Ahh j'ai failli oublier ! Juste à temps, semble-t-il. Merci à tous ceux qui me laissent des reviews et bonne lecture, à dimanche prochain !


Lorsque le premier septembre arriva, il dit donc au revoir à Nyssa qui l'avait accompagnée jusqu'à la gare. Slade était reparti deux semaines auparavant déjà puisqu'il n'avait plus besoin de lui, lui disant juste de lui envoyer un message s'il était nécessaire que son "père" ne refasse surface avant de repartir courir le monde et s'occuper de ses propres affaires. Il était arrivé tôt sur le quai et n'eut donc pas de mal à trouver un compartiment vide, reprenant son livre avant de l'ouvrir.

Son manque d'armes le gênait un peu. Il avait deux dagues italiennes, à la lame longue et fine, dans ses bottes, et un revolver de défense de petite taille. Rien d'autre – en dehors de sa magie, mais à Poudlard, au milieu de sorciers confirmés, il préférait ne pas se baser dessus. Pratiquement tout le monde maîtriserait la sorcellerie mieux que lui et il ne savait pas si beaucoup de gens pratiquaient le renforcement corporel comme lui le faisait après son entraînement avec Slade.

Personne ne l'avait dérangé quand le train s'ébranla. Quelques élèves avaient ouvert la porte, vu que le compartiment était occupé, et étaient repartis. Finalement on toqua poliment et il autorisa l'entrée d'une voix tranquille, laissant voir le visage d'une petite fille aux cheveux touffus.

"Excuse-moi" salua-t-elle "est-ce qu'il resterait de la place par hasard ? Neville et moi on trouve pas de compartiment."

"Ouais. Installez-vous."

"Merci" fit-elle en ouvrant la porte en grand, entrant en traînant sa valise.

Elle eut bien du mal à la hisser dans le filet mais l'autre garçon, un petit joufflu, vint l'aider avant qu'ils ne montent la sienne à son tour et qu'ils ne s'installent.

"Excuse-moi" fit poliment le garçon. "Est-ce que tu serais Harry Potter par hasard ?"

Le sourcil du jeune homme se leva à un point à peine imaginable et il baissa son livre, regardant l'autre.

"Non" finit-il par lâcher d'une voix plate "je m'appelle Stan Mallory."

"Désolé, Stan" fit l'autre avec un sourire d'excuses. "Tu portes une cicatrice qui ressemble à celle d'un garçon qui s'appelle Harry Potter."

Al'Najin réfléchit un moment, puis acquiesça mentalement. Se montrer gentil était plus bénéfique pour le moment et éviterait une attention malvenue sur lui.

"Tu n'as pas entièrement faux, mes parents s'appelaient bien Potter mais j'ai été adopté et je préfère porter le nom des gens qui m'ont élevé."

"Ah, bien sûr" acquiesça sagement l'autre garçon. "Je te comprends tout à fait. Neville Londubat, et…"

"Hermione Granger" compléta la fille en hochant sa tête. "Enchantée de vous rencontrer."

"De même" répondit poliment l'assassin avant de retourner à sa lecture.

La petite fille ne tarda pas à se pencher pour ouvrir son sac de voyage et fit de même, prenant son propre livre. Bouquiner lui semblait être tout à fait une bonne idée et Neville hésita un instant, puis sortit à son tour un épais grimoire. Le silence retomba sur la cabine qu'aucun d'eux ne rompit pendant près de deux heures. La porte s'ouvrit soudain théâtralement et une fois nasillarde prit sur un ton hautain.

"Alors c'est donc vrai, Harry Potter est dans le train" attaqua-t-il avant de voir qui était présent et de renifler de dégoût. "Tu n'as pas l'air de savoir qui fréquenter, Potter. Draco Malefoy peut te montrer."

Malefoy… Un Lucius Malefoy était sur la liste de Rogue. Pas de Draco, cependant, ce qui n'était pas surprenant – il doutait que tous les gamins de onze ans soient aussi dangereux que lui-même. Il le classa donc par contre en fils de Mangemort et resta silencieux un moment. Le silence désarmait la plupart des gens qui ne savaient pas comment y réagir. C'était certainement l'un des moyens pacifiques les plus efficaces d'en apprendre plus sur son interlocuteur.

"Un Londubat et une Sang-de-Bourbe, réellement ?" rajouta Malefoy. "Il y a tellement mieux pour la maison Potter."

"Je ne crois pas qu'il y ait de Potter ici" intervint Hermione Granger de sa voix flûtée.

Intéressant. Elle prenait la défense de quelqu'un qu'elle connaissait à peine. Un peu idiot, également, mais gentil.

"Les Sang-de-Bourbe n'ont pas droit à la parole" fit Malefoy d'un ton hautain "c'est à Potter que je parle."

"Triste jour que celui où l'on bâillonne la vérité" remarqua Stan. "Organisons un autodafé et brûlons les livres tant qu'on y est."

"Oh" fit Hermione avec une étincelle dans les yeux. "Tu sais ce qu'est un autodafé ?"

"Certainement, même si je ne voudrai pas en voir" acquiesça-t-il "et encore moins y participer."

Bon, la Ligue brûlait parfois des livres, c'était vrai. Seulement les choses réellement immondes, cependant, des choses qui de toutes manières ne pouvaient rien amener à la société dans son ensemble. La plupart du temps néanmoins ils prenaient les ouvrages mais les conservaient, ne serait-ce que pour pouvoir identifier les monstres ayant recours à leur contenu, comme c'était le cas de Voldemort. Ses yeux pensifs se relevèrent vers Malefoy. Un petit blond, sans carrure et sans prestance.

"Donc" remarqua-t-il de sa voix calme "comme mademoiselle Granger l'a très bien signalé, il n'y a pas de Potter ici. Mon nom est Stan Mallory. Y a-t-il un autre point que tu souhaites aborder ?"

"Tu n'es pas Harry Potter ?" demanda Malefoy, incrédule. "Mais… la cicatrice…"

"Dois-je sortir mes papiers d'identité ?" demanda-t-il du ton le plus ennuyé du monde.

"Sang-de-Bourbe" cracha Malefoy avant de ressortir, claquant la porte.

"Je ne sais pas ce que veut dire ce mot" énonça doctement Hermione "mais cela ressemble fortement à une insulte."

"C'en est une" intervint Neville. "Wow, Stan, tu sais parler aux snobs."

"Mon père est Lord Mallory" répondit tranquillement Stan. "J'ai vu bien assez de snobs pour toute ma vie. Qu'est-ce que veut dire l'insulte ?"

Neville se gratta la tête, puis haussa les épaules.

"La famille des Malefoy est de Sang-Pur, c'est-à-dire qu'il n'y a que des sorciers depuis plusieurs générations. Les Sang-de-Bourbe sont les sorciers qui sont nés de moldus et c'est extrêmement péjoratif. Je suis désolé que vous entendiez ça avant même d'être à Poudlard."

Un haussement d'épaules lui répondit et Stan retourna à sa lecture le plus tranquillement du monde. Il avait le pressentiment que Malefoy junior serait une belle épreuve de patience pour les temps à venir. Bien sûr, il pouvait aisément le tuer, mais il ne le ferait pas, ni ne le blesserait sérieusement. D'où la très grande patience dont il allait devoir faire preuve.

D'un autre côté, un Mangemort comme Lucius Malefoy avait peut-être davantage d'indications sur où était Voldemort. Il n'allait pas se mettre son fils à dos. Du moins, pas tout de suite.

Le reste de leur trajet s'écoula dans le calme. Peu d'autres gens les dérangèrent en voyant qu'ils ne faisaient que tranquillement lire et ils mirent leurs uniformes quand cela leur fut demandé, Hermione sortant pour leur laisser le compartiment avant qu'ils ne fassent de même pour elle. Puis ils sortirent du train de suivirent les instructions.

Stan fut le seul à ne pas laisser échapper d'exclamation de surprise à la vue du château sous le ciel étoilé. Cela ne valait pas Nanda Parbat, vraiment. C'était joli, oui, mais peu fonctionnel… et surtout beaucoup trop grand pour ce que c'était. Soit les Fondateurs avaient vraiment vu large, soit l'école avait perdu beaucoup d'élèves depuis sa fondation. Il revit le professeur McGonagall et la salua d'un signe de tête poli qu'elle lui rendit avec un sourire, saluant également Hermione Granger à ses côtés.

Puis ils rejoignirent la Grande Salle et la répartition commença. Neville leur avait expliqué comment cela se passait et il avait brièvement discuté avec Hermione de la maison qu'ils aimeraient – ce à quoi, quand on lui avait demandé son avis, Al'Najin avait juste répondu que le chapeau avait sans doute beaucoup d'expérience dans le domaine et que le laisser faire n'était pas une mauvaise idée.

Chose qu'il ne ferait pas lui-même, bien évidemment, mais les autres n'avaient pas besoin de le savoir.

Lorsque Hermione fut appelée, elle avança d'un pas rapide, enfonçant le Choixpeau sur sa tête. Il hésita un moment, puis finalement l'envoya à Gryffondor sans surprendre Al'Najin. Neville partit à Gryffondor également, Malefoy fut envoyé à Serpentard en un quart de seconde, et Stan s'avança enfin de son pas tranquille quand son nom fut appelé. Des murmures concernant Harry Potter furent audibles partout dans la salle et il adressa un regard ennuyé à Minerva McGonagall avant de prendre le Choixpeau.

"Vous pourriez faire quelque chose pour ça, s'il vous plaît, professeur ?"

McGonagall lui adressa un regard curieusement compréhensif et se racla la gorge, ramenant immédiatement le silence.

"Non, je ne me suis pas trompée" indiqua-t-elle d'une voix claire "se trouve ici Mr Stan Mallory et non pas Harry Potter. Si vous voulez bien, Mr Mallory…"

"Merci" fit sincèrement l'assassin avant de s'asseoir, occludant au maximum de ses capacités en laissant le Choixpeau lui tomber sur les yeux.

Il y eut quelques secondes de silence, puis une voix lointaine pris directement dans sa tête.

Occlumens. Excellent occlumens. Typiquement Serpentard.

Ne serait-il pas nettement plus Serpentard de me mettre ailleurs ? Questionna mentalement Al'Najin sans abaisser le moins du monde ses défenses.

Il y eut un moment de silence, puis un rire. C'était un rire très étrange, pas réellement humain, mais pourtant le Choixpeau riait et reprit soudain son sérieux.

Si. Ce sera donc ta loyauté pour ta famille qui décidera mon choix.

"Poufsouffle !"

Il y eut un moment de silence incrédule, mais Stan s'était déjà relevé et reposa le Choixpeau sur son tabouret, rejoignant sa nouvelle table qui applaudissait chaleureusement avant de s'asseoir avec ceux de son année. Eh bien… plus de recul possible dorénavant. La Ligue ne le couvrirait pas tant qu'il serait à Poudlard.

Ses premières semaines se passèrent bien. Il tenait la Ligue informée par téléphone, se faisait mettre en retenue par Severus à presque tous les cours, retenues qu'ils passaient ensemble à discuter, et les cours eux-mêmes étaient horriblement lents. Cela lui faisait donc passer beaucoup de son temps libre à la bibliothèque pour pousser les concepts vus en classe. Il n'avait de toutes manières aucun moyen de faire avancer ses recherches pour le moment et se concentrait donc sur sa deuxième activité favorite, à savoir augmenter son propre potentiel. Il y croisait souvent Hermione mais ils ne discutaient pas vraiment, tout juste s'ils s'installaient à la même table – elle l'avait visiblement classé dans la catégorie des gens peu bavards.

"Stan ?" demanda-t-elle pourtant un soir, peu de temps avant le couvre-feu.

"Hm ?"

"Tu… tu sais ce qu'il y a dans le couloir interdit du troisième étage ?"

"La Pierre Philosophale" répondit-il distraitement.

Le mystère n'en était pas un. Dumbledore avait interdit l'accès, donc il y avait quelque chose de dangereux et/ou précieux.

"Oh" fit Hermione, admirative. "Ça m'a pris des semaines de recherches pour trouver ce que c'était !"

"Peu d'objets précieux construits par Nicolas Flamel" répondit-il laconiquement.

Après avoir entendu le nom de l'alchimiste, il n'avait même pas eu besoin de demander à Rogue la solution à l'énigme. Cependant le piège était tellement évident et grossier qu'il se demandait qui pouvait être assez idiot pour se jeter dedans. Et à la place de Flamel, il n'aurait jamais accepté ceci. Il avait donc soigneusement évité de se rendre dans le lieu, puisqu'on s'attendait à ce qu'il le fasse.

"Avec Neville, on croit que quelqu'un essaie de la voler" chuchota Hermione.

"Ça serait pas étonnant" répondit l'assassin.

"Mais le professeur McGonagall ne nous a pas crus…"

"Encore moins étonnant" rajouta Al'Najin, avec un certain sarcasme cette fois.

"Pourtant, c'est sûr que Rogue essaie de la voler !"

Stan leva un sourcil poli vers elle.

"Ça ne peut être qu'un adulte" exposa Hermione, satisfaite d'avoir enfin son attention. "Et franchement, je ne vois personne d'autre que Rogue qui serait assez… assez mauvais pour le faire. Enfin, il enlève des points à tout le monde et n'importe qui !"

"Hermione" soupira-t-il "quelle est la première règle que je t'ai apprise ?"

"Si tu n'aimes pas une règle, ne la suis pas" fit Hermione avec un dégoût palpable.

"Eh bien, je suis prêt à parier que Rogue enlève des points à tout ce qui bouge parce qu'il n'aime pas la règle et ne la suit pas. Ce système de points ne marche que si les gens jouent le jeu et il ne le fait pas. Et ensuite, il y a une excellente raison pour laquelle ce n'est pas Rogue qui veut la Pierre."

"Laquelle ?" demanda Hermione, vexée.

"C'est beaucoup trop évident" répondit Stan avec un haussement d'épaules. "Tout le monde pense à la chauve-souris des cachots et il est dix fois plus surveillé que les autres par les profs comme les élèves. Bien sûr que ce n'est pas lui, ou alors il serait un très, très, très mauvais voleur."

Hermione ne paraissait pas convaincue par son épisode de psychologie inversée. Il n'insista pas pour autant, jusqu'à ce qu'elle ne relance la conversation.

"Tu dirais que c'est qui ?"

"Si je devais en choisir un ? Quirrell" répondit Stan sans hésiter.

"Quirrell ?" répéta-t-elle, stupéfaite.

"Oui, pour ça précisément" acquiesça-t-il. "Parce que personne n'irait surveiller le pauvre et bégayant professeur Quirrell, mais la vérité c'est que tu n'as aucune idée de ses capacités réelles, ni personne d'autre, donc c'est un suspect bien plus probant que Rogue."

"Je n'y crois pas" fit catégoriquement Hermione.

"Et c'est pour ça qu'il est bon" répondit Stan.

Le silence retomba sur leur table. Stan poursuivait tranquillement sa lecture, Hermione semblait frustrée et finit par le saluer plus sèchement avant de repartir. Il profita donc tranquillement du reste de son après-midi calme avant de se rendre à la Grande Salle, le soir, pour le festin d'Halloween. Il s'assit à sa place habituelle et ses camarades ne tardèrent pas à les rejoindre. Poufsouffle était la maison la moins nombreuse de leur année, et de loin : ils n'étaient que sept, quatre filles et trois garçons.

Ils s'entendaient en général bien cependant. Stan était celui qui parlait le moins et les autres le laissaient cependant tranquille, mais il faisait néanmoins attention à ne pas se les aliéner, ce qui passait par de petites sessions où il aidait ceux qui avaient du mal à suivre le programme. Les autres Pouf' semblaient toujours ravis de l'aide apportée et il avait fait la même chose pour des gens d'années supérieures lorsqu'il connaissait les réponses, ce à quoi une de leur dernière-année avait décrété qu'il était un Poufsouffle parfaitement loyal à sa maison.

Il avait alors regardé songeusement Nymphadora Tonks. C'était une Métamorphomage de ce qu'il avait compris, capable de changer sa propre apparence physique. Il aurait adoré avoir un tel pouvoir, parfait pour s'infiltrer, mais on naissait visiblement avec et on ne l'acquerrait pas, il ferait donc sans. Un long moment ils s'étaient fixés, puis il avait fini par ouvrir lentement la bouche.

"Est-ce que tu es sûre que c'est à Poufsouffle que je suis loyal ?"

"Comment ça ?" avait interrogé Tonks en penchant sa tête sur le côté.

"Je suis bien à Poufsouffle" admit-il sans ciller "mais la vision des Maisons me paraît extrêmement réductrice. Le caractère humain est bien plus complexe que cela. L'ambition peut être une excellente chose, si par exemple ton ambition est de guérir une maladie mortelle. Le courage la plus stupide de toutes si cela signifie se jeter dans la gueule du loup. La connaissance peut être ou non une bonne chose, selon ce que tu en fais. Quant à la loyauté…"

Il avait à son tour incliné sa tête sur le côté, l'imitant avec amusement.

"La loyauté est une chose belle et terrible. Bien placée, elle conduit à faire des miracles. Mal placée, elle donne naissance à des fanatiques. Aurais-tu envie d'affronter un fanatique convaincu qu'il est l'envoyé d'un Dieu sur Terre et que sa mission divine est de te tuer ? Parce qu'il y en a, beaucoup, surtout des fanatiques religieux. Loyal, je le suis indéniablement, et j'en suis fier, mais la question que tu devrais te poser n'est pas est-il loyal mais à qui ou quoi est-il loyal."

Tonks l'avait regardé avec une expression impénétrable, puis avait souri.

"Tu as raison" avait-elle fait joyeusement "mais il est rare que des premières années ne se rendent compte de ce genre de choses. Bien sûr qu'une maison ne définit pas une personne, ni ne la place du côté du bien ou du mal."

Elle lui fit un clin d'œil en s'éloignant.

"Mais parfois ça aide, tout de même."

"Hm."

Al'Najin revint à la réalité quand Susan Bones s'assit à côté de lui et se décala par automatisme pour lui laisser un peu plus de place. Le festin commença bientôt dans la bonne humeur générale à laquelle il ne prêta pas attention. Il n'aimait pas la nourriture anglaise. Il était habitué à manger bien plus épicé que cela et la nourriture ici avait toujours l'air fade. Répétitive, aussi, il semblait y avoir du ragoût un jour sur deux. Enfin, si cela avait été le seul inconvénient de Poudlard, il l'aurait supporté.

La seule chose qui attira son attention fut Quirrell qui entrait en courant vers la fin du repas, très pâle.

"Un troll !" s'exclama-t-il. "Un troll dans les cachots, je voulais vous prévenir !"

Il s'évanouit un instant après. Dumbledore ramena le silence d'une explosion de baguette puis ordonna aux préfets de ramener leurs condisciples dans leurs salles communes. Le regard de Stan parcourut rapidement la Grande Salle. Il avait mémorisé tous les visages en deux mois et il fit le décompte des absents, jusqu'à parvenir aux Gryffondor. Hermione n'y était pas. Un moment il hésita. Il y avait une chance que Hermione ne soit dans la salle commune de Gryffondor, mais il élimina l'hypothèse sitôt formulée.

Hermione ne s'entendait pas beaucoup avec les autres Gryffondor en dehors de Neville. Elle n'était pas à la bibliothèque non plus puisqu'elle l'avait quittée avant lui. Elle n'était sûrement pas dans les cachots, les Serpentard aimaient l'embêter et la taquiner. Non, il était plausible qu'elle soit simplement dans le château, inconsciente du danger engendré par le troll. Se posa alors son deuxième choix alors qu'il se levait mécaniquement.

Avait-il un intérêt à aller la prévenir ? Ou, au contraire, un intérêt à ne pas aller la prévenir ?

Oui à la première, fit Poufsouffle. Hermione était intelligente et l'une des rares personnes avec une conversation sensée. Elle lui faisait passer le temps.

Oui à la seconde, clama Serpentard. Il ne voulait pas faire de vagues ni se faire remarquer.

Oui à la première, rajouta Gryffondor. On s'attendait à ce qu'il soit un héros et il était de toute évidence très héroïque d'aller seul, à onze ans, affronter un troll.

Oui à la seconde, râla Serpentard. Il risquait de devoir utiliser des capacités qu'il ne voulait pas montrer.

Oui à la première, clama Serdaigle. Cela le forcerait à utiliser son cerveau pour ne pas utiliser ce qu'il cachait. Une petite mise à l'épreuve de ses capacités après deux mois à ne rien faire.

La ferme, gronda Stan à ses Maisons intérieures avant d'occluder pour les faire disparaître. C'était un risque de l'occlumencie. A force de rationaliser chaque pensée, chaque émotion, elles finissaient par s'associer dans des ébauches de personnalités. Il avait donc décidé, pour se simplifier la tâche, d'assigner les maisons auxdites ébauches. Il les laissait débattre de temps en temps mais ce n'était pas le moment.

"Hey Tonks" fit-il à mi-voix alors que la grande perche maladroite passait à côté de lui dans le couloir qui menait aux appartements Poufsouffle. "Derby embrasse tellement bien que ça que tu regarde pas où tu marches ?"

Tonks se tourna vers lui en sursaut. Son visage s'empourpra et cela ne manqua pas alors qu'elle se prenait les pieds dans l'armure à côté. Avec un grincement, celle-ci chuta, entraînant Tonks qui s'était rattrapée au bras métallique. Ils étaient en haut d'un escalier, dans le hall, et ce qui devait arriver arriva alors que la métamorphomage vacillait, puis tombait dans l'escalier, accompagné par les pièces métalliques qui firent un boucan de tous les diables. La préfète se retourna, vit la scène, et sortit sa baguette pour rattraper Tonks.

Le temps que le dernier bout de métal ne retombe et le silence avec, puis qu'ils ne reprennent leur marche, Al'Najin avait disparu.

Le jeune homme courait tranquillement dans les couloirs. A une vitesse raisonnable pour un pré-adolescent. Hermione lui avait lâché à contrecœur, après qu'il n'ait pris de ses nouvelles, qu'elle allait parfois dans les toilettes des filles quand elle voulait la paix. C'était un peu vague, mais il ferait avec. Ses foulées le menèrent aux toilettes du premier étage, près de la salle de métamorphose, sans succès, alors il monta au second, rejoignant celles à mi-chemin entre la tour Gryffondor et la bibliothèque. Une odeur infâme envahit le couloir et il ne sut s'il devait se bénir d'avoir trouvé le troll ou se maudire de l'avoir sur sa route.

Lorsque le hurlement de Hermione retentit, il choisit de jurer et sprinta dans le couloir, rejoignant les toilettes. Son œil exercé analysa la scène en une seconde – Hermione était à terre, terrorisée, contre le mur du fond et le troll avançait vers elle, levant sa massue. Al'Najin accéléra encore sa course et plongea entre les jambes du troll. Celui-ci s'arrêta une seconde, surpris, mais le jeune homme avait déjà pris le bras de sa condisciple et l'écarta de la trajectoire de la massue.

De la porcelaine vola en tous sens là où s'était trouvée la tête de Hermione une seconde avant.

"Stan ?" demanda-t-elle, stupéfaite, alors qu'il la repoussait derrière lui.

"Plus tard" grogna-t-il. "Quand je te dis tu cours."

Ses yeux balayèrent la scène, cherchant une arme improvisée, quelque chose, puis il fit jaillir sa baguette. Il ne connaissait pas beaucoup de sortilèges cependant et la seule faiblesse qu'il connaissait aux trolls était la lumière du jour. Oh, eh bien...

"Ferme les yeux" commanda-t-il en levant sa baguette.

Hermione s'exécuta, fermant étroitement ses paupières, ses doigts crispés sur son bras, et il concentra sa magie.

"Lumos !" rugit-il.

Une lueur éblouissante se répandit aussi dans la pièce alors qu'il brandissait sa baguette. La lumière blanche ne semblait pas plaire au troll qui mit ses mains devant son visage avec un feulement et Al'Najin bondit aussitôt en avant, entraînant Hermione plus qu'elle ne courait. Ils passèrent à toute allure à côté du troll et il la poussa vers la sortie, claquant la porte derrière eux avant de la verrouiller. Ça ne servirait à rien pour retenir un troll plus de dix secondes, mais c'était toujours ça de pris.

Hermione se frottait les yeux. Lui-même avait sa vision un peu floue à cause du brusque flash qui les avait aveuglés. Il y eut un mugissement, puis le bruit d'un pas lourd. La jeune fille resta tétanisée et il grogna, la poussant en avant d'une tape dans le dos.

"Cours ! On s'en fout où, cours, on va plus vite qu'un fichu troll !"

Avec un temps de retard, elle s'exécuta. Il y eut un craquement sourd quand la porte se brisa sous un coup de massue et il partit à son tour, prenant son bras pour courir en avant jusqu'à arriver à un virage. Où ils foncèrent droit dans Minerva McGonagall qui vacilla aux deux jeunes masses arrivées contre elle.

"Professeur" fit Hermione, hors d'haleine après un couloir remonté en sprintant "le troll est derrière n…"

McGonagall l'avait déjà écartée, sa baguette levée comme une puissante arme. Al'Najin la suivit lorsqu'elle tourna à nouveau. Rogue l'avait décrite comme l'une des quinze sorcières les plus puissantes d'Angleterre. Il était très curieux de la voir à l'œuvre contre un troll réputé pour être très peu sensible à la magie.

Il entendit à peine les incantations et eut la plus grande peine du monde à mémoriser les mouvements complexes de baguette. Pourtant la roche s'était élevée sous les pieds du troll, emprisonnant ses pieds. Il leva sa massue pour fracasser la roche mais celle-ci se métamorphosa soudain en sable, tombant sur lui en pluie. McGonagall n'en avait pas fini cependant et l'armure du couloir se métamorphosa en longues et puissantes chaînes qui clouèrent ses bras en s'arrimant dans la roche du sol même. Puis le métal se déforma, noircit jusqu'à être complètement mat, se densifiant incroyablement, entraînant les bras même du troll vers le sol jusqu'à ce qu'il ne puisse plus du tout les bouger. Il avait l'air perplexe en essayant désespérément, sans succès.

"Wow" souffla Hermione, et Al'Najin n'en était pas loin.

Il s'était demandé comment un maître de métamorphose pouvait être si bon combattant. Presque contre son gré il s'avança, examinant la base de la chaîne, seule partie assez loin du troll pour ne pas être dangereuse.

"Quel matériau c'est ?" murmura-t-il en le touchant avec fascination.

"De l'orichalque, Mr Mallory" répondit la professeure avec un sourire quant à son émerveillement visible, qui disparut soudain. "Non pas un matériau courant, j'en ai peur. Que faisiez-vous ici ?"

"Hermione avait besoin d'aide. Vous venez de donner un tout nouveau sens à la métamorphose. Armes en sable et chaînes indestructibles… une neutralisation parfaite."

Ses doigts tapotèrent le métal, qui rendit un bruit sourd. Il enverrait un message à la Ligue sitôt dans son dortoir. Il voulait tout connaître de l'orichalque. Elle le releva, l'éloignant du troll.

"Les métamorphoses ne sont que temporaires, Mr Mallory. Ne restez pas près de ce troll, le corps professoral en prendra soin. Où est miss Granger ?"

"Je… je suis là" bafouilla la jeune fille dans leur dos.

Des bruits de course se faisaient entendre. McGonagall le relâcha et il jeta encore un regard à la chaîne. Définitivement un futur sujet d'études. Avec la métamorphose. Il aimait toujours avoir l'élément de surprise de son côté et ces transformations étaient définitivement un énorme élément de surprise. L'inconvénient était qu'il devait avoir sa baguette, mais il avait déjà envisagé de combattre à deux armes – une épée et une baguette, ce qui lui permettait également de maîtriser le combat à distance en même temps que le corps à corps. Un immense champ de possibles venait de s'ouvrir à lui avec la démonstration involontaire de Minerva McGonagall.

Il fut arraché à ses pensées par les larmes d'Hermione qui racontait péniblement ce qu'elle faisait dans ces toilettes. Sa voix s'emplit d'admiration à l'arrivée de son condisciple et Stan se racla finalement la gorge.

"Je crois que Hermione exagère un petit peu" fit-il en ignorant son expression outrée. "J'ai bien traversé la salle quand le troll allait frapper et je l'ai poussée pour ne pas qu'elle se prenne le coup parce qu'elle ne bougeait pas, mais après j'ai juste lancé un Lumos pour le distraire, je croyais que les trolls n'aimaient pas la lumière, on est ressortis en courant dans l'autre sens, j'ai verrouillé la porte et on est partis en courant jusqu'à tomber sur le professeur McGonagall. C'est tout."

"Un Lumos pour le distraire" répéta Rogue avec un tic nerveux sur sa lèvre. "Vous avez lancé un Lumos pour le distraire, Mallory. C'est cela."

"C'est ce qu'il a fait" protesta Hermione avec véhémence.

"Pourriez-vous nous le refaire, Mr Mallory ?" demanda Dumbledore avec un sourire bienveillant.

Il sortit sa baguette, se retournant vers le troll, et la leva en prononçant l'incantation d'une voix forte, levant le bras au-dessus de sa tête. Sa magie claqua aussitôt en l'illuminant d'une sphère lumineuse, aussi forte qu'un spot de projecteur, et le troll gémit sans pouvoir bouger.

"Nox" marmonna Stan en baissant son bras, faisant mine de respirer plus fort et plus vite.

La magie était censée fatiguer. Un sort plus fort devait donc logiquement fatiguer plus qu'un sort normal. Sa magie s'amusait, certes, et il aurait pu faire un flash plus terrible que cela, il le sentait. Pas besoin de le préciser néanmoins.

"Eh bien" fit jovialement le directeur "c'est une belle démonstration de maîtrise d'un sort. J'accorde bien quinze points à Poufsouffle. Allez vous reposer, Mr Mallory. Vous le raccompagnerez bien, Severus ?"

Rogue eut l'air d'avoir avalé un citron mais s'avança néanmoins.

"Cinq points de moins pour Gryffondor" aboya-t-il "pour n'avoir pas été là où vous deviez être, miss Granger. Dix points de moins pour Poufsouffle pour avoir sciemment désobéi, Mr Mallory, et une retenue."

Stan haussa des épaules vers Minerva qui ouvrait la bouche, furieuse, comme pour dire que ce n'était pas la peine. Il se contenta de partir avec le professeur. La voix de la directrice claqua néanmoins.

"Vous ferez cette retenue avec Hagrid, Mr Mallory, pas avec le professeur Rogue."

Ses yeux furieux se posèrent sur le maître de potions.

"C'est avec plaisir que je vous débarrasse de la corvée, Severus."

"Je vous en remercie, Minerva" répondit Rogue d'une voix glaciale avant de tourner les talons.

Stan le suivit tranquillement, amusé par les luttes intestines entre les professeurs. Bon, pour le coup, cela ne l'arrangeait pas, il aurait préféré faire sa retenue avec Rogue, mais le spectacle restait amusant. Ils ne dirent pas un mot jusqu'à la salle commune Poufsouffle où Stan inclina néanmoins à peine la tête.

"Votre liste a l'air très juste" fit-il sur un ton à peine audible. "Ceci était une démonstration… parlante."

"Votre père biologique était un génie de métamorphoses" répliqua-t-il sur le même ton alors que les mots semblaient lui arracher la bouche. "Suivez donc ses traces auprès d'elle si vous voulez en apprendre davantage."

Il était parti un instant après et Stan entra dans sa salle commune, prétextant une grande fatigue avant d'aller se coucher, leur promettant néanmoins qu'il leur raconterait tout le lendemain. Sitôt dans son lit, il sortit son téléphone portable de sa cache et le déverrouilla. Il n'allait pas appeler alors qu'il était supposé dormir mais rédigea à la place plusieurs brefs messages d'affilée, racontant succinctement les événements et les capacités exactes qu'il avait montrées avant de demander des informations sur l'orichalque.

Il connaissait un bon nombre de métaux, la plupart de ceux utilisés pour forger des armes notamment. Il avait également étudié les propriétés d'autres métaux parce qu'il y en avait partout, cela faisait donc partie de sa culture générale : des tas de faits qui pouvaient servir, ou non, à n'importe quel moment, dans n'importe quelle mission. La Ligue aidait toujours à obtenir une énorme culture parce qu'une information qui paraissait inutile pouvait se révéler d'importance cruciale plus tard. Et lorsqu'il avait vu les chaînes, il avait instantanément su que ce métal n'était pas ordinaire.

Il reverrouilla soigneusement le téléphone ensuite, le rangeant avant de s'allonger sur le dos. McGonagall avait tenté de leur dire que les objets moldus ne fonctionnaient pas à Poudlard et ils avaient donc isolé le téléphone d'un peu tout, modifiant allègrement sa coque. Il ne captait pas très bien le satellite, mais assez pour le but de sa mission et était donc toujours en contact instantané avec la Ligue.