Avertissement : Pour la première fois dans cette fic, un chapitre SANS scènes signalées, parce qu'aucune scène choquante ! Profitez-en ! ça ne durera pas...

Bonne lecture !

Yzan et Lili.


~ 5 : Deux mondes.~

Taka entra dans le hall de l'hôtel, n'en revenant pas de voir autant de luxe étalé sous ses yeux. On était loin,bien loin, de son bout de trottoir et de sa piaule miteuse. La grande salle était ronde et entourée de hautes colonnes de pierres ocres. Le sol, ressemblant à un miroir, était noir et orné d'arabesques beiges, sauf dans un rond central qui était uni. Une table en bois finement ouvragée et décorée d'un énorme vase rempli de fleurs était dressée au centre de cet immense hall.

Les deux plus grandes plantes vertes que Taka ait jamais vues encadraient une ouverture qui menait vers un petit salon richement meublé. De là où il était, le brun fut sûr que ces fauteuils et ces canapés devaient être très confortables. Il suivit son client jusqu'au comptoir en verre de l'accueil, le nez levé vers le plafond blanc et rond d'où pendait un gigantesque lustre à pampilles. Il eut une pensée moqueuse pour la femme de ménage qui devait avoir bien du mal à entretenir la transparence des trucs qui pendouillaient tout autour des ampoules.

Taka s'accouda au comptoir, son regard errant sur le décor luxueux qui l'entourait. Quand il raconterait ça à Suigetsu et Karin, ils n'en reviendraient pas. Dommage que son portable ne fasse pas appareil photo, il aurait pu les faire baver d'envie. Ses orbes sombres se posèrent sur les personnes qui se trouvaient là. Il fronça les sourcils en voyant la façon dont ceux-ci le regardaient. Quoi ! Ils voulaient sa photo ?

Bon d'accord, il faisait clairement tache dans le décor avec ses fringues sales et bon marché, et sa gueule amochée. Mais quand même, ils n'étaient pas obligés de le mater comme s'il était un alien ! Foutus richards ! Ils ne connaissaient rien de la vie et se permettaient de se croire au-dessus des autres. Taka était sûr que dans le lot, il y avait probablement des clients à lui ou à l'un de ses charmants collègues.

- Une suite pour le week-end, jusqu'à lundi midi.

La voix grave du blond attira l'attention de Taka sur ce qui se passait à côté de lui. De l'autre côté du comptoir, l'hôtesse vérifia les disponibilités avant de s'adresser à eux, enfin au beau blond bizarre surtout.

- Bien sûr Monsieur. Un instant... La suite coloniale est disponible.

Taka retint un ricanement en voyant avec quel acharnement la demoiselle s'efforçait de ne pas le regarder. Après un hochement de tête, son client sortit son portefeuille et tendit sa carte bleue pour payer la suite. Les yeux noirs s'écarquillèrent en voyant la dite carte, pour le coup loin d'être bleue... une carte... platine. La vache ! C'était la première fois qu'il en voyait une d'aussi près. Ce type était sacrément riche ! Peut-être qu'il pourrait devenir sa poule aux œufs d'or ? Enfin, s'il lui laissait la vie sauve. Non parce que, vu le prix qu'il avait accepté de payer, Taka avait de sérieux doutes sur sa survie et sur ce qui l'attendait durant ce foutu week-end.

Naruto récupéra sa carte en même temps que le passe pour la suite était confié à un groom. L'homme en livrée les précéda, les guidant dans le grand hall. Naruto lui emboîta le pas et se retourna vers le prostitué toujours accoudé au comptoir.

- Allez viens, lança t-il, avant de prendre la direction des ascenseurs sur les pas de l'employé de l'hôtel, beaucoup plus à l'aise ici que dans la rue où il avait passé son temps à observer Taka.

Il entendit les pas du brun résonner derrière lui, signe que le jeune homme le suivait. Le groom leur ouvrit les portes de l'ascenseur, non sans les détailler avec insistance.

S'adossant contre la paroi de la cabine ascendante, Taka fixa sans vergogne l'homme en livrée. Il se lécha sensuellement la lèvre supérieure avant de se mordiller l'inférieure. Non sans une certaine satisfaction, il vit l'employé en uniforme déglutir péniblement avant de détourner les yeux.

- Arrête ça !

Le murmure à son oreille lui fit tourner la tête vers son client qui le fixa d'un air réprobateur.

Le prostitué haussa nonchalamment les épaules avant de se perdre dans la contemplation du sol recouvert d'une moquette rouge. Qu'est-ce qu'il avait ce mec ? C'était tout de même pas sa faute à lui, si les gens le reluquaient bizarrement. Il n'avait pas sa place ici, et ça se voyait. Sa place c'était sur un trottoir sordide ou dans des chambres pouilleuses... pas dans un palace. Bon il se plaignait pas, hein... mais quand même. C'était très différent de son cadre habituel de "travail".

Il n'aimait pas la façon dont ces bourgeois le regardaient, ça lui donnait l'impression de n'être rien d'autre qu'une merde, une sous-merde même.. Il savait ce qu'il valait, ce qu'il était, pas la peine de le lui rappeler. Le tintement annonçant l'arrivée à l'étage de destination le tira de ses sombres réflexions. Le blond quitta la cabine, l'employé les devançant toujours. Taka les suivit sans mot dire, admirant le couloir lambrissé et illuminé par ses appliques richement décorées.

Le groom inséra le passe dans la serrure et poussa la porte qui menait à la suite Coloniale. Il entra, déposant le passe sur la console dans l'entrée, allumant ensuite toutes les lumières. L'homme, engoncé dans son costume strict et impeccable, présenta ensuite à Naruto le contenu du mini bar et lui fit faire le tour du propriétaire, lui rappelant qu'il ne fallait pas qu'il hésite à faire appel à la réception s'il avait besoin de quelque chose.

Durant toute la visite des lieux, l'employé de l'hôtel ignora superbement Taka, ne s'adressant qu'à Naruto. Quand il se dirigea vers la porte, il attendit patiemment, s'attirant un nouveau regard noir de la part du prostitué qui écarquilla les yeux devant la scène qui se déroula sous ses yeux. L'étrange blond sortit une nouvelle fois son portefeuille de sa poche et en tira un petit billet qu'il glissa dans la main de l'homme tout en le remerciant. Ce dernier salua son client et passa enfin la porte, non sans lancer un ultime regard hautain à Taka.

Un soupir désabusé échappa à Naruto. Une fois encore, il se demanda ce qu'il était en train de faire. Pourquoi avait-il embauché le prostitué pour le week-end entier ? Une nuit aurait largement suffit... Mais non, sa bouche avait parlé toute seule, sans lui demander son avis. Ses amis avaient raison, il devrait vraiment apprendre à réfléchir avant de parler. Il manqua se cogner dans le prostitué, debout non loin de lui, dont les orbes sombres étaient grandes ouvertes.

Taka hallucinait. Ce stupide pingouin en livrée venait de se faire du blé juste pour les avoir accompagnés du hall jusqu'ici, leur avoir ouvert la porte et fait fonctionner l'ascenseur... Il n'en revenait pas.

- Qu'est ce qu'il y a ? demanda Naruto.

-... tu lui as donné combien ?

- Hein ? J'en sais rien... un pourboire...

- Juste pour nous avoir montré le chemin et ouvert la porte ? C'est... c'est du vol !

Naruto haussa les épaules, et dépassa le jeune homme qu'il laissa planté là, prenant ses aises dans ce cadre qui serait le leur pour ce week-end. Il était spontanément venu dans cet hôtel, certain de n'y croiser personne de sa connaissance, ou de l'entourage de ses parents. Il ne tenait pas vraiment à se retrouver nez à nez avec quelqu'un de son milieu, ami ou vague relation, alors qu'il était en compagnie d'un prostitué, qui en plus ne passait pas inaperçu avec ses fringues et sa gueule ravagée. Il ne fallait pas être devin pour trouver la profession du brun, c'était presque imprimé en lettres clignotantes sur son front.

Naruto se laissa tomber dans le canapé, essayant de remettre de l'ordre dans ses idées. Il avait agi sur un coup de tête, et devait à présent faire face aux détails de cette petite escapade imprévue. Pour commencer, il n'avait pas de pyjama pour ce soir, ni même de sous-vêtements de rechange pour le week-end, quand à Taka, inutile de se poser la question. Autant dire que le jeune homme n'avait que ce qu'il portait sur le dos, et qu'il attirait un peu trop l'attention. Il faudrait aussi, sans doute, qu'il pense à commander quelque chose à grignoter.

Du coin de l'œil, Taka examina son environnement pour le week-end. Le petit couloir où il se tenait comportait deux portes. Il supposa qu'elles ouvraient sur des toilettes et une salle de bain. Il hésita un instant à les ouvrir pour regarder à quoi pouvait bien ressembler ces deux pièces, mais un coup d'œil vers le salon où le blond était assis lui rappela qu'il n'était pas là en touriste, mais bel et bien pour faire son boulot, boulot déjà grassement payé et à faire dans un décor de rêve...

D'un pas tranquille, il se dirigea vers son client, avachi dans le canapé. Il en profita pour faire rapidement le tour du salon. Des murs blancs, une moquette beige, des voilages blancs qui cachaient de grandes baies vitrées, de lourds rideaux gris, deux grands canapés taupe et des coussins assortis. Tout respirait le confort luxueux, rien pour le mettre franchement à l'aise. Il se figea un instant quand il vit la taille de la télévision. Dommage qu'elle soit trop grande pour être embarquée facilement. Et puis ça aurait pris toute la place dans sa piaule...

Quand il fut devant le beau blond bizarre, il se déshabilla entièrement et lui expliqua les règles de bases :

- Tu peux me prendre où tu veux, dans toutes les positions que tu veux, tu peux utiliser tous les accessoires que tu veux et même faire du SM si t'en as envie. Tu peux inviter des potes, si ça te tente. Je peux te sucer autant que tu veux. Par contre, quand tu me prends préservatifs obligatoires et j'embrasse pas. Jamais.

Les yeux couleur de ciel s'arrondirent puis se durcirent au fur et à mesure du discours bien rodé du prostitué qui dévoilait son corps avec tout un naturel lié à l'habitude et à la pratique. Bien sûr que Naruto avait assisté au quotidien du brun sur son bout de trottoir, mais le voir et l'entendre agir ainsi, avec lui, lui fit un choc. Et quand l'épiderme pâle se dévoila sans aucune pudeur, son regard ne put manquer les larges bleus, les ecchymoses et la minceur bien trop prononcée de cette silhouette devant lui.

Il détourna la tête, gêné et frappé par la dure réalité de la vie de celui qui ressemblait tant à Sasuke.

- Je ne suis pas intéressé, finit-il par lâcher d'un ton totalement dénué d'intérêt.

Taka, persuadé que c'était ce qui l'attendait pour ce week-end dans un tel palace, croisa les bras sur son torse, ses vêtements en tas à ses pieds, déstabilisé.

- Et qu'est-ce que tu veux alors si c'est pas me baiser ?!

Naruto plongea son regard dans les orbes sombres. Qu'est-ce qu'il voulait ? Il ne le savait pas vraiment lui-même... Son obsession pour une certaine tache de naissance lui revint en mémoire et il se leva lentement. Après tout, c'était l'occasion rêvée, et le prostitué la lui tendait sur un plateau d'argent. Il se déplaça souplement et Taka déglutit. Il connaissait la musique pourtant, et ce client là, même ultra riche, n'était pas différent des autres, il en était certain. Il se donnait peut-être des airs de ne pas y toucher, mais au final, le prostitué savait déjà comment ça finirait.

Le jeune homme blond s'approcha de lui, sans rien dire, et les pupilles océan quittèrent le fin visage tuméfié pour glisser sur le corps en tenue d'Adam, offert à sa vue. Taka décroisa lentement ses bras, les laissant tomber le long de ses flancs. Voilà, ça y était, on y était. Exactement comme tous les autres, malgré ce qu'il pouvait bien dire. Il finirait, comme d'habitude, avec sa bite dans la bouche ou dans son cul... exactement comme tous les autres.

L'étudiant observa la silhouette élancée, la détaillant sans vergogne. Il effleura du bout des doigts, bien malgré lui, l'entaille discrète et assez ancienne sur l'arcade sourcilière du brun, avant de reporter son attention sur quelques cicatrices, certaines récentes, d'autres moins ici ou là. Il ne manqua pas les côtes et les hanches un peu trop saillantes, ainsi que le ventre plat presque creux. Il se détourna de tout cela, agrémenté de bleus, de bosses et de meurtrissures diverses, et fit le tour du jeune homme.

Son regard navigua sur le dos finement musclé exposé à sa vue avant de descendre plus bas sur la cambrure des reins. Naruto s'était presque fait une raison, se disant qu'il poursuivait simplement un fantôme et que cette activité prendrait fin ce week-end, quand il comprendrait enfin que ce n'était pas Sasuke et que ça ne le serait jamais. Il s'était suffisamment tourné en ridicule comme ça. C'était la dernière fois qu'il se conduisait comme un imbécile. Sa vie, loin de Taka, loin de Sasuke et de toutes ces chimères, l'attendait.

Ses yeux s'agrandirent et sa gorge se serra. Oui, il s'était promis de laisser tomber après tout ça mais... Ses doigts tremblèrent quand ils se posèrent sur le haut des reins. Là, à gauche et sur le côté, un peu plus grosse qu'une pièce de monnaie, juste au dessus de l'os de la hanche, bien visible sur l'épiderme, immanquable... une coloration plus foncée sur le derme couleur de neige... une tâche... Il en redessina les contours, essayant de frotter pour être bien certain de ce que c'était, mais la marque bien visible ne s'effaça pas sous ses doigts... Sasuke...

Sans s'en rendre compte, il avait soufflé le prénom à voix haute, le prénom de celui qui lui aussi possédait une marque identique à celle-ci, une tache en forme de V inversé évoquant vaguement un oiseau. Sasuke... Cette fois, aucun doute n'était possible... Un sosie n'aurait jamais eu la même marque, ça c'était infaisable. Sasuke... Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ? Ses orbes azurés devinrent humides, sa voix refusant de sortir de sa gorge nouée.

Chaque bleu, chaque ecchymose, chaque meurtrissure, chaque cicatrice, sa maigreur et son attitude... un prostitué... Son cœur se broya, prêt à exploser. A la fois content de le retrouver, vivant ! Mais avec un passé qui avait dû être terrible... Témoin de sa vie misérable et effroyable sur son bout de trottoir... C'était un soulagement tout en étant un crève-cœur. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ? Comment s'était-il retrouvé là ? Il était censé être mort ! Il avait vu le cercueil descendre dans la tombe et être recouvert de terre ! Et il avait tant pleuré la perte de cet être si cher à son cœur, son ami, son meilleur ami !

Il y croyait sans y croire, c'était trop gros, trop difficile à avaler... Taka était Sasuke ! Il fit un pas en arrière comme s'il venait de se brûler, ne pouvant quitter des yeux la tache marron clair, n'osant plus regarder ce corps maltraité, ne sachant plus quoi faire face à tant de détresse. Pendant que lui vivait sa petite vie bien tranquille et protégée, Dieu seul savait ce qui était arrivé à Sasuke... Sasuke... Cette fois, les larmes débordèrent de ses yeux et il tomba à genoux sur la moquette, des émotions contradictoires crevant sa poitrine, le choc de cette réalisation le faisant presque trembler. Il avait tant cherché à se convaincre que ce n'était pas lui, mais au final son instinct ne l'avait pas lâché et il avait persévéré... Et maintenant ?

Les larmes silencieuses coulèrent sur ses joues tannées et marquées de trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches félines. Sasuke était vivant ! Il l'avait retrouvé ! Sasuke, son Sasuke, son meilleur ami, le complice de ses jeux d'enfants... mais dans quel état... qui menait une vie si horrible et cauchemardesque... son corps esquinté, ses beaux yeux noirs si vides de tout ce qu'il y avait par le passé, si changé... C'était un prostitué qui avait la vie dure aujourd'hui, qui menait une existence catastrophique... Sasuke… Sasuke… vivant...

Durant tout le temps que dura l'inspection, Taka resta stoïque, réprimant la pointe d'appréhension qui le parcourut en sentant les doigts de son étrange client se poser sur lui. C'était un client comme un autre, peut-être juste un peu plus riche et aimant un peu plus son confort que les autres. Finalement, il comprenait mieux ce que ce type venait faire sur le trottoir face au sien : il faisait son marché, comme tous les autres. Il avait juste pris un peu plus de temps pour choisir, rien d'autre.

- … Sasuke...

Un long frisson couru le long de son échine à l'entente de ce prénom à peine soufflé d'une voix blanche. Encore ce prénom. Il lui avait déjà dit pourtant, non ? Il s'appelait Taka. Il avait une mémoire de poisson rouge ou quoi ? Il tourna la tête vers le blond et fut surpris de voir le visage hâlé sillonné de larmes et visiblement choqué. Naruto tomba à genoux, laissant le brun hésitant sur la conduite à tenir. Il devait faire quoi là au juste ? Depuis quand ses clients pleuraient devant son corps nu ? Il était si beau que ça ? Si moche que ça ? Il lui faisait quoi là ?

Les yeux azur se relevèrent vers lui et le perturbèrent par l'émotion intense qu'ils contenaient. Ne sachant que faire, Taka dit la seule chose qui lui vint à l'esprit :

- Qu'est-ce que tu veux au juste ?

Il s'attendait à tout, mais il musela sa peur, offrant une expression de défi à son vis-à-vis. Il en avait vu d'autres, il avait même son compte niveau expériences étranges en tout genre. Ce n'était pas un bourgeois trop émotif qui allait l'impressionner.

Naruto vit toutes les cicatrices et les marques diverses qui marbraient le corps face à lui. Qu'est-ce qui avait bien pu arriver à Sasuke pendant toutes ces années ? Pourquoi, lui qui était censé être mort, était-il debout devant lui, devenu un prostitué qui faisait le trottoir pour gagner sa vie ? Une vague d'inquiétude le submergea, les images de la correction que son ami avait subi le week-end d'avant lui revenant en mémoire. Il était maigre, il était mal en point, il était sale... et il faisait le trottoir. Et s'il avait en prime attrapé une maladie quelconque ? Le sida ou une chose du genre ? Il se souvenait aussi du quartier mal famé qu'il avait visité, un bidonville plus qu'autre chose... Comment Sasuke vivait-il quand il n'était pas sur son bout de macadam ?

Naruto serra les poings et s'essuya les yeux brusquement. C'était pas le moment de se laisser abattre, de s'apitoyer sur son sort sans rien faire, de pleurer sur ce qui avait dû être et qui ne serait plus jamais. Il l'avait retrouvé, et c'était ça qui comptait. Sasuke était là, devant lui, bien vivant, et il allait tout faire pour que les choses s'arrangent. Peu importait qu'il soit un prostitué ou Dieu savait quoi. Il était là, avec lui; et c'était ça qui comptait. Pour le reste, il aviserait.

Taka vit le blond se relever, et plonger son regard dans ses yeux. D'une voix ferme, son client déclara :

- Je veux te retrouver... Sasuke.

Tout son corps se crispa, une impression étrange lui nouant les entrailles. Encore ce prénom... et ces yeux... si bleus... si sérieux tout à coup. Pourquoi ? Pourquoi ce type déclenchait autant de trucs si bizarres en lui ? Il était pourtant certain de ne jamais l'avoir rencontré avant, alors pourquoi ?

Il ne devait pas se laisser submerger par ces émotions qu'il ne comprenait pas. S'il perdait le contrôle... il signait sa perte. Il le savait. Taka soupira profondément avant de répondre, sa voix un peu adoucie, bien malgré lui, mais restant ferme.

- Je te l'ai déjà dit. Je ne suis pas Sasuke. Je ne connais même personne avec ce prénom. Je lui ressemble peut-être, mais ce n'est pas moi. Tu te trompes.

Devant le manque de réaction de son client, il enfonça un peu plus le clou, un rictus méprisant étirant le coin de ses lèvres.

- En plus, Sasuke : c'est quoi ce prénom ? Ses parents ont pensé à quoi en l'appelant ainsi ? C'est sûr qu'avec un nom pareil, il doit pas passer inaperçu ce mec. Les gens doivent bien se foutre de sa gueule. Désolé de te décevoir blondie, mais ton Sasuke n'est pas là. Peut-être...

- Naruto.

L'interruption et le ton décidé de celle-ci surprit le brun, qui leva un sourcil interrogatif vers le blond. Ce dernier sourit devant cette expression qu'il avait tant vue étant enfant. Il avait bien essayé, lui, de ne lever qu'un seul sourcil, allant jusqu'à s'entraîner devant son miroir. Mais il n'avait jamais obtenu le même résultat que Sasuke. Exactement comme ce qu'était en train de faire actuellement le brun sans même s'en rendre compte tant c'était naturel pour lui.

- Tu m'as appelé blondie. J'aime pas vraiment. On va passer le week-end ensemble, alors ce sera plus simple que tu m'appelles par mon prénom, non ?

Taka haussa les épaules avant de répliquer.

- Si tu veux. Et donc, tu t'appelles ?

- Naruto.

- Comme les pâtes en forme de tourbillon ?

Naruto se renfrogna en entendant la question éberluée du brun. Celui-ci cacha sa bouche avec sa main en voyant le hochement de tête de son client. Il ne put retenir un ricanement amusé qu'il étouffa du mieux qu'il put dans sa paume.

- Hé te moque pas ! râla le blond.

Taka prit sur lui pour contrôler son hilarité naissante et répliqua :

- Reconnais que porter le même nom que des pâtes pour ramen, c'est un peu la honte.

- Parce que tu crois que Taka c'est mieux ? rétorqua Naruto, vexé.

- Carrément. Ça signifie Faucon. C'est quand même vachement plus classe que "pâtes en tourbillon" !

Les deux jeunes appartenant à deux mondes si différents s'affrontèrent du regard, les bras croisés sur leurs torses, chacun défiant l'autre silencieusement. Naruto se sentit soudain vivant comme ça ne lui était plus arrivé depuis des lustres. Se disputer de cette façon... avec Sasuke... ça lui avait tellement manqué. Un immense sourire éclaira son visage surprenant son vis-à-vis. Un léger rire lui échappa alors qu'il disait :

- Ça m'a manqué tu sais de me disputer avec toi comme ça !

Le froncement de sourcils du brun lui indiqua clairement que celui-ci ne comprenait rien à ce qu'il disait. Ce que Taka confirma quelques secondes plus tard.

- De quoi tu parles, crétin ? On se connaît pas, pourquoi ça t'aurais manqué ?

Taka vit le sourire lumineux disparaître petit à petit en même temps que les yeux bleus se teintaient d'incrédulité, puis de compréhension avant de se faire décidés.

Comment n'y avait-il pas pensé avant ? C'était pourtant évident. Il en avait entendu parler à la télévision, il s'y était particulièrement intéressé à cause de son grand-père. Et cela expliquerait tout. Pourquoi Taka lui soutenait mordicus ne connaître aucun Sasuke, pourquoi il ne l'avait pas reconnu, pourquoi ce monde qui aurait dû être le sien lui était totalement étranger : Amnésie post-traumatique. Son grand-père paternel était victime de cette amnésie particulière.

Le vieux se souvenait de tout, de toute sa vie, sauf des trois ans passés dans l'armée, de ces trois ans de guerre où il avait défendu sa nation sur les champs de batailles. Il était revenu au pays gravement blessé et traumatisé par les horreurs qu'il avait vues, qu'il avait vécues, celles qu'il avait dû faire subir à ses ennemis. A sa sortie de l'hôpital, il avait tout simplement occulté les trois années précédentes. Le psychiatre avait expliqué à sa grand-mère que c'était un mécanisme de défense inconscient, mais qu'il était possible que sa mémoire revienne un jour.

Sasuke avait dix ans quand sa maison avait brûlé, dix ans quand ses parents étaient morts. Si les journaux disaient vrai, il était fort probable qu'il ait été torturé ce soir-là. Et vu ce dont il avait été témoin dans la rue où le jeune homme tapinait, il y avait fort à parier que sa vie après cette nuit n'avait pas été rose. Rien d'étonnant au final que le subconscient de son ami ait effacé les années précédentes de sa mémoire. Naruto regarda intensément celui qui lui faisait face et qui attendait son bon vouloir.

Face à lui ce n'était pas vraiment Sasuke, c'était Taka. Génétiquement ils étaient une seule et même personne, mais Sasuke n'existait pas dans l'esprit de Taka. C'était à lui, Naruto, de le faire revivre. C'était le seul moyen pour retrouver son ami perdu. Soupirant doucement, il se dirigea vers le téléphone pour appeler la réception, tout en expliquant :

- Je vais nous commander à manger. Tu te laves, on mange et après on se matera un film.

- Tu te crois dans Pretty Woman ou quoi ? claqua le brun d'une voix froide.

Taka retint un grognement quand son client décrocha le combiné sans même lui répondre. Les changements d'attitudes de ce dernier lui donnaient le tournis, une vraie girouette ce type. Il tiqua en entendant le programme de la soirée. Il grommela dans sa barbe inexistante et pesta contre ce planning pour le moins inhabituel, ne prêtant aucune attention à ce que son client commandait à la réception.

Et puis pourquoi il devait se laver d'abord ? Il lui faisait quoi là comme plan. En temps normal, ses consommateurs le baisaient et ensuite il se lavait quand il en avait l'occasion. Quel intérêt de se laver, de manger et de regarder un film ? De toute façon tôt ou tard, il passerait à la casserole et selon lui, mieux valait le plus tôt possible, histoire qu'il sache à quoi s'en tenir pour le reste du week-end. A quoi bon tourner autour du pot ?

Naruto raccrocha le combiné, surpris de voir que Sasuke était resté planté là, un air boudeur sur son visage. Il soupira et passa une main dans ses cheveux.

- Taka, va te laver. Tu verras, tu te sentiras mieux après.

- Et je peux savoir à quel moment tu comptes me baiser ? Histoire que je sois pas surpris si tu te pointes comme une fleur dans la salle de bains.

Naruto leva les yeux au ciel.

- Je te l'ai déjà dit. Je ne suis pas intéressé. Va prendre une douche. Ensuite, on regardera ensemble ce qu'il y a comme films à la télé, le temps que le repas arrive.

- Et ensuite ?

- Et ensuite rien... On ira dormir. Allez va te laver, tu pues le sexe et t'es crade. Comment tu peux vivre en étant aussi sale, sérieux !

Taka se renfrogna pour de bon et marmonna, tout en se dirigeant vers le couloir, où il supposait que se trouvait la salle de bain :

- Et toi, comment tu peux vivre en étant aussi con ?

C'était quoi ce mec ? Un maniaque de l'hygiène ? Il ouvrit l'une des deux portes au hasard et entra, entendant la voix de son client lui crier :

- Surtout frotte bien partout ! Et ne lésine pas sur le savon !

La porte claqua avec force, alors que le prostitué maudissait ce foutu blond saletéophobe. Il faisait le trottoir ! Où est-ce qu'il avait vu une douche dans sa putain de rue, l'autre là ? Évidemment qu'il sentait le sexe. C'était la preuve qu'il travaillait ! Quel crétin ! Il s'attendait à quoi, hein ? A ce qu'il soit aussi pimpant qu'une princesse ? Cessant de fusiller des yeux le battant de bois qui le séparait du reste de la suite, Taka se retourna et se figea sur place. Ses précieuses bottes, qu'il avait ramassées au passage, tombèrent au sol avec un bruit sourd.

Sur le mur à sa gauche, un meuble en bois supportait deux grandes vasques blanches surmontées d'un immense miroir dont les contours étaient en bambou tressé. Face à lui, une grande baie vitrée remplaçait tout le mur du fond, ouvrant sur un balcon arboré. La spacieuse douche se trouvait devant la baie vitrée, faite de parois totalement transparentes. Accolé entre la cabine de douche et le mur de droite, un bassin creusé à même le sol servait de baignoire, des marches permettant d'y descendre sans mal.

Les yeux écarquillés et la mâchoire pendante, Taka n'en revenait pas. Ça... une salle de bains ? On était loin des petites cabines miteuses en plastique, étriquées et défraîchies, accompagnées de moisissures, qu'il avait l'habitude de fréquenter dans les hôtels de bas étage où il avait parfois la chance de passer quelques heures en semaine avec certains de ses clients. Et dire que pour lui ces cabines rudimentaires, c'était du grand luxe ! Dans son bidonville, il se lavait dans un baquet rempli d'eau de pluie... Froide la plupart du temps.

Il s'approcha, presque timidement, du meuble soutenant les vasques, garni de flacons de toutes sortes. Il tendit doucement la main vers l'une des petites bouteilles avant de la retirer rapidement, ayant l'impression de commettre un sacrilège. Jamais de sa vie, il n'avait vu autant de produits de toilette. Il y avait même une paire de brosses à dents attendant sagement d'être déballées, dans des gobelets si propres qu'il pouvait voir son reflet dedans.

Il déchiffra les étiquettes, lisant les marques calligraphiées sur les emballages. Yves Saint Laurent, Dior, Nina Ricci... que des noms qu'il ne connaissait absolument pas. Probablement des noms donnés pour faire bien par les gérants de l'hôtel. Il trouva ce qu'il cherchait : un gel douche et un shampoing, estampillés Jean-Paul Gauthier. L'autre crétin lui avait dit de bien frotter... il allait s'en donner à cœur joie. Dans le doute, il prit aussi un lait pour le corps Channel et un soin capillaire Pacco Rabanne. Bon, il ne savait pas vraiment ce que c'était que ces trucs là, mais ça ne pouvait qu'être bien, non ? En plus, c'était écrit dessus : pour le corps et les cheveux.

Il bouda le simple petit savon parfumé dans sa petite boîte en plastique stylisée. Non, vraiment, Nina Ricci, ça faisait trop fille et de toute façon, le savon comme ça, il connaissait. Quoi que d'habitude, il était minuscule, sous emballage transparent et aussi fin qu'une feuille de papier, dans les établissements qu'il fréquentait en temps normal. Ayant une pensée subite pour sa colocataire, il se ravisa et prit la savonnette pour la glisser dans ses bottes. Il faudrait qu'il pense à piquer un truc pour Suigetsu aussi.

Taka pénétra dans la cabine de douche, y déposant son fardeau dans un coin et ferma la porte transparente. A sa grande surprise, dés qu'elle fut close la paroi vitrée devint floue, ne lui laissant plus voir ce qui se passait à l'extérieur. Inquiet de ce phénomène, il rouvrit précautionneusement le battant de verre qui retrouva son aspect transparent.

- Ouah ! C'est cool ! lâcha-t-il avec un léger sourire après avoir renouvelé plusieurs fois l'opération avec curiosité, histoire d'être bien sûr qu'il n'y avait aucun danger pour lui.

Toujours aussi émerveillé, il se retourna vers la douche. Bon, ok, il n'était pas idiot hein ? D'habitude c'était juste une poignée ou un bouton en aluminium avec chaud ou froid n'est-ce pas ? Et ben là... mystère... Il n'y avait qu'une seule grosse manette ronde et chromée qui lui faisait presque mal aux yeux tant elle brillait. Pas de côté chaud, pas de côté froid... rien... Il lui fallut un moment pour voir la petite bague supplémentaire qui la sertissait avec des degrés.

Perplexe, Taka fit tourner la bague qui émit un petit clic discret quand il s'arrêta sur trente sept degrés. Quand sa main fit ensuite pivoter le gros bouton chromé, un véritable déluge s'abattit sur lui, plusieurs petits jets denses martelant son corps. Un glapissement surpris lui échappa sous l'agression qu'il subit. Il découvrit après coup qu'un autre bouton permettait de régler les différents jets, faisant fonctionner certains, en coupant d'autres, intensifiant ou baissant la pression de l'eau qui en sortait.

Après quelques pérégrinations, il ajusta tant bien que mal la puissance des différentes buses, levant son visage sous la cascade agréable qui le parcourait. Il augmenta la température de l'eau, des nuages de vapeur envahissant peu à peu toute la pièce et formant de la buée sur les miroirs. C'était bien la première fois qu'il devait réfléchir autant pour prendre une simple douche. Franchement, ces bourgeois aimaient vraiment se compliquer la vie pour rien !

Après avoir bien profité de la sensation de l'eau chaude coulant sur son corps meurtri, il décida de passer à la phase suivante de l'opération "Satisfaire les lubies d'un maniaque blond de l'hygiène". Attrapant le pot de soin capillaire, il l'ouvrit, restant un instant dubitatif face à la crème blanche qui s'y trouvait. Il y plongea finalement ses doigts, pensant, à juste titre, que cette texture ne sortirait pas seule de son contenant. Quelle idée de faire un truc pour les cheveux qui ne se versait pas facilement.

Il vida soigneusement le pot dans sa paume et se frotta énergiquement le crâne avec. A part lui graisser les cheveux, ça ne faisait strictement rien, pas la moindre petite mousse. Peut-être avait-il raté une étape ? Reprenant le pot qu'il avait posé au sol, il lut tant bien que mal les instructions écrites en tout petit sur le dos du contenant. Laisser reposer trois minutes avant de rincer ? Et comment il les comptait lui les trois minutes ? Il n'avait ni montre, ni minuteur et son portable était dans ses bottes loin de la cabine, et pas question de le prendre : il n'était pas étanche.

Sûrement que ces richards de bourges en avaient eux, des portables étanches... Décidé malgré tout à laisser reposer le produit pendant le temps imparti, il se saisit du lait corporel, prenant grand soin de lire les conseils d'utilisation avant de s'en servir. Bon visiblement, ça ne servait pas à se laver, mais à hydrater la peau. Pourquoi vouloir l'hydrater alors qu'elle était déjà sous l'eau ? Taka renonça à comprendre les raisonnements de ces fous qui se prenaient la tête pour trois fois rien, et jeta son dévolu sur le gel douche.

Un peu inquiet, il ouvrit le flacon et le porta à son nez. Jean-Paul... avec un prénom pareil, c'était pas sûr que ça sente très bon ce truc... Finalement c'était pas si mal que ça. Il entreprit donc de se savonner, faisant mousser abondamment le gel sur son épiderme fragile. Il allait se rincer quand le conseil du blond lui revint en mémoire : "Surtout frotte bien partout !" Partout ? Avec un soupir désespéré, il s'assit sur le sol humide et s'attaqua à ses orteils, faisant bien attention de frotter entre chacun d'entre eux.

Il s'occupa de la même façon de chaque partie de son corps, de la plante des pieds jusqu'à ses oreilles, en passant par son nombril et ses mamelons piercés, son sexe mou, et ses fesses martyrisées. Il hésita un instant, se demandant si par "partout" le blond incluait aussi l'intérieur de son cul, avant de décider qu'un simple coup d'eau ferait l'affaire. Il n'avait nullement envie de se foutre un doigt dans l'anus, et quelque chose lui disait que le gel douche n'était pas conseillé à cet endroit particulièrement fragile chez lui en ce moment.

Fatigué d'attendre et supposant que les trois fameuses minutes devaient maintenant être largement passées, Taka se rinça soigneusement. Utiliser le dernier produit, le shampoing, s'avéra décidément bien plus simple et normal. Le gel parfumé moussa à qui mieux mieux dans ses mèches brunes à présent parfaitement "soignées". Il prit son temps, puisque pour une fois il l'avait, et il se délassa sous les jets massant, profitant de la chaleur de l'eau bienfaisante alors qu'il massait son crâne avec dextérité.

Sortir de la douche fut presque un crève-coeur tant l'endroit était agréable. Résigné, Taka coupa enfin la cascade bienfaitrice, car il ne restait plus la moindre goutte de produit sur lui qui pourrait servir d'excuse pour demeurer là plus longtemps. Il ne prit pas la peine de se regarder dans le miroir encore embué, et replaça ses cheveux rapidement, avec ses doigts. Il s'empara de l'une des serviettes sous les vasques et faillit perdre l'équilibre en la dépliant tant elle était grande... et douce... S'enrouler dedans et se sécher avec fut encore un petit moment délicieusement appréciable. Finalement, tout ce luxe avait des bons côtés.

Jamais il n'avait eu droit à une serviette aussi grande, ni d'aussi bonne qualité. Il pouvait presque intégralement disparaître dans le rectangle épais. Avisant le dos de la porte close de la pièce, il y trouva une paire de peignoirs tout aussi immaculés et épais. Sans se poser plus de questions, il en enfila un, lâchant la serviette sur le sol, appréciant le contact molletonné du vêtement confortable sur sa peau. Il remit ses bottes et, la main sur la poignée de la porte, marqua un temps d'arrêt. Devait-il aussi se brosser les dents ?

Taka hésita un court instant, avant de décider que ce serait plus sage, surtout s'il voulait éviter une réflexion désagréable du blond à tendance maniaque. Il se résigna et se saisit d'une brosse à dent encore dans son emballage. Par curiosité, il lut ce qui était écrit au dos du carton, surpris de voir que celle-ci était électrique et brossait aussi la langue. Électrique ? C'était pas un peu dangereux ce truc ? Prenant son courage à deux mains, il se lança dans son nettoyage bucco-dentaire, faisant bien attention à éviter son piercing lingual. Il ne tenait pas particulièrement à s'électrocuter avec l'appareil qui effectivement vrombissait curieusement, activant sa brosse.

Naruto raccrocha le combiné après avoir passé commande pour tout ce qu'il voulait : pyjama, sous-vêtements, de quoi grignoter un peu. Bref, tout le nécessaire pour la soirée. Heureusement que dans l'hôtel, il y avait quelques boutiques vestimentaires entre autres. Il aviserait demain pour le reste. Son regard tomba sur les vêtements du prostitué abandonnés en un tas informe sur le sol au beau milieu du salon. Il plissa le nez avant de s'en saisir du bout des doigts.

Depuis combien de temps n'avaient-ils pas été lavés ? Ce fut le bras tendu loin devant lui, qu'il alla déposer les frusques du brun dans le sac prévu à cet effet. Sac qu'il referma soigneusement avant de l'accrocher sur la poignée extérieure de la porte de la suite, afin que le personnel de l'hôtel les récupère pour les nettoyer. Naruto leur souhaitait d'ailleurs bien du courage car les vêtements déposés étaient toujours prêts pour les clients le lendemain.

Il bénit sa bonne étoile. Grâce à la fortune de ses parents, payer la facture de leur petit séjour qui serait bien salée ne poserait aucun problème, ses fonds étant quasiment illimités. Il commença à s'inquiéter quand le room-service apporta sa commande et que Taka n'avait toujours pas reparu. Qu'est-ce qu'il foutait ? Il n'avait quand même pas fait un malaise dans la baignoire, si ? Il s'apprêtait à ouvrir la porte quand le brun sortit de la pièce au même moment.

Naruto se figea un instant devant le jeune homme. Les cheveux encore humides et ébouriffés, les joues rougies par la chaleur de la douche, comme en témoignait le gros nuage de vapeur qui s'échappa de la salle de bain. Le peignoir blanc était largement ouvert sur le torse d'albâtre… Son ami d'enfance avait l'air si fragile, si éthéré... Naruto secoua brusquement sa tête et d'un geste vif il rajusta le tissu blanc et cotonneux mal positionné sur le corps trop mince.

- Tsss... C'est pas comme ça que ça se met...

Taka posa un regard surpris sur ce type qui s'échinait à le couvrir soigneusement. D'habitude, ses clients l'aimaient le moins vêtu possible, pas emmitouflé jusqu'aux oreilles ! Un paquet sous cellophane atterrit dans ses bras et il fut repoussé dans la pièce qu'il venait de quitter, le blond lui ordonnant d'une voix ferme :

- Va t'habiller. On est dans un endroit convenable ici. Et puis, tu vas attraper froid !

La porte se referma sous son nez, laissant un jeune brun dubitatif avec son paquet dans les mains, une paire de mules blanches siglées du logo de l'hôtel par dessus. Visiblement, le blond faisait partie de ceux qui aimaient le cosplay. Rassuré de se retrouver dans un domaine qu'il connaissait, Taka ouvrit le sachet pour découvrir quel fantasme il allait devoir assouvir ce soir. Mais quelques minutes plus tard, il n'était pas plus avancé sur les lubies étranges de l'individu qui avait payé ses services pour tout le week-end.

Quel genre de dingue fantasmait sur ce genre de fringues ? Un pantalon bleu foncé en une sorte de satin, enfin il supposait que c'était du satin, avec une taille élastique, et la chemise manches longues de même couleur avec une rangée de tout petits boutons ronds et blancs sur le devant. Le tout était en plus bien trop grand pour lui, le pantalon lui tombait des hanches et il avait dû faire plusieurs revers aux pieds pour ne pas marcher dessus, la chemise baillait devant et lui cachait entièrement les mains. Non mais c'était quoi ce trip ? D'habitude, les tenues qu'on lui faisait porter, il avait de la chance quand elles se composaient de plus de vingt centimètres de tissu.

La porte s'ouvrit à nouveau et Naruto passa la tête pour voir où en était son invité. Éberlué, il vit le jeune homme nager dans le tissu soyeux, la veste largement ouverte sur le torse trop mince et marbré d'ecchymoses. Entrant définitivement dans la pièce, il étouffa un soupir désabusé.

- Mais c'est pas possible ça, tu sais même pas mettre un pyjama correctement, tu le fais exprès ou quoi !

Faisant face au brun, il se mit en devoir de boutonner le haut, un pincement au cœur en constatant à quel point le vêtement était trop grand pour celui qui le portait. Le pantalon tombait de travers sur les reins maigrelets et le moindre geste finirait par le faire définitivement tomber.

Préoccupé d'éviter tout accident, Naruto tira sur la ceinture élastique pour y faire un nœud qui résoudrait le problème de façon temporaire, resserrant la taille trop lâche. Il finit de faire passer tous les boutons, sans la moindre exception, dans les encoches prévues à cet effet et retroussa également proprement les manches trop longues. C'était décidé ! Dès demain, ils iraient faire quelques emplettes ! Et puis, il allait le faire manger aussi et lui faire prendre le soleil ! Sasuke était bien trop maigre et la couleur du pyjama faisait ressortir son teint bien trop pâle, presque cireux.

Taka observa son client qui le rajustait avec une maniaquerie obsessionnelle. C'était quoi ce dingue qui fantasmait sur des "pyjamas" ? Et c'était quoi au juste un "pyjama" ? Décidé à faire preuve de professionnalisme, il posa la question à son consommateur :

- C'est quoi un pyjama ?

La tête blonde se releva si vite vers lui qu'il fut certain d'avoir entendu les os du cou craquer.

Devant le silence de son vis-à-vis, il précisa sa pensée :

- Non parce que moi, je connais le costume d'infirmière, de soubrette, de plombier, de père Noël, de mère Noël, de fée, d'hôtesse de l'air, de cuisinière,... Bref, je connais plein de cosplays, mais pas celui de pyjama. Alors si tu veux que je fasse ça bien, faut que tu m'expliques, que je puisse me mettre dans la peau du personnage. Tu comprends ?

Naruto hésita entre rire et pleurer en entendant le discours du brun. Rire parce que du haut de ses environs vingts ans, Taka ne savait même pas ce qu'était un pyjama. Et pleurer parce que l'énumération qu'il venait de lui faire n'était que le triste reflet de la réalité de la vie de celui qui avait été son ami d'enfance. En plus, ce dernier semblait persuadé qu'il s'agissait d'un jeu pervers érotique, bien que Naruto lui ait précisé que ce n'était nullement dans ses intentions.

Se résignant à éclairer la lanterne très obscure du prostitué, il lui répondit d'une voix douce :

- Un pyjama, c'est un vêtement qui sert à dormir. Juste à dormir. Rien d'autre.

L'incrédulité se lut sur le visage de Taka, brisant un peu plus le cœur du blond.

- A... dormir ? Ça existe ça ? Des vêtements juste faits pour dormir ? Mais tu fais comment alors pour baiser après ? C'est ça qui t'excite ? Tu veux que je te fasse un strip-tease en plus ? C'est idiot ! Autant être tout nu... mais bon, si c'est ton trip...

Naruto se frappa le front de la paume de sa main avant de poser un regard exaspéré sur le prostitué.

- Non. Je ne veux rien de tout ça. Rentre-toi bien ça dans le crâne une bonne fois pour toute : JE. NE. TE. BAISERAI. PAS. On va passer le week-end ensemble, c'est tout. POINT.

- Mais... tu as payé une fortune juste... pour rien ? s'étonna Taka. T'as si peu d'amis que ça que tu payes pour en avoir ? Achète-toi un chien dans ce cas, ça te reviendra moins cher.

- J'ai déjà un chien, et j'ai beaucoup d'amis, rétorqua Naruto. Et non, je ne les ai pas payé pour qu'ils le soient, rajouta t-il en voyant le brun ouvrir la bouche.

Taka croisa les bras sur son torse et fit une moue dubitative.

- Je vois pas l'intérêt de te payer une pute si tu te la fais pas. T'es vraiment barge comme mec.

Ses yeux s'écarquillèrent soudainement, alors qu'il pointait un doigt vers son client récalcitrant.

- Je sais... en fait, t'es impuissant, c'est ça ? Bah, c'est pas grave tu sais ! Une petite pilule bleue et hop, ça repart. Et puis, je suis très doué de mes mains et de ma bouche, on devrait réussir à faire quelque chose.

Naruto envisagea sérieusement la possibilité de se noyer dans la baignoire face à l'entêtement du prostitué. Il stoppa les mains blanches qui entreprenaient déjà de défaire sa braguette, et s'énerva franchement :

- Mais merde ! J'ai dit NON ! Tu aimes ça à ce point que tu en réclames ? T'es en chaleur ou quoi ! Et je ne suis pas impuissant ! Tout va très bien de ce côté là, Dieu merci.

Le visage de Taka se ferma comme une huître à ces mots. Il relâcha l'avant du pantalon de son client et quitta la pièce d'un pas rageur.

Pour qui il se prenait ce mec ? La Sainte Vierge ? Non, il n'aimait pas se prendre des bites dans le cul à longueur d'année, mais il n'avait pas le choix. C'était soit ça, soit il crevait. Et puis, c'était quoi cette histoire débile de pyjama ! Il avait rien demandé lui d'abord. Et puis, d'où il n'allait pas le toucher ? Ça faisait dix ans qu'il faisait ça, et jusque-là personne... non... PERSONNE ne l'avait épargné. Pas une seule fois, pas une... même quand il avait mal à hurler, même quand il n'en pouvait plus... Alors, pour qui il se prenait ? Merde !

Avisant les victuailles posées sur la table basse, Taka attrapa un truc ressemblant vaguement à un hamburger et croqua dedans à pleines dents. Il ne s'attarda pas outre mesure sur le goût différent de ce qu'il connaissait. C'était mangeable, pas besoin de plus. Le bruit des pas de l'autre crétin retentit dans la pièce silencieuse.

- Taka...

- Y'a pas à boire ? le coupa t-il d'une voix polaire.

Naruto retint un soupir, visiblement il l'avait vexé. Mais merde, pourquoi Taka ne voulait-il pas comprendre qu'il ne souhaitait pas avoir des relations sexuelles avec lui ? Il posa son regard sur ce qu'il avait fait livrer et désigna les bouteilles.

- Ben si, regarde j'ai pris de l'eau plate, de l'eau gazeuse, du jus de fruit et du soda.

Sans même le regarder, le brun se dirigea vers le mini-bar qu'il ouvrit et commença à fouiller.

Se laissant tomber sur le canapé, Naruto observa son invité qui revint vers la table, les bras chargés de mignonnettes en tout genre.

- Tu vas pas boire tout ça quand même ?! s'exclama-t-il.

Taka s'assit sur le second canapé, ses bouteilles sur les genoux et posa ses pieds, toujours chaussés de ses bottes, sur le coin de la table.

- Enlève tes bottes ! Et ne pose pas tes pieds sur la table !

Pour seule réponse Taka montra un majeur tendu bien haut à son client et ouvrit une première mignonnette qu'il descendit cul sec.

- Pas mauvais... mais trop petit, marmonna t-il pour lui même, avant de replonger sa main dans le tas sur ses genoux.

- Tu devrais pas boire autant, tu vas te rendre malade. Déjà que t'es pas épais ! Et vire-moi ces bottes ! Elles sont bonnes à jeter.

Les orbes sombres de son employé temporaire fusillèrent Naruto sur place, alors qu'une seconde bouteille se vidait dans la gorge pâle. Le blond soutint sans ciller le regard meurtrier et insista une nouvelle fois.

- Y'a des mules dans la salle de bains. Tes bottes toutes crottées n'ont rien à faire à côté du repas. Enlève-les !

Non, mais il lui faisait quoi là ? Enlever ses bottes ? Pas question. Y'avait sa came dedans, ses clopes et les quelques biftons qu'il s'était fait avant que le blond ne l'embarque. D'ailleurs... maintenant qu'il y pensait :

- Elles sont où mes fringues ? Je te conseille de pas les avoir foutues à la poubelle, parce que là sinon je te refais le portrait ! Et puis propre ! Aucun chirurgien esthétique ne pourra te ravaler la façade ! Crois-moi ! s'énerva t-il.

Naruto leva les mains en signe d'apaisement, Taka était assez effrayant avec cet air de psychopathe. Il ne tenait pas à se battre avec lui, il ne voulait pas se battre avec son meilleur ami et risquer de provoquer de nouvelles blessures à la silhouette déjà abîmée.

- Elles étaient sales. Je les ai juste envoyées au pressing. Tu les récupéreras tout à l'heure, propres. Alors zen, ok !

- Hmphf... Ils ont pas intérêt à me les bousiller.

Plongeant sa main dans le tas de petites bouteilles sur ses genoux, Taka en ressortit une au hasard et jeta un œil sur l'étiquette. "Suze". Qu'est-ce que c'était que ça ? Il n'en avait jamais vu dans les rayons de la supérette où il faisait toujours ses courses. Il ôta le bouchon à vis et renifla avec curiosité le contenant de couleur indéfinissable. Pas vraiment convaincu, il enquilla malgré tout le liquide d'une seule traite. L'amertume qui emplit sa bouche le fit tousser, et l'obligea à avaler rapidement la première chose qui lui tomba sous la main, un espèce de beignet, probablement aux crevettes s'il en croyait la queue rose qui en dépassait.

Un léger ricanement à ses côtés attira son attention sur Naruto qui visiblement se retenait de rire. Toussant encore un peu, Taka fusilla la bouteille fautive des yeux et râla :

- Non, mais c'est quoi ce truc ? C'est dégueulasse ! Comment des gens peuvent payer pour boire un truc pareil ?

Devant la colère du brun, le blond éclata franchement de rire. Avisant la moue boudeuse de ce dernier, il tenta de s'expliquer malgré son fou rire.

- Tu au..rais vu … ta têteeee...

- Pff... crétin... marmonna Taka en se radossant dans le canapé.

Le temps que Naruto se reprenne, Taka déposa son lot de mignonettes à côté de lui et s'intéressa à la nourriture étalée sur la table. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas fait un repas complet. Depuis Noël en fait... Avec Suigetsu, Karin et Jûgo, ils avaient pour habitude d'aller manger au fast-food pour marquer l'événement. C'était pas le grand luxe, mais c'était le seul restaurant qu'ils pouvaient s'offrir.

Et là, sous ses yeux, s'étalaient une véritable montagne de nourriture. A tel point qu'il ne savait pas quoi choisir, certains aliments lui étant totalement étrangers. En même temps, sorti de ses boîtes de conserve et de ce maigre festin de fin d'année, il n'y connaissait pas grand chose. Il avait reconnu la crevette pour en avoir vu au rayon surgelé de la supérette où il faisait ses courses, mais il n'avait jamais pu se permettre d'en acheter. Ses orbes sombres brillèrent de convoitise. Par quoi commencer ?

Il piqua dans quelques plats ici et là, directement avec les doigts, sentant parfois le regard azur se poser sur lui. Taka descendit du canapé et s'agenouilla sur la moquette, histoire d'être plus près du buffet improvisé. Il enfourna quelques petites brochettes d'une viande curieusement caramélisée, mais délicieuse, et croqua dans des bâtonnets qui s'avérèrent être des légumes. Des carottes... C'était bien la première fois qu'il en mangeait sous cette forme. D'habitude c'était des petits machins tout orange et rabougris, tout mous dans une boite en alu qu'il faisait bouillir comme il pouvait sur la vieille plaque chauffante.

Naruto l'observa, perplexe, presque mal à l'aise de manger sans faim réelle avec son assiette, son couteau et sa fourchette. Taka ne devait pas manger tous les jours à sa faim, c'était clair, pendant que lui se permettait parfois de jeter ses restes sans arrière pensée. Probablement que même Kyuubi mangeait mieux que lui... Kyuubi ! Il sortit rapidement son téléphone portable de sa poche et envoya un message à Kiba. Son pauvre chien allait se morfondre tout seul pendant tout un week-end ! Heureusement, il savait d'avance que son ami, amoureux des animaux et se destinant à être vétérinaire, ne ferait aucune difficulté pour aller s'occuper de l'animal en son absence.

- Tu sais, tu lui ressembles vraiment beaucoup...

La voix grave et mélancolique de son client fit relever la tête brune de Taka.

- A qchi ? demanda t-il la bouche pleine.

Un doux sourire étira les lèvres charnues de Naruto qui répondit doucement :

- A Sasuke...

Taka cligna des yeux, un peu étonné par la tristesse perceptible dans l'attitude de son client. Ne sachant que dire, il lâcha un "Oh." atone.

- C'était mon meilleur ami. On était comme les deux doigts de la main. On faisait tout ensemble, et quand j'imaginais mon avenir, il en faisait forcément partie...

Le prostitué écouta d'une oreille la litanie des mots qui se poursuivit pendant qu'il continuait lui de son côté à grignoter, produisant de temps en temps quelques onomatopées.

Quand le discours de son consommateur blond se termina, Taka se sentit dans l'obligation d'au moins faire semblant de s'y intéresser.

- Et pourquoi tu le cherches ? Vous vous êtes disputés ? s'enquit-il.

Naruto planta ses yeux azur dans les iris noirs du brun avant de lâcher :

- Il est mort. Il y a dix ans...

- Ah... c'est triste. Mais s'il est mort, alors pourquoi tu le cherches ?

Le regard bleu se fit moins mélancolique, plus déterminé.

- Parce que j'ai appris que peut-être il était encore vivant. Alors je le cherche. Les assassins de sa famille faisaient partie d'une organisation criminelle : l'Akatsuki.

A ce seul mot, Taka avala de travers et se mit à tousser violemment. La nourriture qu'il avait dans sa bouche manqua de lui ressortir par le nez, une sueur froide s'emparant de lui.

Soucieux devant l'état soudain du prostitué, Naruto se leva et lui tapota doucement le dos.

- Hey ! Va pas t'étouffer non plus ! Tu mange trop vite ! Tiens, bois un coup, ça ira mieux.

Il tendit son verre d'eau au brun qui l'avala d'une traite, surpris et essayant de reprendre contenance.

- Va te passer un coup d'eau sur le visage, ça va t'aider. Tu es rouge comme une tomate.

Taka ne se fit pas prier, il avait besoin de s'isoler là. Il s'enferma rapidement dans la salle de bains, tournant la clé pour être sûr que le blond ne viendrait pas à l'improviste. C'était quoi ce bordel ? Dans quel merdier s'était-il fourré encore ? Ce type ne voulait pas le baiser, il cherchait un mec mort depuis dix ans qui lui ressemblait... et il avait parlé de l'Akatsuki. Ce type cherchait probablement des infos ! Si ça se trouvait, c'était un flic. Bordel ! Il était dans la merde là !

Avec des gestes frénétiques il ôta sa botte, décala le talon et sortit son sachet de poudre. Il avait besoin d'un remontant et d'avoir ses idées au clair. Il réfléchissait mieux avec sa blanche... Les mains un peu tremblantes, il se fit un rail sur le dessus du meuble bas, entre les deux vasques. Il sniffa avidement sa dose, lécha les restes de coke et se laissa glisser au sol, s'étalant sur le carrelage jaune pâle. Les plafonds qu'il avait l'opportunité de contempler d'habitude étaient souvent sales et pleins de taches. Celui-ci était d'un blanc propre et éclatant...

Les yeux toujours fixés sur le plafond, les bras en croix, Taka laissa son esprit dériver, la drogue calmant efficacement le début de panique qui l'avait saisi. C'était juste une coïncidence, n'est-ce pas ? Ce mec ne ressemblait absolument pas à un flic, et il n'avait aucun moyen de savoir que la rue où il l'avait ramassé était l'un des fiefs de l'Akatsuki. Il lui avait juste dit ça pour répondre à sa question, rien d'autre. C'était une stupide coïncidence, rien de plus… Pas de quoi gamberger.

Quand à ce Sasuke auquel visiblement il ressemblait... là encore, juste un hasard. Si ce gamin était tombé dans les mains de l'organisation... peu de chance qu'il ait survécu longtemps. C'était probablement un gosse de riche, comme le blond. Ouais, aucune chance qu'il ait survécu bien longtemps. Il fallait être fort pour survivre aux membres de l'Aka. Et un gosse habitué au luxe n'avait aucune chance. Il en savait lui-même un rayon sur le sujet...

Et puis ce n'était qu'un week-end. Deux jours et trois nuits. Rien de plus. Son client constaterait qu'il n'avait rien à voir avec son pote mort, et ne reviendrait plus le faire chier. Il devait tenir juste le temps d'un week-end. Plus calme et rasséréné, il se releva, rangea son matos dans sa botte et s'apprêta à sortir. Avisant la paire de mule, il se dit qu'il pouvait bien faire un effort, et les chaussa. C'était confortable ces trucs là, finalement; ça valait bien la bouffe hors de prix sur la table...

Resté seul dans le salon, Naruto soupira puis se décida à migrer dans la chambre. Il réunit dans trois grandes assiettes ce qu'il restait encore de nourritures et les porta jusqu'au lit. Il se laissa tomber dans le canapé de la pièce et feuilleta le programme télé. La porte de la salle de bains s'ouvrit et il entendit Taka en sortir.

- Viens, je suis dans la chambre, indiqua t-il.

Le brun arriva et se figea sur le seuil de la pièce. Naruto le détailla, fronçant les sourcils en remarquant les yeux explosés et le mince filet de sang qui coulait d'une narine. Il n'aima pas l'idée étrange qui lui traversa l'esprit à cette vue, mais il la chassa bien vite. Une main pâle essuya la petite rivière carmine, attirant les yeux bleus sur les bottes que Taka portait dans ses bras. Un sourire amusé étira ses lèvres alors que Naruto remarquait à voix haute :

- Tu ne les quittes jamais ?

La voix taquine de son client le tira de sa contemplation et il osa s'aventurer dans ce que ces bourgeois appelaient une chambre. La pièce était claire, éclairée par une immense baie vitrée ouvrant sur le balcon. Un grand lit blanc trônait au centre de l'espace, des voilages immaculés l'encadrant, accrochés à un cadre de bois suspendu au plafond. Un canapé taupe se trouvait à proximité de la couche faisant face à un immense écran de télévision encastré dans une grande armoire de style colonial, adossée au mur.

Les yeux de Taka détaillèrent l'espace. Il allait vraiment dormir ici ? Quand il avait la chance de pouvoir fermer l'œil, c'était sous son toit de tôles gondolé et humide, ses fringues sur le dos, sur un matelas miteux et trop petit pour ses trois occupants. Il fit un pas dans la pièce. Est-ce que son client étrange allait lui sauter dessus maintenant ? Après tout, ils étaient dans une chambre avec un lit, non ? Et ce n'était pas ce stupide truc, ce "pyjama" qu'il portait qui le protégerait.

Si l'autre avait vraiment envie de lui sauter dessus, ce n'était pas quelques pièces de tissus qui l'en empêcheraient... Taka s'approcha du lit, osant à peine le toucher. Le matelas avait l'air si épais... et que dire des draps écrus qui le recouvraient... C'était juste... trop beau... trop beau pour être vrai. Un type qui le payait pour le laisser dormir tranquillement dans un endroit pareil, quelle farce n'est-ce pas ? Ses doigts rencontrèrent les draps frais, confirmant sa première impression à vue d'œil : luxueux et confortables... Attirants... Il était fatigué, si fatigué… et son corps le faisait encore souffrir… il était fourbu, mâché...

Il jeta un coup d'œil au blond qui lui demanda il ne savait quoi à propos de genres de films. Qu'est-ce qu'il en savait lui ? L'autre croyait vraiment qu'il avait le temps et l'argent d'aller au ciné peut-être ? Est-ce qu'il avait une tronche de critique de cinéma ? Il le laissa déblatérer, tout sourire, et se décida à monter sur le matelas si tentant. C'était comme dans un rêve. Le lit s'enfonça doucement sous son poids, sans le moindre bruit.

- Il te plaît ? C'est assez confortable ?

Taka éprouva le sommier. Non, aucun son, vraiment aucun... Une irrépressible envie de sauter à pieds joints sur le matelas le saisit, juste histoire de tester. Un lit silencieux... C'était presque magique... Pas de grincements, rien de rien, pas même un petit couinement. Il prit peu à peu ses aises, s'installant plus confortablement. Un lit plus que confortable et un pyjama... Y avait presque de quoi rire. Il lui faisait quoi l'autre comme plan foireux encore...

Naruto jeta un plaid au jeune homme qui ne semblait montrer aucune velléité de se glisser sous les draps, et qui, en plus, avait posé ses sacro-saintes bottes tout près de lui. Un regard noir empreint de méfiance se tourna vers lui quand la couverture tomba sur la silhouette en pyjama bleu foncé. Naruto se gratta l'arrière du crâne avec un soupir fatigué.

- Je vais dormir sur le canapé. Combien de fois faudra-t-il que je te le dise... Je veux juste passer du temps avec toi...

- Mouais...

Taka empila des oreillers tellement moelleux qu'il ne put s'empêcher de les triturer un peu avant de s'y adosser. Il replia un peu ses jambes et étala la couverture sur lui, picorant au passage quelques trucs dans les assiettes. Shit, ses mignonnettes n'étaient pas là... Trop confortablement installé pour bouger, il y renonça, se contentant d'allumer une cigarette après avoir repêché son paquet dans l'une de ses bottes élimées.

- Tiens, si tu fumes là, utilise au moins un cendrier !

Rah ! Mais qu'est-ce qu'il le gonflait celui là ! C'était Monsieur propreté absolue ou quoi ! Les pensées du brun s'arrêtèrent net en voyant l'objet que le blond lui tendait. Putain, c'était quoi ce truc ?! Ça brillait de mille feux et ça pesait une tonne ! Au moins s'il devait se défendre, il saurait quoi utiliser ! Un cendrier ça ? Ces bourges alors... ça ressemblait plus à une sculpture en cristal taillé... C'était presque un crime de mettre des cendres là-dedans tellement c'était joli.

Ses yeux papillonnèrent lourdement dès les premières secondes d'images à l'écran. Il était crevé. Sa nuit avait commencé tôt en plus. Heureusement pour lui, la douche extraordinairement agréable avait chassé une bonne partie de la douleur dans ses muscles fourbus. N'empêche, il en devait une à son voisin de trottoir, il était pas prêt de l'oublier celui-là ! Et puis, c'était bien la première fois qu'il avait droit à pareil traitement : un endroit luxueux, de la bouffe, et même un pyjama... D'aussi loin que Taka s'en souvienne, il n'avait jamais eu une soirée comme ça. Il fallait qu'il se méfie, il ne tenait pas particulièrement à se réveiller d'un coup, la bite de ce beau blond bizarre entre les fesses… Il allait le garder à l'œil, juste au cas où…

Naruto observa à la dérobée le brun installé sur le lit blanc. Blotti contre les oreillers, la couverture posée sur lui, celui-ci s'était finalement endormi pendant le film qui était pourtant un excellent film d'action. Avisant la cigarette qui se consumait encore entre les doigts pâles, il s'extirpa du sofa et alla éteindre la tige incandescente. Ses yeux détaillèrent le visage apaisé dans le sommeil, s'attardant sur les hématomes qui bleuissaient l'épiderme laiteux.

D'une main douce il repoussa une mèche brune, caressant du bout des doigts une tempe blême. Un minuscule soupir s'échappa des lèvres fines et à peine rosées de l'endormi, faisant sourire le blond. Naruto repoussa les assiettes, maintenant presque vides, les posant sur la table de chevet, puis entreprit d'installer un peu mieux le prostitué. Glisser la silhouette menue sous les draps sans la réveiller ne fut pas une tâche aisée, mais il y parvint. Par contre, il renonça après quelques vaines tentatives à lui faire lâcher la paire de bottes usées que le jeune homme serrait convulsivement entre ses bras, jusque dans son sommeil.

Un soupir désabusé lui échappa encore, ses yeux bleu fixant le plafond sans vraiment le voir. Confortablement installé dans le canapé de la chambre, Naruto réfléchit à ce qu'il ferait le lendemain avec son invité. Acheter des vêtements décents... ça c'était la première chose. Ensuite... Il devait aider Taka à retrouver la mémoire, pour que Sasuke lui revienne. Vaste programme. Il n'avait pas la moindre idée de comment faire ça.

Et après quoi ? Et si Sasuke ne redevenait plus jamais celui qu'il avait connu... Que ferait-il ? Il l'avait retrouvé, mais... il restait encore tant de chemin à parcourir, tant de choses qu'il ne connaissait pas du brun. Il ne savait presque rien de lui. Comment Sasuke s'était-il retrouvé à faire le trottoir ? Depuis combien de temps ça durait ? Par quoi avait-il bien pu passer pour oublier à ce point qui il était et se retrouver dans cette situation si catastrophique ?

Et surtout, avait-il vraiment envie de tout savoir ? Il se doutait que la vie du brun n'avait pas été rose, voulait-il vraiment les détails en plus ? Enfin, ça c'était si celui-ci acceptait de les lui donner. Et là, il avait de sérieux doutes sur la question. Se passant une main lasse devant les yeux, Naruto se dit qu'il aviserait demain matin. Après tout, ne disait-on pas que la nuit portait conseil ? Même si la sienne allait être courte...

Il avait retrouvé Sasuke... son meilleur ami, celui qu'il croyait mort et enterré... C'était tellement incroyable... S'ils n'avaient pas décidé ce soir-là de passer non loin de cette rue pour aller dans cette boite avec ses amis, jamais il n'aurait soupçonné l'existence de Taka... Et jamais il n'aurait eu de doutes quand à la mort de son ami... La vie était parfois faite de drôles de coïncidences. Sasuke était là, bien vivant dans ce lit, et Naruto emporta cette ultime pensée presque euphorique au pays des songes.

To be continued...


Commentaires des auteures :

Pfiouuh ! Déjà cinq chapitres ? Et oui, celui là est quand même plus tranquille. Ça change non ? Et puis ça y est, Naruto a enfin retrouvé Sasuke ! Champagne et cotillons ! Bon il reste encore pas mal de chemin à parcourir mais c'est un bon début ! Non ? Taka est-il Sasuke ? Si oui, Sasuke va t-il retrouver la mémoire ? Naruto va t-il le sortir des griffes de l'horrible organisation ? Que va t-il se passer ? Karin appréciera t-elle le souvenir que Taka va lui ramener ? On vous sent suspendus à nos doigts...


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Naru, désespéré, regarde Taka.

- Tu connais pas Jean-Paul Gauthier ? Mais d'où tu sors ?

- Je connais Jean-Paul Gauthier, crétin ! C'est ces deux folles qui font rien qu'à me faire des misères ! J'en ai marre ! Elles peuvent pas trouver une autre victime ? Genre Sasu ?

- Ah ben non ! s'exclame Sasu.

- Demande à Utakata... Il en chie pas mal avec Yzan en ce moment... le pauvre, temporise Naruto.

Uta et Sasu se regardent.

- On va créer le club des Uke martyrisés, soupire Uta.

- Je vois pas de quoi tu te plains. Toi y'a surtout Yzan... moi j'ai les deux ! rétorque vertement Sasu.

- Ouais ben Yzan dans ses mauvais jours elle en vaut bien deux ! Si c'est pas trois... Et puis toi tu... Ah ben si tiens, toi aussi tu es dans ce foursome bizarre et déjanté maintenant... Pfff... On est pas aidés.

- De quoi ! hurle Sasu.

- Hein ? où ? demande Naru.

Kakashi pâle comme un mort pointe du doigt un écran d'ordinateur.

- Non, mais j'avais rien demandé moi...

Sur le canapé, Iruka et Itachi sirotent tranquillement un café.

- Vous dites rien vous deux ? s'inquiètent les deux auteures.

- Ben non. Pour une fois qu'on a le beau rôle on se tait, hein.

- Oui, on apprécie. Ça fait du bien des fois d'être seme. Ça devrait toujours être comme ça. N'est-ce pas "Amour" ?

- Hn...

- Une petite review pour encourager les auteurs dans cette voie ?

- Non, mais ça va pas ! hurlent les trois Uke.


Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 6 : Te redécouvrir.

Naruto pense avoir retrouver Sasuke... Mais est-ce vraiment le cas ? Et si oui, réussira-t-il à lui rendre la mémoire ? Quoiqu'il en soit il devra découvrir ou redécouvrir celui qu'il pense être son ami. Mais ne risque-t-il pas de se perdre en route ?