Bonsoir à tous ! Nous sommes dimanche, et voici donc un nouveau chapitre. Bonne lecture !
Ce fut trois jours avant le début des vacances de Noël que son téléphone vibra d'un premier message. Il y avait quatre-vingt-seize pour cent de chances que les deux échantillons de sang qu'il avait fourni à la Ligue ne soient de la même personne, la marge d'erreur venant des dégradations sur les deux échantillons. Il resta un long moment pensif. Rogue lui avait donné les protections et il les trouvait ridiculement faibles pour quelque chose d'aussi précieux que la Pierre Philosophale. Il allait tout de même prendre le risque de s'en emparer, oui, car Flamel ferait un potentiel allié très précieux et Ra's pensait que c'était la chose à faire.
Ensuite, il lui faudrait trouver un moyen d'éliminer Quirrell facilement. Les choses auraient été beaucoup plus aisées s'il avait quitté Poudlard pour les vacances, mais ce n'était pas le cas. Il décida finalement à y réfléchir sérieusement pendant ses vacances, une fois la Pierre en sécurité, et commença à préparer son escapade dans le couloir interdit du troisième étage.
La veille du départ de Poudlard, ce fut d'un pas tranquille qu'il se rendit au festin. Il avait décidé d'agir ce soir, quand tout le monde serait épuisé par le trop-plein de nourriture, et avait soigneusement préparé son escapade. La dissimulation relevait nettement plus de son domaine et, dans l'idéal, il n'aurait pas à se servir de magie. Pourtant les rumeurs couraient quand il arriva à la Grande Salle, dont les portes étaient closes. Elle s'ouvrirent à sept heures piles et des exclamations se firent entendre.
"Il y a une estrade de duel !" chuchota une voix surexcitée, et la rumeur se répandit aussitôt comme une traînée de poudre.
Il pinça ses lèvres. Flitwick n'avait pas été sérieux, si ?
Et pourtant, quand tout le monde fut installé à leurs tables, le petit professeur arriva sur l'estrade. Il n'était pas vêtu de ses robes ordinaires et sa simple vue ramena le silence.
"Bienvenue !" fit joyeusement Flitwick. "Bienvenue pour votre dernier jour à Poudlard avant Noël ! Pour cela, quelques professeurs et moi avons décidé de vous préparer une petite surprise. Oui, vous l'avez bien deviné, nous ferons trois démonstrations de duel ce soir. Les professeurs Rogue et McGonagall ont accepté de me prêter leur concours."
Une acclamation terrible lui répondit. Les élèves paraissaient fous de joie de l'opportunité. Rogue avait l'air encore plus renfrogné qu'à l'accoutumée mais Stan savait qu'il était le plus faible des trois et qu'il ne devait pas du tout aimer être vu en position de faiblesse.
"Tu crois que Rogue va utiliser de la magie noire ?" chuchota Hannah à côté de lui.
"Devant le directeur ?" rabroua Ernie. "T'es folle. Il se ferait envoyer à Azkaban dans la seconde."
"J'ai entendu dire que Flitwick était un champion de duel" fit rêveusement Susan. "Champion du monde, je crois."
"Navré" fit platement Stan "mais j'ai vu McGonagall maîtriser un troll en un claquement de doigts."
Des rires lui répondirent.
"On a remarqué que tu ne faisais que de la métamorphose" gloussa Ernie. "Ça avance ?"
"Lentement. Elle a accepté qu'on pratique un peu pendant les vacances pour peu que je lui promette de ne rien faire en dehors de sa supervision."
"C'est cool" fit Hannah avec enthousiasme. "C'est une très bonne prof."
Il acquiesça en silence, regardant l'estrade. McGonagall aussi s'était changée et son chignon paraissait plus strict que jamais, enserrant étroitement ses cheveux pour ne pas qu'ils traînent autour d'elle. Rogue avait également attaché les siens en catogan et ses robes de duel, noires bien entendu, lui donnaient une certaine prestance.
Flitwick et McGonagall se mirent en face finalement alors que Rogue se reculait. Un silence religieux s'abattit sur la salle alors qu'il décomptait, les deux adversaires se tournant le dos pour s'éloigner lentement. Flitwick fut le premier à se retourner et Stan cilla. Son sortilège avait été à peine visible, et pourtant McGonagall l'avait stoppé d'une vulgaire pierre apparue en l'air, qui explosa au passage.
Ils ne combattaient pas sérieusement, Stan le voyait parfaitement. Aucun des deux n'émanait d'intention hostile. Par contre, les métamorphoses de la professeur étaient fantastiques, modifiant le terrain à sa guise pour lui donner l'avantage, invoquant des créatures vivantes pour gêner le petit professeur. Flitwick était incroyablement rapide et ses sortilèges aussi. Il ne prononçait pas toujours les formules, n'en ayant pas besoin, et se déplaçait énormément. Stan suivit un long moment les mouvements de ses jambes, dignes d'un escrimeur chevronné. Cela lui permit de remarquer que ses pas n'étaient pas faits au hasard et il reporta son attention sur lui.
Flitwick ne faisait pas que lancer des sorts. Examinant très attentivement sa silhouette vive, Stan finit par distinguer les éclats de magie qui s'éloignaient de lui et tenta de les reconstituer. Le professeur tissait une toile de magie un peu partout, désactivant certaines métamorphoses à peine ébauchées. C'était un enchantement, et non un sortilège, et jamais Stan n'aurait cru qu'on pouvait l'utiliser en duel – ils prenaient bien trop de temps à être construits.
Et pourtant lorsqu'une fumée blanche se répandit, c'était bel et bien dû à la toile de magie déployée. L'air se raréfia et le manque d'oxygène soudain surprit McGonagall, assez pour qu'un sortilège ne passe sous sa garde. Elle se rendit avec un sourire sur ses lèvres minces et la salle revint à la normale sous un tonnerre d'applaudissements alors qu'ils s'inclinaient l'un face à l'autre.
Elle se mit ensuite en position face à Severus Rogue, pour le plus grand plaisir des Gryffondor et Serpentard qui se mirent à beugler des encouragements. Stan eut un signe de tête navré mais ne dit rien. Le duel fut bien moins long et Rogue finit par être neutralisé – pas sans avoir lancé une potion de pétrification aux pieds de Minerva qui fonctionna parfaitement, pour un superbe match nul. Stan faillit ricaner – peu étonnant que Severus, sachant qu'il allait perdre, n'ait préparé un petit plan de secours pour ne pas avoir totalement l'air d'être le perdant.
Ils furent tous les deux dé-pétrifiés par Pomfresh qui avait un sourire amusé sur les lèvres et Severus se remit en position alors que Flitwick remontait sur la plate-forme. Le décompte fut à peine atteint qu'un déluge de sorts se fit voir sur la plate-forme, de toutes les couleurs, filant cependant à des vitesses surréelles. Les deux se déplaçaient énormément, esquivant et n'érigeant des boucliers qu'en dernier recours qui disparaissaient ensuite dans des chuintements.
La magie sifflait à une vitesse incroyable. On n'aurait réellement pu donner une personne qui avait l'avantage. C'était principalement de l'esbroufe, bien sûr, mais le but était totalement atteint alors que la quasi-totalité des élèves étaient muets devant le déferlement de magie, bouche bée. Les deux sorciers avaient arrêté de prononcer leurs sorts et c'était définitivement chose très intéressante à apprendre dans un futur plus ou moins lointain. Stan suivait plus particulièrement Flitwick des yeux – il connaissait Rogue et le sujet était donc moins intéressant.
Le petit professeur en était conscient et finit par lui faire un petit clin d'œil. Un instant après, sa baguette s'agitait dans une suite de mouvements extrêmement complexes qui pourtant dura moins de deux secondes. Une flopée de sortilèges s'en échappèrent, puis soudain se divisèrent en plusieurs rayons. Rogue dressa un bouclier qui émit un bruit de gong grave devant lui, mais Flitwick avait déjà fait un autre mouvement de baguette, ses lèvres prononçant cette fois une formule.
Les sorts qui n'étaient pas morts sur le bouclier, passant autour, firent soudain un propre demi-tour et frappèrent Rogue dans le dos.
Tout le monde ne l'avait peut-être pas vu dans la myriade de sorts mais ceux pour qui c'était le cas, comme Stan, restaient bouche bée. Il envoya un regard d'admiration sincère au professeur triomphant, pourtant essoufflé, qui se rapprocha de Severus pour le réanimer. Le cerveau de Stan calculait déjà à toute allure. Le principal inconvénient des sorts, comme des balles d'armes à feu, étaient qu'ils allaient en ligne droite. Il était possible de leur donner des effets mineurs, mais guère plus.
S'il commençait à modifier les trajectoires des sorts, les possibilités étaient toutes autres…
Le festin commença juste après, lorsque les acclamations se furent enfin tues, mais le principal sujet de conversation était bien sûr les duels qui venaient d'avoir lieu. Les élèves en parlaient d'ailleurs toujours avec excitation lorsqu'ils allèrent se coucher. Stan prit son téléphone et vit qu'il avait sonné sans qu'il ne l'entende. Il activa les sorts d'intimité de son lit et recomposa le numéro, restant immobile le temps qu'on ne décroche.
"Hey, petit frère" fit la voix de Nyssa en arabe.
"Hey" fit-il à voix basse.
Il perçut immédiatement que quelque chose n'allait pas. La voix de Nyssa était tendue.
"Père ne voulait pas que je t'appelle" admit-elle, sa voix tremblant légèrement "mais je pensais que tu voulais savoir… Al'Sahfer est… le traître l'a tuée. Pas le traître. Quelqu'un. J'enquête."
"Je rentrerai demain" annonça-t-il avec un calme qui le surprit lui-même.
Al'Sahfer avait été le plus proche d'une amie qu'il n'ait eu. Ils étaient arrivés ensemble à la Ligue et s'étaient longuement entraînés avec l'autre, discutant et s'amusant.
"Un… un idiot a revendiqué son meurtre et réclamé père en duel" fit Nyssa. "Je… je sais que ce n'était pas lui. Il protège quelqu'un."
"Est-ce qu'il est…"
"Non. Père l'a laissé vivre pour… pour qu'il nous emmène au bon endroit."
"Je rentre, grande sœur" fit-il calmement. "Envoie un message par hibou que je l'ai demain matin et que je prétexte mon changement d'avis."
Ses yeux se plissèrent.
"Nous allons à Starling ensemble."
"Père…"
"Comprendra que je ne traque un traître. Je suis l'un des meilleurs dans ce domaine. Je te vois bientôt, grande sœur. Je termine juste une part de ma mission et j'arrive."
Il avait raccroché un instant après et resta pourtant immobile, revoyant mentalement Al'Sahfer et son sourire, avant de se promettre silencieusement qu'elle serait vengée.
Il était une heure du matin lorsqu'il sortit du dortoir, non pas vêtu d'un uniforme mais de sa tenue d'assassin. Il avait déjà remarqué que les tableaux suivaient les gens qui se promenaient et les évita donc soigneusement, passant dans leurs angles morts quand il le pouvait et privilégiant les passages secrets qui n'en avaient pas. Comme à l'accoutumée, il avait pris trois potions supprimant son odeur et effaçant ses traces et ses rejets corporels.
Il tourna la poignée du couloir interdit sans résistance. Un grondement lui répondit mais il avait déjà commencé à siffloter distraitement. Trouver comment neutraliser un Cerbère n'avait pas été difficile, vraiment. Il était très sensible à la musique. Effectivement, les trois têtes dodelinèrent et Al'Najin s'avança en silence, soulevant la trappe avant de sauter dedans sans hésiter. Le Filet du Diable amortit sa chute et il se détendit parfaitement.
C'était l'un des premiers exercices d'un assassin. Savoir paraître totalement détendu alors que l'on était prêt à l'action. Ses muscles ne présentaient aucune forme de contraction, il ne transpirait pas, et en conséquence le Filet le laissa passer. Il se réceptionna souplement sur le sol. Si Rogue avait raison, venait maintenant l'enchantement de Flitwick. Des clefs se trouvaient bien là, volant rapidement dans toute la salle, mais Al'Najin se rapprocha d'abord de la porte, l'examinant attentivement. Il était probable que Flitwick ne l'ait enchantée contre les sortilèges d'ouverture…
Mais avait-il pensé à bloquer la méthode moldue ? C'était quelque chose qui méritait d'être tenté et Al'Najin sortit ses outils de crochetage. C'était une compétence qu'il maîtrisait depuis des années maintenant et il inséra délicatement le premier crochet dans la serrure. Les vieilles maisons et portes avec des serrures en métal massif était dans les plus simples à forcer et, effectivement, la clenche joua après moins de deux minutes. Al'Najin récupéra rapidement tous ses instruments, les rangeant dans sa tunique, et attrapa le balai qui se tenait là.
La lumière eut à peine le temps de s'allumer dans la pièce de l'échiquier qu'il volait au-dessus et se reposa après, laissant le balai appuyé contre un mur. L'odeur caractéristique du troll lui parvint et il ouvrit la fiole qu'il avait empruntée à Rogue deux jours avant. La fumée noire se répandit silencieusement dans la pièce. Il avait déjà supprimé son odeur. Le troll ne le verrait pas passer et, avec un peu de chance, il oublierait même qu'il y avait eu quelque chose bizarre à un moment.
Al'Najin parvint enfin dans la dernière pièce, ne s'effrayant pas des flammes qu'il avait vues. Rogue l'avait averti. Il lui avait également dit qu'il ne pouvait pas lui fournir l'antidote, ce serait beaucoup trop évident, mais lui avait indiqué quel était l'effet des flammes. Sans hésiter, ne jetant même pas un œil aux bouteilles, Al'Najin marcha vers le rideau de flammes.
Une douleur immonde, avait dit Severus. Presque un Doloris.
L'Avada était plus douloureux que le Doloris, et il y avait survécu. Il occulta la douleur en continuant à avancer, ne se concentrant que sur ses jambes pour ne pas que les contractions musculaires ne le ralentissent. Puis soudain il fut passé et s'autorisa une seconde d'arrêt. Il savait supporter la douleur mais cela ne voulait pas dire qu'il aimait le faire. La douleur reflua alors qu'il inspirait profondément et il reprit sa marche.
La salle était vaste et un seul objet s'y trouvait. Il s'agissait d'un miroir, ce qui augmenta instantanément sa méfiance. Ce n'était pas un objet ordinaire à mettre quelque part où était censée se cacher la pierre philosophale. Il en fit lentement le tour, évitant de regarder la surface miroitante pour le moment, et observa avec attention l'inscription en haut.
L'énigme était ridiculement facile et il entreprit donc de le lire à l'envers. Ce que son cœur désire… si le miroir montrait effectivement les souhaits et les rêves, c'était stupidement dangereux. Bien des rêves et des fantasmes ne se réalisaient jamais. Ce n'était que faire miroiter l'impossible et c'était terriblement dangereux pour l'équilibre psychologique de certaines personnes. Il semblerait cependant qu'il n'ait pas le choix et baissa les yeux, regardant la surface miroitante avant de lever un sourcil.
Il se voyait lui-même, adulte et pleinement formé. Son uniforme était celui de la Ligue, bien qu'il n'en porte pas la capuche. Il avait sa baguette dans un holster sur son avant-bras – ceci semblait être une bonne idée qu'il pouvait appliquer aisément – deux armes à feu à la ceinture et, par-dessus son épaule, comme Slade le faisait, la poignée ouvragée d'une épée dépassait. Nyssa était là également, elle aussi dans sa tenue d'assassin, portant ses armes. Ra's al'Ghul était plus loin, leur tournant pratiquement le dos, ses mains croisées dans son dos, n'ayant qu'une épée à la ceinture.
Slade également était là. Le plus étrange était qu'il semblait tenir une silhouette par la taille qui avait sa tête posée sur sa poitrine en réponse et Al'Najin se jura de lui faire une blague à ce sujet. La silhouette était indiscernable cependant, comme noyée dans la fumée. Il abandonna donc la chose – voir Slade Wilson avec une femme, même de fumée, dans son étreinte était déjà hilarant. Non, il préféra reporter son attention sur Nyssa.
L'assassin tenait une pierre rouge sang et jouait nonchalamment avec, la lançant ou la faisant tournoyer entre ses doigts avec habileté. Elle finit par lui faire un clin d'œil et la lui lança en cloche. Al'Najin ouvrit ses doigts par automatisme pour la rattraper et cilla.
La Pierre était dans sa main. Non pas dans le miroir, mais dans le monde réel. Un instant il la regarda, regarda à nouveau le miroir, puis reporta son attention sur la pierre avant de la faire disparaître précipitamment dans sa sacoche et de briser la vision, se détournant du miroir. Il sentait le pouvoir qui fluctuait entre ses doigts dès qu'il frôlait la Pierre et n'avait pas besoin de plus de confirmation. Marchant rapidement, il refit le trajet dans le sens inverse, ramenant le balai à l'entrée pour remonter la trappe.
Il se remit à siffloter juste avant de l'ouvrir et lâcha le balai pour qu'il ne retombe. Son pas se fit à nouveau parfaitement silencieux dès qu'il se glissa dans le couloir et il regagna son dortoir aussi furtivement qu'il l'avait quitté, recherchant la difficulté de la chose et la moindre erreur qu'il avait faite. Cela lui semblait être des protections bien trop basses si un quart des légendes entourant la Pierre étaient vraies. Sûrement, quelqu'un avait remarqué son intrusion et n'allait pas tarder à débarquer dans sa chambre.
La Pierre était cependant toujours là le lendemain matin et il la frôla. La décharge de pouvoir l'assura que c'était la vraie. Il s'habilla normalement, à la moldu, et descendit prendre son petit-déjeuner avec les étudiants qui se préparaient à partir. Un hibou s'approcha de lui au moment du courrier, lui remettant une missive, et il l'ouvrit. Son cœur se serra légèrement malgré lui en lisant la note d'une main masculine lui demandant de rentrer alors que la meilleure amie de sa sœur était décédée.
Nyssa le lui avait dit mais le voir écrit le concrétisait d'une certaine façon.
"Mallory ?" demanda Tonks en se penchant par-dessus son épaule. "Tu vas bien ?"
Elle avait déjà lu la courte missive cependant et son visage se ferma légèrement avant qu'elle ne pose une main sympathique sur son bras.
"Tu devais rester à Poudlard, hm ? Viens là."
Il se laissa faire en silence. Il ne savait pas comment il était supposé réagir et décida que Tonks ferait très bien ça pour lui, l'amenant jusqu'à la table des professeurs.
"Professeur Chourave ?" interrogea-t-elle. "Est-ce que Mallory peut rentrer chez lui même s'il n'est pas inscrit ?"
"Il y a un problème, Mr Mallory ?" demanda immédiatement sa professeure en le rejoignant.
"Euh…"
Il ne savait pas comment dire la chose sans paraître cru ou lâcher qu'il allait froidement assassiner le responsable, aussi finit-il par lui donner le message. La professeur émit un bruit triste, serrant brièvement ses épaules.
"Mes condoléances, Mr Mallory. Bien sûr que vous pouvez retourner chez vous. Miss Tonks, est-ce que vous pouvez accompagner Mr Mallory faire et chercher sa malle ?"
"Bien sûr" répondit immédiatement Tonks.
"Euh…"
Il révisa mentalement ce qui traînait dans le dortoir. Rien de compromettant, finit-il par juger. La pierre était dans la sacoche contre sa cuisse et ses armes également dissimulées sur lui. Il n'avait guère que des affaires ordinaires et hocha donc lentement sa tête.
"D'accord. Merci. Le professeur McGonagall…"
"Minerva comprendra parfaitement" rassura Chourave. "Je suis sûre qu'elle trouvera du temps pour suivre vos progrès après les vacances, ne vous inquiétez pas. Je lui annoncerai la chose moi-même."
"Je vous ai entendue, Pomona" fit la voix sévère derrière eux, et il se retourna lentement.
L'expression de McGonagall se radoucit considérablement.
"Prenez le temps de rentrer avec votre famille, Mr Mallory" fit-elle doucement. "Nous travaillerons ensemble à la rentrée. Si vous souhaitez vous concentrer sur autre chose à un moment…"
Elle réfléchit un moment, puis inclina sa tête.
"Vous pouvez toujours rédiger un essai sur les théories que vous avez abordées et comprises. Ne le faites que si vous le souhaitez réellement cependant. Votre famille est plus importante. Mes condoléances à vous et votre sœur."
"Merci…"
"Filez avant de rater le train."
Tonks lui fit un signe de tête reconnaissant et l'entraîna rapidement dans les couloirs, montant dans son dortoir en la poussant avant de sortir sa baguette.
"Ahah" fit-elle d'un ton féroce, et il comprit qu'elle faisait cela pour tenter de lui remonter le moral – qui n'en avait pas besoin, il remonterait tout seul quand le meurtrier serait six pieds sous terre. "Faislamalle !"
Ses affaires bondirent dans sa valise et il cilla. Ce truc était très utile. Tonks leva le pouce de la victoire, un sourire éclatant sur les lèvres alors que ses cheveux prenaient une teinte rose.
"Ouais, chuis la meilleure !"
En dehors du fait que l'organisation de la valise était totalement anarchique, mais au moins ses affaires étaient-elles rassemblées au même endroit. Il baissa le couvercle et s'assit dessus pour le fermer complètement, faisant glisser la fermeture éclair. Tonks fit ensuite léviter la malle et le raccompagna à l'extérieur jusqu'au train. Elle le colla dans son compartiment sans laisser les autres Poufsouffle dire un mot et il se mit au fond, contre la vitre.
Les autres le laissèrent tranquille pendant la majeure partie du voyage mais Tonks finit par s'asseoir en face de lui, le regardant avec un sourire.
"Tu as envie de parler d'elle ?" proposa-t-elle gentiment. "C'est une coutume sorcière. Après l'avoir appris, tous les gens qui la connaissaient en parlent, même à des gens qui ne la connaissent pas."
Stan resta silencieux un moment.
"Il n'y a pas grand-chose à dire. C'était la meilleure amie de ma sœur. Je la voyais pratiquement tous les jours depuis… des années. Elles étaient tout le temps ensemble."
"Comment elle s'appelait ?" fit Tonks avec un sourire encourageant.
"… Sarah" répondit-il après un moment. "Je l'appelais le piaf parce qu'elle était blond pétant et elle détestait ça."
Ta'er al'Sahfer – le Canari. Un nom qui lui allait bien, d'autant plus lorsqu'elle utilisait ses disrupteurs soniques au bruit suraigu. Ils avaient appris le combat et l'arabe ensemble et elle lui avait enseigné l'écriture – probablement la plus patiente de tous ses professeurs. Tonks n'insista pas plus, visiblement satisfaite de l'avoir fait parler au moins un peu. Elle le raccompagna également sur le quai, le protégeant férocement de toute attention mal placée, mais il finit par se diriger par une silhouette connue.
"Bonjour, Sarab" fit-il à mi-voix.
Le japonais inclina sa tête. Il était stoïque, vêtu d'un long manteau noir, ses mains dans ses manches.
"Bonjour, jeune seigneur. Votre sœur s'excuse de ne pas être venue vous chercher elle-même."
Il balaya l'argument d'un geste de la main.
"Amène-moi à elle."
Sarab acquiesça et prit sa valise d'une main gantée. Tonks serra son épaule avec un sourire sympathique un peu forcé.
"Bonnes vacances tout de même, Stan."
"Merci" répondit-il calmement. "Toi aussi."
Il partait un instant après, marchant à côté de Sarab.
"Une amie ?" interrogea-t-il lorsqu'ils furent côté moldu.
"Grandes connaissances en métamorphose. A largement accéléré mon apprentissage" répondit laconiquement le garçon.
"Je vois."
Al'Najin ne demanda pas où ils allaient. Sarab conduisait la voiture et ils se taisaient, roulant rapidement malgré la circulation jusqu'à rejoindre les docks. Il sortit en premier, entrant dans l'entrepôt voisin, et s'y avança sans crainte jusqu'à poser un genou à terre. Il ne s'était pas attendu à ce que Ra's al'Ghul en personne ne soit présent.
"Lève-toi, Al'Najin" fit simplement l'homme. "Est-ce que tu l'as ?"
Il plongea sa main dans sa sacoche en réponse et en sortit la Pierre, la lui lançant. Ra's al'Ghul l'examina avec attention.
"La vraie, aucun doute" fit-il à mi-voix. "Excellent travail. Est-ce que quelqu'un t'a vu ?"
"Je ne crois pas, et je ne crois pas avoir activé de protection. Je n'ai utilisé aucune magie pour la récupérer et même les tableaux ne m'ont pas vu. Impossible d'être certain cependant, ma perception des magies alentours n'est peut-être pas assez développée."
Ra's al'Ghul fit un signe de doigts et Sarab s'approcha, un coffret ouvert en main. Il y déposa la pierre et Sarab referma le coffret.
"Nyssa t'a appelé" observa Ra's d'une voix calme.
"Oui" admit-il sans chercher à nier.
"Vas-tu aller à Starling City ?"
"Pas si vous me l'interdisez."
"Hm. Queen protège quelqu'un. Sans doute un membre de son escouade ou peut-être sa sœur. Nyssa est trop perturbée pour le moment. Je veux la tête du traître et du meurtrier de Al'Sahfer à mes pieds avant la fin de tes vacances, quel qu'en soit le prix."
Son regard se posa sur lui.
"Ensuite la Ligue s'occupera de ce dénommé Quirrell. Avant de te rendre à Starling, néanmoins…"
Il leva sa main dans un geste d'invitation et Al'Najin s'approcha.
"Orichalque ?"
"Rien pour le moment, mais j'ai réussi à attirer l'attention de celle qui en a matérialisé pour qu'elle m'enseigne en privé. Cela prendra du temps. Toutes les autres pistes se perdent dans les légendes et personne n'en a vu depuis des siècles."
"Bien. Continue à travailler sa confiance."
"Un autre professeur sur la liste de Rogue est intéressé pour m'enseigner. Puis-je saisir l'occasion ?"
"Fais-le. Je veux que tu maîtrises chaque aspect de la sorcellerie."
"Je continuerai de chercher un maître pour les Arts Sombres alors" acquiesça le garçon. "Où allons-nous ?"
"Voir Nicolas Flamel. Une vieille connaissance."
Il avait repris le coffret des mains de Sarab qui s'inclina et se recula, disparaissant dans l'ombre. Al'Najin suivit le seigneur de la Ligue en silence, jusqu'à ce que celui-ci ne rie ironiquement à sa question muette.
"Tous les humains âgés de plus de deux siècles se connaissent, Al'Najin. Mets ta tenue de la Ligue."
Il s'était arrêté près d'une autre malle et Al'Najin s'exécuta en silence. Une véritable épée se tenait également là et il la fit rapidement siffler. Excellente arme, il la glissa donc dans son dos, récupéra également les armes à feu, puis rabattit sa capuche sur son visage avant de se remettre en route à la suite de Ra's al'Ghul. L'homme était bien plus grand que lui ne le serait jamais.
Al'Najin savait qu'il ne serait jamais très grand. Même s'il avait un rythme de vie plutôt sain, avec énormément d'activité physique, ses deux parents étaient relativement petits et il lui restait des traces de la malnutrition subie entre ses un et six ans. La Ligue ne le lui avait jamais dit explicitement mais il l'avait aisément déduit. Même Nyssa, du haut de son mètre soixante-treize, serait probablement plus grande que lui.
Peu importait, néanmoins. La taille n'était pas une indication de la dangerosité réelle de quelqu'un. Etre petit pouvait même avoir des avantages car cela allait souvent de paire avec une souplesse et une vitesse accrues. Ra's al'Ghul ne disait plus rien, rejoignant l'autre bout de l'entrepôt où se trouvait un cordon de soie. Il lui fit signe et Al'Najin saisit le Portoloin avant qu'ils ne disparaissent tous les deux.
