Bon, comme j'étais en retard la semaine dernière, je me fais pardonner en mettant plus long que prévu : j'ai fusionné deux chapitres. Pour ceux ayant vu la série, je sais qu'il y a des différences dans les lieux, et pour une raison simple : l'épisode qui les décrit n'était pas sorti quand j'ai écrit la fic. Ca reste des différences mineures, alors bonne lecture à tous et à dimanche prochain. Encore merci à ceux qui me laissent des reviews !


Il mit près de deux mois à se préparer pour son escapade. Les potions de furtivité était en général longues à brasser et il en avait prévu trois – une pour supprimer son odeur, une pour sa masse qui empêchait notamment qu'il ne laisse des traces de pieds, et une de destruction de tous les éléments corporels qu'il laissait derrière lui. Les sorciers l'avaient jugée inutile lorsque Severus Rogue avait publié la recette.

En tant qu'assassin travaillant contre des gens qui aimaient recourir aux bases de données contenant les ADN de tous les criminels, il avait été littéralement ravi.

Un sourire naquit sur les lèvres à la pensée du maître de potions. Il avait mit près de huit mois à lui écrire sa première lettre, ayant souvent pesé le pour et le contre – et surtout il avait attendu de savoir écrire correctement, n'ayant jamais pu apprendre tant qu'il était chez les Dursley. Il s'était tout bêtement fait passer pour son fils, avait traité ses professeurs actuels de "relativement compétents" et avait parlé de quelques voyages avec eux. Bref, il avait noyé l'essentiel de son message dans des descriptions de cours inutiles de gamins de son âge.

La réponse était arrivée quelques semaines plus tard, maniant le sarcasme de main de maître, et ils avaient entamé une longue correspondance. Severus Rogue était revenu le voir tous les étés et c'était lui plus que Aesclepios qui lui avait enseigné l'art des potions. Non pas que le centaure ne sache pas les préparer, au contraire, il était un excellent potionniste, mais il avait simplement décidé d'axer son apprentissage sur d'autres points.

Le goût immodéré de Al'Najin pour les potions permettant de dissimuler son identité venait d'ailleurs directement de lui. Les potions ne laissaient pas de traces, que ce soit magique ou physique, et il n'était pas assez sot pour négliger l'avantage qu'elles pouvaient lui apporter. Il avait vite compris qu'il ne serait probablement jamais un maître de potions comme Severus Rogue, notamment par manque d'intérêt pour la recherche et la découverte dans le sujet, mais il savait néanmoins en apprécier l'utilité.

Finalement il s'estima prêt et s'équipa attentivement avant de se mettre en voyage. Sa seule aide de la Ligue serait le bateau qui passerait à plus de huit heures de nage de Lian Yu. Bien trop loin pour paraître suspect, d'autant plus qu'il ne s'agirait que d'un bateau de pêcheurs. Aucun des chinois ne dit d'ailleurs un seul mot lorsque leur silhouette masquée se laissa glisser par-dessus la rambarde, droit dans l'eau glacée de la mer du Nord.

Al'Najin avait déjà en main le premier de ses outils : une Branchiflore. Il en avait quatre dans ses poches et, considérant que sa vitesse de nage était très largement augmentée lorsqu'il l'utilisait, cela en faisait déjà une de plus que ce qui était nécessaire pour atteindre sa destination. Ce fut effectivement sans encombre, nageant plus proche du fond que de la surface pour éviter la houle, qu'il y parvint, abordant l'île par sa face Est – celle aux courants les plus tumultueux et dangereux, et en conséquence la moins surveillée. Il ne tarda pas à se fondre dans la forêt. Il ne s'approcherait pas plus du bunker avant de s'être séché et reposé, et surtout avant qu'il ne fasse nuit noire.

Il n'y avait presque pas de luminosité lorsqu'il rejoignit le bunker. La lune était certes levée, mais elle disparaissait sous les épais nuages fréquents dans cette région. Il ne tarderait probablement pas à pleuvoir et Al'Najin s'avança dès que la pluie se mit à tomber bien dru. En dehors de ses potions, la seule magie sur lui était un sortilège de désillusion. Fatiguant à tenir, mais dans de telles conditions de luminosité, aussi efficace qu'une invisibilité totale. Il colla ensuite attentivement son oreille à la porte du bunker, fermant les yeux.

Al'Sahfer l'avait averti que, si les gardes du dessous entendaient ou voyaient le moindre problème pour ceux du dessus, ils s'enfermeraient. Bien sûr, il pouvait forcer le passage, mais cela ne l'arrangerait pas. Par contre, il savait qu'ils échangeraient leur place assez fréquemment, et surtout qu'ils étaient humains et qu'il n'y avait pas de toilettes dans ce bunker. Autant le trou dans la terre était suffisant pour le prisonnier, autant les gardes en profitaient régulièrement pour sortir, fumer une cigarette, ce genre de choses.

Cela ne manqua pas et il n'attendit même pas cinq minutes avant que la porte ne s'ouvre. Profitant de sa petite taille, Al'Najin se glissa dans l'entrebâillement qui se refermait et fila se réfugier dans un coin, restant parfaitement immobile et silencieux. Il était presque impossible de voir à travers un sortilège de désillusion tant que son utilisateur ne bougeait pas et le jeune assassin s'y employa donc. Même sa respiration était imperceptible.

L'attente fut bien plus longue pour la seconde fois. Au plus tard, le puits s'ouvrirait à cinq heures du matin, pour le relais matinal. Il resta immobile presque trois heures avant que la cloche métallique ne se soulève enfin et plongea lentement sa main dans sa tunique, en ressortant une grenade. Une grenade du même modèle que celles dans le meuble à côté de lui. Les hommes discutaient et plaisantaient et il tendit lentement la main, ouvrant le tiroir du meuble avant de lancer sa propre grenade.

Il y eut un poc caractéristique alors qu'elle tombait au sol et roulait vers les hommes et une réaction unanime.

"Grenade !" cria le premier alors que tous se reculaient d'un bond, armes sorties. "Verrouillez en bas !"

Une seconde d'inattention, et à peine un courant d'air perceptible alors que l'assassin sautait dans le trou. Un instant après, la trappe de métal se refermait au-dessus de sa tête et une lourde barre magnétique se mettait en place. Al'Najin était déjà retombé silencieusement au pied de l'échelle et s'avança prudemment. Il ne restait plus que deux hommes en face des écrans et ils avaient leurs mains sur leurs armes.

"Fausse alerte" grésilla néanmoins la radio. "Désolé, les gars. Le tiroir s'est ouvert et une grenade a roulé, elle ne s'est pas dégoupillée."

"C'est malin !" se plaignit un de ceux en bas. "Ben va attendre sous la pluie, ça te refroidira les idées. Toutes façons on peut pas déverrouiller avant dix minutes."

"Ouais, ouais, c'est bon" grommela celui du haut dans la radio. "Appelez la centrale pour dire que c'était une fausse alerte, je vais m'en griller une."

Al'Najin attendit calmement qu'ils n'aient passé l'appel en question, puis se faufila encore plus en avant, dans leur dos, avant de sortir sa baguette fournie par Aesclepios et de la faire tourner un instant entre ses doigts. Il était temps que la foudre ne frappe leur accumulateur, n'est-ce pas ? Un instant après, le générateur principal grillait et il descendit jusqu'aux cellules, lançant de rapides sorts d'offuscation sur les caméras qui se trouvaient là. Elles se réactiveraient bien, mais avec une image floue, brouillée.

Bientôt la lueur blafarde du générateur de secours se répandit dans la pièce mais il était déjà devant la cellule qui l'intéressait.

"Bonjour, Mr Wilson" fit-il d'une voix bien plus grave que cella de son âge, annulant le sort de désillusion pour une illusion simple qui faisait paraître sa silhouette plus grande que ce qu'elle n'était. "Navré de vous réveiller mais j'ai une proposition à vous faire."

La silhouette vêtue de son uniforme de prisonnier sale se leva, se rapprochant de la grille. Al'Najin frémit malgré lui en le voyant. Hirsute, le plus notable était cependant son œil manquant – une orbite vide et effrayante. Son autre œil était empli de folie, d'une rage et d'une haine sans limites, et il comprit les paroles de Ra's al'Ghul.

"Je ne dormais pas" fit-il d'une voix effroyablement rauque, s'agrippant nonchalamment à sa grille. "J'écoute."

Al'Najin eut un sourire sans joie.

"Il semblerait que j'éprouve quelques difficultés à contenir ma colère et ma haine dans un combat acharné, et il semblerait que vous éprouviez quelques difficultés à vous contrôler en dehors de ceux-ci. Un échange pourrait nous être très profitables à tous les deux."

Une expression surprise apparut sur le visage de l'homme, puis un rictus.

"Montre-moi tes yeux."

Al'Najin s'exécuta, basculant sa capuche en arrière juste assez pour montrer son regard, le vrillant dans l'œil unique du prisonnier d'une couleur gris bleutée assez polaire pour tuer quelqu'un sur place. Pourtant il ne baissa pas les yeux, le fixant en face avec la même rage, laissant voir cette colère qui l'habitait.

"Marché accepté" fit Wilson de sa voix rauque. "Si tu trouves un moyen de sortir de ce bunker dans lequel tu t'es toi-même fait enfermer, bien sûr."

Au même moment, un pas de course se fit entendre et la porte s'ouvrit à la volée. Al'Najin tourna la tête, ennuyé – si le garde s'était retenu vingt secondes de plus, il aurait pu vivre. Ce fut d'un geste nonchalant qu'il sortit le revolver à sa ceinture et tira un unique coup, sans même prendre la peine de réellement regarder ce qu'il faisait, avant de le ranger directement, ne vérifiant même pas que sa victime était morte.

"Cela durera jusqu'à ce que nous ayons chacun maîtrisé l'aspect que nous recherchons" fit-il en levant sa main, paume vers le haut, vers l'homme emprisonné. "Ensuite vous pourrez partir, ce que vous allez faire de votre vie ne m'intéresse pas."

"Entendu" acquiesça l'homme.

"Oh, et… je déteste que l'on tente de me doubler."

Le même rictus effrayant lui répondit.

"Moi aussi, gamin" grogna l'homme. "Moi aussi, et je te descendrai si tu essaies."

"Je vois que nous sommes clairs sur les termes de notre arrangement. Prenez ma main."

Sans plus hésiter, l'homme s'exécuta, la serrant lentement avant de sentir l'anneau dedans. C'étaient deux boucles liées en réalité et il en prit une des deux sur un signe de tête de la silhouette. Al'Najin tourna son poignet, verrouillant les deux anneaux ensemble, et le Portoloin s'enclencha aussitôt, les aspirant dans un tourbillon de couleurs.

Slade Wilson n'eut aucun mal à se rétablir lorsqu'ils se rematérialisèrent, ne montrant rien du choc qu'il avait dû ressentir à être téléporté aussi brutalement. Non, il était retombé sur ses deux pieds et épousseta son uniforme jaune de prisonnier après avoir relâché l'anneau. Al'Najin n'était cependant pas dupe – son regard avait fait le tour de la pièce, notant entrées et sorties, vérifiant s'il y avait d'autres gens qu'eux. Ce n'était qu'une confirmation de plus du danger qu'était le mercenaire et il agita ses doigts, laissant tomber l'illusion de sa taille avant de basculer sa capuche en arrière.

"N'essayez même pas de me dire que je suis trop jeune" fit-il de sa voix normale, le fixant dans les yeux.

Un ricanement lui répondit puis Wilson fondit en avant et il esquiva tout aussi vite. Son poing percuta le mur, en faisant voler des éclats, mais il s'était déjà retourné d'un bond puissant, sa jambe vers lui. Al'Najin esquiva d'une roulade avant de répliquer. Il avait des dagues, bien sûr, mais ce n'était clairement pas le but du mercenaire et il ne les tira donc pas. Leur combat augmenta bientôt d'un cran et il sentit sa magie s'agiter, la refrénant pourtant encore pour se concentrer sur le combat.

Il tint presque cinq minutes en affrontant avec acharnement son ennemi de jour. Slade Wilson était réellement un psychopathe : il se fichait totalement d'avoir un gamin de dix ans sous les yeux et l'aurait tué s'il n'y prêtait pas attention. Finalement il y eut un craquement, une étincelle, et la foudre jaillit soudain dans un grondement, le frappant au bras. Il s'arrêta, levant un sourcil en regardant l'éclair maintenu contre lui, brûlant sa chaire.

"Joli tour" fit-il de sa voix rauque.

Un instant après, son pied le frappa en plein estomac et l'envoya contre le mur. Al'Najin s'effondra, sonné pendant quelques secondes.

"Pas assez cependant" nota d'ailleurs le mercenaire.

Al'Najin toussa doucement, se redressant pour s'asseoir contre le mur. Aucun de ses entraînements n'avait été si violent. Wilson aurait pu le tuer à chaque instant et son dernier coup aurait probablement tué un homme ordinaire. Sa magie avait amorti le choc cependant. L'homme ne lui prêtait pas la moindre attention, examinant son bras brûlé.

"Pas mauvais, pour un gamin" rajouta-t-il finalement. "Assez pour tuer n'importe qui qui ne s'y attend pas."

"Je ne le contrôle pas" fit Al'Najin entre ses dents. "Après cinq minutes je perds toute mesure et ça sort sans que je sois foutu de le contrôler. Je pensais qu'après l'avoir maîtrisé tous les jours ça ne poserait pas de problèmes en combat."

"Hm" fit le borgne, frottant le brûlé de son bras pour le faire tomber au sol sans se soucier de la chaire à vif en-dessous. "Ce n'est pas comme ça que ça marche. Comment tu l'as contrôlé tous les jours ?"

"Occlumencie" répondit Al'Najin sans hésiter. "J'ai mis trois ans mais c'est presque impossible à faire pour un enfant, vous devriez y parvenir plus vite. L'occlumencie permet de rendre son esprit impénétrable et de contrôler chaque pensée. La colère y coule et l'alimente mais ne les contrôle pas, elle est maîtrisée comme le reste."

"Apprends-moi ça."

Al'Najin se releva, essuyant son menton sur lequel du sang avait coulé.

"Demain. J'ai mis deux jours à m'infiltrer dans votre prison et un Portoloin qui déplace sur plus de six mille kilomètres est épuisant à créer."

"Bien" accepta-t-il avec amusement.

"Je vous déconseille d'entrer dans ma chambre" fit laconiquement le jeune assassin en sortant. "Mes protections sont actives à un niveau proche de leur maximum quand je dors. Vous êtes actuellement en Russie. Bonne soirée."

"Bonne nuit" répondit le mercenaire, tout aussi amusé. "La maison est sécurisée ?"

"Autant que faire se peut et nous sommes les seuls présents."

Slade Wilson monta près de trois heures après à l'étage, silencieux comme une ombre. Il ouvrit la porte de la chambre du garçon qui n'était même pas verrouillée et son œil se plissa. Une aura bleutée parcourait la pièce, émanant du lit où le garçon dormait. Elle passait dans toute la chambre, le long des murs, ondoyant sur le plancher. Il ne savait pas quel genre de protection c'était mais… ses doigts se tendirent, frôlant le voile bleu.

La réaction fut immédiate et seul son entraînement empêcha un grognement de douleur de lui échapper. La décharge pouvait être mortelle pour un être humain, probablement à quelques milliers de volts. Il hésita un instant à lancer un couteau pour voir le résultat, puis décida que cela n'en valait pas la peine.

Il était libre et avait une faible chance de retrouver sa santé d'esprit, c'était assez pour qu'il ne fiche la paix au garçon pour le moment.

A la place, il visita le reste de la maison, puis s'attarda longuement dans la salle de bain, se lavant et se rasant enfin avant de rejoindre une autre chambre. Des vêtements masculins s'y trouvaient et il la choisit donc comme la sienne, se couchant à son tour pour terminer sa nuit. Son esprit récapitulait déjà toutes ses observations – le gosse n'était définitivement pas ordinaire. Il semblait faire une sorte de magie, chose intéressante s'il en était. Un entraînement avec lui lui permettrait sûrement d'en apprendre beaucoup sur cette puissance. Et puis il était libre sans avoir eu à prendre la peine de s'évader.

Un sourire froidement ironique naquit sur ses lèvres. Certaines personnes devaient paniquer à sa disparition et cela l'amusait au plus haut point.

Lorsque Al'Najin se leva le lendemain, un petit-déjeuner était déjà préparé dans la cuisine. Le borgne y était, lisant un journal en russe sans sembler éprouver de difficultés. Il s'était rasé en dehors d'un bouc proprement taillé et cela le rajeunissait sans pour autant le faire paraître moins dangereux. Un patch recouvrait également son œil manquant et il était vêtu d'un pantalon de combat et d'un t-shirt proche du corps.

"B'jour" marmonna l'assassin en se servant dans la cafetière.

"'lut, gamin" grogna l'autre en réponse.

Le petit-déjeuner se déroula dans un silence absolu, puis Al'Najin s'installa en tailleurs.

"Est-ce que vous savez méditer ?"

"La patience n'est pas mon fort."

"Ça va le devenir. C'est la base de l'occlumencie. Prenez une position confortable. Pas d'équilibre. Je vais vous guider la première fois, c'est une forme d'hypnotisme mais un peu plus efficace que des recettes de grand-mère."

Un sourcil levé lui répondit mais il s'exécuta néanmoins. Al'Najin ferma les yeux, sentant la présence dans la même pièce que lui. Bien plus dangereuse que lui, Wilson pourrait probablement le tuer sans difficultés s'il s'y mettait sérieusement.

"Legilimens" murmura-t-il néanmoins.

Il manqua de se heurter à un mur de rage mais son art, même si balbutiant, était assez formé pour passer ceci.

"Ne luttez pas" indiqua-t-il de sa voix calme "je ne vais pas aller voir vos souvenirs. Fermez les yeux et respirez calmement."

L'homme se détendit une fraction de seconde et cela lui suffit à pénétrer ses faibles défenses. La colère pouvait paraître être une bonne arme face à la légilimencie, et rebutait la plupart des gens, mais elle laissait en réalité de nombreuses brèches. Le chaos n'était pas une bonne réponse à une invasion mentale.

"Là" fit Al'Najin directement dans sa tête. "Ceci est votre esprit. Il est terriblement chaotique et votre colère détruit vos propres pensées, empêchant de construire des raisonnements sur la durée et privilégiant les impulsions. C'est plus ou moins ce que j'ai vu la première fois que je suis allé dans le mien."

"Et comment est le tien ?" demanda sarcastiquement l'homme.

Al'Najin abaissa lentement ses défenses, puis l'invita en avant. Pas assez pour se sentir menacé.

Son esprit était parfaitement ordonné. La colère coulait dans les canaux destinés à cet effet, nullement refoulée, mais ses pensées étaient libres, sa mémoire aisée d'accès pour lui-même et derrière un flot de haine pour les autres. Ses émotions étaient contrôlées, maîtrisées, et il pouvait les dompter et s'en servir avec une facilité surnaturelle. C'était le fruit de quatre ans de travail quotidien sur ses propres pensées mais il était plutôt satisfait du résultat.

Slade Wilson observa un long moment, ne tentant pas de s'approcher plus que ce à quoi le garçon l'avait autorisé. C'était plus ou moins à ça qu'il devait ressembler avant l'injection du Mirakuru. Quand il avait été sain d'esprit, calme et posé mais capable de faire rejaillir sa force en un instant. Comme ces espèces de canalisations prêtes à déborder et à inonder l'ensemble sans effort. Finalement il se retira et la langue du garçon claqua, les ramenant à la réalité.

"Le travail est difficile" remarqua-t-il "et il demande de l'entraînement quotidien."

"L'art du combat aussi" répliqua l'aîné.

"Mental le matin, physique l'après-midi ?"

Un hochement de tête lui répondit et le garçon lui expliqua longuement les manières d'aboutir à ce résultat. Il haïssait la méditation. Viscéralement. Mais c'était peut-être précisément cette haine qui l'avait empêché de prendre le dessus sur le Mirakuru. Et, puisque le garçon était honnête dans sa part du contrat et lui apprenait sincèrement, lui aussi lui enseignerait réellement en retour. Bon, ce serait un peu brutal, mais on n'apprenait pas à se battre avec une arme de bois. Leur bref duel de la veille lui avait permis de savoir exactement pourquoi il n'arrivait à rien.

La matinée lui parut horriblement longue mais il se força en silence. Il tenait réellement à retrouver ses capacités de raisonnement, après tout, et le gamin était plutôt bon pour expliquer ce genre de choses. Il n'aurait jamais cru qu'on pouvait rentrer dans son esprit comme ça pour y travailler directement, mais si ça marchait…

Ils mangèrent en silence leur repas de midi, léger, puis se déplacèrent vers la salle d'entraînement en sous-sol. Plusieurs armes se trouvaient sur les murs, d'entraînement pour la plupart, et il renifla.

"Quelle est ton arme de choix, gamin ?" demanda-t-il. "Ou tu n'en as pas encore ?"

"Je n'ai jamais dépassé le stade du bâton" admit le gamin.

"Stupide."

D'un mouvement, il fit sauter deux épées, une dans chaque main, et les fit brièvement siffler pour estimer leur équilibre. C'étaient de bonnes lames, solides et résistantes, aucun doute là-dessus. Son pouce passa sur la tranche de l'une d'entre elles. Pas parfaitement affûtée, mais ce n'était pas trop mauvais.

"Le bâton est bon pour les débutants qui ne veulent pas blesser leur partenaire" fit-il de sa voix rauque. "Tu veux savoir pourquoi tu n'arrivais à rien ? J'ai le Mirakuru. Tu as ce truc."

"Magie" fit le garçon à mi-voix.

"Magie" accepta-t-il. "Elle est en toi. Elle est alimentée et alimente ta rage du combat. Tu as eu un maître, n'est-ce pas ?"

"Oui."

"Et tu as tenté de l'imiter" devina-t-il en lui lançant l'épée. "Tu as tenté d'apprendre la grâce de ses mouvements, parce que cet homme était fort. Peut-être t'a-t-il mis en face d'un autre apprenti. Une erreur, à mon sens. En garde."

Une demi-seconde après, il fentait. Le gamin se recula d'un bond mais il avait déjà réattaqué et le plat de sa lame frappa son bras avec un choc sourd, lui faisant lâcher l'arme. Il eut cependant le réflexe de la rattraper de son autre main, se remettant en garde. Bien. Ambidextre. Bon point pour lui.

"Les armes sont faites pour tuer" énonça-t-il en s'avançant à nouveau. "L'épée est une bonne arme pour débuter parce qu'elle permet attaque et parade et elle a des similarités avec beaucoup d'autres armes. Peut-être n'est-ce pas ton arme de prédilection, mais peu importe. Tu apprendras avec une épée."

A nouveau, il fondit en avant. Le garçon tint beaucoup mieux le choc et se risqua même à répliquer. Pourtant il le désarma à nouveau.

"Non" grogna-t-il. "Tu n'attaques pas pour tuer. Ta rage est en toi, gamin. La fureur du combat. Tu ne peux pas la repousser. Tu ne peux pas l'empêcher de circuler dans tes veines, ou alors cela te ralentira et tu perdras le contrôle."

"Je ne veux pas lâcher toute ma force sur le premier péquenot inutile qui passe" aboya le gamin.

"Et là est ton erreur" renifla-t-il. "Pour apprendre à mesurer tes coups, tu dois connaître tes limites exactes. Pour apprendre à te retenir de frapper, tu dois savoir frapper avec toute ta force. Après seulement tu pourras te modérer et contrôler la rage et l'adrénaline."

"Je pourrai vous…"

Un sourire cruel lui répondit, accompagné d'un rire froid.

"Montre-moi, gamin" défia le mercenaire. "Montre-moi comment tu veux tenter de me tuer."

Vif comme l'éclair, il fondit en avant. Sa lame frappa une première fois le bras, puis le ventre, avant qu'il ne s'arrête, la pointe sur sa gorge.

"Parce que tu es ridiculement faible. Je peux sentir cette force en toi, celle qui a lâché un éclair, et tu n'es pas foutu de l'employer une seconde. Oublie ta technique. Frappe comme si tu voulais me tuer. Utilise ton cerveau, oui, tout ce que tu sais de ta force, mais ne t'impose aucune limite."

La passe d'armes suivante fut nettement plus intéressante. Sa capacité semblait permettre au gamin d'amplifier sa vitesse, mais pas assez pour le battre.

"Tu ne te lâches pas" remarqua-t-il après l'avoir jeté une nouvelle fois à terre. "Bien, si tu ne comprends pas les mots…"

Al'Najin leva un sourcil, mais le mercenaire était déjà sur lui. Et, à l'éclat dans son regard, il comprit en une fraction de seconde. Cette fois, il n'attaquait pas pour s'entraîner. Il était en train d'essayer de le tuer.

Le premier coup fit d'ailleurs voler des mèches de cheveux. Al'Najin ne paniqua pas, mais sentit la peur monter brièvement en lui. Ra's al'Ghul lui-même avait dit que Slade Wilson était l'un des êtres les plus forts de la planète, et il tentait de le tuer. Il ne retenait pas ses coups, vifs et précis, ne visant plus que des points vitaux. Reprenant son calme, il tenta les premières choses qu'il avait apprises, les parades, les bottes. Inutile.

Toutes ses connaissances étaient inutiles, déplacées face au mercenaire. Celui-ci jouait avec lui comme un chat jouerait avec une souris, le forçant dans des positions désavantageuses, ne le laissait croire qu'il s'échappait que pour le prendre à contrepied. Sa magie s'agita furieusement et il s'arrêta soudain une seconde.

Le froid de l'acier venait de mordre son épaule. Wilson l'avait épinglé au mur, la lame plantée dans son épaule droite, et il la regarda dans les yeux. Seul un amusement glacial lui répondit et il retira la lame avec un bruit de succion.

"La prochaine sera dans ton ventre" avertit-il de sa voix calme et frémissante de mort.

"Et à propos de votre esprit ?" demanda Al'Najin d'une voix basse.

Il savait qu'il le ferait et que c'était un argument pitoyable. Il l'éviscérerait sans la moindre arrière-pensée, en se fichant totalement qu'il soit un enfant de dix ans ou qu'il ne fasse partie de la Ligue des Assassins. La Ligue ne le sauverait pas plus qu'elle ne le vengerait.

"Tu es plutôt un bon professeur" fit dédaigneusement le mercenaire "mais maintenant que j'ai le nom de cette technique, je saurai en trouver un autre."

L'épée frappa là où se trouvait son ventre une seconde après mais Al'Najin avait disparu avec un craquement sec, transplanant dans son dos avant de frapper. Il avait visé son angle mort, là où le mercenaire ne pouvait voir à cause de son œil manquant, mais pourtant il s'était retourné et sa botte l'avait frappé en plein ventre, l'envoyant voler quatre mètres en arrière. Il lui fallut moins d'une seconde pour l'atteindre et Al'Najin crut que sa dernière seconde était arrivée. Le coup était destiné à tuer. Il ne pourrait pas l'éviter.

Ses lèvres s'ouvrirent mais il n'aurait pas le temps de prononcer une incantation. Alors il lâcha prise, laissant la magie envahir ses veines avec un grondement sourd. Il n'allait pas mourir sur le sol de la cave d'une cahute en Russie. Il avait encore bien trop de choses à faire. La magie se solidifia devant lui, stoppant la pointe de métal au moment où elle mordait son ventre. La plaie résultante était profonde de moins d'un centimètre mais Al'Najin avait déjà répliqué d'une puissante onde de magie. Un claquement de doigts fit revenir sa propre épée dans sa main et il posa sa main libre sur son épaule.

Avec un flamboiement blanc, sa chaire se reconstitua, se refermant. Il sentait sa magie bouillonner en lui, libre, sauvage, refusant de se laisser tuer, et son regard se posa sur son adversaire avant qu'il ne passe à l'assaut. Il feinta à droite pour frapper à gauche, son bras fort, mais son professeur para avant de répliquer. Son bras soutint le choc des épées, chose qui aurait dû être impossible vu leur différence de force et de taille, mais la magie l'alimentait. Slade Wilson avait maintenant une lueur d'intérêt dans son œil et se remit à attaquer vicieusement, puissamment.

Pour faire face à une ardeur et un talent surpassés par rapport au précédent quart d'heure. Le gamin n'avait pas de technique, ne savait pas se servir de ses capacités, mais il était définitivement fort et surtout très rapide. Il le poussa sans pitié dans ses retranchements pendant plus de trois heures, le forçant à exsuder cette colère qui alimentait ses gestes, le poussant à se battre pour survivre. Le gamin n'abandonnait pas, luttait furieusement, frappant lui aussi pour tuer. Avec quelques années de plus et une bonne maîtrise de son pouvoir, le mercenaire aurait eu à sérieusement s'inquiéter, mais ce n'était pas le cas pour le moment.

Et il le lui fit d'ailleurs savoir lorsqu'il mit fin à leur entraînement, le désarmant une dernière fois avant de le plaquer au sol, son genou entre ses reins et sa lame pressée contre sa gorge.

"Bien" fit-il de sa voix rauque. "Etait-ce si difficile ?"

"Je ne contrôlais rien" siffla le garçon.

Son aura rentrait lentement en comprenant que le combat était terminé.

"Non" approuva Deathstroke. "Tu ne contrôlais rien, frappait comme un âne sans savoir où viser, n'observait pas ton environnement, n'essayait pas de prédire mes propres mouvements. Mais maintenant tu sais quelles sensations cela fait dans ton corps, et maintenant nous allons pouvoir travailler le contrôle. La rage coulera en toi à chaque combat et tu décideras de comment elle se manifeste – mais tu ne la retiendras plus jamais. Tu dois t'en nourrir, pas lutter contre elle."

Il se releva souplement, le relâchant.

"Pratique, les soins instantanés" fit-il avec sarcasme. "Je n'ai pas à me soucier de te frapper à mort alors."

Al'Najin se retourna sur le dos, stupéfait.

"Vous n'avez pas tenté ?" demanda-t-il, incrédule. "Vous n'avez pas essayé de me tuer ?"

"Pas une seconde" fit Wilson en ricanant, rangeant les épées. "Si j'avais essayé, gamin, tu seras mort."

"Ouais" admit Al'Najin avec une grimace. "Vous faites vachement bien semblant."

"C'était nécessaire. Je deviendrai sérieux le jour où tu refuseras à nouveau de te battre avec toute ta force."

"Ok" souffla le plus jeune.

Il avait mal partout. Malgré les soins de sa magie, ses muscles criaient grâce. Il avait été transpercé plus d'une fois par le mercenaire. Il se leva prudemment, vérifiant qu'il n'avait pas un muscle déplacé ou claqué, qu'il n'y avait plus de plaie ouverte. Wilson quitta la pièce sans un mot de plus et il prit le temps de s'attarder sur leur entraînement. Peut-être était-ce pour cela que la Ligue n'avait pas su lui apprendre à se maîtriser.

Parce que ce combat avait été d'une violence inouïe, le plaçant plus proche de la mort que la Ligue ne l'avait jamais fait. Pour les Assassins, la colère devait être maîtrisée à chaque instant et il avait cru que cela signifiait qu'il ne devait pas la laisser l'envahir. Visiblement, ce n'avait pas été la bonne voie. Il regarda distraitement sa propre main, pliant et dépliant ses doigts. La sensation de la magie roulant dans ses veines avait été incroyable. Même maintenant, alors qu'il n'y avait plus de danger, elle roulait sous sa peau, ronronnant presque, l'envahissant.

Il ferma les yeux, tentant de la diminuer, et à sa grande surprise y parvint immédiatement. Le torrent redevint ruisseau chantant. Il voulut réalimenter le flux dans sa main et ses doigts se mirent bientôt à luire. Alors il rit seul de sa propre idiotie.

Il avait voulu dompter et brider sa magie, la soumettre de force. Wilson avait raison. Ce n'était pas ainsi que cela fonctionnait. Mieux valait la laisser vous envahir et la guider, l'orienter, la modeler. La magie était ravie de répondre à ses ordres maintenant et il se le jura mentalement. Plus rien ne la briderait jamais.

Son corps douloureux se traîna jusqu'à la douche du premier étage qui lui fit un bien fou. Les entraînements suivants seraient probablement similaires, tout aussi difficiles, mais il avait l'impression d'avoir fait un énorme pas en avant et n'avait plus peur. Il était sûr qu'un an entre les mains de Wilson lui suffirait à être prêt pour un retour dans son ancienne vie.

Slade poussa un grognement alors que la sonnette retentissait. Cela faisait sept mois qu'il était ici avec l'intriguant gosse. Sa tête et sa mémoire allaient définitivement mieux, comme un lent retour à la lumière. Le gamin avait énormément progressé après qu'il ne l'ait débloqué. Il ne leva pourtant pas les yeux de l'épée qu'il était en train d'affûter.

"Tu ne vas pas ouvrir ?" demanda la voix railleuse du gamin.

"Ça doit être un de tes amis, petit assassin" répondit-il sans bouger.

Il ne lui avait jamais demandé son nom, mais savoir qu'il venait de la Ligue des Assassins n'était pas si compliqué à deviner. Al'Najin pourtant s'assit en face de lui, se servant une tasse de café. Il avait une correspondance régulière avec l'extérieur à laquelle Slade ne s'était pas intéressé plus que cela.

"Je n'attends personne" fit néanmoins remarquer le garçon.

Effectivement, la sonnette cessa de retentir peu de temps après et le silence retomba. Ils n'avaient jamais beaucoup parlé. Slade n'avait pas protesté quand le gamin avait commencé à l'appeler par son prénom et le tutoyer. Il tenait un téléphone portable en main, en tapotant l'écran. Slade l'avait entendu plusieurs fois au téléphone, s'il avait eu besoin d'un indice supplémentaire, s'exprimant dans le dialecte arabe qu'il savait être celui de la Ligue.

"Slade ?"

"Oui ?"

"Prenant en compte le fait que nous avons tous les deux maîtrisés les bases de l'art de l'autre, et qu'un moment très important approche pour moi, que dirais-tu…"

"Tu peux t'entraîner avec n'importe qui maintenant" grogna le mercenaire d'assentiment. "Qu'est-ce que tu vas faire ? Retourner voir la Ligue ?"

"Qu'est-ce que tu vas faire ?"

"Aller chercher mes épées. Tu ne l'as pas encore fait mais, quand tu trouveras ton arme, tu sauras immédiatement que c'est la tienne. Peut-être que tu la fabriqueras toi-même, peut-être qu'on te l'offrira, peut-être que tu la trouveras par terre, mais tu la prendras en main et tu sauras qu'elle a été faite pour toi."

Al'Najin acquiesça. Le gamin était aussi un épéiste, comme Slade l'avait deviné après leur premier combat. Ils étaient passés sur la maîtrise de plusieurs armes, oui, mais les lames étaient définitivement son arme de prédilection. Peu étonnant, si l'on prenait en compte que son maître à penser était Ra's al'Ghul, un des plus grands épéistes de la planète, et son professeur de combat Deathstroke, lui aussi épéiste.

Il avait mit du temps à convaincre Al'Najin d'arrêter de l'imiter ou d'imiter l'autre homme. On ne créait pas son style de combat en copiant d'autres gens. On pouvait s'en inspirer, oui, mais pas le copier. Un style était parfaitement adapté à la morphologie, à la force exacte de son utilisateur, et était en conséquence unique pour son inventeur. Lorsque le garçon lui avait demandé pourquoi, alors, on disait que seul l'élève pouvait battre le maître, il avait répondu ironiquement que c'était une façon bien utile de la part des maîtres d'éviter d'avoir trop d'adversaires potentiels.

"J'ai une mission pour la Ligue" répondit Al'Najin à sa muette question, offrant une information contre celle qu'il avait reçue. "De l'infiltration sur le long terme parce que l'état et la localisation exactes de la cible ne sont pas connus pour le moment et que mon ancienne identité vient de là-bas – sans qu'ils n'aient la moindre idée de ce qu'il s'est passé dans ma vie après mes deux ans. Fort utilement, l'une des personnes détenant le plus d'informations, et donc auprès de laquelle je m'infiltre, est directeur de l'école dans laquelle étaient mes parents biologiques et dans laquelle tout le monde s'attend à ce que leur innocent fils abusé ne se rende."

Slade leva un sourcil. Fils abusé ? Il ne poussa pas pour autant ses questions, terminant d'aiguiser sa lame.

"Tout un programme. Combien de temps ?"

"Aussi longtemps que nécessaire. Entre un et sept ans. Leur bibliothèque est l'une des meilleures au monde, pour faire passer le temps."

L'homme acquiesça.

"Si tu as besoin d'un coup de main et que la proie est intéressante, tu sauras où me trouver."

A son tour, Al'Najin acquiesça. Slade Wilson aimait traquer les proies fortes et rusées. A vrai dire, plus la chose était difficile, plus il aimait cela.

"Ils ont tous de la magie" fit-il sur un ton dégagé. "Pas la même que moi, ou pas la même que toutes mes magies, du moins, mais… oh, je te montrerai les effets de leurs sorts quand je les aurai appris."

"Ce devrait être intéressant. Qu'est-ce que tu veux, pour me donner autant d'informations ?"

Le garçon rit doucement. Il avait tenté de jouer avec Slade dans des devinettes et des manipulations, sans grand succès. L'homme avait juste bien trop d'expérience dans le domaine.

"Serais-tu gêné de prendre un ou deux jours pour être avec moi quand je les rencontrerai pour la première fois ?"

"La Ligue ne peut pas faire ça pour toi ?"

"Nyssa sera là, oui. Comme ma grande sœur."

"De qui aurais-tu besoin, alors ?"

Un innocent sourire lui répondit.

"Un père."

Il eut une moue peu convaincue.

"Tu es sûr que prendre l'homme le plus recherché de la planète comme père ne risquerait pas de leur mettre la puce à l'oreille ?"

"Oh, non" fit joyeusement le garçon. "Les sorciers croient que les moldus sont encore à l'âge de pierre. Jamais un de leurs criminels ne pourrait être dangereux pour un sorcier, donc ça sert à rien de s'y intéresser."

"Es-tu puissant pour un sorcier ?" questionna Slade.

"Honorablement, oui. Je n'en ai pas encore rencontré assez pour savoir à quel point, cependant il semblerait que la majeure partie des sorciers maîtrisent deux ou trois magies, pas plus."

"Et tu en as ?"

"Oh, un peu plus d'une quinzaine."

"Donc tu es très puissant par rapport à eux et pourtant je peux te battre."

"Je n'ai jamais dit que les sorciers étaient intelligents."

Un rire amusé se fit entendre.

"Non, tu ne l'as jamais dit."

Il reposa sa pierre à aiguiser, passant son index sur le tranchant. Son doigt s'ouvrit pour se refermer aussitôt.

"Entendu, gamin. De quoi as-tu besoin exactement ?"

"Ils m'enverront une lettre le vingt-quatre juillet. En l'absence de réponse, un professeur se déplacera en personne le trente-et-un juillet dans la demeure de notre famille, en Angleterre, dans la périphérie de Londres. Mon père m'aura ramassé à mes six ans après que j'ai été laissé pour mort dans la rue par mon oncle et ma tante, qui étaient mes tuteurs, avec énormément de fractures et vidé de mon sang."

"Tu as plus glauque comme histoire ?"

"Oh, non. Quelqu'un m'a appris qu'il n'y avait parfois rien de mieux que la vérité pour faire croire à une histoire."

"Tu as été vidé de ton sang à six ans ?"

Un hochement de tête lui répondit et il renifla.

"Tu m'étonnes que tu mettes tant d'acharnement à survivre."

"C'est mon nom" remarqua le jeune homme.

"Hm ?"

"Al'Najin. C'est mon nom."

"Ra's te l'a donné ?"

"Nyssa."

"Bien trouvé. Un nom puissant mais qui te va bien."

"Merci."

"Et quel sera ton nom pour eux ? J'ai comme un doute que tu ne veuilles laisser le moindre lien avec la Ligue être établi."

"Un nom quelconque. Et si tu pouvais commencer à t'en servir tout de suite, j'ai encore du mal à apprendre à réagir à un nouveau nom en une seconde."

"Ça viendra avec les années, gamin, ne t'en fais pas" fit Slade en se levant. "Ramène-toi, Stan. On rentre à la maison. Je suppose que ta sœur aura prévu les identités et le transport."

"Ça ne te gêne pas de travailler avec la Ligue ?" s'enquit Al'Najin en le suivant néanmoins.

Un rire rauque lui répondit.

"Non, gamin. Je t'aime bien, je n'attaquerai pas la Ligue pour le moment, ni aucun de ses membres."

"Pas même Al'Sahfer ?"

"Qui est-ce ?"

Il réfléchit un moment.

"Sarah Lance" répondit-il finalement quand il se fut souvenu de l'ancien nom du Canari.

Slade eut une mine surprise, puis sourit avec amusement.

"Je vois… c'est pour cela que Queen a pu demander à la Ligue de m'arrêter, n'est-ce pas ? Dis-moi, est-ce que Lance a demandé à me tuer ?"

"Elle a dit que s'ils voulaient que tu sois neutralisé, tu devais être tué."

"Bien. Elle est moins idiote que Queen. Non, Stan, je n'attaquerai pas Sarah Lance, ou Al'Sahfer comme tu l'appelles, tant qu'elle fera partie de la Ligue. Considérons qu'elle est sous ta protection, entendu ?"

"Ok" acquiesça l'enfant. "Je lui dirai cela. Elle sait que tu es plus fort qu'elle."

"C'est elle qui t'a dit où j'étais emprisonné ?"

"Et qui m'a donné les plans" acquiesça Al'Najin. "En concluant juste sa présentation en me demandant de te convaincre de ne pas retourner après elle."

Un rire amusé lui répondit et l'homme hocha sa tête. Ils se séparèrent un instant après, allant récupérer leur peu d'affaires, puis quittèrent la maison qui les avait abrités pendant sept mois. Des nettoyeurs passeraient sans doute dans moins d'une heure et effaceraient toute trace de leur présence avant de remettre la maison en vente ou en location. La Ligue avait de tels nettoyeurs partout dans le monde.