Avertissement : Comme d'habitude, les scènes à caractères sexuels sont signalées par le premier et le dernier mot en gras.
Bonne Lecture !
Yzan et Lili.
~ Qui que tu sois. ~
- Qu'est-ce qu'il y a, Sasuke ? Le film est fini ? s'enquit-il d'une voix pâteuse.
Seul le silence lui répondit. Naruto sentit son coeur battre fortement dans sa poitrine quand Sasuke se pencha vers lui, une expression indéchiffrable sur le visage. Perdu dans les orbes sombres posés sur lui, il ne prêta pas vraiment attention aux gestes du brun. Ce dernier prit doucement ses poignets et les lui releva au dessus de la tête, sans mot dire et sans le lâcher des yeux. La sensation de quelque chose de doux mais solide, lui enserrant fortement les articulations, fit froncer les sourcils du blond.
Taka se redressa lentement, voyant son client tirer sur les liens qui retenaient maintenant ses mains à la tête du lit. Son beau blond bizarre se débattit, son visage affichant l'incompréhension la plus totale. Mais, il était déjà trop tard. Il était déjà tombé la tête la première dans son piège, sans aucune méfiance. Il n'était pas Sasuke. Il ne l'avait jamais été, et il ne le serait jamais. Et surtout, il ne voulait pas le devenir. Cette existence dorée et oisive n'était pas la sienne.
Levant les yeux, Naruto essaya de voir s'il pouvait défaire ce qui le maintenait attaché au lit. Il ne comprenait pas ce qui était en train de se passer. Ou plutôt, il avait peur de comprendre. Mais, pourquoi ? Oui, pourquoi Sasuke agissait-il ainsi tout à coup ? Depuis leur premier week-end, il pensait que le brun avait compris qu'il ne voulait pas de ce genre de relation avec lui. Il pensait que les choses étaient claires. Alors pourquoi ? Il tira furieusement sur les liens, tentant en vain de s'en défaire.
Il était une pute, un prostitué. On le payait pour le baiser et il était temps qu'il passe à la caisse. Il avait profité des largesses de Naruto pendant bien trop longtemps, se laissant bercer par cette illusion factice. Il était temps que les choses retrouvent leur place, leur vraie place. Le client payait et lui, il baissait son pantalon. Alors là, maintenant, tout de suite, il allait faire son travail. Cet idiot au nom de pâtes de ramen devait comprendre, et il allait comprendre maintenant, même si ça devait le détourner définitivement de lui. C'était ça sa vie, et pas autre chose.
Impuissant, Naruto sentit la colère l'envahir. Colère face à son incapacité à se détacher et à échapper à son tortionnaire, colère contre celui qui agissait de cette manière si incompréhensible, colère contre lui-même pour ne pas avoir vu le coup venir. Il le considérait comme un ami, il lui faisait confiance, alors pourquoi trahissait-il le fragile équilibre dans leur relation en faisant une chose pareille ? Il fixa d'un air furieux le brun juché sur son bassin, espérant que sa colère muette suffirait à arrêter le jeune homme.
Taka ouvrit lentement son haut de pyjama, faisant passer une par une les petites rondelles de plastique dans leurs boutonnières. Ses mains ne tremblaient pas, il ne marquait aucune hésitation. Il était temps qu'il fasse son boulot, et il allait le faire, faire ce pourquoi son client avait aligné biftons et carte bleue. C'était comme ça, ça ne pouvait pas être autrement. Il était un prostitué et Naruto, son client. Il était Taka et personne d'autre, et rien ne pourrait changer ça.
Son torse pâle fut dévoilé aux yeux bleus furibonds qui se posèrent sur lui. Les efforts de Naruto pour se défaire des liens s'étaient avérés vains et celui-ci n'appréciait visiblement pas du tout la blague. D'une voix où perçaient l'énervement et une pointe de panique, le blond demanda :
- Qu'est-ce que tu fous ? Détache-moi !
Ses orbes sombres au regard froid et détaché croisèrent ceux de sa victime.
Les mots tombèrent dans l'oreille d'un sourd. Taka était décidé, il irait jusqu'au bout. Il fallait mettre un terme à cette folie douce où le client payait pour ne pas le toucher. Il était Taka, il était une pute, et il allait en donner à son client pour son argent. Ce rêve éveillé devait cesser. Naruto n'était pas différent des autres. C'était ça la réalité, c'était ça sa vie. On le payait et il écartait les fesses. Il fallait qu'il passe à la casserole, parce que c'était ça l'ordre des choses.
Et Naruto, malgré tous ses bons sentiments, ne pourrait pas changer ça. Il était payé pour faire ça, alors il allait le faire. Il n'y avait plus de place pour les faux-semblants, il était temps que son client se réveille, et il était temps de mettre un terme à cette utopie où il était payé pour ne rien faire d'autre qu'écouter et profiter. Il était prêt à en assumer les conséquences : retrouver son trottoir, ses clients... et subir les foudres d'Hidan, sans plus aucune issue possible.
Naruto déglutit difficilement en voyant Sasuke ôter totalement le haut de pyjama, la lumière de la lampe de chevet se reflétant sur la peau laiteuse de celui-ci et les piercings sur son torse. Une fois encore, il tira de toutes ses forces sur l'espèce de corde violette qui l'attachait à la tête de lit, souhaitant pouvoir s'éloigner au plus vite du jeune homme qui était assis sur son bassin, et qui était bien trop désirable pour son propre bien. Il ne comprenait pas à quoi le prostitué jouait. Et cela l'énervait et l'effrayait un peu, il devait bien l'admettre.
Taka tendit les mains vers le torse encore vêtu de son client et défit lentement les boutons qui retenaient encore, mais plus pour longtemps, les pans de tissus vert foncé du vêtement de nuit. Il caressa doucement le buste musclé et bronzé du blond, un rictus satisfait étirant ses lèvres fines quand la respiration de celui-ci fit un accroc. Il connaissait le corps des hommes par coeur. Il savait parfaitement où toucher et comment pour les faire réagir à coup sûr. Après tout, c'était son boulot, et depuis bien assez longtemps pour qu'il sache ce genre de choses.
Avec une dextérité et une rapidité, liées à l'habitude, il les déshabilla entièrement lui et son client, leur enlevant à tous deux les pantalons de soie qui couvraient encore leurs jambes. Puis il se rassit sans façon sur le bassin de son prisonnier, parfaitement conscient du sexe, plus si mou que ça, sous ses fesses. Même si l'autre disait ne pas le désirer, en tout cas pas de cette façon là selon lui, son corps parlait pour lui et était bien plus honnête. Ne pas le toucher, ne pas vouloir coucher avec lui, passer des week-ends entiers à le balader et à le couvrir de cadeaux; tout ça n'était qu'illusion. Il n'était pas différent… Et sa chair le trahissait.
Quelle stupidité ! C'était pourtant si simple. Pourquoi essayer de nier la réalité en la noyant sous une vague histoire de ressemblance avec un ami disparu quand la vérité était là, très exactement là, sous ses fesses ? Un léger rictus désabusé étira les lèvres de Taka. Tous ces jolis prétextes bien enrobés lui avaient tourné la tête alors qu'au final, mis au pied du mur, ce client si particulier n'était pas, pas du tout même, différent des autres. Il voulait la même chose, il avait juste été plus malin et plus riche, enveloppant l'inavouable d'un joli tissu de mensonges.
La panique envahit Naruto quand il sentit le bas de son pyjama disparaître et la croupe nue de Sasuke se poser sur son entrejambe, un peu trop réactif à son goût sur ce coup là. Il maudit intérieurement son corps qui appréciait un peu trop la situation, et maudit au passage la nature d'avoir fait Sasuke si beau. Il ne pouvait pas être laid comme un pou, hein ? Ça aurait été trop demander ? Il se tortilla et tira sur ses liens, cherchant à s'éloigner du brun, qui visiblement était bien décidé à lui sauter dessus. Voyant qu'il n'arrivait à rien, il tenta une négociation :
- Sasuke... Arrête... Je... Hann...
Taka ne perdit plus de temps en vaines considérations. Le constat était là. Son beau blond bizarre, plus si bizarre que ça, était un consommateur comme un autre une fois démasqué. Il l'avait payé, alors il allait faire en sorte de mériter tout cet argent. Il n'était pas Sasuke. Il était Taka : un prostitué. Il se laissa glisser le long des jambes couvertes d'un fin duvet de poils dorés. Ce qu'il avait à faire était simple. C'était son client, et lui une pute. Le songe doré était terminé. Ils n'avaient pas d'autre relation que celle là. Ils n'avaient pas d'autres liens que celui-là. Ses lèvres s'ouvrirent sur le sexe de sa proie. Il avait fait ça tant de fois qu'il agit en pilote automatique, sans même y penser.
La bouche chaude et humide qui enfourna l'érection débutante de Naruto lui coupa la parole et le souffle. Il baissa les yeux et se figea en voyant Sasuke, son Sasuke, son meilleur ami, penché sur son entre-jambe, les lèvres largement étirées autour de son sexe, l'une de ses mains fines enroulée autour de la base de celui-ci. Naruto voulu protester, mais une langue percée vint lécher doucement son gland et il ne put que gémir tant la sensation fut délicieuse.
Taka se fit la remarque que l'avantage de la saletéhophobie de son client, c'était qu'au moins sa bite était bien propre. C'était appréciable, pour une fois, de ne pas avoir un arrière goût de pisse et de transpiration dans la bouche. Il s'appliqua à ériger complètement le sexe dans sa bouche, jouant de sa langue, de son piercing et de sa gorge pour procurer le plus de sensations possibles à son client, déformation professionnelle oblige. Et puis, autant qu'il en ait pour tout le fric qu'il avait lâché. Il lui devait bien ça.
Le prisonnier immobilisé sur le lit se mordit férocement les lèvres pour retenir ses gémissements. C'était foutrement bon, la meilleure pipe de sa vie, mais... il ne voulait pas de ça avec Sasuke... Pas comme ça en tout cas. Son corps réagissait, des langues de feu voluptueuses montaient de son aine jusqu'à sa nuque, tout le long de sa colonne vertébrale, et il se sentait coupable et affreusement mal. Malgré tous ses efforts, il ne put retenir une exclamation lascive quand son gland devenu sensible buta dans le fond de la gorge du brun.
Le nez plongé dans les poils blonds du pubis de son client, le sexe de celui-ci enfoncé aussi loin que possible dans sa gorge, Taka déglutit doucement, massant de sa langue le membre turgescent à présent bien dur. Ses mains fines remontèrent sur le torse musclé, caressant les flancs puis les pectoraux et les mamelons de sa victime qui laissait échapper de plus en plus d'exclamations, preuves irréfutables de son plaisir coupable. Il agissait sans même y penser, trop habitué à faire ça : donner du plaisir. Il maîtrisait à la perfection son boulot, ce n'était pas pour rien qu'il était l'une des putes les plus rentables du trottoir appartenant à Hidan.
Naruto frissonna sous les caresses que lui prodiguaient les mains et la bouche expertes, trop expertes. Il avait de plus en plus de mal à contenir ses gémissements, mais parallèlement il sentait les larmes lui monter aux yeux. Il aurait voulu ne pas réagir, ne rien ressentir... mais c'était impossible. Sasuke ne lui laissait aucun répit, aucune échappatoire. Et le pire, c'était qu'il appréciait bien trop... beaucoup trop ce qu'il lui faisait subir. Il avait l'impression de le trahir, de se trahir, et surtout de salir ses souvenirs d'enfance avec Sasuke.
Taka fit taire l'amertume qui l'envahit. Au final, son beau blond bizarre était comme tous les autres, et il ne pouvait s'empêcher d'être déçu. Même si c'était lui qui en avait pris l'initiative, il avait bêtement espéré que le pyjamaphile ne réagirait pas ainsi. Mais c'était mieux comme ça, non ? Après ça, Naruto comprendrait qu'il n'était pas son ami perdu, et il l'abandonnerait sur son bout de trottoir. C'était bien ce que lui voulait, n'est-ce pas ? C'était ce qu'il avait décidé avant même de monter dans la voiture orange vif de son client, les échos de la conversation qu'il avait eue avec Suigetsu tourbillonnant encore dans son esprit.
Naruto ferma fortement les paupières, essayant tant bien que mal de retenir les larmes qui noyaient ses yeux et de se concentrer sur une image qui lui permettrait de reprendre le contrôle de lui-même. Parce qu'à ce rythme là, il allait finir par jouir... Et il ne voulait pas. Une petite voix dans sa tête lui fit remarquer que certains de ses rêves érotiques avaient pourtant Sasuke pour acteur principal, mais il décida de l'ignorer et tenta d'imaginer Kyuubi et Akamaru copulant joyeusement dans des tutus roses. Malheureusement, l'image n'eut pas l'effet escompté, ne faisant pas le poids face aux attentions buccales diaboliques dont il était l'objet.
Taka finit par relâcher le sexe de son client. Se redressant doucement, il s'empara de l'un des préservatifs, qu'il avait sorti de son sac et posé sur le lit un peu plus tôt, et l'enfila sur l'érection humide qu'il avait à présent sous les yeux.
- Sas'ke... Écoute, je veux pas...
Il interrompit la piètre tentative de son client pour formuler une phrase cohérente et compréhensible en serrant fortement le pénis de celui-ci dans l'une de ses mains, lui soutirant un geignement douloureux.
Le blond se débattit dans ses liens, voulant échapper à l'emprise de Sasuke sur lui. Il ne voulait pas... pas comme ça, pas de cette façon là. Serrant les dents sous la douleur de la poigne du brun sur son érection, il tenta de se libérer. Il comprenait parfaitement les intentions de son ami, et il n'était pas du tout d'accord, n'en déplaise à son propre corps. Naruto tira frénétiquement sur ses attaches pour s'en libérer. Mais celles-ci étaient particulièrement bien nouées et ne cédèrent pas. En désespoir de cause, il supplia du regard celui qui tenait toujours son sexe érigé, à présent recouvert de latex dans sa paume, et qui, visiblement, s'apprêtait à s'empaler dessus, comme ça, sans autre forme de procès.
- Fais pas ça... Sas'ke...
Sasuke, encore Sasuke, ce fichu Sasuke. Quand donc comprendrait-il une bonne fois pour toute qu'il n'était pas ce type ? Il était une pute, un prostitué qui arpentait le macadam nuit après nuit pour gagner sa vie. C'était ce qu'il était, et pas autre chose. Lui faire miroiter une autre existence, pleine de luxe doré, ne changerait rien au fait qu'il était une fleur de trottoir arrosée quotidiennement de sperme. Et même si ce soir, il avait pris le blond en traître, la vrai finalité de ces week-ends et de leur relation n'avait pas d'autre issue que celle-ci : se faire baiser par son client.
A califourchon sur les hanches bronzées, les fesses légèrement surélevées au dessus de l'érection qu'il tenait entre ses doigts et une main posée sur les abdominaux bien dessinés de Naruto, Taka plongea ses orbes sombres dans les iris azur suppliants. Un court instant, il hésita à poursuivre avant de se souvenir de sa résolution : il devait le faire fuir... à tout prix, lui faire réaliser ce qu'il était, une bonne fois pour toutes. D'une voix ferme, froide et coupante, il assena quelques vérités à son si beau blond bizarre, faisant luire d'un éclat blessé ses yeux aussi bleus qu'un ciel d'été.
- Moi, c'est Taka. Pas Sasuke. Et je suis une pute. Tu me payes, c'est pour me baiser, pas pour me faire faire du tourisme. Les clients, comme toi, ne me font pas la cour et ne me chantent pas la sérénade. Ils m'enculent direct, tirent leur coup et se barrent. Point. Et dès que l'un a fini, un autre arrive. Mon cul se prend tellement de bites qu'il est plus fréquenté qu'un hall de gare. C'est ça, mon boulot. Je suis Taka. Une pute. Un junkie. C'est ça MA vie. Pas ton joli conte de fées où je serais quelqu'un d'autre. Il est temps que tu arrêtes de rêver et que je fasse ce pourquoi tu me payes !
Son discours assené sur un ton polaire à peine achevé, Taka baissa son bassin, s'empalant d'un seul coup sur l'érection de son client. Il grimaça à peine sous l'intrusion massive et commença immédiatement à onduler des hanches, faisant aller et venir le membre érigé entre ses fesses, l'accueillant au plus profond de ses entrailles. Il ferma les yeux pour ne pas voir l'air triste et blessé, presque désespéré, du blond sous lui.
Voilà, il l'avait fait. Maintenant, c'était sûr, Naruto ne viendrait plus jamais le chercher le vendredi soir. Et son cœur lui fit mal, si mal... Mais c'était ce qu'il avait décidé; pour sa propre santé mentale et pour Naruto. Il était temps que la réalité les rattrape, tout ce cirque n'avait que trop duré. Il était Taka, une pute appartenant à l'Akatsuki, et rien d'autre… absolument rien d'autre. Dans son métier, dans sa vie, il n'y avait pas de place pour autre chose...
Naruto serra les dents, retenant les larmes de désespoir que la tirade de celui qu'il avait considéré comme un ami avait causé. Pourquoi ? Pourquoi faisait-il ça ? Pourquoi ? Il ne comprenait pas, il ne comprenait plus. Ils avaient encore tant de choses à faire ensemble. Tout ce qu'il voulait c'était que Sasuke retrouve enfin la mémoire, le retrouver, vraiment, comme avant. Il observa le visage fermé de son partenaire, ses yeux clos et son expression neutre. Les mouvements sur son sexe étaient rapides et profonds, le poussant contre son gré de plus en plus vers l'orgasme, bien qu'il s'en défende du mieux possible.
Ses gestes étaient mécaniques. Il avait fait ça si souvent que trouver le bon rythme, le bon angle, qui feraient jouir au plus vite ses clients, étaient devenus aussi innés que les gestes répétitifs d'une caissière de supermarché. Dans sa poitrine, il avait l'impression d'avoir un trou béant. Et pourtant, c'était comme ça que ça devait finir. C'était ça sa vie, c'était ça son boulot. Depuis tellement longtemps maintenant que le muscle orbiculaire entre ses fesses était totalement souple et toujours prompt à se dilater pour accueillir ce qui le pénétrait, qu'importe ce que c'était.
Le jeune homme blond ne savait pas ce qui était le pire : la douleur qui lui laminait le cœur depuis la tirade froide et cassante de Sasuke... Taka, le plaisir incontrôlable que lui procurait le brun, l'absence totale d'émotions sur le visage aux traits altiers... ou le sexe mou qui ondulait au rythme des hanches pales. Taka lui donnait du plaisir sans en prendre lui-même. Et ça lui faisait mal... Dans ses fantasmes involontaires, le brun se tordait toujours de délice entre ses bras, gémissait sous ses caresses, jouissait sous ses coups de reins. Rien à voir avec la statue de marbre qui le chevauchait actuellement... non rien... Et ce sentiment d'être bafoué, que tout ce qu'ils avaient réussi à construire ensemble depuis leurs retrouvailles était sali, le prenait à la gorge.
Il n'était pas Sasuke, il était Taka, le prostitué. Il vendait son cul sur son bout de trottoir, et toutes les belles paroles et les beaux gestes de Naruto n'y changeraient rien. Être pris pour quelqu'un d'autre avait ses limites et sortir de ce rêve éveillé était déchirant. Mais tous les jolis songes avaient une fin, et la finalité de sa relation avec ce beau blond bizarre, c'était celle-là, et aucune autre. Il n'y avait pas d'autres options. Il donnait à son consommateur ce pourquoi il avait été payé, même si à l'heure actuelle ça lui tordait les tripes d'avoir dû mettre un terme à cette chimère bien trop douce. Goûter au Paradis ne faisait pas de lui un ange, et il était temps que Naruto le réalise lui aussi.
Malgré tous ses efforts pour repousser l'orgasme qu'il sentait monter en lui, Naruto ne put rien faire contre les sensations grisantes et délicieuses qui se propageaient dans tout son être. Son sexe était délicieusement enserré dans l'intimité du brun. Les muscles de celui-ci se contractant à intervalles réguliers provoquaient en lui des ondes de plus en plus brûlantes, et il avait bien du mal à contenir ses gémissements de plaisir.
Il ferma les yeux pour ne plus voir celui qui lui procurait toutes ces sensations délictueuses avec un professionnalisme écœurant. Là, oui, il prenait pleinement conscience que Taka était un prostitué. Il le savait déjà, il l'avait déjà vu à l'œuvre sur son bout de trottoir. Mais il n'avait pas compris tout ce que cela impliquait... Et le talent incontestable du brun pour le mener vers la jouissance sans faillir, et surtout sans rien ressentir, lui faisait mal, si mal. Voir l'objet de ses fantasmes ne rien éprouver dans une telle situation, avec lui, était particulièrement douloureux.
Se faire sauter par tous ces hommes était son quotidien, et ces week-ends sans sexe avec le blond une aberration dans son univers. Après ça, tout serait fini. Naruto ne reviendrait plus le chercher et lui reprendrait le cours de sa vie. Il n'avait fait que précipiter l'aboutissement d'une histoire dont il connaissait déjà la fin. Cette prétendue ressemblance avait juste été un peu de poudre aux yeux pour lui faire oublier qu'il n'avait toujours été qu'un objet dont on se servait, dont son client aurait usé et peut-être abusé tôt ou tard. La preuve que ça aurait fini par arriver était actuellement profondément engoncée en lui, aussi dure et dressée qu'un sabre de Trafalgar.
Il avait juste mis un terme à ce joli conte merveilleux avec un peu d'avance. C'était mieux ainsi. Il souffrirait moins quand l'autre lui annoncerait que tout était fini entre eux et qu'ils ne se reverraient plus. Après tout, ne lui donnait-il pas ce que son client était venu chercher ? Même si le blond avait voulu se faire passer pour un prince charmant, la réalité restait ce qu'elle était. On n'était pas dans un film à la Pretty Woman ou un Disney. Il retrouverait son morceau de bitume, et tout ce luxe n'était qu'un mirage dont il devait se séparer, et le plus tôt serait le mieux.
Les prostitués de l'Akatsuki n'échappaient jamais à leur destinée, ils la subissaient jusqu'à leur mort. Naruto lui avait fait goûter un fruit défendu, un monde facile et sans prostitution, un monde où il était respecté et écouté, vu autrement que pour son physique aguicheur, un monde qui serait à jamais hors de sa portée. Il était temps qu'il se débarrasse de ce poison qui embrumait son esprit et rendait toujours plus difficile son retour à sa vraie vie. Cet éden, il n'y avait pas sa place, et son client lui faisait trop de mal en le lui faisant entrevoir.
C'était très étrange ce sentiment d'être psychologiquement écartelé. Il devait reconnaître que Taka était doué, très doué, ce qui n'avait finalement rien de très étonnant au vu de sa profession. Il ne pouvait absolument pas lutter contre le plaisir grondant et incandescent que le brun lui faisait ressentir. Les caresses sur son torse et ses mamelons ne lui laissaient aucune échappatoire et son sexe pulsait de plus en plus violemment dans l'antre chaud qui l'accueillait souplement, coulissant sur lui à la perfection.
Pourtant son esprit luttait contre toutes ces sensations délictueuses. Il ne voulait pas avoir ce genre de rapport avec Sasuke, pas comme ça, pas comme tous ces types qui le baisaient contre quelques billets. Dire qu'il n'y avait jamais pensé serait un mensonge. Mais, dans ses rêveries érotiques, il noyait Sasuke sous le plaisir le plus enflammé. Là, ce n'était rien d'autre qu'une pute qui baisait son client, sans tendresse, sans plaisir, juste des gestes automatiques fait dans un seul et unique but : faire jouir le plus vite possible. Et le pire c'était que ça fonctionnait très bien, il sentait l'orgasme se rapprocher à grands pas et ne pouvait rien faire contre ça.
Taka accéléra le rythme de ses roulements de hanches, de ses aller et retours sur le sexe, engoncé en lui, de celui qui était devenu sa victime. Ce n'était qu'un client parmi tant d'autres, et il y en aurait beaucoup après lui. La seule différence c'était que ça avait pris plus de temps et qu'il y aurait eu encore d'autres week-ends torturants avant que le blond ne se décide à le toucher. Au moins comme ça, les choses étaient claires et la belle histoire était finie. Il n'aurait plus à subir tous ces racontars sur la vie du merveilleux et regretté Sasuke. Son client n'aurait qu'à aller voir un psy, lui il avait un bout de trottoir à arpenter et un chiffre d'affaire à atteindre s'il ne voulait pas d'ennuis.
Il aurait voulu être différent. Il aurait tellement aimé être différent. Il aurait voulu être quelqu'un aux yeux de Taka, mais ce dernier en avait définitivement décidé autrement, et de la pire des manières. Il avait rêvé le couvrir de caresses, le chérir… qu'ils soient spéciaux l'un pour l'autre, comme Sasuke avait toujours été un être à part pour lui… Tous les gestes de Taka en cet instant même étaient cruels… si aseptisés, si dénués de tout ce qu'il aurait aimé partager avec lui… et en même temps si sulfureux que son corps n'y résistait pas. L'odieuse réalité de qui était celui qui le chevauchait ainsi, sans façon, sans le moindre ressenti, l'étouffa.
Naruto ferma plus fortement ses paupières pour contenir les larmes d'amertume qui lui montaient aux yeux. Puisque c'était ce que Sasuke voulait, alors il n'allait pas se contenir plus longtemps. Plus vite ce serait fini, mieux ce serait. Même si sa propre chair le trahissait, ça lui faisait bien trop mal... Naruto fit donc la seule chose qu'il était encore capable de faire. Il cessa de lutter. Pour la première fois de sa vie, il rendit les armes.
Il laissa libre cours au besoin hurlant qui le tenaillait et qu'il contenait jusque là. Il laissa la jouissance l'envahir, et se mordit fortement les lèvres quand il se déversa dans le latex qui entourait son sexe profondément enfoui dans l'intimité du brun. Il bascula sans autre forme de procès, ne cherchant plus à se dérober à l'inéluctable. Sasuke avait choisi… Il sentit ce dernier se redresser, son érection glissant hors du puits chaud qui l'avait prise en otage et ses mains furent enfin libérées de la corde violette.
Taka s'assit sur le bord du matelas et attrapa son paquet de clopes posé sur la table de nuit. Il récupéra l'une des tiges de tabac et la porta à ses lèvres pour l'allumer. Il l'avait finalement fait. Il avait presque violé son beau blond bizarre. Il venait de signer la fin des week-ends passés dans le luxe et l'oisiveté. Et il n'en ressentait aucune satisfaction, juste un goût amer dans la bouche. Le week-end prochain, il le passerait sur son bout de trottoir à enchaîner les clients, les gorgées d'alcool pour oublier les goûts douteux, et les fix... C'était mieux ainsi... non ? C'était ainsi que ça devait se terminer, n'est-ce pas ? Une pute avec son client, un schéma banal qu'il connaissait par cœur parce que c'était ce qu'il vivait depuis des années...
Le bruit d'un briquet qu'on allume sortit Naruto de sa léthargie. Il s'en voulait d'avoir réagi aux attouchements de Sasuke. Il avait bien tenté de résister mais rien n'y avait fait, le jeune homme était bien trop doué et trop expérimenté pour lui avoir laissé la moindre chance de lui échapper. Il se redressa et, dégoûté par lui-même, ôta le préservatif usagé qui pendait lamentablement sur son sexe redevenu mou. Il remit son pantalon et posa un regard dur sur le brun qui fumait, impassible et toujours complètement nu, à ses côtés.
Taka, perdu dans ses pensées moroses, ne prêta aucune attention à son client quand celui-ci bougea. La perspective des prochains week-ends qui l'attendaient lui donnait la nausée, et Hidan risquait de lui faire payer cher le fait d'avoir fait fuir son régulier hyper riche et hyper lucratif.
- Taka...
La voix froide et réprobatrice du blond attira son attention, et il daigna tourner la tête vers son voisin qui le fixait de ses orbes d'un bleu orageux.
Les yeux noirs et inexpressifs du brun se posèrent sur lui et Naruto soupira de lassitude. Il y avait quelque chose qui clochait, il le voyait bien, mais il ne savait pas quoi. La seule chose qu'il pouvait faire à l'heure actuelle c'était de céder aux caprices de son ami. Mais, en posant ses conditions. D'une voix adoucie, mais ferme, il expliqua :
- Si tu y tiens, on couchera ensemble. Mais ne me refais plus jamais ça !
Un sourcil brun se souleva, interrogatif, et il précisa :
- Ne me baise pas comme ça, comme n'importe lequel de tes clients. Tu n'y as pris aucun plaisir, aucun... D'ailleurs, as-tu déjà eu le moindre orgasme ?
Ses orbes sombres scrutèrent le visage empreint de colère rentrée. Voilà, c'était fait, et en plus l'autre se payait le luxe de ne pas être content. Ce type, c'était vraiment le monde à l'envers avec lui. Il venait de lui donner ce pourquoi il payait sans même qu'il ait eu à le lui demander, sans même qu'il ait eu à débourser pour encore tout un tas de week-ends onéreux, et en plus il n'était pas satisfait et lui parlait de... plaisir ? De tenir à coucher avec lui ? Il se foutait de sa gueule ou quoi ?
La question était purement rhétorique, Naruto ne s'attendait pas vraiment à une réponse quelconque. Mais le rire amer et dénué de toute joie de son ami lui serra le cœur. Taka prit le temps de tirer une latte sur sa clope avant de rétorquer d'un ton polaire :
- Je suis payé pour donner du plaisir, pas pour en prendre. En plus, je vois vraiment pas comment on peut prendre son pied en se faisant enculer ! Maintenant, dégage ! C'est ma chambre, va pioncer dans la tienne, je ne dors jamais avec un client.
Taka ignora royalement la tristesse profonde qui envahit les iris azurés du blond. C'était quoi cette question ? Un orgasme... Non, il n'en avait jamais eu, ni même le début d'un tant soit peu de plaisir. Il n'avait même jamais eu la moindre érection. En fait, il était totalement impuissant. Il le savait, et s'en foutait complètement. Ses clients ne s'intéressaient pas à sa queue, mais à son cul. Et son cul était accessible par n'importe qui ayant les moyens de se le payer, donc le reste importait peu.
Blessé, Naruto se leva et se dirigea vers la porte de la pièce. Il avait honte d'avoir eu un orgasme dans ces conditions et il était profondément attristé par la dure réalité qui venait de lui sauter à la gorge. Il était un client. Pour Taka, il n'était qu'un client. Et ça, il ne voulait pas, il ne voulait pas être associé à tous ces porcs qui baisaient son ami d'enfance sans le moindre respect. Juste avant de sortir de la chambre, il murmura sans se retourner :
- Je ne t'ai jamais considéré comme une pute, jamais. Je ne veux pas être l'un de tes clients... Je ne suis pas comme eux. Je veux t'aider... Je veux être ton ami. Et pas l'une de ces bites sans visage que tu te tapes pour quelques petites coupures. Je vaux plus que ça... et toi aussi.
Les mots du blond furent parfaitement entendus par Taka qui se mordit la lèvre et serra les poings pour ne pas se précipiter vers lui et s'excuser de sa conduite. Il ne le pouvait pas. La douleur dans la voix assourdie l'avait touché en plein cœur, ravivant la sienne. Il ne voulait pas que Naruto le regarde comme tous les autres et ne voit en lui qu'un trou à remplir. Mais il ne supportait plus cette situation. C'était impossible, impossible et douloureux. Trop douloureux.
La porte claqua, le laissant seul dans cette chambre luxueuse, seul avec sa peine et ce triste constat : le rêve éveillé était fini, et bien fini. La chute du conte charmant avec le fameux "ils vécurent heureux" et autres stupidités du même genre n'arriverait pas, jamais. Il était Taka, il était un prostitué; et il venait de faire son boulot. Et l'histoire se terminerait par : " Il creva la gueule dans le caniveau pendant que le blond vivait sa vie de château".
~oOo~
Étendu sur son lit, Naruto fixait le plafond sans le voir. Ce qui s'était passé dans la chambre de Taka ne cessait sans cesse de tourner et retourner dans son esprit. Il se sentait trahi, trahi par son ami d'enfance. En agissant ainsi Taka avait sali tout ce qu'ils avaient construit petit à petit. Il pensait que le brun le considérait comme un ami, que leur complicité n'était pas feinte. Et maintenant... il ne savait plus. Il était perdu. Comment continuer à le voir après ça ? N'était-il vraiment rien de plus qu'un client ? Un simple et banal client parmi tant d'autres…
Un soupir désabusé lui échappa. Il avait bien senti ces derniers temps que Taka n'était pas au mieux de sa forme, et il avait tout fait pour lui offrir des week-ends de détente, loin de son quotidien sordide. Mais visiblement, ça n'avait pas suffit à lui faire gagner l'amitié du brun. Son cœur se serra de culpabilité au souvenir des réactions de son corps face aux agissements du prostitué. Bordel ! Il avait joui... sans le vouloir vraiment, mais il avait joui quand même.
Naruto se retourna dans le lit et ferma les yeux bien décidé à essayer de dormir malgré tout. Peut-être aurait-il une idée lumineuse dans la nuit pour arranger la situation. Dans le silence de la suite, il s'efforça de vider son esprit, de ne penser à rien, et appela de toutes ses forces le marchand de sable. De longues minutes passèrent ainsi, et il allait maudire toutes les divinités du sommeil qui lui refusaient le repos qu'il souhaitait tant, quand un bruit attira son attention.
Se redressant, il tendit l'oreille, attentif, pour identifier ce bruit étrange. Le même son lui parvint et Naruto l'identifia finalement : des reniflements. Il se laissa retomber sur le matelas, dépité et amer. C'était probablement Taka qui sniffait sa foutue poudre. Ses sourcils se froncèrent quand les reniflements résonnèrent à nouveau. Combien de rails se faisait-il cet enfoiré ? Un seul, ce n'était pas suffisant ?
Le même son retentit et Naruto sortit finalement du lit, inquiet et furieux. Cet abruti risquait de faire une overdose s'il se shootait trop. Et il préférerait ne pas avoir à finir son week-end aux urgences de l'hôpital ! Bien décidé à passer un sacré savon au junkie qui reniflait encore, le jeune homme blond quitta sa chambre et se dirigea vers la source des bruits dérangeants : la salle de bain. Énervé, il ouvrit violemment la porte et s'apprêta à enguirlander son invité totalement inconscient de la gravité de ses actes. Mais, aucun mot ne franchit la barrière de ses lèvres et il se figea sur place.
Assis à même le sol, le dos contre la baignoire, Taka était prostré sur lui-même, sa tête brune disparaissant entre ses bras posés sur ses genoux repliés, son sachet de poudre ouvert à ses pieds. Il tourna lentement le visage vers celui qui venait de pénétrer sans la moindre discrétion dans la pièce, lui dévoilant ses yeux rougis aux pupilles plus que dilatées et baignés de larmes. Reconnaissant son beau blond bizarre, le brun se redressa légèrement, essuyant d'une main rageuse les perles cristallines qui dévalaient âprement ses joues.
- Qu'est-ce que tu veux ?
La voix froide, mais légèrement enrouée, de Taka sortit Naruto de son état de choc. Il pensait le trouver en train de sniffer sa daube, pas en train de... pleurer. Le chagrin de son ami le prit à la gorge et il eut l'envie folle de le prendre dans ses bras en lui promettant que plus jamais il ne laisserait quelqu'un lui faire le moindre mal. Mais s'il faisait ça, le brun le repousserait sûrement. D'un pas lent, il se rapprocha de Taka qui le fixait de ses orbes brillants et il s'assit à côté de lui, contre la baignoire.
Le regard bleu qui se posa sur lui augmenta sa peine. C'était fini... Plus jamais il ne verrait dans ces yeux là autre chose que de la pitié ou du mépris. Mal à l'aise, Taka détourna la tête, préférant fixer la porte de la cabine de douche plutôt que soutenir le regard du blond, son client.
- Qu'est-ce qui se passe... Taka ? murmura Naruto juste à côté de lui.
Taka haussa les épaules et répondit d'une voix dénuée de tout sentiment :
- Rien... bad trip...
Oui, c'était exactement ça, un putain de bad-trip... Après le départ du blond, il s'était retrouvé seul dans sa chambre et n'avait pas réussi à se coucher pour dormir. La simple vue du lit où il avait mit un terme définitif aux plus beaux moments de sa vie de merde lui avait broyé le cœur. S'allonger sur le matelas lui avait été impossible. La culpabilité d'avoir trahi la confiance de Naruto, lui avoir fait du mal sciemment, lui était tombée dessus comme une chape de plomb, se rajoutant à son chagrin d'avoir mis un terme à cette relation idyllique.
C'était la seule solution, le seul moyen qu'il avait trouvé pour le faire fuir. Mais, maintenant que c'était fait... il avait un trou béant dans la poitrine. Il avait cru qu'il serait assez fort pour agir ainsi sans rien ressentir, mais il s'était trompé, lourdement trompé. Incapable d'assumer ses actes, il s'était réfugié dans la salle de bain pour tout oublier dans sa blanche, beaucoup de blanche. Ce qui n'avait au final rien arrangé, bien au contraire. Non seulement il n'arrivait pas à oublier, mais en plus sa détresse et sa culpabilité n'en étaient que plus grandes.
Lui qui voulait éloigner le blond de lui et le dégoûter, se dégoûtait lui-même au final d'avoir agi comme ça. Il n'avait pas manqué le regard blessé qu'avait eu Naruto lors de sa tirade, juste avant qu'il ne s'empale sur lui, et les mots que celui-ci avait lâchés avant de quitter la chambre semblaient imprimés au fer rouge dans son esprit. Oui, Naruto valait bien plus que ça, il en avait parfaitement conscience, et c'était bien là tout le problème : il en avait bien trop conscience.
Alors que lui s'était comporté comme ce qu'il était : une pute... quand Naruto lui avait donné l'opportunité, justement, de ne plus être un prostitué sur son trottoir durant tous ces week-ends. Et il se retrouvait assis là, comme s'il était sur son bout de macadam... à sniffer sa poudre pour oublier à quel point il était sale et méprisable. Un cercle sans fin, un serpent prisonnier se mordant lui-même la queue. Il était pitoyable, lamentable... Les regrets l'étouffèrent, resserrant un peu plus sa gorge et faisant rouler de nouvelles larmes amères et silencieuses sur ses joues.
Le rêve éveillé était fini, bel et bien fini, et il était l'unique responsable de cet état de fait. Il avait lui-même signé son arrêt de mort. Il n'était pas sûr de pouvoir survivre à la douleur qui lui laminait le cœur, même avec sa précieuse poudre. Et s'il arrivait à surmonter sa peine, sans crever d'une overdose, Hidan se chargerait de l'achever pour avoir perdu un tel pigeon. Dans tous les cas, il était mort... Et pas d'une mort douce, non, l'agonie serait longue et douloureuse. Elle avait déjà commencé en fait... et la drogue n'avait fait qu'amplifier les choses.
Naruto regarda sans rien dire le jeune homme près de lui. Les perles cristallines silencieuses coulaient encore sur ses joues pâles, traçant des sillons humides sur celles-ci, avant de s'échouer dans le cou et le col du pyjama qui couvrait le corps fin de Taka. Touché par la détresse de son ami, et ne sachant trop que faire, le blond posa une main douce sur l'épaule vêtue du tissu soyeux couleur bleu nuit. Il caressa doucement le haut du dos, souhaitant plus que tout réconforter le jeune homme.
Même s'il n'approuvait pas l'usage, à outrance en plus, de stupéfiants, le chagrin de celui assis à même le sol à côté de lui le touchait profondément. C'était son ami, son meilleur ami. Il ne pouvait pas le laisser comme ça. Bien sûr, il aurait aimé pouvoir supprimer la drogue du panel de problèmes qui pesaient sur Sasuke, mais c'était un sujet tout aussi épineux que le reste. Pour l'instant, tout ce qu'il voyait c'était que celui, qu'il avait tant regretté avant de le retrouver, était accablé de tristesse. Et, il avait envie de lui venir en aide, malgré leurs différends, même s'il ne savait pas trop comment faire pour le sortir de là.
Il vit Taka frissonner violemment sous ses effleurements et la tête brune replongea entre les bras toujours posés sur les genoux du brun. Un sanglot déchirant retentit dans la pièce et Naruto ne put refréner plus longtemps son envie. Il saisit le corps tremblant de Taka et le serra de toutes ses forces contre lui, enroulant ses bras en une étreinte protectrice autour de la silhouette menue. Il sentit une main fine s'accrocher à son haut de pyjama et les pleurs incontrôlés de son ami inondèrent la soie verte de son pyjama.
Pourquoi ? Pourquoi son beau blond bizarre était-il aussi gentil avec lui ? Ne voyait-il pas que tout ça, c'était de sa faute ? Sa gentillesse lui faisait mal, si mal... Il n'en pouvait plus de toutes ces émotions que ce type déclenchait en lui. Il n'en pouvait plus de tous ces cauchemars, tous ces rêves où il vivait la vie d'un autre. Il voulait que ça s'arrête. Mais ne plus jamais voir ces yeux si bleus le regarder comme s'il était précieux et normal, ne plus jamais entendre cette voix grave qui lui parlait avec respect, ne plus jamais entendre ce rire si particulier et communicatif, ne plus jamais voir ce sourire lumineux : c'était trop douloureux, il ne pourrait jamais le supporter.
La colère monta en lui sans qu'il ne s'y attende, colère contre lui-même pour ne pas être assez fort pour le repousser vraiment, colère contre Naruto qui avait mis sa vie si monotone sans dessus dessous. Blotti dans les bras puissants du blond, il marmonna :
- C'est ta faute...
Le murmure à peine audible parvint à Naruto qui, pour toute réponse, serra un peu plus fort contre lui le corps tremblant de Sasuke qui sanglotait toujours.
Sa faute ? Qu'avait-il fait pour le mettre dans cet état ? Il voulait juste l'aider, le retrouver... Rien de plus. Naruto caressa doucement le dos frissonnant de son ami, posant son front sur le haut du crâne couvert de mèches brunes. Il n'était pas sûr de vouloir entendre la suite, mais il était évident qu'il y avait un problème, et pas un petit. Et s'il ne connaissait pas le dit problème, il ne pourrait pas trouver de solution. Prenant son courage à deux mains, et craignant le pire, il demanda d'une voix douce :
- Ma faute ?
Taka releva brusquement la tête, repoussant le blond par la même occasion, et planta ses yeux noyés de larmes dans ceux si bleus de Naruto :
- Oui, ta faute ! C'est ta faute, tout ça ! Pourquoi tu fais ça ? Pour retrouver ton pote, là, Sasuke ? Il est mort, bordel ! Et même si c'était moi, tu pouvais pas me laisser dans ma vie de merde ? T'as voulu jouer aux héros ? Et ça va changer quoi ? Rien ! Toi, tu vas retourner à ta vie toute propre et tranquille, moi je crèverai dans un caniveau, d'une overdose ou tabassé par un client un peu trop violent ou tué par l'Aka. Qu'est-ce que tu crois ? Que je fais ça par vocation ? Que j'ai demandé à faire ce boulot ? Crois-moi, tu veux pas savoir comment j'en suis arrivé là !
Choqué et blessé, Naruto ne put que regarder le visage pâle empreint d'une colère désespérée. Désemparé, il murmura :
- Sasuke...
Il vit les yeux de Taka s'élargir, et celui-ci commença à frapper son torse de ses poings en hurlant :
- Ne m'appelle pas comme ça ! Ne m'appelle plus JAMAIS comme ça ! Je ne suis pas Sasuke ! Je suis Taka ! TAKA ! Je ne suis pas Sasuke ! Je ne veux pas être Sasuke ! Je ne veux pas ! Tu entends ! Je ne veux pas !
Il ne voulait pas, il ne voulait pas ! Il voulait retourner à sa vie de merde où il ne ressentait rien ! Il ne voulait pas être ce fils chéri par des parents aimants et un frère adoré aujourd'hui tous disparus ! Il ne voulait pas être cet ami si cher au cœur de Naruto qui même dix ans plus tard ferait n'importe quoi pour lui ! Il ne voulait rien de tout ça ! C'était trop dur ! Il n'était le fils de personne, ses seuls amis étaient des putes comme lui. Être Sasuke... non, ce serait la pire des chose au monde, parce qu'alors... tout ce qu'il avait subi, toutes les horreurs qu'on lui avait faites, ce qu'il était devenu... Ses parents, Itachi... ils auraient tellement honte de lui ! Non, il ne voulait pas ! Il ne voulait pas être quelqu'un d'autre que Taka ! Il ne pouvait pas !
Il n'avait rien fait pour mériter ça. Il ne méritait pas d'être Sasuke. Tout cet amour et cette considération que Sasuke avait reçus, alors que lui se sentait si sale, au bas de l'échelle humaine, rien de mieux qu'un vulgaire déchet bourré de coke et d'alcool. Non, il n'en valait pas la peine. S'il était Sasuke... Ce petit garçon qui avait eu un père et une mère, un grand frère protecteur, un meilleur ami attachant et attentionné, alors il ne voulait surtout pas le savoir...
Vivre sans passé sur son bout de trottoir jour après jour, il y arrivait parce qu'il n'avait rien, parce que personne ne l'attendait ou tenait à lui, parce que personne ne l'avait véritablement aimé, parce que personne qui se souciait de lui. Il pouvait affronter son quotidien sordide parce que c'était tout ce qu'il avait et c'était tout ce qu'il était. Il ne supporterait pas d'être autre chose. Il ne pourrait pas être autre chose...
Comment pourrait-il continuer à être une pute, continuer à arpenter son bout de trottoir et à subir ce que ses clients lui faisaient chaque jour, en sachant qu'avant il avait été autre chose ? Un petit garçon heureux, aimé et choyé ? Autant en finir tout de suite, qu'Hidan l'abatte comme un chien d'une balle en pleine tête, car il ne pourrait pas continuer à faire ce qu'il faisait et à survivre à son quotidien sordide, tout en mesurant jour après jour ce qu'il avait été et surtout tout ce qu'il avait perdu...
Pourquoi ? Pourquoi ce crétin ne pouvait-il pas comprendre ça ? Son cœur lui faisait si mal. Il avait tellement mal. Si seulement cet idiot pouvait comprendre que c'était mieux ainsi. Il devait l'oublier, tourner la page, continuer sa vie. Ses poings furent brusquement stoppés alors que les bras puissants de Naruto le ramenaient sans douceur contre lui, l'enserrant avec force. Taka ne résista même pas, s'accrochant à son beau blond bizarre qu'il n'arrivait décidément pas à faire fuir, peu importe ce qu'il faisait...
Naruto serra fortement Taka contre lui, blottissant le corps tremblant contre le sien. Il comprenait un peu mieux maintenant. Il comprenait qu'il avait fait une erreur en pensant qu'aider Sasuke à retrouver ses souvenirs suffirait à lui ramener son ami. Il devait faire plus, bien plus... D'une voix douce mais où perçait sa détermination, il murmura :
- Je veux t'aider. Je vais t'aider. Je ne veux plus que tu vendes ton corps sur ce foutu trottoir, je ne veux plus que tu vives ainsi. Je veux te sortir de là. Fais-moi confiance, j'y arriverai. Je te le promets.
Son étreinte se resserra davantage encore. Il voulait l'aider, tellement... Si ça n'avait tenu qu'à lui, il y aurait longtemps qu'il aurait kidnappé Taka pour l'emmener loin, très loin d'ici. Là où il serait libre de faire ce qu'il voulait de sa vie, là où il pourrait mener une vie normale à des années lumières de son quotidien actuel. Voir le jeune homme en larmes, le sentir sangloter contre lui, lui déchirait le cœur et lui broyait les entrailles. Il voulait que Sasuke sourie, rie, boude, mais surtout... qu'il ne pleure plus... Plus jamais.
- Pourquoi ?
Le visage enfoui dans le torse du blond, Taka n'avait pu retenir sa question. Pourquoi ferait-il ça pour lui ? Pourquoi prendrait-il de tels risques pour lui, lui, une vulgaire pute, un junkie ? Était-ce parce qu'il croyait qu'il était ce maudit Sasuke ? Relevant la tête, il plongea son regard interrogatif et larmoyant dans celui décidé de Naruto.
Les yeux plongés dans les orbes sombres d'où s'écoulaient encore de nombreuses perles cristallines, Naruto s'interrogea lui-même un court instant. Pourquoi ? Oui, pourquoi voulait-il si fort le sortir de son enfer ? Parce que c'était Sasuke ? Parce que c'était son meilleur ami disparu finalement retrouvé ? Non... Pour lui, qui que soit le jeune homme dans ses bras : Taka, Sasuke… ou un autre... ça ne changeait rien. Au fil des week-ends, il s'était attaché à lui, et bien plus qu'en simple ami...
Il devait bien se l'avouer. Il serait ridicule de sa part de se voiler la face plus longtemps, et c'était aussi pour ça que ce qu'avait fait le brun un peu plus tôt en l'attachant dans sa chambre sur ce lit, lui avait fait si mal. Ce qu'il éprouvait pour le prostitué allait bien au-delà de la simple amitié. Il tenait à lui, à lui dans son entier, tel qu'il était, qu'importe qui il était vraiment. Et il ne voulait pas être un client parmi tant d'autres. Ce qu'il voulait de Taka était bien plus précieux et bien plus important qu'une partie de jambes en l'air.
Il voulait que Taka l'apprécie, ait confiance en lui et ressente autant de choses que lui en ressentait quand il était avec lui. Il ne savait pas comment, ni pourquoi, ni même à quel moment ça avait commencé. Mais il savait que c'était là, ancré en lui. Il voulait le protéger, le choyer, le faire sourire et le faire rire, l'aimer tout simplement, encore plus qu'il ne l'aimait déjà. Il savait que c'était fou, que c'était irrationnel, impossible... être tombé amoureux d'un prostitué. Il y laisserait sans aucun doute bien des plumes et plus ou pire encore. Mais c'était plus fort que lui, il ne pouvait pas contrôler ça.
Quelque part dans leur histoire, Taka ou Sasuke ou qui qu'il soit en réalité, lui avait volé son cœur, et il ne voulait pas le récupérer. Naruto voulait juste que ce soit réciproque, même si c'était complètement stupide et idiot, dangereux. Il s'était pourtant bien juré de ne jamais tomber amoureux d'un homme et de juste coucher avec eux, mais avec Taka c'était différent, très différent. Il s'était attaché à lui, il tenait à lui, à ses réparties acerbes ou à ses bouderies, à ses réactions de gosse émerveillé, à tout... à lui tout simplement.
Passant une main caressante sur la joue blême humide de larmes, Naruto murmura :
- Parce que je tiens à toi.
- Je ne suis pas Sasuke, rétorqua Taka.
- Je sais... Mais ça ne change rien au fait que je tiens à toi, Taka.
Il tenait à lui ? Ce crétin tenait à lui, Taka ? Il n'en revenait pas, et pourtant... Son cœur se mit à battre plus fort dans sa poitrine devant le regard doux et tendre que son beau blond bizarre posa sur lui.
Naruto voulait l'aider, lui, Taka... C'était de la folie. Personne ne pouvait l'aider, personne ne quittait jamais l'Akatsuki. Seule la mort pouvait vous libérer de l'organisation. Mais probablement que son pyjamaphile n'en savait rien. Il voulait l'aider ? Mais... S'il tentait quoique ce soit, Madara le ferait assassiner. L'idée que son beau blond bizarre ne meure par sa faute lui serra le cœur en une douleur atroce. Il devait lui dire de ne pas faire ça, il devait le convaincre de laisser tomber. Il devait le faire fuir... Pourquoi était-ce donc si difficile ?
- Tu n'as pas conscience des risques. Ils n'hésiteront pas te tuer si tu te mêles de leurs affaires, souffla-t-il. Je ne veux pas qu'ils te tuent.
Un discret sourire étira les lèvres charnues de Naruto qui essuya d'un pouce caressant une larme qui dévalait encore la joue pâle.
- Ne t'inquiète pas pour moi, je serai prudent. Fais-moi confiance, s'il-te-plait.
Les iris azur posés sur lui ne doutaient pas. Ils étaient déterminés. Et, Taka avait tellement envie d'y croire. Sa raison lui hurla que c'était la pire idée qu'il puisse avoir, mais son cœur lui chantait qu'avec Naruto tout était possible. Timidement, il effleura l'une des joues marquée par trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches, une pointe de culpabilité le traversant quand ses doigts redessinèrent l'une d'elles.
- Tu es fou, souffla-t-il.
- Ce n'est pas la première fois qu'on me le dit, rétorqua doucement Naruto.
Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, et Taka ne pouvait pas, ne voulait pas détacher ses yeux de ce visage qu'il effleurait toujours du bout des doigts. Son regard se posa sur les lèvres charnues qui l'hypnotisèrent, et inconsciemment il s'en rapprocha peu à peu, jusqu'à sentir le souffle de Naruto s'écraser sur sa bouche.
Les yeux dans les yeux, ils se fixèrent l'un l'autre intensément. Naruto était suspendu aux gestes du brun, n'osant pas franchir ce pas qui, il le sentait, changerait tout entre eux. Ce n'était pas à lui de prendre cette décision. Il ne voulait pas forcer son ami. Alors, même s'il en avait envie, terriblement envie, il ne se jetterait pas sur cette bouche fine et à peine rosée. Un index pâle glissa sur ses lèvres en un effleurement aussi léger qu'une aile de papillon avant de se retirer.
- J'embrasse pas, jamais, souffla Taka.
- Je sais.
Pourtant Taka se rapprocha encore un peu plus, un tout petit peu plus, ses orbes sombres navigant sans cesse des prunelles azurées si tendres et si pleines de promesses d'avenir à cette bouche charnue si tentante. Pour la première fois de sa vie, il avait envie d'embrasser quelqu'un, oui vraiment. Embrasser pour de vrai, alors que les seuls baisers qu'il avait reçus jusqu'ici étaient ceux des hauts placés de l'Akatsuki, ses instructeurs, et ça n'avait rien eu de plaisant. Ces types avaient abusé de sa bouche comme du reste de son corps, avec violence, et sans son consentement.
Jamais depuis, il n'avait eu envie d'embrasser qui que se soit. Les rares clients qui essayaient se heurtaient généralement à son poing. Mais là, cette bouche le tentait tellement. Il avait envie d'embrasser Naruto, et seulement Naruto. Il était si proche que quand il parla à nouveau, à peine un chuchotement, ses lèvres frôlèrent leurs jumelles. Ses yeux couleur d'encre de Chine se perdirent dans cet océan bleu et scintillant.
- Jamais...
- Je sais.
Le jeune homme posa ses lèves fines sur celles plus charnues du blond en un effleurement timide et hésitant, ne sachant pas vraiment comment faire, et parfaitement conscient qu'il venait de sauter dans le vide. La règle qu'il s'était fixé, il venait de la franchir : Ne jamais embrasser un client. Mais c'était son beau blond bizarre, son pyjamaphile saletéhophobe, ce n'était pas un client comme un autre, quoiqu'il ait pu en dire ou en penser… Avec lui, c'était différent. Tout était différent...
Naruto le laissa faire, répondant doucement à son effleurement. Taka ferma lentement les paupières, appuyant un peu plus sa bouche sur celle de ce jeune homme si particulier. Sa main posée sur la joue hâlée glissa dans les mèches dorées, et ses lèvres s'entrouvrirent à peine, leurs jumelles imitant ses gestes. Sentir la bouche, si douce, si chaude sous la sienne, répondre à la sienne sans la presser, lui provoquait de drôles de sensations au creux de l'estomac. C'était agréable et étrange, et totalement addictif.
Naruto laissa Taka faire, à son rythme. S'il ne se trompait pas, c'était le premier vrai baiser du brun, et il se refusait à le forcer d'une quelconque manière. La bouche finement ourlée et percée était douce et chaude sur la sienne, un peu timide et hésitante. Son étreinte autour du corps délié se resserra, ses mains naviguant avec légèreté sur le dos couvert du pyjama bleu nuit. Il sentit les doigts fins se glisser dans ses cheveux et un soupir tremblant s'écrasa sur ses lèvres quand celles du brun s'entrouvrirent.
C'était doux, chaud, délicieux, et ça avait un goût d'interdit. Taka savait qu'il était en train de franchir les limites, de déroger à la règle implicite interdisant de ne jamais tomber amoureux d'un client. Il eut une pensée pour ses amis qui se faisaient tant de souci pour lui : qu'ils lui pardonnent, il ne pouvait plus lutter, il ne voulait plus lutter. C'était déjà trop tard de toute façon, bien avant ce soir... Quand cela avait-il changé ? Il n'en savait rien. Mais aujourd'hui, c'était trop tard, bien trop tard... Alors quitte à en crever, il pouvait bien en profiter un peu... non ?
Délicatement, Taka passa la pointe de sa langue sur la bouche de Naruto, ses mains se crispant légèrement dans les mèches dorées. Il l'effleura à peine avant de recommencer, penchant subrepticement la tête pour avoir un meilleur accès à cette cavité moite qu'il avait envie de découvrir. Il s'enhardit quand l'extrémité d'un muscle humide vint à sa rencontre, caressant lentement sa langue qui se mêla à sa jumelle pour un ballet tendre et suave.
Un gémissement à peine audible fit vibrer la gorge pâle quand Naruto répondit au frôlement lingual du brun. Ses bras se resserrèrent autour de la silhouette fine de Taka, le ramenant plus près de lui encore, collant leurs torses l'un contre l'autre. Le jeune homme blond glissa l'une de ses mains sur la nuque blême, plongeant ses doigts dans les cheveux noirs. Il ne voulait plus jamais être séparé de lui, plus jamais le lâcher... Il ferait tout, oui tout, pour le garder là, entre ses bras, là où Sasuke serait en sécurité... loin de son quotidien sordide et de tout le reste.
Le baiser devint petit à petit de plus en plus passionné, tout en restant tendre et doux, Taka se perdant dans les merveilleuses sensations que lui procurait cette bouche dont il ne voulait plus se séparer. Il s'accrochait de toutes ses forces à son beau blond bizarre. Il était si bien avec lui, il se sentait si vivant. Était-ce un crime de s'abandonner à son étreinte ? Le retour à la réalité serait douloureux, il le savait, d'autant plus douloureux que le week-end serait féerique...
Il avait essayé, vraiment essayé, de faire fuir Naruto. Il l'avait trahi, profitant d'un instant de faiblesse pour abuser de lui et faire voler en éclat cette douce rêverie. Il lui avait dit des choses tellement affreuses, il avait voulu le blesser, lui faire mal, pour qu'il parte loin de lui, très loin, qu'il l'oublie, et ne revienne plus jamais. Et il avait réussi, en partie. Il l'avait blessé, profondément, et il s'en voulait tant... Et il avait eu si mal... Mais là, dans l'étreinte de celui-là même dont il devait s'éloigner, c'était comme si toute sa douleur, tout le mal qu'il lui avait fait se dissolvaient.
Naruto joua du bout de la langue avec le piercing lingual de son plus-qu'ami, sa langue dansant avec celle du brun qui s'accrochait à lui comme un naufragé en perdition à une bouée providentielle. Les doigts de Taka étaient tellement crispés dans ses cheveux qu'il craignait d'y perdre quelques mèches, mais peu lui importait. La seule chose qui comptait, c'était ce corps contre le sien, cette bouche sous la sienne, et ses sentiments qui explosaient dans son cœur qui battait à tout rompre : il l'aimait, il l'aimait tellement.
Qu'importe que Taka ne veuille plus jamais être Sasuke. Taka lui suffisait. Il aimait son sourire, son rire, sa détermination, son cynisme, son enthousiasme enfantin face à ce qu'il ne connaissait pas, sa gourmandise... tout. Il aimait tout, et il voulait cet homme dans son entier quel que soit son passé. Construire un avenir avec lui était-ce si impossible ? Il était bien déterminé à tout faire pour que les choses changent, pour que la vie de Taka change, quel qu'en soit le prix.
Les deux jeunes gens s'embrassèrent de longues minutes. Ils oublièrent le reste du monde dans leur échange passionné, se raccrochant l'un à l'autre autant qu'ils le pouvaient. Taka pour faire taire sa culpabilité et son mal-être, Naruto pour ne plus penser que bientôt, bien trop tôt, il devrait se séparer du brun pour le laisser retourner à son quotidien sordide. Ils voulaient simplement profiter de l'instant présent, de la douceur de ce moment volé à la dure réalité.
Ils finirent par se séparer, doucement, lentement, à regret. Naruto ouvrit les yeux, plongeant dans les lacs couleur d'encre de Chine de Taka. Il déposa un dernier chaste baiser sur la bouche finement ourlée du brun, avant de murmurer :
- On va se coucher ?
Il n'avait pas vraiment envie de se séparer du jeune homme qu'il tenait encore dans ses bras, mais la nuit était bien avancée et toutes les émotions de ce soir l'avaient fatigué, et la mine de Taka n'était guère plus engageante. Ils avaient tous deux raisonnablement besoin de repos.
Taka hocha simplement la tête avant de se défaire de l'étreinte du blond. Il ramassa sans mot dire son sachet de poudre pas mal entamé, le referma soigneusement, et se releva avec lenteur. Il n'avait pas envie de quitter Naruto, et l'idée de s'allonger sur ce lit où plus tôt il avait abusé de son client si particulier ne l'enchantait pas du tout. Il suivit d'un pas lourd son beau blond bizarre hors de la salle de bain jusqu'à l'entrée de sa chambre.
Ses yeux noirs se posèrent sur le lit qu'il voyait depuis l'encadrement de la porte et son cœur se serra au souvenir de ce qu'il y avait fait, sa culpabilité revenant au galop. Il avait blessé Naruto et, non seulement celui-ci ne lui en tenait pas rigueur, mais en plus il lui disait tenir à lui. Quel genre de monstre était-il pour faire souffrir celui auquel il s'était tant attaché, bien trop attaché ? Ses poings se crispèrent et Taka baissa la tête, écrasé par les remords et la honte.
Naruto observa le jeune homme près de lui, voyant parfaitement son expression, qui s'était apaisée, redevenir tourmentée. Il vit les poings se serrer convulsivement, la tête brune se baisser et les traits altiers se froncer en une expression chagrine. Il posa une main douce sur l'épaule de son ami et lui souffla :
- Taka... Si tu veux, tu peux venir dormir dans ma chambre. Pour ne pas être seul...
Le prostitué releva soudainement le visage, fixant avec incrédulité celui qui venait de lui faire cette proposition surprenante. Presque timidement, il demanda :
- Tu veux bien ?
Un sourire étira les lèvres de Naruto qui rétorqua :
- Bien sûr. Allez viens, il faut qu'on dorme si on veut être en forme pour tout à l'heure.
A ces mots, le blond entraîna sans autre forme de procès son invité à sa suite, entrant dans sa propre chambre. Tout en sortant un plaid de l'armoire, le blond précisa :
- Je te laisse le lit, je dormirai dans le canapé, ça te va ?
Taka regarda son beau blond bizarre sans y croire. Naruto lui laissait son lit alors même qu'il avait payé une suite avec deux chambres ? Alors même qu'il l'avait trahi ? Qu'il lui avait dit toutes ces choses blessantes ? Vraiment ? Debout à côté de la couche confortable, il hésitait encore à s'y glisser quand le blond se retourna vers lui et lui lança :
- Allez couche toi vite ! Tu as une tête affreuse, il faut vraiment que tu dormes.
- Dis, tu veux pas dormir avec moi ? Juste dormir...
Les yeux bleus s'écarquillèrent largement à l'entente de ces mots à peine murmurés. Étonné et légèrement incrédule, Naruto fixa Taka qui se mordillait la lèvre inférieure, jouant avec l'anneau qui l'ornait, et regardait partout autour de lui sauf dans sa direction, visiblement plus que gêné par ce qu'il venait de dire. Le blond hésita un instant avant de répondre doucement, ne pouvant complètement masquer le reproche dans sa voix :
- Je croyais que tu ne dormais jamais avec un client...
Cela lui fit mal, très mal d'entendre Naruto dire une telle chose. Mais il l'avait mérité, n'est-ce pas ? C'était sa faute, c'était lui qui avait dit ça le premier. Baissant la tête, Taka se glissa finalement sous les couvertures, retenant les larmes qui menaçaient de couler à nouveau. Il tourna le dos à son beau blond bizarre dont il sentait les yeux posés sur lui. D'une voix assourdie, il osa finalement répondre :
- Je suis désolé... Tu n'es pas un client comme les autres... Tu ne le seras jamais.
Naruto hésita un instant, rien qu'un instant, avant de se diriger vers le lit où se blottissait la silhouette menue de son ami. Il avait parfaitement entendu les excuses tremblantes du brun et elles l'avaient touché, encore une fois, en plein cœur. Doucement, il se faufila aux côtés de Taka, collant son torse au dos vêtu du pyjama bleu nuit. Il passa un bras autour de la taille fine de ce jeune homme auquel il tenait de plus en plus.
Il sentit le corps délié se tendre dans ses bras, et il chuchota :
- Merci.
Avant même qu'il ne s'en rende compte, il se retrouva avec un Taka accroché à lui comme une moule à son rocher. La tête brune vint se nicher dans son cou, une des jambes du jeune homme passant par dessus les siennes et les bras fins s'enroulant autour de son torse avec force.
Ça avait était plus fort que lui, quand ce simple merci lui était parvenu, il s'était brutalement retourné dans l'étreinte de son beau blond bizarre, pour l'enlacer aussi fort qu'il le pouvait. Il avait besoin de le sentir tout contre lui, de sentir sa présence chaleureuse et rassurante, de ne surtout pas le laisser s'éloigner. Il était définitivement foutu, hein ? Suigetsu avait raison... il était tombé amoureux de ce client si particulier. C'était stupide, irrationnel et dangereux... Autant pour lui que pour Naruto.
Il était une pute, une vulgaire pute... Jamais il ne pourrait avoir une relation normale avec Naruto. Et si cela nuisait à son travail, alors Hidan risquait de le lui faire payer cher, très cher. Sans compter que si le blond fourrait son nez dans les affaires de l'organisation, Madara n'aurait aucun scrupule à le faire descendre. Et ça, c'était si Naruto ne finissait pas par se lasser et l'abandonner définitivement à son bout de trottoir...
Naruto bascula sur le dos, entraînant avec lui la silhouette collée à lui. Il l'étreignit avec douceur, glissant l'une de ses mains dans les mèches brunes et soyeuses, l'autre se posant dans le bas du dos de son compagnon de couche. Il déposa un tendre baiser sur le front pâle, attirant l'attention de Taka qui releva la tête pour le fixer d'un regard indéchiffrable. Il vit les yeux noirs se poser sur ses lèvres et lentement, laissant ainsi le temps au jeune homme de l'arrêter s'il le souhaitait, il se pencha pour embrasser chastement la bouche fine et à peine rosée.
Taka ferma les yeux quand la bouche de Naruto effleura la sienne, la rattrapant quand elle s'éloigna bien trop vite à son goût. C'était une folie, la pire idée qu'il puisse avoir, vraiment. Il le savait mais... il ne pouvait y résister. Il y avait longtemps qu'il luttait contre cet attachement irraisonné qui grandissait de jour en jour, et là, il ne voulait plus lutter. Il voulait juste s'abandonner dans les bras de son client si particulier, trop particulier. De toute façon, il n'avait aucun avenir, alors il pouvait bien profiter un peu des rares moments de bonheur que la vie lui accordait aujourd'hui.
Les deux jeunes hommes se séparèrent doucement et Naruto enlaça plus fortement Taka qui se nicha confortablement contre lui, préférant se servir de lui comme oreiller plutôt que du coussin en plume prévu à cet effet. Le jeune brun apprécia, pour la toute première fois de sa vie, sentir la chaleur corporelle qui émanait du corps allongé sous lui le réchauffer doucement à travers la fine barrière de tissu de son pyjama. C'était agréable, enchanteur même, pour lui qui pourtant n'avait jamais supporté de partager son matelas que quand il était rompu de fatigue.
Ils s'endormirent ainsi, blottis l'un contre l'autre. L'un se promit de tout faire pour sortir l'autre de son enfer personnel, l'autre demanda intérieurement pardon à ses amis qui se faisaient, à juste titre, tant de souci pour lui. Mais c'était plus fort que lui, il ne pouvait plus lutter. Ils glissèrent l'un comme l'autre dans le sommeil, savourant ce cocon que leurs corps unis chastement, reposant l'un sur l'autre, formait. Leurs esprits sombrèrent avec béatitude dans un repos bien mérité.
To be continued...
Commentaires des auteures :
Pfiouuuuh ! Fini ! Il était dur celui-là ! Dans la sueur et le sang, mais nous avons vaincu ! Veni, vidi, vici ! On espère que ce chapitre vous a plu. Maintenant qu'ils sont officiellement amoureux, les choses vont-elles s'arranger ? Héhé... on vous laisse la surprise !
Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :
Taka, les bras croisés, darde un œil furieux sur les deux auteures :
- Pute, Junkie, alcoolique... et pleurnichard ! Décidément, c'est ma fête !
Sasu lui tapote l'épaule d'un air compatissant :
- Je te plains, sincèrement... Je sais de quoi elles sont capables. Crois-moi !
Assis dans un canapé, Naru et Kyuubi boudent :
- Je me fais presque violer... Comment, moi, le seme, je peux me faire presque violer, hein ? Ces filles sont folles !
- Et pourquoi moi je peux pas venir au centre aquatique avec vous ? Je suis encore chez l'Inuzuka là ! Akamaru n'arrête pas de me courir après... En plus mon maître ce traître, m'imagine en tutu rose ! L'horreur !
Plus pragmatique, Ita demande aux deux fanfickeuses :
- Dites ? La corde violette, elle vient d'où ?
- C'est le truc qui tient les rideaux normalement, tu sais : l'embrasse ! répond l'une des deux demoiselles.
- Ben oui, on a fait avec les moyens du bord, hein ! explique l'autre. D'ailleurs, si les lecteurs pouvaient nous subventionner avec quelques reviews, ce serait bien sympathique...
Les quatre jeunes hommes et le renard s'exclament en chœur :
- Vous subventionner ? Non ! mais nous soutenir, oui ! Pitié chers lecteurs !
Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 12: Des bulles d'eau et des bulles de plaisir.
Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. Et dans l'ombre de cet amour naissant, l'Akatsuki, nimbée de son aura malfaisante, rôde...
