- Je peux rentrer chez moi ?
L'infirmière qui changeait sa perfusion lui jeta un regard agacé et il pouvait jurer qu'elle tira un peu sur le tube pour lui faire mal. Il hissa à la douleur et la fusilla du regard. Vieille peau. Cela faisait déjà dix fois dans la même demi-heure qu'il lui posait la même question. Et la réponse n'avait toujours pas changée.
- Non, M. Meyer.
Il se renfonça dans son lit, aussi frustré qu'elle. Cela fait plusieurs heures qu'il était là, tout seul dans sa chambre d'hôpital sans qu'on vienne le voir et il s'ennuyait ferme. Il allait perdre la tête s'il devait rester là sans rien faire, sans rien savoir de son état, pour encore ne serait-ce que quelques minutes.
- Détrompez-moi, mais si personne n'ai venu m'examiner cela signifie que je n'ai rien de nouveau, n'est-ce pas ? Et cela signifie donc, de facto, que je peux y aller et rentrer chez moi, tenta-t-il. Où je ne pourrais plus vous embêter.
Dieu savait qu'il détestait les hôpitaux. Trop de temps inutile passé dans ces endroits. L'infirmière se dirigea vers la porte et, avant de sortir, lui adressa un regard sévère. On aurait dit une institutrice de la vieille école et Lou était sûr que s'il la quittait des yeux ne serait-ce qu'une seconde elle en profiterait pour lui tirer les oreilles.
- Vous baigniez dans votre propre sang il y a peine cinq heures, M. Meyer. Alors oui, vous avez quelque chose de nouveau. Et le docteur Cuddy m'a demandé de vous informer que le centre de diagnostic sur penche très attentivement sur votre cas. Quoi que cela veuille dire quant on connait fou qui dirige ce service.
Et elle s'en alla, le laissant seul, et sans en rajouter davantage sur le dit fou qui serait en charge de découvrir qu'est-ce qu'il n'allait pas dans son corps. Il grogna en regardant par la fenêtre la pluie qui tombait paresseusement. Il avait fait si chaud aujourd'hui que la chaleur avait provoquée un orage. Il adorait le bruit de ce phénomène, bien plus que la chaleur, alors il supposa que cette journée n'était pas si terrible. Il avisa ensuite son sac de cours, au pied du lit et se pencha. Le bout de son doigt effleurait le tissus rêche. Il mordit sa longue et tendit encore plus son corps hors du lit. La perfusion plantée dans son bras l'empêchait d'aller bien loin. Lou se pencha un peu plus, pinçant les lèvres alors que l'aiguille remuait dans sa chair, et finit par attraper le sac. Avec un sourire victorieux, il sortit ses cours et les relut, attentivement cette fois. Il avait quand même des partiels dans peu de temps, et même s'il se targuait d'être un excellent élève qui avait très peu besoin de réviser s'il assistait au cours, il n'avait pas grand chose d'autre à faire. Il n'avait même pas son téléphone, qui avait été oublié sur le sol de la cantine d'après l'ambulancier. Il grogna en se disant que Malory l'avait probablement récupéré. Il l'avait entraperçue dans la salle avant qu'on l'emmène.
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Lou déambulait dans l'hôpital en jetant des coups d'œil un peu partout, à la recherche de quelques curiosités, mais cet hôpital était en tout point similaire à tous ceux qu'il avait visité auparavant. Il s'ennuyait à mourir dans sa chambre et avait réussi à obtenir - après avoir harcelé l'infirmière et finit par menacer de se pendre à l'aide de sa perfusion - une perfusion mobile qui le suivait docilement comme un petit chien. Au bout d'un moment à errer sans but précis, il croisa plusieurs femmes accompagnées d'hommes, ou de femmes, et tenant précieusement des bébés. Lou en conclut qu'il devait s'approcher de la maternité et continua un peu son chemin. Il regarda à travers la vitre - un petit sourire en coin - les mères et leurs enfants. Il avait toujours aimé ce département. Il était reposant, serein, toujours rempli de la plus grande joie. Qu'avait-il de plus positif qu'une naissance heureuse ?
Et il était sûr de toujours y trouver calme et apaisante atmosphère lorsque son propre département était plein à craquer.
Il reprit son chemin et partit vers la cafétéria. Il commençait à avoir faim. Alors qu'il faisait la queue en comptant la monnaie - qu'il avait obtenu en faisant les poches de l'acariâtre infirmière - pour s'acheter un sandwich, il réfléchit auquel il allait prendre.
Hum... jambon/emmental ou thon/crudité ?
Lou choisit le thon/crudité, la moindre peine, et prit une bouteille de coca. Il avait grandement besoin de sucre et le meilleur moyen de remédier à cela était de boire de ce cholestérol concentré. Il n'était pas sûr qu'un sandwich au poisson soit la meilleure chose à faire alors qu'il ignorait ce qu'il avait, mais étant donné les circonstances, il s'en fichait royalement. Il finit son ''repas'' et, après plusieurs minutes à contempler ce qu'il pourrait bien faire ensuite, répartit vers sa chambre en révisant dans sa tête les mots-clés à connaitre impérativement.
Il se ré-assit sur son matelas dur et fixa le plafond en imaginant qu'il était couvert de dates, de mots, de phrases et de noms. Lou continua à réfléchir pendant un laps de temps conséquent, se perdant parfois dans les méandres de son cerveau, mais oublia tout aussitôt que ses yeux quittèrent le plafond pour fixer sa montre. Puis, pour échanger les plaisirs, il commença à compter ses doigts en se demandant combien de temps il allait encore devoir patienter avant qu'on l'ausculte. Jamais cela n'avait duré si longtemps Et Dieu savait qu'il avait eu sa dose de chambre d'hôpital et d'urgences.
- Bonjour, lança une voix douce, le tirant de sa frustration.
Il leva les yeux de ses ongles courts pour voir entrer trois personnes dans sa chambre. Une femme et deux hommes. La femmes avait de longs cheveux bruns qu'il envia l'espace d'un instant et un air avenant, empathique. L'un des deux hommes était noir et semblait très sympa, l'autre grand et blond, avec un petit air aristocrate. Il poussa un soupir en constatant que tous les trois portaient des blouses blanches.
- Hallelujah.
Ils sourirent patiemment à son sarcasme, comprenant probablement son impatience, et il songea que s'il repoussait sa capuche maintenant, il y avait moyen de rigoler. Il se retint de justesse et écouta plutôt les trois médecins se présenter. Avec la chance qu'il avait, il allait devoir les revoir encore. La femme était le docteur Cameron, le noir était Foreman, et le blond était le docteur Robert Chase.
- Alors, pouvez-vous nous décrire vos symptômes, s'il vous plaît ? demanda Foreman.
La femme tenait stylo en main, prête à noter.
- Nausées, migraines, et hémorragie, lança-t-il tout à trac avant de demander, tout de même intrigué. Pourquoi j'ai trois médecins rien que pour mon humble personne ?
Ils se concertèrent un instant du regard puis Foreman dit simplement :
- On travaille en équipe.
- Ah bon. Et est-ce que vous avez déjà des idées sur ce que j'ai ?
Il voulait rentrer chez lui maintenant, dormir tout son soûl et se réveiller tôt juste pour avoir le plaisir de faire la grasse matinée plus longtemps. Il en bavait d'avance. Il avait juste besoin de leur coopération. Espérons qu'ils soient plus coulant que la vieille infirmière.
- Nous avons quelques idées, dit Chase. On reviendra lorsque l'on aura du nouveau. En attendant, vous allez passer la nuit ici. Il faut vous reposer.
Il devait afficher une grimace d'indescriptible outrage sur son visage parce qu'ils riaient lorsqu'ils sortirent.
- Bande de sadiques...
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- Bon, qu'est-ce qu'on a ?
House jouait avec sa canne tout en restant près du tableau et des feutres, protégeant ces derniers des mains baladeuses de quiconque aurait la bonne idée de participer de trop près. Cameron regarda ses notes, toujours si sérieuse.
- Il a des nausées et des migraines. Mais d'après son dossier c'est récurrent, donc cela n'apporte pas grand chose.
- Une petite fleur, alors. Quoi d'autre ?
- Quelque chose de nouveau - et ce qui a sûrement titillé votre intérêt, passa-t-il sous silence - hémorragie digestive haute, qui a causée un vomissement sanglant, dit Foreman.
House attrapa un feutre noir qu'il débouchonna avec les dents.
- OK. Quels sont les suspects ?
Chase réfléchit un quart de seconde.
- Ulcère gastro-duodénaux, affirma-t-il.
Cameron parcouru le dossier et eu un air désapprobateur.
-... oui, possible. On ne peut pas dire que son mode de vie soit très sain. Il boit, fume et ingère beaucoup de médicament.
- Tout cela a pu causer une pyrosis, une dyspepsie, les nausées, les vomissements et même le saignement, dit Chase, l'air assez fier de lui.
Tourné vers le tableau, Gregory House leur cacha le sourire ironique qui flottait sur ses lèvres et écrit l'idée qu'avait proposé Chase. Ses spécimens l'amusaient tellement !
- Suivant ?
- Des varices gastriques causées également par l'alcool et les médicaments, lança Foreman, les sourcils froncés et visiblement très concentré.
House écrit encore.
- Ou alors, érosions gastriques pour cause médicamenteuse, conclut la jeune femme. C'est tout.
Greg posa le feutre et se tourna vers son équipe en agitant sa cane un peu dans tout les sens comme s'il frappait des ennemis invisibles.
- Faites lui une fibroscopie et une endoscopie, si y c'est l'ulcère donnez lui de l'Antihistaminique H2, si c'est les varices, filez lui un médoc de type bêta-bloquant, n'importe lequel, on s'en fout.
Il boita jusqu'à la porte en marmonnant des paroles incompréhensibles au sujet d'un festival et de Wilson et de masseuses. Ils le regardèrent s'éloigner. Lorsqu'il fut loin, Allison fit volte-face vers ses collègues masculins, énervée.
- C'est quoi son problème ? Pourquoi il n'a prit en compte que vos diagnostics ? Le mien aussi était plausible ! Plus que le tien, d'ailleurs, Foreman, protesta-t-elle. Des varices à son âge ?!
Ils levèrent les yeux au ciel et quittèrent le centre de diagnostics pour programmer les tests. Lorsque la jeune femme était dans cet état, mieux valait la laisser seule et ne pas prendre en compte ce qu'elle disait. De plus, elle en voulait toujours à Foreman pour lui avoir voler son article.
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- Vous saviez que la séquestration est un crime gravement puni par la loi ?
Chase retint un rire alors que Sofia, l'infirmière, ignorait tout simplement le jeune dont elle s'occupait depuis trois jours. Robert se força d'arrêter de pouffer, ce n'était pas le moment, il allait annoncer au jeune patient le résultat des examens et cela n'avait rien d'une blague. Il trouvait le patient étrange, avec sa capuche qu'il n'avait pas encore rabattu depuis son arrivée, ses remarques sarcastiques et sa voix à la fois trop aiguë pour appartenir à un homme et trop grave pour être celle d'une femme. Il commençait à avoir l'habitude des patients étranges, mais celui-là battait de nouveaux records.
- Je vois que vous allez bien, Lou, commenta-t-il en s'approchant du lit.
Il haussa les épaules.
- C'est loin d'être la première fois que je suis à l'hôpital pour une maladie grave. Alors, c'est quoi cette fois ?
Chase inspira longuement.
- Vous avez un cancer gastrique.
Petit silence gêné dans la chambre.
- Et ? encouragea Lou. Ce n'est pas nouveau, je suis malade depuis longtemps. Je me défonce aux médicament depuis tout petit à cause de ça.
Il inspira à fond, se détestant sans raison à ce moment là pour ce qu'il allait devoir annoncer au jeune.
- Oui, c'est écrit dans votre dossier. Ce que je veux dire c'est que vous être en phase terminale de votre cancer, poursuivit-il, le regard désolé.
Il s'attendait à de l'incompréhension, à de la colère, à des insultes, à des larmes, ou à tout cela à la fois. Il s'attendait à une tempête. C'était difficile à supporter, à chaque fois. Pourtant, cela ne se passa pas comme prévu.
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- Sérieux ? C'est tout ce qu'il a fait ? s'étonna Foreman.
Ils étaient tous réunis dans la salle de diagnostic, House, Cameron, Chase, Foreman, Wilson. Même Cuddy était là.
- Ouais.
Cameron fronça les sourcils.
- Il a juste dit ''Ah bon ? Dommage'' ?
- Ouais.
House grignotait des cacahuètes en regardant sa série médicale préférée mais écoutait d'une oreille la conversation. Il haussa un sourcil.
- Ah... le déni... lâcha-t-il en fourrant une poignée de nourriture dans sa bouche impolie. Quelle bien belle invention de notre magnifique race humaine, n'est-ce pas ?
Chase fit non de la tête.
- Il n'a pas nié. Il a accepté !
La voix douce de Wilson s'éleva à son tour.
- Lou Meyer est conscient de la précarité de sa santé depuis ses dix ans. Il a eu tout le temps qui lui fallait pour accepter. C'est triste, mais c'est comme ça. J'en vois souvent, des patients qui savent depuis tellement longtemps que leur vie ne sera jamais aussi longue et remplie que celle des autres et qui, qu'en on leur annonce l'ultimatum final, sont préparés. Certains sont même soulagés. Je n'irais pas jusqu'à dire que Meyer est à ce stade, mais il est évident qu'il n'en est pas loin.
Un téléphone sonna, toutes les têtes se tournèrent vers Cuddy qui décrocha et écouta attentivement.
- ...oui... oui... d'accord... OK, autorisez-le à sortir.
Elle raccrocha.
- Lou Meyer vient juste de quitter l'hôpital, il préfère rentrer chez lui pour mourir.
- Il ne peut pas être déjà sortit, vous venez de donner votre accord, objecta Chase.
C'était stupide de tergiverser là-dessus, mais la phrase était quand même sortie immédiatement de sa bouche.
- Il était à l'accueil en train d'harceler la réceptionniste pour qu'elle m'appelle et que je donne l'autorisation.
Robert esquissa un sourire. Cela ressemblait assez à la facette que le jeune homme avait montré tout le long de son séjour.
- Faite-le revenir.
House avait levé les yeux de son programme TV et fixait ses assistants en jouant à lancer des cacahuètes dans sa bouche. C'était presque comme s'ils avaient rêvé ses paroles. Ils observèrent leur patron, perplexe. Finalement, c'est Cameron qui posa la question :
- Pourquoi ?
- Je ne pense pas qu'il ait un cancer, lâcha Gregory.
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Il courrait dans le noir.
Il ne voyait pas où il allait.
Mais il savait qu'Il le pourchassait.
Il entendait le bruit de SA course juste derrière lui.
Le bruit de SA respiration.
Et soudain, il sentit SES doigts se refermer, telles des serres, sur son cou.
Il hurla et...
Lou se réveilla en sursaut, le corps tremblant, son pyjama trempé de sueurs. Il fallait qu'il se calme. Maintenant. Il fallait que son cœur arrête de cogne à lui en faire mal, à lui broyer la poitrine. Il ralentit sa respiration, se calmant progressivement. Il passa une main encore tremblante sur son visage humide.
- Putain de cauchemar.
Il repoussa le drap qui le recouvrait et se dirigea d'une démarche de mort-vivant vers la cuisine. Il se fit couler un café bien noir et s'affala sur son canapé. Il alluma la télévision. Il fallait qu'il se purge l'esprit, c'était urgent, il fallait qu'il pense à autre chose.
Tiens, le gagnant du loto de la veille était un vieux monsieur SDF.
Le café avait fini de couler, il le but devant une émission de télé-réalité totalement stupide qui était sûrement en train de lui faire fondre les neurones et de le faire régresser jusqu'à deux ans d'âge mental. Le même âge mental que les participants et les fans de ce genre d'émission. Exactement ce dont il avait besoin pour penser à autre chose. Quoi de mieux que constater le retard mental de Brenda, la nympho espérant se taper Kevin, le DJ, alors même que celui-ci est engager dans une cour torride donc l'objet est Natasha, la barmaid. Il s'enfonça dans le canapé. Une ou deux heures plus tard, lorsque l'émission fut terminée, il se leva, mit la tasse dans l'évier à côté de toute la vaisselle en retard, et se dirigea dans la salle de bain.
Il grimaça en se regardant dans le miroir. A chaque fois qu'il entrait dans la salle de bain, il se disait qu'il fallait qu'il enlève ce fichu miroir. Mais c'était le genre de promesse qu'on fait par frustration et qu'on ne tient jamais. Alors, lorsqu'il entra et se mit dans le miroir, il se dit une fois encore qu'il devrait l'enlever.
- T'as vraiment une salle gueule ce matin, lança-t-il à son reflet.
Lou se brossa longuement les dents. Il avait une haleine chargée d'alcool qui le rebuta lui-même. Puis, il prit une longue douche brûlante, trop chaude pour la relaxer, le but était d'effacer tous souvenirs de sa peau. Il sentait encore la sensation de SES mains sur son corps et se lava durement pour oublier. Il mit des vêtements propres.
Passant rapidement ses doigts dans ses cheveux pour les démêler, il ouvrit la fenêtre et alluma une cigarette. Il n'en restait plus que deux dans son paquet. Il allait bientôt devoir en racheter. Il en profiterait pour acheter à boire, songea-t-il. Autre chose que de l'alcool. Il souffla doucement la fumée vers le ciel bleu, sans nuages. Il faisait assez beau aujourd'hui. C'était l'été. Il avait l'impression que l'hiver avait duré une éternité. Il aurait voulu que l'hiver dure encore plus longtemps, puis le printemps après lui, mais c'était déjà l'été et les températures allaient vite devenir insupportable.
En contrebas, il voyait des badauds s'arrêter devant les vitrines des magasins de la rue piétonne, et faire les boutiques. La rue était bondée. Ils en faisaient du bruit, quel heure était-il ? Il tourna la tête vers l'horloge accroché au mur.
Déjà treize heures ?
Il avait dormi plus longtemps qu'il avait cru.
Alors qu'il finissait sa cigarette et l'écrasait sur le bord de la fenêtre au milieu des cadavres des autres, il se souvint soudain qu'il était sorti de l'hôpital la veille. Il songea que c'était pour ça qu'il était dans cet état aujourd'hui. Il se souvint qu'il avait vomit du sang en plein milieu de la cantine. En rentrant, il s'était saoulé jusqu'à oublier le diagnostic. Et il en payait maintenant le prix.
- Plus que deux mois à vivre...
Il soupira. Il n'était même pas déprimé. Il avait déjà accepté l'idée de mourir. Il avait abandonné l'espoir d'avoir une vie ''normale'' il y a longtemps après tout. A peu près à l'époque de l'accident en y repensant bien, et un ou deux ans après qu'on lui ai diagnostiqué ce cancer. Il se souvenait encore de ce que lui avaient dit les médecins : durée de vie indéterminée et pas de traitement définitif connu, il allait souffrir et se défoncer aux médocs pour grapiller quelques années de vie. Et ils avaient eu raison. C'était exactement ce qu'il s'était passé. Et ce qui avait provoqué le dégringolage de son état déjà si instable.
Lou allait se remettre à réviser ses partiels - ils étaient dans un mois, il en avait deux à tuer (c'était le cas de le dire ) alors autant les passer à faire quelque chose d'utile - lorsqu'on toqua à la porte de son appartement. Il grogna et marcha jusqu'à la porte. Qui osait venir le déranger ? Il n'avait pas d'amis de toute façon, alors qui cela pouvait-il bien être ? Peut-être un nouveau voisin qui voulait faire connaissance ou un livreur qui s'était trompé d'appartement.
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Robert, Eric et Alison avaient été envoyés au domicile de leur patient, un peu à l'écart du centre-ville de New York. Il y avait des embouteillages dans les rues de la capitale et Chase dû klaxonner à de nombreuses reprises. La circulation était cauchemardesque. Ils auraient dû prendre le métro, ils seraient arrivés bien plus vite. Ils tournèrent un peu avant de trouver - Ô miracle - une place où se garer, juste devant l'appartement. C'était de la chance, ou ils ne s'y connaissaient pas. Foreman sifflota, l'air appréciateur, en contemplant l'endroit.
- Sympa comme immeuble.
Cameron sourit et ils descendirent de voiture. Ils avaient dû venir ensemble - Gregory le leur avait demandé et on ne disait pas non au docteur House - mais ils n'avaient pas échangés un mot de tout le trajet. Les deux hommes, s'ils s'entendaient plutôt bien et étaient ce qu'on pouvait appeler des amis, ne supportaient pas la jeune femme. Si, pendant un temps, ils avaient tout deux avouer trouver Alison sexy et adorable, c'était bien avant qu'elle ne se soit révélée être une garce hystérique et pourrie gâtée. Lorsque House lui avait fait comprendre qu'entre eux deux, rien ne serait jamais possible, elle avait poussé une crise devant les deux garçons. Ils s'en souvenaient comme si c'était hier. Depuis, ils prenaient garde à ne pas passer plus de temps avec elle que nécessaire.
Les rues étaient bondés en cet après-midi d'été, c'était les vacances scolaires et les touristes avaient envahies New York. Ils levèrent le nez vers l'immeuble. D'après l'adresse que leur avait laissé Lou Meyer, il habitait au cinquième étage, dans l'appartement numéro 37.
La porte de l'immeuble était grande ouverte, alors ils n'eurent pas à sonner pour entrer. L'ascenseur - à leur grande tristesse - était en panne, ils durent prendre les escaliers. L'immeuble était miteux et avait au moins un demi-siècle, ce qui était plutôt étonnant à New York, l'escalier était en bois sombre et grinçant. Il n'y avait pas de fenêtres, la seule lumière était prodiguée par des petites lampes et elle était jaunâtre. En plus, ça sentait mauvais. La cage d'escaliers puait l'urine et le sexe. Ils se regardèrent, dégoûté, craignant presque de voir dans quel état était l'appartement de Lou Meyer. Cela ne devait guère être mieux. Si l'immeuble avait fier allure vu de dehors, c'était une toute autre paire de manches à l'intérieur.
Ils arrivèrent finalement au cinquième étage, au numéro 37, et Chase toqua. Ils entendirent un juron derrière la porte, puis le son d'une chaise qui racle sur le sol et enfin la porte s'ouvrit sur leur patient.
- Qu'est-ce que vo...? commença-t-il, courroucé, avant de voir qui était là.
Robert n'en croyait pas ses yeux.
Il s'était demandé ce que Lou cachait sous sa capuche, et bien il était servi.
Une peau d'une blancheur éclatante, pure, comme la neige, trop blanche pour être signe de bonne santé, des cheveux tout aussi blancs qui lui arrivaient aux épaules et présentaient deux ou trois nœuds bien visibles, et des yeux verts trop sombre pour la pâleur de la peau. Mais tout ceci n'était rien comparé aux deux autres détails qu'il était impossible de manquer.
Premièrement, la longue cicatrice blanchâtre qui courrait de la racine de ses cheveux jusqu'à sa mâchoire, sur le côté gauche de son visage et qui lui remontait le coin gauche de ses lèvres, formant un rictus ironique.
Deuxièmement, la robe courte et bleue qu'il portait.
