Et voici le chapitre 2 ! Merci d'avoir lu, et merci beaucoup aux quelques uns qui m'ont laissé un commentaire. Bonne lecture !
L'oreille de Harry se tendit au bruit du portillon qui était poussé mais il ne cessa pas son travail, ne se détournant pas des rosiers qu'il taillait. Il avait cru qu'il était trop tôt pour que son oncle et sa tante ne rentrent, il n'avait même pas fait la moitié des tâches qu'il devait exécuter pour la journée. Au mieux, il ne mangerait pas ce soir. Au pire… quelques nouvelles marques s'ajouteraient à son dos.
Le pas se rapprocha mais il ne reconnut ni celui de son oncle, ni celui de sa tante. C'était un pas léger et bien rythmé, souple. La silhouette s'immobilisa finalement derrière lui, projetant une ombre à son pied. L'homme n'était pas très grand, d'un mètre soixante-dix peut-être.
"Bien le bonjour, monsieur Potter" souhaita une voix d'homme, soyeuse et pourtant contenant quelque chose… d'effrayant. "Mon nom est Severus Rogue et je souhaite vous entretenir de quelques sujets importants."
"Mon oncle et ma tante ne rentreront pas avant…"
Il leva les yeux, regardant le soleil pour estimer l'heure. Il était treize heures.
"Quatre heures" répondit-il finalement sans se retourner.
"Ah, mais je crains que ce ne soit à vous que je souhaite parler, et non pas à deux dégénérés."
L'insulte fit cesser net son mouvement à Harry. Il se retourna lentement, pour tomber sur un homme dans la trentaine, ou peut-être dans la fin de la vingtaine. Son visage était pâle, encore plus à cause des cheveux noirs mi-longs qui étaient attachés dans sa nuque. Il était vêtu d'un pull fin, noir également, malgré la chaleur de l'été. Mais le plus impressionnant restaient ses yeux – deux yeux noirs insondables, à un détail près.
Cet homme était un tueur.
Harry ne savait pas comment il pouvait le savoir. Peut-être dans la posture, dans ses yeux. Quelque chose, il ne savait pas quoi, mais pourtant il le sentait comme s'il y avait eu une énorme pancarte le lui indiquant au-dessus de sa tête. Et, au lieu de la peur, ce fut un frisson d'excitation qui parcourut sa colonne vertébrale.
"A quel sujet souhaitez-vous m'entretenir, monsieur Rogue ?" interrogea-t-il.
Ses doigts restaient sur le sécateur. Piètre défense face à un homme adulte au corps nerveux, mais la seule qu'il avait.
"Vous ne devriez jamais tenir une arme aussi fermement, monsieur Potter" répondit l'homme sans même jeter un regard à sa main droite. "Le moindre choc la fera voler hors de votre étreinte. Une arme se tient avec douceur et fermeté, comme une extension de votre propre corps, particulièrement une arme blanche."
Harry jeta un œil à sa main et desserra légèrement ses doigts.
"Trop crispés" corrigea l'homme, avant de rajouter alors qu'il desserrait encore. "Pas assez, elle va glisser hors de votre main."
"Montrez-moi" fit-il avec insolence.
Et pourtant il tendit la main. Ses doigts fins et osseux rajustèrent l'objet, mirent ses doigts dans la bonne position. Harry la regarda avec surprise. La courbe de la poignée du sécateur était bien calée dans sa paume, en épousant parfaitement la forme, l'extrémité solidement posée juste au-dessus de son poignet, dans les muscles du pouce. Ses doigts étaient souplement refermés sur l'autre bout. Il pouvait cisailler comme planter la pointe aiguë ainsi et effectua un rapide mouvement du poignet.
"Mieux" approuva le dénommé Rogue avant de s'éloigner vers la porte de la maison. "Venez donc, Mr Potter, je sens que l'après-midi sera longue."
Et Harry le suivit sans jeter un regard aux rosiers abandonnés, sa main fermement resserrée sur son arme improvisée. Il leur servit des boissons avant de s'installer dans le fauteuil de son oncle, faisant tournoyer les glaçons dans son sirop frais, et Harry prit son propre verre avant de s'asseoir dans le canapé – il n'en avait pas le droit, mais s'en fichait bien pour le moment.
"Peut-être devrai-je commencer par vous raconter une histoire" fit songeusement l'homme.
Fasciné, Harry l'écouta déballer l'histoire des sorciers et de la guerre contre Voldemort, jusqu'à arriver à la mort brutale de ses parents. La haine remonta dans son cœur – il se souvenait de cette nuit-là, de sa mère qui avait tenté de le sauver. Cet homme, ce Voldemort, serait tué un jour. Quand, comment, il ne le savait pas, mais ce serait définitivement l'un de ses objectifs. Il lui avait pris une vie avec des parents aimants pour le jeter ici…
Quoique ce dénommé Dumbledore semblait faire un beau coupable également.
"Suis-je dans l'erreur" finit-il par questionner "en affirmant qu'aucune de ces personnes ne veut vous voir ici ?"
"Absolument pas" répondit l'homme avec un demi-sourire. "Vous êtes quelqu'un de fascinant, monsieur Potter. Voyez-vous, certaines personnes passent dans la Mort mais en reviennent tellement leur rage de vivre est forte. Ce sont des adultes, néanmoins, en général. Pas des enfants de un an. La colère est une émotion puissante mais dangereuse. Elle doit être canalisée."
Il se pencha en avant, le regardant dans les yeux.
"Voilà pourquoi je suis ici, monsieur Potter. Ne faites pas cette erreur que j'ai faite. Ma colère m'a aveuglé et j'ai manqué l'occasion de ma vie, une occasion qui m'aurait pourtant permis de l'assouvir, de venger ceux que j'avais perdu et de ramener un peu d'équilibre dans ce monde stupide. La colère doit être connue et contrôlée, et alors elle devient un outil des plus puissants, un carburant qui permet de dépasser les limites de l'humain et de la magie."
"Je sais" fit Harry avec calme.
Il posa sa main sur son cœur, se sentant en confiance. Cet homme ne le blesserait pas.
"Je la sens ici. Et il y a autre chose en moi, quelque chose qui n'est pas moi, et qui pousse ma rage à devenir aveugle et destructrice – mais ce n'est pas ce que je veux. C'est au fond de ma tête et cela ne se tait que quand je tourne ma colère vers elle, se rétrécissant alors et essayant de se faire oublier."
Les yeux noirs face à lui se plissèrent.
"Souhaitez-vous que j'entre dans votre esprit voir cette chose ?" s'enquit l'homme. "Je ne regarderai aucunement vos souvenirs et vos pensées, uniquement ce que vous me montrerez."
"J'aimerais d'abord savoir pourquoi vous êtes venus me voir."
"Ah…"
Il fit tournoyer le reste de glaçons dans le verre vide.
"Au-delà de votre situation qui est similaire à la mienne à votre âge ?"
"Au-delà de ceci, oui. A ce que je sache, vous êtes le seul adulte précédemment abusé à être venu me voir."
"Touché" reconnut Rogue. "Je connaissais votre mère, Lily Evans. Elle a été mon amie pendant de longues années et m'a demandé de prendre soin de vous à votre naissance. Plus tard, quand j'ai tenté de réparer certaines erreurs, Dumbledore m'a forcé à lui prêter un Serment Inviolable, dont le nom indique parfaitement la finalité. Je n'ai accepté qu'à la condition que la première des trois clauses de ce serment soit votre protection."
"Vous êtes ici parce que vous allez mourir si vous ne l'êtes pas."
"Non" fit Rogue avec une esquisse de sourire. "J'aurai très bien pu me contenter de la parole de Dumbledore quant à votre sécurité. Je n'étais nullement poussé à venir observer votre situation, ni à prendre des dispositions pour vous trouver des tuteurs plus compétents si vous le souhaitiez."
"Qui ?"
Severus Rogue sourit.
"Des personnes qui sauront vous entraîner et vous soutenir dans votre croisade, si vous souhaitez la mener. Des personnes qui ne laisseront ni Voldemort vous attaquer, ni Dumbledore agir à votre encontre car, la première fois que vous les verrez, vous serez conscient de qui vous êtes et en conséquence insensible à leurs manipulations. Des personnes qui ont ce même but de purifier ce monde de ce qui le souille, des personnes qui ont fait du contrôle et de l'usage de leur rage un art destiné à accomplir leurs buts."
Ses yeux se plissèrent.
"La Ligue des Assassins."
"Parlez-m'en."
"Le Maître de la Ligue est Ra's al'Ghul, le démon. Si d'apparence la Ligue n'est qu'une organisation mercenaire, ce n'est que pour assurer leurs fonds et couvrir leur véritable but. Le monde est sot, peuplé de gens indignes d'y vivre, de gens qui le détruisent pour leur propre profit, ne pensant que sur le court terme. La Ligue vit et tue pour les en effacer et rendre son intégrité à ce monde menacé par les Hommes. Chacun d'eux, depuis le soldat de base jusqu'à Ra's lui-même, est un danger en face d'un homme ordinaire. Certains sont des dangers face aux dieux eux-mêmes. J'ai parlé de vous à la Ligue, de la colère qui coulait en vous, et ils ont accepté de vous rencontrer. Si vous le souhaitez, je vous mènerai à eux."
"En quoi cela me protégera-t-il ?"
"Si vous passez entre leurs mains, monsieur Potter, je vous aurai donné la meilleure protection dont vous ne bénéficierez jamais, et celle dont Dumbledore ne veut surtout pas la voir."
Son regard noir se posa sur lui et il eut un rictus.
"Vous saurez vous défendre par vous-même contre n'importe quel adversaire. Vous saurez tuer. Et cela est la meilleure protection qu'un homme ne puisse avoir. Je ne prétends pas que l'entraînement de la Ligue est aisé, bien au contraire. Mais si vous y survivez et devenez l'un de leurs Assassins, alors vous serez intouchable. Voilà en quoi leur avoir donné votre nom a accompli mon serment de protection, monsieur Potter."
Le silence régna un long moment. Potter le détaillait de ses yeux pénétrants, si sérieux pour son âge – comme un miroir de ce qu'il avait été plus jeune.
"C'est une offre tentante" finit-il par concéder. "Cependant, si je me mets aux ordres de la Ligue, pourrai-je m'attaquer à Voldemort ?"
"Le Seigneur des Ténèbres était dans la ligne de mire de la Ligue il y a cinq ans" répondit Rogue "et ils ne laissent jamais un travail inachevé."
"Au sujet de cette chose dans mon esprit…"
"Je peux aller la voir, ou la Ligue peut le faire si vous le souhaitez. Vous rencontrerez Ra's al'Ghul en personne quand vous arriverez à Nanda Parbat. La Ligue ne recrute que des êtres purs et si quelque chose vous souille, ils le détruiront. C'est leur philosophie."
"Pouvez-vous m'amener à un de leurs membres ? Je souhaite connaître davantage leur philosophie."
"Bien entendu. Et si vous faites votre choix ensuite, vous ne reviendrez jamais plus ici."
Harry se leva, époussetant sa tenue terreuse.
"Allons-y alors."
"Nous allons marcher environ un kilomètre" avertit Rogue.
Un hochement de tête lui répondit et ils quittèrent la maison ensemble, s'éloignant dans le quartier. Quelques regards curieux se posaient sur eux, puis se détournaient, et ils rejoignirent sa voiture de location qu'il fit ensuite démarrer, s'éloignant vers Londres.A peine arrivé dans la capitale qu'il s'éloigna vers les docks, semblant se retrouver sans peine dans le dédale de containers et d'entrepôts. Des hommes louches traînaient de plus en plus dans les environs alors que la nuit tombait et il finit par s'arrêter.
Une silhouette venait de tomber sur le sol devant eux et Harry la regarda avec admiration. C'était une femme, sa tête recouverte d'une capuche noire à l'extérieur et pourpre à l'intérieur. Un voile de soie sur son visage et sa tenue toute entière semblait faite pour le combat – sans compter l'arc dans son dos, ainsi que le poignard recourbé à sa ceinture. Et sûrement d'autres armes qu'il ne voyait pas.
"Je suis Nyssa al'Ghul, héritière du démon" fit la femme d'une voix fière, s'exprimant dans un anglais impeccable. "Je vois que vous avez tenu parole, ami."
"Mon jeune ami souhaitait en apprendre plus sur vos philosophies" répondit Severus en posant sa main sur l'épaule du garçon.
"De cela je peux vous parler" concéda la belle femme. "Que souhaitez-vous savoir, jeune homme ?"
Un regard décidé se planta dans le sien.
"Tout" répondit Harry, et un sourire s'esquissa sur les lèvres de Nyssa.
"Suivez-moi, en ce cas, nous serons bien mieux installés ailleurs."
Ils ne tardèrent à vrai dire pas à entrer dans un entrepôt encombré de diverses caisses. Des chaînes cliquetaient doucement, servant usuellement à les retenir. Il faisait presque entièrement noir, ne laissant qu'une lueur blafarde – assez cependant pour que Harry ne puisse distinguer sans difficultés les deux adultes avec lui. Nyssa le guida au centre de l'entrepôt, l'invitant à s'asseoir en faisant de même face à lui. Puis ils parlèrent, longuement.
Des heures entières. Rogue s'était tu à côté de lui. Le regard fasciné du jeune garçon était posé sur l'assassin, la superbe femme. Sa voix était hypnotisante, chacun de ses gestes, même esquissés, empreints d'un danger mortel. Cela finit par le ramener à la réalité et il cligna des yeux. Oui, cette philosophie, cette manière de vivre l'intéressait. Oui, ce serait infiniment mieux que ce qu'il connaissait chez les Dursley – et si cela pouvait l'immuniser à ce que tenterait de lui faire le nommé Dumbledore plus tard, alors cela ne l'attirait que davantage. Cependant…
"Je n'ai que votre parole" fit-il soudainement, avant de préciser. "Sur la force des Assassins. Je n'en ai jamais vu à l'œuvre, jamais entendu parler auparavant. Je pense que vous êtes aussi forts que vous le dites, mais je ne me risquerai pas à y prendre un pari."
Un sourire appréciateur lui répondit et elle leva sa main, claquant des doigts. Il y eut un mouvement dans l'ombre et il tenta de le suivre, plissant des yeux pour percer l'obscurité.
"C'est l'un de mes assassins" fit Nyssa. "Nous pensions que tu nous demanderais ceci et c'est pourquoi nous avons laissé entendre à la Triade, une mafia chinoise, que des jeunes assassins inexpérimentés se trouvaient ici. Il est allé commettre une "erreur" qui les amènera droit sur cet entrepôt, probablement une cinquantaine environ pour être sûrs de ne pas mous manquer, et je les tuerai tous."
"Seule ?" s'étonna-t-il.
Un lent sourire lui répondit.
"Je suis Nyssa al'Ghul" répondit-elle "héritière du Démon. Si je n'ai pas terminé mon entraînement…"
Elle se leva lentement, puis soudain disparut dans un mouvement rapide.
"Je ne suis pas incompétente pour autant. Ami, veuillez amener notre jeune ami à une place d'observateur."
Rogue se leva, lui tendant la main. Harry la prit sans hésiter et l'homme sortit sa baguette, jetant un sortilège de lévitation sur lui, l'entraînant dans le mouvement. Il ne fallut que quelques secondes pour qu'ils ne rejoignent une épaisse poutre de métal, près du plafond, et Harry s'assit volontiers dessus. Ils voyaient mieux qu'en bas, ici, la lumière était un peu plus forte. Pourtant il ne trouva pas Nyssa, avant de soudain l'apercevoir alors qu'une troupe d'hommes entrait au pas de course.
"Trouvez-les !" rugit l'homme de tête. "L'entrepôt est cerné, je les veux tous morts !"
Aucun mouvement ne lui répondit. Les hommes se divisèrent en groupes de quatre ou cinq, se séparant dans les allées. Nyssa était perchée en haut d'une caisse et avait tiré son arc, encochant une flèche. Elle le leva soudain et un sifflement bref retentit. Harry écarquilla les yeux en voyant deux silhouettes chuter, puis se rendit compte qu'elle avait tiré deux traits en une seule fois. Elle avait pourtant déjà bougé, disparaissant, avant d'en abattre d'un autre homme.
Pendant près de cinq minutes elle glissa entre les groupes, invisible, vive comme un fantôme. Ne se faisaient qu'entendre les brefs sifflements et des cris de peur et d'agonie – et elle en abattit douze ainsi sans même être repérée. Il craint un moment en la voyant se faire acculer, mais pourtant elle jaillit derrière le groupe même qui allait la coincer. Son épée mit fin aux quatre vies en moins de dix secondes, puis elle disparut à nouveau.
Le combat ne dura pas beaucoup plus longtemps. En moins d'un quart d'heure, vive comme le feu, invisible comme le vent, elle avait fauché quarante-trois hommes – il les avait comptés – et avait terminé en apparaissant en plein en face de leur chef. Celui-ci bégaya quelque chose, une demande de pitié peut-être, mais elle s'était contentée de lancer sa dague, la lui plantant dans la poitrine. Bien des coups de feu avaient été tirés mais ils ne l'avaient même pas effleurée. Elle erra un moment, ramassant toutes ses flèches, puis bondit agilement, escaladant une pile de caisses avant de se jeter dans le vide, pour se rattraper du bout des doigts à une poutre où elle se hissa, avant de les rejoindre.
"Alors, enfant" demanda-t-elle avec une ombre de sourire "mets-tu encore en doute les capacités de la Ligue ?"
Harry se força à refermer sa bouche. Elle avait été gracieuse, puissante, mortelle – tout ce qu'il voulait être.
"Je veux venir avec vous" fit-il simplement. "Je veux devenir un assassin."
"Assassin tu seras, en ce cas" décréta-t-elle en lui tendant sa main, et il se leva pour la prendre.
Plus de quinze mètres les séparaient mais il les franchit sans sourciller, marchant en équilibre sur l'étroite poutre qui oscillait jusqu'à arriver à sa hauteur.
"Peu de gens survivent à notre entraînement" remarqua-t-elle néanmoins avant qu'il ne saisisse sa main.
Un sourire dur lui répondit.
"Il apparaît que j'ai un talent pour vivre là où d'autres meurent."
"C'est exact" fit-elle en inclinant sa tête. "Bienvenue, Al'Najin. Laisse-moi t'emmener à mon père, Ra's al'Ghul."
"Qu'est-ce que cela signifie ?"
"Tu le sauras bien assez tôt. A son entrée dans la Ligue, chaque assassin, même ceux qui risquent de mourir, reçoivent un nom. Je te choisis celui-ci. Ami…"
Rogue se leva de sa poutre, époussetant sa tenue.
"Il semblerait que ma quête soit terminée" remarqua-t-il en regardant Harry. "Deviens fort, Al'Najin. Je détesterais avoir fait cela pour rien."
"Je le tuerai pour vous" répondit Harry avec insolence. "Voldemort."
"Je n'ai aucun doute à ce sujet" fit-il en inclinant sa tête.
Il resta silencieux un moment, puis reprit d'une voix songeuse.
"Je suppose que si vous souhaitez me parler à nouveau, je pourrai recevoir du courrier d'un informateur. Je n'ai jamais cessé de rechercher Voldemort pour m'assurer de sa chute, après tout."
Sa tête s'inclina à nouveau.
"Soyez simplement sûr que je suis le seul à comprendre vos termes, mon courrier est lu."
"Est-ce un défi ?" interrogea Harry, et un lent sourire étira les lèvres de Rogue.
"Un assassin se doit de savoir agir avec subtilité autant que par force brute, Al'Najin. Et de savoir communiquer avec ses alliés sans que ses ennemis n'y comprennent goutte."
Harry inclina la tête.
"C'est un sage conseil. Vous recevrez mes courriers si mon nouveau maître m'y autorise."
"Il le fera" répondit simplement Nyssa.
"Alors au revoir, ami" répondit Harry. "Ce que vous avez fait pour moi, je ne l'oublierai pas."
Un demi-sourire lui répondit. Rogue tournoya sur lui-même et disparut avec un claquement sec.
"C'est une habilité sorcière" remarqua Nyssa à ses yeux interrogateurs. "Tu apprendras également à le faire le temps venu. Viens, le chemin est long."
Il la suivit tant bien que mal. Elle lui fit faire un long détour par le plafond de l'entrepôt. Il était lent et ses sauts étaient disgracieux comparés à l'assassin, mais cependant il ne s'effrayait pas, comprenant que ce n'était que sa première leçon. Alors il se concentrait, imitait ses mouvements. Elle avait à peine repris la parole, portant la main à son oreille, pour ordonner de leur dégager la voie, et effectivement nul ne les agressa alors qu'ils quittaient les docks.
"Nous n'allons utiliser que des moyens de transport moldus" expliqua-t-elle après qu'ils ne soient montés dans une voiture. "Ce sera long, mais il est très probable, vu l'endroit où tu étais placé, que des sorts de surveillance soient sur toi. Celui qui les a placés saura toute magie employée pour toi et nous ne le ferons donc pas avant d'avoir examiné ton corps, ton âme et ta magie dans son entier."
"Est-ce que vous êtes une sorcière ?" questionna-t-il.
"Non. La Ligue ne comporte que très peu de sorciers. La plupart d'entre eux méprisent les moldus, comme ils les appellent, et ne croient pas qu'ils puissent être dangereux."
La tête d'Harry s'inclina sur le côté. Elle était définitivement dangereuse, et avait elle-même dit que sa formation n'était pas terminée.
"Sont-ils inconscients ?"
"Pour beaucoup d'entre eux, oui" répondit Nyssa avec un sourire cruel. "Un ennemi inconscient du danger est toujours aisé à tuer, Al'Najin. Un ennemi qui te sous-estime également. Un assassin ne montre jamais sa force tant qu'il peut l'éviter. Il s'adapte au niveau de son adversaire en combat frontal… ou s'arrange pour ne jamais faire de combat frontal."
Harry hocha lentement sa tête. C'était chose parfaitement sensée.
"Bien sûr" remarqua Nyssa "la seule exception sont les duels, que nous prenons très au sérieux."
A nouveau, il acquiesça. Ils rejoignirent Heathrow, le plus grand aéroport d'Angleterre, et elle lui expliqua patiemment son rôle. Ils voyageraient seuls tous les deux jusqu'à Dubaï, où ils prendraient une correspondance pour Bombay, d'où ils rejoindraient leur destination finale. Le voyage prendrait en tout plus de deux semaines, mais c'était le prix à payer pour que personne ne détecte leur départ d'Angleterre. Jusqu'à arriver à Nanda Parbat, elle serait sa sœur aînée, veillant sur lui, et ils ne toucheraient plus un seul mot de la Ligue avant de franchir le seuil de leur quartier général.
Harry acquiesça gravement et, lorsqu'ils sortirent de la voiture, ils étaient tous les deux dans des vêtements civils. Nyssa traînait une valise derrière elle et le tenait par la main comme un petit garçon, et il ne rechigna pas, se laissant traîner à travers l'aéroport. Ce n'était à vrai dire pas difficile de prétendre être son petit frère – il se contentait de la suivre partout en racontant n'importe quoi sur ce qu'il avait supposément fait à l'école ou au sport. Elle lui répondait distraitement, vérifiant régulièrement ses papiers comme tout voyageur ordinaire craignant d'avoir oublié quelque chose.
C'était même plutôt amusant, reconnut-il, notamment quand plusieurs personnes à qui ils s'étaient brièvement adressés complimentaient Nyssa pour son adorable petit garçon. Elle avait mis du fond de teint sur sa cicatrice pour que même des sorciers passant éventuellement dans les environs ne le reconnaissent pas et lui avait également mis des lentilles colorées – exit le regard vert si caractéristique et les lunettes brisées. De même qu'un bon coup de ciseaux avait raccourci sa tignasse et elle avait plaqué le reste avec du gel.
Il ne s'était même pas reconnu en se jetant un œil dans une vitrine réfléchissante et cela l'avait laissé stupéfait – elle n'avait même pas passé cinq minutes à le métamorphoser et les Dursley ne le reconnaîtraient probablement même pas. Elle s'appelait Katherine pour le moment, lui John, et il l'appelait Kathy à chaque fois pour la faire grimacer, comme si elle détestait le surnom.
Bref, même les gens qui les suivaient du regard détournaient bien vite leur attention malvenue. Ce fut sans difficultés qu'ils atteignirent le comptoir de l'enregistrement du vol pour Dubaï et leurs papiers paraissaient parfaitement en règle – même s'il se doutait qu'ils étaient parfaitement faux. Cela le fit méditer un instant sur les moyens qu'avait mis en œuvre la Ligue pour le ramener – une fausse identité pour Nyssa à l'aller, deux fausses au retour, voire même plus.
Le vol jusqu'à Dubaï, puis jusqu'à Bombay, fut long et terriblement ennuyeux. Personne ne soupçonnait quoi que ce soit, Nyssa s'occupait de lui comme une sœur le faisait, il l'embêtait en retour comme seul un petit frère savait le faire. On les trouvait plus mignons qu'autre chose et cela le mettait définitivement de bonne humeur – oh, s'ils savaient qu'un assassin et un futur-apprenti-assassin se tenaient là, sûrement seraient-ils un peu plus nerveux que cela, n'est-ce pas ?
A peine arrivés à Bombay, ils disparurent hors de l'aéroport. Nyssa abandonna leur valise devenue inutile, puis ils se changèrent, mettant des vêtements locaux, avant de reprendre leur route. Remonter au nord de l'Inde serait bien plus long et pourtant ils le firent, discutant néanmoins bien moins – il y avait beaucoup moins de masques à tenir ici sur les raisons de leur voyage que dans des aéroports remplis d'occidentaux trop curieux. Finalement ils se retrouvèrent à marcher dans les contreforts de l'Himalaya et Harry suivit tant bien que mal le rythme imposé par Nyssa.
C'était un exercice comme un autre et il se concentra donc sur son souffle, sur sa volonté d'avancer toujours, de faire un pas devant l'autre. Soudain sa magie frémit et il s'arrêta, tendant l'oreille, avant de relever les yeux pour regarder le dos de Nyssa devant lui. Sa nuque s'était à peine raidie et il la rejoignit en trottinant.
"On est bientôt arrivés ?" se plaignit-il, la regardant dans les yeux.
Elle avait bien entendu perçu la menace et sourit, lui ébouriffant les cheveux. Leurs mains se frôlèrent alors qu'elle repartait et il sentit le couteau qui se glisser entre ses doigts, puis le long de son bras, sous sa manche. D'après son regard ce n'était pas un exercice néanmoins. Un homme jaillit soudain devant lui en hurlant, un bâton levé, les séparant de sa masse. Harry bondit souplement en arrière mais manqua de trébucher à cause de la fatigue. Il évita néanmoins le bâton qui allait tomber sur lui en roulant au sol. Le couteau était bien trop remonté dans sa manche, la lame froide appuyée contre son bras, et il entreprit de le faire redescendre le plus vite possible.
Il dut déguerpir pour éviter un autre coup de gourdin, jetant un œil en avant. D'autres gens s'étaient jetés sur Nyssa avec des fourches et d'autres gourdins. Elle lui jeta un coup d'œil mais il fit un hochement de tête – cet homme était tout seul. Son attention se reporta néanmoins sur lui en évitant un nouveau coup et il leva son poing, frappant de toutes ses forces, en plein dans son entrejambe. Ce n'était pas loyal, mais pas moins que d'attaquer un garçon de six ans, et un hoquet surpris lui répondit.
Il se releva à moitié et se jeta plus loin alors que son agresseur l'attrapait par les cheveux, puis le frappait en plein visage. Il mordit le poignet devant lui en réponse, lui faisant lâcher prise avec un cri de douleur, alors que l'autre agitait sa main.
"Il m'a mordu ! Ce petit saligaud m'a mordu !"
Harry ne comprenait pas la langue mais c'était probablement une insulte – et surtout, l'autre ne s'occupait plus de sa défense. Le moment était idéal et il fit sortir le couteau, le prenant en main comme Rogue le lui avait montré – fermement, mais pas trop – et il fondit en avant, droit sur le ventre bedonnant devant lui. La chaire se déchira presque sans résistance, la graisse, puis les intestins se répandirent au sol. L'homme resta bouche bée, puis du sang remonta dans sa bouche et il tomba à genoux. Il jeta un œil à Nyssa, qui glissa un pouce sur sa propre gorge. Elle n'attaquait pas pour le moment mais semblait intouchable pour ses agresseurs.
Pourtant il comprit le signe et retira la dague du ventre avant d'appuyer sur le menton de l'homme et de basculer sa tête en arrière, découvrant la gorge. C'était incroyablement facile à couper avec la lame aiguisée et une large déchirure rouge s'ouvrit, accompagnée d'un gargouillement. L'homme s'effondra juste après et Harry bondit sur le côté, regardant avec intérêt la silhouette au sol. Il n'avait strictement rien ressenti en le tuant. Il était mort, aucun doute là-dessus, mais cela ne lui faisait à vrai dire ni chaud ni froid. S'il était assez lâche pour attaquer une jeune femme et un petit garçon, il méritait certainement de tomber sur un os un jour.
Les hommes plus loin regardaient le corps au sol, incrédule, puis l'un d'eux fonça sur lui, fourche brandie. Nyssa le regarda mais il observait déjà son nouvel adversaire. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement en voyant qu'il portait une arme à feu à la ceinture – il en avait déjà vu dans des films, mais jamais en vrai. L'assassin avait de toutes façons été ramenée à son propre combat, virevoltant jusqu'à arriver à prendre la fourche d'un des hommes – et elle savait bien mieux se servir d'une arme qu'eux.
Le temps que Harry ne parvienne à se défaire de son nouvel adversaire, beaucoup plus difficilement car il n'avait plus l'avantage de la surprise conférée par sa résistance, elle en terminait avec les dix sur elle. Le dernier finit par jeter son arme et prendre la fuite avec un cri de terreur en voyant le carnage et les yeux de Nyssa se plissèrent avant de chercher du regard un projectile quelconque – c'était Harry qui avait son couteau.
Pourtant le garçon avait déjà ramassé l'arme à feu, débloquant tant bien que mal la sécurité avant de la lever.
"A deux mains" ordonna Nyssa "le recul…"
Il avait déjà obéi, la prenant dans ses deux mains serrées. Le premier coup parti mais le recul manqua de lui disloquer l'épaule – elle l'aurait été s'il avait effectivement tenu l'arme à une main. Cela lui fit néanmoins manquer sa cible et il plissa des yeux, levant à nouveau l'arme, visant fermement. L'homme courait et s'éloignait et il avait du mal à viser, même s'il essayait de tirer au beau milieu du dos. Finalement le second coup parti et l'homme tituba, ralentit, avant de repartir tant bien que mal, mais Harry jura – il n'était visiblement pas foutu de toucher ce qu'il visait et avait atteint le bras.
Les mains de Nyssa prirent l'arme, la levant à nouveau, plus haut que ce qu'il avait fait. Elle redressa également son menton, puis son dos, calant sa vue sur le sommet du canon de l'arme.
"Inspire. Expire" ordonna-t-elle, et il s'exécuta, inspirant profondément au son de sa voix. "Ecarte légèrement tes jambes. Campe-toi dessus. Là. Ne ferme pas les yeux. Ne les plisse pas. Laisse-les grand ouverts. Inspire. Expire. Inspire. Au moment où tu expires, tu tires. Inspire. Expire."
Il s'exécuta, pressant la détente en expirant, et l'homme s'effondra sans un cri.
"Bien" fit-elle sobrement. "Nous allons devoir t'apprendre à tirer correctement."
"Désolé" fit-il en se frottant l'épaule endolorie.
"Douloureux ?"
"Oui" admit-il "mais je survivrai."
"Garde le pistolet jusqu'à ce que nous soyons arrivés" suggéra-t-elle en reprenant sa dague après l'avoir essuyée sur les vêtements d'une de leurs victimes. "Je ne pense pas qu'il sera encore utile, mais ne sait-on jamais."
Il se frotta les yeux.
"Est-ce que j'ai une très bonne vue ?" demanda-t-il. "J'avais l'impression de le voir flou quand il s'éloignait."
"Tu es myope" répondit-elle en se remettant en marche, et il partit à sa suite. "Les sorciers peuvent réparer ce genre de dégâts chez eux, mon père t'expliquera comment une fois que nous serons arrivés. Etait-ce ton premier combat ?"
Il la rejoignit, se recalquant sur son pas rapide.
"Vrai combat, oui" affirma-t-il. "Je n'avais pas d'armes contre mon cousin."
"Tu pourras toujours retourner le voir quand tu en auras une" répondit-elle laconiquement, et le silence retomba sur leur duo avant qu'elle ne reprenne. "Tu te débrouilles bien. Tu mérites ton nom."
Il leur fallut douze jours de voyage depuis Bombay, dont les derniers entièrement à pied, mais finalement ils parvinrent dans les montagnes neigeuses, montant toujours plus haut. Puis ils arrivèrent dans un monastère semblable à tant d'autres et pourtant il frissonna. L'ambiance sentait… la mort. Il n'avait aucun mal à croire que la Ligue des Assassins se trouvait ici.
Ce fut derrière Nyssa qu'il entra dans Nanda Parbat sans aucune envie de retour ni un regard en arrière.
