Et voilà le chapitre suivant ! Il est un peu plus long que les autres mais je n'ai pas voulu le couper. Merci beaucoup à tous ceux qui me suivent et spécialement à mes reviewers. Bonne lecture et à dimanche prochain !


"Mallory" fit joyeusement Ernie en ouvrant en grand ses rideaux le lendemain. "Mallory, on attend ton histoire !"

Le jeune garçon s'était instantanément réveillé au changement de luminosité mais eut le réflexe de ne pas le montrer, grognant en s'agitant.

"Qu'est-ce que tu veux, McMillan ?" finit-il par marmonner.

"Tout le monde attend ton histoire !" fit joyeusement McMillan.

"Quelle histoire ?"

"Ce qui s'est passé avec le troll ! Hannah dit que tu es allé sauver Granger et que tu as assommé le troll avec un sort de lumière tellement puissant qu'elle était aveugle, et après tu l'as enchaîné avec un sort que personne ne connaît et…"

Réagissant comme un garçon de son âge, Al'Najin enfouit sa tête sous son oreiller. Oh non, par l'enfer… sa discrétion était à l'eau si on lui attribuait les exploits qu'avait réalisé l'une des quinze sorcières les plus puissantes d'Angleterre. Une vibration se fit entendre et il sortit un œil de son oreiller, regardant sa table de chevet alors que McMillan racontait une autre rumeur d'une autre source. Avait-il seulement dormi une nuit ou deux semaines pour que tout le monde ne raconte autant de choses différentes ? Non, il n'avait pas lancé de potion de pétrification sur le troll, bon sang… où se serait-il procuré cela sans laisser savoir qu'il pouvait taper dans la réserve personnelle de Rogue en demandant gentiment ?

"Ok" interrompit-il alors que son téléphone vibrait plus fort. "Ok, McMillan, je me lève. Laisse-moi juste dix minutes pour prendre une douche et je descends dans la salle commune, ok ?"

"Ok" fit joyeusement McMillan sans prêter plus d'attention que cela à la vibration – il n'était pas à un artefact magique près. "Je viens te chercher dans dix minutes si t'es pas en bas, hein !"

"Ouais" fit Stan en s'asseyant sur le bord de son lit en guise de bonne volonté. "Dix minutes."

Son condisciple ressortit joyeusement, refermant la porte, et Stan attrapa le téléphone, le déverrouillant avant de le décrocher.

"J'ai dix minutes seul pour prendre ma douche" avertit-il en arabe sans même saluer son interlocuteur.

"Dix secondes seront suffisantes" répondit la voix si caractéristique de Ra's al'Ghul. "De l'orichalque n'a pas été vu depuis deux mille ans, Al'Najin. Je veux un échantillon."

"Entendu" acquiesça Al'Najin. "Je vais travailler à gagner sa confiance."

L'homme avait déjà raccroché et il reverrouilla le téléphone avant de le ranger. Au temps pour avoir des informations sur le métal. Si Ra's al'Ghul l'avait exigé aussi clairement, c'était qu'il ne connaissait pas grand-chose de plus que des rumeurs dessus, mais que ces rumeurs devaient être très intéressantes. Il alla prendre une brève douche en réfléchissant songeusement à comment s'en procurer auprès de McGonagall. Eh bien, elle aimait les bons élèves. Il pouvait manifester un intérêt bien plus profond pour sa matière et ensuite… elle les avait avertis de ne jamais tenter de métamorphose sans aide. Il irait la lui demander innocemment.

Cela requerrait qu'il ne mette en avant un excellent niveau théorique pour son âge cependant, assez pour attirer son attention durablement. C'était une vision sur le long terme, et un plan qu'il n'était pas certain de réaliser, en conséquence de quoi il allait également chercher dans d'autres voies s'il pouvait se procurer de l'orichalque. A commencer par Rogue, quoi qu'il se doute que le maître de potions n'en sache pas grand-chose. Il ne serait qu'un début.

Toute sa maison l'attendait en bas et Nymphadora Tonks l'attrapa d'ailleurs joyeusement, lui ébouriffant ses cheveux longs. Il se retint de l'envoyer valser contre le mur et se dégagea à la place dignement, rajustant ses cheveux dans leur catogan.

"Alors, Mallory" fit la métamorphomage en prenant une forme aguicheuse qui n'eut strictement aucun effet sur l'enfant trop jeune pour avoir ce type d'hormones "comment as-tu diable fait manger la poussière à ce troll ?"

"Je ne l'ai pas fait" répondit Stan en époussetant sa tenue. "McGonagall l'a fait."

"Ce n'est pas ce que Granger dit, que tu lui as sauvé la vie" fit joyeusement Tonks.

"Je lui ai sauvé la vie" admit-il. "Le troll allait lui mettre un coup de massue et je l'ai attrapée et poussée pour ne pas qu'elle se le prenne. Ensuite je l'ai sortie des toilettes, j'ai fermé la porte et je lui ai dit de courir, on est rentrés dans McGonagall et McGonagall s'est occupée du troll qui nous coursait."

"Pas de potion de pétrification ?" demanda Tonks, déçue.

"Non. Je ne sais pas brasser ça" mentit le jeune homme.

Bon, il avait carrément du mal avec la potion de pétrification. Il ne l'avait faite qu'une fois et cela avait manqué de tourner au désastre à pratiquement chaque étape, et l'aurait fait si Rogue n'avait pas tout rattrapé.

"Pas de lumos tellement aveuglant que le troll a cru être en plein soleil ?" interrogea-t-elle avec espoir.

"Peut-être que je l'ai aveuglé" admit-il, réticent "mais ça n'avait certainement pas la force du soleil."

"Fais voir !"

Il grogna mais ses condisciples réclamaient la chose et il sortit donc sa baguette, lançant le Lumos de la veille. Un peu moins brillant, cependant, avant de l'éteindre en haletant.

"Je ne sais pas faire ça, moi" se plaignit un quatrième année, et il haussa des épaules.

"Je suis sûr que si. Je n'ai rien fait de spécial, j'ai voulu que ce soit très fort, c'est tout. La formule et le mouvement sont les mêmes."

Une mine sceptique lui répondit et il se força à lui sourire gentiment.

"Pourquoi tu n'essaierais pas ? Ferme juste les yeux et pense que tu veux beaucoup, beaucoup de lumière, on verra bien ce que ça donne."

Sceptique, Diggory sortit néanmoins sa baguette et ferma les yeux.

"Très fort" recommanda Stan. "J'ai voulu que ça soit aussi fort que le soleil parce que tout ce que je savais des trolls, c'était qu'ils absorbaient les sorts et n'aimaient pas le jour."

"Lumos !" rugit Diggory en brandissant sa baguette comme une massue.

La lueur qui en résulta était bien plus forte que celle de Stan, se déversant dans la salle commune. Il y eut une vague d'applaudissements et il l'éteignit, se frottant ensuite les yeux.

"Oh wow" fit-il avec admiration, regardant sa baguette avec amour malgré son essoufflement. "C'était trop bien !"

"Bah tu vois" fit Stan avec un haussement d'épaules "j'ai rien fait de spécial et tu le fais plus fort que moi."

"Ça crève" fit Diggory, hors d'haleine.

"Ouais, j'ai remarqué aussi. C'est crevant par rapport à un Lumos normal. Je peux aller manger maintenant ?"

"Tu n'as pas oublié de détail ?" demanda Tonks, soupçonneuse.

"Non, m'dame. J'ai dit tout ce qu'il s'était passé."

"Quels sorts a utilisé McGonagall ? Un stupéfix ?"

"Un quoi ?" demanda Stan avec intérêt.

"Stupéfix. Un sort qui permet d'immobiliser quelqu'un, tu le verras en sixième année" répondit la métamorphomage en l'entraînant vers la sortie, suivie par toute leur maison. "Tu le vois comme un rayon écarlate, mais les trolls y résistent très bien."

"Non, non, elle n'a pas utilisé de sort. Elle a changé le sol sous ses pieds, a changé sa massue en sable et après elle a transformé une armure pour faire des chaînes et l'accrocher au sol. C'était… super impressionnant."

"Il y a des rumeurs qui disent qu'elle pouvait se battre contre dix Mangemorts en même temps" fit Tonks sur un ton de confidence. "Elle était très, très respectée pendant la guerre."

"Je veux bien le croire" fit-il sagement.

"Tu sais" fit Tonks avec malice "quand tu t'y connaîtras un peu plus en métamorphoses, elle acceptera sûrement de t'apprendre un ou deux tours. C'est ma matière préférée et elle n'a jamais rechigné à m'en dire plus que ce qu'on faisait en cours."

"Je pensais que je pourrai lui demander si j'avais des questions" admit-il. "Les classes ne vont pas très vite."

"Ben viens me voir en premier" offrit Tonks "et si je sais pas ou si c'est trop compliqué, va la voir. Et ne pratique pas sans lui dire avant ou elle va te tuer."

"J'ai cru comprendre" fit-il avec un petit rire avant d'imiter la sévère professeur. "La Métamorphose est l'art le plus dangereux que vous étudierez à Poudlard et je ne tolérerai aucun chahut…"

Tonks éclata de rire à côté de lui. Il déclina cependant l'invitation à manger avec elle, rejoignant son année comme à l'accoutumée avant de s'alimenter. Il se força à manger plus que de coutume, sachant que les grosses dépenses de magie étaient censées l'affamer – et qu'il avait prétendu que c'était une grosse dépense de magie même s'il n'avait pas laissé échapper une goutte de sueur. Un hibou arriva devant lui, lui laissant un parchemin, et il roula des yeux en voyant qu'il ferait sa retenue deux semaines après. Il savait que Hagrid était le garde-chasse de Poudlard, mais guère plus.

Les deux semaines suivantes le virent se concentrer intensément sur la métamorphose. Non pas sur ses devoirs, puisqu'ils étaient toujours très bien rédigés pour toutes les matières, mais sur des études nettement plus approfondies. Il laissa tomber les potions pour le moment, ne rédigeant que la base de ses rédactions sans craindre les foudres de Severus, mais se plongeait totalement dans les théories magiques. Toutes n'étaient pas aisées à comprendre, loin de là, mais Tonks avait tenu parole et n'hésitait jamais à les lui expliquer. Il commençait à parvenir à entretenir un débat, même si basique.

Aussi ce fut de méchante humeur qu'il se rendit à sa retenue. Il aurait préféré qu'elle ait lieu avec Rogue pour qu'il puisse travailler tranquillement. Pourtant il se rendit dans le hall où McGonagall lui avait dit devoir se rendre pour être accueilli par Rusard, le concierge. Trois autres première année se trouvaient là, dont Malefoy qui lui jeta un regard hautain – le petit blond n'avait jamais digéré la scène du premier jour et paraissait d'autant plus frustré que le Poufsouffle l'ignorait superbement. Insultes, provocations, il ne prenait même pas la peine de le regarder. Et le fils de noble n'était pas habitué à être ignoré.

Rusard les amena jusqu'à la cabane en bois qui servait de maison à Hagrid. Le géant sortit, armé d'une arbalète et son chien avec lui, et renvoya rudement Rusard, regardant ensuite les quatre enfants. Leur activité de la nuit était visiblement dangereuse et cela réveilla un peu l'intérêt du jeune assassin avant que son cœur ne se glace et que la haine ne monte en lui. Tuer des licornes ? Qui était assez monstrueux pour blesser ou tuer des licornes ?

La Ligue ne plaisantait pas avec ce genre de choses. Les licornes faisaient partie des êtres magiques sous leur protection absolue, comme les phénix ou les démiguise. On pouvait tenter de blesser un dragon sous les yeux d'un membre de la Ligue, qui aiderait néanmoins le reptile si celui-ci en manifestait le besoin. Mais les licornes, tellement pures qu'elles ne pouvaient blesser, étaient l'une de ces choses que les Assassins prêtaient serment de protéger. A n'importe quel prix.

Et la seule sanction admise pour les avoir blessées était la mort.

Malefoy prit son silence pour de la peur, car il le tança. Al'Najin l'ignora. Un gamin prétentieux n'était rien comparé au meurtrier d'une licorne. Hagrid le mit avec le noblard et le chien, Crockdur, à son silence. Il se mit en route à leur suite sans férir, se concentrant. Ce n'était plus Stan Mallory qui se déplaçait mais Al'Najin, le plus jeune assassin de la Ligue. Ses doigts sortirent subrepticement son téléphone et il envoya un message à la Ligue.

Quelqu'un a blessé et tué des licornes. Je demande l'autorisation de le traquer et l'abattre à tout prix.

Quand Malefoy se retourna pour lui demander d'une voix couinante pourquoi il traînait, l'engin avait déjà disparu dans ses vêtements, contre sa peau. Il se mit en route, silencieux comme un fauve en chasse. Moins de deux minutes après, le téléphone vibrait deux fois, puis s'immobilisait. L'autorisation de la chasse avait été donnée, et la nuit ne s'achèverait pas sans un mort.

Crockdur était un trouillard mais il restait un chien et pouvait suivre les pistes. Il les mena jusqu'à une clairière et l'assassin sentit une bouffée de rage monter en lui. Une silhouette était agenouillée auprès d'une licorne blessée et encore vivante. Al'Najin pourtant ne bondit pas immédiatement en avant, canalisant la colère. Malefoy couina et tenta de s'enfuir. Il lui fit un croche-pied au passage et la tête du jeune noble percuta un rocher en tombant, l'envoyant dans l'inconscience. Bien. Un témoin de moins.

Le bruit avait néanmoins attiré l'attention de la chose qui releva la tête. Sans plus hésiter, Al'Najin bondit en avant à une vitesse foudroyante. Sa colère s'était condensée et cristallisée en une seconde, réveillant toute sa magie qui rugissait tout aussi furieusement. Il mit moins de deux secondes à parcourir les quinze mètres les séparant et son corps percuta l'autre avec un grand bruit, le faisant voler à plus de deux mètres de l'animal blessé. Al'Najin était sur son agresseur cependant et son poing se leva, frappant en plein visage. Un craquement sourd se fit entendre alors que les os se disloquaient sous la force du coup.

Un sort le fit voler en arrière mais il se rattrapa en plein vol et se retourna, retombant accroupi avant de tirer sa dague de sa botte. Sortir sa baguette était inutile pour le moment, il ne maîtrisait pas assez la sorcellerie et probablement moins bien que son vis-à-vis. Aussi fondit-il en avant, vif comme l'éclair, et la lame de dix centimètres se chargea de foudre dans sa main. Une infâme odeur de chaire brûlée s'éleva et le combat s'engagea soudain. Al'Najin ne se retenait pas. Son objectif était de voir sa cible morte et le sang coula plus d'une fois.

L'autre le comprit d'ailleurs car il s'enfuit avec un cri horrible après lui avoir lancé un sortilège qui percuta ses côtes, lui faisant libérer un halètement de douleur. Il leva sa dague et la lança, mais elle ne fit que érafler son bras alors que la douleur irradiait de son torse. Le touchant prudemment, il se rendit compte qu'elles étaient brisées. Il lui avait lancé un foutu sort qui avait brisé vingt-quatre côtes d'un coup. Cela signifiait qu'il était en danger de mort, car les os brisés pouvaient percer le cœur ou les poumons, mais il ne paniqua pas, se laissant tomber à genoux avec le plus de douceur qu'il le put pour ne pas risquer de les bouger.

Il venait de se faire écraser. Certes, il n'avait eu que des dagues, et pas d'élément de surprise, mais il avait néanmoins été vaincu par un seul sort. Il devait absolument éviter un autre affrontement frontal, il ne le gagnerait pas plus que celui-ci. Non, il devait découvrir l'identité de sa proie et l'attirer dans un piège mortel, sans lui laisser la chance de combattre en retour. D'autres choses étaient néanmoins plus importantes pour le moment et son regard se fixa sur la licorne.

"Hey" fit-il d'une voix tremblante, frottant doucement son large cou blanc. "Il est parti et il va pas revenir de sitôt. Ou alors on lui tendra un piège, hein ?"

Un faible hennissement lui répondit et il leva sa main difficilement, traçant devant lui le signe de la Ligue des Assassins. Aesclepios prétendait que le signe n'avait pas été choisi au hasard et qu'il annonçait aux êtres réellement purs qu'un de leurs protecteurs était là. Il n'y croyait pas mais avait ressenti le besoin de le faire. La licorne remua faiblement, posant sa tête sur ses genoux.

"Enfant… baisse tes barrières, enfant. Laisse-moi voir ton âme."

La voix était lointaine, à peine perceptible derrière ses protections mentales. Il les abaissa très lentement, tendu comme un arc, se sentant plus vulnérable que jamais. Pourtant la licorne avait une présence rassurante, scintillante.

"Sais-tu utiliser tes magies, enfant ?"

"Non" murmura-t-il, sentant les larmes perler sur ses joues. "Je suis trop jeune, je ne sais pas utiliser toutes mes magies…"

"As-tu jamais soigné avec ?"

"Je me suis soigné" avoua-t-il doucement.

"Accepterais-tu d'essayer ? Cela te laissera affaibli, enfant, et ne fonctionnera peut-être pas. Peu de sorciers peuvent utiliser leurs magies sur une licorne mais tu as fait le signe des protecteurs. J'aime les protecteurs. Je n'espérais pas en voir un de mon vivant."

Sa voix vacillait, s'affaiblissait. Al'Najin avança sa main, la posant dans la plaie sanguinolente en hoquetant de douleur. Un bruit de galop se fit entendre sans qu'il ne réagisse, ni ne remarque les trois centaures qui entraient dans la clairière. Non, il avait déjà concentré ses magies. L'une d'entre elles devait nécessairement être une magie de guérison. Il s'était déjà soigné lui-même, de plaies parfois graves. Une par une, il examina les magies dans son esprit, les rejetant l'une après l'autre, avant de rester stupéfait.

Oh, ironie, quand tu nous tiens… Le pourpre de la magie guérisseuse n'était pas l'un de ses pouvoirs naturels. Il faisait partie des restes de Voldemort. Sans hésiter, Al'Najin le saisit et le poussa vers sa main, concentrant tout le flux. Il se fichait qu'elle appartienne à Voldemort. Sa seule volonté était qu'elle ne soigne l'être magnifique devant lui, qu'importe le coût. Il faisait partie de la Ligue des Assassins.

La Ligue des Assassins protège le monde. Vit et meurt pour l'innocent. Chasse l'impur, traque le maudit et détruit l'obscurité des hommes. Vie et mort, une vie pour une vie et une mort pour une mort. Un meurtre pour la vengeance et un meurtre pour la protection. Vie de l'impur sera prise contre celle de l'innocent, j'en fais le serment.

La douleur explosa dans son cerveau alors que le rouge envahissait sa vision. Il ne maîtrisait pas cette magie, ne la possédait même pas à l'origine, et elle le lui faisait amèrement sentir. Il recracha du sang, inconscient d'avoir sorti sa baguette et de la serrer dans son poing jusqu'à ce que ses jointures ne soient blanches, inconscient des larmes sur son visage alors qu'il luttait furieusement, continuant d'user de la magie sauvage qui se débattait. La vie d'une licorne était plus importante que son confort. Il ne renoncerait pas. Jamais.

Une fontaine de lumière blanche apparut soudain derrière ses paupières et la pression se relâcha. Il rouvrit lentement les yeux, inconscient du sang recraché sur son menton et sa poitrine. La licorne s'ébroua, puis se releva, les pattes légèrement tremblantes, frottant son museau contre sa joue. Sa robe était de nouveau intacte, à peine maculée du sang argenté, sans blessure béante. Ce fut la dernière chose qu'il perçut avant que les ténèbres ne l'envahissent.

Lorsqu'il émergea lentement, sa tête bourdonnait de douleur. Il était allongé dans un lit confortable, chaudement recouvert. Son torse ne le faisait pratiquement pas souffrir. Plutôt que de montrer immédiatement son réveil, il tendit l'oreille. Des éclats de voix se faisaient entendre tout près et il sentit la surprise monter en lui en reconnaissant la voix de son "père".

Slade Wilson était à Poudlard. Et il ne semblait pas heureux du tout.

"Ah, Mr Mallory" fit une voix chaleureuse. "Je suis heureuse de vous savoir réveillé. Non, ne bougez pas. J'ai réparé vos côtes mais elles sont encore très fragiles."

Il rouvrit les yeux pour tomber sur Poppy Pomfresh, l'infirmière. Eh bien, si elle avait réparé ses côtes, elle était probablement un peu plus que juste une infirmière. Il ne poserait pas de questions néanmoins.

"Comment vous sentez-vous ?" demanda-t-elle avec gravité.

"Fatigué" fit-il sincèrement d'une voix effroyablement rauque que Slade n'aurait pas reniée.

"Hm, bien sûr. Vous avez pris un très vilain sort et vous êtes magiquement épuisé."

"Que fait… mon père… ici ?" articula-t-il.

"Nous appelons toujours les parents quand leurs enfants sont malades ou blessés" expliqua Pomfresh "et votre père a été difficile à joindre mais a manifesté le désir de vous visiter et d'avoir des explications plus claires. Je vais aller le chercher si vous le voulez."

"S'il vous plaît."

"Prenez juste cette potion, si vous voulez bien. Elle aide à se remettre de l'épuisement magique, vous en prendrez trois fois par jour."

"M'ci" répondit-il par automatisme.

Rogue entra dans un tourbillon de robes, suivi par son père et McGonagall, ainsi que Dumbledore qui fermait la marche. L'œil unique se posa sur lui, analytique – Wilson examinait attentivement son état. Rogue vit son regard sur la potion et acquiesça imperceptiblement. Il l'avait brassée lui-même et Al'Najin accepta donc de la boire.

"'lut, P'pa" fit-il d'une voix pâteuse et toujours aussi rauque. "Comment va ?"

"Bien" grogna son père. "J'expliquais justement à tes professeurs qu'il semblerait qu'ils aient omis un point dans la description de leur école."

"Un seul ?" demanda le jeune assassin en refermant les yeux.

Un grondement sourd lui répondit.

"Je dors depuis combien de temps ?"

"Vingt-neuf heures, nous sommes actuellement jeudi et il est six heures du matin" répondit la voix joviale de Dumbledore. "Pourrais-tu nous dire ce qu'il s'est exactement passé ?"

"Donne-moi une bonne raison de ne pas te ramener à la maison maintenant" avait grondé Slade en même temps.

Il rouvrit les yeux pour le regarder. La Ligue avait probablement été en contact avec lui en remarquant qu'il n'avait pas donné de nouvelle plus de quelques heures après avoir dit qu'il partait traquer un tueur de licornes. Il lui proposait une extraction simple, lui permettant de quitter le bâtiment sans anicroche et sans être retenu.

La tâche de l'assassin était loin d'être finie cependant et il lui fit un adorable sourire, réactivant son occlumencie à pleine puissance malgré sa migraine, reprenant le contrôle de ses émotions.

"J'ai vu une licorne et c'était la plus belle chose que j'ai vue de ma vie" annonça-t-il avant que son sourire ne disparaisse. "Elle était blessée et c'était horriblement triste. Il y avait un truc au-dessus, comme un humain avec une capuche, qui buvait son sang. Malefoy a essayé de s'enfuir mais a trébuché et elle nous a vus. J'ai sauté en avant, sur elle, pour l'éloigner de la licorne. On a roulé par terre et je l'ai frappée. Je crois que je lui ai cassé le nez – en tout cas un truc a craqué quand j'ai frappé avec mon poing. Il n'a pas bougé au début et j'ai senti la douleur partout dans mon torse, comme quand je m'étais cassé une côte en tombant. Beaucoup plus fort, et partout. Il a poussé un cri horrible, comme un Nazgûl, et il s'est enfui."

Le silence retomba et il voulut poursuivre, maladroitement.

"La licorne n'était pas morte et je ne voulais pas qu'elle meure et… je ne sais pas après."

C'était le mensonge le plus pitoyable de sa vie, réalisa-t-il soudain. Et tous ses interlocuteurs le savaient. Il se souvenait parfaitement avoir entendu la voix de la licorne et s'être emparé de la magie de guérison, forçant son usage – il n'était pas épuisé magiquement pour rien.

"Vous mentez" fit Rogue d'une voix calme.

"Je mens" admit-il calmement.

"Que s'est-il passé alors ?"

Il ouvrit la bouche, la referma. Il n'avait pas envie de parler de la voix, ni du symbole de la Ligue des Assassins, ni de leur échange et certainement pas de la présence scintillante et de la tête blanche sur ses genoux. Finalement il voulut parler.

"Je…"

Sa voix se coupa seule.

"Je ne veux pas en parler" trancha-t-il soudain.

"Mr Mallory" incita Dumbledore "personne ne sait ce qu'il s'est passé avec cette licorne en dehors de vous. Vous étiez couvert de son sang lorsque les centaures vous ont ramené."

"Je… elle… je…"

Les mots ne passaient définitivement pas dans sa gorge et c'était quelque chose d'étrange.

"Mr Mallory, nous devons savoir" fit patiemment le directeur, déclenchant deux réactions violentes.

"Assez !" claquèrent les voix de Slade Wilson et Minerva McGonagall en même temps.

"Tu n'as pas à en parler si tu ne veux pas" fit rudement le mercenaire en le fixant. "C'est un traumatisme, nous pouvons consulter un professionnel si tu le veux."

"Mr Mallory est visiblement sous l'Interdit de Merlin" fit McGonagall au même moment, foudroyant du regard le directeur. "Vous ne pouvez pas lui demander d'en parler, Albus – tous les symptômes sont là. Un acte de haute magie, l'épuisement qui en découle et l'impossibilité d'en parler. N'insistez pas, Albus."

"Minerva a raison" acquiesça l'infirmière, ses poings sur ses hanches. "Ceci est un Interdit de Merlin ou je ne sais pas en reconnaître un. Mon patient parlera des événements à quelqu'un s'il le choisit, quand il le choisira, et personne ne lui posera la moindre question dans l'intervalle, est-ce clair ?"

"Mes excuses, Mr Mallory" fit Dumbledore en inclinant sa tête. "Je n'aurai pas dû insister."

"Qu'est-ce que l'Interdit de Merlin ?" s'enquit Stan en réponse avec curiosité.

Un petit silence lui répondit puis McGonagall se racla la gorge.

"Il arrive que certaines personnes fassent, dans certaines circonstances, des actes, de haute magie ou non, qui leur permettent de prendre conscience d'informations sur la nature même de la magie ou d'un sortilège. Afin de protéger ces savoirs d'un mauvais usage, ces personnes sont protégées par l'Interdit de Merlin, une réaction de la magie même qui protège leur découverte ou redécouverte. L'information ne peut être extraite d'aucune façon que ce soit et la coutume exige, une fois l'Interdit identifié, de ne pas questionner son porteur."

"Oh…"

La tête de la sévère professeur s'inclina.

"Bien sûr, vous êtes libre d'en parler à qui vous choisirez pour cela si vous en ressentez l'envie ou le besoin."

"Ok…"

"Et cent points pour Poufsouffle, pour avoir sauvé la vie d'une licorne" conclut la professeure. "Je propose que nous laissions le peu de temps d'éveil qu'il reste à Mr Mallory avec son père, directeur."

"Excellente idée" approuva Pomfresh. "Du vent. Appelez-moi si vous avez besoin de quoi que ce soit."

"Merci" fit Slade avant d'offrir un signe de tête et un sourire à la professeur.

Il s'assit sur le bord du lit une seconde après, le regardant avec attention.

"Tu veux écrire un message à ta sœur ? Elle est très inquiète."

Stan acquiesça et le mercenaire plongea la main dans sa veste, en sortant un bloc et un stylo qu'il lui tendit avant de l'aider à se redresser.

"Vingt-quatre côtes brisées" fit-il à voix basse. "Redoutable attaque."

"Même pas vu venir" admit Stan tout aussi doucement. "Je lui ai brisé plusieurs os et l'ai poignardé plusieurs fois mais il s'est enfui et après… la licorne était plus importante. Je ne peux pas l'affronter de face, je dois lui tendre un piège."

"Besoin d'aide ?"

Al'Najin resta silencieux un moment. Toute la Ligue volerait à son secours en plus de Slade s'il le demandait, et le coupable décéderait bientôt. Cependant il ne voulait pas se trahir et, admettons-le, il était vexé de s'être fait avoir si facilement.

"Pas si on peut l'éviter" fit-il finalement. "Il y avait un témoin qui faisait que je ne pouvais pas utiliser mon potentiel et c'était un duel sorcier. Ça n'en sera pas un la prochaine fois mais une exécution."

Un hochement de tête lui répondit et il décapuchonna le stylo avant de commencer à écrire. C'était en arabe, et codé qui de plus est. Slade ne tenterait pourtant pas de lire, ou du moins Al'Najin s'en fichait s'il le faisait. Ce n'était qu'un rapport bien plus complet et circonstancié des événements et il conclut en indiquant qu'il était maintenant réveillé et attendrait un message ou un appel pour prendre sa décision, mais qu'il lançait néanmoins sa traque pour découvrir qui était le coupable.

Il était épuisé lorsqu'il eut terminé et Slade glissa une main affectueuse dans ses cheveux comme le ferait un père, avant d'embrasser son front.

"Repose-toi bien" fit-il avec affection.

"J'aurai besoin d'être remis en forme cet été" fit le jeune garçon en refermant les yeux.

Un sourire un peu inquiétant lui répondit.

"Je m'arrangerai pour être dans les environs."

"Merci."

Il resta trois jours de plus à l'infirmerie. Pomfresh ne voulait pas qu'il se lève car ses côtes étaient toujours fragiles et il avait été assez souvent blessé pour reconnaître le bon sens de la recommandation. Il était donc sagement resté au lit et lui avait simplement demandé s'il pouvait lire pendant ce temps, ce qu'elle avait accepté, l'approvisionnant volontiers avec les titres ou les sujets qu'il demandait.

Il méditait le reste du temps, tant pour reconstituer ses barrières d'occlumencie que pour étudier sa propre magie. Le pourpre était dorénavant totalement intégré à ses autres magies suite à son assimilation forcée. Il pourrait sûrement s'en servir plus aisément mais devait s'entraîner pour le contrôler avec une plus grande précision. L'autre chose qui avait changé était sa baguette. Il l'avait retrouvée sur sa table de chevet mais elle n'était plus simplement de bois sombre. Des stries argentées se faisaient voir, des stries qu'il reconnut en les frôlant comme étant du sang de licorne incrusté dans le bois. Le contact était cependant rassurant plus qu'inquiétant et il ne s'en était donc pas soucié.

Ses camarades vinrent lui rendre visite plusieurs fois, de Poufsouffle principalement mais également Hermione et Neville. Il parlait cependant encore moins qu'à l'accoutumée et la rumeur avait fait son œuvre – pour toute l'école, Malefoy s'était enfui comme un lâche, lui avait sauvé une licorne mais ne dirait pas comment parce qu'il était sous un Interdit de Merlin. C'était assez incroyable à quelle vitesse les rumeurs se propageaient dans cette école. Rien ne restait secret longtemps mais la version qui circulait était bien entendu amplifiée et déformée.

Le seul avantage de l'Interdit, c'était qu'il pouvait ignorer toutes les questions qui l'embêtaient. Soit à peu près toutes, et les gens s'arrêtaient tout seuls quand leurs voisins leur mettaient un coup de coude en chuchotant Interdit de Merlin. Vraiment pratique, cette expression. Les gens se contentaient juste de savoir qu'il avait sauvé une licorne.

Il s'était replongé dans ses études, aidant ses camarades quand ils le lui demandaient poliment et travaillant le reste du temps. La métamorphose bénéficiait toujours de la totalité de son attention et Tonks était d'une très précieuse aide, accélérant très largement son apprentissage. Elle semblait apprécier son esprit analytique et lui avait dit plusieurs fois qu'il progressait très vite, mais il n'avait guère d'autre point de comparaison.

"Severus" demanda-t-il soudain au milieu d'une retenue avec le maître de potions.

"Hm ?"

Le professeur était à son bureau, en train de corriger des copies à grands coups de plumes rageurs.

"Est-ce que tu peux me rendre un service ?"

"Quoi donc ?"

"Je veux un peu d'ADN de Quirrell."

Severus releva soudainement la tête et le garçon soutint son regard.

"Je l'ai frappé avec ma dague" daigna-t-il néanmoins expliquer. "Les centaures me l'ont ramenée plus tard, sans la montrer à personne d'autres. La Ligue a fait un test ADN dessus et je veux un échantillon pour établir une comparaison."

"Pourquoi Quirrell ?"

"C'est un idiot bégayant et fini qui porte un turban."

Un sourire amusé naquit sur les lèvres du professeur et pourtant ses yeux restaient froids.

"Et en réalité ?"

"Si l'on prend en compte que la pierre philosophale se trouve au troisième étage" commença à énoncer le jeune homme "que le sang de licorne permet de rester en vie à n'importe quel coût, jusqu'à avoir trouvé mieux, comme par exemple l'élixir d'immortalité, qu'il s'intéresse de très près au troisième étage, qu'il avait son nez tout juste réparé, mais pas entièrement après cette nuit-là et que je sais déjà d'autres sources que Quirrell a été en contact avec Voldemort en Albanie, je suppose qu'il y a de quoi émettre une hypothèse indiquant qu'il veut ramener la pierre à Voldemort et qu'il le maintient actuellement en vie. Je ne frapperai pas sans preuve néanmoins."

"Qu'est-ce que tu vas faire si c'est lui ?" demanda Rogue.

"Voler la pierre, la renvoyer à Nicolas Flamel via la Ligue en lui disant que Voldemort la voulait et en lui demandant, anonymement bien sûr, son aide pour coincer Quirrell. En parallèle, préparer un assassinat sur lui. Non pas un combat frontal, je ne suis de toute évidence pas assez fort pour ça, mais…"

"Une exécution" conclut Rogue en dessinant un T rageur sur sa copie.

Un hochement de tête lui répondit.

"Il y a un chien à trois têtes au troisième étage, assis sur une trappe" fit Rogue d'une voix songeuse. "Puis un Filet du Diable, une salle contenant des clefs volantes ensorcelée, un échiquier géant, un troll, une énigme de logique et je ne sais pas pour la fin."

"Et pour mon ADN ?"

"Ne poussez pas votre chance, Mallory. Hors d'ici. Un elfe de maison nettoierait mieux ces chaudrons."

La voix s'était subitement faite glaciale et méprisante et le jeune homme sut qu'ils étaient observés. Il bondit sur ses pieds, laissa Rogue nettoyer deux ou trois chaudrons et fila hors de la pièce, comme s'il était trop heureux de s'échapper de la retenue.

Trois jours plus tard, lorsque Rogue leur rendit leurs échantillons de potions, sa fiole avait changé. L'examinant avec attention par transparence, Al'Najin distingua quelques poils et du sang séché. Parfait. Il la rangea dans son sac. A midi même, un hibou partait à tire-d'ailes vers Londres. Il avait juste écrit ADN au marqueur dessus, sans apporter aucun changement. Cela suffirait pour que les faux serviteurs au manoir des Mallory ne sachent quoi en faire.

En attendant les résultats, il étudierait et observerait, comme toujours.

Ce fut peu de temps avant les vacances de Noël qu'il se glissa jusqu'à la salle des professeurs. Il s'était inscrit pour y rester sur ordre de la Ligue, puisque rien ne l'attendait à l'extérieur pour le moment. Autant en profiter pour s'entraîner et en apprendre davantage. Avec un peu de chances, les résultats de ses tests génétiques ne tarderaient pas trop.

"Mr Mallory ?" demanda courtoisement le professeur Sinistra quand il eut frappé.

"Je suis désolé de déranger" s'excusa-t-il avec politesse "mais j'aurai aimé savoir si le professeur McGonagall était ici ?"

"Entrez."

Elle s'était écartée et Stan entra sans hésiter. La salle était séparée en plusieurs espaces plus restreints, de fauteuils entourant des tables basses ou de bureaux. Plusieurs professeurs conversaient ou s'occupaient mais il ne parvenait pas à entendre ce qu'ils disaient et comprit qu'il devait y avoir des sortilèges d'intimité sur chaque table. Chourave, sa directrice de maison, était avec un Serdaigle mais le salua néanmoins d'un sourire chaleureux auquel il répondit poliment.

"Minerva" appela la jolie professeur d'astronomie "tu as de la visite."

La sévère professeur s'arrêta dans sa conversation avec Flitwick et l'observa un instant avant de lui sourire sincèrement. Sa baguette s'agita et le sortilège de silence tomba.

"Venez nous rejoindre, je vous en prie, Mr Mallory" offrit-elle.

"Merci beaucoup" fit-il sincèrement "et navré de vous déranger, professeurs."

"Je vous en prie" fit joyeusement Flitwick de sa voix flûtée.

"En quoi puis-je vous aider ?" s'enquit McGonagall.

"Eh bien, je me souviens de vous exigeant, notre premier jour de classe, de ne jamais tenter de métamorphoses sans être supervisé" expliqua-t-il en feignant une légère nervosité. "Et… j'ai beaucoup lu dessus, et je crois avoir progressé en théorie mais…"

"Vous aimeriez passer à la pratique" compléta sévèrement McGonagall, avant de se radoucir. "Je suis ravie que vous soyez venu me voir, Mr Mallory. Nombre d'élèves essaient quand même des sorts qu'ils jugent simples sans en parler aux professeurs. Puis-je savoir en quoi la métamorphose vous attire-t-elle tellement ?"

"Hm" fit-il en rougissant légèrement. "Votre démonstration d'Halloween était incroyable. Je n'avais jamais rien vu de pareil. Et puis…"

Il s'arrêta un instant, mal à l'aise, et rougit encore plus sous son regard bienveillant.

"J'ai… Neville dit que je suis doué parce que… mon père l'était" admit-il. "Je veux dire, j'adore mon père et ma sœur et je ne voudrai en changer pour rien au monde mais… ils ne sont pas sorciers et…"

Un sourire compréhensif lui répondit. Flitwick avait déjà acquiescé joyeusement.

"James Potter était très bon en métamorphose, effectivement" approuva-t-il. "Un peu tête brûlée, certes, mais très talentueux. Il est effectivement tout à fait possible que vous ayez hérité de son don, en effet."

"Où vous êtes-vous rendu en théorie ?" demanda McGonagall.

"Je ne sais pas vraiment, je ne lisais pas par niveau" admit-il, embarrassé. "Tonks m'a beaucoup aidé quand je ne comprenais pas des choses et c'est elle qui m'a recommandé la plupart des livres, mais je n'ai pas étudié par année, plus par théorie."

"Quelles théories précisément ?"

"Je crois que j'ai bien saisi les lois de préservation de la matière, c'est très proche de la chimie" fit-il soudain avec enthousiasme. "Les cinq premières lois de Gaunt sont faciles aussi, la suite un peu moins mais j'ai fini par saisir les principes. Les théorèmes de Wildberg sont vraiment fascinants et ses dessins de niveaux d'énergie aussi – il fallait être un génie pour penser à redessiner ces diagrammes comme ça, ça simplifie tellement la compréhension de la métamorphose. J'ai essayé de les appliquer à ce qu'on a vu comme sorts en classe, les diagrammes que j'ai eu sont très simples mais je suppose que c'est parce que ce ne sont des métamorphoses qui ne dépendent que du premier niveau et…"

"Pourrai-je voir vos diagrammes ?" interrompit gentiment la professeur.

Il ouvrit sa sacoche sans férir, sortant son bloc moldu avant de le lui tendre.

"Je ne dessine pas très bien" s'excusa-t-il en rougissant légèrement.

La professeur avait déjà souleva la couverture, feuilletant les pages. Le jeune Mallory avait effectivement décomposé et analysé chacun des sortilèges qu'ils avaient étudié depuis le début de l'année – et, sachant que la plupart de ses élèves n'arrivaient jamais à un niveau de compréhension tel et se contentaient de la formule du sorcier moyen une incantation + un mouvement = un effet, c'était déjà une belle réussite. Même son père n'aurait pas forcément pu faire ceci en première année s'il avait sérieusement essayé.

Son attention fut attirée par des remarques en marge, au crayon pour la plupart. La majeure partie étaient suivies de points d'interrogation et de flèches qui pointaient vers certaines parties des diagrammes. Mallory commençait même à appréhender le niveau suivant de métamorphose – un exploit à son âge.

"Très bien" acquiesça-t-elle en refermant le bloc. "Vous semblez effectivement avoir beaucoup appris en théorie. J'ai vu que vous restiez pendant les vacances, nous pourrons organiser quelques sessions d'études si vous le souhaitez."

"Ça ne vous dérange pas ?" demanda-t-il avec anxiété.

Les lèvres de la professeur frémirent. Mallory avait un niveau théorique très avancé et elle savait déjà d'expérience qu'une pratique stricte et sévère ne lui faisait pas peur.

"Non, Mr Mallory, je ne vous l'aurai pas proposé sinon. Et je préfère que mes élèves viennent me le demander plutôt qu'ils ne tentent des transformations hasardeuses."

"Merci beaucoup" fit le garçon avec un immense sourire.

"Je vous en prie."

"Me voilà déçu" soupira Flitwick. "Wildberg à onze ans, réellement ? Ne voulez-vous pas vous intéresser également aux sortilèges, Mr Mallory ?"

"J'aime bien les sortilèges" admit Stan "mais ce qu'a fait le professeur McGonagall c'était… au-dessus de tout."

"Minerva" gronda gentiment Flitwick.

"Eh bien, Filius" gloussa la professeur, choquant Stan qui se reprit au dernier moment "si vous voulez que Mr Mallory ne s'intéresse également aux sortilèges, pourquoi ne pas lui montrer ce que peuvent faire les enchantements de haut niveau, en duel par exemple ?"

Stan la regarda avec des yeux ronds. Filius pourtant eut l'air très excité à cette idée.

"Très bonne idée, Minerva ! Peut-être devrions-nous faire effectivement des démonstrations de très haut niveau à nos élèves pour les concentrer sur les cours."

Il se tapota la joue.

"Je vais demander à Severus un duel d'entraînement. Il n'est pas mauvais quand il s'y met et très rapide."

Il fit un clin d'œil vers Stan.

"La vitesse rend toujours un duel très impressionnant, jeune homme. Un adversaire surpris est un adversaire affaibli."

"Je n'ai pas vocation à me battre en duel" fit prudemment Stan "et je ne pense pas que le professeur Rogue acceptera que…"

"Mais si, mais si" fit joyeusement Flitwick.

"Vous n'aimez pas le conflit, Mr Mallory ?" demanda doucement McGonagall.

Une petite grimace lui répondit. Stan mentait, mais il mentait incroyablement bien, son occlumencie déployée au maximum.

"Je n'aime pas voir des gens blessés, professeur" répondit-il, biaisant le credo de la Ligue. "Certainement pas des innocents comme une licorne."

"Je m'inquiète encore pour vous à ce sujet" fit McGonagall d'une voix douce. "C'était un épisode traumatisant."

"Ça va. Vraiment" assura-t-il. "Je… ma baguette fait encore des bêtises parfois mais… ça va. Le professeur Chourave m'a beaucoup aidé quand j'avais du mal à dormir. Et… elle est vivante. Donc c'est bon."

En tant qu'assassin chevronné, c'était vrai qu'il ne s'était pas attendu à ce que les cauchemars ne le prennent aussi violemment, les visions de la licorne morte sous ses yeux. En bons Poufsouffle, ses camarades de chambrée en avaient parlé à leur directeur de maison et Chourave avait effectivement pris le temps de s'occuper de lui. Quelques nuits avaient été faites sous potion de sommeil Sans Rêve, puis c'était allé de mieux en mieux et il avait arrêté la potion.

"Pomona prend toujours très soin de ses petits blaireaux" acquiesça jovialement Flitwick. "Je retiens votre idée, Minerva. Peut-être devrions-nous aller dîner ?"

Un hochement de tête lui répondit et Stan remercia encore les deux professeurs avant de sortir. Il n'avait pas parlé de l'orichalque à McGonagall. Il ne voulait pas que l'on sache qu'il s'intéressait de très près au métal. S'il était assez assidu dans son apprentissage et qu'il gagnait sa confiance, il pourrait aborder le sujet un jour où il sentirait que l'atmosphère était bonne. On n'extorquait pas leurs secrets de duel à des gens en leur parlant cinq minutes.