Avertissement : Comme d'habitude les scènes pouvant choquer sont signalées par le premier et le dernier mot en gras.
Bonne lecture !
Yzan et Lili.
~ 10. Te faire fuir ~
Adossé à son mur, Taka soupira tout en allumant une clope. Il avait hâte que la nuit se termine, vraiment. Malheureusement, il n'était là que depuis une heure, et il avait encore neuf longues heures de boulot devant lui. Il avait besoin d'un fix... Il ne tiendrait jamais sans. Il s'enfonça dans sa venelle pour sniffer sa coke, pensant avec ironie que c'était un cercle vicieux. Il avait besoin de ça pour supporter ses clients et il avait besoin de ses clients pour payer sa dose.
Sa consommation avait fortement augmenté ces derniers temps et Sasori, qu'il avait été voir la veille, n'avait pas manqué de le lui faire remarquer, en lui sortant du "Mon ange" à tout bout de champ et prenant tout son temps pour préparer sa dose, le double de ce qu'il prenait avant. Pourquoi le dealer ne faisait-il pas des promo de temps à autre ? Genre une dose offerte pour une dose achetée. Ça lui éviterai de devoir chercher du fric à tout va.
Il avait beau enchaîner sans relâche les clients tout au long de la nuit, une fois la part d'Hidan prélevée, il ne lui restait vraiment pas grand chose. Il prenait sur ses heures de repos, pas si bénéfiques que ça pour cause de cauchemars à répétition, pour aller faire les poches des honnêtes citoyens et revendre à prix d'or la camelote qu'il dérobait et les cadeaux que lui faisait son beau blond bizarre. Il lui arrivait même de plus en plus souvent de tapiner dans la journée.
La première fois qu'il avait baissé son fut en dehors de son bout de trottoir, c'était à la gare. Il guettait ceux susceptibles d'avoir les poches bien pleines pour les délester de leurs biens, quand il avait vu un homme le regarder avec insistance. Il n'avait pas eu besoin de décodeur pour comprendre, le regard lubrique du type était suffisamment parlant. Il avait hésité un instant avant de se décider, poussé par l'appât du gain. D'une démarche aguicheuse, Taka s'était approché de son futur client et lui avait discrètement donné ses tarifs. L'homme d'une cinquantaine d'années avait acquiescé et l'avait suivi dans les toilettes publiques les plus proches.
Enfermé dans l'une des cabines à l'odeur d'urine fortement marquée, le prostitué avait longuement sucé le sexe érigé de son client avant que celui-ci ne l'enfonce bien profondément entre ses fesses. Le type l'avait payé avant de quitter les chiottes, l'air de rien, laissant le jeune homme faire de même quelques minutes après. Depuis, il lui arrivait régulièrement de lever des clients en journée, l'avantage étant que son salaire était entièrement pour lui, Hidan ignorant qu'il faisait des "heures sup".
Machinalement, le brun sortit son portable de sa poche, relisant les messages que lui avait envoyé Naruto le jour même. Un soupir désabusé lui échappa. Il avait espéré qu'une augmentation de ses tarifs suffirait à faire fuir le blond, mais visiblement il s'était trompé. C'était déjà la troisième fois qu'il montait les prix, passant en trois semaines de deux mille cinq cent à quatre mille cinq cent pour un week-end. Mais ce crétin tenait bon, payant toujours d'avance, s'inquiétant de sa santé, et lui demandant sans cesse s'il avait des problèmes, pas perturbé pour deux sous de payer aussi cher, à croire que ses poches étaient sans fonds...
Taka eut un ricanement amer. Le seul vrai problème qu'il avait : c'était justement le blond et toutes ces émotions que ce mec lui faisait ressentir et qu'il voulait oublier. Il aurait pu lui dire non, qu'il voulait tout arrêter, qu'il devait se trouver un autre gigolo à bichonner. Mais, il ne pouvait pas. Il ne voulait pas. Et c'était bien là le coeur du problème : Il aurait aimé pouvoir ne plus jamais le voir, sans être capable pour autant de s'éloigner de lui. Auprès de lui, il se sentait vivant comme jamais, mais cela ne le faisait se sentir que plus mal jour après jour. Et il n'en pouvait plus de toutes ces émotions opposées qui le déchiraient.
Une voiture passa dans la rue, ses phares éclairant la silhouette fine avachie le long du mur dans la venelle sombre. Taka se releva lentement et retourna sur son bout de trottoir, chassant de son esprit le visage hâlé aux joues marquées de trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches. Un autre véhicule s'engagea dans l'allée et le brun joua des hanches en sifflant bruyamment, bien décidé à ne pas laisser ce client là lui échapper. Il avait un chiffre d'affaire à maintenir, surtout s'il voulait pouvoir continuer à se noyer dans ses rails de précieuse poudreuse.
Le véhicule sale et bas de gamme se gara devant lui et Taka se pencha à la vitre du passager, se léchant sensuellement les lèvres en énumérant ses tarifs. Le conducteur obèse accepta et s'extirpa difficilement de son siège. Le brun le regarda faire en se demandant comment ce type arrivait à tenir dans sa minuscule voiture. Il était presque plus gros que sa caisse. Une fois sûr et certain que son client le suivait, le brun s'engagea dans sa venelle, un peu inquiet à quand à ce qu'il devrait faire pour satisfaire cet obèse.
A genoux sur les pavés inégaux, Taka tenta de ne pas s'asphyxier, non pas avec le sexe de son client, mais avec le tablier graisseux qui surmontait celui-ci. Il avait dû soulever un lourd et épais pli ventral pour trouver la bite, ridiculement petite, de son client. Quand l'homme avait ouvert et baissé son pantalon, le prostitué n'avait pu s'empêcher d'avoir une grimace de dégoût. L'abdomen qui lui faisait face était si gros et si mou qu'il tombait jusqu'au milieu des cuisses aussi grosses que lui. Oui, chacune des cuisses de ce type était au moins aussi grosse que lui tout entier. Il était sûr qu'une seule jambe du pantalon lui ferait un excellent sac de couchage.
Voilà pourquoi le ventre mou était posé sur sa tête et qu'il n'osait pas faire trop de mouvements de va et vient de peur que celui-ci ne glisse et qu'il ne doive repartir à la recherche du phallus perdu. Ça devait être un drôle de spectacle d'un point de vue extérieur. Taka était certain qu'on ne voyait même pas sa tête sous l'amas graisseux. Il risquait fort de mourir asphyxié avec tout ça. Au moins, se serait une mort originale : étouffé dans le bide d'un client. Il mettrait sa main à couper qu'il serait la première pute à crever de cette façon.
Par chance, il savait parfaitement compenser son peu de mouvements par des aspirations, des jeux de langues et de lèvres. Son client soufflait comme un boeuf et Taka se demanda vaguement dans quelle position il devrait se mettre pour que le bide gras et tombant ne gêne pas la pénétration qui suivrait. Non, parce que vu la taille du pénis inversement proportionnelle à celle du ventre, cela ne s'annonçait pas simple. Pas qu'il soit contre ne pas se faire prendre une énième fois. Mais, s'il ne le faisait pas, son client le paierait moins, et il avait besoin de fric.
L'une des mains du type qu'il suçait se posa sur sa nuque, l'incitant à prendre plus profondément son érection en bouche. Ce qu'il fit, essayant d'occulter l'odeur nauséabonde qui titillait ses narines. En voilà un qui aurait bien besoin d'une bonne douche et surtout d'apprendre à frotter partout, y compris dans les plis disgracieux de son bide. L'odeur de sueur et de gras qui stagnait dans ces espaces était tout simplement épouvantable. Chaque inspiration lui donnait la nausée et coincé sous le pli graisseux, il n'avait aucun moyen d'échapper à l'infection putride qui émanait de ce mec.
Heureusement pour Taka et ses papilles, le client avait pris l'option préservatif pour la fellation. Le latex avait l'avantage de lui épargner le goût délicat et subtil d'urine et de transpiration. Les sentir lui suffisait amplement. Et le parfum de synthèse, goût cerise, du plastique qui emballait l'organe, l'aidait grandement à donner du cœur à l'ouvrage. Après tout, plus vite il aurait fini, plus vite il pourrait respirer l'air pur de sa venelle. Bon, c'était pollué, comme dans toutes les grandes villes, et les odeurs n'étaient pas forcément des plus alléchantes. Mais, au moins, il aurait de l'oxygène.
Les interrogations du jeune homme sur la meilleure position à adopter trouvèrent rapidement leur réponse : en levrette, le tablier graisseux soigneusement posé sur ses reins. Alors que son client se déhanchait en râlant et soufflant comme un bœuf à l'agonie, Taka se fit la remarque que c'était bien la première fois de sa vie qu'il servait de support à un bide trop gras. Voilà qui allongeait son CV d'une ligne.
Il masqua une grimace à la sensation écœurante et désagréable de cette bande de peau qui balayait ses hanches, laissant filtrer quelques exclamations sensuelles. Le piercing qu'il portait juste en haut des fesses, celui en forme de dollar, s'accrochait parfois au pli graisseux et seule la transpiration macérée et visqueuse l'empêchait de s'arracher. Les mains empâtées du client se trouvaient sur sa taille et lui malaxaient sans aucune douceur les flancs, les lui graissant au passage, à son plus grand dégoût.
Les bruits qu'émettait l'homme derrière lui l'inquiétaient de plus en plus. A ce rythme, il allait lui claquer entre les fesses. Il aurait l'air con, tiens ! Décidé à en finir au plus vite, il contracta ses muscles fessiers, massant ainsi la bite qui le pourfendait, tout en gémissant de plus en plus fort et de la façon de plus en plus érotique dont il était capable au vu de la situation. Un râle, ressemblant vaguement à un grognement de cochon, retentit dans la venelle et Taka se sentit soulagé quand son client se retira enfin.
Le prostitué se releva et se rhabilla rapidement, passant une main sur sa nuque et ses reins courbaturés par le poids du ventre qu'ils avaient dû supporter. Il se tourna vers son client pour réclamer son paiement et se figea net en voyant celui-ci toujours prostré au sol, une main posée sur la poitrine. Merde, il lui faisait quoi ce con ?
- Hey ! Ça va ? s'enquit-il inquiet.
L'homme secoua la tête et marmonna quelque chose d'à peine intelligible. Tout ce que Taka comprit était "mal" et "poitrine". Affolé, il sortit son portable pour envoyer un message de détresse à Jûgo tout en essayant de réfléchir à ce qu'il devait faire.
- Respire ! Surtout respire bien ! lança-t-il en désespoir de cause.
Bordel, il n'était ni secouriste, ni pompier lui. Il avait parfois porté l'uniforme pour satisfaire les lubies étranges de certains de ses clients, mais c'était tout !
Tout en guettant du coin de l'œil son client obèse qui semblait aller de plus en plus mal et en s'impatientant après Jûgo qui tardait à arriver, Taka se fit la réflexion que la prochaine fois qu'il lèverait un pompier, il lui demanderait des cours de secourisme juste pour savoir quoi faire en cas d'urgence. Il négocierait la passe contre deux trois astuces et prierait pour ne jamais en avoir besoin, comme maintenant. Un immense soulagement l'envahit quand les pas précités de son ami roux se firent entendre dans son dos et résonnèrent en écho sur les murs de la venelle.
Dès que le sentinelle mit un pied dans l'étroit passage, Taka lui sauta dessus, lui expliquant rapidement la situation en désignant d'un doigt tremblant son client :
- Je te jure, j'ai rien fait. Il a tiré son coup et depuis il est comme ça. Il dit qu'il a mal dans la poitrine ! Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Jûgo s'approcha rapidement de l'homme à terre, l'observa vite fait avant de se tourner vers le brun qui attendait ses instructions.
- Il fait un truc genre crise cardiaque. On le rhabille, on le fout dans sa caisse, on la dépose plus loin et on prévient les secours. Je vais le relever, remonte lui son pantalon et pense à lui enlever le préservatif. Ok ?
Taka hocha la tête et aida le géant roux à redresser son client au cœur fragile. Jûgo souffla profondément sous le poids imposant du type, pendant que le brun ôtait le préservatif du sexe devenu mou, difficilement accessible à cause du ventre gras, et rajustait, non sans mal, la tenue du client à la respiration toujours aussi poussive.
Après bien des difficultés, le pantalon fut enfin refermé et les deux hommes supportèrent la silhouette très enrobée jusqu'à la voiture garée devant le trottoir. Installer le client sur le siège du conducteur ne fut pas une mince affaire, et quand ce fut enfin fait, Taka était essoufflé et transpirait à grosses gouttes. Juste avant que le sentinelle ne s'installe directement sur les genoux de la montagne de graisse pour emmener la voiture plus loin, le prostitué se pencha sur le corps souffrant pour le délester du contenu de son portefeuille.
Devant l'air dubitatif de son ami, Taka se justifia :
- Ben quoi ? Il a pas eu le temps de me payer ! Et je prends un supplément, pour assistance à personne en danger.
Le roux ricana et s'installa au volant, ne manquant pas le regard moqueur du brun devant le spectacle de sa grande carcasse pliée en deux sur les genoux d'un homme obèse dans le minuscule véhicule.
La voiture était tellement petite et le propriétaire tellement gros que Jûgo avait les pieds sur le tableau de bord et le menton entre ses deux genoux repliés. La tête rousse ne pouvait pas se redresser plus sous peine de passer au travers du toit de l'habitacle. Se contorsionnant comme il le put, le sentinelle alluma le contact et relâcha le frein à main, se servant de son poids pour obliger le client à peine conscient à appuyer sur la pédale d'embrayage pour pouvoir passer une vitesse.
- T'es en manque de câlins ? le taquina Taka. Tu veux que papa te raconte une histoire ?
- Ferme la portière au lieu de te foutre ma gueule. Je te jure, qu'est-ce qu'il faut pas faire ! râla Jûgo en démarrant la voiture bien trop petite.
- Surtout sois prudent sur la route, mon petit ! Et mets ta ceinture ! lança le brun goguenard en claquant la portière.
La voiture s'éloigna et Taka retourna s'adosser à son mur, sortant une clope qu'il alluma rapidement. Il avait bien besoin de ça pour se remettre de ses émotions.
- Ben alors Taka... T'es si moche que tes clients en font des crises cardiaques ? l'attaqua son si charmant voisin.
- C'est sûr que c'est pas à toi que ça risquerait d'arriver ! Pour ça, il faudrait déjà que tu aies des clients qui veuillent bien te baiser ! rétorqua le brun d'une voix polaire.
Son collègue ne prit même pas la peine de répondre, les phares d'une voiture éclairant la rue attirant toute son attention. Taka se fit lui aussi un devoir d'attirer le chaland, après tout, il avait besoin de fric. Et cela ne tarda pas. Rapidement, une voiture se gara devant son bout de trottoir et le brun monta côté passager, le véhicule prenant la direction du love-hôtel le plus proche, celui où la majorité des clients l'emmenaient quand ils prenaient une chambre.
- Hann ! Ouiiii !
Taka roula des yeux tout en remerciant le ciel d'avoir la tête enfoncée dans l'oreiller. Son client était un long-à-la-détente, pour son plus grand malheur. Il le pilonnait depuis des plombes et pourtant il n'avait toujours pas joui, et n'avait pas l'air d'être sur le point de le faire. Le prostitué avait pourtant mis tout son art et toute sa science pour le faire éjaculer le plus vite possible.
Le brun gémit bruyamment, en profitant pour détendre sa mâchoire. La fellation qu'il avait faite à son client avait duré si longtemps qu'il ne sentait plus ses zygomatiques. Il contracta violemment ses muscles fessiers, espérant sans trop y croire que cela stimulerait l'orgasme qui se faisait attendre. ll n'avait pas que ça à faire lui ! D'autres passes l'attendaient ! Il aurait eu le temps de se faire trois ou quatre pigeons si l'autre avait bien voulu en terminer.
Et puis merde, tous les businessmen le disaient : Le temps c'était de l'argent. Et là, le sien n'était pas du tout rentabilisé. Le claquement des reins de son empêcheur de tourner en rond actuel contre sa croupe poursuivit au même rythme à son plus grand désespoir. En plus, il commençait à avoir une furieuse envie de pisser.
- Hooo ! Ouiii ! Encoreeeee… susurra-t-il de sa voix la plus cajoleuse.
Taka se retint de soupirer : son professionnalisme le perdrait. De longues minutes plus tard, un râle guttural résonna dans la chambre, sonnant le glas de l'ennui profond du prostitué qui se mordit les lèvres pour ne pas pousser un cri de victoire. La barre de chair recouverte de latex qui labourait ses fesses jusque là devint enfin molle pour sa plus grande joie. Il ne s'attarda pas outre mesure dans la pièce, y abandonnant sans regrets l'homme endurant, très endurant, pour rejoindre sans attendre son bout de trottoir.
Dès qu'il eut quitté l'hôtel, il se trouva un coin tranquille et sniffa un rail de sa précieuse blanche, sentant le besoin de s'évader, loin de son quotidien sordide. On était jeudi soir et demain il partirait pour le week-end avec Naruto, son client au nom de pâte de ramen. Comme de plus en plus souvent ces derniers temps, cela ne le réconfortait nullement. Il devait trouver une solution pour que ça s'arrête, pour que le blond tourne la page... pour que lui... tourne la page et retrouve sa vie d'avant. Même merdique, c'était toujours mieux que ce rêve doré qui lui laminait le cerveau et l'empêchait de plus en plus de bosser et de dormir correctement.
Il n'en pouvait plus de jongler entre lui et ce Sasuke de malheur, qui avait bêtement clamsé dix ans auparavant et qui revenait le hanter. A ce rythme, il finirait dans un asile ! Et, bizarrement, la vie entourée de fous, de vrais fous, ne le tentait pas du tout. Il préférait encore le caniveau. En plus, de ce qu'il en savait, les patients de ces instituts si accueillants avaient droit à des piqûres dans le cul de manière régulière. Et son cul en prenait déjà assez sans en rajouter avec des injections. Et, non, il n'avait pas du tout peur des aiguilles !
Taka soupira profondément tout en tirant sur la cigarette qu'il venait d'allumer, reprenant son chemin vers son bout de macadam. Le contrepoint entre son quotidien sordide et la vie luxueuse de Naruto était saisissant. C'était quelque chose d'inatteignable pour lui. Autant rêver de toucher une étoile... Alors le vivre comme ça, le temps d'un week-end; non décidément, cet îlot de paradis avait de plus en plus un goût amer. Il n'était pas envieux de son beau blond bizarre, juste fatigué par ce yoyo émotionnel qu'il lui faisait vivre.
La nuit se poursuivit et son lot de consommateurs de culs masculins payants avec elle. Un coup d'œil sur son portable apprit à Taka qu'il ne restait plus qu'une heure à tirer avant le passage d'Hidan. Il avait bien le temps de se faire deux ou trois clients durant ce temps, pour rattraper le manque à gagner à cause du long-à-jouir de tout à l'heure. Une voiture s'engagea dans la rue et Taka fit son numéro habituel pour attirer l'attention du conducteur, encore un usager qui avait quelques billets à dépenser pour se satisfaire.
Le jeune homme au volant de la citadine sportive lui demanda en rougissant et en bégayant ses tarifs, que Taka énuméra d'une voix sensuelle, mettant en avant tous ses charmes. Il le précéda dans la venelle et, se tournant vers son client, il lui demanda d'un ton aguicheur :
- Alors, dis-moi beau gosse... Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
Les rougeurs qui s'étendirent sur les joues du jeune homme renseignèrent le brun sur le fait que c'était visiblement la première fois que ce client là allait aux putes.
- Euh... Ben, j'aimerai bi-bien une pi... u-une fellation... Enfin, si tu veux bien, hein !
Le prostitué haussa un sourcil dubitatif. S'il voulait bien ? Ok, apparemment c'était en plus un timide, très poli. Un rictus amusé étira ses lèvres avant qu'il ne rétorque :
- Du moment que tu payes, je veux bien tout ce que tu voudras, mon lapin.
Et Taka espérait sincèrement que celui-ci serait effectivement un lapin : vite fait bien fait.
- Ben, euh... comme j'ai jamais... je sais pas trop... euh... tu as envie de quoi, toi ?
Le prostitué soupira et répliqua d'une voix plus froide :
- Ok ! On va faire plus simple. T'es puceau ?
Le jeune homme rougit jusqu'aux oreilles tout en se dandinant d'un pied sur l'autre.
- Co... comment tu as deviné ?
Taka manqua de se frapper le front avec sa paume et se contenta de fixer celui qu'il devrait donc dépuceler.
- L'instinct, mon lapin, l'instinct. soupira-t-il désabusé.
- Bon, tu as combien dans tes poches là ? s'enquit le brun d'un ton péremptoire.
Pas question qu'il donne de sa personne pour rien après tout. Le jeune homme plongea ses mains dans sa veste et sortit un portefeuille bien garni qu'il ouvrit sous les yeux éberlués, et convoiteurs, du jeune prostitué.
- Deux cent.
- Pour ce prix là, je te fais la totale : fellation sans capote, tu auras plus de sensation; et tu pourras me faire le cul. Ça te fera de l'expérience... reprit Taka d'une voix plus aguicheuse.
- Ah non. P-pas sans capote... J'ai entendu dire qu'on pouvait attraper des maladies... c'est pas contre toi, hein... mais, euh... balbutia le jeune puceau.
Taka s'approcha de son client jusqu'à se coller totalement à lui et lui souffla dans l'oreille :
- Avec la bouche, il n'y a aucun risque. Et ce sera mille fois meilleur... Fais-moi confiance et laisse-moi faire.
Tout en parlant, il avait sorti du portefeuille, outrageusement exposé devant lui, la totalité des billets, et il conclut sa tirade par un coup de langue sur le lobe de l'oreille, soutirant un balbutiement incompréhensible au jeune homme.
D'une seule main, le brun ouvrit le pantalon de ce type, trop naïf pour son propre bien, et il s'agenouilla devant lui, restant collé au corps de son client pour qu'il ne lui échappe surtout pas. Ce n'était pas tous les jours qu'il pouvait arnaquer aussi facilement l'un des pigeons qui s'aventuraient par là. Taka glissa les billets dans sa botte tout en dévoilant le pénis encore mou, à qui il allait faire découvrir les joies du sexe à deux, risquant de provoquer une séparation douloureuse entre Marie-cinq-doigts et Popol.
Sans attendre, il enfourna la barre de chair flasque, lui infligeant des mouvements rapides de va-et-vient agrémentés de succions et de coups de langue. Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour faire durcir le sexe encore vierge, et quelques minutes pour amener le jeune puceau à gémir fortement.
- Oh putain... Hmmm... Oh, la vache... Oooooh...
Un dernier coup de langue agrémentée de son piercing sur la pointe à présent humide de la bite du jeune homme et Taka se redressa, baissant son propre pantalon au passage. Il se colla à nouveau tout contre son client, profitant de leur proximité pour lui enfiler un préservatif, et il lui murmura, non sans oublier de parler d'une voix quémandeuse et désireuse :
- La suite va être encore meilleure, mon lapin...
Visiblement troublé par les sensations qu'il venait de ressentir, son client tenta de l'embrasser mais Taka détourna brusquement la tête, faisant s'échouer la bouche indésirable sur sa joue. Il tourna le dos au jeune homme pour masquer son air dégoûté. Prenant appui de ses avant-bras sur le mur, il tendit ses fesses vers l'arrière en geignant langoureusement :
- Maintenant... encule moi bien profondément !
Il sentit les mains tremblantes du bientôt-plus-puceau se poser sur ses hanches dénudées et le bassin de celui-ci se colla à son cul. D'un ton trahissant son émoi, le jeune homme demanda :
- Mais... il faut te préparer... non ? C'est que j'ai entendu dire que...
Taka roula des yeux avant de répondre en donnant un coup de reins aguicheur :
- Pas besoin... Dépêche-toi... j'en peux plus... Allez mon lapin, viens me réchauffer...
Bon, pour une fois, ce n'était pas complètement faux. Il n'en pouvait plus en effet. Si son client pouvait accélérer un peu ça l'arrangerait. Sa nuit était presque finie et il avait hâte de retrouver son matelas. Surtout qu'aujourd'hui, il devait retourner voir Sasori pour avoir de quoi tenir tout le week-end. Et, fonds en berne oblige, il devrait certainement tapiner dans la journée avant. Alors, si l'autre là voulait bien se décider à rentrer dans le vif du sujet, il apprécierait, vraiment.
Il sentit le sexe durci le pénétrer lentement, très lentement, trop lentement. Retenant un soupir de désespoir, Taka bascula son bassin pour engloutir d'un seul coup l'entièreté de la bite timide.
- Bouge... Hmm... Je veux que tu m'encules fort et bien profond !
Le client dans son dos bougea doucement, ses doigts se crispant sur les hanches pâles. D'une voix où perçait l'inquiétude, il demanda :
- Ça va ? Je ne te... fais pas mal ?
Mais qu'est-ce qui lui avait pris d'accepter de jouer les instructeurs en matière de sexe ? Il aurait dû refourguer ce boulet à son voisin de trottoir. Taka serra les fesses et se déhancha autant que possible dans cette position. Il mit tout son professionnalisme à l'œuvre en gémissant :
- Nooon... Haaaa... Ouiiii... C'est si bon... Vas-y... Défonce-moi !
Pour sa plus grande joie, son client commença à suivre ses mouvements et accéléra le rythme.
Il avait bien fait de prendre un supplément conséquent, parce que vu tous les encouragements vocaux qu'il prodiguait au jeune homme qui ahanait derrière lui, il allait devenir aphone. D'habitude, il se contentait de répondre aux répliques plus ou moins classes et recherchées de ses usagers. Alors que là, c'était lui qui tenait un dialogue digne des plus grands films pornos. C'était le monde à l'envers, et le pompon de sa soirée.
Quelques minutes suffirent pour que l'orgasme ne fauche le jeune homme inexpérimenté dans un cri qui ressemblait vaguement à celui que poussait son vieux voisin du bidonville quand il chiait dans le seau qui lui servait de toilettes. Les cloisons étaient minces, lui et ses colocataires avaient donc la primeur de tout savoir sur le transit intestinal du vieil homme. Son client se recula et souffla :
- Putain... c'était... c'était trop bon...
Taka posa les yeux sur celui qu'il venait de dépuceler tout en se rhabillant. Il s'alluma une clope, laissant le temps à celui-ci de se remettre de sa merveilleuse découverte. Son client s'approcha de lui et osa caresser du bout des doigts l'une des mèches brunes qui encadraient son visage, les yeux brillants de contentement. Le brun se recula légèrement, échappant au contact non souhaité et trop intime. Ils quittèrent la venelle et, juste avant que son client ne s'en aille, le prostitué lui souffla :
- La prochaine fois, fais ça avec quelqu'un que tu aimes, pas avec une pute... ce sera mieux, je pense.
Le jeune homme rougit encore une fois comme une tomate.
- Mais... Je pourrais revenir... non ? Parce que... euh... tu vois... euh... pas que je sois amoureux de toi, hein... mais... j'ai trop aimé et puis t'es trop beau et puis euh... c'était bon... non ?
Taka hésita un court instant, mais décida qu'il en avait déjà assez avec son beau blond bizarre question réguliers chelous. Et il ne tenait pas à s'encombrer en plus d'un client visiblement trop collant. Pourquoi n'étaient-ils pas tous comme Ibiki ? Au moins avec lui c'était clair, simple, sans prise de tête.
Ils s'attendaient à quoi, bon sang ? A ce qu'il leur refile une putain de carte de fidélité peut-être ? Est-ce qu'il avait la tronche d'une boutique de fringue où ils pourraient obtenir un rabais au vingtième achat ? Non, il ne tenait pas vraiment à ce que ses clients s'entichent de lui et lui soient fidèles. C'était même une question de principes dans ce boulot. La fidélité, ça faisait pas partie du tableau. Qu'ils réservent ça à leur tendre moitié. Lui, il avait d'autres chats à fouetter, et aucun avenir dans ce rayon. La sensiblerie, très peu pour lui.
Aussi répondit-il de sa voix la plus froide à son tout récent consommateur :
- Non. Je suis payé pour faire croire que c'était bon. Alors si tu reviens, je te vire à coup de pieds dans les couilles.
Il vit clairement les yeux de son interlocuteur s'agrandir avant que celui-ci ne serre les poings et ne lui tourne le dos, retournant dans sa voiture pour quitter la rue, plus tout aussi fringuant. Bon, il avait été peut-être un peu dur, mais il lui rendait service non ?
Aimer une pute... c'était la pire idée qu'un mec pouvait avoir ! Ce gamin n'était pas trop mal et il avait l'air gentil. Il se trouverait un gentil petit ami et ce serait bien mieux pour lui. Lui n'était qu'une fleur de caniveau, un cadavre en sursis. Et le jeune homme trouverait toujours bien mieux que lui pour réchauffer son petit cœur et son lit d'ancien puceau. Marie-Cinq-Doigts n'allait pas s'en remettre, c'était sûr. Maintenant qu'il y avait pris goût, Popol n'était pas prêt de revenir avant un bon moment. Du moins, Taka l'espérait.
Et puis l'espoir d'un amour sincère ne se trouvait pas par ici. Il fallait être jeune et innocent, vivre loin de ces rues malfamées, pour croire qu'un dépucelage avec une pute ouvrait sur autre chose qu'une poignée de billets et un sexe au repos bien au chaud dans son pantalon repassé. Taka esquissa un sourire moqueur et s'enfila une lampée de son alcool bon marché. Il se voyait bien tiens, en train de tamponner une petite carte en plastique à chaque visite… Et après, quoi, hein ? Il ferait cinq pourcent de ristourne sur la vingtième fellation ou la trentième enculade ?
Quand Hidan passa à l'heure prévue, Taka sortait tout juste de sa dernière passe avec un client presque normal cette fois. Un coup vite fait pour se soulager les couilles avant de retrouver mémère, dixit ledit client. Le mac compta soigneusement la recette de sa pute préférée, et préleva sa part, conséquente, avant de rendre son maigre salaire au brun. Juste avant de partir, il lui demanda :
- Au fait, Blanche-neige... Ton prince charmant vient te prendre demain soir ?
Taka hocha simplement la tête et l'homme de l'Akatsuki eut un rictus malfaisant :
- Le petit veinard... Moi aussi, je passerai bien un week-end entier avec toi un de ces jours... Surtout n'oublie pas de le faire payer avant !
A ces mots, le mac s'éloigna. Il ricana méchamment, inconscient des sueurs froides qu'il venait de déclencher chez le jeune prostitué qu'un week-end entier avec son mac ne tentait absolument pas.
~oOo~
Dans sa piaule minable, Taka regardait sans vraiment les voir ses affaires posées sur le matelas, sous le regard soucieux de Suigetsu qui l'observait assis à même le sol. Le brun s'était levé tôt et avait disparu une bonne partie de la journée. Il était revenu visiblement fatigué et shooté jusqu'aux yeux. Des cernes ombraient ses joues de plus en plus émaciées, le blanc de ses yeux était veiné de rouge et son teint habituellement pâle tournait au fantomatique.
Nul besoin d'être devin pour deviner la cause des tourments de son ami. On était vendredi en fin d'après-midi, l'heure à laquelle il préparait habituellement ses affaires pour le week-end avec son beau blond bizarre. Mais, l'entrain coutumier qui s'associait à cette activité était actuellement absent. En fait, Taka avait étalé ses vêtements sur le matelas et depuis les regardait sans les voir, sans bouger, perdu dans ses pensées.
- Choupinet...
La voix grave et dénuée de moquerie de son colocataire tira Taka de ses pensées moroses. Il avait beau chercher un moyen pour éviter son client blond, rien n'y faisait, il n'en trouvait pas. Ou plutôt si, il en trouvait... mais il savait qu'il n'aurait pas la force nécessaire pour les mettre en œuvre. Relevant la tête, il posa un regard vide sur le jeune homme aux cheveux blancs qui le fixait d'un air soucieux.
- Hn...
L'onomatopée lui signifiant qu'il avait l'entière attention du brun, Suigetsu se lança, bien décidé à mettre les pieds dans le plat.
- Tu as une tronche de zombie. Si tu veux pas y aller... n'y va pas. Il trouvera quelqu'un d'autre et fin de l'histoire.
La lueur étrange qui passa dans les yeux noirs de son ami, ne l'inquiéta que davantage.
- A moins que... toi, tu ne veuilles pas ne plus le voir... conclut-il d'une voix douce.
Taka baissa la tête, incapable de soutenir le regard mauve et attentif posé sur lui. Il hésita un court instant avant de souffler, se sentant coupable de ne pas pouvoir exprimer clairement ce qu'il ressentait.
- C'est... compliqué... Je sais pas, je sais plus...
- Et tu penses que se serai plus simple si c'était lui qui ne venait plus, c'est ça ? clarifia doucement Suigetsu.
Le silence du brun était une réponse en soi, et son ami en avait parfaitement conscience. Avec un soupir, Suigetsu reprit :
- Dans ce cas, c'est à toi de l'inciter à laisser tomber. Tu peux...
- J'ai déjà essayé, le coupa Taka d'un ton où perçait le désarroi. J'ai augmenté les tarifs, j'ai refusé quand il voulait aller quelque part, je l'ai ignoré tout un week-end, je l'ai engueulé pour un oui ou un pour un non, je lui ai même interdit d'amener son chien ! J'ai fais des caprices débiles et rien... il cède à tout. Si je l'ignore, il me fait chier jusqu'à ce que je m'énerve ou que je rigole. Si je ne veux pas aller quelque part, on n'y va pas. Bref, rien... rien n'y fait. Il revient toujours et il ne semble pas décidé à me lâcher...
Durant sa tirade, Taka avait relevé la tête, plongeant ses orbes onyx et brillants dans celles mauves et soucieuses de son ami, l'ampleur de son désarroi profusément visible sur son visage.
- Et... Je veux pas... qu'il me laisse... mais je me sens si... depuis qu'il est là... Tsu...
La détresse transparaissant dans la voix de son ami poussa Suigetsu à se lever et à le prendre, maladroitement, dans ses bras. Ils n'étaient pas très doués pour ce genre de gestes amicaux, ni l'un ni l'autre. Ils avaient trop l'habitude que leurs corps soient des objets entre les mains des autres pour ça.
L'étreinte amicale et réconfortante, bien qu'un peu gauche, fit du bien à Taka qui s'accrocha au dos de son ami, retenant les sanglots qui oppressaient sa gorge. Il ne savait plus quoi faire pour ne plus se sentir déchiré par des émotions et des sentiments qui lui étaient totalement étrangers avant l'arrivée dans sa vie de ce beau blond bizarre. Il voulait que ça s'arrête, mais ne plus voir Naruto... jamais... L'idée même lui donnait envie de pleurer comme un bébé.
Suigetsu frotta doucement le dos frissonnant de son ami, tâchant de lui transmettre ainsi son soutien et un peu de réconfort. Il réfléchissait aussi vite qu'il le pouvait. S'il ne se trompait pas, il y avait de fortes chances que ses craintes et celles de Karin et Jûgo soient confirmées. Tout laissait à penser que l'attachement de Taka pour son client était plus profond qu'il n'aurait dû. Pour l'avoir lui-même vécu, il savait parfaitement à quel point l'amour pouvait être douloureux et destructeur. Il n'avait que quinze ans à l'époque, et son amour fou et irraisonné l'avait conduit ici, dans ce bidonville et sur le trottoir. Le prix à payer pour avoir aimé était bien trop souvent amer.
Par amour pour Kisame, il avait tout subi, tout souffert jusqu'à n'être plus rien, rien d'autre qu'un vulgaire jouet humain. Il avait pleuré toutes les larmes de son corps quand il avait compris que l'autre ne l'aimerait jamais, et ne se servait de lui que pour le plaisir sadique de le voir plus bas que terre. Il avait bien tenté de s'en sortir mais il était déjà trop tard, bien trop tard. Il avait sombré bien trop bas pour pouvoir remonter la pente, et le piège s'était refermé sur lui. Évidemment le cas de Taka était différent, très différent.
Son blond ne risquait pas de le mettre sur le trottoir, il y était déjà. Mais il ne l'en tirerait pas non plus. Même s'il le voulait, il ne pourrait pas. On ne quittait pas l'Akatsuki. Jamais. Ou enfin si, on la quittait, mais uniquement les pieds devant. Au mieux, un jour son client se lasserait et ne reviendrait plus, abandonnant le brun à son triste sort et le cœur en miettes. Au pire... Si l'organisation s'en mêlait, ça pouvait tourner au drame. Ces criminels n'auraient aucun scrupule à buter le blond gênant. Dans tous les cas, Taka se retrouverait toujours sur son trottoir, le cœur brisé avec pour seules compagnes ses rails, sa bouteille et ses clopes... et ses clients.
Oui, c'était probablement mieux de mettre un terme à tout ça le plus vite possible, en espérant que ce n'était pas déjà trop tard. Doucement, il se détacha du corps fin de son ami et plongea ses yeux dans les siens.
- Choupinet... Il y a sûrement un truc que tu n'as pas fait... un truc qui le ferait fuir à coup sûr. Il te prend pour son pote là, Saké, non ?
- Sasuke...
C'était machinal, il n'eut même pas conscience de reprendre son ami sur le prénom de celui qui venait le hanter. Taka hocha la tête, répondant ainsi par l'affirmative à la question de son colocataire, avant de rétorquer :
- Mais je lui ai déjà dit, souvent... que ce n'était pas moi...
Suigetsu posa ses mains sur les épaules déliées du brun et prit un air grave et sérieux :
- Mais, peut-être ne lui as-tu pas dit de la bonne façon. Peut-être n'en es-tu pas convaincu toi-même. Si toi, tu as le moindre doute, il ne te croira pas et s'accrochera encore et encore. Alors, Taka... Dis-moi... Es-tu Sasuke ?
Le simple fait que son ami l'appelle par son prénom et non par le surnom débile dont il l'avait affublé était la preuve de la gravité de l'instant.
Taka prit quelques secondes pour réfléchir avant de répondre. Était-il Sasuke ? Cette idée l'avait déjà souvent effleuré, mais toujours il l'avait réfutée. Être Sasuke... Non, il ne voulait pas être Sasuke, il ne pouvait pas être Sasuke. Sûrement que son ami avait raison, ses doutes ne le rendaient pas convainquant quand il niait être ce gamin mort depuis dix ans. Il ne devait pas douter, pas un seul instant. Il n'était pas Sasuke. Il était Taka.
Les yeux plongés dans ceux de son ami brun, Suigetsu vit parfaitement les doutes s'estomper pour laisser place à une lueur décidée. La voix ferme du brun rompit le silence.
- Non.
- Qui es-tu alors ?
- Je suis Taka.
Sa voix ne trembla pas, son ton fut ferme et sans appel. Suigetsu se sentit un peu rassuré, mais décida de pousser le bouchon plus loin. D'une voix forte, il demanda :
- Qui es-tu ?
- Je suis Taka !
- J'entends rien ! QUI es-tu ?
- JE SUIS TAKA !
Le hurlement qui lui déchira presque la gorge le soulagea bizarrement, le faisant se sentir plus léger. Le ricanement de Suigetsu lui soutira un rictus amusé. Ils devaient avoir l'air con tous les deux à hurler comme des déments. Son ami lui donna un coup de poing amical sur l'épaule et lui dit :
- Ben voilà Choupinet ! Avec ça, tu es prêt pour ton week-end. Allez, prépare tes affaires ! Et fais lui bien comprendre qui tu es à ce mal embouché.
Étrangement revigoré par cette discussion, le brun se déshabilla pour mieux se rhabiller, ronchonnant au passage contre le boxer qui lui compressait les couilles et les chaussettes qui lui comprimaient les orteils. Une fois cela fait, il mit dans sa besace : son pyjama, deux boxers, son maillot de bain, des chaussettes, ses clopes et le sachet de poudre qu'il avait acheté le jour même. Exceptionnellement, il s'était fourni dans la rue, auprès d'un autre dealer, n'ayant pas particulièrement envie de revoir Sasori. Il le voyait déjà bien trop souvent ces derniers temps de son propre avis et celui-ci n'aurait pas manqué de le faire chier.
Quelques heures plus tard, Taka monta dans la voiture orange vif de Naruto, bien décidé à prouver par A plus B à son beau blond bizarre qu'il n'était pas celui que l'autre voulait voir en lui. Dès que la voiture quitta la rue, il posa ses pieds habillé des converses noires sur le tableau de bord et s'alluma une clope. Ses bottes lui manquaient déjà, ces trucs de chaussettes et de tennis souples, c'était vraiment pour les bourges.
- Où s'qu'on va ? s'enquit-il.
- Hôtel des Cinq Pics. Tu verras, les chambres sont dans des bungalows indépendants les uns des autres, et il y a un centre aquatique privé. Je suis sûr que les toboggans et la rivière sauvage vont te plaire, répondit Naruto enthousiaste.
- Mouais, si tu le dis, marmonna le brun, cachant son envie de savoir de quoi parlait son client.
Naruto tourna les yeux vers son passager, surpris par le manque de réaction de ce dernier. D'habitude, celui-ci l'aurait bombardé de questions jusqu'à ce qu'il lui décrive en détail toutes les attractions aquatiques dont disposait le centre. La mine renfrognée du brun ne l'incita pas à en rajouter et il préféra laisser le silence s'établir dans l'habitacle, seule la musique diffusée par l'autoradio restant audible.
Reportant son attention sur la route, il se fit la réflexion que Taka n'avait pas vraiment non plus l'air très en forme. Les cernes grises sous ses yeux, son teint encore plus pâle qu'à l'accoutumée et son regard rougi ne lui disait rien qui vaille. La semaine avait dû être éprouvante pour lui et son cœur s'alourdit à cette simple pensée. Il savait pour l'avoir constaté de lui-même que le "travail" du prostitué pouvait être parfois cauchemardesque.
Les pommettes saillantes étaient pourtant heureusement vierges de traces de bleus ce qui était déjà un semblant de soulagement si cela pouvait en être un. La culpabilité et le désarroi écrasèrent sa poitrine. Des bons repas et un break le temps d'un week-end ne changeaient en rien le quotidien sordide de Sasuke. C'était son meilleur ami et il aurait voulu pouvoir faire plus pour lui. Mais il sentait bien que son passager n'était pas prêt à envisager quoi que ce soit d'autre pour le moment.
Naruto savait qu'il marchait sur des œufs. Sasuke ne semblait pas se souvenir de sa vie d'avant malgré ses tentatives, et il ne voulait pas l'effrayer non plus et risquer de le perdre en devenant trop insistant ou envahissant. Mais en même temps, savoir que le reste de la semaine, pendant que lui était sur les bancs de la fac ou confortablement installé dans le luxe douillet de son appartement, son ami était sur le trottoir en train de vendre son corps, ça lui retournait l'estomac sans que pour autant il puisse y faire quoi que ce soit.
Mais il se promit pour la énième fois que ce n'était que temporaire. Il était bien décidé à trouver une solution à tout ça et à récupérer son meilleur ami, définitivement. Plus ils passaient du temps ensemble, et plus il rechignait à le ramener et à l'abandonner à son triste sort le Lundi matin. Ça lui coûtait de le laisser repartir vers son quotidien misérable. Sasuke ne méritait pas ça, il ne méritait pas cette vie là. Son désir de le sortir de ce tourbillon sordide était de plus en plus grand, mais c'était aussi le risque de le perdre s'il tentait quelque chose sans que le brun ne soit d'accord. Il se sentait impuissant face à cette situation, mais il était bien décidé à agir et à trouver une solution. Ce n'était qu'une question de temps...
Taka sortit de la voiture et observa son environnement pour les deux jours à venir. L'hôtel était composé de plusieurs bungalows en bois disséminés dans une végétation luxuriante. La réception et les boutiques de luxe se trouvaient dans un même bâtiment derrière lequel on devinait un grand toboggan vert. Il prit un air blasé et indifférent, cachant ainsi l'émerveillement qu'il ressentait face à un tel décor. Le groom les accompagna jusqu'à leur chambre, leur indiquant au passage les différentes activités possibles au sein de l'établissement.
Leur bungalow se constituait d'un salon ouvert sur une terrasse en bois qui courrait tout le long de la maisonnette, de deux chambres, d'une immense salle de bain et des fameuses toilettes intelligentes et péteuses de fleurs. Le mobilier sobre mais confortable s'accordait parfaitement avec l'ambiance un peu tropicale de l'endroit. Taka en fit rapidement le tour avant de se laisser choir sur l'un des lits, déclarant platement :
- Je prends celui-là.
Naruto hocha la tête en réponse à l'assertion qu'il entendit parfaitement et donna un pourboire à l'employé.
- Et demande à l'autre pingouin de ramener à bouffer. J'ai la dalle ! lança la voix grave du brun depuis la chambre.
D'un simple geste, le blond remercia le groom qui prit congé avant de se diriger vers la chambre où se trouvait Taka.
Il le trouva étalé sur le matelas, en train de fumer une clope. S'appuyant sur le chambranle de la porte, le blond demanda :
- Et qu'est-ce que tu veux manger ?
- Le truc le plus cher de la carte. Ça doit forcément être le meilleur, répliqua le jeune homme.
- Ok, je passe commande. Pendant ce temps, profites-en pour aller te doucher.
Taka grommela entre ses dents :
- Et voilà le retour du saletéhophobe... Pauvre saleté, avec lui elle n'a aucune chance de survie...
Juste avant de s'enfermer dans la salle de bain, le sacro-saint pyjama dans les bras, le brun lança d'une voix pleine de reproches :
- C'est lâche de s'attaquer à une petite chose sans défense, tu sais...
- Si c'est de toi que tu parles, je ne vois pas le rapport. Tu es loin d'être sans défense, répondit le blond d'un ton enjoué.
- Je parle de la saleté ! Crétin de blond ! rétorqua Taka en claquant la porte. Un jour, elle reviendra te hanter pour tes crimes !
Naruto leva les yeux au ciel à l'assertion dite sur un ton dramatique et à l'index sentencieux qui accompagna ces mots.
Mais il préférait encore que Taka le prenne comme ça. Il ne s'aventurerait pas à lui dire que c'était surtout parce qu'il sentait... le trottoir : les odeurs de pots d'échappements, de sexe, l'odeur frelatée des eaux de Cologne bon marché de ses clients... Oui, c'était aussi de la saleté... en un certain sens. Si ça avait été lui, il l'aurait probablement plongé dans un bain de Bétadine tout entier, juste histoire d'être sûr que rien de tout ça ne survive.
Il aurait bien aimé pouvoir n'être encore qu'un gamin et effacer tout ça d'un bon coup d'éponge magique, ou bien secouer tout simplement l'écran qui s'effacerait afin qu'il puisse y dessiner une nouvelle vie pour son meilleur ami, une vie où il n'aurait jamais eu à goûter à ce genre d'horreurs. Naruto soupira et se gratta l'arrière de la nuque avant de s'installer sur l'un des confortables canapés du salon. Il tira du tiroir de la table basse la carte du room-service et la parcourut rapidement tout en levant le téléphone, à la recherche du plat le plus cher mais pas que. Taka avait l'air d'avoir maigri, et ça il pourrait y remédier, au moins un peu, le temps d'un week-end.
Dans la cabine de douche, Taka se lavait ou du moins essayait. Parce que pour ça, il faudrait encore qu'il arrive à comprendre le fonctionnement de la douche. Et comme ces bourgeois stupides ne faisaient jamais rien comme tout le monde, ils avaient inventé plusieurs styles de douches. Et celle-ci ne correspondait à rien de ce qu'il connaissait. Pas de bague sous le bouton de démarrage, pas de manette spéciale, rien... rien à part le fameux bouton chromé qui déclenchait le jet d'eau... tiède, trop tiède pour lui. Et lui, il voulait une douche chaude, brûlante même.
Il sortit de la cabine, énervé, et entreprit de chercher le truc qui lui permettrait de régler la température de l'eau. Il trouva finalement un petit boîtier, ressemblant vaguement à une télécommande, et qui, quand il l'alluma, indiqua des degrés Celsius. A sa plus grande joie, il ne s'était pas trompé et pu bientôt se relaxer sous le jet d'eau brûlant et lumineux. Une douche télécommandée... Heureusement, c'était moins dangereux que leur jacuzzi démoniaque là. Ici, au moins, il ne risquait pas de se noyer.
Assis dans le canapé, Naruto zappa d'une chaîne de télévision à l'autre sans vraiment y prêter attention. Ses pensées ne cessaient de revenir vers celui qui monopolisait la salle de bain. Le repas était arrivé depuis de longues minutes déjà et Taka n'était toujours pas là. Il commençait à craindre que celui-ci ne se soit effondré, pour une raison ou pour une autre, sous la douche, mais il n'osait pas aller voir de lui-même.
Il ne craignait pas ce qu'il pourrait y surprendre, même si l'idée de voir Sasuke sniffer sa maudite poudre ne le tentait pas vraiment, mais il craignait par contre ses propres réactions. Le manque total de pudeur du brun l'avait souvent exposé au spectacle du corps plus ou moins dénudé du jeune homme. Et force était de constater qu'il n'était pas totalement insensible au charme de Taka. Il avait déjà pu le remarquer lors de leur premier week-end ensemble, et cela n'avait fait que s'accentuer au fil du temps.
Il n'était pas un saint, loin de là, et Sasuke, même un peu trop maigre et couvert de cicatrices et de piercings, était parfaitement désirable. Pensant que c'était peut-être dû à un manque d'activité sur ce plan là, il avait cumulé les conquêtes en semaine, espérant que cela calmerait sa libido pour le week-end. Mais, en vain. A chaque fois que Taka se promenait à moitié nu, dans le meilleur des cas, totalement nu devant lui, dans le pire; il ne pouvait s'empêcher de le détailler avec envie.
Il n'était pas question qu'il couche avec lui, c'était Sasuke... son meilleur ami, presque son frère. Même si son corps à lui n'était pas contre l'idée et même franchement plutôt partant pour une histoire de bête à deux dos que son esprit refusait catégoriquement d'envisager. Naruto luttait donc ardemment, même si Taka ne lui était, pour ainsi dire, d'aucun secours avec ses tendances exhibitionnistes. Mais cette bataille contre ses désirs charnels, il ne comptait pas la perdre.
Et puis, il voulait être spécial, pas l'un de ces mecs qui traitaient son ami comme une merde. Il voulait qu'il le voie différemment des autres. Qu'il le voie comme un ami, pas comme un client. Il savait bien que c'était un prostitué, mais, lui, ne le voyait pas comme ça. Il ne le verrait jamais comme ça. Un soupir désabusé lui échappa. Quand il pensait ainsi, il se faisait l'effet d'un utopiste comme ceux qui prônaient la paix dans le monde avec des grandes phrases sur la tolérance et le respect, et que personne n'écoutait jamais.
La porte de la salle de bain s'ouvrit et Taka en sortit, vêtu d'un pyjama en soie bleu nuit et des chaussons de l'hôtel. Le jeune homme s'assit à même le sol devant la table basse garnie et commença à inspecter le contenu des plats étalés devant lui. Dubitatif, il examina sous toutes les coutures un amalgame de billes noires à l'aspect visqueux.
- C'est quoi ça ? s'enquit-il, soupçonneux. C'est bouffable, ce truc ?
Naruto rit sous cape avant de renseigner le critique gastronome en herbe :
- C'est parfaitement mangeable, oui. C'est du caviar.
Taka haussa un sourcil avant de goûter du bout des lèvres le met suspect. Une moue rebutée plissa sa bouche et il avala péniblement.
- C'est infect. C'est cher ?
- Très cher, même, répondit le blond, toujours amusé par les expériences gustatives de son ami. C'est le plat le plus cher de la carte.
- Ben, c'est de l'arnaque. C'est dégueulasse cette merde. C'est quoi au juste ?
- Des œufs d'esturgeons, un poisson, précisa Naruto devant le coup d'œil interrogateur de son invité.
Circonspect, le jeune prostitué observa de plus près les billes noires. Des bébés poissons... Ça ? Des bébés poissons ?
- N'empêche que c'est dégueulasse, conclut-il en reportant son attention sur un autre plat à l'air beaucoup plus engageant.
- C'est quoi le programme du week-end alors ? s'enquit-il en se servant une part généreuse de pâtes agrémentées de trucs ressemblant à de très grosses crevettes, des gambas d'Afrique selon Naruto, accompagnées de vraies pâtes fraîches. Mais bon, pour lui des pâtes ça restait des pâtes, non ? Et puis pourquoi fraîches ? Parce qu'ils venaient juste d'ouvrir le paquet ? Ah, ces bourges...
Le blond lui tendit une brochure et lui répondit d'un ton amusé :
- Regarde par toi-même.
La brochure présentait les différents équipements du centre aquatique de l'hôtel. Si les bassins classiques n'intéressèrent nullement Taka, en revanche les grands toboggans le tentèrent beaucoup plus. Il eut quelques inquiétudes sur la rivière sauvage, inquiétudes que son client calma rapidement en lui assurant que ce n'était pas profond et qu'il ne risquait pas de s'y noyer. Il décréta que le hammam et le sauna seraient des passages obligés, y ayant goûté lors de l'un des précédents week-ends et ayant apprécié la chose, même s'il n'en avait pas compris l'intérêt. Au moins, dans ces lieux là, il faisait bien chaud.
Le repas fini, les deux jeunes se lancèrent dans un grand débat sur le film de la soirée, Naruto voulant voir un film d'action et Taka ayant promis à Suigetsu de regarder Le seigneur des anneaux pour lui raconter la fin qu'il n'avait jamais pu voir, ni lire.
- Non, c'est trop long et il y en a trois. En plus, je suis sûr que ça va pas te plaire, une histoire d'elfes et de hobbits... c'est pas pour toi, rétorqua le blond à la demande du prostitué.
- C'est pas pour moi, c'est pour Tsu. Il a jamais vu la fin, et je lui ai promis que je lui raconterais, plaida abruptement Taka.
- Tsu ? s'étonna Naruto, n'ayant jamais jusqu'à présent entendu parler de ce Tsu.
- Mon coloc, expliqua le brun. Il a vu les deux premiers, mais pas le dernier. On peut juste regarder le dernier si tu veux pas voir les autres.
Bien qu'il le cachât, Naruto fut touché de voir que Sasuke se préoccupait de ceux qui lui étaient proches, et certainement dans la même misère que lui. Il l'avait déjà constaté lors d'un après-midi shopping où le brun avait voulu acheter un ballon pour les gosses de son quartier. Il n'avait pu s'empêcher de se souvenir du ballon de fortune avec lequel les mômes du bidonville où il s'était perdu jouaient, et ça avait été avec joie qu'il avait payé des accessoires sportifs pour eux, refusant que Taka prenne cet achat sur sa maigre cagnotte.
Il avait aussi parfaitement conscience que le brun dévalisait, littéralement, les suites à la fin de chaque week-end, embarquant avec lui tous les échantillons de la salle de bain et le contenu du mini-bar. Il l'avait même surpris plus d'une fois en train de glisser dans ses sacs les plaids, les coussins, les serviettes de bain et les peignoirs. Il n'avait jamais osé lui demander ce qu'il en faisait, mais l'avait entendu marmonner une fois que ça fera plaisir à Guren et son bébé.
Depuis, il n'hésitait pas à commander plein de choses diverses et variées, et à couvrir son ami de cadeaux, touché par le bon cœur de ce dernier. Un détail lui fit soudain froncer les sourcils :
- Tsu ? Il ressemble à quoi ?
Surpris par la question, Taka le dévisagea un instant avant de répondre :
- Brun, les cheveux courts, tout petit... Il m'arrive à peine au menton.
Oui, c'était un mensonge. Mais Taka se souvenait que Naruto et Suigetsu s'étaient déjà croisés dans le bidonville, et le physique particulier de son colocataire le rendait trop facilement identifiable. Il ne tenait pas particulièrement à ce que son client sache où il vivait. Naruto haussa les épaules, la description ne correspondant pas du tout à celle du jeune homme qui l'avait guidé dans le bidonville, puis soupira avant de capituler :
- Ok, pour Le seigneur des anneaux. On regarde le premier ce soir, et les deux autres demain. Ça te va ?
Taka hocha la tête et s'installa confortablement sur son lit, tous deux ayant décidé d'un commun accord de regarder le film dans l'une des chambres, celle de Taka en l'occurrence. Adossé contre les oreillers, un saladier plein de bonbons sur les genoux, le jeune homme se plongea dans l'histoire rocambolesque d'un groupe de personnes d'espèces différentes pour sauver le monde d'un anneau démoniaque.
Étendu à ses côtés, Naruto regardait le film sans y porter grand intérêt. Il l'avait tellement vu qu'il le connaissait par cœur. Il préféra observer son voisin et les expressions qui traversaient fugacement le visage aux traits fins et altiers. Sans vraiment s'en rendre compte, il sombra peu à peu dans le sommeil. Il avait eu une semaine longue et difficile, les profs les submergeant de devoirs auxquels il avait consacré une grande partie de ses nuits pour être libre ce week-end.
Il fut tiré de son somme réparateur par un poids sur son bassin, poids inhabituel et dérangeant. Naruto ouvrit péniblement un œil tout en cherchant la source de cet inconfort. Un peu surpris, il vit que ce n'était rien moins que Sasuke lui-même, assis à califourchon sur lui qui le fixait d'un regard pénétrant. Naruto leva une main pour se frotter les yeux, encore ensommeillé.
- Qu'est-ce qu'il y a, Sasuke ? Le film est fini ? s'enquit-il d'une voix pâteuse.
To be continued...
Commentaires des auteures :
Bon, celui-là il était pas tout à fait prévu dans notre squelette, il s'est un peu invité. Mais bon... Plus c'est long, euh... plus c'est bon ? Et puis, Lili voulait faire sa scène avec Suigetsu alors Yzan a été magnanime (elle a cédé quand Lili lui a dit qu'elle pourrait avoir sa scène avec Kyuubi...). Elle a beaucoup bossé Lili sur ce chapitre (qui équivaut à une petite flèche dans la trame. Hum... espérons que toutes les flèches ne seront pas aussi longues...). Non, parce qu'à ce rythme, vu la taille d'une certaine scène dans le squelette, elle risque de faire pas moins de trois chapitres...
Nous vous rappelons que les risques d'attraper une maladie sexuellement transmissible sont les mêmes lors d'un rapport bucco-génital non protégé que lors d'un rapport "classique". Taka ne dit ça que pour se faire plus de fric, c'est tout ! Alors soyez prudent et sortez couverts (et on ne parle pas de prendre un parapluie et un imperméable quand il pleut…).
Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :
Taka, à genoux au sol devant Naru allongé sur le dos, écoute religieusement ce que lui expliquent les frères Uchiwa :
- Quand quelqu'un fait un arrêt cardiaque, il faut masser... comme ça, explique Ita joignant le geste à la parole.
- Et il faut lui faire la respiration artificielle... comme ça, rajoute Sasu avant de poser sa bouche sur celle de Naru.
Taka hoche la tête et imite les gestes des deux frangins. Au moment où il se penche pour faire du bouche à bouche à Naru, il se fait violemment éjecter par Sasu :
- Non mais ça va bien oui ! Déjà que tu touches à MON Naru dans cette fic, tu crois quand même pas que je vais te laisser le toucher pour de vrai !
- Mais, c'est pour le sauver...
- Rien à foutre ! Il m'a MOI ! Personne le touche !
Akira, observant la scène du coin de l'oeil, se penche vers les deux auteures derrière leurs ordis en surchauffe :
- Dites, et moi dans tout ça ?
- Toi ? Ben t'es là ! rétorque fièrement Lili en désignant une petite flèche sur le squelette, suivie de : "A... Blablabla... à développer..." .
- T'es sûre ? On avait pas dit plutôt ici ? reprend Yzan d'un air dubitatif en pointant un autre endroit annoté : "A qui… etc. etc. à compléter… peut-être avec… ou … bref, à voir. "
Soupirant de désespoir, Ita se tourne vers les lecteurs et dit :
- Bon, si jamais vous croisez un Naru inconscient sur le bord de la route, laissez-le crever si vous tenez à la vie. Sinon vous pouvez aussi reviewer pour que Sasu récupère son Naru chéri…et priez pour qu'elles réussissent à combler les trous de leur squelette !
Yzan s'insurge de loin :
- Quoi ! Il est très bien notre squelette ! Et puis méfie toi Ita, si tu nous cherche, le prochain coup, le Rottweiler ce sera toi !
- Ou pire encore… ricane Lili tout en se frottant les mains… Dis, Yzan… T'as pas une fic ou deux à finir avec Ita par hasard ?
Yzan marmonne dans son coin avant de replonger avec son acolyte dans l'écriture intensive.
Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 11 : Qui que tu sois.
Les désirs de Naruto le tourmente et Taka est bien décidé à prouver qui il est. Les nouvelles résolutions de Taka suffiront-elles à mettre fin à ce rêve doré mais douloureux ?
