui attirèrent la convoitise de Taka, tout à coup totalement remis de sa semaine merdique.
- Non. Tout maintenant, sinon je marche pas, répliqua-t-il.
Son vis-à-vis lui lança un regard acerbe.
- Ça va pas non ? Et si tu te barres, je me serai fait avoir. Pas question.
Taka cracha froidement, vexé.
- Je me barrerai pas, pour qui tu me prends ! Je viens pas avec toi si tu payes pas d'avance. Je sais pas où je vais foutre les pieds, alors je veux une assurance. C'est à prendre ou à laisser.
Ils s'affrontèrent un instant du regard, puis Naruto leva les yeux au ciel et finit par céder.
Ouvrant son portefeuille, il en sortit une belle liasse de billets qu'il tendit au prostitué. Taka s'en saisit immédiatement et compta soigneusement, tournant presque avec révérence les feuilles de papier monnaie. Le beau blond bizarre attendit qu'il ait fini de vérifier avant de reprendre la parole :
- Pour ce prix, tu restes avec moi jusqu'à lundi matin, et tu fais tout ce que je veux ?
Le brun se contenta de hocher la tête avant de sortir de la venelle, tombant presque nez-à-nez avec Jûgo qui squattait son bout de trottoir.
Ce dernier attrapa son protégé par le bras et l'entraîna un peu à l'écart du blond, et avant même que Taka ait pu ouvrir la bouche, il attaqua d'emblée :
- Qu'est-ce qu'il te veut ce mec ? Je le sens pas !
Avec un soupir, le brun répondit calmement :
- Il veut que je passe le week-end avec lui.
-Quoi ! Non mais ça va pas !
L'exclamation du géant roux retentit dans la rue, attirant les regards curieux des autres gigolos sur le trottoir. Taka tendit à la sentinelle les billets que venait de lui remettre son client et trancha :
- Je reviendrai lundi matin. Donne ça à Hidan et explique-lui, ok ?
Il s'apprêta à tourner les talons quand Jûgo le retint :
- Envoie moi des SMS. Au moins pour me dire que tu es en vie. Un par jour, minimum.
L'inquiétude parfaitement audible dans la voix de celui qui le protégeait plus souvent qu'à son tour radoucit le jeune brun qui lui fit un maigre sourire et approuva d'un signe de tête, avant de rejoindre le voyeur devenu son riche client en un battement de portefeuille.
Naruto n'avait rien perdu de l'échange entre les deux protagonistes. Quelque part, ça le rassurait de voir que quelqu'un se souciait de Taka. Passant une main dans ses cheveux blonds, il soupira intérieurement. Mais qu'est-ce qu'il était en train de faire ? Il aurait dû accompagner ses amis quand ceux-ci lui avaient proposé d'aller en boite, mais il avait prétexté des révisions importantes pour se défiler...
Après s'être retrouvé seul chez lui, il avait résisté environ trente minutes avant de se précipiter ici pour s'assurer que Taka allait bien. L'idée obsédante de savoir s'il avait une tache de naissance chevillée au corps le tourmentait. Il avait observé le jeune homme, se demandant sans cesse comment il pourrait réussir à le découvrir. Et au final, il venait de l'embaucher pour le week-end... elles étaient belles ses promesses de tirer un trait sur toute cette histoire ! Mais c'était sa dernière tentative, une sorte de baroud d'honneur... après ça, c'était sûr, terminé de se prendre la tête avec Sasuke et Taka...
- T'as une voiture, ou on va y aller à pied ?
La voix grave de son employé temporaire le tira de ses pensées. Lui enjoignant de le suivre d'un signe de tête, il quitta la rue sordide et s'engagea sur l'artère commerçante, plus éclairée, et très fréquentée.
- Je suis garé plus loin, répondit-il finalement, songeur.
Taka écarquilla les yeux devant la petite citadine qui attendait effectivement son propriétaire. Le véhicule était de l'une des marques les plus chères, visiblement toutes options. Pas de doutes, son client avait vraiment de l'argent, beaucoup d'argent, et ce n'était pas un euphémisme. Toutefois, le jeune prostitué tordit le nez devant la couleur flashy, un bel orange rutilant. C'était quoi cette horreur ? Il aurait pu choisir plus discret et plus classe, non ? Noir par exemple, ou bleu foncé, ou gris. Mais orange ?
Naruto appuya sur la télécommande et invita le brun à monter dans le véhicule d'un geste. Taka ouvrit la portière et s'installa, sans un commentaire. L'habitacle sentait le neuf propret, une vague odeur de chien aussi, et il y régnait un joyeux désordre. Des feuilles couvertes d'écritures jonchaient la banquette arrière, des bouteilles d'eau vides aussi et quelques boites de ramen instantanés. L'avant n'était guère mieux, Taka dut se faire une place pour ses pieds entre les boites de mouchoirs, les emballages de gâteaux et d'autres petits cartons non identifiés.
- Désolé pour le bazar, marmonna Naruto en mettant le contact.
Son passager se contenta d'hausser les épaules avant de perdre son regard sur le paysage qui commença à défiler derrière la vitre teintée. Mais où est-ce qu'il l'emmenait ? Bah, peu importait, avec tout le fric qu'il lui avait filé, ce n'était qu'un détail. La vague réflexion de se retrouver dans une tournante lui traversa l'esprit lui collant une sueur froide.
Ça, ce serait un très mauvais week-end... Taka coula un regard suspicieux vers le conducteur qui semblait tranquille avant de reporter son attention sur le décor mouvant de l'autre côté de la fenêtre. Avait-il bien fait d'accepter ce plan foireux ? Ce beau blond bizarre avait certainement des pratiques pas nettes... après tout, il venait le mater le soir sans jamais consommer. C'était forcément un psychopathe en puissance ou bien un dérangé aux mœurs étranges. Il allait peut-être avoir encore autre chose à mettre dans ce fameux bouquin qu'il écrirait...
Les yeux fixant le macadam devant lui, Naruto réfléchissait à toute vitesse. Mais qu'est-ce qu'il était en train de faire là ? Passer le week-end entier avec le prostitué ? Quelle brillante idée ! Il allait en faire quoi ? Pas question de coucher avec lui. Mais ils n'allaient pas se regarder dans le blanc des yeux pendant deux jours, si ? Au moins, il finirait bien par trouver le moyen de vérifier cette histoire de tache de naissance qui le turlupinait depuis quelques jours.
La voiture tourna dans une rue largement illuminée et Taka écarquilla les yeux en reconnaissant l'un des quartiers les plus huppés de la ville. Putain, mais où il l'emmenait ? Ils s'engagèrent dans une allée bien nette, bordée d'une haie d'arbres fleuris et éclairée par des lampadaires finement ouvragés. La citadine orange s'arrêta devant l'entrée d'un grand hôtel luxueux, un voiturier en uniforme venant immédiatement à leur rencontre pour ouvrir les portières du véhicule.
Naruto descendit, laissant l'employé de l'hôtel prendre sa place. Il commença à se diriger vers le large escalier en pierres blanches qui menait vers les portes d'entrée du bâtiment fastueux. Surpris, il constata que Taka ne le suivait pas et il se retourna. Un sourire amusé étira ses lèvres quand Naruto vit l'expression stupéfaite du jeune homme. Les orbes sombres regardaient tout autour d'eux, incrédules; son passager était immobile, toujours dans la voiture.
- Allez viens, lança-t-il.
L'injonction de son client, super riche pour le coup, tira Taka de sa contemplation ébahie. Un coup d'œil vers le siège à côté de lui, lui apprit que le blond était sorti de son véhicule. Doucement, il quitta l'habitacle à son tour, avançant précautionneusement vers l'escalier. Il n'en revenait pas. C'était quoi cet endroit ? Avisant le nom de la bâtisse, il sortit rapidement son portable pour l'envoyer à Jûgo. Au moins, s'il crevait ce week-end, ce serait dans un endroit classe.
La vibration au fond de sa poche attira l'attention de la sentinelle. D'un geste rapide il sortit le portable et regarda le nom qui s'afficha sur l'écran digital. Taka. Inquiet pour celui qu'il considérait comme un petit frère, il lut le SMS.
" Hôtel Royal".
Sous le coup de la surprise, Jûgo faillit lâcher son téléphone. Hôtel Royal. L'hôtel le plus huppé de toute la ville. Rien que ça !
Et ben... si ce blond était riche au point de pouvoir se payer une chambre dans ce genre d'hôtel, Taka avait décroché le gros lot. Enfin, sauf si ce mec était aussi barré que certains membres de l'Akatsuki. Avec un soupir, le géant roux rangea son portable, espérant que le brun ne passerait pas un trop mauvais week-end et qu'il reviendrait entier et vivant lundi soir, comme promis. Et s'il ne revenait pas... au moins il saurait où commencer à le chercher, espérant ne pas retrouver un cadavre.
To be continued...
Commentaires des auteures :
On espère que vous avez noté à quel point on fait preuve d'imagination pour les clients de Taka. Pour ceux qui craignent soudain un remix d'une célèbre comédie romantique, rassurez vous ce n'est pas le cas. L'ambiance n'a rien à voir avec une comédie romantique. On en est loin même.
Bureau des plaintes et des personnages martyrisés :
Naru soupire et se pince l'arrête du nez.
- Pourquoi je le sens pas ce week-end ?
Taka approuve d'un hochement de tête.
Jûgo donne une tape sur l'arrière du crâne de Taka :
- Te plains pas ! Un hôtel cinq étoiles ! C'est la grande classe !
Karin se jette sur Taka :
- Tu penseras à nous, hein ! Enfin à moi surtout !
-Moi ce qui m'inquiète c'est qu'elles en sont déjà au quatrième chapitre et qu'on n'a toujours pas pointé le bout de notre nez... marmonna Ita.
- Chut... laisse-moi croire que je suis vraiment mort, répliqua Sasu.
- Si ça se trouve, pour une fois tu l'es vraiment… Avec elles, il faut s'attendre à tout.
Ita se tourne vers le(a) lecteur(rice) et lance :
- Une petite review pour savoir ce que vous en pensez vous ? Parce que nous franchement, on a du mal à suivre ce scénario tordu...
Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 5 : Deux mondes.
Naruto a volé au secours de Taka. Mais est-ce vraiment une si bonne idée que ça ? Taka aura-t-il la tâche de naissance sur la hanche ? Et surtout... Taka survivra-t-il au luxe d'un hôtel cinq étoiles ? Quand deux mondes opposés se rencontre... tout peut arrivé.
C'est le retour des petits phrases pour annoncer le chapitre suivant ! Elles nous avaient manquées... Alors on a pas pu résister et on en a remise. Ça vous plait au moins ?
