- Vous devriez voir vos têtes ! pouffa Lou en s'effaçant pour les laisser entrer dans l'appartement.

Les trois médecins ne savaient pas ce qui était le plus étonnant entre l'apparence de leur patient et son accoutrement. Ils entrèrent lentement chez Lou et remarquèrent, avec soulagement, qu'il était loin d'être dans le même état que les escaliers et le couloir. Lou les rejoignit.

- Je vous propose un café ?

- C'est pas de refus, souffla Foreman.

Les deux autres ne répondant pas, Lou haussa les épaules et commença à préparer le café d'Eric avec sa superbe machine flambant neuve. Alors que le café coulait, Cameron ne put s'empêcher de demander :

- Excusez-moi mais... vous êtes... euh... vous savez, vous êtes ce genre de personne ?

Chase et Foreman la foudroyèrent du regard. Cette femme était vraiment le summum de la discrétion et du tact. Ils en étaient à se demander si elle ne s'entraînait pas, le soir venu, à être le moins professionnelle possible. Lou fronça les sourcils et tendant son café à Eric ainsi que la boîte de sucre et la bouteille de lait - au cas où il le boirait comme ça, ce qu'il considérait tout de même comme une hérésie.

- C'est-à-dire ? Je ne vois pas trop où vous voulez en venir, avoua-t-il.

Robert prit la parole avant que Allison ne dise encore plus de bêtises.

- Elle voulait savoir si vous étiez un travesti.

Lou resta silencieux quelques secondes durant lesquelles ils se dirent que s'en était effectivement un, mais qu'il était incroyablement crédible. Puis, il éclata de rire. Le coin de sa bouche qui était traversé par la cicatrice bougea en même temps, comme s'il grimaçait d'un côté et riait de l'autre, ce qui était un tatinet dérangeant lorsque l'on était pas habitué.

- Un travesti ? rigola-t-il. Mais non ! Vous n'avez pas lu mon dossier ou quoi ?

Foreman fronça les sourcils tout en se remémorant ce qu'il avait lu du dossier. Il ne se souvenait pas avoir lu quoi que ce soit qui... à moins que... Il soupira. HOuse, tel qu'il le connaissait, avait dû chiper une page du dossier, et devait être en train de rire comme une baleine en compagnie de Wilson à l'heure qu'il était, content de sa farce.

- Intersexuel ?

Chase se tourna vers son collègue.

- Quoi ?

- Vous êtes intersexuel ou hermaphrodite. C'était probablement noté dans votre dossier, mais nous avons dû... égaré la page concernée.

Lou sourit.

- Avouez que c'est pas commun de ne pas savoir que son patient est un intersexuel, et qu'il a une anomalie de la mélanine capillaire et cutanée. Parce que d'après la tête que vous faisiez lorsque j'ai ouvert, vous n'étiez au courant pour ni l'un ni l'autre !

Et il ria de plus belle. Chase attendit qu'il se calme en le détaillant. S'en était presque effrayant. Il était un parfait mélange de féminité et de masculinité. Son visage était asexué mais délicat. Son corps peu musclé et sans formes féminines. Mais pas de ''virilité'' en vue non plus. Il avec un corps enfantin, en fait, comme à un âge où le sexe n'est pas vraiment défini physiquement. Il avait aussi un visage juvénile. Pas de barbe ni de moustache.

Rien du tout qui pourrait informer sur son sexe.

- Au fait, vous êtes là pour quoi ? demanda-t-il en reprendant son souffle.

Oh oh... le moment délicat qu'ils détestaient presque autant que celui où ils annonçaient à un patient sa mort prochaine : celui où ils annonçaient que non, en fait, c'était une blague. Ils s'étaient trompés. Encore.

- Il semblerait que, finalement vous n'ayez pas un cancer.

Voilà, c'était fait. Et Allison avait lancé la pire explication possible et inimaginable.

- Je vous demande pardon ?

Il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre. C'était pas possible. Mais c'était pas possible. C'était pas possible qu'il ait passé dix ans de sa vie à prendre des médicaments qui lui avaient fait perdre ses cheveux, qui l'avait rendu malade à en crever, qui l'avait mené plus d'une fois à l'hôpital à cause d'un mauvais mélange médicaments/alcool, alors qu'il n'avait pas de cancer.
C'était juste pas possible.

- Vous êtes en train de vous payer ma tête ?

Cameron fit non de la tête :

- Le dr House pense que la masse dans votre estomac n'est pas dû à un cancer.

- Et à quoi d'autre cela pourrait-il être dû ?! s'énerva Lou. Vous vous fichez de moi ? Une masse sombre dans l'estomac lors d'une échographie abdominale, qu'est-ce que cela peut être, à part un cancer ?

Il se leva et se dirigea presque en courant vers un des tiroir de la cuisine. Lou en tira des dizaines et des dizaines de flacons remplis de pilules colorées, il les balança sur la table juste devant Chase et Foreman. Les traits de son visage était tirés, dans un rictus courroucé, ses yeux verts lançaient des éclairs en montrant les médicaments. Robert attrapa deux des flacons. Eric grimaça en voyant les noms et grimaça en constatant du lourd, et sans nul doute douloureux, traitement.

Toutefois, Robert leva une main apaisante vers sa patient, il devait calmer le jeu maintenant à cause de la bourde de Cameron.

- Ma collègue s'est mal exprimée, s'excusa-t-il en voyant dans quel état Lou s'était mis. Vous avez bien un cancer et c'est bien sûr à cause de cela que vous avez une si mauvaise santé depuis toute ces années. Mais, votre cancer aurait pu être guéri depuis longtemps, et c'est d'ailleurs la première chose que nous allons faire en rentrant à l'hôpital. Votre santé fragile ces derniers temps est dû à autre chose.

Lou s'assit sur la seule chaise vacante et se calma progressivement. Il n'arrivait pas à y croire. Il avait perdu toute ces années alors qu'il pourrait être guéri depuis belle lurette ? C'était quoi cette blague ?

.

POV Robert

/

Il avait l'air choqué.
Enfin, elle.
Ou il.
Robert ne savait pas comment le nommer. Cela ne changeait rien au fait que Lou eu l'air choqué lorsque Allison lui annonça tout à trac qu'il n'avait pas un cancer, alors que c'était bien le cas. Cette fille était vraiment une plaie. Il ne comprenait même pas comment il avait fait pour accepter de s'engager avec elle alors qu'elle était une telle emmerdeuse. Il semblait qu'il était impossible pour elle de fermer sa grande bouche au lieu de dire des bêtises plus grosses qu'elle. Il ''rassura'' son patient en lui assurant que non, il n'avait pas prit tous ces médicaments pour rien, mais que oui, ses derniers symptômes n'était pas liés au cancer.
Pauvre garçon.

Ils avaient convaincus Lou de faire son sac pour retourner à l'hôpital et ils étaient maintenant dans la voiture. Lou était assis à l'avant, sur le siège passager, tandis que lui conduisait. Il avait ouvert la fenêtre pour fumer en observant, sans y faire attention, les rues de New York défiler. Arrêté à un feu rouge, il regarda du coin de l'œil son patient.
Lou s'était changé. Il avait enlevé la petite robe encore légèrement dérangeante pour mettre le sweat à capuche et le jean dans lesquels ils le connaissaient. La capuche était rabattue sur son visage pâle, seule la cigarette au bout rougeoyant dépassait de l'ombre. Il était accoudé à la vitre, le visage tourné vers le ciel. Le soleil commençait à décliner doucement derrière les buildings. A l'arrière, Allison était plongée dans le dossier de Lou pour vérifier les détails qu'ils avaient ratés. Elle faisait bien, House allait lui faire comprendre avec la subtilité qui le caractérisait que si elle continuait à être aussi tête en l'air elle devrait chercher un nouvel emploi. Foreman et lui avaient également ignorés les particularités de Lou Meyer, mais ils n'étaient pas sur la liste noire de House en ce moment.

Il arrivèrent à l'hôpital une demi-heure plus tard environ. En arrivant à l'entrée de l'hôpital, il vit Lou se diriger derechef vers quelqu'un. Robert sourit en voyant que c'était Sophia, l'infirmière.

- Bonsoir, Sophia ! lança-t-il. Je vous ai manqué ?

L'intéressée marmonna dans sa barbe en s'éloignant pour fuir le jeune homme qui la regarda partir, étonné. Il avait pourtant été si courtois cette fois-ci !

- Eh ben alors ? On dit pas bonjour ?

Robert sourit et la dirigea vers sa chambre tandis que les deux autres rejoignaient House. Il regarda Lou s'installer sur le lit. Remarquant qu'il n'enlevait toujours pas sa capuche, il - sans y faire attention - repoussa le vêtement en arrière pour faire apparaître le visage blanc et les yeux obsédants de Lou. Celui-ci le fixait bizarrement mais se laissa faire. Généralement, les défauts physiques de ses patient étaient des sujets de plaisanterie pour lui, ou du moins ne les plaignaient-il pas. Pourtant, il n'avait pas envie de rire en voyant le visage abîmé de Lou.

- Vous devriez rester comme ça, conclut-il en souriant une dernière fois avant de sortir de la chambre pour aller planifier l'ablation de la masse cancéreuse de Lou.

.

POV Lou

/

Il avait remis en arrière sa capuche et cela laissait Lou assez perplexe. Le docteur blond était gentil et Lou l'aimait bien, c'était sûrement pour cette raison qu'il s'était laissé faire. Il grimaça un peu en voyant la tunique d'hôpital qui l'attendait sur le lit. Il était partagé entre deux sentiments. Il était plus heureux que jamais car d'après le dr Chase son cancer serait bientôt un mauvais souvenir, si l'opération se passait bien - ce qui était à parier selon Robert. Mais il était aussi inquiet. Si ces symptômes n'étaient pas dû au cancer, alors qu'est-ce qu'il avait ?
Ce n'était quand même pas très commun de vomir du sang, non ?
Lou enfila rapidement la tunique et s'installa à la fenêtre pour contempler le parc. Il y avait des patients qui se baladaient, seuls ou accompagnés, quelques enfants, un ou deux vénérables grand-pères. Il prit une cigarette et l'alluma en aspirant profondément la fumée dégagée. Il se détendit. Avec un petit peu de chance, dans peu de temps, il n'aurait plus aucun problème de santé et cette pensée était un véritable soulagement.

Il allait peut-être même pouvoir passer son diplôme de droit et devenir avocat ! Il aimait à penser que dans quelques mois, tout cela serait derrière lui - d'après le dr Chase.

Tout allait enfin aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

.

- Je m'ennuie.

Foreman reporta son attention sur Lou qui était affalé sur la table où lui-même était assis. Ils étaient en train de discuter tranquillement, ou plutôt, Lou parlait et Eric faisait mine d'écouter tout en lisant le journal. Cela faisait maintenant plus d'une semaine qu'il avait réintégré l'hôpital. Il avait été opéré dès le lendemain et se remettait maintenant petit à petit tandis que l'équipe du centre de diagnostique cherchait toujours ce qu'il pouvait avoir d'autre. Toutefois, il n'avait plus jamais eu de crises ni de vomissements sanglant. Foreman avait un peu l'impression que plus le temps passait, plus Lou était de bonne humeur et facile à vivre.
Il le trouvait le gosse sympa.

- Vous avez déjà lu ce livre que Robert vous a prêté ?

- Celui sur les maladies provoquées par des bactéries ? Oui, c'était assez intéressant.

- Et la thèse sur l'effet de l'alimentation sur l'hippocampe des schizophrènes ?

- Oui.

Eric eu un sourire indulgent pour le jeune homme qui semblait vraiment s'ennuyer et se leva :

- Vous voulez aller faire un tour ? proposa-t-il.

Le regard de Lou s'illumina alors qu'il sautait sur ses pieds. Depuis qu'ils étaient allé le chercher chez lui, plus jamais il n'avait porté sa capuche. Cela ne dérangeait pas vraiment Foreman, qui avait vu pire comme défiguration. Il supposait que Lou pensait que puisqu'ils l'avaient vu, cela ne servait à rien de cacher la cicatrice.
Il rangea ses notes dans son sac et suivit Lou qui trépignait à l'entrée. Le jeune homme avait l'air très content. Il fallait dire que cela faisait depuis l'opération qu'il n'était pas sortit et qu'il se faisait materner par Sophia - qui prenait un malin plaisir à le traiter comme un nouveau né, ce qu'il n'avait pas l'air d'apprécier. Il devait étouffer à force de rester enfermer.

Il plaisantait avec Lou dans le parc lorsque quelqu'un se plaça juste devant lui et cacha le soleil. Lou relava la tête vers un homme d'une cinquantaine d'années, aux cheveux gris, aux yeux d'un joli bleu et qui était fermement appuyé sur une canne.
Foreman se leva pour saluer l'homme, qui observait Lou avec un éclat de curiosité dans le regard que le jeune homme trouvait très dérangeant.

- Alors, comme ça on fait ami-ami avec les patients ? dit le boiteux, sarcastique.

Eric haussa les épaules. Cela faisait longtemps qu'il avait arrêté de faire attention aux remarques de House.

- Oui. Et si vous faisiez de même, vous vous rendriez compte qu'ils sont un peu plus que des symptômes écrits au feutre sur un tableau.

Lou était à la fois impressionné et curieux face à celui qui semblait être son médecin fantôme. Celui-ci reporta son attention sur lui et lui tendit la main en s'appuyant sur sa canne à l'aide de l'autre bras.

- Gregory House.

Il serra poliment la main du praticien sous le regard étrangement inquiet de Foreman. Il sentait déjà venir les moqueries de House envers le physique inhabituel de Lou et il était sûr que ce dernier était déjà eu courant de ce à quoi il ressemblait et n'avais pas besoin de House pour le lui rappeler.

- Louise Meyer.

.

POV Robert

- Louise ? Sans déconner ?

Foreman acquiesça sans le regarder. Ils étaient à l'extérieur de la chambre et observaient Gregory House ausculter Lou. Apparemment, leur patient avait assez piqué la curiosité du médecin pour qu'il accepte de le voir et de discuter avec lui. Il était d'ailleurs présentement en train de papoter avec le patient qui, de temps en temps, éclatait de rire. A la réflexion, Lou était exactement le genre de personne très bien capable de s'entendre avec House - c'était une question de caractère. Deux caractères forts qui s'affrontent finissent toujours par avoir deux options : se haïr ou devenir ''ami''. Et vu la façon dont Lou souriait au docteur et réciproquement, c'était la deuxième option.

- Apparemment, ses parents pensaient qu'il était une fille à la naissance alors, officiellement, il s'appelle Louise. Mais House l'a tellement impressionné qu'il a oublié de donner son nom d'intersexuel.

Cameon pouffa bruyamment avant de se reprendre, honteuse, lorsque Robert jeta un regard noir. Bon sang, cette fille était une idiote, pas besoin d'autre preuves. Il reporta son attention sur l'intérieur de la chambre, fixant le visage souriant de son patient. Ses yeux verts pétillaient.

- Louise, répéta-t-il à voix basse.

C'était un joli nom.

Pur.

Un peu comme celui qui portait ce nom.

Il avait peu souvent revu Lou depuis l'opération. Ou plutôt, il avait parlé peu souvent à Lou depuis l'opération. Car, même s'il ne voulait pas se l'avouer, il cherchait toujours la silhouette étrangement familière du jeune homme - femme - et ce où qu'il aille. D'ailleurs, il avait remarqué que l'intersexuel était radieux depuis que son cancer n'était plus qu'un morceau d'estomac dans une boîte en plastique quelque part dans un frigo au laboratoire de l'hôpital. Il avait l'air profondément heureux, et cela rendait Robert heureux aussi. Il ne comprenait pas pourquoi.

Finalement, une poignées de minutes plus tard, House sortit de la chambre, tout sourire. A l'intérieur, Robert vit Lou lui faire un petit signe de la main pour dire bonjour - ils ne s'étaient pas encore croisés aujourd'hui.

- Bon, on a du pain sur la planche, annonça Gregory en boitillant vers le centre de diagnostics.

.

POV Lou

/

C'était un peu méchant, mais quand il vit s'éloigner Robert, Eric et Cameron à la suite du charmant - et oui - dr House, il n'avait pu s'empêcher de penser à trois petits chiens suivant leur maître. Il s'empêcha d'éclater de rire en imaginant Robert sous la forme d'un adorable yorkshire blond. On allait le prendre pour un fou s'il continuait.
La discussion avec le docteur House avait été très agréable. Contrairement aux rumeurs, il n'était pas si désagréable - tout le monde ment après tout ! - et avait même été courtois avec lui, bien qu'il n'ai cessé de le dévisager avec curiosité. Il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir, ce n'était pas tous les jours qu'on croisait quelqu'un comme lui, et lui même avait fixé la jambe du docteur en se demandant ce qui avait causé sa claudication. Ils étaient donc à égalité.

Sous son regard bleu, Lou avait l'impression d'être un morceau de viande particulièrement juteux et appétissant. Il s'avéra que c'était sa mutation génétique - les cheveux et la peau blanche - qui l'intéressait chez son patient et qui l'avait poussé à accepter son cas. Il avait de nombreuses hypothèses là-dessus et pas une seule seconde ils ne parlèrent de ses derniers problèmes de santé.
Cela avait été sympa de sa part, Lou avait eu l'impression de parler avec un ami. En quelque sorte.

Il passa la main sous sa tunique et caressa la cicatrice sur son ventre, unique vestige de son cancer déjà à moitié oublié.

Et une cicatrice de plus, une !

Au bout d'un moment, il allait pouvoir contacter le livre Guinness des records s'il continuait à se faire recoudre de partout à chaque fois qu'il allait à l'hôpital.

Il sourit en se levant pour se tenir à la fenêtre. Il fixa son regard sur un point précis. Il avait remarqué il y a peu que la fenêtre de sa chambre donnait sur celle du centre de diagnostic mais apparemment personne d'autre ne l'avait noté. Ainsi, il pouvait observer leur manège matinal qui consistait à écrire sur un tableau ou sur une espèce de surface transparente - cela dépendait des jours.
Toutefois, une pensée vint assombrir sa réflexion. Cela faisait plus d'une semaine qu'il ratait les cours à la fac et il avait peur de prendre bien trop de retard que pour son propre bien. Et à qui pourrait-il bien demander de lui amener les cours ? Sûrement pas à Malory et à son gang de barbies. On ne savait jamais, elles risquaient de lui communiquer leur bêtise alors que ses défenses immunitaires étaient encore basses.

Il avait vraiment envie d'avoir son diplôme du premier coup et aucuns désirs de redoubler son année. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire pour rattraper son retard ? Lou réfléchit, avachi sur le rebord de la fenêtre, sa joue reposant lourdement sur sa main gauche, les yeux fixés sur le dr House qui parlait en faisant tourner sa canne entre ses doigts.

Et soudain, il eut une idée brillante.

.

Lou marcha d'un pas vif et joyeux jusqu'à la porte vitrée du département de ceux qui s'occupaient de lui. Il vit qu'ils étaient encore en train de discuter - un peu violemment même - et qu'il y avait plein de mots médicaux incompréhensibles pour les non initiés inscrits sur le tableau blanc. Foreman avait les sourcils froncés. Cameron disait quelque chose en baissant les yeux sur son bloc-note à intermittence. Robert faisait la moue, ne semblant pas porter crédit à ce que la seule femme du groupe exposait. Quant à House, il regardait le plafond et ne semblait pas écouter un seul mot dictés pas Cameron.

Lou sourit en voyant ce tableau et attendit sagement que House ferme le clapet de Cameron et clôture ainsi la réunion. Ils sortirent un à un de la pièce, Cameron en premier - l'air furieuse - et Robert en dernier - l'air soucieux. Il serait passé devant Lou sans le voir si celui-ci ne l'avait pas retenu par le bras.

- Lou ? Qu'est-ce que vous faîtes là ?

- J'avais une question à vous poser, dit-il en lâchant le bras du docteur blond. Vous accepteriez de m'accompagner à la fac ?

Robert mit un moment à répondre, semblant peser le pour et le contre. Finalement, il le regarda, suspicieux.

- Pourquoi moi ? Vous ne comptez quand même pas vous faire la malle une fois le nez dehors ? gronda-t-il.

Lou fit non de la tête.

- J'ai besoin d'assister à mes cours et de rattraper mon retard, je ne compte aller nul part. Et si je vous demande de venir, c'est au cas où je fasse une crise. Ainsi, c'est sans danger.

Il avait l'air très fier de son explication. Si fier que Robert lâcha un petit rire. Ce gosse était amusant.

- Vous avez pensé à tout, n'est-ce pas ? Et qu'est-ce que vous feriez si je répondais non ? demanda-t-il, sarcastique et connaissant parfaitement la réponse.

Lou leva le nez, ce donnant un air aristocrate et digne.

- J'irais harceler Sophia jusqu'à ce que dépression s'en suive !

.

POV Robert

/

On pouvait dire qu'il avait de la suite dans les idées ! Lou avait l'air tellement déterminé lorsqu'il lui dit que Sophia devait s'attendre à du harcèlement approfondi s'il refusait. Malgré sa petite taille, sa robe d'hôpital, son visage trop pâle et le perfusion qu'il tirait derrière lui, Lou n'avait pas du tout l'air en position de faiblesse. Prenant bien le temps de réfléchir - il ne pouvait pas prendre impunément la liberté de faire sortir un patient dont on ignorait le mal et qui venait juste de se faire opérer - il observa discrètement son visage qui attendait une réponse.

Ses sourcils blancs et fins étaient froncés au-dessus de ses deux grands yeux verts. Les cheveux de Lou étaient plus longs que les siens et plusieurs mèches lui retombaient nonchalamment sur le front et encadraient son visage en forme de coeur. C'était étrange. Malgré son corps clairement asexué - bien qu'il n'ait pas encore vu ce qui se passait sous la ceinture de l'autre, il était prêt à parier qu'il n'y avait rien de féminin ni même de viril -, son visage était féminin.

Enfin, il passa sa langue sur ses lèvres sèches et répondit :

- Avec plaisir, Lou. Je vais faire chauffer la voiture ?

Un grand sourire tordu vint éclairer son visage blanc.

- Merci !

Et il le regarda faire demi-tour pour courir rejoindre sa chambre et se préparer. Robert gagna le parking et avant d'entrer dans la voiture, il enleva sa blouse, la balança sur la banquette arrière et passa un doigt dans le nœud de sa cravate la déserrant. Aujourd'hui encore, il faisait très chaud dans la capitale américaine.

Officiellement, il n'avait pas le droit d'emmener Lou en dehors de l'hôpital sans autorisation. M'enfin... officiellement, House n'avait pas le droit d'injecter des produits chimiques dans le foie des patient pour faire rétrécir une tumeur alors... Et puis, Robert était content de rendre servir à son patient. Il ne pouvait qu'imaginer l'ennui que ce devait être de rester enfermé 24/24 à attendre de guérir, surtout lorsque personne n'avait une idée précise de ce qui n'allait pas. Au moins, Lou allait prendre l'air et se changer les idées.

Il réfléchit un peu et se rendit compte que ses propres études remontaient à loin maintenant. Il avait l'impression que cela faisait une éternité qu'il bossait pour House. Ce dernier était d'ailleurs probablement responsable pour les quelques cheveux blancs qu'il avait repéré dans sa propre chevelure et celle des autres membres de l'équipe.

Il attendit environ dix minutes avant de voir apparaître Lou, courant toujours, mais portant un T-shirt noir - cela changeait des sweats qu'il lui connaissait - et un bermuda kaki. Il avait aussi récupéré son sac à dos. Lou sauta dans la voiture et cria joyeusement :

- C'est parti !