POV Chase

/

Il était content que Robert ait accepté de l'accompagner. Lou appréciait le médecin et voulait passer du temps avec lui, pour - peut-être même un jour - être ami avec lui. Chase était concentré sur la route, ne la quittant pas des yeux, tandis que Lou fumait, la vitre ouverte. Aujourd'hui, il faisait un peu moins beau que les jours précédent, mais le soleil tapait tout de même furieusement sur la tête des badaud. Heureusement, les hauts buildings de la capitale protégeaient du soleil accablant et offraient une ombre bienvenue à la population new-yorkaise.

Les rues étaient pleines, comme toujours, et il y avait beaucoup de bruit.

A l'intérieur de la voiture aussi.

Robert avait allumé l'auto-radio pour meubler le blanc qui perdurait dans le véhicule et soudain, alors que Lou rêvassait, il se redressa sur son siège, les yeux pétillants alors que Robert le regardait du coin de l'oeil, surpris.
Un grand sourire s'étirait sur les lèvres du jeune patient lorsqu'il tendit la main pour monter le son. Chase ne reconnu pas la chanson alors il jeta un regard interrogatif à son passager.

- Velvet Revolver, expliqua-t-il simplement, souriant largement. Mon groupe préféré.

- Connais pas.

Le regard scandalisé de Lou le fit éclater de rire.

- Vous ne connaissez pas les Velvet Revolver ?! s'écria-t-il. Leur guitariste est le meilleur de cet époque après Jimi Hendrix ! C'est le même guitariste que les Guns N' Roses ! Slash !

Devant l'air parfaitement ignorant de Robert, le jeune patient baissa le son et sortit son téléphone de sa poche. Après quelques secondes de pianotage intempestif, il tendit le petit écran juste sous le nez du docteur. Heureusement qu'ils étaient arrêtés à un feu rouge ! Une lueur flottait au fond des prunelles vertes de Lou.

Robert éloigna un peu l'écran pour arriver à lire.

- Slash ? C'est le guitariste ?

- Oui ! Dîtes moi que vous le connaissez ! le supplia-t-il presque.

Chase rendit le téléphone à son propriétaire avec un petit sourire désolé, bien qu'il s'amusait à provoquer le jeune homme. Evidemment qu'il connaissait Slash et même s'il ignorait qu'il était dans un autre groupe maintenant, il avait écouté les Guns N' Roses - pendant sa période rebelle, durant l'adolescence. C'était un bon groupe de rock.

Lou avait les yeux agrandis par l'horreur lorsqu'il rangea son téléphone et remontait le son. Robert écouta attentivement et, effectivement, il reconnaissait le style si spécial de Slash. Il sourit. Cela le ramenait loin en arrière, lorsqu'il habitait chez ses parents et qu'il s'entendait encore à peu près bien avec son père.

.

- Vite ! Mon cours va bientôt commencer ! gronda Lou en montant rapidement les marches menant à l'entrée de l'université.

Robert le regarda courir pour ne pas être en retard tandis que lui marchait tranquillement, les mains dans les poches. Il perdit vite de vue le jeune homme qui courrait assez vite - même si ce n'était pas très conseillé, il pourrait rouvrir sa plaie. Il regarda autour de lui, ça lui rappelait ses propres années d'université, qui commençaient à dater. La fac de Lou était réputée - même à son époque - et ça ne l'étonnait pas outre mesure qu'il ait été accepté. Il traîna un peu dans les allées de l'université, profitant du soleil. Il passait ses journées dans les locaux de l'hôpital et n'avait plus l'habitude du soleil éblouissant de l'été. Il plaça sa main en visière sur ces yeux. Il ne voyait presque pas devant lui avec toute cette lumière. Robert sentait la morsure du soleil sur ses cheveux et sa peau. Il retroussa ses manches de chemise, il commençait à transpirer à cause de toute cette chaleur qui commençait presque à être étouffante, et ce malgré son sang australien.
Il avait rarement connu d'été plus chaud ici, en Amérique.

Il se dirigea vers le premier auditorium qu'il croisa et entra discrètement. Il balaya la salle du regard sans trop écouter ce que le prof racontait - il ne comprenait que la moitié des termes juridique qu'il employait - et essaya de trouver son patient. C'était un très grand amphithéâtre et il avait du mal à différencier chaque étudiants les uns des autres. Le style du bâtiment était sympa, un peu comme s'ils étaient au siècle dernier, avec le plancher en bois sombre et les lustres simples au plafond. Il repéra finalement Lou, au fond de la salle, tout en haut, assis tout seul. Il fronça les sourcils et s'en alla le rejoindre.
On chuchota sur son passage - sûrement que les étudiants n'avaient pas l'habitude de voir des hommes de son âge en cours - et encore plus lorsqu'il s'assit à côté de Lou. D'ailleurs, il eut la surprise de constater que le jeune homme avait, entre temps, remis son sweat et rabattu sa capuche, camouflant du même coup son visage.

Bizarre...

.

- Ça ne va pas ? l'interrogea-t-il à la fin du cours.

Cela avait été assommant et ce bien que Lou ait écouté tout du long. Et là, puisqu'il n'avait plus cours de la journée, ils avaient décidés de rester un peu avant de retourner à l'hôpital, de se détendre autour d'un café et d'un en-cas. Ils se dirigeaient vers la cafétéria. Lou avait toujours sa capuche.

- Si, mentit Lou.

Il l'entendait dans sa voix étranglée. Et il voyait bien que tout le corps de son patient était tendu à l'extrême alors qu'ils marchaient dans une allée fleurie sous le soleil de plomb. Mais Robert n'insista pas. Si Lou ne souhaitait pas se confier, il ne pouvait pas l'obliger. Mais il était quand même curieux, alors il garda sa question pour plus tard, quand le jeune homme serait plus détendu. Pour l'instant, il était fermé comme une huître. Ils traversèrent l'allée et atteignirent la cafétéria.

Ils soupirèrent de bien-être en sentant l'air frais de la climatisations calmer leur peaux rougies et brûlantes. Lou avait de la chance, il n'était vraiment albinos donc il pouvait rester sous le soleil sans crainte mais aujourd'hui était un peu extrême. Il n'avait pas pensé qu'il ferait une telle température aujourd'hui. Ils apprécièrent une poignée de minutes la température plus agréable. Puis ils firent la queue pour manger. Là, aucuns changements, c'était pareil du temps de Robert. Ah... les repas de la cantine... que de souvenirs ! Ils payèrent et allèrent s'asseoir rapidement - il mourrait de faim !

Chase était assis en face de son patient et observa avec surprise son plateau. Il n'avait presque rien pris (un sandwich ne constituait pas un repas digne de ce nom) mais avait par contre commandé un café par cette chaleur. Il ne fit pas de commentaires et entama son propre déjeuner. Ils mastiquèrent en silence, l'un concentré sur son plateau, l'autre observant un peu partout autour de lui. Robert constata que de nombreux regards étaient tournés vers eux, ou plutôt vers Lou. Ah... il comprenait maintenant la raison de la capuche. Cela devait être pénible d'être scruté sans cesse à cause d'un physique inhabituel. Une paire d'yeux en particulier les fixait sans cesse, tel un prédateur. Ceux d'un blondasse qui ressemblait étrangement à Barbie et dont les yeux lui lançaient des éclairs. À lui et pas à un autre - il avait vérifié si elle ne visait pas quelqu'un derrière lui mais non, c'était bien lui la cible des regard de Barbie. Au bout d'un moment, il vit que Lou avait levé le nez de son plateau et qu'il regardait dans la même direction que lui.

- Saleté de... marmonna-t-il en finissant son sandwich et en tendant la main ver son café.

- Tu la connais ?

Oups, il l'avait tutoyé. Mais ça n'eu pas l'air de déranger Loi qui ne releva même pas.

- Ouais, cela fait deux ans qu'elle me tourne autour, se plaignit-il. Depuis le lycée ! Je crois bien qu'elle est folle...

Robert pouffa. Ça aussi il connaissait : les filles collantes et les garçons entreprenants ça existait depuis toujours ! Il se souvint que lui-même avait fait parti de la deuxième catégorie à un certain âge. Il s'en souvenait encore. Elle s'appelait Marion quelque chose et il avait été si fou d'amour pour elle qu'il l'avait même suivie jusqu'à chez elle. Ah... Marion... Robert se souvenait aussi très bien du père de la jeune fille qui avait pointé un fusil de chasse sur lui lorsqu'il s'était rendu compte du manège de l'adolescent. ll s'était presque fait dessus ce jour là et n'avais plus même osé regarder la jeune fille. Il rigola tout seul en se remémorant ses moments lointains.

- Elle est jolie, fit-il remarquer en regardant encore Barbie.

Si on oubliait le regard mauvais, qui était un vrai tue l'amour. Lou haussa les épaules en buvant une gorgée de café.

- Mouais... les blondes c'est pas mon truc.

Robert acquiesça. Lui non plus n'aimait pas les blondes, il préférait les brunes. Il continua de manger alors que Lou sirotait sa boisson chaude. Chase avait envie de poser des questions au patient. Ils étaient seuls, dans un cadre extérieur, et agissaient presque comme des amis. Il pouvait donc poser des questions... disons indiscrètes, non ? Il trancha, et décida que oui. De toutes façons, il était vraiment trop curieux. Il ne pouvait pas s'en empêcher.

- Je me demandais, Lou, tu as toujours été comme ça ?

L'intéressé haussa un sourcil.

- Blanc ?

Robert esquissa un sourire, Lou n'avait pas l'air de prendre mal sa question. Il le regarda compter sur ses doigts en fronçant les sourcils et murmurer des paroles incompréhensibles. Finalement, il relava la tête montra sa main ouverte à Robert.

- Ça fait cinq ans.

- Que cinq ans ?

Il n'avait pas souvenir d'une maladie qui cause un changement de couleur pourtant. Peut-être qu'une insuffisance en magnésium aurait pu... non c'était illogique. Il devait sûrement y en avoir, mais il n'avait pas la science infuse non plus. Lou finit son café, alors qu'il passait en mode scientifique, et répondit à sa question.

- Oui, ça fait cinq depuis que je me suis déteint pour la première fois.

Robert se figea.

- Quoi ?

Intérieurement, Lou jubilait. Chase par contre se traitait d'idiot. Évidemment que c'était une teinture de cheveux ! Il n'avait toujours pas vu la partie du dossier manquante donc il n'avait pu rien confirmer et là cela se retournait contre lui. Quant à sa peau pâle, il devait juste être très pâle de nature.

- Pourquoi blanc ? ne put-il s'empêcher de demander. C'est un peu... blanc non ?

Lou éclata de rire avant de dire le plus sérieusement du monde :

- J'hésitais entre blanc et bleu mais mon coiffeur m'a conseillé le blanc. Le bleu aurait ete horrible à ce qu'il paraît.

Il rigola encore en voyant la tête de Robert. Il essuya une larme de rire du bout du doigt et lança :

- Je plaisante, c'est ma vraie couleur.

Il s'arrêta et sembla perdue dans ses pensées, comme s'il hésitait à continuer. Finalement, il ouvrit la bouche, les yeux baissés, les sourcils froncés.

- Hum... J'ai... j'ai eu une expérience quelque peu... stressante il y a quelques années. Surtout pour l'enfant que j'étais. Heureusement, ma santé n'en a pas été beaucoup affecté, j'étais déjà malade alors peu de choses pouvaient être pire, mais le stress a fait complètement blanchir mes cheveux, sourcils, etc. J'ai renoncé il y a quelques années à les teindre alors je les laisse tel quel maintenant. Quant à ma peau, c'est de naissance. Une simple anomalie.
Robert pouvait dire que cela lui coûter de parler de cela et il ne pouvait qu'imaginer ce qu'il s'était passé - un événement assez terrible pour faire blanchir toute sa capillarité. Ils restèrent silencieux, chacun sachant le poids de ses paroles. Chase avait conscience de la valeur de l'aveu, et l'appréciait.

Lou commença à fouiller dans son sac, en tira son porte-feuille, l'ouvrit et sortit une photo au bord corné qu'il montra au docteur. Il y avait deux petites filles, toutes deux aux cheveux châtains. Elles semblaient être jumelles mais à bien y regarder, il y avait quelques différences, plus ou moins marquantes. D'abord les vêtements. Celle de gauche faisait plus garçon manqué. Ensuite, elles avaient les mêmes cheveux longs avec une frange sage, mais leurs yeux étaient différents. Celle de gauche avait les yeux verts, l'autre les yeux marrons. Celle de droite avait un grain de beauté sous l'œil, l'autre sous le coin de la lèvre. De plus, la petite fille de gauche était étrangement pâle. Il n'eu pas besoin de Lou pour deviner qui était qui.

- Qui est l'autre petite fille ? demanda-t-il encore plus curieux.

- Pauline, ma cousine, répondit Lou en souriant. On se ressemblait beaucoup quand on était enfant et...

Il se figea. Sa peau devint encore plus pâle, si c'était possible. Robert ne comprit pas ce qui se passait quand Lou se leva et tituba vers la sortie. Il fronça les sourcils en le voyant se plier en deux. Courant pour voir ce qu'il n'allait pas, il perçu les regards appréhensifs des femmes de cantine. Comme si elles savaient ce qu'il se passait. Chase blêmit en arrivant en face de lui. Il se reprit tout de suite en criant à une femme de cantine d'appeler une ambulance. Il s'accroupit face à Lou qui semblait sur le point de tourner de l'œil.

Le bas de son visage et ses vêtements dégoulinaient de sang.

.

Il était si fatigué.

Il pouvait bien se laisser aller quelques minutes, non ?

- Lou ? Tu es toujours avec moi ? s'inquiéta Robert en voyant le jeune fermer les yeux.

Il grogna, mais aucun sons ne sortirent de sa gorge.
Apparemment non, le docteur blond ne le laisserait pas en paix.

- Oui, croassa-t-il difficilement.

Ils étaient dans l'ambulance et se dirigeaient à tout allure vers l'hôpital. Ah oui, c'est vrai. Robert avait appelé l'ambulance. Ou alors c'était une femme de cantine. Il ne se souvenait plus très bien. Il était fatigué. Et il mal au ventre plus. Son estomac était vide, ou alors trop plein, il ne savait plus. Il voulait juste dormir.
Chase jeta un coup d'oeil inquiet à la perfusion, vérifiant qu'elle était bien reliée aux veines de Lou pour remplacer le sang qu'il ne cessait de vomir sur le brancard. Soudain, l'ambulance prit un virage serré
Le docteur s'écroula sur son patient qui gémit sous le poids.
Robert cria au conducteur en se relevant :

- Merde, vous pouvez pas faire gaffe ?!

L'intéressé ne répondit pas, trop occupé à conduire.

Il sentit une pression sur ses doigts et il baissa les yeux vers le visage ensanglanté de Lou, qui tenait fermement la main du docteur dans la sienne. Comme s'il était son point d'appui dans le monde réel et qu'il l'empêcher de tomber dans l'inconscience. Il sentit que la connexion de leurs regards le forçait à rester réveillé et à lutter contre l'agréable torpeur qui lui promettait un repos qu'il désirait tant... mais qu'il ne pouvait s'accorder.
Pas maintenant.

Là, à ce moment là, alors qu'il ne pouvait détacher son regard du liquide rouge et poisseux qui souillait le jeune homme, Robert eu peur. C'était la première fois qu'il avait peur pour un patient. Il ne s'était jamais inquiété plus que de raison. Il sentit que s'ils n'arrivaient pas bientôt il allait devenir fou d'inquiétude. Et il pria pour arriver le plus rapidement possible.

Le trajet semblait prendre une éternité. Une éternité affreusement longue et inquiétante durant laquelle il murmura à l'oreille de Lou de rester éveillé. Robert prit conscience, en contemplant le corps de son patient, de sa fragilité. Du fait qu'un faux mouvements aurait pu le briser. Qu'il ressemblait à une statue taillée dans le verre.
Replié sur lui-même, prit de spasmes, les mains, le visage et les vêtements tachés de sang, sa petite taille, sa minceur inquiétante, sa pâleur, ses cheveux pâle, si pâle, tellement qu'il semblait comme...mort.
Et ses yeux si verts, si vivants, qui contrastaient tellement avec sa pâleur et qui le fixait sans ciller !
Ils étaient si grands, presque trop pour son petit visage pur, et étaient encore plus grands à cause de la peur. Robert voyait bien que Lou aussi avait peur. Peur de l'inconnu. Peur de ne pas savoir. Mourir, oui, mais pas s'en savoir pourquoi !
Des yeux si beaux, si obsédant.

Il semblait si fragile !

Et il avait tant envie - à cet instant précis - de le protéger !

Robert raffermit sa prise sur les petites mains, si fragiles et si douces, de Lou. Il venait de prendre conscience de quelque mais repoussa la chose en question dans un coin sombre de son cerveau, pour le ressortir plus tard, lorsque l'état de Lou serait stable. IL n'était pas sûr de pouvoir assumer cette chose, ni même de la vouloir, mais ce n'était pas le bon moment pour penser à ça.
Pour le moment, il y avait une jeune personne qui perdait son sang sur leurs mains jointes.

Une personne qu'il voulait sauver

.

POV Robert

Lou l'avait échappé belle.

Si l'ambulance était arrivée un plus tard à l'hôpital, la poche de sang du jeune homme n'aurait plus pu remplacer le sanq qu'il perdait et il serait mort d'une hémorragie particulièrement laide et douloureuse. Chase, dans sa peur, n'avait même pas attendu le brancard roulant qui aurait dû emmener son ami jusqu'à la salle d'opération et avait empoigné le petit corps pour le porter.

Ca avait dû être vraiment étrange de le voir débarquer, les yeux fous, les cheveux partant dans tous les sens, lui qui était toujours si propret, tenant contre lui quelqu'un qui pissait le sang et qui ressemblait à un ange tombé du ciel.

Heureusement, Wilson était à l'accueil lorsqu'ils étaient arrivés et avait tout de suite pris en charge Lou.

Maintenant, le malade se dormait profondément dans la chambre qui lui était réservée, tandis que Robert était affalé sur une chaise du centre de médecine interne (ou centre de diagnostics). Il avait les yeux fixés sur ses mains tachées de sang séché. Il avait encore du mal à croire ce qui s'était passé durant la dernière demi-heure. Tout s'était pourtant bien passé, Lou n'avait été en contact avec rien qui aurait pu causer une crise comme celle-là.

Il reçu une serviette en pleine figure.

Foreman s'assit en face de lui, l'air tout aussi fatigué mais néanmoins confiant. Robert s'essuya machinalement les mains sur la serviette humide tout en interrogeant Eric du regard.

- L'opération s'est bien passée. On a vidé son estomac du surplus de sang et on a suturé les plaies internes, informa-t-il son collègue. On l'a aussi bourrée de somnifères. Avec ça, il est tranquille jusqu'à demain midi, au moins.

Robert soupira, soulagé. Puis, il enfonça son visage des ses mains propres et se massa la front. Il fallait qu'il rentre chez lui et qu'il dorme, il était trop fatigué pour réfléchir correctement. Il se leva et, sans souhaiter à Foreman une bonne soirée, il sortit, passant devant House qui jouait avec la balle de tennis rouge.
Il n'avait pas l'air inquiet pour un sou.
Il n'avait même pas l'air de chercher ce qui était arrivé.

Le docteur blond sentit la colère fuser dans ses veines. Tout le monde était inquiet pour le jeune patient et LUI ne ressentait rien alors que c'était peut-être de sa faute. Mais qu'attendre d'un homme tel que Gregory House ? Des moqueries, des blagues salaces, du mépris, oui. Mais des regrets ou de la tristesse ? Autant demander à Wilson d'arrêter d'être humain, à Foreman d'être compétent, à Cameron de draguer leur patron.

Et ça, ça rendait Robert malade.

Il continua son chemin, partant avec ses idées noires mais un bruit fracassant l'arrêta à la porte. Ses poings se crispèrent. Ce n'était pas du tout le moment de l'énerver et il sentait que House serait incapable d'autre chose. Il devait partir maintenant avant que son chef ne l'emmerde tellement qu'il réduirait son autre jambe en bouillie, histoire de le voir ramper.

Mais il avait trop besoin de se défouler pour écouter sa conscience.

Chase se tourna doucement vers son patron qui le jaugeait.

- Quoi ? demanda-t-il avec humeur.

- Tu es stupide.

Robert se mordit la lèvre, retenant un commentaire désobligeant, ferma les yeux, soupira fortement, rouvrit les yeux. Il était énervé. Il était fatigué. Et il risquait fortement de dire quelque chose qu'il regretterait par la suite.
Mais il resta pourtant planté là et posa ses mains sur ses hanches et lâcha :

- Pourquoi ? Parce que j'ai octroyé une sortie à un patient pour lui changer les idées ? Parce que je plaint ce patient ? s'enquit-il avec dédain. On appelle ça être humain.

- On appelle ça être idiot.

- Je préfère être un idiot plutôt qu'un monstre.

- Les monstres ne souffrent pas, eux.

- Vous avez l'air de vous y connaître.

- Peut-être.

- Je ne suis pas stupide, insista Chase.

- Si.

- Pourquoi ?

- Tu dois le savoir.

- Vous venez de dire que j'étais stupide.

- Oui. Mais c'est pas pour ta compassion que tu es stupide.

- Alors pour quoi ?

- Tu est stupide parce que tu t'es fait avoir.

- Non.

- Si.

- Par quoi ?

House le fixa sans ciller.

- Par lui.

.

POV House

Dans le mille.

L'expression furieuse de Chase fit place à de la perplexité

C'était vraiment trop facile de deviner les sentiments des gens comme lui.

Ils étaient tellement transparents.

Le boiteux regarda Chase couler un regard vers Foreman, qui les observaient à travers la vitre, curieux, puis se concentrer de nouveau sur lui. Il avait l'air vraiment très en colère.
Bien.
C'était très bien.

- Je ne vois pas ce que vous voulez dire.

- C'est pas trop tôt, railla House. J'ai cru que ce que j'ai dit t'avais fait avaler ta langue. Et tu vois exactement de quoi je parle. Tu crois que tu peux te couper en quatre pour un patient sans que rien d'autre ne rentre en compte que la conscience professionnelle ?

- Je ne vois pas ce que vous voulez dire, répéta Robert blêmissant au fur et à mesure.

Gregory réprima un sourire.

- Il est désirable, pas vrai ? lâcha-t-il.

Chase sursauta.

- Oh, allez, me dit pas que ça t'es jamais venu à l'esprit vu comment tu le regarde. Il a un de ces culs qui do...

- Ta gueule ! tonna Robert, rouge, une veine gonflant sur sa tempe. Taisez-vous ! Je veux que vous vous la fermiez et que jamais plus vous ne parliez de lui ! hurla-t-il.

- Tout doux, golden boy, tempéra House en se levant sous le regard meurtrier de Chase.

Il se planta devant lui, très fier de ce qu'il avait fait.

- Tu te rend compte à quel point t'as l'air con ? Tomber amoureux d'un patient... De ce patient surtout... C'est le fait que c'est ni une fille ni un gars qui t'excite ? l'interrogea House, le sourire aux lèvres.

- Espèce de...

Il n'eu pas le temps d'en rajouter plus, Cameron venait d'entrer et s'arrêta en les voyant se regarder en chiens de faïence. Il vit que Robert se forçait de se calmer et qu'il agrippait sa veste à s'en faire blanchir les jointures. Chase fit volte-face et s'en alla d'un pas furieux. Gregory regagna son fauteuil en souriant et recommença à jouer à la balle.

Ca promettait d'être intéressant...

...

Review ?