Et voilà la suite ! Un peu tard dans al soirée, mais j'ai tout de même réussi à la poster le dimanche, youhou ! Merci aux reviewers et bonne lecture à tous !
"Al'Najin."
Harry détacha ses yeux du combat plus loin, les levant vers la silhouette à côté de lui. Il commençait à s'habituer à ce nouveau nom, bien qu'il n'en connaisse toujours pas la signification. La plupart des gens autour de lui n'étaient pas très bavards et il ne parlait pas le dialecte d'arabe qu'ils utilisaient.
Il était arrivé trois jours auparavant à Nanda Parbat. On l'avait soigné de ses quelques bleus et écorchures du combat contre leurs agresseurs sur la route mais surtout on lui avait ordonné de se reposer et de se remettre du décalage horaire et du voyage avant que son entraînement ne commence. Il s'était donc exécuté, passant la majeure partie de ses journées à observer les entraînements des autres assassins. Beaucoup d'armes blanches – tous semblaient être des maîtres épéistes.
Son regard s'attarda sur l'homme debout à côté de lui. Il était revêtu d'un long manteau entrouvert, ses mains croisées dans son dos, et l'observait avec attention. Harry l'observa en retour. Plus qu'autour de tous les autres, une aura de danger s'échappait de lui, miroitait presque. Plus que Nyssa encore et il comprit alors, quittant sa position en tailleurs pour s'incliner, son front frôlant le sol. S'il l'avait vu immédiatement, même sans démonstration de Nyssa, il aurait cru dans l'instant que la Ligue était terriblement dangereuse.
Parce que l'homme face à lui rayonnait d'une menace mortelle et il était absolument convaincu qu'il s'agissait de Ra's al'Ghul en personne.
"Viens marcher avec moi" ordonna l'homme, et il s'exécuta, se relevant rapidement. "Nyssa m'a raconté votre voyage et ce qu'il s'est passé dans les montagnes. Elle dit que tu n'as pas froid aux yeux et il est vrai que la plupart des gens reculent face à moi."
"Je ne pourrai pas vous affronter" observa Harry "ni m'enfuir et me cacher de vous."
"C'est exact" acquiesça l'homme, s'enfonçant dans le monastère souterrain. "Je suis navré de n'être venu te voir plus tôt."
"Ra's al Ghul a certainement autre chose à faire que s'occuper des derniers arrivants de la Ligue."
"Hm."
Un moment ils marchèrent en silence.
"Nyssa a dit que tu as tué sans hésiter. Deux fois au couteau et la seconde en tirant. Avais-tu déjà tué ?"
"C'était la première fois que je le faisais consciemment" admit Harry. "Je suppose qu'on peut dire que j'ai tué Voldemort, même si je n'ai de toute évidence pas réussi à terminer le travail."
"Etant donné les circonstances, c'était déjà un bon début" répondit-il avec une ombre de sourire. "La Ligue terminera ceci et tu seras mis à contribution si tu achèves ton entraînement parmi nous."
"Avec le plus grand plaisir."
"Qu'est-ce que tu as ressenti il y a cinq jours ?"
Harry réfléchit un long moment.
"Pour le premier, au milieu du combat, rien" énonça-t-il sincèrement. "J'ai frappé au ventre parce que j'étais trop petit et Nyssa m'a dit de lui trancher la gorge ensuite – et il était à genoux, donc à la bonne hauteur. Le second m'a juste chargé, ça a été plus difficile mais il a fini par s'embrocher avec sa propre fourche. Pour le troisième… il était en train de fuir."
Il grimaça.
"J'étais furieux. Je n'aime pas les gens qui fuient mais ça me frustrait parce que je n'arrivais pas à tirer correctement. Je ne voyais rien."
Ra's s'arrêta, glissant ses doigts sous son menton avant de redresser son visage. Leurs regards se croisèrent et il acquiesça.
"Tu es myope comme une taupe. Tu ne dois pas voir correctement à quinze mètres."
"Ça me paraît une faiblesse difficile à surmonter" fit Harry à mi-voix.
"Pour les humains sans pouvoir, oui, mais tu es un sorcier. La magie peut faire de belles choses quand utilisée correctement."
Il s'était remis en marche et Harry l'avait imité.
"Bien" fit distraitement le seigneur. "Pas de scrupules, pas de remords. Ta colère est forte."
"C'est pour ça que je suis là."
"Qu'est-ce que tu hésites à me dire ?"
Harry hésita un moment, puis lui répéta ce qu'il avait dit à Severus Rogue. La colère qui n'était pas la sienne et qui cherchait à l'influencer, contre qui il orientait la majeure partie de ses propres sentiments pour la tenir en respect, loin de sa tête et de ses décisions. L'assassin l'écoutait en silence et finit par grommeler en arabe.
"Nous avons bien fait de t'emmener ici sans magie" finit-il par acquiescer. "Souhaites-tu que nous t'examinions ?"
"Je n'aime pas l'idée que quelqu'un interfère dans mes pensées."
"L'une des premières choses que tu apprendras, en tant que sorcier et membre de la Ligue, sera l'occlumencie. Un art difficile, surtout pour un enfant, mais indispensable. Au niveau de base, il empêche de lire dans ton esprit ou d'y pénétrer de quelques manières que ce soit. Au second niveau, il permet de donner l'apparence d'émotions trompeuses, de te faire paraître vif et enjoué, de mettre en confiance, quand tu es un parfait tueur. Le troisième niveau permet de projeter de fausses émotions, de faux souvenirs, et peut permettre de tromper quelqu'un qui tente de lire tes pensées en lui montrant ce que tu veux qu'il voit au lieu de la réalité. Bien effectué, le lecteur ne se rend pas compte de la substitution."
"Y a-t-il beaucoup de gens qui peuvent lire les pensées des autres ?"
Un petit rire lui répondit.
"Tu le feras, bien sûr. Quand tu seras un peu plus âgé, ta psyché est encore trop fragile à six ans. Lire les pensées donne un immense avantage en duel. Dans tous les cas, la majeure partie des sorciers puissants en maîtrisent les bases. A titre d'exemple, Voldemort comme Dumbledore sont connus pour être excellents dans ce domaine."
Les yeux du garçon se plissèrent.
"Cela signifie que je dois maîtriser le troisième niveau avant que vous ne m'envoyiez en Angleterre, alors."
Ra's hocha la tête.
"Tu avais déjà deviné que nous utiliserions ton ancienne identité."
"C'était évident et cela me convient parfaitement."
Ils semblaient s'enfoncer toujours plus profondément dans la montagne, pourtant Harry le suivait sans crainte. Un long moment ils cheminèrent en silence, puis l'assassin ouvrit une porte de vieux bois, à peine visible dans le mur. Une lumière bien plus forte, pâlement verdâtre, se répandit aussitôt dans le couloir. Ils avaient dû marcher plus d'une demi-heure et Harry répondit au geste d'invitation de son maître, passant la petite porte. Il le suivit, refermant derrière eux.
Le garçon marqua un temps d'arrêt après être entré. C'était une salle à l'immense plafond, et de dimensions gigantesques. Aucun coin de jour ne se faisait voir malgré la lumière – non, celle-ci semblait émaner d'un lac clapotant au milieu de la pièce. Son eau était incroyablement claire et lumineuse, de légères particules émeraudes semblaient flotter à sa surface. Un bruit de sabot, chose pour le moins incongrue, se fit entendre et une créature jaillit dans son champ de vision.
C'était une créature mi-homme mi-cheval, au torse imberbe mais à la barbe rousse fournie, bien que taillée courte. Le bas de son corps était équin et d'une riche robe alezan, faisant écho à ses longs cheveux. Harry se rendit alors compte de son impolitesse à le dévisager ainsi et baissa les yeux, rougissant, avant d'incliner la tête.
"Mes excuses" présenta-t-il maladroitement "je ne savais pas que les centaures existaient."
"Oh, ils existent" fit Ra's al'Ghul, amusé. "Voici Aesclepios. Aesclepios, Al'Najin, la dernière recrue de la Ligue."
"Bienvenue parmi nous, Al'Najin" répondit le centaure en inclinant la tête. "Ta curiosité est toute pardonnée. Je suis le maître de la magie de la Ligue, sous les ordres directs de Ra's al'Ghul. Nous allons vérifier quelles éventuelles magies sont posées sur toi et je t'enseignerai ensuite l'art pendant que tu apprendras le combat à la surface."
"Merci, Maître Aesclepios. Sans vouloir être indiscret, êtes-vous en relation avec Esculape ?"
"Je le suis. C'est moi-même."
Harry resta silencieux un moment. Il n'était pas très bon en histoire, mais il savait que Esculape était une légende grecque, ce qui faisait remonter la naissance de son interlocuteur au minimum à l'Antiquité, soit plus de deux mille ans auparavant.
"Tu auras des réponses plus tard" fit l'assassin dans son dos. "Déshabille-toi et couche-toi sur l'autel."
Il avisa la table de pierre et s'exécuta en silence, s'allongea sur la roche dure en surplomb du lac. Les deux autres le rejoignirent et Aesclepios étendit ses mains au-dessus de lui. La lumière changea aussitôt alors qu'il sentait une grande chaleur l'envahir, émanant directement de son corps. Ra's al'Ghul avait recroisé ses mains dans son dos mais regardait avec intérêt l'aura qui flottait au-dessus de l'autel.
"Si ce n'est pas fascinant" remarqua-t-il dans un murmure.
"N'est-ce pas ? M'entends-tu, Al'Najin ?"
"Oui" murmura Harry.
"Ouvre les yeux."
Il s'exécuta, n'ayant pas conscience de les avoir fermés. Son regard se perdit dans l'aura au-dessus de lui. Elle était une vaste émanation d'énergie, d'une douzaine de couleurs mêlées.
"Regarde-la bien" fit Aesclepios. "C'est ta magie que je fais rejaillir. La plupart des humains n'ont qu'une couleur, les sorciers deux ou trois. Leur nombre et leur éclat est indicatif de puissance – comprends-tu ce que cela signifie ?"
"Que je suis ridiculement puissant ?" risqua Harry.
"C'est exact. Que tu le seras, du moins. Chaque couleur, chaque éclat, doit être maîtrisé puis mêlé à l'ensemble de la magie. Il te faudra des années pour en maîtriser le quart."
"Je suis sûr que j'aurai un très bon professeur" murmura le garçon.
"Regarde ici maintenant" ordonna le centaure avec un mouvement du menton, et il s'exécuta à nouveau. "Ceci sont les magies étrangères sur la tienne. Ce qui ne t'appartient pas. Avec l'expérience tu apprendras à identifier leur but mais je vais le faire pour toi aujourd'hui. Ce sont des magies de surveillance pour la plupart. Pour savoir si tu es blessé gravement, si tu es enlevé de force à un lieu situé en Angleterre – ton ancienne maison, je suppose – pour savoir si une magie est utilisée sur toi, ou si tu utilises une magie."
"Etes-vous…"
"Manifester l'aura de quelqu'un n'est pas une magie. Je ne fais que faire briller ce qui se cache ordinairement. La personne qui a placé ses magies connaît tout de toi. Mais le plus intéressant est la seconde personne. Le groupe ici."
A nouveau, Harry observa. Cinq couleurs étaient entrelacées étroitement et ne semblaient pas bien s'entendre avec sa propre magie. Il le reconnut pourtant instantanément.
"C'est ce qui essaie de m'influencer" reconnut-il. "Ça n'est pas moi."
"Non. Ce sont les magies de quelqu'un d'autre. Une quantité énorme, cependant, monstrueuse. Prends-le comme un exemple – ne projette jamais de tellement de ta magie chez quelqu'un d'autre, car elle ne fera plus partie de toi et sera irrémédiablement perdue. Cette quantité est bien plus que celle d'un sorcier moyen, ce qui veut dire que l'un d'eux se serait tué en plaçant cela chez toi. Que cela t'évoque-t-il, enfant ?"
"Voldemort" souffla-t-il. "C'est la magie de Voldemort."
Le centaure acquiesça.
"C'est ce que je déduis également. Ra's ?"
"C'est très probable. Personne ne sait ce qu'il s'est passé cette nuit-là où tu l'as presque détruit. Est-ce que te souviens de quelqu'un chose ?"
Harry resta silencieux un moment.
"Des sons" finit-il par dire "des couleurs. J'ai entendu mon père dire à ma mère de fuir, qu'il le retenait. Ma mère me portait et nous sommes montés, je crois, jusqu'à, hm, ma chambre. Voldemort a dit Avada Kedavra, je crois, puis il est monté aussi, je me souviens de ses pas dans l'escalier. Ma mère l'a suppliée de m'épargner et de prendre sa vie à la place et il lui a dit de se pousser, sans succès, alors il l'a tuée avec le même sort et ensuite il l'a lancé contre moi. Il y a eu un grand éclat de lumière verte…"
Il se tut un moment. Pourtant regarder le nœud de magies de Voldemort l'aidait à se souvenir, plus clairement que tout ce qu'il avait jamais fait.
"Je… il faisait très froid tout d'un coup, comme si je ne sentais plus rien. Je l'ai entendu rire et je me suis senti furieux – très, très en colère. Et j'ai commencé à avoir mal à la tête, mal au front, alors je me suis raccroché à ça, parce que c'était la seule chose que je sentais et c'était moins dangereux que rien. Il riait et ça me rendait de plus en plus furieux, alors je me suis accroché à la douleur. Ça a duré des heures. La lumière était toujours là et mon front a semblé exploser, puis le vert a disparu, le rire a couiné et s'est arrêté. C'était tout noir, mais brûlant, plus froid, et j'avais très envie de dormir."
"Fascinant" fit le centaure avec un intérêt non feint, silencieusement approuvé par l'homme à ses côtés. "Malgré ma longue vie, je n'aurai pas pensé entendre quelqu'un me raconter la sensation d'un sort de mort un jour."
"Donc" fit lentement Ra's al'Ghul "c'est la douleur qui t'a sauvé. C'est une explication valable. La plupart des gens fuient la douleur, surtout le premier pic. Le sort de mort tue en une fraction de seconde, Al'Najin. Cela n'a pas duré des heures. Je suppose que les gens fuient instinctivement la douleur qui les transperce avec le sort et qu'ils en meurent en conséquence. Un unique pic, terriblement intense."
"Possible" rajouta Aesclepios. "Les deux autres sortilèges Impardonnables sont basés sur la douleur, l'un physique et l'autre mental, cela expliquerait le triumvirat. Ce sont des découvertes fascinantes et nous allons travailler dessus, mon jeune étudiant, sois-en sûr."
"Avada Kedavra ? C'est un sortilège… Impardonnable ?"
"Plus tard" fit le centaure, et il accepta avec un signe de tête. "Si nous prenons cette hypothèse qui explique ta survie, il reste néanmoins à expliquer ce que fait la magie de Voldemort en toi et comment tu as pu le vaporiser en retour. Ta magie s'est épuisée à te maintenir en vie si tu t'es effectivement endormi ensuite, ce n'était donc pas un banal acte de magie accidentelle. Te souviens-tu d'autre chose ?"
Harry resta silencieux un long moment, cherchant à se souvenir. Il repassa la scène, essayant de voir à nouveau, de se souvenir. Les choses étaient floues mais il s'y acharna néanmoins – parce qu'il ne voulait pas de ces magies étrangères sur lui et que c'était probablement la seule option pour s'en débarrasser. Quelques détails lui revinrent et il les raconta distraitement.
"La colère" finit-il par dire "qui est chez moi. Elle ne vient pas de la magie. C'est autre chose. Et… il tenait sa baguette d'une main et une statuette dans l'autre et quand je pense à la colère… je sais que c'est lié…"
"Une statuette et des sentiments qui ne sont pas les tiens" murmura Ra's al'Ghul. "Et tellement de magie… tellement de magie… une fraction énorme..."
Il claqua soudain des doigts.
"J'ai vu quelque chose de semblable il y a longtemps. Si peu probable, un secret tellement bien gardé, mais qui expliquerait tout – cette part de magie, pourquoi il s'acharnait tellement, ces sentiments, et le fait qu'il ne soit pas mort…"
Ses lèvres se plissèrent de dégoût.
"La Ligue lui fera payer cela… certaines magies sont des plus répugnantes et interdites pour une raison… et nous détruirons ses sources d'information pour être certains que cela n'arrivera pas à nouveau."
"Ra's ?"
"Horcruxe, Aesclepios. Voilà pourquoi il n'est pas mort – il a séparé son âme. Et un morceau doit en être dans Al'Najin."
"Ceci expliquerait cela" fit songeusement le centaure. "C'est effectivement une excellente hypothèse. Al'Najin, ferme les yeux. Je ne peux pas entrer ton esprit sans en informer ceux qui te surveillent mais nous avons besoin d'être sûr de ce qui t'afflige avant de tenter la moindre chose. Tu vas aller le chercher, je vais te guider vers l'endroit où se trouve le morceau d'âme si c'en est un."
Harry s'exécuta, refermant les yeux avant de lentement se détendre sous la voix du centaure. Il sentait ses mains au-dessus de lui à une dizaine de centimètres, émanant de chaleur. Il sentait la présence de Ra's al'Ghul, comme une menace de mort à tout ce qui s'approcherait de lui. Alors il suivit les instructions qui lui étaient données, s'enfonçant de plus en plus profondément dans son propre esprit. Bientôt il n'entendit plus rien d'autre que la voix du centaure, entouré des ténèbres de son esprit, ignorant les souvenirs, s'enfonçant toujours plus profondément.
"C'est hideux" finit-il par dire.
"Décris-le-moi, Al'Najin."
"Cela ressemble… à un fœtus, horriblement déformé. Sans bras et sans jambe. Plus une tête chauve et grimaçante, roulée en boule, avec un énorme menton. Ses yeux sont rouges, écarlates. Il… pue. Il transpire la malice, l'immondice. C'est la chose la plus horrible que je n'ai jamais vue."
"Reviens à la surface" ordonna Aesclepios avant de claquer dans ses mains.
Ra's al'Ghul avait bougé, ramenant une jarre qu'il avait placé près de sa tête. Il en ouvrit le couvercle, le mettant de l'autre côté.
"Le temps de ton premier choix est venu" annonça-t-il. "Cette chose est un fragment de l'âme de Voldemort. Tu as su la décrire sans même savoir ce qu'était un Horcruxe, ce qui lève tout doute que nous pouvions avoir. Voldemort devait tenter d'en créer un avec ta mort, mais tu as survécu. Son propre envol n'est qu'un contrecoup de la séparation de son âme – et au lieu d'en placer le fragment dans un objet inanimé, il a été placé en toi, ce qui justifie aussi de la destruction de son corps."
Ses lèvres se serrèrent jusqu'à ne former qu'une ligne blanche. Il était de toute évidence furieux.
"La Ligue ne tolère pas la création et l'emploi des Horcruxes. Aesclepios t'expliquera pourquoi au cours de ton apprentissage, mais ce simple fait aurait suffi à le placer dans nos cibles s'il ne l'avait déjà été. Notre priorité est maintenant de le détruire, quel qu'en soit le coût."
Son doigt s'appuya sur la cicatrice, glacé.
"Le moyen le plus simple de détruire un Horcruxe est de détruire son récipient" annonça-t-il. "Cependant je ne souhaite pas gâcher un assassin doté d'un tel potentiel. Il est également possible de l'exorciser par magie et Aesclepios peut le faire. Malheureusement, cela avertira immédiatement ton surveillant de ta localisation exacte, de même qu'il sera averti si nous détruisons purement et simplement toutes ses surveillances. C'est cependant ton premier choix."
"Le second ne doit pas être agréable s'il est présenté en premier" observa Harry en le fixant dans les yeux.
"Non, en effet. Il existe un moyen de neutraliser les magies étrangères et d'extraire un Horcruxe sans aucun heurt et donc de manière indiscernable."
"Qui est ?"
"Tu dois mourir."
Harry battit des paupières.
"J'ai déjà fait ça. Est-ce qu'il n'y a pas une surveillance sur ma santé ?"
"Exact. Si je te plantais une dague en plein cœur maintenant, elle tinterait avec violence pour indiquer que quelqu'un te tue. Tu dois mourir lentement. Sans aucun heurt, sans accélération cardiaque. T'affaiblir très lentement et les magies se détacheront naturellement des tiennes quand elles n'auront plus rien auquel s'accrocher. Te fondre dans l'obscurité."
Son index pressa la cicatrice.
"C'est bien plus effrayant qu'une mort rapide, Al'Najin. C'est pourquoi cela restera ton choix. Se sentir mourir lentement est une expérience des plus traumatisantes pour les êtres humains et ce sera bien plus difficile de t'accrocher à la vie – parce que tu ne devras pas t'accrocher à la vie. Ta résurrection…"
Son regard se posa sur les eaux scintillantes derrière l'autel.
"Nous nous en chargerons."
"Je dois me laisser mourir ?" murmura Harry.
"Laisser ton corps mourir, oui. Si tu le préfères, nous agirons par la force. La Ligue peut très largement soutenir l'assaut de sorciers et leur mépris des gens sans magie ne sera qu'un avantage de plus pour nous."
Le garçon resta silencieux un long moment, puis finit par lentement secouer la tête.
"Non. Je ne veux pas qu'ils sachent que je ne leur obéis plus pour eux. Je ne veux pas qu'ils sachent quoi que ce soit sur moi et certainement pas qu'ils aient une idée de l'entraînement que vous allez me donner."
Il battit des paupières.
"Est-ce que vous allez m'empoisonner ?"
"Non. L'entrée du poison dans ton organisme, même d'un poison lent, serait une agression."
Il écarta son manteau, désignant la dague d'or à sa ceinture.
"Tu te videras de ton sang. Tu feras partie de la Ligue même si tu le refuses, Al'Najin. C'est bien plus que ce qui est demandé à n'importe lequel de nos assassins pour rejoindre nos rangs."
"Mais ce n'est pas la voie de la Ligue" fit le garçon sans le regarder, contemplant le plafond de pierre. "Ce n'est pas la voie des assassins de montrer de ce dont ils sont capables avant d'être dans la position pour frapper."
"Non, en effet. Mais tu es jeune et ceci a traumatisé bien des adultes pourtant habitués à frôler la mort. Cela pourrait briser ton esprit."
L'enfant battit des paupières.
"Je crois que vous me sous-estimez" murmura-t-il.
"Vraiment ?"
"Vous sous-estimez ma colère" fit-il en se détendant complètement. "Vous sous-estimez à quel point je veux le détruire, et détruire tous ceux semblables à lui. A quel point je veux le chasser de mon esprit – et m'assurer ensuite que plus personne n'y entrera jamais."
Ses yeux se posèrent enfin sur lui.
"Rogue avait raison" énonça-t-il. "Certaines occasions ne se présentent qu'une fois dans votre vie. Et si je la laissais passer maintenant, cela compromettrait mes objectifs pendant des années. J'ai besoin de ce temps. J'ai besoin de votre entraînement. Je ne pourrai jamais devenir Al'Najin sinon. Je ne pourrai jamais être la personne que j'ai choisie mais resterait un jouet, une pièce dans un jeu que je ne comprends pas."
"Ne crains-tu pas d'être une pièce dans mon jeu ?" questionna le maître assassin.
"Vos objectifs sont les miens."
"Et s'ils ne l'étaient plus un jour ?"
"Je suppose que je devrai devenir assez puissant pour vous défier en duel."
Un lent sourire étira les lèvres de Ra's al'Ghul.
"Tu feras ceci, oui. C'est une excellente décision – et, ce jour-là, je m'assurerai de ne pas te sous-estimer."
Il tira sa dague. Harry ferma les yeux en réponse, restant immobile, ne frémissant même pas lorsqu'il posa la lame sur son poignet droit. La plaie qu'il ouvrit n'était pas profonde. Il réitéra l'opération sur son second poignet, puis sur ses chevilles avant de la reposer sur sa poitrine sans la transpercer cependant. Le garçon ne voulait plus parler, les yeux clos, et ils respectèrent son souhait, parfaitement immobiles alors qu'il se vidait de son sang.
Cela fut lent. Des heures durant, sans qu'aucun des trois ne bouge. La vie s'affaiblissait en même temps que sa magie s'effilochait, lentement, petit à petit. Le cœur du garçon ralentit de plus en plus, ne trouvant plus la force de battre, pourtant ils n'agirent pas, attendant patiemment. Les magies étrangères se délitèrent avec un chuintement, sans support sur lesquelles se poser, disparaissant en absence de raison d'exister. Le lien avait perdu graduellement en force et ne tinta même pas en s'évanouissant définitivement.
Puis une fumée noire s'échappa du corps du garçon et Aesclepios réagit en une seconde. Sa voix se fit gutturale, tonitruante, alors que sa magie se levait, et la fumée fila droit dans la jarre avec un cri de rage, aspirée, pour que le maître assassin ne referme le couvercle avec un claquement sec, l'enfermant. Les runes gravées dessus se mirent à luire, puis scellèrent le couvercle. Alors il posa sa main sur le cœur du garçon, mais il ne battait plus. Aesclepios s'éloigna lentement, les laissant seuls.
Sans hésiter, Ra's al'Ghul poussa le corps sans vie dans le lac en contrebas. Il s'enfonça dans le Puits de Lazare sans un seul bruit, sans un frémissement, et pourtant les eaux s'illuminèrent d'une violente lumière verte. Cela dura moins de cinq secondes, puis la magie du garçon explosa, s'engouffrant à nouveau en lui alors que son cœur se relançait, battant avec violence. Il eut un hoquet mais ce fut de l'eau qu'il avala au lieu d'air – et cela lui fit instantanément reprendre des couleurs.
Cinq minutes après sa chute dans la source miraculeuse, il était rejeté sur le bord en pente douce du lac et Ra's al'Ghul descendit de l'autel, le soulevant sans effort. Le garçon était incroyablement fort mentalement et Nyssa avait superbement choisi son nom. Il avait été sceptique quand elle le lui avait dit à cause de la force de l'épithète choisi, mais en était dorénavant satisfait.
Al'Najin, le Survivant, faisait définitivement partie de la Ligue des Assassins.
