Et voilà la suite. Bonne lecture à tous !


Trois jours plus tard, ils atterrissaient en Angleterre. On était le vingt-deux et Nyssa les attendant déjà dans le manoir de leur "famille", affalée devant la télévision comme toute adolescente de son âge. Ses lèvres esquissèrent une moue en le voyant entrer.

"Tu sais que j'étais convaincu que Stan bluffait quand il m'a dit que tu rentrais" lança-t-elle.

"Allons, ma chérie" répliqua-t-il avec une ironie mordante "je ne manquerai pas d'aider mes enfants dans leurs jeux, n'est-ce pas ?"

"Qu'est-ce qu'il t'a promis ?" aboya-t-elle.

"Explicitement, rien" fit Al'Najin en entrant, allant embrasser sa "sœur". "Implicitement, il aime bien se battre contre des sorciers et surtout il déteste qu'on lui dise que les moldus ne sont pas dangereux."

"Ça me vexe" fit innocemment Deathstroke. "Et toi aussi, je suis prêt à le parier. Prétendre que tu es inoffensive ?"

Il jeta sa veste sur le porte-manteau.

"Je suppose que vous deux avez beaucoup de choses à vous raconter. Je vais faire un tour en ville."

Cinq minutes après, il quittait le petit manoir, habillé d'un costard très propre et d'une belle cravate. Les deux ne bougèrent pas avant d'être certains qu'il était parti, puis Al'Najin sauta en avant avec un immense sourire, allant étreindre Nyssa.

"Tu m'as manqué, petit frère" souffla-t-elle à son oreille en arabe.

"Toi aussi" assura-t-il avec un grand sourire. "Je ne pensais pas que tu accepterais de le voir."

"Voldemort est l'objectif et je peux reconnaître qu'il sera très utile face à lui. Est-ce qu'il t'a blessé ?"

"Sérieusement ?" demanda Al'Najin en ricanant. "Plein de fois. Peut-être que la Ligue était trop gentille avec moi. Il me tuait presque et ça marchait. Tu veux voir ?"

Elle acquiesça.

"Tous les serviteurs du manoir font partie des nôtres" informa-t-elle en lui faisant faire le tour du propriétaire.

"Est-ce que lord Mallory a été inventé pour l'occasion ?" se renseigna Al'Najin, ne connaissant pas le nom sur la porte d'entrée.

"En partie. Il nous a déjà servi plusieurs fois et nous cultivons soigneusement son identité."

Ils avaient rejoint la salle d'entraînement en parlant et Al'Najin fit venir à lui une des épées, la faisant rapidement tournoyer pour estimer son équilibre. C'était une excellente lame et il se mit donc en position de combat. Nyssa prit sa propre épée recourbée, étudiant sa position.

"Ce n'est pas la position de la Ligue. Tu utilises la sienne ?"

"Il essayait de m'étriper chaque fois que j'utilisais la position de quelqu'un d'autre" expliqua Al'Najin.

"Je vois. Tu as développé ton style alors."

"Oui."

"Bonne idée. Ordinairement on maîtrise le style de la Ligue avant d'inventer le sien, mais si cela fonctionnait mieux pour toi ainsi…"

Al'Najin secoua la tête.

"La Ligue n'avait pas une rage, hm, surnaturelle" expliqua-t-il. "Wilson si et c'est pour ça que j'avais tellement de mal à le comprendre. Il a dû presque me tuer pour que je saisisse enfin. Tu veux voir ?"

"Je t'attends" répondit l'assassin.

Il fondit en avant et le combat s'engagea bientôt à une vitesse folle. Les coups et les parades s'enchaînaient et ce fut avec un sourire de plus en plus grand que Nyssa se laissa aller dans le combat, attendant l'éclat de magie qui pourtant ne vint jamais. Non, Al'Najin avait enfin acquis cette grâce d'un combattant émérite, semblant danser avec elle. Leur niveau augmenta graduellement. Ils ne semblaient plus prendre la peine de toucher le sol entre deux échanges. Leurs armes sifflaient et s'entrechoquaient, libérant des pluies d'étincelles, et ils finirent par s'arrêter d'un commun accord, s'éloignant d'une douzaine de mètres.

"Tu n'étais pas à fond" observa-t-elle avec amusement.

"Toi non plus" fit-il avec un sourire. "Nous ne cherchons pas à nous entretuer."

Elle acquiesça en souriant.

"Au vu de ce qu'il a fait de toi, je peux comprendre ce qu'il a fait de Queen" approuva-t-elle. "J'avoue que je n'y comprenais goutte."

"Il semblerait que je sois un meilleur élève que Queen."

"La comparaison ne se tient même pas" fit une voix rauque. "Alors, Nyssa ?"

L'assassin sourit avec orgueil.

"Au vu de ses capacités avant ton entraînement, je suppose qu'il est maintenant un des meilleurs assassins de la Ligue."

Al'Najin fit un clin d'œil à l'homme.

"Où est Al'Sahfer, Nyssa ?"

"A Starling City" répondit la jeune femme en jetant un œil à Wilson.

Son expression ne varia pas d'un pouce. Pas même un léger agacement.

"Il y a un traître à la Ligue" précisa-t-elle. "Elle enquête, le tuera si elle en a une occasion et sinon je monterai une mission complète."

"Si triste que je doive aller en Ecosse" fit le garçon entre ses dents.

"Il est une cible plus importante qu'un traître à la Ligue, et tu es le seul à pouvoir le débusquer aussi facilement" fit sévèrement Nyssa.

"Je sais" grogna Al'Najin.

Il ne devait pas seulement trouver la localisation actuelle de Voldemort. Il devait aussi découvrir si et combien il avait fait d'autres Horcruxes, combien de partisans lui étaient encore fidèles pour pouvoir les abattre en même temps ou, au moins, dans la même vague. Il ne serait pas le seul à passer à l'offensive quand le moment serait venu, mais pour le moment il ne faisait qu'observer. Il devait déterminer le climat politique également et voir si la Ligue pouvait en tirer avantage en utilisant le nom des Potter. Récupérer son héritage également, car d'après Aesclepios il en avait forcément un au vue de l'ancienneté de sa lignée.

"Donc, lord Mallory" questionna Nyssa en changeant de sujet "comment est votre demeure ?"

"Sympathique" répondit le borgne "et idéalement bien placée."

Il ouvrit la valise qu'il avait ramenée après à peine une heure d'absence. Les yeux de Nyssa se plissèrent en voyant les armes blanches et à feu qu'elle contenait.

"Al'Najin a toutes ses armes fournies par la Ligue."

"Navré de te décevoir, ma chère fille" répondit-il avec son sarcasme blessant "mais celles-ci sont les miennes."

Une expression de surprise lui répondit.

"Tu es allé à Starling City sans tes armes à toi ?"

"S'il te plaît. J'étais fou, soit, mais Queen n'est ni assez important, ni assez fort pour que je mobilise toutes mes ressources pour lui. Quant à Stan…"

Son regard se posa sur le jeune home qui avait l'air follement amusé. Il avait su au premier instant que ces armes n'étaient pas pour lui.

"Donnez-lui une épée de lignée suisse pour le moment" suggéra-t-il "alentours du seizième siècle en forme de lame. S'il peut emmener une épée, néanmoins, sinon des dagues italiennes feront très bien l'affaire."

"Dagues italiennes" fit nonchalamment Al'Najin. "Stan Mallory ne sait pas se battre…"

Deux mines sceptiques lui répondirent et il haussa des épaules.

"Peut-être aime-t-il pratiquer l'escrime avec son père, quand celui-ci a le temps" reconnut-il. "Sur ce… je vais me coucher, merci de ne pas vous entretuer. Bonne nuit."

"Bonne nuit" répondit Nyssa avec amusement. "Ne t'inquiète pas, nous travaillons ensemble pour le moment."

"Je n'oublie pas notre marché" ajouta le mercenaire.

Il hocha la tête et quitta la pièce, rejoignant sa chambre avant d'aller effectivement se doucher et se coucher. Nyssa eut un innocent sourire vers Slade Wilson.

"Qu'est-ce qu'il t'a promis, papa ?"

"Vous avez de la chance qu'il soit tellement loyal à la Ligue" répondit Slade Wilson en refermant la valise, quittant à son tour la salle d'entraînement. "Je lui ai promis que je n'attaquerai pas la Ligue pour le moment, ni Sarah Lance tant qu'elle en ferait partie."

L'assassin ne dissimula même pas son expression surprise et il eut un sourire amusé vers elle.

"C'est bon de retrouver un esprit sain" précisa-t-il. "L'entraînement que je lui ai fourni n'a pas la même valeur et nous le savons tous les deux. Je te propose une trêve, Nyssa al'Ghul. Deathstroke et la Ligue des Assassins peuvent très bien s'ignorer mutuellement."

La jeune femme le dévisagea attentivement, puis sourit lentement.

"Deathstroke n'est pas une cible de la Ligue des Assassins" énonça-t-elle doctement. "Il ne tient qu'à lui de ne pas le devenir car nous n'accepterons pas un second contrat pour le neutraliser – pas quand notre méthode a été refusée la première fois."

Le mercenaire inclina sa tête.

"Entendu. J'aime bien le gamin, je n'agirai pas contre la Ligue, ni plus particulièrement celle que vous nommez Al'Sahfer, tant qu'il en fera partie."

"Je transmettrai les termes de notre arrangement à mon père."

"Merveilleux. Et il y a quelques sorciers à qui je dirai bien bonjour – spécialement les Sang-Purs qui se croient supérieurs à nous."

"Je répondrai bien premier arrivé, premier servi" fit Nyssa avec insolence "mais tu risquerais de compromettre notre plan. Entendu. Al'Najin t'informera si des Sang-Purs peuvent disparaître."

Ils avaient rejoint l'escalier d'honneur et le montèrent ensemble, se séparant à son sommet sans un mot de plus. Aucun des deux ne ferait confiance à l'autre pour autant. On ne survivait pas aussi longtemps dans le monde des mercenaires et des assassins en se laissant bercer par de telles promesses.

Comme Stan le lui avait prédit, une lettre au nom de Harry Potter arriva le vingt-quatre. Ils n'y répondirent pas, comme s'il s'agissait d'un canular. Le trente-et-un, à vingt heures, on sonna à l'entrée du manoir. L'un de leurs serviteurs ne tarda pas à arriver – une jolie chinoise qui s'inclina devant Nyssa.

"Une certaine professeure McGonagall demande à voir Mr Potter à propos de l'école de sorcellerie de Poudlard ou, à défaut, lord Mallory."

"Dans la salle d'entraînement, gamin" fit Slade avec un sourire amusé. "Et ne dépasse pas les limites d'un garçon de ton âge."

Il jeta un œil à sa fille qui avait l'air songeuse.

"Comme tu veux. Si tu veux l'accueillir ou que tu préfères assister à l'entraînement…"

"Je vais la faire parler" décida Nyssa en se levant. "Je te suis, Hanah."

Les deux hommes disparurent par l'autre entrée. Nyssa rejoignit le hall d'entrée sans s'en soucier, observant avec attention la femme raide comme la justice qui s'y trouvait. Elle était vêtue d'une robe d'un style du siècle précédent, vert sombre, ses cheveux gris étaient serrés dans un étroit chignon et elle avait des lunettes à monture métallique.

"Lord Mallory est occupé avec son fils" fit Hanah vers la vieille femme avec politesse. "Lady Kahena, sa fille, a accepté de vous recevoir."

"Milady" fit sévèrement la vieille femme en inclinant sa tête. "Mes excuses pour vous déranger tellement à l'improviste."

"J'admets être intriguée" répondit Nyssa en lui tendant une main polie. "Professeur McGonagall, c'est cela ?"

"Tout à fait. Je viens en représentation de l'école Poudlard. Nous vous avons envoyé un courrier il y a une semaine mais n'avons pas reçu de réponse, je me suis donc déplacée afin de vous entretenir de son contenu."

"Courrier sur parchemin ?" interrogea Nyssa en lui faisant signe de la suivre jusqu'à un petit salon, où un thé leur fut servi. "Mon père l'a pris pour un canular et je l'ai approuvé. De plus, il n'y a pas de Harry Potter ici."

"C'est une erreur de notre part" fit délicatement le professeur. "Je crains de vous confirmer que votre jeune frère…"

"Stan fait partie de la famille" fit Nyssa nettement plus sèchement. "Oui, il a été adopté, mais nous parlons d'une adoption plénière."

"Tout à fait" acquiesça vivement la professeure "c'est pour cela que je parle d'une erreur de notre part. C'est son nouveau nom qui aurait dû figurer sur l'enveloppe, j'en suis profondément navrée. Votre frère est un sorcier."

Et Nyssa fit ce que toute personne sensée aurait fait en entendant ceci – elle lui rit au nez. McGonagall ne s'en offusqua pas.

"Peut-être puis-je vous faire une démonstration ?" suggéra-t-elle doucement. "A votre père et votre frère également ?"

Nyssa cessa lentement de rire pour la regarder avec attention.

"Mon père est un homme très occupé" finit-elle par dire lentement "et il n'aime guère être dérangé quand il passe un peu de temps avec mon frère ou moi. Certainement pas pour un tel canular."

"Je vous en prie, milady" fit poliment McGonagall "je vous assure que ce n'est pas un canular. Si vous permettez…"

Elle avait sorti une baguette en bois et Nyssa acquiesça sèchement. Une formule plus tard, la tasse vide de la professeure s'était changée en un sablier dont le contenu s'écoulait lentement. Nyssa resta silencieuse un moment. Al'Najin n'avait jamais manifesté de capacité à transformer les choses. Peut-être aurait-il à apprendre dans cette école, finalement.

"Suivez-moi" ordonna-t-elle plus qu'elle ne demanda en se levant.

McGonagall rendit sa forme originelle à la tasse d'un coup de baguette et la suivit. Elles descendirent jusqu'à la salle d'entraînement. Un homme torse nu faisait face à un jeune garçon, lui aussi torse nu, qu'elle identifia immédiatement comme étant Harry Potter. Ses cheveux noirs étaient accrochés dans sa nuque, dégageant son visage aux traits très semblables à ceux de James Potter, et ses yeux émeraudes brillaient d'intelligence et d'intérêt. La célèbre cicatrice était visible sur son front – elle ne pouvait savoir qu'il s'agissait d'un maquillage refait – et il observait l'homme.

"Tes jambes, Stan" fit l'aîné avec un sourire amusé. "Tu t'appuies trop sur une jambe, c'est pour ça que tu es déséquilibré."

Stan tenait son épée à deux mains mais son père à une seulement, son autre bras croisé dans son dos.

"Vas-y" l'encouragea-t-il. "Attaque."

Le garçon s'exécuta, à une vitesse incroyablement lente et pataude pour les assassins. Pourtant son père répliqua doucement, ne mettant pas réellement de forces dans son coup, jusqu'à frapper légèrement du plat de sa lame sur la jambe de l'enfant qui vacilla, déséquilibré. La main de son père l'avait déjà rattrapé.

"Hey" protesta-t-il sous son sourire amusé.

"Tes jambes" répéta patiemment son père.

Nyssa se racla la gorge et les deux visages se tournèrent vers eux. McGonagall ne frémit pas en voyant qu'il était borgne – elle avait vu bien pire dans sa vie.

"Kahena ?" questionna l'homme.

"Voici le professeur McGonagall, p'pa" fit la jeune femme. "Je, hm, pense que vous devriez l'écouter."

"Hm."

Il ramassa l'épée que son fils avait lâché en trébuchant.

"A la douche, Stan. Il semblerait que nous ayons une invitée."

Le garçon ne discuta pas et partit en courant alors que l'homme reposait les deux épées sur leurs présentoirs avant de se rapprocher. Le regard de la professeure passa sur le torse puissant qui lui était présenté alors qu'il lui tendait la main.

"Professeur, mon père, lord Mallory" présenta Nyssa.

"Enchantée de faire votre connaissance" répondit-elle en se forçant à relever les yeux pour croiser un bel œil bleu-gris. "Et navrée de vous déranger."

"Je vous en prie. Bienvenue dans ma demeure. Kahena, si tu veux bien accompagner madame au salon, je vais mettre quelque chose d'un peu plus présentable et je vous rejoins avec Stan."

Sa voix rauque et veloutée parut avoir un effet direct sur la vieille professeure. Nyssa leva les yeux au ciel dans son dos et lui proposa d'une voix polie de la suivre. Slade passa dans la pièce voisine où Al'Najin se rhabillait déjà après s'être rincé pour avoir l'air plus frais – à la vitesse d'escargots asthmatiques où ils s'étaient affrontés, il ne risquait pas de transpirer.

"Est-ce que tu lui as fait du charme ?" demanda-t-il d'une voix dégoûtée.

"Première règle d'espionnage, gamin" répondit Slade en se rinçant à son tour à l'eau froide. "Fais-toi toujours voir sous ton jour le plus séduisant par ces dames, fais-leur le plus d'effet possible et elles perdront leur concentration en ta présence, ne serait-ce que parce qu'elles essaieront d'ignorer ton charme."

Une mine sceptique lui répondit et il ricana.

"Tu comprendras après ta puberté. Ta sœur t'entraînera sûrement à ça."

"Merveilleux" marmonna le plus jeune, apparemment pas du tout convaincu.

La conversation fut longue et il finit par inviter le professeur à dîner. Leur scepticisme était plus que probant après tout et elle dut leur faire plusieurs démonstrations et leur expliquer longuement le programme de l'école avant de leur proposer de les guider sur le Chemin de Traverse, là où se trouvaient leur principale allée marchande, pour qu'ils n'acceptent d'envisager l'éventualité d'envoyer Stan à Poudlard. Rendez-vous fut donc pris pour le lendemain matin à huit heures dans le quartier du Chemin de Traverse et elle se retira ensuite pour la nuit, non sans un dernier regard pour le charismatique quinquagénaire qu'était le père adoptif de Harry Potter.

Slade ne s'en préoccupait déjà plus. Ils étaient tous les trois réunis dans l'un des bureaux, tentant de faire fonctionner les micros miniatures placés subrepticement sur la sorcière. Peine perdue pour le moment et Nyssa augmenta de plus en plus la sensibilité des micros, jusqu'à entendre un crachotement lointain.

"Elle a dû se téléporter" fit-elle avec un froncement de sourcils. "Ils sont pratiquement à leur limite de portée."

Pourtant le peu de son qu'ils entendaient lui suffit à affiner la fréquence et la voix de la stricte professeur se fit bientôt entendre dans les enceintes.

"… soir, Severus."

"Asseyez-vous, Minerva" fit une voix joviale. "Bonbon au citron ?"

"Non, merci" répondit la femme, de toute évidence agacée, en s'asseyant néanmoins d'après le bruit des vêtements froissés.

"Vos visites du jour se sont bien passées ?"

"J'ai visité la jeune Granger" acquiesça la femme "et elle viendra à Poudlard, je lui ai donné l'adresse du Chemin de Traverse."

"Bien, bien" fit l'homme avec impatience. "Harry Potter ?"

Un reniflement de mépris se fit entendre.

"Dites-moi qu'il est mort" fit la voix caractéristique de Severus, ce qui fit pouffer Al'Najin.

"Severus" fit d'ailleurs sévèrement l'autre voix d'homme.

"Stan Mallory" répondit délicatement Minerva McGonagall "est le fils cadet de Lord Mallory, un petit noble moldu relativement aisé. Il a une grande sœur, Kahena, et paraît très attaché à sa famille. Il sait qu'il est adopté, de toute évidence, mais s'en fiche et aime visiblement beaucoup son père. Ils étaient en train de faire de l'escrime ensemble quand j'ai été présentée à eux – rien de bien impressionnant, mais son père avait l'air très patient dans son apprentissage."

Al'Najin manqua d'éclater de rire et tira la langue au regard foudroyant de Slade. Il n'y avait pas de professeur moins patient que lui, ils le savaient parfaitement, et leur niveau d'escrime était bien plus qu'impressionnant.

"Ils m'ont invitée à dîner quand la conversation s'éternisait" admit McGonagall. "Ils n'étaient pas très convaincus mais j'ai accepté de les emmener sur le Chemin de Traverse demain matin. Stan n'a pas l'air contre…"

"Une chance de le convaincre de reprendre le nom de Potter ?" questionna Dumbledore.

"Aucune" répondit fermement la professeure. "Il aime bien trop sa famille pour cela."

"Dommage" soupira le vieil homme. "Eh bien… je suppose que nous ne le convaincrons pas de retourner chez les Dursley non plus, alors."

Une explosion brutale retentit à l'autre bout du poste d'écoute. Slade avait déjà plaqué le gosse contre un mur, son bras sur sa gorge pour l'immobiliser alors que ses doigts crépitaient de foudre.

"Dursley" siffla Al'Najin, furieux. "Il veut me renvoyer chez eux."

"Contrôle ta colère, Al'Najin" fit Nyssa d'une voix sèche, le fixant dans les yeux. "Tu sais qu'il n'a aucun pouvoir sur toi, ne lui en donne pas."

Le jeune assassin ferma les yeux, inspirant et expirant profondément en dépit du bras pressé contre sa gorge. La foudre crépita encore un instant, puis disparut alors qu'il se détendait. Ses yeux étaient à nouveau normaux lorsqu'il les rouvrit et Slade le relâcha, le faisant se rasseoir. Il se mit en tailleurs, méditatif, et Slade reconnut sans peine plusieurs exercices d'occlumencie. Les Dursley devaient être la famille biologique du gamin, ceux qui l'avaient abusé avant qu'il ne rejoigne la Ligue.

Ils écoutèrent le reste de la conversation en silence et restèrent encore longuement immobiles ensuite.

"Nyssa ?"

"Oui ?"

"Quand il n'aura plus d'utilité pour trouver Voldemort, je le tuerai. Pas pour le moment parce qu'il sera utile, il est le chef de l'Ordre du Phénix et celui qui nous aidera le plus sans le vouloir, mais je le tuerai après."

"L'essentiel est que tu ne laisses pas ta haine pour lui prendre le dessus pendant ta mission" répondit calmement Nyssa. "Si ensuite il commet l'erreur de blesser un membre de la Ligue des Assassins, il en paiera le prix lorsque nous jugerons que le temps est venu."

"Merci" répondit calmement le garçon. "Ce sera plus facile de le tromper si je sais que je pourrai le tuer ensuite."

"Tu sais qu'il est le second sorcier le plus puissant d'Angleterre ?" vérifia néanmoins Nyssa.

Al'Najin rouvrit les yeux et fit un sourire dur.

"Aucune importance si nous réussissons notre mission. La cible est le premier sorcier, je suppose que le second sera moins délicat. J'ai la Ligue des Assassins et l'un des mercenaires les plus dangereux de la Terre de mon côté, ce n'est pas une force négligeable non plus."

"Tu devrais recruter quelques sorciers, gamin" fit Slade en s'adossant confortablement, croisant ses jambes. "Tu ne pratiques pas la magie comme eux mais il est très peu probable qu'une telle école n'enseigne sincèrement tous les aspects de leur sorts."

"J'ai déjà un ami qui peut m'enseigner des choses supplémentaires" remarqua-t-il, mais Nyssa hocha sa tête.

"Il a raison, Al'Najin. Notre ami est très talentueux dans certains domaines mais il admet lui-même ne pas être un duelliste extraordinaire, par exemple. Il a été capable de dresser une liste de quinze sorciers anglais qui le vaincraient sans réel effort juste quand mon père lui a posé la question, je suggérerai que tu ne vois si l'un d'eux est intéressant et peut être recruté."

Al'Najin fronça des sourcils, puis alla chercher un bloc de papier et un stylo, réfléchissant un moment avant de rédiger une lettre. Il quitta ensuite la pièce sans mot dire et ne réapparut pas de la soirée.

Le lendemain matin, Severus Rogue mangeait dans la Grande Salle, l'esprit distrait. "Harry Potter" allait venir à Poudlard, ce qui signifiait que l'un des plus dangereux des membres de la Ligue des Assassins serait entre leurs murs. Il était peu probable que Al'Najin ne tue qui que ce soit, sa cible était après tout Voldemort et les Assassins pouvaient attendre très longtemps, plusieurs années si nécessaire, avant de fondre sur leur proie. Personne ne connaissait le danger qu'était le garçon malgré cela et certaines personnes risquaient de se heurter à un mur s'ils agissaient à son encontre.

Un nombre restreint de battements d'ailes se fit entendre. On était en plein été et seuls les professeurs qui n'étaient pas en vacances étaient présents. Il n'y avait donc que bien peu de courrier qui arrivait et pourtant une chouette effraie lâcha une enveloppe devant lui avant de repartir sans attendre de réponse. C'était l'écriture que son "fils" utilisait pour correspondre et il fit donc sauter le sceau.

Salut Papa,

Tes profs sont de plus en plus chiants. Je sais que t'avais dit que j'aurai pas le droit de commencer les cours avancés avant d'avoir l'âge d'aller au collège mais sérieusement, je m'ennuie. Tu m'avais promis quinze profs plus intelligents que toi.

Si tu les recrutes pas toi-même, je taxe ton coffre et je vais les chercher moi.

Son sourcil se leva. Al'Najin faisait plus subtil d'ordinaire mais quelque chose avait dû l'énerver.

"Votre fils, Severus ?"

"Comme toujours" grogna le professeur en mentant aisément. "Ce gosse commence à m'agacer."

Dumbledore ne savait pas grand-chose sur son informateur. Severus réfléchit un long moment à qui faisait allusion Al'Najin. Il ne sortait pas ce chiffre de quinze au hasard et le maître des potions réfléchit longuement avant de se souvenir. Trois ans plus tôt, Al'Najin lui avait demandé s'il serait prêt à l'entraîner au duel magique et aux arts dits sombres. Il avait de toute évidence un professeur pour de nombreux points magiques mais étonnamment peu de combat.

Severus avait calmement refusé. Il était un Maître de Potions, et un excellent, c'était vrai. Il ne se défendait pas trop mal en duel et son absence de scrupules faisait de lui un adversaire relativement dangereux. Il avait inventé un ou deux sorts plutôt efficaces dans sa vie également, et avait étudié beaucoup de théories concernant les arts sombres. Mais jamais, au grand jamais, il n'avait prétendu être un bon duelliste ou un ennemi terrible. Ce n'était tout simplement pas son domaine de compétence.

La voix de Ra's al'Ghul lui avait demandé comment il le savait. Il avait répliqué qu'il pouvait citer sans même y réfléchir quinze anglais qui l'écraseraient sans être essoufflés à la fin du combat. Il s'était d'ailleurs exécuté, énonçant les noms demandés à toute allure. Al'Najin ne les avait sûrement pas notés à l'époque mais il était évident qu'il ne veuille connaître les sorciers réellement dangereux avant d'entrer dans le monde magique. Il replia lentement le courrier et réfléchit un moment.

"Minerva ?" finit-il par interroger.

"Oui ?"

"Vous allez sur le Chemin de Traverse aujourd'hui il me semble ?"

"Avec les Mallory, oui" acquiesça Minerva.

"Pourriez-vous déposer un ordre de paiement pour moi ?"

"Bien sûr. Je pars d'ici une demi-heure, passez à mon bureau ou dans le hall."

Severus acquiesça et se leva, rejoignant son propre bureau. Il ne ferait pas dans la subtilité pour cette réponse, elle ne serait pas interceptée. Gringotts acceptait régulièrement de passer les messages. Il suffisait de déposer une enveloppe à l'un des guichets fermée du sceau de la famille, s'il y en avait un, ou de l'empreinte faite à la cire magique de la clef du coffre. L'enveloppe contenait soit un ordre de paiement pour n'importe quelle personne, moldue ou sorcière, soit une seconde enveloppe avec un nom écrit dessus. Les gobelins transféraient alors le message.

Le service coûtait la modique somme de trois mornilles mais un tel envoi était littéralement intraçable. Minerva savait que les courriers de son "fils" provenaient en réalité de son réseau d'information et ne s'étonnerait pas plus que ça qu'il leur envoie de l'argent. Prenant un parchemin neuf, il vérifia qu'il n'y avait pas de sortilèges d'espionnage dessus puis sortit un stylo bic de son tiroir avant de commencer à écrire rapidement.

Minerva prit l'enveloppe scellée quand il la lui remit et il la remercia d'un signe de tête avant de s'éloigner dans un tourbillon de cape, rejoignant ses donjons. Est-ce que les sorciers sur cette liste allaient être froidement assassinés avant même le début des événements, ce n'était pas une possibilité à exclure…

Lorsque Minerva McGonagall rejoignit le rendez-vous qu'elle avait fixé aux Mallory dans Londres même, ils l'attendaient tous les trois. Le père était en costard malgré la chaleur. Ses deux enfants avaient une tenue plus décontractée mais se tenaient néanmoins droits et ils la saluèrent tous trois avec la même politesse. Stan avait l'air impatient, un plutôt bon point d'après elle, et elle les mena jusqu'au Chaudron Baveur.

"Ne prêtez pas attention au standing" avertit-elle en s'approchant du pub miteux. "Il ne s'agit que du point de passage entre les deux mondes et ce n'est aucunement représentatif de notre niveau de vie."

Un nez plissé de dégoût quand ils entrèrent de la part de Kahena la convainquit qu'elle avait bien fait de les avertir. Ils passèrent donc rapidement et Minerva leur ouvrit le chemin vers le Chemin de Traverse. Seul Stan poussa une exclamation en découvrant l'allée. Les deux autres manifestaient de l'intérêt, mais pas l'émerveillement usuel des moldus arrivant ici. Elle leur proposa de commencer par Gringotts, la banque, et ils acceptèrent. Le professeur ne put que noter qu'ils encadraient tous les deux Stan, comme des protecteurs, l'empêchant d'être bousculé ou approché de quelque manière que ce soit.

Ils regardèrent néanmoins avec intérêt le poème sur les portes de Gringotts.

"Plus poétique que HSBC, c'est certain" finit néanmoins par remarquer Slade avant d'entrer dans le bâtiment blanc.

Ses yeux repérèrent entrées et sorties comme à l'accoutumée et il acquiesça mentalement. Effectivement, ce bâtiment semblait connaître quelques règles basiques de protection. Aucune ligne de vue dégagée sur l'ensemble du hall, notamment. McGonagall les entraîna jusqu'à un guichet de libre.

"Bonjour" fit-elle de sa voix sèche. "Nous venons retirer de l'argent dans la voûte de Mr Potter et également attester de son adoption."

"Clé" exigea le gobelin, et elle lui remit une clef en or. "Preuve de l'adoption."

Nyssa ouvrit son vaste sac à main pour en sortir une pochette avant d'en extraire plusieurs papiers. C'était notamment le jugement du tribunal qui donnait à Lord John Mallory et son épouse la tutelle complète de Stan, anciennement Harry Potter. Le gobelin le parcourut avec attention, vérifiant les filigranes, puis hocha sa tête.

"Document authentique" confirma-t-il. "Puis-je avoir les papiers d'identité du père ?"

Slade s'exécuta d'un geste nonchalant, offrant son passeport à la créature qui acquiesça à nouveau sans prêter attention aux nombreux visas.

"Authentique" confirma-t-il. "Je vais effectuer des copies de ces documents et Gringotts prend en compte une adoption plénière à partir d'aujourd'hui. Avez-vous des souhaits concernant les comptes de votre fils, Lord Mallory ?"

"Je veux voir toutes les opérations effectuées sur chacun des comptes depuis le décès de ses parents biologiques" exigea nonchalamment l'homme en se penchant par-dessus le comptoir "la liste de ses avoirs, incluant portefeuille éventuel, copie du testament de ses parents biologiques afin de vérifier que leurs éventuelles dernières volontés ont bien été respectées et toute information que vous jugeriez utile de me communiquer en attendant la majorité de mon fils."

Le gobelin ouvrit son livre de comptes, tournant rapidement les pages en les suivant de son index noueux.

"Au vu de la quantité d'informations demandées" suggéra-t-il "je peux vous proposer d'aller effectuer les retraits pour la scolarité de votre fils. Un premier résumé sera disponible à votre retour et nous pouvons vous envoyez par courrier l'ensemble de vos demandes."

"Entendu" accepta Slade en se reculant du comptoir sur lequel il s'était appuyé. "Merci bien."

"Je vous en prie. Gringotts est heureuse de renouveler son partenariat avec vous. Bonne journée."

"De même."

La langue du gobelin claqua, en appelant un second, moins fripé donc potentiellement plus jeune, qui inclina la tête devant eux avant de les entraîner à sa suite vers les coffres. A la sortie, un troisième gobelin les rejoignit, portant plusieurs épaisses enveloppes de parchemin, et les remit sans hésiter à l'homme qui les passa à Nyssa pour qu'elle ne les range dans son sac. Ils ne cherchèrent même pas à les ouvrir pour y jeter un œil.

D'ailleurs, le soir, lorsqu'ils rentrèrent avec un petit peu plus que ce qui était demandé, Nyssa remit la pile d'enveloppes à Al'Najin et Slade s'en alla après avoir posé les paquets qu'il portait comme si cela ne le concernait pas. Ils avaient fini par indiquer au professeur que oui, le jeune homme viendrait à Poudlard et l'avaient remercié pour son rôle de guide au début de la journée, lui affirmant ensuite qu'elle avait sûrement autre chose à faire et qu'ils se débrouilleraient.

Al'Najin s'installa donc dans sa chambre, sur son lit, les enveloppes devant lui. Il n'avait pas pensé à demander s'il avait un héritage et pourtant cela avait été naturel au mercenaire – à moins qu'il n'en ait parlé la veille avec Nyssa. Il éparpilla les enveloppes et une attira son attention. C'était l'écriture de Severus Rogue et il la prit en conséquence en premier, décachetant l'enveloppe.

Al'Najin,

Gringotts peut transmettre des messages et des ordres de paiement anonymement. Cela coûte trois mornilles et il suffit de remettre une enveloppe scellée à un gobelin, contenant l'ordre ou l'éventuelle enveloppe. Concernant ta demande, en vrac et sans ordre particulier :

- Voldemort

- Albus Dumbledore

- Alastor Maugrey "Fol'oeil", ex-Auror

- Lucius Malefoy, homme politique / Mangemort

- Barthemius Croupton junior, Mangemort (à Azkaban)

- Antonin Dolohov, Mangemort

- Augustus Rokwood, Mangemort, Langue-de-Plomb, maître en magie noire

- Minerva McGonagall, maître de métamorphoses

- Filius Flitwick, maître de sortilèges et enchantements et champion mondial de duel

- Bellatrix Lestranges, née Black, Mangemort (à Azkaban)

- Gellert Grindelwald, ex-mage noir (à Nurmengard)

- Augusta Londubat, femme politique (côté Dumbledore)

- Amelia Bones, directrice du département de la justice magique

- Kinglsey Shacklebolt, Auror (côte Dumbledore)

- Sirius Black, peut-être. Moins flagrant. A Azkaban.

C'est ma liste personnelle. D'autres gens feraient peut-être des choix différents, d'autres sorciers sont remarquables. Tu as demandé les premiers qui me viennent à l'esprit et ce sont ceux-là.

Oh, et ne te prive surtout pas de tuer Sirius Black de ma part.

La dernière phrase le fit doucement rire. Il devait y avoir une sacrée histoire entre ces deux-là pour que Severus n'écrive aussi explicitement qu'il ne serait absolument pas gêné de la voir mort. Eh bien… la plupart de ces noms ne lui disaient strictement rien. La Ligue ferait des recherches pour lui cependant. Après tout, il s'agissait des gens dont il devrait potentiellement le plus se méfier, quel que soit leur camp. Bien qu'à la réflexion, la balance semble pencher en faveur des Mangemorts, notamment parce que des gens ne semblaient faire partie d'aucun des deux camps. Il mémorisa la liste par mesure de précautions, histoire d'éviter un impair s'il rencontrait l'une de ces personnes, et s'intéressa ensuite aux enveloppes de Gringotts proprement dit.

"Alors ?" demanda Nyssa le lendemain matin.

"Hm ?"

"Combien d'argent volé ?"

"Pas tellement" répondit le jeune garçon en continuant néanmoins de massacrer son pancake. "Respect de testament, par contre, zéro pointé. Bah. Je ne pense pas qu'il y ait un autre responsable que Dumbledore."

Il paraissait calme et c'était peut-être le plus effrayant. Les deux adultes ne lui posèrent pas davantage de questions et Al'Najin remonta dans sa chambre peu de temps après, lisant rapidement ses livres de cours. En dehors du fait que ce soit expliqué comme à des gens mentalement retardés, c'étaient beaucoup de choses qu'il ne connaissait pas et qu'il n'avait jamais abordées avec Aesclepios. Pour peu que l'apprentissage ne soit pas trop lent, il pourrait peut-être apprécier une part de sa scolarité. Aesclepios ne lui avait jamais donné de baguette après tout, sauf à la toute fin de son apprentissage, avant qu'il ne parte chercher Slade Wilson. Non, son apprentissage s'était axé sur l'occlumencie en immense majorité et quelques magies de dissimulation.