Avertissement : Rien de rien ici non plus. Pas de scènes choquantes.
Bonne lecture !
Yzan & Lili
~Te redécouvrir... ~
Le soleil était déjà relativement haut dans le ciel quand Naruto ouvrit les yeux. Il ne lui fallut pas longtemps pour retrouver ses esprits. Il bâilla et s'étira pour faire jouer ses muscles. Même si le canapé s'était avéré confortable, et vu le prix qu'il allait payer pour cette chambre d'hôtel, y avait plutôt intérêt... ça ne valait tout de même pas un bon lit, et le sien en particulier. Il récupéra son portable sur la table basse, observant l'heure d'un œil torve.
Juste à temps pour commander un bon petit déjeuner, son ventre sonnait affreusement creux. Un tour rapide de ses messages lui apprit que Kiba s'était bien occupé Kyubi, à charge de revanche l'avait-il prévenu. Le blond se leva doucement, rassuré sur le sort de son animal de compagnie et s'approcha sans bruit du grand lit encore plongé dans la pénombre. Sasuke dormait toujours à poings fermés. Il avait craint un instant que celui-ci n'ait joué les filles de l'air pendant la nuit, mais non. Il était toujours là, profondément assoupi.
Naruto se remémora le programme auquel il avait songé la veille au soir. Acheter des vêtements et faire en sorte que Sasuke retrouve la mémoire, et les deux ne seraient très certainement pas une mince affaire. Il fourragea dans ses mèches blondes et se dirigea d'un pas de somnambule vers la salle de bain, non sans avoir jeté un ultime coup d'œil à Taka qui dormait comme un bienheureux. Un petit détour par une pharmacie s'imposait aussi. Les bleus sur l'épiderme pâle ne lui disaient vraiment rien qui vaille, et il y avait sûrement pire ailleurs...
L'image de son meilleur ami endormi, devenu il ne savait trop comment un prostitué, alors qu'il le croyait mort depuis dix ans le poursuivit jusque sous sa douche. Les mèches brunes répandues sur l'oreiller, la trop mince silhouette, couchée en chien de fusil, disparaissant sous les draps, les lèvres fines entrouvertes sur une respiration régulière. Il n'avait pu s'empêcher de remonter le drap sur les épaules découvertes, vêtues du pyjama bleu marine. C'était tellement Sasuke. Une fois endormi, c'était vraiment lui. Le lui d'avant, celui de son enfance qui aurait grandi à ses côtés, comme s'il ne l'avait jamais quitté. Naruto soupira et se plongea derechef sous les jets d'eau chaude.
Commander le petit déjeuner fut la partie la plus simple de sa journée. Il en commanda un continental, très copieux, toutes options. De toute façon, Taka devait manger. Et il ne savait absolument pas ce que ce dernier mangeait le matin, alors autant faire le tour de la carte, comme ça au moins il était paré. Il s'installa dans le canapé du salon, attendant patiemment que les mets soient livrés, zappant d'une chaîne à l'autre sur le bouquet satellite plus que complet de la télé. Son choix s'arrêta sur un animé qu'il connaissait vaguement. Une histoire de ninjas...
Les paupières de Taka papillonnèrent difficilement. Merde, il n'était pas du matin... Il se frotta les yeux lourdement, ne reconnaissant pas vraiment ce qui l'entourait. Réunissant difficilement les bribes de ses souvenirs, il se rappela être allé dans un hôtel cinq étoiles avec le beau blond bizarre qui avait refusé de le toucher et qu'il devait y passer le week-end. Il se redressa mollement, pas bien sûr que tout ceci ne soit pas un rêve, et regarda tout autour de lui.
Le bruit d'une télévision qui marchait en sourdine attira son attention sur le salon, enfin sur ce qui en était visible depuis l'endroit où il se trouvait. Il écarquilla les yeux en constatant que son client s'était levé, sans que lui ne s'en soit rendu compte. Habituellement, il avait un espèce de radar qui le faisait se réveiller au moindre mouvement des types qu'il accompagnait. C'était une question de survie. Endormi, il était plus vulnérable, et Dieu seul savait ce qui pouvait passer par la tête de ces porcs.
Il constata que ses bottes, ses précieuses bottes, étaient toujours en sa possession et que ses vêtements étaient soigneusement pliés au pied du lit. Et il portait encore le pyjama qu'il avait enfilé la veille. Incroyable ! Pour une fois qu'il se réveillait habillé ! Alors le blond ne lui avait vraiment rien fait ? Là, c'était sûr, il hallucinait ! Il ne voyait que ça comme explication rationnelle. Il avait trop forcé sur ses doses et du coup il se tapait un sacré trip.
Sa vessie se rappela à lui, le forçant à quitter le cocon douillet dans lequel il serait bien resté encore un peu. D'un pas lourd, il quitta la chambre et se dirigea vers la seule porte qu'il n'avait pas poussée la veille, et qui, selon toute logique, devait être les toilettes. Il referma la porte derrière lui, et se fit la réflexion qu'il aurait peut-être dû demander un GPS avant d'entrer tant la pièce était grande. Pas croyable, il planait ou dormait encore ou quoi ?
Debout devant la cuvette immaculée, il s'apprêtait à se soulager quand un éclat brillant attira son attention sur un cendrier posé sur une jolie colonne juste à côté du WC. Ébahi, il se pencha pour confirmer que c'était un cendrier, hyper classe, qui se trouvait dans cet endroit grand comme un hall de gare. Un "Pchit" le fit sursauter, une délicate odeur de fleur se répandant dans la pièce. Putain, des chiottes qui pétaient la rose ! Incroyable !
C'était trop, il fallait qu'il en parle à quelqu'un. Fermant le couvercle des toilettes, il s'y assit et sortit son portable de ses bottes pour envoyer un SMS à Jûgo.
" Tu savais toi que dans les hôtels cinq étoiles, y'avait des cendars en cristal et des chiottes qui sentaient la fleur sauvage ?"
La réponse ne se fit pas attendre : "Content de savoir que t'es vivant. mais qu'est-ce que tu as pris ?".
"Ben rien justement. C'est ça le pire." répondit Taka.
Ses mouvements pendant qu'il tapotait sur le mini clavier déclenchèrent une nouvelle avalanche de parfum fleuri, à chacun de ses gestes en fait...
"Putain. Je viens de me faire agresser par un diffuseur masqué. Je te jure, j'ai rien pris."
" Tu veux de l'aide pour te défendre face à ton agresseur ? Ou tu vas t'en sortir seul ?"
La réponse de Jûgo fit enrager le brun qui lui répliqua :
"Fous toi pas de moi ! La prochaine fois je prendrai des photos!", avant de remettre son portable dans sa botte.
Toujours en ronchonnant après le géant roux qui le prenait pour un con, il termina ce pourquoi il était venu dans cette pièce. N'empêche, il n'en revenait pas. C'était quoi cet endroit ? Taka eut un autre moment de flottement quand il constata qu'il n'y avait pas de chasse à tirer... Le tourbillon se déclencha tout seul quand il s'éloigna de la cuvette, le laissant encore une fois émerveillé. Merde, des chiottes intelligentes... Trop classe ! Ces bourges pouvaient bien se la péter avec des trucs pareils !
Le prostitué redescendit de son petit nuage étonné et quitta la pièce pour se diriger dans celle d'en face. Il retrouva le même carrelage jaune pâle que la veille, rutilant et si propre qu'il en eut mal aux yeux. Il se passa rapidement un peu d'eau sur le visage, constatant du coin de l'œil que ses bleus n'avaient pas vraiment disparu de sa figure. Cependant, c'était bien la première fois qu'il se réveillait aussi bien reposé et en aussi grande forme. Même si certains de ses muscles tiraient un peu, il était dans une forme olympique comparé à d'habitude. La cerise sur le gâteau ? Il n'avait même pas mal aux reins... C'était la première fois depuis... depuis...
Jamais en fait. Avoir mal au bas de ses hanches faisait partie de ces douleurs quotidiennes dont il avait l'habitude dès le réveil. Et là, rien... pas le moindre élancement... C'était presque étrange, comme s'il manquait quelque chose. Il s'était tellement habitué à ses réveils difficiles, en mode loque humaine, qu'être autant en forme relevait du miracle. Il fit fébrilement glisser le talon de sa botte, vérifiant son stock de poudre. Non pourtant, il n'avait presque rien consommé, en tout cas pas plus qu'à l'accoutumée.
On frappa à la porte de la suite et Naruto alla ouvrir au groom qui livra le petit-déjeuner. Une fois celui-ci parti avec les reliefs du repas de la veille empilés sur sa desserte à roulette, le blond ouvrit la porte de la salle de bain pour prévenir Taka.
- Taka ? Le petit-dejeu...
Il se figea devant le spectacle qui s'étala sous ses yeux.
Penché au dessus du meuble supportant les deux vasques, le brun sniffait bruyamment une ligne de poudre blanche. Choqué, Naruto vit le jeune homme lécher les résidus présents sur la tablette et sur ses doigts avant de se redresser, un filet de sang coulant de sa narine.
- Quoi ? demanda Taka en avisant son client à la porte, alors que ses pupilles se dilataient.
- Qu'est-ce... Non, mais t'es malade ! rugit ce dernier. C'est hyper dangereux ces trucs-là !
Naruto entra dans la pièce d'un pas militaire et saisit le brun par le poignet, sa figure décomposée par la colère.
- Depuis quand tu te balances cette merde dans les narines ? T'es accro ? Et puis c'est quoi d'abord ! Réponds !
Taka n'eut pas le temps de réagir, son précieux sachet de poudre se retrouvant prisonnier des doigts tannés par le soleil de l'autre main de son agresseur.
- Tu sais à quel point c'est dangereux pour la santé ? poursuivit le blond furieux. Tu veux te foutre en l'air ou quoi ? Merde Sas'ke !
Non, mais il se prenait pour qui celui-là ? Le brun se dégagea brusquement de la poigne de son client et récupéra son précieux sachet.
- Et toi, connard ! Tu sais à quel point c'est cher ? Tu sais quoi de moi pour me faire la morale ! Rien ! Alors fous moi la paix et va te faire voir !
La porte de la salle de bains claqua avec brusquerie sur le dos du brun, laissant Naruto figé sur place. Sasuke se droguait... La consternation, la stupeur, le choc et la colère s'affrontèrent en lui. Il ne manquait plus que ça... Est-ce que c'était pour ça qu'il faisait le trottoir ? Pour se payer ses doses ? Profondément affecté, le blond s'appuya contre le meuble sous le grand miroir. Il était abasourdi, et en colère... tellement en colère. Sasuke vendait son corps pour de la drogue, il était tombé si bas que cela l'effraya presque. Que lui cachait-il encore ?
Quand il rejoignit le salon, ce fut pour trouver Taka assis devant la table basse en train de manger un croissant. Son air curieux amusa un peu le blond, Taka regardant la viennoiserie comme s'il craignait qu'elle ne le morde. Sans un mot, il s'attabla à son tour, réprimant un pincement au cœur quand il vit l'expression du brun se fermer dès qu'il entra dans son champ de vision. Ignorant royalement son voisin de table, Taka se concentra sur les aliments étalés devant lui.
Il avait déjà goûté à toutes les viennoiseries, ravi de pouvoir enfin déguster ces douceurs qui lui faisaient tellement envie dans les vitrines des boulangers, mais qu'il n'avait jamais pu s'offrir. Sa tentative de boire du café s'était soldée par un échec cuisant, c'était âcre et amer, et même généreusement sucré, ça ne passait pas. Un verre de jus d'orange apparemment fraîchement pressé fit passer le goût déplaisant encore présent sur sa langue. Le thé n'avait pas été plus concluant, se révélant fade et sans saveur particulière, sentant la pastille de menthe à plein nez.
Avec précaution, il se versa un peu de chocolat chaud dans une nouvelle tasse et se risqua à y tremper le bout des lèvres. Le goût sucré et la saveur douce du cacao emplirent immédiatement sa bouche, ravissant ses papilles. Satisfait, il se servit un peu plus de ce délicieux breuvage, prenant son temps pour choisir sa prochaine victime culinaire. Des espèces de petits pains carrés avec des pépites noires attirèrent son attention. Ça avait l'air bon ça. En kidnappant un, il en testa le moelleux avant d'en prélever une microscopique bouchée. Effectivement c'était bon, mais un peu sec. Ce serait meilleur avec de la confiture, tiens.
Naruto regarda le brun étaler de la confiture d'abricot sur le scone, puis s'évertuer à y rajouter une généreuse couche de beurre. Résigné, le blond prépara une tartine de brioche grillée avec un peu de beurre et de la confiture de fraise avant de la tendre à son invité.
- Tiens, goûte ça. Ce sera meilleur que le mélange que tu nous fais là.
Avec une réticence visible, Taka prit la tartine tendue et l'inspecta soigneusement, allant jusqu'à la renifler, avant de mordre dans un coin, un tout petit coin.
Levant les yeux au ciel, Naruto soupira :
- Je vais pas t'empoisonner tu sais.
- Mouais... on sait jamais. T'es trop bizarre comme mec, marmonna le brun.
Malgré ses dires, il ne mit pas longtemps à engloutir sa tartine, léchant soigneusement ses doigts pour ne rien perdre de la confiture qui avait coulé.
Taka observa son hôte à la dérobée pour apprendre à se préparer une autre de ces tartines qui au final n'était pas dégueulasse du tout, mais le blond surprit son manège et lui tendit obligeamment une seconde tranche soigneusement réalisée que le brun tenta cette fois de tremper dans son chocolat. Dépité, il constata l'échec de sa manœuvre, le morceau beurré et couvert de confiture sombrant définitivement dans l'océan marron clair tout en se rompant.
Quand il se lança dans un sauvetage risqué de la brioche naufragée avec ses doigts, Naruto intervint une nouvelle fois.
- Dans ces cas-là, on utilise une cuillère... souffla t-il, amusé.
- Une quoi ?
- Là sur la table, à côté de ta tasse...
Taka baissa les yeux sur l'endroit indiqué, constatant que plusieurs ustensiles identiques étaient soigneusement alignés. Identiques, mais de taille différente... où était le piège ? Perplexe, il s'empara de la plus grosse. Loupé, trop gros pour récupérer la noyée dans sa tasse. Il tenta donc la plus petite, mais là aussi ce fut peine perdu... trop petit pour le morceau qui surnageait de temps en temps dans son breuvage. Au bout du quatrième essai qui éclaboussa le pyjama de taches chocolatées mais se révéla fructueux, il engouffra le tout dans sa bouche, son menton dégoulinant de gouttes marron clair.
Naruto, cette fois, se mit à rire franchement. Voir Sasuke se débattre avec sa tartine qui avait fait un naufrage catastrophe dans la tasse de chocolat valait vraiment son pesant d'or. Ses iris azurés se teintèrent toutefois d'un peu de tristesse. Qui aurait cru qu'il avait devant lui un descendant de l'illustre et si policée famille Uchiwa ? Sasuke avait même oublié comment on mangeait proprement, jusqu'à l'utilisation d'une simple petite cuillère.
Le blond soupira et se pencha, essuyant avec sa serviette le chocolat, le beurre et la confiture qui maculaient le menton et les coins de la bouche fine.
- Tu en as partout... se justifia t-il quand les orbes sombres méfiants croisèrent son regard.
Taka haussa les épaules et picora encore un peu de ceci ou de cela. Après tout, il ne savait pas quand son prochain repas aurait lieu et s'il aurait encore droit à quelque chose d'aussi fastueux. Il se gava jusqu'à ce que son ventre affiche complet, finissant de ruiner son pyjama qui se constella de tâches et de miettes.
- Bien, si tu as fini tu devrais t'habiller. Tes affaires sont sur le lit, je t'ai mis un boxer aussi.
- Hmm ? Pourquoi faire ? s'étonna le brun. On va pas rester ici toute la journée ?
Naruto leva les yeux au ciel, et soupira.
- Non. Je veux t'emmener faire un tour, mais avant il faut t'acheter des vêtements décents.
Un sourcil noir se souleva, montrant toute l'incompréhension de Taka. Conciliant, ce dernier se leva et alla dans la chambre pour s'habiller donc. Visiblement, le "pyjama" n'était plus de mise. En même temps, si on suivait la logique du blond, ils avaient fini de dormir. Dommage... Maintenant qu'il était repu, il n'aurait rien eu contre un petit moment supplémentaire échoué dans cet oasis bienfaiteur qu'était ce lit.
Sans se soucier outre mesure d'être vu ou non, Taka se déshabilla, bataillant un peu avec les boutons de la veste de pyjama. Il finit par capituler et passa directement la pièce de tissu par dessus sa tête. Voilà, comme ça, c'était beaucoup plus simple. Il tendit la main vers son pantalon rouge quand un truc de couleur grise attira son attention. Curieux, il déplia l'objet encore non identifié et constata qu'il s'agissait d'un sous-vêtement, en lycra en plus.
Dubitatif, il l'enfila, se faisant la remarque que ça comprimait son service trois pièces et le cul. C'était désagréable. Il se tortilla un moment pour essayer de trouver l'astuce qui rendrait ce truc confortable, mais en vain. En désespoir de cause, il retourna vers son client et l'interpella :
- Hé... blondie... ah, non. Euh... pâtes de ramens !
- Naruto ! répliqua l'interpellé, avant de se retourner.
L'étudiant manqua s'étouffer dans sa tasse en voyant le brun vêtu en tout et pour tout d'un boxer gris moulant, très moulant.
- Ouais, si tu veux, grogna Taka. Bref, ce truc là... c'est obligé que je le mette ?
Après s'être repris, le blond fronça les sourcils et rétorqua :
- Oui. En règle générale, les gens portent des sous-vêtements. Surtout quand ils vont acheter des vêtements. C'est une question d'hygiène.
- T'as un vrai problème avec l'hygiène toi, non ? remarqua le brun.
- Pourquoi tu demandes ça ? C'est quoi le problème ? s'enquit Naruto, appréhendant la réponse.
- …
Naruto prit sur lui pour ne pas montrer sa peur, le silence du brun ne lui disant rien qui vaille.
- C'est trop serré... ça me rentre dans le cul, finit par lâcher son invité.
Le blond se mordit férocement les lèvres pour ne pas rire, mais ne put retenir une remarque sarcastique :
- Tu te fous de moi ?
Comprenant parfaitement le sous-entendu de son client, le prostitué croisa les bras sur son torse et bougonna :
- Oui, bon d'accord... mais là, c'est pas pareil.
Pris d'une illumination subite, Taka tenta sa chance :
- Et si je le mettais par dessus mon pantalon ? Ça irait non ?
L'éclat de rire qui accueillit son idée lumineuse le vexa. Ben quoi, il faisait des efforts, non ?
- Tu... tu... te prends pour … Superman ? réussi à articuler Naruto entre deux fous rires.
L'image de Sasuke vêtu de son pantalon rouge avec le boxer gris par dessus avait eu raison de son self-control. Il ne lui manquerait plus que la cape ! Et le grand S sur la poitrine !
Taka posa un regard compatissant sur le blond qui venait de perdre l'esprit et renonça à lui faire entendre raison. Il retourna dans la chambre pour enfiler le reste de sa tenue, râlant contre le sous-vêtement qui le serrait bien trop et le gênait plus qu'autre chose. Remarquant que le blond avait soigneusement plié sa couverture, il tenta d'arranger son pyjama et son plaid du mieux possible. Mais à son grand désespoir, il n'obtint au final qu'une masse informe et bancale, bien loin du tas soigné sur le canapé.
- Tu es prêt ?
L'assertion poussa le prostitué à rejoindre son client dans le couloir menant à l'entrée. Sans un mot, il suivit le blond à travers les couloirs de l'hôtel et l'ascenseur jusqu'au hall d'entrée. Naruto passa devant le comptoir et se dirigea vers les boutiques situées au cœur même de l'établissement. Le brun observa le décor extérieur qu'il n'avait pas eu l'occasion de voir jusque là. Dans une cour intérieure, arborée et décorée de colonnes ouvragées, les clients de l'hôtel se prélassaient sur des transats autour d'une immense piscine, se faisant servir par des employés en uniforme.
Sous les arches soutenues par les colonnes, des vitrines s'étendaient, les unes à côté des autres. Taka continua de mettre ses pas dans ceux de son client qui visiblement cherchait quelque chose de précis. Son œil s'égara sur la devanture d'un magasin ou deux. Les prix n'étaient même pas affichés sur ce qui était vendu, que ce soit des sacs, des chaussures ou des vêtements. Il manqua se cogner dans le dos de Naruto quand ce dernier s'arrêta devant l'une d'entre elles.
Le blond poussa la porte, soupirant d'avance face à l'épreuve qui l'attendait. Il tint la porte à Taka qui resta un instant planté devant la vitrine, dubitatif et perplexe. "Gentrys". Le nom de la boutique s'étalait en lettres dorées sur la surface vitrée et brillante. Des mannequins en tenue classieuse étaient figés dans la vitrine, dont un en costume noir, chemise blanche et nœud papillon. Il ne comptait tout de même pas lui faire porter ça ? se demanda le prostitué passant enfin l'entrée, faisant tinter une clochette discrète.
L'intérieur était encore une fois luxueux. Des vêtements masculins étaient soigneusement rangés par tailles, par genres, et par couleurs, sur des portants dorés. L'espace était clair et brillamment éclairé, des petits bancs molletonnés disséminés ici ou là. Même la supérette où il avait l'habitude d'aller faisait petite et étriquée à côté de cet endroit spacieux et aéré. Une jeune femme se dirigea vers eux, contournant son comptoir rutilant où s'affichait encore le nom de la boutique en lettres d'or sur le devant.
Taka se sentit mal à l'aise, totalement déplacé dans ce lieu. Pour preuve, la vendeuse habillée et coiffée avec style, parfaitement maquillée, ne lui adressa pas un regard, conversant à voix feutrée avec son client blond. Ce ne fut que quand ce dernier indiqua que les vêtements seraient pour lui que la demoiselle de la boutique daigna le dévisager. Et quel regard... Une moue réprobatrice et dégoûtée traversa les traits féminins, avant de vite disparaître sous un sourire obséquieux destiné au possesseur de carte bleue.
- Par ici je vous prie.
La jeune femme les mena vers un petit couloir derrière un rideau de brocard, et Taka fit connaissance avec le "salon d'essayage". La pièce était ronde, des cabines dissimulées derrière d'autres lourds rideaux rouges la bordant. De grands miroirs couvraient certains des murs et au milieu une immense banquette confortable, entourée de deux petites tables carrées.
La gardienne de ce temple cossu tira l'un des rideau tout en proposant à Taka de se "mettre à l'aise". Le prostitué tordit le nez, mais un rapide coup d'œil vers son beau blond bizarre qui s'installait sur la banquette lui apprit que oui, il allait devoir en passer par là... La cabine ? On pouvait y rentrer à dix là dedans... Sa piaule paraissait minuscule à côté. Il en fit le tour, testant le petit banc molletonné tendu de velours à côté d'une tablette, la brillance des portemanteaux sur les parois attirant son œil. Il tendit l'oreille, surprenant quelques bribes de la conversation des deux autres.
- … quelque chose de sobre... pas de couleurs trop flashy... pas de chemise, plutôt des polos ou des t-shirts, un pull léger aussi... et des chaussures...
La jeune femme abandonna Naruto pour partir à la recherche de ce qu'il lui avait demandé avec quelques vagues indications. Dans son souvenir, Sasuke détestait les teintes trop voyantes et il supportait de moins en moins de le voir avec cet hideux pantalon rouge trop moulant. C'était presque à se demander comment il faisait pour rentrer dedans, quoi que vu sa minceur...
La jeune femme commença à apporter quelques vêtements, accompagnés d'un café et de petits gâteaux. Naruto renvoya tout net le pantalon de costume et donna sa faveur à deux jeans de couleur sombre assortis d'un polo à manches longues bleu marine. Elle déposa le tout dans la cabine, un sourire faux sur son visage pour Taka avant d'en refermer le rideau. Le ballet infernal commença pour le jeune prostitué.
Les pantalons étaient trop grands, les teintes trop sombre lui donnaient une allure de "croque mort" selon son client, en bref il avait fini par renoncer à se rhabiller et attendait la jeune femme en boxer, prenant un malin plaisir à s'exhiber exprès devant celle-ci qui rougissait et prenait des airs outrés de sainte nitouche. Plusieurs allées et venues plus tard de la vendeuse et enfin, oui enfin, un pantalon reçut l'approbation du beau blond bizarre, ce dernier râlant presque quand Taka sortit de la cabine, ne prenant même plus la peine de fermer le rideau.
C'était un jean gris, tout ce qu'il y avait de plus simple, enfin simple dans un monde de bourge s'entend. L'employée revint encore, porteuse de plusieurs polos qu'elle soumit à Naruto pendant que le prostitué s'observait, torse nu dans les miroirs. Y avait pas à dire, le vêtement lui tombait impeccable, peut être un peu trop long aux jambes et bâillant légèrement dans la cambrure de son dos. La vendeuse déglutit en le voyant s'observer, son regard choqué croisa le sien, dur, dans son reflet.
Naruto jeta à Taka un t-shirt à manches longues couleur aubergine.
- Enfile ça au lieu de te promener à moitié nu. Tu vas finir par attraper la crève.
- Hmpf...
Taka se plia toutefois à ce qui lui était demandé, ne faisant aucune remarque sur le fait que c'était un peu sa faute s'il en était là. Si ça n'avait tenu qu'à lui, ils seraient restés bien au chaud dans la suite au lieu de sortir.
Un autre polo fit son apparition entre les mains du blond, mais cette fois Taka tiqua.
- Essaye ça aussi.
- Ah non, là y a pas moyen ! répliqua froidement le brun.
- Et pourquoi ?
- Orange, c'est moche !
- Parce que ton pantalon rouge, il est mieux peut-être ?
- Rouge c'est classe, Orange... c'est juste moche...
Naruto leva les yeux au ciel et rendit le polo identique dans la coupe à celui qu'il portait déjà à la vendeuse, lui glissant quelque chose à voix basse que le prostitué n'entendit pas. Un autre jean noir s'ajouta à la pile ainsi qu'un bleu clair. La question du pull fut épineuse, et se solda par une veste à capuche munie d'une fermeture éclair, couleur café crème. Plus le temps passait et plus les yeux de l'employée du magasin affichaient clairement le signe dollar au fond de ses prunelles, son obséquiosité ne connaissant plus de limites.
Au bout de deux bonnes heures d'essayages, même Taka eut droit à sa boisson accompagnée d'un sourire mielleux. Le jeune homme tordit le nez quand la jeune femme déposa une tasse de café à son intention. Avec un petit sourire mesquin, il lui adressa la parole, ce qu'elle-même n'avait pas fait depuis son arrivée.
- Vous auriez pas plutôt le truc marron là ? Ça, j'aime pas.
Naruto faillit bien mourir de rire sur sa banquette devant la tête que fit la demoiselle. Il essuya une larme à sa paupière avant de clarifier la pensée de son invité.
- Du chocolat, il veut dire du chocolat. Vous pourriez lui en apporter s'il vous plaît ?
- … Mais bien sûr Monsieur.
- Ensuite, on passera aux chaussures. Ah, il nous faudrait des chaussettes aussi.
- Quel genre ?
Taka décrocha de la conversation après quelques répliques qui n'avaient aucun sens pour lui. Tennis ? Fil d'écosse ? Bio ? C'était quoi tous ces trucs bizarres encore... Et puis comment ça des chaussures ! Il avait ses bottes non ? Il s'observa dans l'un des grands miroirs sur les murs. Il se reconnaissait à peine tant il avait l'air classe comme ça. Ça lui faisait une tête de premier de la classe. Il passa une main lasse dans ses cheveux noirs et souffla. Il commençait à en avoir marre de jouer les mannequins pour son client. S'il voulait jouer au bon samaritain, il aurait mieux fait de rhabiller tout un orphelinat. Comme ça, il gagnerait à coup sûr sa place au paradis.
La jeune femme revint avec son chocolat et des "mignardises" souligna t-elle tout en posant l'assiette et la tasse sur la table basse avant de repartir. Taka s'avachit sur la banquette et trempa ses lèvres dans le breuvage qu'il avait découvert le matin même et qui se révélait toujours aussi bon.
- Ça te plaît ? lui demanda Naruto.
- C'est super bon ce truc... comment tu dis que ça s'appelle, déjà ?
- Je parlais de tes vêtements... mais ça, c'est du chocolat.
- … Ah.
Comprenant que le blond attendait réellement qu'il lui donne son avis, Taka se força à délaisser deux secondes son délicieux breuvage pour lui répondre.
- Ouais, c'est pas mal... Mais t'as pas l'impression d'être en plein cliché ?
- Pourquoi ? s'étonna Naruto.
- Ben, tu es le prince qui couvre la demoiselle en détresse de cadeaux... c'est cliché.
- Tu n'as rien d'une demoiselle en détresse...
- Pas faux... C'est plutôt la godiche là qui était en détresse avec toutes ces fringues.
Naruto ne put retenir un ricanement moqueur au souvenir de l'air désespéré qu'avait affiché la vendeuse au début de la séance, avant qu'ils ne trouvent, enfin, la taille et la coupe adéquate à la silhouette menue de Taka.
Ladite victime revint porteuse de paquets et de boites diverses qu'elle déballa. Le visage de Taka se ferma quand il vit apparaître des paires de chaussures en tout genre sur le sol devant lui. Il en coûta à la jeune femme, accroupie sur le sol devant lui, de lever les yeux, et elle préféra détourner son regard vers Naruto, tout en lui demandant quel style.
- J'ai pas besoin de chaussures... grogna le prostitué.
Naruto soupira et planta son regard azur décidé dans les orbes sombres posées sur lui.
- Si. Tu en as besoin. On risque de beaucoup marcher et j'ai pas envie que tu te retrouves avec les pieds en sang avec tes machins là. Tu seras beaucoup plus à l'aise avec autre chose aux pieds.
Taka croisa les bras sur son torse et son visage se ferma un peu plus. Il était grandement tenté de renvoyer cet empêcheur de tourner en rond dans ses cages. Il les aimait bien lui ses bottes, et plus que tout, il en avait besoin. Il trimbalait toutes ses affaires dedans. Comment il allait faire pour sa came et le reste s'il ne les avait pas avec lui...
Naruto ne lui prêta pas plus attention et s'adressa à l'employée qui attendait, savourant visiblement l'échange piquant entre eux.
- Classique, les Converses là elles sont très bien, mais pas cette couleur, quelque chose de plus passe-partout. L'imprimé Léopard, ça ne va pas du tout.
Le regard de la jeune femme étincela avant qu'elle ne réponde :
- J'ai pensée que cet imprimé serait ce qui correspondrait le mieux à monsieur.
- Et pourquoi pas un boa en plumes roses aussi tant que tu y est ! explosa Taka en se levant brusquement.
- Non, merci. Une couleur neutre serra très bien. Bleu ou Noir... Quelle pointure tu fais ?
Naruto adressa un sourire éclatant à l'employée de la boutique en disant ces mots. Il insista lourdement sur les couleurs avant de se retourner vers le brun avec un sourire plus engageant et charmeur, l'enjoignant silencieusement à se calmer d'un regard bleu particulièrement aiguisé.
- Qu'est-ce que j'en sais moi. Et puis je te l'ai dit, j'ai pas besoin de chaussures !
Le sourire de Naruto se pinça légèrement mais il se retourna vers la vendeuse qui rangeait les articles éparpillés sur le sol.
- On va commencer par... un trente-neuf, si j'ai bonne mémoire, il n'a jamais eu de grands pieds.
La jeune femme hocha la tête et s'en fut.
- Mes pieds, ils t'emmerdent. Je quitterai pas mes bottes ! râla Taka en croisant ses bras sur son torse.
- Tu pourras les garder tes bottes, je vais pas les jeter. Mais pour aujourd'hui, tu seras mieux dans des tennis. Et puis elles sont bien, non ? T'aimes pas ?
Les yeux sombres se posèrent sur les pieds du blond, chaussés de la même fameuse paire de chaussures mais blanches. Bon d'accord, elles étaient assez classes, mais ça ne résolvait pas son problème. D'ailleurs, là, maintenant, tout de suite, un bon fix ne serait pas de refus... Il le fatiguait avec ses bonnes intentions l'autre-là, il lui ferait presque, presque hein, regretter son trottoir. Ses clients habituels au moins n'en avaient pas après ses bottes, ni après ses fringues d'ailleurs. Ils le prenaient à poil, point. Y'avait bien qu'un fils à papa pour faire autant de chichis !
Un essayage de chaussures plus tard, le trente-neuf s'étant avéré trop petit, une paire flambant neuve de Converses noires était aux pieds de Taka, malgré ses nombreuses récriminations diverses et variées.
- Alors ? C'est pas mieux que tes godillots tout usés ?
- J'ai les orteils tout serrés, je peux enlever les machins là ? Ça me gêne.
- Non, ça se porte comme ça, AVEC des chaussettes. Tu vas finir par attraper des mycoses si tu continue comme ça. Et puis t'as toujours des tout petits pieds, ça, ça n'a pas changé, j'étais pas loin avec mon trente-neuf.
Naruto sourit franchement au jeune homme qui s'essayait à marcher avec la nouvelle paire de chaussures, ne pouvant s'empêcher de continuer à râler dans sa barbe inexistante.
- T'en foutrais moi des petits pieds... sont très bien mes pieds d'abord... tu vas voir où je vais te les mettre moi mes pieds si tu continues à me courir comme ça... et puis c'est quoi encore cette manie avec ces... ces "chaussettes" hein ? Il en avait pas marre l'autre là d'être à cheval sur l'hygiène ? …'spèce de maniaque...
- Bon, là je crois qu'on a fait le tour, annonça le blond en se levant enfin de la banquette.
A l'arrivée à la caisse, une colonie de chaussettes fut rajoutée aux achats, une série de boxers en taille XS aussi, bien que la vendeuse ait proposée des slips kangourous et des strings, toujours avec un regard plein de fiel adressé à Taka qui se renfrogna, pensant intérieurement qu'il avait déjà assez de mal avec son "sous-vêtement" sans en plus se lancer dans l'aventure d'une ficelle, merci bien. Pour une fois qu'on laissait son cul tranquille, il ne tenait pas particulièrement à ce que ça change avec un triangle de tissu ridicule. Il fut secrètement soulagé de voir le blond écarter fermement les propositions de la godiche.
Toujours avec ses bottes dans les bras, il pensait qu'ils en avaient fini des singeries de bourges, des chichis et des questions d'hygiène, quand Naruto fit rajouter en plus deux pyjamas de la même taille à la pile. Un nouveau débat eut lieu avec la vendeuse qui proposa des couleurs et des articles franchement hideux. Taka laissa son regard dériver sur les présentoirs qui mettaient en avant des sacs résolument masculins tout autour du comptoir.
Ses yeux s'arrêtèrent sur un grand sac besace rouge écarlate au devant orné d'une grande étoile noire. Pendant que la vendeuse scannait soigneusement tous les articles, Naruto suivit le regard désireux du jeune brun à ses côtés, s'étonnant de son silence. Surpris de voir le prostitué s'intéresser à l'un des articles du magasin, il décida de le lui prendre. Il décrocha le sac et le posa sans un mot sur le tas attendant encore d'être encaissé.
Taka cacha son étonnement, mais fut secrètement touché par l'attention de son client. Dès que le sac fut passé entre les mains de la jeune femme, il s'en empara et l'ouvrit pour fourrer ses bottes dedans. Il passa la bandoulière autour de son cou et de l'un de ses bras et se mira dans le miroir le plus proche. Oui, ce sac lui plaisait beaucoup. En plus rouge comme ça... c'était vraiment la classe ! Et ses bottes rentraient impeccable dedans, plus besoin de stresser pour sa came, son téléphone ou ses biftons qu'il avait eu peur de devoir planquer dans la piaule. En homme averti, il vérifia la bonne fermeture du sac et le plaça de telle sorte qu'il fut sûr qu'aucun pickpocket n'irait lui rafler ses biens.
La caisse enregistreuse tinta et la jeune femme annonça le montant tout en emballant les achats dans de grandes poches cartonnées. Le jeune prostitué en eut le tournis et coula un regard discret en direction du blond qui ne tiqua même pas et tendit sa carte platine. Lui, avec une somme pareille, il pourrait vivre pendant au moins deux vies. Tout ça pour des fringues, des chaussures et un sac ? Non, y avait erreur là, forcément. Elle lui avait refourgué tout le magasin ou quoi ? Mais Naruto paya sans faire d'histoires, sans même lever un sourcil ou s'étonner.
La jeune femme lui offrit le plus beau de ses sourires roucoulant et mielleux pendant qu'il tapait son code. En tout cas, une chose était sûre, ce mec était plein aux as, à un point que Taka n'osait même pas imaginer... Entre l'hôtel et ça... C'était sûr que c'était pas un employé à la petite semaine... Il faisait quoi ce gars ? Un flic ne gagnait pas autant... A moins qu'il ne soit sous couverture ? Non, jamais l'Etat n'accepterait de payer des sommes pareilles pour une couverture. Alors quoi ? Du coin de l'œil, il étudia plus attentivement son client, cherchant à savoir ce qu'il faisait dans la vie.
L'employée tendit les paquets à Taka, mais ce fut Naruto qui s'en saisit, se plaçant stratégiquement entre son invité et la jeune femme qui affichait un air qui en disait long sur ce qu'elle pensait. Décidément, Naruto avait vraiment bien fait de venir ici avec lui. Au moins, habillé comme ça, la "profession" de son invité était moins évidente. Il n'y avait qu'à voir l'expression de la vendeuse quand elle avait emballé du bout des doigts le pantalon rouge et le veston sans manches avec le reste des achats. Elle semblait craindre que des microbes ne viennent l'infecter, par simple contact avec le tissu.
Taka jeta un regard dans son reflet qui se réverbéra dans la vitrine quand ils sortirent. Oui, décidément il avait la classe comme ça. Bon ok, son "boxer" et ses "chaussettes" le faisait chier, mais avec sa besace, il faisait presque... normal. Il se demanda si son client allait vraiment lui filer les vêtements. Il pourrait en tirer un joli paquet en les revendant. De quoi vivre comme un pacha pendant deux vies, et s'acheter du chocolat et des tartines...
Naruto s'arrêta au comptoir pour y déposer le résultat de ses emplettes et demander à ce qu'elles soient déposées dans sa suite. Puis, il se tourna vers le brun et lui fit un grand sourire.
- Maintenant que tu es présentable, on va pouvoir sortir.
- Je comprends pas pourquoi tu tiens à sortir. On était bien dans la suite. Et vu le prix que ça coûte autant en profiter à fond, non ? rétorqua Taka.
- Demain, on pourra y rester toute la journée si tu veux. Mais aujourd'hui, j'aimerais beaucoup te montrer quelque chose, insista Naruto.
- Si y'a que ça pour te faire plaisir...
Alors qu'il suivait le blond vers la sortie du bâtiment, Taka s'inquiéta des intentions de son client. Parce que c'était bien joli de le rendre "présentable", mais s'il voulait le baiser vite fait dans une allée ou dans sa voiture, avec toutes ces fringues sur le dos, ça n'allait pas être simple. Entre le boxer, le pantalon, les chaussettes et les chaussures à lacets... ils étaient pas sortis de l'auberge, sans parler de la veste à capuche et du "polo". Sa tenue habituelle était bien plus appropriée pour le coup.
~ oOo ~
Taka regarda autour de lui avec appréhension. Le beau blond bizarre l'avait emmené dans un parc... pour enfants. Son client aurait-il des tendances pédophiles ? Non, parce que dans ce cas, il passait son tour. D'une il avait déjà donné, de deux il était un peu trop vieux pour ça. Son client lui sourit et entra dans l'espace de jeux pour se diriger vers les balançoires. Le brun haussa un sourcil. Il ne comptait quand même pas le prendre sur une balançoire alors qu'il y avait plein de marmots autour, si ?
- Allez, viens !
Naruto appela Taka qui était resté planté à l'entrée de l'espace "enfants". Amusé, il vit le brun s'avancer doucement, tout en jetant des regards soucieux autour de lui.
- Ils vont pas te bouffer tu sais ! se moqua t-il.
Le regard noir que lui jeta son invité le fit taire, comprenant que quelque chose n'allait visiblement pas.
- Si ton trip c'est les mômes... c'est sans moi ! lâcha froidement le brun.
Choqué, Naruto s'apprêta à protester avec véhémence quand l'un des enfants bouscula Taka. Le regard doux que le jeune homme posa sur la silhouette enfantine l'étonna et lui fit prendre conscience que le problème n'était pas les enfants en eux-mêmes, mais l'idée qu'il soit pédophile. Taka craignait qu'il ne se jette sur l'un des bambins tout simplement, et cela le perturba. Il mesura à quel point la tournure d'esprit du brun était différente de la sienne, et à quel point il était marqué par sa "profession".
Avec un sourire, il entreprit de rassurer le jeune homme face à lui.
- J'aime les enfants, mais pas comme ça. Je voulais juste te montrer les balançoires, c'est tout.
Il vit la fine silhouette se détendre avant qu'elle ne se rapproche de lui, pas trop près cependant.
- Si tu voulais faire de la balançoire, on est passé devant au moins trois parcs avant d'arriver ici. Dont un juste à côté de l'hôtel, remarqua le prostitué.
- Ah, mais ce parc là, il est spécial. C'est là qu'on venait quand on était petits. Tu te souviens ?
Seul le silence lui répondit, les orbes sombres le fixant, vides de toute expression.
- Une fois, on avait même fait un concours de celui qui monte le plus haut. Tu es tombé de la balançoire et tu t'es ouvert l'arcade sourcilière. Itachi s'est précipité, complètement affolé parce que ça saignait énormément. On a eu peur ce jour-là. Tu te souviens ?
- … C'était pas moi ça... Tu te trompes de personne, rétorqua platement Taka.
Non, mais sérieux, qu'est-ce qu'ils foutaient là ? En plus, il commençait à être vraiment en manque. Il en avait pas marre l'autre là de le traîner d'un bout à l'autre de la ville ? Tout ça pour des balançoires... S'il avait su, il lui aurait fait payer plus cher son week-end. Il vit son client s'approcher de lui, tendant la main vers son visage. Il sentit plus qu'il ne vit un doigt effleurer son sourcil droit.
- Pourtant... tu as encore la cicatrice... juste là, murmura ce dernier.
- … Des cicatrices, j'en ai plein. Si tu crois que je me souviens de comment je me les suis faites...
Naruto soupira devant l'air glacial et renfrogné de celui qui avait partagé ses jeux d'enfants. Se détournant de lui, il s'assit sur l'une des nacelles et lui lança :
- Allez, viens. Je suis sûr que je peux te battre à plate couture !
- Tch...
De mauvaise grâce, Taka alla s'asseoir sur la balançoire voisine à celle de son client et attendit la suite des instructions. C'était bien sa veine ça, un client complètement barge... riche, mais avec l'esprit complètement retourné. Il vit le blond, vraiment bizarre pour le coup, s'élancer et s'élever dans le ciel en rythme avec la planche de bois sur laquelle il était assis.
- Ben alors, Sas'ke ! Tu te dégonfle ?
La voix railleuse fit grommeler le brun qui pesta vertement :
- Déjà c'est Taka, pas Saké ou je ne sais quoi ! T.A.K.A. Ensuite... je ne me dégonfle pas, je cherche comment ça fonctionne, nuance !
- Ben c'est simple, tu n'as qu'à pousser... TAKA, ronchonna Naruto, piqué au vif.
Pousser ? Il pouvait pas faire encore plus clair ! Pousser où ? Pousser quoi ? et dans quel sens ? Râlant contre ce crétin qui lui faisait faire des trucs pas possibles et complètement stupides, le brun saisit les cordes suspendues avec ses mains et poussa vers l'avant. Il devait avoir l'air con comme ça, la tête et les pieds en avant en train de forcer comme un âne pour faire bouger ce truc de malheur. Non, mais vraiment ! La prochaine fois, il demanderait une prime !
Naruto observa les essais infructueux de son voisin de jeux, abasourdi. Comment pouvait-il avoir oublié quelque chose d'aussi simple, quelque chose qu'ils avaient tant fait étant enfants ? Avec un pincement au cœur, il freina son envol et finit par se relever.
- Attends. Je vais te montrer, tu vas voir, c'est tout simple.
Taka grommela, s'inquiétant de le voir monter debout derrière lui, plaçant ses pieds de chaque côté de ses hanches.
- Replie tes jambes. Il ne faut pas qu'elles touchent le sol.
Taka obtempéra, arrimant instinctivement plus fermement ses mains sur les cordes. Naruto se pencha en avant, poussant sur ses jambes et donna peu à peu de l'élan à la balançoire, alternant avec des poussées plus franches quand ils basculaient en arrière. Le jeune prostitué se laissa porter, éberlué. Mais c'était qu'ils montaient haut avec ses conneries à l'autre-là !
- Tu vois, il faut que tu plies tes jambes quand tu descends et tu les lèves quand tu montes. Allez essaye. Je te pousse au départ.
Le blond sauta de la balançoire sans même l'arrêter et la freina ensuite.
- Tu es prêt ?
Taka hocha silencieusement la tête. Il ne savait pas vraiment dans quoi il s'embarquait là... Naruto disparut de son champ de vision et il le sentit dans son dos.
- Allez, c'est parti ! Vers l'infini et au-delà ! lança le blond, joueur.
Taka sentit une franche poussée dans son dos et s'envola vers le ciel bleu.
- Déplie tes jambes !
Instinctivement, le brun s'exécuta, tendant ses jambes fines devant lui, puis les repliant quand il se sentit repartir en arrière.
- Super ! Tu te débrouilles comme un chef !
Naruto observa Taka qui s'élevait de plus en plus haut, ses mouvements devenant rapidement fluides et parfaitement coordonnés. Finalement, son ami ne semblait pas avoir tout oublié. Si son esprit ne se souvenait pas, son corps lui se rappelait. Il sauta sur sa propre balançoire et en quelques poussées puissantes, rattrapa bien vite son invité.
- Alors ? T'en penses quoi ? cria t-il pour se faire entendre.
Mais Taka ne répondit pas, il ne l'entendit même pas en fait. Il avait l'impression de voler. Il était un aigle flottant dans un ciel bleu. Le vent qui sifflait à ses oreilles et lui fouettait le visage, le mouvement de balancier qui envoyait son corps vers la voûte céleste, tout cela le grisait totalement. Il était libre, libre et vivant. Plus de soucis, plus de trottoir, plus rien. Juste lui et l'horizon azur. Sans qu'il ne s'en rende compte, un franc sourire se dessina sur son visage, éclairant ses traits altiers.
Le blond ne réitéra pas sa question, perdu dans la contemplation de ce visage souriant, de ce sourire surtout. Le sourire de Sasuke. Son vrai sourire, pas cette espèce de rictus qu'il affichait habituellement. Il avait bien cru ne jamais le revoir. Et pouvoir à nouveau en profiter le rendait bêtement heureux. Ils continuèrent à faire de la balançoire pendant de longues minutes, peut-être même des heures, aucun d'eux ne prêtant attention à la course du temps, perdu dans ses souvenirs pour l'un, dans ses rêves de liberté pour l'autre.
Quand enfin, ils redescendirent sur le plancher des vaches, ils avaient les cheveux ébouriffés par le vent, les joues rougies et les yeux brillants. A cet instant plus que jamais, Taka ressemblait au Sasuke de dix ans que Naruto avait connu et s'évertuait à retrouver. Avec un sourire, il tendit spontanément sa main au brun en lui disant :
- Allez viens, j'ai encore plein d'autres endroits à te montrer.
La voix du blond ramena Taka sur terre, lui faisant réaliser que cette liberté qu'il avait touchée du bout des doigts n'était d'éphémère. Il posa un œil dubitatif sur la paume tendue, et en réponse plongea ses propres mains dans ses poches. Parce que maintenant, il avait des poches. C'était bien pratique ces trucs-là.
- Je te suis, marmonna t-il.
Toute la journée se poursuivit ainsi, d'une école maternelle à une école primaire, un restaurant que le blond et sa famille fréquentaient souvent avec le fameux "Sasuke" et sa propre famille. D'un autre parc arboré à un quartier résidentiel particulièrement cossu aux maisons immenses et proprettes qui ressemblaient aux manoirs qu'il avait vus parfois dans les films à la télé. Un trajet sur un trottoir menant à la boulangerie du coin puis chez un marchand de glaces et de bonbons. Sasuke par ci, Sasuke par là, la vie de l'incroyable Sasuke en dix tomes.
Taka n'eut bientôt plus qu'une hâte, rentrer à l'hôtel. Tous les menus détails de la vie du génial Sasuke et de son meilleur ami Naruto ne l'intéressaient pas plus que ça. Par contre, il avait mal aux pieds avec ces stupides chaussettes, l'intérieur de ses cuisses le brûlait à cause du boxer, et il avait obtenu avec difficultés un arrêt dans un bureau de tabac pour se ravitailler en clopes. Et là, pour couronner le tout, il commençait à transpirer. Il était en manque... et aucun moyen de s'isoler quelque part pour s'envoyer un rail. Il avait bien réussi dans les toilettes du restaurant, mais depuis, que dalle et ça commençait à faire long...
Naruto remarqua que Taka suivait avec de moins en moins d'entrain. Maintenant, il tirait une tête de plus en plus fermée. Peut-être qu'il en avait trop fait ? Le visage du jeune prostitué s'éclaira quand il proposa de rentrer à l'hôtel. Retournant à la voiture, Taka se jeta dedans, appréciant de pouvoir enfin s'asseoir sans avoir à marcher en tous sens derrière le blond. De légers tremblements commencèrent à agiter ses mains, et une sueur froide le gagna. La voiture roulait déjà, insérée dans la circulation.
- Gare-toi... grogna Taka, ses dents serrées, attrapant sa besace sur ses genoux et commençant à l'ouvrir pour fouiller dedans à la recherche de sa botte au talon garni.
- Pourquoi ? demanda Naruto en lui jetant un bref regard interrogatif.
- Fais ce que je te dis... trouve un coin tranquille, n'importe où...
Naruto obtempéra face à la mine de plus en plus défaite de son passager.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu es malade ? Tu te sens pas bien ? demanda t-il inquiet en bifurquant sa voiture vers l'entrée d'un parking dans le centre ville.
- … On peut dire ça comme ça...
Taka n'attendit pas l'arrêt complet du véhicule au dernier étage du bâtiment et sortit son sachet de poudre.
- Qu'est-ce que tu fais avec ça ! Je t'ai déjà dit que c'était mauvais pour ta santé, range-moi cette merde !
Les yeux de Taka, maladifs, se plantèrent dans les siens, son teint pâle, ses frémissements à présent clairement perceptibles maintenant que le véhicule était à l'arrêt.
- … Je crois pas non. Sauf si tu veux gérer une crise de manque... Parce que tu vois là, c'est exactement ce qui m'arrive. Et crois-moi, t'as pas envie de vivre ça, ni moi non plus d'ailleurs...
Sans plus prêter attention à son conducteur, Taka ouvrit précipitamment le sachet, sentant déjà l'angoisse et l'anxiété le tenailler, son cœur s'emballer. Ça faisait pratiquement cinq heures depuis son dernier shoot, c'était sa limite, et il ne le savait que trop bien même. Bientôt suivraient les spasmes musculaires, l'envie de gerber; l'impression d'étouffer et de ne plus arriver à respirer, la douleur, et tout le reste.
Il traça un rail avec la fine poudre blanche, à même le tableau de bord. Il se foutait de savoir sur quoi il posait sa dope. Il avait besoin de sa dose, c'était tout, tout ce qui comptait, tout ce qui importait à l'heure actuelle. Le pire c'était l'angoisse, cette anxiété incisive qui montait et le torturait, c'était horrible. Il se connaissait assez pour savoir que très vite, il supplierait, il ferait n'importe quoi pour avoir son shoot libérateur. Il ferma les yeux et renifla un grand coup, léchant ses doigts ensuite et ramassant la moindre particule qui aurait pu lui échapper.
La drogue courut dans ses veines, pompée par son cœur qui battait trop vite, si vite. Ses yeux se dilatèrent et il ferma les paupières, sentant déjà les effets de son fix se manifester. Naruto observa, éberlué et choqué, Sasuke, son Sasuke, son meilleur ami, se jeter sur sa came comme un naufragé sur sa bouée. Un mince filet de sang coula de la narine encore légèrement enfarinée, lui tordant l'estomac.
- … J'en ai besoin... Tu comprends ? souffla Taka, se laissant aller, les yeux fermés, contre le siège qu'il occupait dans le véhicule.
Non, Naruto ne comprenait pas. Ses mains se serrèrent convulsivement sur le volant. Il en avait besoin ? Il avait sérieusement besoin de s'envoyer cette merde qui le bouffait de l'intérieur ? Il avait tant besoin que ça de planer ? Et soudain, le blond réalisa... Il réalisa que oui, probablement que Taka avait besoin de planer, qu'il avait besoin de décrocher de son bout de trottoir et de ses clients qui le martyrisaient ou le traitaient comme un moins que rien. Il devait même sûrement avoir beaucoup de choses à noyer dans cette poudre si précieuse à ses yeux.
Un goût de bile, amer, remonta dans sa bouche. Sasuke n'aurait jamais fait un truc pareil, avant... Mais le Sasuke de maintenant devait sûrement en avoir besoin pour tenir, pour vivre sa vie misérable de catin à la solde d'un mac violent. Il mordilla sa lèvre inférieure, son cœur se comprimant douloureusement dans sa poitrine. Sasuke, qu'est-ce qui t'es arrivé pendant toutes ces années ? Son impuissance lui sauta à la gorge.
- Ne refais plus jamais ça devant moi. C'est tout ce que je te demande... finit-il par dire d'une voix blanche où la tristesse était clairement perceptible.
Taka rangea mollement son matos dans le talon de sa botte, bien au chaud dans sa besace, et le véhicule repartit, un silence de mort régnant dans l'habitacle. Le reste du trajet se fit dans ce même silence, Naruto perdu dans ses pensées sur ce qu'avait dû être la vie de Sasuke ces dix dernières années, sur ce qu'elle était encore probablement aujourd'hui, et Taka savourant l'effet planant que lui procurait sa précieuse blanche.
Quand ils arrivèrent dans la suite, Naruto leur commanda à manger, prenant une quantité astronomique de nourriture. Il espérait secrètement que cela dériderait Taka, devenu bien trop silencieux et atone à son goût. De son côté, le brun ouvrit les sacs contenant leurs emplettes matinales, découvrant les articles que son client avait fait rajouter. Avec une certaine horreur, il constata que l'abominable polo orange faisait partie du lot. Jamais il ne porterait un truc pareil ! Il pensa un instant à le jeter avant de se souvenir de son colocataire. Voilà un cadeau qui lui ferait plaisir.
A part ça, il trouva deux autres jeans, un noir et un bleu clair, et deux autres polos, un rouge et un gris. Sans compter la montagne de chaussettes et de boxer de toutes les couleur, et les deux pyjamas. Il aurait dû s'en douter de la part de ce pyjamaphile.
- Taka ? Tu vas te laver avant ou après moi ?
L'interpellé leva les yeux au ciel, Monsieur le maniaque de l'hygiène le retour ! Il répondit calmement :
- Avant !
Non, faudrait pas non plus qu'il lui pique toute l'eau chaude ! Et il ne tenait pas non plus à trouver des poils ou autres joyeusetés du même genre ! Pour une fois qu'il pouvait faire le difficile, il n'allait pas se priver. Et il ne voulait pas non plus que son client ait tout d'un coup des idées si jamais il le croisait au sortir de sa douche, après tout ces "vacances" lui faisaient le plus grand bien et il ne tenait surtout pas à ce que ça change. Le blond n'avait pas envie de lui, et ça lui convenait très bien comme ça. Ce fut donc avec sa besace et un pyjama neuf dans les bras que Taka s'enferma dans la salle de bains. Après tout, dans un tel décor, il faudrait être vraiment difficile pour refuser de se laver.
Assis autour de la table basse, les deux jeunes hommes mangeaient avec entrain. Leur promenade dans les rues de la ville, les avait affamés et les odeurs qui émanaient des différents plats devant eux aiguisaient leur appétit. Si le brun vidait son assiette avec voracité, goûtant à tout, découvrant des saveurs qu'il ne connaissait pas et n'aurait certainement pas l'occasion de remanger de sitôt, Naruto, lui, jouait plus qu'autre chose avec sa nourriture, hésitant à poser la question qui le turlupinait de plus en plus.
Prenant finalement son courage à deux mains, il se racla la gorge pour attirer l'attention de son invité. Les orbes sombres se posèrent sur lui, une pointe d'interrogation brillant au fond des deux lacs couleur encre de Chine.
- … Je peux te poser une question ? osa timidement Naruto.
Taka le fixa, surpris de la gêne visible de son client. Reposant sa fourchette, il se redressa légèrement et hocha la tête, invitant ainsi le blond à parler.
Ne sachant trop comment poser sa question sans prendre le risque de vexer son interlocuteur, Naruto opta pour la méthode directe :
- C'est pour payer ta drogue que tu te prostitues ?
Le prostitué le fixa froidement, ses sourcils noirs légèrement froncés.
- T'es con ou quoi ? C'est parce que je fais la pute que je me came.
Puis, il enchaîna directement :
- Au fait, on regarde quoi ce soir ?
Naruto comprit parfaitement que le brun n'en dirait pas plus. Quelque part, il était rassuré de savoir ça, mais il n'était pas sûr que ce soit mieux. C'était même certainement pire, maintenant qu'il y pensait, parce que ça signifiait que Taka était aux prises avec une organisation quelconque. Ne préférant pas s'attarder sur le sujet, même en pensée, il répondit :
- Ce que tu veux. Ce soir, c'est toi qui choisis.
Après avoir épluché consciencieusement le programme télé, Taka choisit un film de zombie comique. Un truc où il était sûr de ne pas entendre parler de sexe ou d'amour, juste de l'humour potache, ça lui convenait très bien. Il s'installa confortablement sur l'immense lit qui était le sien pour le week-end, un bol de friandises au chocolat recouvertes de sucre de toutes les couleurs sur les genoux.
De son canapé, Naruto observa bien plus son employé temporaire que le film lui-même. En le voyant comme ça, ricanant des blagues de plus ou moins mauvais goûts qui défilaient sur l'écran plasma, en se gavant de Smarties, il n'avait aucun mal à imaginer ce qu'aurait pu être sa vie sans ce drame dix ans plus tôt. Cette tragédie qui les avait séparés, emportant Sasuke dans les ténèbres où il tentait de survivre encore aujourd'hui et dont visiblement il était prisonnier.
Mais même ça, il l'avait oublié. Quand il l'avait emmené dans leur ancien quartier, il n'avait rien dit devant l'endroit où avant, se dressait sa maison, son foyer. Aucune réaction non plus devant leurs écoles, juste un regard attendri en voyant les gamins jouer dans la cour. Il lui avait raconté leur enfance ensemble, cette enfance dont Taka ne se souvenait plus. Il avait parfois fait quelques remarques, mais jamais celles que Naruto espéraient, celles qui lui prouveraient que Sasuke était toujours là, bien caché dans un coin de l'esprit de Taka. Mais rien...
Pourtant, les ressemblances étaient si frappantes. Outre le physique, certaines expressions du brun le renvoyaient des années en arrière. Le fameux haussement d'un unique sourcil, le regard noir estampillé Sasuke, les rictus moqueurs ou méprisants, la moue boudeuse, et surtout... ce sourire qu'il avait vu sur les balançoires. Ce sourire qui l'avait bouleversé. Le sourire de Sasuke. Alors que le générique défilait et que Taka sombrait peu à peu dans le sommeil, Naruto se fit la promesse de tout faire pour aider Taka à sortir des ténèbres qui l'entouraient. Et peu importaient les risques, il était prêt à mourir pour sauver son ami, son meilleur ami enfin retrouvé.
To be continued...
Commentaires des auteures :
Voilà, voilà, voilà... Taka découvre le luxe et les joies d'une carte bleu couleur platine. Naruto découvre un Sasuke qu'il ne reconnaît pas et a du mal à composer avec tout en tentant de retrouver son meilleur ami. Et nous, on souffle enfin, parce que bon, on avance pas à pas mais c'est pas facile (oui, oui, des heures à regarder ce que Naru pourrait bien acheter à Sasu, des heures à choisir l'intérieur de la suite, photos à l'appui, etc etc). Bref, comme d'habitude, on est des acharnées des détails et on espère que, quand même, ce chapitre beaucoup plus tranquille vous a plu ! Ben oui quoi, vous croyez quoi qu'ils allaient se sauter dessus et qu'on allait faire du lemon à tout va ? Ben non, perdu !
Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :
Naru regarde les deux auteures et leur demande :
- Vous êtes sûres que c'est pas un remix de Pretty Woman votre truc, là ? Non, parce que la scène dans le magasin, ça y ressemble, non ?
- Ben, non. Rien à voir. Compare pas Taka avec Julia Roberts !
- Mouais... je suis pas convaincu...
Taka assis sur le canapé, boude. Ita et Sasu à côté de lui s'en inquiète :
- Raconte nous les misères qu'elles t'ont encore fait…
- Je passe pour un con, moi, avec leur scène de balançoire et je suis un junkie en plus ! Pitié... sauvez-moi !
- On aimerait bien, mais tu vois... On a jeté un œil à leurs idées et... crois-nous, on va pas tarder à souffrir nous aussi !
- … Et moi ? Non, ne me dites rien ! Je crois que savoir à l'avance serait pire ! boude Taka.
Kyuubi arrive en râlant, toutes ses queues dehors et celles de chakra aussi :
- Ce foutu Inuzuka a voulu me donner de la pâté pour chien ! De la pâté pour chien ! A moi ! Protestez ! Reviewez !
Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 7 : Un dimanche ensoleillé.
La fin du week-end approche... Comment se passera ce dernier jour ?
