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Bonne lecture !

Yzan et Lili.


~ Double jeu ~

Vingt-sept secondes et demi pour monter son arme. Une seconde pour se mettre en position de tir, allongé à plat ventre sur le toit d'un immeuble. Deux secondes pour repérer son objectif et viser. Un quart de seconde pour appuyer sur la gâchette. Deux secondes pour voir sa cible s'effondrer, une balle entre les deux yeux. Les mêmes deux secondes qu'il lui fallut pour se rendre totalement invisible. Vingt-six secondes pour démonter et ranger son arme. Une seconde pour ramasser sa douille. Quinze de plus pour quitter le toit.

Une minute pour descendre cinq étages par les escaliers de secours. Quinze secondes pour atteindre les toilettes publiques du treizième étage et s'enfermer dans la cabine du fond. Dix secondes pour monter sur le bord de la cuvette et soulever la grille d'aération. Cinq secondes pour y cacher sa mallette, sa perruque blanche, et son pardessus en cuir. Deux secondes pour tirer la chasse d'eau et sortir des cabinets comme si de rien n'était. Vingt secondes pour se laver les mains et vérifier sa coiffure. Deux secondes pour sortir dans le couloir.

A peine cinq minutes après avoir prétexté une envie pressante et naturelle, Chu retrouvait son rôle de serveur dans un café de l'un des quartiers les plus huppés de la ville. Par les fenêtres donnant sur la rue, il vit les badauds et les touristes se promener sans se douter le moins du monde qu'un homme venait de mourir, assassiné par ses soins, sur ordre de l'Akatsuki. Demain, ça ferait la Une des journaux et la police ne tarderait pas à faire son enquête.

Si, par hasard, les enquêteurs fouillaient l'immeuble et trouvaient sa planque, ils la trouveraient vide. Dès ce soir, à la fin de son service, il récupérerait ses affaires et irait les déposer dans son local personnel. Demain, il ferait son rapport à Nagato, son supérieur hiérarchique dans l'organisation, celui qui lui donnait ses ordres de missions. Tueur à gage... voilà ce qu'il était. Un terme plus propret qu'assassin.

Il se saisit du plateau contenant la commande de la table sept, et s'y dirigea, zigzaguant entre les tables avec la force de l'habitude. Ce boulot de serveur n'était que temporaire, une couverture pour justifier sa présence si près du lieu d'un meurtre. Il l'avait depuis trois mois, trois mois de surveillance de sa cible, trois mois de repérage des lieux. Il démissionnerait le mois prochain; avant, cela ferait trop suspect.

- Bonjour Messieurs, dit-il poliment aux trois jeunes gens installés.

Il ne reçut qu'un vague hochement de tête du seul brun de la tablée. Les deux autres, un blond et un roux étaient trop plongés dans leur discussion pour avoir prêtés la moindre attention à sa présence.

- Je te dis que c'est pas mon petit ami !

- Ben voyons ! Deux mois que tu passes tous tes week-end avec, et ce mec n'est pas ton petit ami ?

Chu déposa les boissons sur la table, amusé malgré lui par la conversation des jeunes gens qu'il servait.

- Je ne passe pas tous mes week-end avec lui ! râla le blond.

- Trois... intervint le brun, en prenant son verre. Trois week-end en deux mois que tu as passé avec nous.

Chu se redressa et commença à s'éloigner, s'arrêtant un instant pour regarder passer les voitures de police, toutes sirènes hurlantes dehors. Comme tous les clients, il prit l'air vaguement curieux et suivit des yeux les bolides peu discrets. Il les vit s'arrêter devant l'immeuble où sa cible avait trouvé la mort, puis repris sa route vers une autre table pour prendre la commande. Une fois cela fait, il retourna au comptoir et donna le bon de commande au barman. Ce fut ainsi que sa journée passa, comme toutes celles des trois mois précédents, et comme celles du mois prochain.

Après, il lui faudrait trouver un autre boulot temporaire. Il aurait une nouvelle mission, une nouvelle cible, un autre rôle à jouer. Il était devenu un vrai caméléon. C'était ainsi depuis dix ans maintenant. Avant, il était un fils de bonne famille, étudiant sérieux, aimé de ses parents, avec des amis. Mais ça, c'était avant. Avant ce fameux soir, où des types bizarres lui étaient tombé dessus et l'avaient enlevé. Il n'avait jamais revu ni sa famille, ni ses amis... Morts, lui avait-on dit.

Il avait seize ans quand on l'avait kidnappé et amené devant Madara, le grand chef de l'organisation. Après l'avoir déshabillé et examiné sous toutes les coutures, celui-ci l'avait déclaré trop vieux pour le trottoir. Madara avait voulu savoir s'il faisait du sport et lesquels. Il avait paru particulièrement intéressé quand l'adolescent lui avait répondu être formé aux arts martiaux et avoir un bon niveau pour son âge. Il avait toujours été très doué... en tout.

On lui avait alors présenté Nagato, l'homme en charge de la formation des combattants, lui avait-on précisé, et à leur tête. L'homme aux longs cheveux roux l'avait testé, et après de longues minutes d'affrontement avait simplement déclaré :

- Il fera l'affaire.

Trois petits mots qui avaient scellé son destin. Toute sa vie avait changé après ça.

Les semaines s'étaient suivies et s'étaient ressemblées. Tous les jours on le sortait de sa minuscule cellule sombre pour l'emmener dans la salle d'entraînement. Tous les jours, il combattait des adversaires coriaces et puissants, et surtout de toute sorte. Il se battait aussi bien contre des hommes que des animaux. Et s'il perdait, il passait entre les mains sadiques de Kabuto, le "médecin" de l'organisation, celui-là même qui le soignait en cas de blessures. Autant dire qu'il avait vite appris à gagner sans se blesser et ce quel que soit son opposant.

Et puis un jour, il s'était retrouvé devant Madara dans une pièce vide où rougeoyait une cheminée. Après l'avoir fait déshabiller, le laissant uniquement en caleçon, le chef de l'Akatsuki lui avait longuement expliqué ce qu'il attendait de lui. Des combats illégaux, voilà ce à quoi il était destiné. Et bien évidement, il lui était fortement recommandé de gagner. Il avait défié du regard cet homme qui osait croire qu'il se plierait à sa volonté sans rien dire, mais Madara lui avait alors sorti sa carte maîtresse, la raison pour laquelle il était encore dans l'organisation dix ans après ce jour là : son petit frère.

Dans sa vie d'avant, il était l'aîné de sa famille, veillant sur ce cadet qu'il adorait. Et le chef de l'Akatsuki le savait. Il avait épargné la vie de son benjamin, le laissant aux bons soins d'une assistante sociale de sa connaissance. Le petit garçon avait été placé en famille d'accueil et Madara promit qu'il ne lui arriverait rien tant que lui, Chu, se tiendrait à carreau. A la moindre incartade, il pourrait dire adieu à son petit frère.

Il aurait voulu ne pas croire que cet homme avait tout pouvoir sur la survie de son cher petit frère. Mais le chef de l'organisation avait prouvé ses dires avec des photos. Son cadet était bel et bien vivant, et Madara seul savait où il était, pouvant l'atteindre à n'importe quel moment. Ses parents morts, c'était la seule famille qu'il lui restait et il ferait tout pour le protéger, quoiqu'il lui en coûte. Il avait donc plié, de mauvais gré, aux desiderata de cet homme, caressant le secret espoir qu'un jour il retrouverait son frère et qu'il s'enfuirait avec lui.

Puis Madara l'avait marqué comme du bétail, un A gravé sur sa hanche gauche par un tisonnier brûlant, en lui souhaitant la bienvenue dans l'Akatsuki. Le corps douloureux et le coeur serré d'angoisse pour son cadet, il avait rejoint sa cellule misérable où il avait tenté de se reposer, bien conscient qu'il avait les pieds et les mains liés. Il allait devoir agir en finesse pour retrouver son frère, et ce sans que ses agissements ne parviennent aux oreilles de l'un des "grands" de l'organisation.

Son premier combat avait eu lieu le lendemain soir, dans un entrepôt sale et plein à craquer d'une foule déchaînée. Nagato l'avait poussé dans un trou circulaire au fond sableux en lui disant :

- Montre-moi de quoi tu es capable.

Son adversaire faisait deux fois sa taille et au moins trois fois son poids, mais il avait gagné. Il avait mis toute sa rage, toute sa force dans chacun de ses coups, déversant sur son opposant la haine viscérale qu'il ressentait pour cet homme qui osait menacer la vie de son petit frère adoré et prétendait vouloir régenter la sienne.

Peu à peu, à force de combats remportés et d'obéissance servile, il avait gagné le respect de Nagato qui l'avait fait monter en grade. En passant de combattant à assassin, il avait acquis une certaine liberté, quittant sa cellule pour un studio miteux à l'extérieur de la bâtisse où il avait vécu ces dernières années. Il lui avait fallu trois ans pour en arriver là, il avait alors dix-neuf ans.

Une fois dehors, il avait découvert qu'aux yeux du monde, lui et son cadet étaient morts et enterrés. Discrètement, il avait commencé des recherches pour retrouver sa seule famille restante, mais en vain. Il en avait conclu que Madara avait sûrement donné une nouvelle identité à son frère, ce qui n'allait pas lui faciliter la tâche. Les missions s'étaient enchaînées pour lui, les petits boulots aussi. Ses mains se tachaient chaque jour un peu plus du sang qu'il faisait couler. Mais la seule chose qui comptait à ses yeux, c'était son petit frère adoré et encore en vie.

Il fallait qu'il le retrouve. C'était tout ce qui lui restait en ce bas monde. Ensuite, ils s'enfuiraient loin de toutes ces horreurs. Son plan d'action était simple : retrouver son cadet, puis disparaître avec lui. Il avait bien compris que l'Akatsuki l'utilisait et ne le laisserait jamais tranquille, plus jamais. Madara le lui avait dit : il leur appartenait, et la seule issue serait sa mort pour se libérer d'eux. Mais il n'avait pas dit son dernier mot. Il ne se laisserait pas faire sans rien dire, ni sans rien faire.

Il n'avait plus rien. En le faisant passer pour mort, ils lui avaient tout pris. En kidnappant son frère et en le tenant loin de lui tout en le menaçant, ils s'étaient assurés de sa loyauté. Mais ce n'était que temporaire. Il leur échapperait, une fois qu'ils seraient à nouveau réunis. Personne ne pouvait l'aider, et personne ne le ferait. Il avait alors depuis soigneusement préparé sa porte de sortie, le seul élément manquant étant son frère, son cher petit frère. Il ne manquait plus que lui. Il le retrouverait, quoi qu'il lui en coûte, peu importe jusqu'où il devrait aller.

Il ne partirait pas sans lui, il ne le laisserait pas aux mains de ces fous. Sa vie avait changée du tout au tout, et se lever jour après jour était parfois si difficile. Il continuait pour lui, caressant le secret espoir qu'ils seraient réunis. Il ne renoncerait pas, c'était tout ce qu'ils lui avaient laissé et c'était tout ce à quoi il s'accrochait. Il y arriverait. Quelles que soient les taches de plus en plus indélébiles sur ses mains, il y arriverait. Il ne l'abandonnerait pas.

~oOo~

Chu poussa la porte de son studio, entrant dans la pièce de vingt mètres carrés et meublée de façon spartiate. Un lit, une table, une chaise, une kitchenette avec un micro-onde, une salle de bain si petite qu'il pouvait aller aux toilettes tout en prenant sa douche. Voilà à quoi se résumait son intérieur. Il prit un sac poubelle et y cacha la mallette contenant son arme et ressortit de chez lui pour descendre à la cave. Il salua sa voisine, une vieille dame en robe de chambre rose et portant des bigoudis à longueur de temps. Il rejoignit le local des poubelles, au sous-sol de l'immeuble.

Il attendit patiemment que le père de famille du second soit sorti de l'étroit local pour y entrer à son tour, et souleva le couvercle de la poubelle qu'il laissa retomber lourdement sans rien y avoir déposé. Une fois sûr d'être seul, il sorti du local et s'engagea dans le couloir menant aux caves personnelles des locataires. Il s'arrêta devant une porte, sortit une clé de sa poche et ouvrit le battant de bois.

Ce n'était pas sa cave personnelle, mais celle de sa voisine, la vieille aux bigoudis. Il avait profité d'un service qu'elle lui avait demandé pour faire un double de sa clé. La petite pièce était encombrée de tout un tas de bric-à-brac divers et variés, mais ce qui l'intéressait c'était la grande armoire au fond de la pièce. En examinant les plans de l'immeuble, il avait découvert que derrière celle-ci se trouvait une porte dérobée qui menait à une planque datant sûrement de la dernière grande guerre qui avait ravagé le pays.

Il se faufila dans l'interstice large d'à peine quelques centimètres entre l'armoire et le mur, et appuya sur une brique bien précise, déclenchant le mécanisme d'ouverture d'un pan du mur. Il pénétra dans le réduit ainsi découvert et sortit sa mallette de son sac poubelle. Il avait aménagé l'espace pour pouvoir y ranger ses armes, celles-ci se trouvant alignées dans un ordre parfait sur les murs de la pièce.

Il y en avait des dizaines, et de toutes sortes. Armes blanches, armes à feu en tous genre, grenades et autres attirails s'étalaient sous ses yeux. Dans une petite armoire fermée, il avait même toute une collection de poisons fournis par Sasori, le chimiste de génie de l'organisation. Il avait à sa disposition tout ce qu'il fallait pour faire passer de vie à trépas ses cibles. Avec minutie, il rangea le fusil d'assaut dont il s'était servi l'après-midi même, non sans avoir pris le temps auparavant de le nettoyer soigneusement.

Il cacha son sac poubelle vide au fond de sa poche et remonta vers son appartement. De retour dans ses pénates, il se glissa sous sa douche, pressé de se débarrasser des odeurs du café dans lequel il travaillait. Il se prélassa longuement sous l'eau chaude, délassant ses muscles tendus. Il quitta la cabine exiguë, enroulant une serviette de toilette autour de ses hanches et se plaça devant le lavabo pour se brosser les dents.

Tout en activant la brosse dans sa bouche, il s'observa dans le petit miroir accroché au dessus de la vasque en faïence. Son visage était fin et marqué par des cernes qui, étrangement, soulignaient ses yeux noirs en amande. Ses cheveux, tout aussi noirs, étaient coupés courts et ébouriffés par le passage de la serviette. Il les démêla rapidement avec les doigts, préférant les laisser partir dans tous les sens. Ça lui rappelait son petit frère dont la chevelure n'avait jamais connu le sens du mot gravité, au grand désespoir de leur mère.

C'était toujours très drôle de la voir s'échiner à coiffer les mèches brunes de son cadet pour soupirer cinq minutes après en voyant les cheveux récalcitrants se redresser fièrement. Son père avait l'habitude de dire qu'ils étaient vivants et rebelles, se moquant ouvertement des efforts de son épouse pour donner la forme voulue à la coiffure du benjamin de la famille. Son coeur se serra à cette pensée. Son petit frère... il avait beau le chercher depuis sept ans, il ne l'avait toujours pas retrouvé...

Son téléphone sonna, lui signalant la réception d'un SMS. Il grimaça en voyant le nom de l'expéditeur qui s'affichait sur l'écran : Nagato. Son chef lui donnait une heure de rendez-vous pour le lendemain afin qu'il lui fasse son rapport. Chu lui avait envoyé un message pour le prévenir de la réussite de sa mission dans l'après-midi, comme convenu. Il devait prévenir son supérieur hiérarchique de l'évolution de chacune des phases de ses missions. C'était le deal : plus de liberté, mais il devait donner régulièrement des nouvelles.

Il savait que sans nouvelles de sa part, les menaces qui planaient au-dessus de son frère seraient immédiatement mises à exécution. Et sans savoir où son cadet se trouvait, il était dans l'incapacité de le protéger. Ce qui le rassurait quelque part, c'était de savoir que tant que lui se montrait docile, son frère était bien traité. Tout du moins, menait-il une vie bien plus normale que la sienne. Sa liberté à lui n'était qu'une illusion, la main de ses maîtres le tenant soigneusement en laisse.

Au fil des ans, et après quelques tentatives discrètes, il avait compris que le téléphone portable qu'il utilisait n'était pas innocent et contenait une puce qui permettait de le localiser. Son studio était lui aussi truffé de micros et de caméras vidéos. Dans tous les emplois qu'il avait exercé, il savait que parmi ses clients réguliers ou les employés qui l'entouraient, des gens à la solde de l'organisation y étaient mêlés, les informant de ses moindres faits et gestes. Ils étaient partout et nulle part à la fois. Le système était astucieux. Il était ainsi en permanence sous surveillance.

Il en avait conclu, à force d'observations, de déductions, et de quelques tests discrets, menant dans son coin ses propres investigations, que l'Akatsuki utilisait des monsieur et madames tout le monde, par des moyens de chantages quelconque ou bien par appât du gain tout simplement. Ils le surveillaient, probablement en utilisant les mêmes procédés : des SMS. Parfois, il s'était aussi senti observé et suivi discrètement, surtout au début de son emménagement ici.

Ces fois-là, c'était plus subtil. Il avait réalisé ses premiers meurtres sous l'œil de quelqu'un d'autre. Peut-être un assassin plus âgé à la solde de l'organisation, lui-même pris dans les filets de ces mafieux par un biais ou un autre. En tout cas, petit à petit, au fil de ses succès et de son obéissance, aveugle en apparence, ses mouvements avaient été de moins en moins contrôlés. Mais il savait qu'ils étaient là, toujours tapis dans l'ombre, prêts à donner l'alerte en cas de problème. Un souci supplémentaire qu'il devait gérer et avec lequel il composait.

Chu enfila rapidement un boxer et un t-shirt avant de se laisser tomber sur son lit, prenant un livre au passage. Plongeant dans sa lecture, il se détacha de son quotidien sordide et baigné de sang, pour suivre les aventures rocambolesques d'un milliardaire un peu fou qui avait fait le pari de faire le tour du monde en quatre-vingt jours. Si plus jeune, il aimait beaucoup les histoires policières et les scénarios catastrophes, son métier lui en avait fait passer le goût, et il préférait désormais les aventures fantastiques...

~oOo~

Debout au milieu de la pièce, Le Borgne regardait le dessin d'un corps sur le sol. Heureusement pour le politicien visé, les forces de police avaient eu des informations concernant une prochaine tentative d'assassinat sur l'homme haut placé. Ils avaient pu créer un leurre pour berner l'organisation criminelle. Un de ses subordonnées lui tendit un sachet plastique transparent dans lequel reposait une balle.

Sans aucun doute le travail d'un pro, et pas de n'importe quel pro. La balle avait traversé la baie vitrée pour aller se loger proprement entre les deux yeux de la victime, traversant le crâne et finissant sa course dans le mur. Il examina le projectile de plus près. Vu le calibre, l'arme du crime était certainement un fusil d'assaut. Le A gravé dans le petit bout de métal était une signature en soi : l'Akatsuki. Un soupir franchit les lèvres fines de l'enquêteur, cachées par un masque noir. Décidément, cette organisation était toujours aussi problématique.

Vingt-cinq ans... vingt-cinq ans que l'Akatsuki sévissait à travers tout le pays, principalement dans cette ville, la capitale. Avant lui, son père aussi avait enquêté sur l'organisation, cherchant à faire tomber les têtes pensantes. Mais en vain. Il était mort dans une embuscade, tué par l'un des assassins de la société criminelle. Infiltrer l'organisation s'était avéré impossible, le chef se montrait bien trop méfiant et ses sous-fifres étaient tout aussi paranoïaques que lui. La seule information qu'avait réussi à obtenir l'une de leur taupe, avant de mourir, était la date et l'heure de sa propre mort. Et même ainsi, la police n'avait rien pu faire pour protéger l'espion, qui avait trouvé la mort à l'heure et à la date prévue.

Mais depuis quelques années, la donne avait un peu changée, et les données sur le fonctionnement de l'Akastuki avaient affluées. La raison ? Un informateur. Un jeune homme qui appartenait à l'organisation, avant de proposer ses services aux forces de police. Pour assurer la sécurité de cette précieuse source d'information, lui seul avait des contacts avec le "cousin". En tant que chef des enquêteurs en charge du dossier Akatsuki, Le Borgne était le seul à connaître l'identité du jeune homme, le seul à savoir comment le joindre, celui par qui passait toutes les infos.

Le policier s'approcha de la baie vitrée, observant de très près l'impact de la balle. Il jeta un coup d'œil aux alentours, cherchant à savoir où s'était tenu le tireur. L'immeuble n'était pas entouré par d'autres bâtiments de hauteur égale ou supérieure. L'un de ses hommes enfonça une fine tige en plastique rigide dans l'orifice laissé par le projectile.

- Trajectoire descendante et biaisée, annonça-t-il.

Donc le sniper avait tiré d'un endroit plus élevé et de biais par rapport à la chambre d'hôtel où ils se trouvaient. Ouvrant la baie vitrée pour aller sur le balcon, Le Borgne chercha un lieu qui répondait à tous ces critères. Rapidement, il repéra un bâtiment, un peu sur la gauche et qui dépassait largement celui où il se trouvait.

- Là, déclara-t-il à son subordonné qui l'avait suivi.

- La vache. Il est sacrément doué. Ça fait quoi... deux cent mètres de distance, lâcha le policier, une pointe d'admiration dans la voix.

- C'est un pro, répondit platement son chef, comme si ça expliquait tout.

Le Borgne envoya une équipe vérifier le bâtiment, surtout le toit leur précisa-t-il, même s'il était sûr qu'ils ne trouveraient rien. Ce genre de tireur ne laissait jamais aucune trace de son passage. Il fit une dernière fois le tour de la pièce, repassant rapidement en revue les seuls indices qu'ils avaient trouvé : la balle. Il téléphona ensuite à son supérieur hiérarchique, lui annonçant qu'ils pliaient bagages, lui faisant également part de leurs avancées, minimes. Ils n'étaient pas prêt de mettre la main sur l'assassin.

En fin de journée, rassuré sur le sort du politicien, qui avait regagné sa demeure sain et sauf, Le Borgne rentra chez lui, épuisé. Quarante-huit heures qu'il n'avait pas dormi, il méritait bien une bonne nuit de sommeil. L'homme qui était mort n'était qu'un leurre. Un prisonnier condamné avait accepté de jouer le rôle de la victime, en échange de sa liberté s'il s'en sortait vivant. Pas qu'il ait eu beaucoup de chance que ça arrive, mais bon...

Le Borgne soupira, il n'aimait pas utiliser ce genre de méthodes, mais c'était parfois, hélas, nécessaire. Démanteler l'organisation criminelle la plus puissante du pays était un travail de longue haleine, mais il ne désespérait pas. En cinq ans de collaboration avec son informateur, l'enquête avait fait des avancées considérables et il espérait que, bientôt, il pourrait mettre fin aux agissements de cette bande de malfaiteurs qui tenait les bas fonds de la ville entre ses griffes.

Le problème était que l'Akatsuki ne se contentait pas d'être un regroupement de tueurs à gage. C'était aussi un réseau de prostitution, un réseau de narco-trafiquants et un réseau pédophile. Et quand, enfin, la police arrivait à stopper l'une des branches de la tentaculaire société, d'autres prenaient immédiatement le relais. Comme un lézard : coupez lui la queue... elle repousse. Il fallait s'attaquer à la tête ! Mais cette tête était bien protégée et difficile à atteindre.

Rapidement, l'enquêteur se déshabilla, jetant à peine un coup d'œil dans le miroir pour se regarder. Ses cheveux auburn étaient coupés courts et en bataille, son unique œil visible était noir, l'autre caché par un bandeau sombre qu'il portait en permanence. On ne l'appelait pas Le Borgne pour rien, il avait effectivement perdu un œil dans un échange de tirs musclé plusieurs années en arrière. Les risques du métier. Il ôta le masque chirurgical qui recouvrait le bas de son visage, râlant contre ses allergies qui l'obligeaient à se protéger ainsi en permanence. Un flic pris d'une crise d'éternuements en pleine opération, ça faisait vraiment trop désordre.

Un sandwich vite fait cala son estomac et il se laissa tomber comme une masse dans son lit, regrettant un peu d'y être seul. Pas qu'il aurait été en état de faire quoique ce soit avec son amant, mais un peu de chaleur humaine lui aurait tout à fait convenu. Un sourire tendre étira ses lèvres fines en pensant à cet homme, un peu plus jeune que lui, certes, mais qui lui apportait tant. Il s'endormit en espérant que son compagnon allait bien et qu'ils pourraient se voir le lendemain.

~oOo~

Ses yeux noirs se posèrent sur le bâtiment industriel devant lui. Un parmi tant d'autres que rien ne distinguait particulièrement dans cette zone près du port. Pourtant, c'était là qu'était le siège principal de l'Akatsuki, l'organisation criminelle la plus puissante du pays. Là qu'il avait passé ses trois premières années d'entraînements. Là que se trouvaient les douze "grands" et le chef suprême. Là qu'il avait rendez-vous avec Nagato pour lui faire son rapport de mission.

Chu frissonna légèrement en pénétrant dans la bâtisse, non sans avoir auparavant montré patte blanche auprès de Zabuza et Haku, les deux gardiens de l'entrée. Il n'aimait pas venir ici, vraiment pas. Outre les mauvais souvenirs rattachés à l'endroit, il avait vu trop de scènes dérangeantes en arpentant les couloirs sombres. Que ce soit des cris enfantins quand il passait trop près de la zone réservée aux activités pédophiles, des passages à tabac en règles ou des scènes de sexe sauvages entre certains membres. Il avait vraiment vu de tout ici...

Une fois, il avait même vu Hidan, l'un des mac de l'organisation, marquer l'une de ses prostitués. De ce que Chu avait pu en voir, c'était un adolescent qui ne devait pas avoir plus de quatorze ou quinze ans. Le mac maintenait un oreiller sur le visage de sa nouvelle recrue et le pilonnait sans douceur. Il avait surpris, à travers la porte de la cellule restée entrebâillée, cet homme faisant grincer le lit métallique pendant qu'il violait son jeune jouet, les quelques rares cris de la misérable victime attirant son attention.

L'homme aux cheveux gris avait alors posé l'extrémité d'un taser sur la hanche gauche de l'adolescent sous lui qui gardait la tête profondément enfoncée sous un oreiller miteux. Chu n'avait pu voir son visage, mais avait parfaitement pu voir le A qui marquait la peau, en tous points identique au sien au même endroit sur la hanche, le symbole de l'Akatsuki. Juste avant de déclencher la décharge électrique, Hidan avait clamé en riant :

- Maintenant, tu vas bosser pour moi, Blanche-neige ! Dès demain, mon trottoir sera ta nouvelle maison !

Chu s'était rapidement éloigné, les poings serrés de rage et l'envie de défoncer la gueule de ce type chevillée au corps. Il ne supportait pas Hidan et sa cruauté légendaire. Les cris de souffrance du malheureux qui venait d'atterrir entre les mains sadiques du mac avaient retenti dans les couloirs, accompagnés de ce rire barbare, créant un écho sinistre qui s'ajoutait à l'horreur de ce qu'il venait de voir. Dans l'Akatsuki, les putes étaient tout en bas de l'échelle et n'avaient pas le moindre espoir de pouvoir monter en grade un jour. Quelque part, il avait eu de la chance dans son malheur...

D'un pas rapide, Chu traversa les différents couloirs pour rejoindre son chef : Nagato. Le roux l'accueillit dans la salle d'entraînement où deux chiens, de taille plus que respectable, se battaient contre un gamin à peine plus haut qu'eux. Il ne lui fallut pas plus de quelques minutes pour exposer à son supérieur hiérarchique la réussite de la mission qui lui avait été assignée, ignorant le combat qui se déroulait non loin de lui. De toute façon, il ne pouvait rien faire. Le responsable des combattants et des assassins hocha simplement la tête en guise de félicitations avant de lui donner congé.

- Je t'appellerai dès que j'aurais un boulot pour toi. En attendant fais-toi oublier, conclut Nagato.

Chu ne répondit rien, sachant que de toute façon il n'aurait pas le choix. Il n'était qu'un chien à la solde de l'organisation et n'avait pas son mot à dire sur le sujet. Il s'empressa de vider les lieux, peu désireux de s'y attarder. Un gémissement indécent résonna soudainement dans le couloir qu'il empruntait pour repartir, le faisant frissonner d'angoisse. Sur quelles horreurs allait-il encore tomber ? Avec appréhension, il tourna dans un autre couloir à sa droite, le chemin le plus direct vers la sortie.

Deux silhouettes se distinguaient parfaitement au beau milieu de l'allée sombre. Silencieusement, Chu s'approcha des deux corps jusqu'à pouvoir les identifier. Ses yeux s'écarquillèrent quand il reconnut Kabuto, le bourreau-médecin, et l'un des autres "grands" de l'organisation, Orochimaru. Il retint un haut-le-cœur en voyant les deux hommes copuler sauvagement et les contourna discrètement, se collant au mur au passage.

- Oh... Chu... Tu ne veux pas te joindre à nous ?

La voix grave du fournisseur de l'Akatsuki retentit, le figeant un bref instant, avant qu'il ne reprenne sa route, le dos bien droit, sans répondre à l'invitation de l'homme-serpent. Le tueur à gage ne mit pas longtemps à quitter le bâtiment, saluant les deux gardiens de la porte principale en passant. Dès qu'il fut sûr de pouvoir le faire sans risque, il sortit son téléphone personnel, celui qu'il cachait soigneusement à ses supérieurs, et envoya un SMS : "Ce soir, chez toi ?"

La réponse ne tarda pas : "Je t'attends", le satisfaisant pleinement. Ce soir, il pourrait oublier au moins un peu son rôle d'assassin et retrouver un peu d'humanité.

Il passa rapidement chez lui pour se changer, quittant son pantalon en cuir et son t-shirt noir pour un jean bleu foncé et un t-shirt blanc. Il chaussa une paire de baskets noires et enfila une veste de la même couleur. Il jeta un coup d'œil dans le miroir en passant rapidement une main dans ses courts cheveux noirs, les ébouriffant un peu plus, puis quitta son studio et l'immeuble, rejoignant l'arrêt de bus le plus proche.

Se rendre chez son amant relevait toujours du parcours du combattant. Non pas que le trajet soit long ou compliqué, non, mais Chu craignait constamment d'être suivi, aussi faisait-il bien des détours. Il semait les éventuels espions de l'Akatasuki en allant d'un bout à l'autre de la ville, avant de revenir à son point de départ, puis de recommencer son manège dans l'autre sens. Pour justifier ses tours et détours, il s'arrêtait de temps à autre dans un magasin, achetant une babiole ou deux dans la mesure de ses moyens.

De fait, un trajet qui n'aurait dû lui prendre pas plus de vingt minutes, lui prenait au final deux bonnes heures. Mais, c'était un mal nécessaire. Si l'organisation venait à apprendre qu'il était en couple et surtout qui partageait sa vie, ce serait dramatique. Pour lui, pour son amour et surtout... pour son petit frère. Ses yeux errèrent sur les rues qui défilaient de l'autre côté de la vitre du bus, ses pensées se perdant dans ses souvenirs, comme souvent dans ces moments là.

C'était lors d'une garde à vue qu'ils s'étaient rencontrés. Suite à l'une de ses missions, Chu avait été interrogé, comme la totalité du personnel présent dans l'hôtel au moment du meurtre, puis mis en garde à vue parce qu'il semblait suspect, comme environ tous les hommes d'une vingtaine d'année de l'établissement. Enfermé dans une petite cellule, il avait longuement réfléchi à l'opportunité qui se présentait à lui de s'échapper un peu de l'organisation.

C'était risqué, aussi avait-il attendu de rencontrer le policier chargé de l'enquête pour prendre sa décision. L'interrogatoire avait été mené de manière somme toute traditionnelle, pourtant quelque chose dans cet homme aux cheveux auburn et au visage masqué lui inspirait confiance. Par prudence, Chu n'avait rien dit. Mais, quand il avait été libéré à la fin des quarante-huit heures légales, l'homme lui avait discrètement glissé une carte de visite avec ces quelques mots :

" Rappelle-moi. Je peux t'aider."

Après de longs jours d'hésitation et de réflexion, Chu avait fini par composer le numéro inscrit sur le petit carton. Le Borgne... Ce nom lui avait semblé bizarre, mais vu la tête de l'homme qui le portait, il était amplement justifié. Pour plus de sécurité, il n'avait pas appelé de son portable, mais d'un téléphone public dans une cabine. Le Borgne lui avait proposé un rendez-vous discret pour qu'ils puissent se parler de vive voix.

Ils s'étaient retrouvés dans la bibliothèque que Chu avait l'habitude de fréquenter pour se fournir en lecture. Ils avaient engagé la conversation, assis autour d'une table, chacun un livre à la main. Parlant d'abord littérature, puis météo et cinéma. Une discussion qui pouvait sembler totalement anodine pour une oreille extérieure, mais bourrée d'allusions et de sous-entendus pour eux. Ainsi, l'air de rien le policier en civil avait expliqué à Chu qu'il était sûr et certain qu'il était impliqué dans la mort du haut dignitaire et qu'il agissait sur ordre de l'Akatsuki, même s'il n'avait à ce jour aucune preuve. Il lui avait aussi proposé un marché : Chu lui fournirait des infos, et lui se chargerait de le protéger et de l'aider à sortir de cet engrenage.

Sur le même mode de communication, l'assassin avait rétorqué au représentant des forces de l'ordre qu'il n'avait nullement besoin d'aide pour se protéger, et qu'il ne restait dans l'organisation que pour retrouver son petit frère dont le chef se servait pour le maintenir à sa botte. Chu avait décidé de donner une chance à l'enquêteur, après tout peut-être qu'il pourrait l'aider à retrouver son frère, lui avait accès à des bases de données qu'il ne pouvait pas consulter lui-même. De fil en aiguille, et de rencontres discrètes en rendez-vous secrets, les deux hommes avaient appris à se connaître et à se faire relativement confiance.

Depuis, Chu jouait les informateurs pour la police, leur donnant tous les renseignements qu'il possédait sur l'Akatsuki, ses dirigeants, son fonctionnement, ses prochains coups, etc... De son côté, Le Borgne faisait des recherches pour retrouver son cadet. Jusqu'à présent elles s'étaient avérées infructueuses, mais ni l'un ni l'autre ne désespéraient d'arriver un jour à savoir où Madara avait placé le plus jeune des deux frères et le récupérer.

Le bus se gara le long de l'arrêt et Chu en descendit, s'éloignant d'un pas tranquille vers un magasin de vêtements. L'énorme avantage de ce magasin était qu'il possédait une multitude de sorties. Après avoir longuement erré dans les allées diverses et variées, allant même jusqu'à se promener dans le rayon "Lingerie féminine", il quitta la boutique par l'une des portes menant dans une rue éloignée de celle où il était précédemment.

Une vitrine attira son attention, les gâteaux exposés ayant l'air particulièrement savoureux. Vérifiant rapidement la somme d'argent qu'il avait sur lui, Chu poussa la porte de la pâtisserie. Son homme était gourmand et ils ne s'étaient pas vus depuis presque une semaine. Un bon gâteau au chocolat ou aux fruits serait parfait pour le dessert de ce soir. Quelques minutes plus tard, le jeune homme anodin ressortit de la boutique, une boite soigneusement enrubannée entre ses mains.

~oOo~

Le Borgne poussa la porte de son appartement, les bras chargés de sacs de courses. Il se déchaussait quand il perçut le bruit de la télévision. Un sourire fleurit sur ses traits. Enfin, il était là. Pressé, il finit d'ôter ses chaussures et se dirigea à pas de loup vers le séjour. Dans la cuisine ouverte se trouvait son amant, en train de préparer le repas d'après ce qu'il voyait. Déposant sans bruit son chargement sur la table, le policier enlaça la silhouette fine et longiligne, passant ses bras autour de la taille soulignée par un tablier blanc.

- Bonjour Amour, murmura-t-il avant de déposer un doux baiser dans la nuque pâle.

- Bonjour 'kashi, lui répondit l'homme brun entre ses bras.

Le dit 'kashi sourit et posa son menton sur l'épaule devant lui, jetant un oeil curieux sur le contenu des casseroles.

- Tu nous fait quoi ? s'enquit-il.

Chu touilla le contenu de sa casserole avec une cuillère en bois, concentré, avant de répondre :

- Du risotto aux champignons.

- Du quoi ?

- C'est un plat italien. Une recette que je voulais essayer depuis un moment.

- Ça sent bon en tout cas.

Le Borgne voulut plonger un doigt gourmand et inquisiteur dans la casserole, mais n'eut que le temps d'esquisser le geste. Une main fine se referma vivement sur la sienne quand il s'approcha du plat. La rapidité et les réflexes de son amant le surprenaient toujours.

- Ce n'est pas encore prêt.

La phrase fut lancée sur un ton placide, faisant sourire Le Borgne qui embrassa encore le cou pâle tout en entremêlant leurs doigts.

- C'est toi que je vais manger en premier alors, susurra-t-il.

Le visage sérieux et concentré se pencha un peu plus vers les préparatifs, un soupçon de gêne envahissant les traits altiers. L'enquêteur sentit une vague de tendresse mutine l'envahir tant la réaction de son amant était adorable. Il adorait le taquiner.

- Tu m'as manqué, souffla-t-il dans le cou blanc, y nichant son nez tout en humant la peau et l'odeur de son partenaire.

Le cuisinier tourna la tête vers son amant et lui embrassa tendrement la tempe. Le policier releva le visage pour déposer un doux baiser sur les lèvres fines du brun.

- J'ai ramené le dessert. Tu mets la table ? demanda doucement celui qui était aux fourneaux.

Le plus vieux des deux acquiesça silencieusement, se détachant à regret de celui qu'il tenait dans ses bras.

Le bruit des portes de placards s'ouvrant et se refermant indiqua au cuisinier que son compagnon lui obéissait docilement, lui soutirant un doux sourire. L'enquêteur dressa la table pour deux, son regard errant sur la silhouette longiligne de celui qui partageait sa vie depuis quelques années. Ils s'étaient rencontrés lors d'une enquête sur la mort suspecte du fils d'un politicien.

Le jeune homme brun avait été soupçonné et mis en garde à vue pour être interrogé, comme tous les membres de l'hôtel où avait eu lieu le meurtre. Lors de l'interrogatoire, il avait senti que son interlocuteur avait plus de choses à cacher que les autres. L'expérience lui avait appris à se fier à ses intuitions souvent bonnes. Aussi avait-il tenté sa chance, lui glissant discrètement sa carte lors de sa libération, en lui suggérant de l'appeler.

Leur première rencontre eut lieu dans une bibliothèque, s'en était suivies d'autres toujours dans des endroits publics et anodins. Il avait vite compris que son interlocuteur était surveillé de près par l'Akatsuki, et qu'il était sincère quand il disait ne rester dans l'organisation que pour retrouver son petit frère. Le Borgne avait alors fouillé tous les dossiers des familles d'accueil pour trouver une piste, mais en vain. Aucune trace de ce cadet, nulle part...

Au fil du temps et des rencontres secrètes, le policier avait développé des sentiments de plus en plus profonds pour ce jeune homme qu'il découvrait intelligent, avec un humour caustique et un sens des valeurs assez proche du sien. Ce tueur à gage s'était révélé au fil de leurs rencontres être extrêmement humain et pacifiste. Son sens aiguisé de l'observation s'était révélé précieux pour récolter des informations sur l'organisation criminelle, son fonctionnement et ses dirigeants.

- Kakashi ? A quoi tu penses ?

La voix grave de son amant le tira de ses pensées, attirant son regard sur le visage aux traits fins qui l'observait, un léger sourire au coin des lèvres.

- A toi, répondit le policier avec tendresse.

Seul un haussement sourcil amusé lui répondit avant que son brun ne l'invite à s'asseoir pour manger.

Le Borgne, Kakashi Hatake de son vrai nom, goûta le plat qui sentait si bon, félicitant son compagnon pour ses talents culinaires. Il savoura lentement le risotto aux champignons, chaque bouchée qui fondait sur sa langue diffusant ses arômes délicieux.

- Garde une place pour le dessert, lui fit remarquer le brun d'une voix douce.

Un sourire malicieux étira les lèvres du policier qui glissa son pied nu jusqu'à celui, tout aussi nu, de son vis-à-vis.

- Ne t'inquiète pas pour ça, Amour. J'ai toujours de l'appétit pour le dessert.

Le léger rire de son amant retentit alors que celui-ci se levait pour sortir du frigo le gâteau acheté précédemment. Le policier replongea dans ses pensées, se souvenant avec précision du dilemme face auquel il s'était retrouvé confronté quelques années auparavant. Tomber amoureux de son informateur, bien plus jeune que lui, était vraiment la pire des choses qui pouvait lui arriver. Du moins c'était ce qu'il pensait à l'époque. Aussi avait-il muselé ses sentiments, prenant sur lui pour rester professionnel et ne pas se jeter sur le jeune homme bien trop désirable à son goût.

Longtemps, sa conscience de policier l'avait empêché de tenter quoi que se soit avec celui qui lui fournissait de si précieuses informations sur cette foutue société mafieuse qui filait entre les doigts de la justice depuis de trop nombreuses années. Jusqu'au jour où il l'avait trouvé, blessé, dans une ruelle près du lieu où ils avaient rendez-vous. Une mission qui avait mal tournée. Ça avait été plus fort que lui. Il l'avait pris dans ses bras, bien décidé à l'emmener directement à l'hôpital.

Mais Chu avait refusé, lui indiquant l'adresse d'un hôtel tout en lui précisant que chacun de ses déplacements étaient surveillés. Kakashi l'avait donc emmené dans l'établissement indiqué, au confort sommaire et à la propreté douteuse. Il avait pansé sa blessure, un coup de couteau dans le flanc droit, puis était resté deux jours entiers à son chevet, le jeune homme ayant eut une forte fièvre. Quand le brun avait été, sinon en forme, tout du moins suffisamment bien pour pouvoir rester seul, il l'avait laissé.

Enfin, il avait essayé. L'agent double l'avait alors saisi par le col de son t-shirt pour plaquer sa bouche contre la sienne. Il avait répondu au baiser, puis aux suivants et au final avait passé la nuit dans les bras de celui qui lui avait volé son coeur. Ce ne fut qu'au petit matin qu'ils avaient parlé, s'avouant leur attirance mutuelle, difficile à nier au vu de la nuit passée, et leurs craintes respectives, aucun des deux ne voulant mettre l'autre en danger.

Le gâteau au chocolat fini, le couple fit tranquillement la vaisselle, discutant de tout et de rien, se taquinant gentiment sur leurs manies respectives, avant de s'installer sur le canapé pour regarder un film. Chu s'affala gracieusement sur le corps puissant de son compagnon, posant sa tête sur l'épaule de celui-ci qui l'entoura d'un bras possessif et protecteur. Il était bien là, dans l'étreinte aimante de cet homme qui l'avait séduit sans même le vouloir vraiment.

Le début de leur relation avait été compliqué, la surveillance constante dont il faisait l'objet n'aidant nullement à se voir en toute impunité. Il avait dû prendre des risques, calculés certes, mais des risques quand même. Les deux hommes se voyaient le plus souvent dans des hôtels et jamais de façon de régulière pour éviter d'éveiller les soupçons auprès de l'Akatsuki. Mais ça en valait la peine. Auprès du policier, il se sentait plus vivant que jamais, l'homme de loi lui rendait la part d'humanité que l'organisation lui avait volée.

Avec le temps, ils avaient déjoué tous les pièges, et Madara et ses sbires ignoraient totalement la relation qu'entretenaient les deux hommes. La vigilance de son supérieur s'était un peu relâchée au fur et à mesure que Chu avait enchaîné les missions avec succès, gagnant ainsi la confiance toute relative de ses chefs, permettant au couple de passer plus de temps tous les deux. Quand ils étaient ensemble, l'assassin oubliait tout le sang qui maculait ses mains, toutes ces vies qu'il avait prises. Avec Kakashi, il n'était plus Chu, il était Amour.

~oOo~

L'homme marchait d'un pas pressé, sa mallette dans une main, son agenda numérique dans l'autre, l'oreillette reliée à son téléphone, dans lequel il aboyait des ordres. Derrière lui, une silhouette se fondait dans la foule des badauds qui se pressait à la bouche du métro. L'homme poursuivit sa route, s'engouffrant dans la rame bondée tout en poursuivant sa conversation téléphonique. La silhouette se faufila à sa suite, bousculant les autres passagers qui s'entassaient comme des sardines dans le wagon.

Quelques stations plus loin, l'homme quitta la rame en silence, sa conversation finie mais l'œil toujours posé sur son agenda numérique. La silhouette le suivit, se mêlant aux usagers qui quittaient la rame. L'homme sortit dans la rue et se dirigea d'un pas rapide vers son logis, empruntant les rues uniquement éclairées par la lumière des lampadaires en ce début de soirée. Il s'engagea dans une ruelle déserte et plus sombre, inconscient d'être suivi par une ombre silencieuse.

L'homme se figea soudainement en sentant une lame froide posée sur son cou, un bras lui enserrant puissamment une épaule. La pointe froide de l'arme alla piquer sa jugulaire, y appuyant suffisamment pour percer sa peau et faire couler une goutte de sang.

- Au moindre bruit, au moindre geste, tu es mort.

La voix grave qui retentit derrière lui ne laissait aucun doute sur la véracité des mots employés.

D'un hochement de tête, l'homme signifia à son agresseur qu'il avait compris. Il sentit une sueur froide dégouliner dans son dos, son estomac se contracta d'angoisse et son cœur battit follement, comme s'il voulait faire maintenant toutes les pulsations des années qu'il risquait de ne jamais vivre. Le corps derrière lui ne se détendit pas pour autant, la voix grave reprit d'un ton impérieux :

- Les codes.

L'homme déglutit difficilement, hésitant sur la conduite à tenir. Il tenta de gagner du temps, espérant secrètement que quelqu'un viendrait dans cette ruelle et le sauverait, d'une manière ou d'une autre.

- Quels codes ? balbutia-t-il en tremblant.

Le couteau se pressa un peu plus sur sa gorge, le bras enserrant plus fortement son épaule, son agresseur répliquant d'un ton froid et sans appel :

- Les codes !

- Dans... ma… dans ma mallette, souffla l'homme.

Il savait parfaitement de quels codes son agresseur voulait parler, et entre des codes donnant accès à des comptes bancaires et sa vie, le choix était vite fait.

- Ouvre-la !

L'ordre fut donné, toujours sur ce même ton froid et sans appel, et l'homme souleva son bras tenant l'attaché-case pour l'amener à sa hauteur.

D'une main tremblante, il tourna les molettes pour déverrouiller la mallette afin de l'ouvrir. Le bruit caractéristique des verrous résonna dans la petite rue silencieuse et le couvercle noir se souleva légèrement. L'homme dévoila complètement le contenu de l'attaché-case à celui qui menaçait sa vie.

- Sors-les !

Les feuilles de papiers furent difficilement triées par les doigts apeurés de l'homme qui se retint laborieusement de supplier son agresseur. Celui-ci se saisit sèchement du document qui lui fut tendu, le lisant rapidement sans pour autant relâcher sa victime.

- Pitié... murmura l'homme. Je vous ai donné ce que vous vouliez...

L'étreinte menaçante se desserra, et l'homme espéra un court instant pouvoir s'en sortir sans dommage.

A peine avait-il eu cette pensée que la lame froide et aiguisée lui trancha la gorge de part en part d'un geste souple, le décapitant presque. Pas un son n'eut le temps de franchir son gosier, juste un léger gargouillis discret. Le sang gicla violemment sur le mur tout proche, éclaboussant le macadam de la ruelle, formant petit à petit une vague vermillon. Le corps de l'homme d'affaire s'affaissa lentement, au ralenti, sombrant sur l'asphalte avec un bruit mou, comme une poupée désarticulée.

La mallette tomba au sol avec un bruit sourd, son contenu s'éparpillant sur le goudron de la rue. Les feuilles blanches se dispersèrent comme autant d'oiseaux morts et sans âme, et se tachèrent peu à peu de rouge, se gorgeant du liquide carmin qui avait, il n'y a pas si longtemps, charrié la vie. Chu plia soigneusement le document donné par sa victime, et s'en fut, silencieux et furtif, sans un regard pour sa proie, sa silhouette se fondant dans les ombres de la nuit.

~oOo~

Les doigts pâles et effilés se refermèrent sur la nuque bronzée, s'ancrant un à un sur l'épiderme totalement accessible et à découvert. Ils s'enfoncèrent petit à petit dans la peau de ce cou si facile à briser. Ils se resserrèrent doucement à la base de cette gorge vulnérable. Chu se rapprocha de sa victime, collant peu à peu son torse au dos devant lui. Son visage pâle n'exprima rien de particulier pendant que ses mains encerclaient lentement cette gorge qui lui était offerte.

Kakashi pencha la tête en arrière, un grognement faisant peu à peu vibrer ses cordes vocales. Ses paupières se fermèrent doucement, ses cils frôlant ses joues, masquant sa pupille noire et son œil de verre de même teinte, disparaissant au monde. Un long soupir lui échappa, son corps se détendant petit à petit contre celui de son si charmant et stoïque bourreau.

- Hmmm...

Il sentit les phalanges gracieuses creuser sa peau bronzée puis la pétrir avec habileté. Le massage déliait au fur et à mesure ses muscles noués par une dure journée stressante. Il battit finalement des paupières, son orbe sombre plongeant dans les pupilles toute aussi noires posées sur son visage.

- Tu sais, je crois que tu as loupé ta vocation, tu aurais dû être masseur, ou bien kinésithérapeute, dit-il.

Le sourire léger qui étira les traits de son amant lui arracha un sourire à son tour. Il leva sa main et attira à lui la nuque pâle de Chu, leurs lèvres se rejoignant pour entamer un ballet sensuel et savant connu d'eux seuls. Le jeune homme assis derrière lui dans la baignoire étriquée de son appartement l'aida à se redresser, savonnant ensuite son dos, prenant soin de lui comme seul un compagnon aimant pouvait le faire.

Le contraste était criant. Kakashi le savait pour connaître particulièrement bien celui qui partageait sa vie. Il lui faisait confiance, même s'il savait cette confiance fragile. Chu était un assassin redoutable, dénué de tout sentiment, froid et calculateur, fin stratège et atone. Il était le seul à lui connaître ce versant doux et tendre, attentionné, et à pouvoir lui tourner le dos sans avoir à craindre pour sa vie. La première fois qu'il avait vu ce léger sourire un peu en coin, à peine perceptible, fleurir sur les lèvres fines, ce fut comme si Cupidon lui-même lui avait tiré une flèche en plein cœur, ne le rendant que plus amoureux.

Chu trempa l'éponge dans l'eau du bain et la fit ensuite naviguer avec art et application sur l'épiderme de son amant marqué par quelques cicatrices. Il appréciait ces petits moments de quotidien empreints d'amour et de normalité dérobés à l'organisation et à ses noirs et sanglants desseins. Il aurait voulu dissoudre tout ce sang sur ses mains dans cette eau mousseuse et odoriférante, son compagnon affalé sur lui, comme un couple tout ce qu'il y avait de plus normal dans la vie de tous les jours.

Kakashi déroba encore un baiser à celui qu'il aimait, satisfait de voir les pommettes altières se colorer d'un peu de rose coupable qui n'avait rien à voir, ou si peu, avec la chaleur de la salle de bain, carrelée dans les tons marron glacé, très masculine. L'expressivité discrète de Chu le ravissait toujours. Elle était rare, pourtant avec le temps, avec lui, elle était apparue de plus en plus souvent. Chaque mimique, même à peine esquissée, devenant un trésor qu'il était le seul à pouvoir admirer.

Qui eut cru que le plus doué, froid et redoutable des assassins se révélait dans l'intimité le plus doux, attentif et affectueux des hommes, ses gestes parlant tout autant que ses mots. Chu cuisinait comme un vrai cordon bleu, et se donnait du mal, préparant même de nouveaux plats correspondant à ses goûts. Kakashi avait pu observer la dextérité et la précision du couteau s'abattant sur la planche à découper lors des préparatifs culinaires dans lesquels Chu se lançait. Son art consommé du découpage de poulet ou de rôti était à faire pâlir d'envie la plus férue des ménagère, et Le Borgne ne voudrait pour rien au monde se retrouver de l'autre côté de cette lame tant sa précision était quasiment chirurgicale.

Quand il venait chez lui, Chu y faisait toujours un rapide brin de ménage et de rangement, avec probablement la même application que lorsqu'il préparait ses crimes. Après le départ de son amant, il fallait toujours un temps d'adaptation au propriétaire des lieux pour y retrouver ses petits. Il n'avait pas l'habitude de plier minutieusement caleçons, chaussettes et autres vêtements et de pousser le vice jusqu'à les ranger dans les tiroirs et autres placards par couleur, en piles bien nettes. Lui, c'était à peine s'il avait le temps, vu ses horaires chargés d'enquêteur, en tant que chef d'équipe et responsable du plus gros dossier d'enquête, de laver son linge qui finissait invariablement en tas ici ou là, soit sale, soit propre, mais en instance de rangement.

Chu nourrissait une obsession à la limite du trouble compulsif pour tout ce qui concernait la propreté, là aussi une résurgence de son véritable métier de meurtrier. Ne laisser aucune trace, effacer tout reliquat de sa présence, se traduisait dans leur quotidien par une frénésie proche de la tornade blanche. Du peu de ce que son amant lui avait raconté de sa vie d'avant, Kakashi en avait déduit que toutes ces activités anodines de leur vie de couple lui rappelaient cette époque, hélas révolue, où il aidait sa mère et son frère cadet et tous les souvenirs heureux qui s'y rattachaient.

Le voir laver du linge et l'étendre méthodiquement sur le fil du balcon, alignant avec un sens aigu du détail chaque pièce par couleur, exactement à la même distance de la suivante, le panier de plastique artistiquement coincé contre sa hanche, quelques épingles dans sa bouche alors qu'il faisait tout cela en un temps record et d'une seule main, s'il-vous-plaît, était tout un spectacle qui rendait incongrue la simple idée de penser qu'il avait sous les yeux le plus redoutable des tueurs à gages.

Les bons jours, Chu ne s'en rendait probablement pas compte, mais il lui arrivait même de fredonner légèrement pendant qu'il faisait tout ça, et Kakashi ne pouvait s'empêcher de le trouver incontestablement adorable, ses cheveux courts balayés par le vent, sa silhouette élancée se découpant dans la lumière du soleil. Le Borgne soupira d'aise, revenant à l'instant présent et aux mains de son amant qui massaient délicieusement son crâne.

- Il va falloir que tu refasse ta couleur, tu commences à avoir des racines apparentes...

La voix calme le fit tiquer. La remarque de son homme, plus jeune que lui, réactiva malencontreusement son petit complexe. Ses cheveux avaient blanchis bien avant l'âge, sûrement à cause de son travail trop stressant et de toutes ces nuits de planques sans sommeil, ou bien celles passées devant toutes les pièces d'une enquête à chercher la clé qui pourrait la résoudre. Il n'avait pas trente-cinq ans qu'il était déjà grisonnant.

Avec ses cheveux argentés, il avait eu l'impression d'être vieux avant l'heure, alors il avait pris l'habitude de les teindre. Et avoir un amant plus jeune que lui n'arrangeait rien à ce léger complexe.

- Tu sais, ça ne me dérangerais pas si tu retrouvais ta couleur naturelle, fit remarquer Chu d'une voix tranquille.

- Certainement pas ! J'aurais l'impression d'être ton père, bougonna Kakashi.

- Hm... Mon père n'a jamais eu les cheveux gris ou même blancs, tu sais.

Le Borgne se rembrunit légèrement.

- Mouais... on verra... un jour peut-être.

L'eau coula sur sa tête, rinçant sa tignasse courte et en bataille, coupant court à l'échange vexant pour le plus âgé. Quand la cascade tiède s'arrêta, des lèvres fines et mutines se posèrent sur celles de l'enquêteur, cherchant visiblement à chasser la vexation tout autant que le sujet sensible qui avait surgit au détour d'une conversation pourtant anodine.

Kakashi se retourna pour faire face à son amour et profiter plus amplement de ces baisers qui devenaient de moins en moins chastes et de plus en plus passionnés. Ses bras glissèrent autour de la taille de Chu, se nouant dans le bas de ses reins, collant à lui son prisonnier pour mieux profiter de cette gorge pâle, du contact de cette silhouette bourrée de sex-appeal selon lui. Peut-être à cause du danger que le jeune homme représentait en temps normal.

Les mains de son vis-à-vis se coulèrent dans ses cheveux humides et fraîchement rincés, son amant répondant à ses caresses et les lui rendant avec passion. La bulle de tendresse dans laquelle ils étaient précédemment lovés éclata, cédant petit à petit la place au bouillonnement charnel de leur désir. Le Borgne se releva dans la baignoire, exposant abruptement à son amant sa nudité et surtout sa virilité dans toute sa splendeur, entraînant son partenaire à sa suite.

Le rebord d'acrylique blanc fut rapidement enjambé, sans même cesser de s'embrasser. Leurs langues jouèrent outrageusement l'une avec l'autre, parfois même à ciel ouvert. Une légère poussée sur les flancs crèmes, et les cuisses de Chu se nouèrent autour de sa taille, celui-ci s'accrochant à son cou. Et ce fut avec son précieux Amour suspendu à lui de cette manière si érotique que Le Borgne se dirigea vers sa chambre, toute fatigue soudainement envolée, retrouvant toute la fougue de sa jeunesse.

To be continued...


Commentaire des auteures :

Pfiouh ! Fini ! Un chapitre, qui bizarrement, s'est révélé laborieux. Mais ça y est, c'est fait ! Chu est dans la place et en couple. Ne sont-ils pas mignons tous les deux ? En tout cas, ils nous auront donné beaucoup de fil à retordre. On avait l'idée, ne manquait plus que l'écrire. Ou comment un squelette parfaitement maîtrisé devient un marécage. Alors, alors ? Qui est Chu ? Et bien... On sera aussi muettes que les pauvres victimes de Chu ! A vous de jouer, et de vous creuser les méninges pour lever le voile.


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Sasu et Ita, penchés sur les épaules des deux auteures qui se congratulent mutuellement devant leurs écrans à cette fin de chapitre à fêter, s'entre-regardent perplexes.

- C'est qui celui-là ? s'enquiert Sasu à l'adresse de son aîné aussi dubitatif que lui.

- Ben... à part nous deux... Y a pas beaucoup de frères...

- Ça voudrait dire qu'il y aurait une chance que Taka ce soit pas moi ?

- Hmmm... Et bien, Chu pourrait être Kankuro, après tout, c'est le frère aîné de Gaara, suggère Ita.

Sasu réfléchit intensément avant de répondre :

- Dans ce cas, Taka ça pourrait quand même être moi... formule-t-il, presque larmoyant.

- Pas forcément. Mais avec elles, il faut s'attendre à tout. Chu pourrait être le raikage, puisque c'est le grand frère de Killer Bee.

- Les connaissant, elles ont pu inventer en plus !

- Oui, aussi... dans ce cas, pourquoi pas Iruka en frère aîné d'Utakata ? Elles aiment bien les enquiquiner ces deux là.

- Attends ! Elles parlent de "Fougue de la Jeunesse" ! En fait, Chu c'est Gaï ! Et le petit frère, ce serait Lee !

Kakashi arrive sur ces entrefaites, tous mille oiseaux dehors, prêt à griller les pauvres PC bien fatigués des deux fanfikeuses.

- C'est quoi cette histoire ! Comment ça je me teins les cheveux ! Vous serez gentilles de me les rendre mes mèches argentées, mine de rien j'y tiens moi Mesdames ! Auburn en plus ! Non mais ça va pas la tête ? Les lecteurs vont vous détester pour avoir altéré l'un des traits les plus marquant et important de mon personnage !

Se tournant vers les lecteurs, il scande :

- Lecteurs ! Soutenez-moi ! Reviewez pour protester contre cet affront fait à ma personne !


Rendez-vous au prochain chapitre : chapitre 9 : Celui que j'aurai pu être.

Le canevas de toutes ces vies prends forme, et Taka se débat dans cette toile.