Avertissement : Peut-être ben que oui peut-être ben que non ? En fait si... mais comme d'habitude ce sera en gras, promis.

Bonne lecture !

Yzan et Lili

PS : Toutes nos excuses pour le retard de publication impromptu et totalement indépendant de notre volonté de ce chapitre. Notre calendrier de publication ne devrait cependant pas subir d'autres avaries. On sait que vous grillez d'impatience... alors merci de votre patience.


~9. Celui que j'aurai pu être. ~

Assis, torse nu sur une caisse en bois retournée, Taka observa, amusé, les gamins du quartier disputer une partie de foot acharnée. Une vibration au fond de sa poche attira son attention. D'un coup d'oeil, il lut le nom de l'expéditeur, souriant en voyant qu'il s'agissait de son blond hyper-méga-super-riche, dixit Karin. "Week-end à la mer. Pense à ton maillot. N." Taka fronça les sourcils, cherchant à se souvenir de ce qu'il avait fait du dernier maillot de bain en date que son client, devenu régulier, lui avait acheté.

Après le week-end passé à l'Hôtel Royal, il avait repris son quotidien sur son bout de trottoir, retrouvant ses clients plus ou moins polis et ses si charmants collègues. Jûgo avait veillé à ce que personne ne lui prenne sa place en son absence et lui avait assuré qu'Hidan avait été amplement satisfait de sa recette. La semaine s'était écoulée et il n'avait pas grand espoir quand au retour du blond. Après tout, il n'était qu'un prostitué parmi tant d'autres.

Aussi avait-il été plus que surpris quand le vendredi soir, en début de nuit, une voiture orange s'était engagée dans la rue. Pour être honnête, il avait été tellement choqué qu'il en avait oublié de faire son numéro habituel. La citadine de couleur criarde s'était arrêtée juste devant lui et la vitre côté passager s'était abaissée, dévoilant le visage souriant de Naruto.

- Pour le week-end, c'est toujours le même tarif ?

Il n'avait pu qu'hocher bêtement la tête, incrédule et muet. Il était revenu...

- Ben alors, tu montes ou tu comptes prendre racine ?

Le ton moqueur de son client l'avait tiré de sa léthargie et il s'était installé à côté du conducteur. Celui-ci avait fait un arrêt devant Jûgo pour lui donner le paiement prévu, puis il l'avait emmené pour un nouveau week-end de repos dans le même hôtel hyper luxueux.

Naruto l'avait rapidement regardé de la tête aux pieds, lui demandant pourquoi il était encore habillé comme ça et où étaient passés les vêtements qu'il lui avait offerts. Taka lui avait rétorqué que c'était sa tenue de "travail" et que les fringues en question étaient chez lui. Après une mini-dispute sur ce sujet, ils avaient trouvé un accord : le blond le préviendrait à l'avance de sa venue, ainsi le brun l'attendrait, vêtu selon les goûts du jeune homme et avec quelques affaires de rechange.

Dés leur arrivée à l'hôtel, Naruto l'avait entraîné dans le magasin présent sur place, lui rachetant des habits décents mais aux prix indécents. Durant tout le week-end, il l'avait promené à droite et à gauche, tout en lui racontant d'autres épisodes de l'enfance du merveilleux Sasuke auquel il ressemblait tellement, selon lui. Il l'avait aussi embarqué dans un après-midi shopping en centre ville, le couvrant de cadeaux sans jamais regarder à la dépense. Ce fut en passant devant un magasin de sport que Taka s'était souvenu de la promesse qu'il avait faite aux gamins de son quartier : leur acheter un vrai ballon.

Rapidement, il avait compté l'argent qu'il avait en poche pour constater qu'il était loin d'avoir la somme nécessaire, du moins pour celui qu'il avait vu en vitrine. Son client avait semblé surpris quand il lui avait demandé s'il n'y avait pas des ballons de foot moins chers, et il s'était senti obligé de lui expliquer que c'était pour les gosses de son quartier. Les yeux azurs l'avaient longuement dévisagé en silence, le mettant mal à l'aise, avant qu'un large sourire ne vienne les éclairer.

Avant d'avoir eu le temps de protester, il s'était retrouvé dans le magasin au rayon football, son client en grande discussion avec un vendeur. Naruto lui avait demandé combien de gamins il y avait dans son quartier et machinalement il avait répondu qu'ils étaient une vingtaine. Quand il avait compris les intentions du blond il avait bien tenté de s'y opposer, arguant qu'il ne lui avait rien demandé et qu'il pouvait payer par lui-même. En vérité, il était un peu gêné de profiter ainsi de la générosité et de la richesse du jeune homme, surtout sans aucune contrepartie.

Mais Naruto n'avait rien voulu entendre et il avait acheté pas moins de trente ballons, des vrais ballons de professionnel leur avait assuré le vendeur. Alors que Taka pensait qu'ils allaient quitter le magasin, son client l'avait embarqué dans d'autres rayons, lui demandant à quoi jouaient les petites filles par chez lui, surpris d'apprendre qu'elles n'avaient ni poupées, ni dînettes. Après un long débat, le blond avait acheté des cordes à sauter, une bonne vingtaine, des élastiques, encore une vingtaine, et des scoubidous.

Le trajet du retour sur la moto de Jûgo avait été plus que périlleux, Taka ayant en plus d'une dizaine de sacs de vêtements, et cadeaux en tout genre, un filet de ballons de foot et des cordes à sauter. A son arrivée dans le bidonville, il avait été assailli par les enfants, plus qu'heureux d'avoir de tels présents. Il s'était fendu d'une démonstration de corde à sauter, d'élastique et de confection de scoubidous, s'étant soigneusement entraîné tout le week-end avec Naruto pour montrer aux fillettes enthousiastes comment faire.

Les week-ends avec Naruto s'étaient succèdés, et en deux mois Taka n'avait passé que trois fins de semaine sur son trottoir. Tous les jeudis ou presque, il recevait un message sur son portable où le blond lui annonçait le programme de leur week-end. Quand il ne venait pas, il se confondait en excuses durant des heures, amusant sans le savoir le jeune prostitué. C'était presque devenu un rituel, chaque vendredi avant de quitter son humble masure, Taka préparait son sac pour deux jours.

Il avait gardé des boxers, des chaussettes et un pyjama qu'il n'utilisait que ces jours-là, faisant toujours rire Suigetsu quand il râlait après son client maniaque de l'hygiène. Ses collègues savaient parfaitement que quand il arrivait sur son bout de trottoir vêtu d'un jean sombre, d'un polo rouge et de converses noires, son sac rouge en bandoulière, il ne resterait pas longtemps et ne réapparaîtrait que le lundi soir. Beaucoup l'enviaient et les tensions entre eux grandissaient. Mais Taka s'en foutait royalement, il savait que Jûgo veillerait sur son pré carré durant son absence.

- Alors, tu es prêt ?

La voix de Karin le tira de ses souvenirs et il approuva d'un signe de tête.

- Ne coupe pas trop court devant, précisa-t-il à son amie et coiffeuse improvisée.

Aucun d'entre eux n'avait les moyens de se payer un coiffeur aussi la jeune femme coupait-elle les cheveux de ses colocataires, ceux-ci lui rendant de temps en temps la pareille. Heureusement pour eux et pour elle, elle gardait sa chevelure rousse longue et ils ne devaient égaliser les pointes que rarement, faisant comme ils pouvaient, bien moins doués qu'elle.

Tout en peignant et raccourcissant les mèches brunes de son ami, Karin entama la conversation :

- Il t'emmène où ce week-end ?

- A la mer.

- Ah... Tu en as de la chance. Tu prendras des photos, hein ?

- Promis.

Quand Taka était revenu de son second week-end en compagnie de Naruto, ses colocataires lui avaient offert un appareil photo numérique, sûrement volé, exigeant que la prochaine fois il leur ramène des images de ses virées dans le monde étrange et merveilleux des bourgeois. Depuis, chaque lundi, outre les souvenirs piqués dans l'hôtel qu'il leur offrait, il leur montrait les nombreuses photos prises. La façade de l'hôtel, le hall de l'hôtel, le parc de l'hôtel, l'ascenseur, les couloirs, la suite, la chambre, les toilettes, la salle de bain, bref... tout était gravé à jamais dans la carte mémoire de l'appareil.

Il pouvait même faire des films. Il avait ainsi pu prouver ses dires sur les attaques de chiottes péteuses de fleurs, les jacuzzi démoniaques, les douches multi-jets et autres étrangetés de ce monde qu'ils ne connaissaient pas et ne connaîtraient probablement jamais. Il avait même pris des photos de Naruto pour montrer à ses amis à quoi ressemblait sa poule aux œufs d'or saletéophobe. Si Karin s'était extasiée sur sa beauté, Suigetsu avait froncé les sourcils avant de le prendre à l'écart pour lui expliquer qu'il avait déjà croisé ce type, ici, dans le bidonville, alors qu'il était à la recherche d'un certain Sasupé ou un truc du genre.

Taka avait machinalement repris son ami sur le prénom, et lui avait raconté ce qu'il savait de ce fameux Sasuke. Tous deux s'étaient alors longuement regardés avant de soupirer profondément. Suigetsu lui avait ébouriffé les cheveux en lui disant de faire attention à lui puis était rentré dans leur piaule. Ils n'en avaient plus jamais reparlé et leur quotidien s'était poursuivi, identique jour après jour. Et même si Taka ne retrouvait son bout de trottoir que le lundi soir, pour le quitter dès le vendredi, il trouvait les semaines de plus en plus longues et pesantes.

- En tout cas, grâce à lui tu vois du pays, lui dit Karin d'une voix enjouée, le sortant une nouvelle fois de ses pensées.

- Hn... Mais il me fait faire des trucs de dingues, rétorqua Taka en soupirant.

L'éclat de rire de la jeune femme résonna dans la rue de terre battue.

- J'aurais adoré te voir sur ces tire-cul ! articula-t-elle difficilement.

Taka se renfrogna au souvenir du week-end à la montagne que le blond lui avait imposé. Cet espèce de crétin l'avait obligé à faire du ski. Il avait eu l'air parfaitement ridicule ! Surtout sur les tire-fesses ! C'était quoi cette idée ridicule de rondelle sur laquelle on ne devait même pas s'asseoir sous peine de se retrouver le cul dans la neige ? Ils auraient pas pu faire plus simple ? Franchement, celui qui avait eu cette idée aurait mieux fait de se casser une jambe ce jour-là !

En plus, la neige c'était froid, vraiment très froid, comme il avait pu le constater lors d'une bataille de boules de neige enragée qu'il avait lamentablement perdue. Mais à part ça, il devait bien avouer que le séjour avait été plus que plaisant. Ils avaient logé dans un chalet en bois extrêmement luxueux, et il en avait largement profité. Naruto lui avait expliqué que ce chalet appartenait à ses parents et que, petit, il y passait toutes ses vacances d'hiver avec Sasuke.

Il n'avait pu s'empêcher de visiter la maison de fond en comble, explorant chaque recoin, admirant chaque pièce, découvrant chaque meuble. Et cette visite lui avait laissé une impression étrange, la même que celle qu'il ressentait quand le blond lui racontait ses aventures avec son ami d'enfance décédé. Il n'arrivait pas à mettre un nom dessus, ou plutôt il ne voulait pas vraiment. Pourquoi serait-il nostalgique d'une enfance qui n'était pas la sienne ? C'était ridicule, tout simplement ridicule.

Karin lui annonça que c'était fini et Taka la remercia tout en passant une main dans ses cheveux devenus plus courts. Le reste de la journée se passa tranquillement, et le soir venu Jûgo vint chercher le brun alors que les deux autres partaient pour bosser dans leurs quartiers respectifs. La moto traversa la ville, jusqu'à cette rue qui était son lieu de travail, son bureau en open-space pensa ironiquement Taka en s'adossant à son mur pour attendre les premiers clients de la soirée.

Cela ne tarda pas et la première voiture de la nuit s'engagea dans la rue. Les prostitués s'y trouvant entamèrent immédiatement leur parade dans le but d'attirer son attention. Elle poursuivit son chemin jusqu'au bout de la rue, passant sans marquer d'arrêt devant Taka qui ne s'en formalisa pas, sachant qu'il n'aurait aucun mal à avoir son compte de clients et pas particulièrement pressé de commencer à vraiment travailler.

En ce moment, il était de moins en moins motivé pour faire son job, pas qu'il ait jamais été plus qu'heureux de le faire, mais là c'était de pire en pire. Et il savait parfaitement d'où venait le problème : son beau blond bizarre. Celui-ci en lui offrant régulièrement des vacances de rêve, et ce sans jamais rien exiger en retour, lui montrait ce qu'aurait pu être sa vie si l'Akatsuki ne l'avait pas pris sous son aile malfaisante.

Naruto le couvrait de cadeaux et d'attentions, le traitait comme un égal, comme un être humain, souvent même comme un ami. Il n'avait jamais eu le moindre geste déplacé, il n'avait jamais partagé son lit, dormant dans le canapé ou prenant une suite double pour qu'ils aient chacun leur chambre, chacun leur intimité. Et Naruto était particulièrement à cheval là-dessus. Il fermait les yeux ou détournait la tête dès qu'il se déshabillait devant lui, râlant contre ce qu'il appelait ses tendances exhibitionnistes. Bref, Naruto ne le traitait jamais comme une pute et il y avait pris goût.

Des phares le tirèrent de ses réflexions et il s'avança vers le bord du trottoir en chaloupant exagérément des hanches, sifflant entre ses dents pour attirer l'attention. Quoiqu'il en pense et quels que soient ses sentiments, il devait gagner sa croûte. Hidan lui ferait passer un sale quart d'heure si son chiffre d'affaire baissait, et il n'y tenait pas vraiment. Le souvenir de la dernière correction du mac lui suffisait amplement.

La voiture se gara devant lui et le conducteur lui demanda ses tarifs que Taka lui énuméra rapidement, non sans lorgner discrètement sur la montre Cartier de son futur client. Il eut une pensée pour son beau blond bizarre qui lui avait appris, à force de le traîner à droite à gauche, les grands noms de la couture et de la joaillerie. L'homme aux tempes grisonnantes hocha la tête et le prostitué monta dans la voiture, lui indiquant le love-hôtel le plus proche car Monsieur ne voulait pas se salir les paluches dans cette rue crasseuse.

Arrivé dans la chambre, payée à l'heure, son client exigea de lui qu'il lui fasse un strip-tease, mettant de la musique en fond sonore. Ce que Taka fit, bougeant en rythme avec la chanson douceâtre tout en ôtant le peu de vêtements qu'il avait sur lui. Quand il fut entièrement nu, il s'approcha de son accompagnateur et le déshabilla à son tour. Il retint un mouvement de recul en ouvrant la chemise sur un torse velu, très velu ! Et le reste du corps n'était pas mieux ! Cet homme était un vrai gorille !

Il prit son courage à deux mains pour satisfaire les demandes de son client, celui-ci exigeant qu'il lui lèche les tétons puis glisse sa bouche jusqu'à son sexe, tout aussi poilu que le reste. Ne pas s'étouffer avec les poils qui lui collaient à la langue demanda au jeune homme toute sa concentration et sa dextérité. Le pire fut quand son piercing lingual se coinça dans la forêt vierge qu'il explorait. Discrètement, pour ne pas que l'homme s'en rende compte, il utilisa ses mains pour libérer le bijou de sa prison, luttant contre son dégoût grandissant malgré tout le professionnalisme dont il faisait preuve.

Heureusement pour lui, mis à part cette toison plus qu'abondante, les désirs de son consommateur étaient des plus classiques : une pipe et une enculade, rien de bien original. A quatre pattes sur le lit, le nez enfoui dans l'oreiller à peine plus épais qu'une feuille dont la taie blanche devenue grise de poussière sentait le moisi et la sueur, Taka n'eut plus qu'à gémir sensuellement pendant que le sexe, poilu et enveloppé d'un préservatif, allait et venait entre ses fesses. Un râle dans son dos le renseigna, pas bien longtemps après qu'ils aient commencés, sur le fait que son client finissait sa petite affaire, et Taka soupira intérieurement, pas mécontent que ça se termine.

Un poids lourd l'écrasa sur le matelas miteux et tout aussi mince que l'oreiller, le corps de l'homme s'affaissant sans aucune grâce ni légèreté sur lui. Il s'apprêtait à signaler son existence à ce type quand un ronflement sonore le figea sur place. Cet abruti s'était endormi ! Dépité, Taka se contorsionna pour s'extraire de sous le corps massif et poilu du dormeur. Il se rhabilla rapidement, délesta l'abruti qui roupillait en présence d'une pute de sa montre Cartier et de quelques billets supplémentaires et quitta la chambre. Le gérant de l'hôtel se chargerait bien de réveiller l'endormi quand l'heure payée serait écoulée et qu'il faudrait libérer la pièce.

Il envoya un message à Jûgo pour lui dire que tout allait bien et qu'il revenait, le géant roux ne l'ayant pas suivi puisqu'il n'allait pas loin, et marcha d'un pas tranquille vers son si précieux bout de trottoir, pas particulièrement pressé de le retrouver. Ses pensées dérivèrent à nouveau vers Naruto et autour des nombreux moments joyeux qu'il avait passés en sa compagnie. Ce type bizarre, qui payait presque tous les week-ends une pute sans jamais la baiser, déclenchait chez lui tout un tas de sentiments jusqu'alors totalement inconnus.

De la confiance tout d'abord, jamais de sa vie il n'avait fait confiance à quelqu'un en si peu de temps. Certes il faisait confiance à ses colocataires, mais il les connaissait depuis cinq ans maintenant et ils étaient tous les trois dans la même galère. Rien à voir avec un client issu d'un milieu aussi opposé au sien. Il s'était attaché étonnamment vite à ce blond maniaque de l'hygiène et trop généreux pour son propre bien. Ce crétin ne se rendait même pas compte qu'il pourrait le plumer !

Ce serait si simple. Mais Taka avait des scrupules à trop abuser de la générosité sans bornes de son client. Avec lui il se sentait vivant, vraiment vivant. Il n'avait jamais vécu, jusque là il avait survécu, et ce beau blond bizarre lui apprenait à vivre. Taka lâcha un ricanement amer. C'était assez ironique quand on y pensait : ce type cherchait un gars, probablement mort depuis dix ans, et parce qu'il lui ressemblait, c'était à lui qu'il faisait vivre cette vie de rêve. Qu'en penserait ce fameux Sasuke s'il voyait ça ? Sûrement se serait-il moqué de la naïveté de son ami.

- Ben alors Taka ! Ton chauffeur t'as fait le coup de la panne ?

La remarque de la plus haute intelligence de son collègue le plus proche fit lever les yeux aux ciel du prostitué qui se radossa à son mur en répliquant :

- Utilise ta bouche pour autre chose que dire des conneries, et peut-être que tu feras plus de recettes !

L'arrivée d'une voiture, et donc d'un potentiel client, coupa court au flot d'insultes dont n'aurait pas manqué de l'abreuver son si charmant voisin de trottoir.

Le ballet des clients continua sous les yeux de Jûgo qui surveillait du coin de l'œil que tout se passe bien. Il vit Taka monter dans une voiture grise et se prépara à le suivre quand le jeune homme lui fit un discret signe de la main, lui indiquant ainsi qu'ils allaient au love-hôtel le plus proche, encore... donc pas besoin de s'inquiéter. La voiture disparut et le géant roux reprit son observation attentive l'esprit tranquille.

Bien qu'il n'en montrât rien, il avait bien remarqué un changement chez Taka. Il en avait parlé avec Suigetsu et Karin, qui, eux aussi, avaient noté la même chose que lui. Le brun se shootait et buvait plus qu'avant, et ça c'était sans parler de sa consommation de clopes qui avait littéralement explosé. Les cernes qui lui mangeaient les joues étaient la preuve flagrante qu'il ne dormait pas assez, se tournant et se retournant sans cesse sur la couche de fortune qu'ils partageaient.

Les deux colocataires avaient raconté au géant roux que Taka faisait régulièrement des cauchemars durant lesquels il pleurait en s'agitant en tous sens, suppliant après sa mère ou son père. Parfois il hurlait qu'on le lâche, appelant des prénoms inintelligibles, tendant les mains devant lui comme pour attraper quelque chose ou quelqu'un. Ça se finissait toujours de la même manière, Taka se recroquevillait soudain sur lui-même, entourait sa tête dans ses bras et pleurait en marmonnant des paroles incompréhensibles.

Tous étaient parfaitement bien placés pour deviner que cela n'avait rien d'anodin, probablement le jeune homme revivait-il des moments traumatisants de son enfance que ce soit au sein même de l'organisation ou encore avant. Aucun d'eux ne connaissait son histoire, c'était un sujet qu'ils n'abordaient jamais. Ils ne savaient que le minimum, rien de plus. A quoi cela aurait-il servi de toute façon ? Ils avaient tous un passé hideux et vomissible qu'ils préféraient oublier.

Mais s'il n'y avait eu que cela... Taka n'allait pas bien, c'était évident, tellement évident. Sur le trottoir il ne paradait plus comme avant, oh il sifflait toujours en roulant des hanches, mais c'était différent. Il avait de plus en plus de mal à faire son boulot, et Jûgo en avait trop vu pour ne pas reconnaître les signes de ce qu'il appelait "le mal des putes". Ceux qui en arrivaient là finissaient toujours par se foutre en l'air d'une manière ou d'une autre, ne supportant plus cette vie de soumission où ils n'étaient rien d'autre que des trous utilisés sans états d'âmes.

Les trois amis savaient parfaitement depuis quand Taka glissait doucement mais sûrement sur cette pente descendante : depuis l'arrivée de son blond. Les vendredis où il savait que Monsieur le client super riche venait le chercher, Taka alternait entre des phases presque euphoriques et d'autres proches de la déprime, heureux de passer un week-end dans le luxe et l'oisiveté, et malheureux parce que ce n'était qu'un week-end qui ne changerait rien à sa vie.

A son retour, il avait toujours un grand sourire joyeux, distribuait des présents aux mômes du quartier qui l'accueillaient comme un roi, partageait son butin avec ses trois amis et triait ce qu'il revendrait de ce qu'il garderait. Il leur montrait les photos et les vidéos prises lors de son escapade, racontant une multitude d'anecdotes sur chacune d'entre elles. Cet état de grâce ne durait guerre plus d'une ou deux heures.

Après venaient les fix à répétition, l'alcool bu plus que de raison et ce regard vide et lointain, qui contrastait de manière effrayante avec celui plein de vivacité qu'il avait auparavant. Le quotidien reprenait ses droits. Taka retournait sur son bout de trottoir et à ses clients, moins riches, moins beaux, moins attentionnés. Et il se perdait dans les drogues pour oublier que ces parenthèses enchantées, n'étaient que cela... des parenthèses dans son enfer quotidien.

Mais ce que lui-même, Suigetsu et Karin craignaient le plus, c'était l'affection qu'éprouvait leur ami pour son client. C'était une règle de base, une règle absolue, une règle tacite mais qu'ils connaissaient tous : une pute ne devait jamais, jamais tomber amoureuse d'un client, jamais au grand jamais ! C'était une question de survie. Aussi, quand ils entendaient la tendresse qui perçait parfois dans la voix du brun à l'évocation de son crétin pyjamaphile, ne pouvaient-ils s'empêcher de craindre le pire.

Taka ne se rendait sûrement même pas compte d'à quel point son attachement grandissant pour son client était évident. Suigetsu avait bien tenté de le mettre en garde, mais le brun l'avait regardé comme s'il tombait tout droit de la planète Mars, lui rétorquant qu'il n'était certainement pas assez stupide pour tomber bêtement amoureux de qui que ce soit et surtout pas d'un type aussi bizarre. Mais il avait beau nier, il ne trompait aucun d'eux... à part lui-même.

Ce fut la vibration au fond de sa poche qui tira Jûgo de ses réflexions moroses : l'un des prostitués lui envoyait un SOS. Il courut jusqu'au lieu de travail du jeune homme, le trouvant aux prises avec un client bourré qui ne voulait pas payer les services rendus. Le client repartit, les poches et le portefeuille vides et un beau coquard à l'œil gauche. Jûgo s'assura que le travailleur du sexe n'avait rien et retourna à son poste de surveillance, non sans jeter un coup d'oeil inquiet au bout de trottoir, actuellement vide, de Taka.

Loin de se douter du souci que se faisaient ses amis, Taka se trouvait dans une situation assez inconfortable, vraiment inconfortable. La tête en bas, en appui sur ses bras, il s'efforçait de maintenir cette position, peu commune, pendant que son client le pilonnait sauvagement en lui écartant les jambes au maximum de ses possibilités. Le pire était que ce dernier étant bien plus grand que lui, il ne pouvait même pas plier un peu les bras sous peine de perdre quelques centimètres et donc de ne plus être accessible pour son client.

Il aurait dû s'en douter que cela finirait dans une position improbable. Dés le début, l'homme d'une trentaine d'année, aux cheveux noirs coupés au bol et aux sourcils particulièrement fournis et vêtu d'un jogging vert, lui avait paru bizarre, et pas dans le bon sens du terme. Déjà dans la voiture, il lui avait clamé qu'il lui montrerait toute la fougue de sa printanière jeunesse, et ce en levant le pouce bien haut et clignant exagérément de l'œil. Désarçonné, mais professionnel, Taka avait reproduit le geste en disant :

- Ok ! J'ai hâte !

Il l'avait vite regretté... d'avoir accepté de suivre ce type aux gros sourcils. L'homme s'était déshabillé avant même qu'il ait eu le temps d'ôter son pantalon, et avait fièrement désigné son sexe en se vantant :

- Des comme ça mon gars, tu dois pas en voir tous les jours !

Taka avait baissé les yeux pour voir l'objet de tant de fierté et avait bien failli faire remarquer qu'il n'y avait là rien d'extraordinaire. Au lieu de quoi, il se contenta d'un sifflement admiratif qui satisfit son vis-à-vis.

La suite n'avait été que pure torture pour son corps, l'homme le pliant dans des positions abracadabrantes. Il n'était pas un putain de contorsionniste ! Alors se retrouver sur le dos, les genoux de chaque côté de la tête, tellement replié sur lui-même par le poids de son client que s'il l'avait voulu il aurait pu se sucer en même temps, n'avait pas été particulièrement plaisant, pas plus que d'être debout, le dos au mur, un pied au sol et l'autre posé sur l'épaule du brun à la coupe de cheveux affreuse.

Mais il ne lui avait pas menti sur un point : il était fougueux ! Très fougueux ! Taka n'avait rien dit quand ce mec avait payé le gérant du love-hôtel pour deux heures, mais il comprenait maintenant. Ils en étaient à la troisième position et son client n'avait toujours pas joui, pour son plus grand dépit. Taka se trouva soudain propulsé au sol et retourné, toujours aussi brusquement. Son client resta debout, ses mains lui maintenant les jambes tellement écartées qu'il commençait à croire qu'il allait les lui arracher ou lui déboîter une hanche.

D'un violent coup de rein l'homme se rengonça en lui, allant et venant avec force dans son intimité qui commençait sérieusement à l'échauffer. Seule sa nuque touchait le sol miteux de la chambre et sa tête cognait contre le mur à chaque poussée de son client. Taka gémit aussi érotiquement qu'il put, cachant ainsi la souffrance qui irradiait de son crâne à chaque rencontre brutale et douloureuse avec la cloison.

Enfin, il entendit le râle libérateur de l'homme aux sourcils épais, signe que son calvaire touchait à sa fin. Son client le relâcha et ses jambes tombèrent mollement au sol, incapable de se retenir.

- Et bien, ta fougueuse jeunesse m'a pleinement satisfait ! Voilà, pour toi !

Jamais Taka n'avait vu quelqu'un encore capable de tellement d'entrain après une séance aussi sportive. Cinq minutes à peine après avoir fini, son client quittait la chambre au pas de course, non sans l'avoir grassement payé auparavant, lui souhaitant une bonne fin de nuit assaisonnée de phrases hautement philosophiques sur la jeunesse auxquelles Taka ne comprit goutte, le tout avec une fougue débordante.

Taka ne réussit à se relever que bien longtemps après le départ de ce type étrange. Péniblement, chaque muscle de son corps le faisant souffrir, il alla jusqu'à la salle de bain pour prendre une douche et se faire un rail. Se rhabiller fut une épreuve, retourner jusqu'à son bout de trottoir : un parcours du combattant. Jûgo se précipita vers lui en le voyant avancer à la vitesse d'un escargot atteint de rhumatismes. Il le rassura : non le client ne l'avait pas frappé, il l'avait juste assoupli, beaucoup trop assoupli à son goût.

Heureusement pour lui, c'était la fin de la nuit et il avait fait son chiffre d'affaire. Il put donc laisser passer les quelques clients qui arrivaient encore à cette heure là, sans que cela lui soit préjudiciable. Ce matin là, il s'affala sans aucune grâce sur son maigre matelas, posant avec bonheur sa tête sur l'oreiller moelleux piqué à l'hôtel Royal et s'y endormit aussitôt, n'entendant même pas ses colocataires rentrer.

~oOo~

Une voiture s'engagea dans la rue, attirant immédiatement l'attention de tous les jeunes hommes postés sur le trottoir. Mais rapidement la parade habituelle s'arrêta et les voisins de Taka ricanèrent :

- Voilà ton prince charmant, Taka !

- Vos gueules ! claqua le brun en s'avançant vers le bord de la chaussée. J'y suis pour rien si vos tronches font fuir les clients !

Jûgo s'était avancé en reconnaissant la citadine orange vif, il arriva à la hauteur de Taka au moment où celui-ci ouvrait la portière. Une main hâlé tendit une liasse de billet au jeune homme qui s'en saisit et recompta rapidement avant de la donner au sentinelle roux, non sans en avoir prélevé sa part au passage.

- Envoie-moi un message, dit calmement Jûgo.

- Ok. A lundi, répondit le prostitué en refermant la portière.

A peine était-il installé qu'une langue baveuse vint lui lécher le visage. Taka entreprit de repousser la tête massive de son agresseur en râlant :

- Kyu... arrête ça ! Oui, oui, mon gros, moi aussi je suis content de te revoir... allez arrête !

Mais le rottweiler ne semblait nullement décidé à stopper son attaque buccale, et Naruto se contenta de rire en voyant son chien faire la fête à Taka, ce dernier se débattant sans succès pour y échapper.

La rencontre entre Taka et Kyuubi s'était faite lors de leur troisième week-end ensemble. Cette fois là, Kiba n'avait pas pu jouer les dog-sitter et Naruto avait dû l'embarquer. A sa grande surprise son chien, pourtant de nature méfiante, avait immédiatement adoré le brun qui l'avait tout de suite adopté aussi. Depuis, il l'emmenait régulièrement en week-end avec eux, pour la plus grande joie du toutou et du prostitué.

- Kyuubi, assis !

Le chien obéit immédiatement à l'ordre de son maître et se réinstalla sur la banquette arrière, non sans avoir donné un dernier coup de langue à Taka. Extrayant un mouchoir en papier de la boite à gants, le brun s'essuya le côté droit du visage, devenu baveux suite à l'accueil enthousiaste du canidé.

Naruto jeta un coup d'œil à son passager qui avait revêtu un jean sombre, un polo rouge et sa veste café crème.

- Tu as pensé à prendre ton maillot de bain ? s'enquit-il en s'engouffrant dans la circulation plus dense de la rue perpendiculaire à celle des prostitués.

- Oui. Mais tu sais qu'on est en automne, l'eau risque d'être froide, rétorqua Taka.

- Serais-tu frileux ?

- Absolument pas !

L'éclat de rire de son client à son assertion soutira une moue boudeuse au brun, qui s'enfonça dans son siège et fixa son attention sur le paysage qui défilait derrière la vitre.

- Tu as passé une bonne semaine ? s'enquit le blond, plus par politesse que pour avoir une vrai réponse.

- Hn... Ça a été, répondit platement Taka.

Il n'avait pas particulièrement envie de s'étendre sur le sujet, et il savait que Naruto n'avait pas vraiment envie d'en savoir trop. C'était un échange de banalités comme un autre...

- Tu as l'air fatigué. On a quelques heures de route, profites-en pour te reposer.

Taka accueillit avec joie cette proposition. Ces derniers temps, il dormait moins bien et un peu de repos lui serait bénéfique. Il ferma les yeux, et se laissa sombrer dans les bras de Morphée sans autre forme de procès.

Il était encore devant cette grande maison, toujours la même, perché dans l'un des grands arbres qui ombrageaient le jardin. Une voix enfantine l'appela et il tourna la tête, tombant sur le visage souriant d'un petit garçon blond :

- T'as vu Sas'ke, on voit même le parc d'ici !

Il suivit des yeux la direction indiquée par le doigt tendu, et aperçut le parc avec les balançoires, celles où il était tombé quelques semaines auparavant.

Horrifié, il vit soudain son ami tomber de la branche où ils étaient assis. Il hurla et tendit la main pour le rattraper mais en vain. Il descendit aussi vite que possible de son perchoir, priant pour que Naruto n'ait rien. C'était une petite dispute de rien du tout, une dispute comme ils en avaient souvent. Mais il l'avait poussé et le blond était tombé. C'était sa faute. Si Naruto était blessé, c'était sa faute.

Il posa le pied au sol et se précipita vers la silhouette enfantine qui gisait à terre, pleurant et criant qu'il avait mal. Son affolement grandit quand il vit du sang sur le visage de son meilleur ami. Qu'avait-il fait ? Les adultes, alertés par les cris, arrivèrent sur ces entrefaites et prirent la situation en main. Un docteur fut appelé en urgence et Naruto fut emmené à l'hôpital, ses parents l'accompagnant.

Blotti dans les bras de son frère, lui ne pouvait que pleurer demandant sans cesse pardon pour ce geste qui avait eu des conséquences dramatiques. Ses parents tentèrent bien de le rassurer, lui assurant que son ami n'avait qu'une jambe cassée et quelques égratignures sur les joues, mais rien n'y fit, il ne cessait de pleurer dans les bras réconfortants de son aîné et de s'accuser de l'accident. C'était juste une stupide dispute qui n'aurait pas dû avoir la moindre conséquence… Naruto était son ami, son meilleur ami...

Quand, le lendemain, il avait rendu visite à Naruto à l'hôpital, celui-ci l'avait accueilli avec un grand sourire, malgré son plâtre et les pansements qui couvraient ses joues. Il lui avait demandé pardon pour son geste, et les yeux bleus comme un ciel d'été l'avaient regardé avec surprise. Avant que Naruto ne lui dise que ce n'était pas sa faute, que c'était lui qui ne se tenait pas bien. Ce n'était pas grave et il n'y avait pas de quoi en faire une histoire. Puis son ami lui avait tendu un feutre en lui demandant de signer son plâtre,ce qu'il avait fait.

Durant tout le temps que le blond porta son plâtre, il ne le quitta pas d'une semelle, lui portant ses affaires, l'aidant à passer les obstacles, éloignant ceux qui auraient voulu se moquer. Jamais Naruto ne lui en avait voulu, mais les cicatrices sur ses joues étaient restées devenant un cuisant rappel de sa bêtise, et il ne pouvait les voir sans se sentir coupable.

- Je les aime bien moi, elles me donnent l'air d'un renard, lui avait dit Naruto un jour qu'il l'avait vu les regarder avec tristesse. Le petit garçon brun n'avait rien su répondre à ça, aussi avait-il juste timidement souri.

Taka ouvrit brutalement les yeux, sortant de ce rêve étrange. Il passa une main lasse sur ses yeux tout en soupirant doucement. Des rêves comme ça, il en faisait de plus en plus souvent, presque toutes les nuits en fait. Il était toujours ce petit garçon brun, Sasuke, et vivait les tribulations que son client, Naruto, lui avait racontées durant leurs week-ends. Ses sourcils se froncèrent en remarquant un détail qui lui avait échappé : Jamais Naruto ne lui avait raconté comment il s'était fait les fameuses cicatrices qui ornaient ses joues encore aujourd'hui.

Une sueur froide coula le long de son dos. Non ! Impossible ! C'était sûrement son imagination qui s'était emballée et avait pondue ce scénario. Rien de plus. Comme toutes les fois où il rêvait de Sasuke entouré de sa famille, des moments où Naruto n'était pas là, des moments que Naruto ne connaissait pas. C'était juste les histoires que le blond lui racontait à longueur de temps, ça lui montait au cerveau. Il avait bien trop d'imagination, voilà tout. C'était ça, juste ça. Et rien d'autre...

D'une main fébrile, il sortit son paquet de clopes et s'en alluma une, entrouvrant la vitre pour ne pas trop enfumer l'habitacle.

- Tu sais que tu parles en dormant ? le taquina Naruto.

Taka écarquilla les yeux et tourna la tête vers son voisin qui conduisait toujours.

- J'ai dit quelque chose ?

Le blond sourit, bien tenté de faire marcher le brun, mais un coup d'œil sur l'expression légèrement affolée de ce dernier l'en dissuada.

- Non. Tu marmonnes en fait, donc on comprend rien.

Le soupir de soulagement du prostitué ne lui échappa pas et il embraya sur autre chose :

- On est bientôt arrivé. D'ici un quart d'heure, on sera sur place.

- Cool.

Une quinzaine de minutes plus tard, la voiture se garait devant une luxueuse villa. Les deux jeunes hommes descendirent du véhicule, vite imités par Kyuubi qui entreprit de faire le tour du propriétaire, la truffe au sol et son bout de queue frétillant. Taka suivit Naruto à l'intérieur, son client lui faisant rapidement faire le tour de la demeure en lui désignant ce qui serait sa chambre le temps de son séjour.

L'endroit était simple et confortable, éclairé par de grandes baies vitrées qui donnaient une vue imprenable sur le jardin et la mer en contrebas.

- On a une plage privée, donc il n'y aura pas grand monde, lui précisa le blond.

- Une plage privée ? La classe !

Le blond sourit et laissa son invité s'installer, l'enjoignant à le rejoindre dans la cuisine dès qu'il serait prêt.

Laissé seul dans la chambre, Taka en fit rapidement le tour, luttant contre cette impression de déjà-vu qui oppressait sa poitrine. Il s'était passé la même chose quand ils avaient été à la montagne dans le chalet des parents de son client. C'était une sensation dérangeante. C'était comme s'il connaissait déjà cette pièce alors qu'il n'y avait jamais mis les pieds auparavant. Si c'était le cas, il s'en souviendrait n'est-ce pas ?

Décidé à ne pas se laisser gâcher ce week-end de détente par des fantômes imaginaires, il sniffa un rail de coke avant de rejoindre le blond dans la cuisine, se demandant ce que celui-ci avait bien pu préparer pour le repas. L'odeur qui l'accueillit fit gargouiller son estomac vide, attirant l'attention du cuisinier qui lui fit un grand sourire en l'invitant à mettre la table. Machinalement, Taka ouvrit un placard pour en sortir deux assiettes et deux verres, puis prit les couverts dans un tiroir, déposant le tout sur le bar aménagé en table.

Une fois ceci fait, il se jucha sur un tabouret haut et attendit sagement que le repas soit prêt. Il remarqua alors l'air totalement éberlué de Naruto qui le fixait bouche bée.

- Quoi ? J'ai oublié quelque chose ? s'enquit-il tout en observant rapidement le bar pour voir s'il manquait quoique se soit.

- Non. Mais tu n'as même pas cherché... tu as tout trouvé du premier coup !

A ces mots, le brun se figea un bref instant avant de soupirer en marmonnant :

- J'ai eu de la chance, c'est tout.

- Mouais... Si tu le dis... Mais c'est comme si...

- Qu'est-ce que tu nous fait de bon ?

Il ne voulait pas connaître la fin de cette phrase, surtout pas. Pas quand il avait déjà cette dérangeante impression de déjà-vu qui lui collait à la peau et qu'il voulait absolument ignorer.

Naruto le fixa d'un air pensif avant de secouer la tête et de répondre avec enthousiasme :

- Des pâtes bolognaise. Bon, je suis pas un grand chef, mais ça c'est assez facile à faire et rapide.

Quelques minutes plus tard, ils dévoraient une plâtrée de pâtes agrémentées de sauce tomate et de viande épicée, tout à fait mangeable et même plutôt bonne, selon Taka habitué à ses boîtes de conserves.

Le reste de la soirée passa rapidement, le blond l'entraînant dans une nouvelle partie de jeux vidéos, avant qu'ils ne décident d'un commun accord d'aller se coucher. Le lendemain matin, ils iraient à la plage et Naruto voulait qu'ils se lèvent de bonne heure. Taka se glissa avec délectation dans le lit simple, savourant le moelleux du matelas et la douce chaleur de la couette bien épaisse, vêtu de l'un des fameux pyjamas si cher au cœur de son client.

Quelques heures plus tard, alors que la nuit régnait encore en maître dans le ciel au dehors, plongeant la chambre dans l'obscurité, Taka fixait le plafond sans le voir. Encore ce cauchemar, toujours le même. Il était à nouveau ce petit garçon, Sasuke, mais cette fois il n'y avait rien de joyeux dans les horreurs qui se déroulaient sous ses yeux. Ça commençait toujours de la même façon : un repas de famille, il y avait son père, sa mère, son frère et lui. Tous quatre discutaient tranquillement avant d'aller se coucher.

Puis des hommes surgissaient soudain dans sa chambre, le tirant de son sommeil et de son lit par la même occasion. Sans ménagement, ils l'emmenaient dans le salon où se trouvaient d'autres hommes qui retenaient ses parents en otage. Son frère n'était pas là. L'un des hommes avait parlé à son père, mais il n'avait rien compris à son discours. Son père avait répliqué et l'enfer avait commencé sous ses yeux de petit garçon envahi par la peur.

Il ne pouvait que pleurer en voyant ces hommes, ces hommes qu'il reconnaissait pour certains d'entre eux, frapper son père et sa mère. Ils avaient violé sa mère, s'y mettant parfois à plusieurs, juste là, sous ses yeux d'enfant écarquillés par l'épouvante et noyés par les larmes. Puis ça avait été son tour, à lui, Sasuke. Ils l'avaient frappé, violé, torturé, riant de ses cris de souffrance et de terreur et des suppliques de ses parents.

L'un des hommes avait sorti un flingue et avait brusquement tué sa mère, d'une balle entre les deux yeux. Juste avant de faire pareil avec son père, le monstre avait dit :

- Ton fils aîné est mort à l'heure qu'il est, et ton cadet m'appartiens désormais. Tu as tout perdu, Fugaku ! Si seulement tu m'avais écouté et accepté le marché que je te proposais. Maintenant, tu n'as plus rien et c'est moi qui vais tout récupérer.

Le coup de feu avait retenti, ne couvrant qu'à peine le hurlement terrifié qui avait déchiré sa gorge enfantine.

Les hommes l'avaient ensuite emmené alors qu'il appelait encore à gros sanglots désespérés son père et sa mère. Ils avaient mis le feu à sa maison en partant. Il avait vu les flammes engloutir son foyer sous les rires et les quolibets de ces hommes. Ces hommes qu'il connaissait, ces hommes qu'il exécrait : les hommes de l'Akatsuki. Ils l'avaient emmené, loin de ce chez lui qui tombait en cendres sous ses yeux exorbités. Ils l'avaient enfermé dans une cellule sombre et miteuse, l'y laissant, seul et terrifié, hanté par l'horreur qu'il venait de vivre.

Taka soupira lourdement en se passant une main lasse sur le visage. Depuis quelques temps ce cauchemar était récurrent, et cela le perturbait chaque fois un peu plus. Sachant d'avance qu'il ne retrouverait pas le sommeil, il s'assit dans son lit et se décida à affronter ce qu'il fuyait depuis trop longtemps maintenant. Tous ces cauchemars, tous ces rêves, étaient en lien avec ce Sasuke dont Naruto lui rebattait les oreilles à longueur de temps week-end après week-end. Était-ce vraiment le fruit de son imagination ? Serait-il possible que ce soit autre chose ?

Il n'y avait qu'un seul moyen d'en avoir le cœur net, un seul : demander à Naruto comment il s'était fait ces cicatrices sur les joues, lui demander ce qu'il savait sur la mort de son ami d'enfance. Si ses réponses ne correspondaient pas avec ses rêves alors le problème serait résolu. Il pourrait se rassurer en sachant que tout ceci n'était que le fruit de son imagination délirante sûrement aidée par sa poudre. Un rire amer lui échappa, même son imagination était sordide, tout comme sa vie. Par contre si les réponses de Naruto correspondaient à ses rêves...

~oOo~

Naruto éclata de rire en voyant Taka se redresser en toussant, crachant tout ce qu'il pouvait. Le brun était en train de barboter bien gentiment quand une vague l'avait englouti, le faisant glapir au passage.

- C'est dégueulasse ! Beurk ! C'est hyper salé ce truc ! râla Taka.

- Ahahaha ! C'est normal... Ahahah... C'est de l'eau de mer ! Tu t'attendais à quoi ? A ce qu'elle soit sucrée ? Ahahah !

Trop occupé à rire aux éclats, le blond ne vit pas venir l'attaque sournoise de son invité et se retrouva soudainement la tête sous l'eau. Quand il se releva, se fut pour croiser le sourire narquois et victorieux de Taka. En un cri féroce, il se jeta sur lui pour se venger, et une bataille d'eau acharnée s'engagea entre les deux garçons, ponctuée par les rires et les exclamations joyeuses des deux adversaires.

Étendu sur un transat, Naruto savourait la douce chaleur du soleil sur sa peau, encore chaud malgré la saison. Sentant les orbes sombres de Taka posés sur lui, il tourna la tête vers son voisin qui se prélassait tout comme lui, l'interrogeant du regard.

- Tu ne m'as jamais dit... comment tu t'es fait ces cicatrices que tu as sur les joues.

Un peu surpris par la remarque du brun, Naruto sourit largement, avant d'expliquer d'une voix contrite :

- C'est bête en fait. Sasuke et moi, on avait l'habitude de grimper dans les arbres, et un jour je suis tombé. Je me suis cassé une jambe et fait ces cicatrices. Voilà. C'est bête, hein ?

Les sourcils bruns se froncèrent un instant avant que Taka ne murmure :

- Tu es tombé ou on t'a poussé ?

Le cœur du blond fit un bond dans sa poitrine, mais il n'en tint pas compte, faisant taire le souffle d'espoir que la question innocente du brun fit naître en lui.

- En fait... Sasuke et moi on se disputait pour... je ne sais même plus pour quoi au juste. Il m'a bousculé, pas très fort, à peine. Mais, je ne me tenais pas bien et je suis tombé. Cet imbécile s'en était toujours voulu, mais ce n'était vraiment pas de sa faute. Je l'avais poussé moi aussi, mais lui se tenait bien mieux que moi. Voilà, maintenant tu sais. Mais, pourquoi tu me demande ça ?

- Pour rien, par curiosité c'est tout.

Naruto ne savait plus quoi penser au juste, il avait bien vu quelque chose passer dans les yeux onyx de Taka, mais ça ressemblait plus à de la panique qu'autre chose. Et maintenant, la tête brune s'était tournée de l'autre côté, lui cachant son expression. Il reporta son attention sur Kyuubi qui courait dans les vagues, revenant parfois les voir pour s'ébrouer près d'eux.

- Comment... Comment Sasuke est-il mort ?

La question, à peine audible, le figea sur place. Le blond posa un regard curieux et embarrassé sur le brun qui était étendu sur le ventre dans le transat voisin du sien. Mais, il ne vit que l'arrière du crâne de ce dernier dont la tête était toujours tournée de l'autre côté. Il hésita un instant à répondre, puis prit son courage à deux mains pour raconter ce qu'il savait, essayant de contrôler au mieux l'émotion qui nouait sa gorge. C'était des souvenirs difficiles à évoquer pour lui, encore aujourd'hui, malgré le temps qui avait pourtant passé depuis.

- Dans l'incendie de sa maison... Du moins, c'est ce que j'ai longtemps cru. Récemment, j'ai découvert que c'était plus complexe que ça. Sasuke, son frère et ses parents ont été exécutés par une organisation criminelle : l'Akatsuki. Je ne sais pas pourquoi. Je sais juste qu'ils ont été torturés avant d'être tués d'une balle entre les deux yeux, tous les quatre. Au final, l'incendie n'a servi qu'à détruire leurs corps et leur maison, et sûrement des preuves qui auraient pu servir à la police.

Un soupir désabusé lui échappa et il fourragea dans ses mèches blondes encore humides de sa baignade.

- J'ai vu un article, dans un torchon à sensations. Ils disaient que les corps qui auraient dû être ceux de Sasuke et de son frère ne correspondaient pas. Que peut-être ce n'était que des leurres qui leur ressemblaient... Tu lui ressembles tellement... Alors, je t'ai cherché...

Perdu dans ses pensées, Naruto ne vit pas le corps pâle à ses côtés se tendre au fil de son discours, pas plus qu'il ne vit les mains fines se crisper sur le matelas du transat, ni l'unique larme qui s'échappa des yeux couleur encre de Chine. Kyuubi revint en courant, sautant sur son maître avec entrain. Naruto sourit à son chien et reprit d'une voix plus joyeuse :

- Ah ah ah... Tu dois te dire que je suis complètement fou... Désolé de t'embêter avec tout ça...

- Crétin, murmura la voix grave du brun, déclenchant un ricanement amusé au blond.

Le week-end se termina dans une ambiance étrange, Taka se montrant plus distant, plus pensif aussi. S'en rendant compte, Naruto fit tout son possible pour dérider celui qu'il avait appris à apprécier comme un ami au fil de leurs escapades de fin de semaine. Il aurait tellement voulu l'aider, faire plus. Mais il ne savait même pas par quel bout commencer. Quand le lundi matin, de très bonne heure, il déposa Taka au lieu de rendez-vous où l'attendait Jûgo, il le laissa partir le cœur serré, luttant contre l'envie de le retenir et de l'emmener loin, très loin d'ici et de son bout de trottoir.

Jûgo fronça les sourcils en voyant l'air impassible de son ami. Où était le sourire joyeux qu'il avait l'habitude d'arborer en revenant de l'un de ses week-ends ? Que s'était-il passé durant ces deux jours ? Inquiet, il questionna le brun qui se contenta de lui assurer que tout allait bien, qu'il n'avait pas de souci à se faire. Il eut l'air franchement choqué quand le géant roux lui demanda si son client l'avait finalement baisé, répondant par la négative sur un tel ton d'évidence qu'il était impossible pour Jûgo de douter de sa sincérité. Mais si ce n'était pas ça alors... Que s'était-il passé ?

Étalé sur le matelas miteux, Taka fumait une clope, ses yeux se perdant dans la fumée qu'il expulsait. En rentrant, il s'était direct envoyé un fix bien corsé, se faisant vaguement la remarque qu'il devrait retourner voir Sasori plus rapidement que prévu. Il mesurait sa consommation au nombre de visites qu'il rendait au narco-trafiquant. Et depuis quelques temps, il y allait deux fois par semaine au lieu d'une auparavant.

Il ne supportait plus que ses clients le touchent, il ne supportait plus de les sentir le posséder sans le moindre état d'âme. Il se sentait sale, si sale... Avant, avant, il s'en foutait de tout ça. Il baissait son pantalon et tendait le cul pour se faire enculer sans se plaindre, sans rien ressentir, jamais, parce que c'était son boulot, parce que c'était tout ce qu'il connaissait. Mais, depuis que Naruto était entré dans sa vie, il avait envie de vomir à la simple vue d'une bite.

Il avait mis ça sur le compte d'une baisse de forme, du manque de repos, sur le compte de cette petite fenêtre sur un monde doré que son client qui ne le touchait jamais avait ouverte, bref sur tout un tas de petites choses diverses et variées. Mais, il ne pouvait plus se mentir... pas après avoir découvert que ses rêves n'en étaient peut-être pas... Taka ne croyait pas aux esprits, sinon probablement aurait-il pensé qu'il était possédé par l'esprit de Sasuke. Peut-être le jeune garçon défunt se servait-il de lui pour passer du temps avec son ami d'enfance ? Si tel était le cas, il serait gentil de le laisser seul avec lui-même merci bien, songea amèrement le brun.

Le visage doux et aimant de la mère de Sasuke s'imposa à son esprit. Une maman... Lui ne se souvenait plus de comment était la sienne. L'avait-elle aimé ? L'avait-elle haï ? Que dirait-elle si elle le voyait maintenant, shooté jusqu'aux yeux, une bouteille d'alcool vide près de lui, étalé sur son matelas miteux, attendant l'heure où il devrait rejoindre son bout de trottoir comme un condamné attend son tour pour monter sur l'échafaud ? Serait-elle triste ? Indifférente ?

Si Sasuke était à sa place... s'il était ce Sasuke... sûrement sa mère pleurerait-elle à chaudes larmes devant sa déchéance. Sa vue se brouilla alors que des perles cristallines emplissaient soudain ses yeux. Il n'essaya même pas de les retenir, les laissant couler librement sur ses joues haves. Pourquoi ce beau blond bizarre était-il venu foutre un tel bordel dans sa vie ? Il regrettait le jour où il l'avait croisé, et amèrement. S'il ne l'avait pas bousculé ce jour là... Il serait sans aucun doute encore capable d'affronter son quotidien sordide. Il serait encore et toujours Taka... Taka le prostitué, et personne d'autre.

Il n'était pas Sasuke. Il ne voulait pas être Sasuke. Parce que cela voulait dire qu'il avait eu une famille aimante et qu'il avait été heureux, avant. Parce que ça voulait dire qu'il avait tout perdu, sa famille, son bonheur... tout. Ça voulait dire que l'Akatsuki lui avait tout pris et bien plus encore et que sa vie aurait pu être différente. Il aurait pu avoir un avenir, faire des études, avoir des amis, un foyer, une femme, des gosses, un chien même s'il l'avait voulu. Une vie facile loin de l'organisation et de toute cette merde.

Être Taka était mille fois plus simple, et surtout tellement moins douloureux. Taka n'avait jamais rien perdu, parce qu'il n'avait jamais rien eu dès le départ tout simplement : ni famille, ni vie dorée, ni moments heureux, ni la moindre chance de venir d'un autre milieu que du fond du caniveau. Il n'était pas Sasuke... Il n'était que Taka : une pute droguée et alcoolique... sans avenir et sans passé autre que celui de la rue et de la prostitution, sans rien d'autre, rien.

Son portable vibra. C'était Jûgo qui le prévenait qu'il ne tarderait pas à passer le prendre. Taka se redressa, essuyant d'un geste rageur ses joues humides. Il sortit du talon de sa botte son sachet de poudre et se fit un rail qu'il sniffa avec avidité. Tant pis, il lèverait plus de clients s'il le fallait et il retournerait voir Sasori dès demain. Il ne tiendrait pas deux jours de plus avec ce qui lui restait... et avec la nuit qui l'attendait, la nuit et son défilé de clients qui consommaient son cul à leur disposition pour quelques billets... Il faudrait bien qu'il tienne d'une manière ou d'une autre.

Il connaissait les risques d'une consommation trop poussée de cette foutue blanche. Mais, il avait besoin d'oublier, de tout oublier. D'oublier jusqu'à son prénom, jusqu'à son existence, de n'être plus qu'un corps, un jouet ou un pantin vide de toute volonté entre les mains des autres. Et sa daube l'emmenait dans ce ciel azur où il volait sans entrave, inatteignable par la misère et la méchanceté des hommes. Ce bleu limpide où il était libre... libre et serein, loin de son corps et de ce qui pouvait bien lui arriver.

~oOo~

Naruto cherchait un livre dans l'un des rayonnages de la bibliothèque du campus, un livre sur le droit du travail. Le professeur avait donné à ses étudiants une dissertation à faire sur le sujet, et l'évolution qu'avait connu le droit du travail depuis sa création : tout un programme. Le blond poussa un soupir de découragement en voyant l'épaisseur du bouquin. Avec ça, il n'avait pas fini... Pourtant, il devait absolument mettre un point final à ce devoir avant vendredi.

Il avait prévu d'emmener Taka dans un institut balnéaire de l'une des villes voisines. Il avait remarqué que le jeune homme semblait moins en forme ces derniers temps, et il espérait que des soins en tout genre lui feraient du bien, autant à son corps qu'à son esprit. Il s'était déjà arrangé avec Kiba qui garderait Kyuubi, le chien risquant fortement de s'ennuyer dans la suite pendant qu'eux se feraient chouchouter à l'institut.

Jetant rapidement un coup d'œil pour s'assurer qu'aucun de ses amis n'était là, Naruto tira son portable de sa poche et tapa rapidement un message pour prévenir Taka de prendre son maillot de bain, sans pour autant lui dire leur destination. Il voulait conserver l'effet de surprise. Il envoya le SMS et fouilla des yeux le rayonnage à la recherche d'un autre livre. Il trouva rapidement son bonheur mais traîna encore dans le rayon, attendant la réponse du brun qui tardait à venir.

Du coin de l'oeil, il vit Gaara et Sai assis à une table avec Shikamaru et Choji. Le roux le vit et lui fit signe de se dépêcher, mais Naruto l'ignora, pas pressé de les retrouver. Non pas qu'il les fuyait, mais ceux-ci se montraient très curieux dès qu'il s'agissait de ses activités de fin de semaine. Et il ne souhaitait pas leur parler de Taka. Comment leur dire qu'il passait ses week-end avec un gigolo, sans jamais le toucher, et ce juste parce qu'il ressemblait fortement à Sasuke, son meilleur ami mort dix ans auparavant ?

Ils le prendraient pour un fou, et l'emmèneraient chez un psychiatre. Le psy lui parlerait de transfert et de culpabilité, le noierait sous des notions toutes plus abstraites les unes que les autres et lui donnerait sûrement quelques pilules. Il n'avait pas besoin de ça, pas du tout. Il savait parfaitement faire la différence entre Taka et le Sasuke de son enfance, et il savait aussi voir leurs ressemblances. Mais le prostitué n'était absolument pas un Sasuke idéalisé, et il n'était plus un substitut. Il était un ami à part entière.

Une vibration dans sa poche le tira de ses réflexions. Ses sourcils se froncèrent en lisant la réponse du brun à son message :

" Les tarifs ont augmenté. C'est trois mille pour le week-end. Payable d'avance."

Pourquoi Taka lui demandait-il plus tout d'un coup ? Son mac le lui avait-il demandé ? Un peu inquiet, il tapa rapidement sa réponse :

" Ok. Tu vas bien ? Tu as des soucis ?"

Son anxiété grandit au fur et à mesure que les secondes s'égrenaient sans réponse de la part du brun. S'était-il passé quelque chose ? Et si Sasuke avait des problèmes par sa faute ? La réponse sibylline finalement reçue ne le rassura nullement :

" Non. Tout va bien. C'est juste l'inflation."

Sachant qu'il ne tirerait rien du prostitué et qu'il n'avait d'autre choix que d'attendre le lendemain soir pour s'assurer par lui-même qu'il allait aussi bien qu'il voulait bien le dire, Naruto répondit :

"Ok. A demain."

Il attendit d'avoir reçu confirmation de Taka par un simple : "Ok." avant de rejoindre ses amis à leur table, ses livres dans les bras. Il quitta le rayonnage sans regarder autour de lui et bouscula un jeune homme aux cheveux châtain qui le regarda de haut avant de s'engouffrer dans l'allée juste à côté de celle qu'il venait de quitter. Naruto s'assit à sa place et sourit à ses amis, avant de se plonger dans le "Code du Travail" pour boucler son devoir.

L'étudiant châtain, que Naruto venait de bousculer, rejoignit l'un de ses amis, le hélant au passage :

- Hey, Akira !

Le jeune homme ainsi interpellé tourna la tête vers son ami qui venait d'être bousculé. Celui-ci le détailla, tout en lui parlant de la dernière lubie de leur professeur de mathématiques avancés. Akira avait une silhouette fine mais musclée, une peau pâle et sans défaut, les traits de son visage étaient altiers et symétriques. Ses yeux en amandes étaient couleur encre de Chine, surmontés de sourcils parfaitement dessinés dont le droit s'étayait d'une fine cicatrice, et ses cheveux courts étaient aussi noirs que ses iris, tout comme ses lèvres étaient minces.

Les deux étudiants poursuivirent leur conversation en quittant l'allée de livres pour aller s'installer à une table bien plus loin. Ils passèrent juste derrière Naruto qui, le nez plongé dans son bouquin, ne les vit pas. S'il avait tourné la tête, il aurait vu la chevelure brune d'Akira, chevelure soigneusement coiffée : deux lourdes mèches encadrant le visage aristocratique, l'arrière étant relevé en pointes aériennes. Chevelure dans laquelle le soleil, passant par la fenêtre, jeta des reflets bleus.

To be continued...


Commentaires des auteures :

Et voilà le retour de Taka et l'arrivée d'Akira ! Et le retour des clients... Hum, ça en fait des arrivées et des retours, c'est pourtant pas un hall de gare... sauf si on parle du... bref, un chapitre rondement mené (par Lili qui a bien bossé sous la menace d'Yzan et de son fouet. Nous bizarres ? Nooon !).

Encore une fois nous nous excusons de ce retard, et on espère que ce chapitre vous a plu.


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Sasu, les bras croisés sur le torse, regarde Taka et Akira qui se tiennent dans la même posture que lui.

- Ils me ressemblent tous les deux... Mais ne s'appellent pas comme moi... Je suis lequel moi ?

- Qui sait... répondent les deux auteures. Tu sais ce qu'on dit : Jamais deux sans trois. Peut-être que tu n'es même pas dans la fic...

- Pitié, ne me donnez pas de faux espoirs !

Naru, assis sur le canapé, marmonne :

- Trois Sasu... Trois Sasu... Je vais jamais survivre moi.

Kyuubi se penche vers Naru et lui murmure :

- Trois Sasu et elles deux aux commandes, imagine tout ce qu'elles peuvent faire avec ça.

Naru réfléchit quelques secondes avant de se jeter en hurlant sur les deux responsables d'une telle situation :

- Vous savez que je vous aime, hein ! Vous êtes les meilleures, les plus belles, les plus talentueuses... Je vous adore ! Dites-moi ce qui vous ferait plaisir !

Les deux auteures se regardent et commencent l'énumération :

- Du café, du coca, du chocolat, les persos de Fairy Tail, ceux de Naruto et de de Saint Seiya aussi, Kanda, Yunjae, la paix dans le monde et les numéros gagnants du prochain tirage d'Euromillion et du Loto...

Akira se tourne vers les lecteurs et dit :

- Bon, aucun des autres ne veut le faire donc je m'y colle : Reviewez, il paraît que ça leur fera plaisir à ces deux folles. Pas que ça m'intéresse des masses, mais il paraît qu'il vaut mieux pour nous qu'elles aient le moral, alors...


Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 10 : Te faire fuir.

Au bout du compte, le temps s'écoule et Taka perds pieds. Que faire quand il n'y a aucune issue ?