On est dimanche, et le dimanche, c'est nouveau chapitre. Merci pour le suivi continu et bonne lecture à tous !


Ra's al'Ghul regarda les deux têtes devant lui. Il était de retour à Nanda Parbat et ses deux assassins aussi. Un long moment il les observa, puis acquiesça.

"Bon travail. Al'Sahfer est vengée."

Deux hochements de tête lui répondirent. Les deux assassins semblaient apaisés, eux aussi. Ils lui avaient déjà fait leur rapport, racontant le combat dans ses moindres détails. Al'Najin n'avait pas l'air satisfait cependant. Il avait dormi trois jours entiers une fois arrivé à Nanda Parbat.

"Utiliser Wilson était une excellente idée" remarqua-t-il en regardant le jeune garçon. "Qu'est-ce qui te dérange ?"

"Je voulais l'utiliser comme appât" admit Al'Najin. "Il était totalement incontrôlable et cela m'empêchait de bien planifier la chose."

"Certaines armes ne peuvent jamais être contrôlées. C'est le cas des alliés comme Slade Wilson. Tu t'en es bien servi cependant."

Un simple hochement de tête lui répondit, puis Al'Najin s'inclina.

"Je vais passer les trois jours restant à rédiger l'essai pour la métamorphose, si vous le voulez bien."

"Aescelpios t'aidera si tu le veux" répondit Ra's en lui faisant signe d'y aller.

Al'Najin rejoignit sa chambre et prit son bloc avec un profond soupir. Le combat contre le Flash avait été terriblement limite alors même qu'il ne savait pas se battre. Il devait à tout prix devenir plus fort car il n'était absolument pas sûr de gagner un nouveau combat. Il l'aurait bien tué mais… le Doigt de Méduse était à double tranchant. Il changeait la cible en pierre, oui, mais une pierre dure comme le diamant et inaltérable. Impossible de blesser la personne transformée par quelque moyen que ce soit.

Ce qui voulait dire qu'ils s'affronteraient probablement à nouveau un jour, puisqu'ils étaient résolument dans des camps opposés. Et ce jour-là, il devrait être nettement plus fort. Il s'était toujours reposé sur sa vitesse comme atout principal. Soit il l'augmentait pour dépasser celle du son, en sachant que le Flash s'entraînerait très probablement également, soit il trouvait d'autres parades et les travaillait.

Il prit un stylo bic et commença à faire la liste de toutes les théories qu'il voulait aborder dans son essai. Le travail était tout à fait dans ses cordes. La Ligue ne reconnaissait pas de gens doués, seulement des gens capables de travailler très dur pour atteindre leurs objectifs. Il le faisait depuis ses six ans et ne comptait pas s'arrêter en chemin.

Il arriva pile à la limite de départ du train pour Poudlard le cinq janvier et entreprit de le parcourir à la recherche d'un compartiment qui l'accueillerait. Il tomba par hasard sur celui de Tonks et la salua d'un signe de tête avant de la remercier, reprenant le masque de Stan Mallory, un garçon peu bavard mais pas méchant. Tonks l'avait après tout soutenu après un décès et il lui avait à peine adressé la parole, il s'en excusa donc avant de reprendre son chemin. Ses condisciples de Poufsouffle l'accueillirent immédiatement avec de grands sourires et il s'installa donc avec eux, les laissant raconter leurs vacances.

Une phrase sèche indiqua qu'il ne voulait pas parler des siennes et Ernie mis un coup de coude à Susan, ne chuchotant que le mot enterrement. Personne ne lui posa donc davantage de questions et il se contenta très bien de silence, finissant par ressortir son essai pour le relire. Faire tenir toutes les théories étudiées dans un seul essai avait été plutôt compliqué mais il y était parvenu. Cela lui avait demandé plus d'esprit analytique qu'il n'en avait jamais montré cependant, mais il n'était pas contre développer ce genre de compétences.

La nourriture, même des festins, était toujours aussi fade et il alla ensuite se coucher sans parler beaucoup plus. Voir Quirrell à la table des professeurs était difficile en sachant qu'il tuait des licornes mais Nicolas Flamel lui avait confirmé, via Ra's al'Ghul, que le troupeau était dorénavant bien plus loin dans les montagnes, entouré par une troupe de centaures féroces, et qu'ils ne reviendraient tous qu'une fois Quirrell mort. L'ambiance du repas avait cependant était festive et sans soucis et il n'avait pas l'impression que quelqu'un n'ait remarqué son larcin d'avant les vacances.

Sur le chemin du retour, il avait croisé Rogue qui lui avait collé une retenue pour avoir éternué. Les choses ne changeaient pas et Stan se prépara à une bonne dispute pour avoir volé des potions si puissantes – enfin, voler était un grand mot, puisque Rogue lui laissait plus ou moins accès à sa réserve. Elle n'était pas aussi facile à cambrioler qu'un couloir gardant la pierre philosophale, en fait.

Son premier cour était la Métamorphose et il s'y attarda à la fin, s'excusant d'avoir été absent pendant les vacances. McGonagall balaya ses excuses du reste de la main et saisit son essai avec un fin sourire.

"Je l'ai écrit sur papier moldu" s'excusa Stan "c'est beaucoup plus rapide pour moi. J'espère que…"

"Aucun souci, Mr Mallory" rassura-t-elle "ce n'est pas un devoir officiel de Poudlard. Voulez-vous que je vous le corrige ?"

"Si vous voulez bien. Il y a des endroits où j'ai un peu… extrapolé et je ne suis pas sûr du tout que ce soit juste."

"Eh bien, je vais lire cela et je vous dirai ensuite si vous êtes prêt pour une pratique un peu plus avancée, entendu ?"

"Merci beaucoup pour votre temps" acquiesça Stan.

"Le temps des professeurs est dédié à leurs élèves, Mr Mallory. Surtout ceux qui prennent la peine de travailler sérieusement. Filez, Filius vous attend."

Il acquiesça avec un petit rire.

"Dois-je lui dire que ces sortilèges dupliqués qui ont fait demi-tour étaient extraordinaires ?"

"Dites-le-lui, jeune charmeur" répondit McGonagall, amusée. "Je n'ai aucun mal à reconnaître votre père adoptif dans cette attitude."

Stan éclata de rire en sortant néanmoins. Est-ce que quelqu'un venait de traiter Slade Wilson de charmeur ? Oh… cela lui rappelait qu'il ne lui avait pas raconté la scène avec le miroir. Il le ferait l'été suivant. Il se souvenait parfaitement du mercenaire, son bras enroulé autour d'une taille fine et menue alors que la femme de brume avait sa tête posée sur sa poitrine, ses doigts sur son cœur. Son rire augmenta en intensité alors qu'il se rendait à son cours de Sortilèges, puis il reprit son sérieux et sa concentration.

"Voile d'Ombre" énonça calmement Severus Rogue, passant derrière lui. "Doigt de Méduse. Lumière Solaire. Veritaserum."

Sa voix était glacée. Stan ne bougea pas et finit par lui faire un innocent sourire.

"Vous m'aviez dit que je pouvais m'en servir si nécessaire" rappela-t-il.

"Demandez avant, Mallory" aboya furieusement Rogue. "Doigt de Méduse. Doigt de Méduse. Vous vous en êtes servi sur un moldu ? A-t-il seulement survécu au choc ?"

"Sur un méta-humain" rectifia Al'Najin "et il est en pleine forme, merci de vous en inquiéter, et j'ai maintenant un ennemi très puissant qui nécessite que je développe un grand nombre de nouvelles capacités. Puis-je me mettre au travail ?"

Rogue eut un rictus.

"Il était prévisible que vous vous feriez des ennemis puissants, Mallory."

Stan s'arrêta dans son mouvement de sortir son bloc.

"Qui ?" interrogea-t-il simplement.

"Lucius Malefoy vous observe avec curiosité et méfiance. Les Interdits de Merlin sont des choses rares et dangereuses. Et si Lucius vous observe, les autres Mangemorts vous observeront."

"Merveilleux" grogna le jeune assassin. "Eh bien, je vais redoubler de prudence, que voulez-vous que je vous dise."

"Vous n'avez pas l'air inquiet" aboya Rogue.

Al'Najin le fixa dans les yeux.

"Les Mangemorts sont mes ennemis par nature" énonça-t-il "et seul votre accord avec la Ligue et le fait que je vous connaisse personnellement vous épargne leur sort. L'ennemi que je me suis fait est bien plus dangereux, Severus, infiniment plus dangereux. Si cet homme se mettait à tuer, il serait probablement le plus puissant de cette terre."

"Quelle capacité ?" interrogea Rogue en fronçant des sourcils.

"La vitesse. Une vitesse pure, effroyable, dépassant celle du son. S'il avait tenu une arme quand il m'avait frappé, je serai mort. Ma magie a absorbé les chocs et pourtant il a été à un cheveu de me battre – et il m'aurait battu sans les potions que je vous ai empruntées."

Une expression impénétrable lui répondit, puis Rogue se détourna.

"Votre métamorphose vous attend, Mallory" indiqua-t-il de son ton brusque, clôturant la conversation.

"A vrai dire, je fais une pause dans la métamorphose jusqu'à avoir la réaction de McGonagall" fit Stan en sortant un autre livre de son sac. "Je vais me mettre aux sortilèges et enchantements avec un peu plus de sérieux."

"Comptez-vous un jour vous mettre sérieusement à ma matière ?" demanda Rogue en levant les yeux au ciel.

"Pourquoi ? J'ai quelqu'un qui sera meilleur que je ne le serai jamais qui a accepté de m'aider" répondit Stan en ouvrant tranquillement son livre.

"Je ne serai pas éternellement à vos côtés, Mallory."

"Prévoyez-vous de mourir prochainement ?" s'enquit l'assassin. "Cela m'ennuierait profondément, en réalité."

Un rictus lui répondit. C'était la chose la plus proche d'une marque d'appréciation qu'il n'aurait jamais du jeune assassin – et qu'il ne lui offrirait jamais, d'ailleurs. Pourtant il aimait beaucoup Al'Najin et savait que la réciproque était vraie.

"Il y a une probabilité non négligeable que tous les Mangemorts ne décèdent avec le Seigneur des Ténèbres. La Marque est emplie de sa magie. Pas une certitude, mais…"

"Ceci est très problématique" interrompit l'assassin d'une voix plate. "Est-ce que amputer le membre portant la Marque l'annule ?"

"Je crains que non" répondit Rogue. "Des Mangemorts ont essayé, elle est réapparue ailleurs et ils sont morts."

"Est-ce que vous pouvez faire un rapport complet sur la Marque ?"

"Certaines choses sont impossibles à dire."

Stan releva les yeux, le regardant pensivement.

"Avons-nous le temps pour des devinettes ?" demanda-t-il nonchalamment.

"Je peux vous mettre en retenue tous les jours, Mallory."

"Oh, s'il vous plaît. J'aimerai pratiquer un peu ma métamorphose."

"Un soir par semaine" suggéra Rogue "et vous ne descendez pas le Seigneur des Ténèbres tout de suite."

"Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas prévu avant un certain temps. Inventer des devinettes maintenant ne serait pas très productif, nous commencerons la semaine prochaine."

Un hochement de tête lui répondit et ils retournèrent chacun à leurs travaux respectifs. Rogue le raccompagna sur une partie du chemin quand la retenue fut terminée, dans un silence à couteaux tendus, puis le lâcha pour se rendre dans la salle des professeurs. Il s'installa devant le feu, dans son fauteuil préféré, ignorant Filius et Minerva qui discutaient avec animation avant de se frotter les tempes.

"Suis-je obligé d'entendre parler de Mallory même ici ?" grogna-t-il en les interrompant.

"Une perle, n'est-ce pas" fit Minerva avec un immense sourire, et il se pinça les ailes du nez sans prendre la peine de répondre. "Regardez cela."

Elle lui tendait une liasse de feuilles et il la prit à contrecœur, la feuilletant rapidement. C'était l'écriture du gamin, aucun doute là-dessus, agrémentée de schémas et de diagrammes.

"Ravissant" fit-il avec ironie.

"J'oubliais que vous n'aimez guère la métamorphose" fit McGonagall en pinçant ses lèvres, reprenant la précieuse liasse. "Onze ans, Severus. Onze ans et il a été capable de reformuler et d'expliquer Wildberg – entre autres. Ne parlons pas de rédiger un essai de cette longueur – certes, quelques lourdeurs, mais nous parlons d'un garçon de onze ans. C'est mieux que ce que j'attends de mes septième année."

Elle brandit la liasse comme on brandirait un trophée.

"Mr Mallory pourrait passer son Aspic de Métamorphose demain et avoir un O en théorie" affirma-t-elle avec force. "Quand il m'a dit qu'il avait un peu avancé la théorie, je ne pensais pas autant. Miss Tonks m'a dit lui avoir expliqué quelques petites choses, mais je ne pensais pas à cela."

"Avez-vous fini de chanter ses louanges ?" demanda Rogue d'un ton ennuyé.

"Je ne fais que commencer" répondit férocement McGonagall. "Veuillez diminuer votre nombre stupide de retenues, Severus. Il va devenir un maître en Métamorphoses aussi sûr que je m'appelle McGonagall."

"Finalement, je vais retourner dans mon bureau" fit Severus en se relevant, visiblement dégoûté. "Bonne soirée."

Il avait quitté la salle des professeurs juste après, se demandant bien comment réagirait la directrice de Gryffondor en découvrant que son petit protégé était un assassin qui ne vivait que pour sa Ligue.

Al'Najin releva les yeux alors que les portes de la Grande Salle s'ouvraient. Il leva un sourcil surpris en reconnaissant Nicolas Flamel. Poudlard étant Poudlard, la rumeur était déjà en train d'enfler entre les tables d'étudiants en voyant l'hexacentenaire s'avancer, l'air de fort méchante humeur. Nicolas – il l'avait autorisé à user de son prénom – avait affirmé qu'il viendrait en personne à Poudlard si le directeur ne lui annonçait pas lui-même la disparition de la Pierre Philosophale.

Il n'avait presque pas eu de contact avec l'alchimiste depuis Noël. La fin de l'année scolaire approchait et il avait supposé que Ra's le tiendrait au courant une fois loin des oreilles indiscrètes. Nicolas ne lui adressa même pas un regard, rejoignant la table professorale à grands pas.

"Albus" susurra-t-il en guise de salutations. "Je suis venu m'enquérir de l'état d'un bien dont je vous ai confié la garde."

"Il se porte parfaitement bien, Nicolas" répondit courtoisement Dumbledore. "Souhaitez-vous finir de dîner avec nous ?"

"Depuis combien de temps n'avez-vous pas vérifié son état ?" demanda Flamel en refusant l'invitation d'un signe sec de tête.

"Je le vérifie assez fréquemment et nul n'est passé à travers les protections" répondit patiemment Dumbledore.

"Oh, vraiment ?" fit l'alchimiste à mi-voix avant de sortir une pierre rouge sang de sa poche. "J'ai reçu ceci via un vieil ami. Etonnant, n'est-ce pas ? Et vous savez quel est le plus étonnant ? Il m'a affirmé l'avoir récupérée avant Noël."

"Nicolas, je ne pense pas que…" commença Albus, mais Quirrell avait bondi en avant à une vitesse extraordinaire, dans un tourbillon de tissu violet.

Ses doigts se refermèrent sur la Pierre et Flamel ne le retint pas, s'écartant au contraire d'un pas. Quirrell s'enfuyait déjà et il eut une mine ennuyée.

"Sérieusement, Albus ? Un homme possédé dans votre école ?"

"Quirinus n'est pas…" commença Dumbledore, mais un claquement de doigts lui répondit.

Stan sentit de la sueur glacée dégouliner dans son dos à la vague de magie qui fit écho au claquement. Flamel n'avait pas de baguette en main, n'avait rien – et il claquait des doigts en déchaînant plus de magie que n'importe quel sort de n'importe qui à Poudlard. Une terrible déflagration se fit entendre sur le seuil de la porte alors que la fausse Pierre explosait, engloutissant Quirrell dans les flammes.

Un hurlement perçant fendit les airs et une silhouette de brume s'éleva avec un sifflement aigu, disparaissant rapidement dans les couloirs alors que l'alchimiste levait de nouveau sa main. Il foudroya du regard le directeur de l'école.

"Je ne suis pas heureux du tout de ces événements, Albus" avisa-t-il froidement. "Ne tentez plus de m'impliquer dans une de vos machinations, ce sera un non net et définitif avant même que vous n'ayez ouvert la bouche."

Il avait tourné les talons un instant après, repartant en passant à côté du cadavre calciné sans lui accorder un regard. Stan mit un moment à réagir – la démonstration de force de Flamel, après ses paroles du mois de décembre, était très claire. S'il quittait la Ligue, il aurait un alchimiste aux trousses et il avait comme un doute sur le fait qu'il ne puisse affronter Flamel et Ra's al'Ghul, même une fois au sommet de sa puissance.

Lorsque Stan arriva sur le quai de Londres, une silhouette l'attendait et il sourit sans se retenir à Nyssa, la rejoignant pour l'étreindre. Elle embrassa son front en réponse avant de lui ébouriffer les cheveux, puis ils sortirent côté moldu et il lui fit un innocent sourire.

"Alors, grande sœur, quel est le programme de cet été ?"

"Wilson a demandé à te remettre en forme pendant trois semaines" répondit-elle "et ensuite à la maison pour que tu puisses pratiquer la magie tranquille."

Il acquiesça, son sourire s'agrandissant. Flitwick n'avait pas tardé à accepter de lui parler de sortilèges de haut niveau après qu'il ne lui ait fourni un essai de la même qualité que celui rédigé pour McGonagall, enchanté de son intérêt soudain. La professeur de Métamorphoses, elle, l'avait effectivement supervisé dans la pratique environ une fois par semaine, l'aidant à réaliser des transfigurations de plus en plus complexes.

Il n'avait pas tardé à comprendre en quoi la Métamorphose était tellement dangereuse. Notamment, elle n'était pas permanente. Les risques d'inhaler ou de consommer quelque chose pour qu'il ne se retransforme ensuite étaient élevés. Par exemple, il lui était fermement interdit de métamorphoser quoi que ce soit en gaz – et Al'Najin ne le ferait pas. Bien trop de risques qu'il ne respire lui-même la métamorphose.

Il n'avait de toutes façons pas l'intention de tenter de nouvelles métamorphoses pendant les vacances. Il savait qu'il n'avait pas encore la maîtrise nécessaire pour le faire seul et s'en dispenserait donc, se contentant de répéter celles pratiquées à Poudlard. Pour apprendre à les faire à plus grande vitesse néanmoins. Prendre dix minutes pour réaliser une transfiguration n'était pas chose possible en combat. Il voulait essayer de le faire de plus en plus vite, puis une fois les sorts parfaitement maîtrisés, les réaliser en situation de stress, comme dans un combat.

L'été serait donc long… très long, comme il le réalisa en esquivant une attaque vicieuse à peine entré dans la salle d'entraînement de leur manoir de Londres. Slade était bien là et le salua d'un sourire narquois avant de réattaquer. Il fit venir à lui l'une des lames sur le mur et se lança joyeusement dans le combat. C'était incroyablement jouissif après dix mois dans un château avec des enfants, à ne frapper ni blesser qui que ce soit, ni même s'entraîner physiquement à un niveau correct.

"Tu as perdu du muscle" remarqua d'ailleurs Slade après une bonne demi-heure à s'affronter.

"J'ai appris plein d'autres choses" répondit-il joyeusement.

"Comme ?"

Un sort plus tard, Slade regardait avec intérêt l'épée qu'il tenait en main, dorénavant rouillée et au tranchant émoussé.

"J'ai besoin de pratiquer la vitesse" reconnut néanmoins Al'Najin. "J'ai aussi un sort qui peut neutraliser les pistolets si visé correctement – ce n'est pas son but originel, mais ça servira très bien…"

Ils s'interrompirent alors que la porte s'ouvrait avec fracas. Nyssa entra, un hibou dans sa main. Elle avait l'air furieuse et brandit un parchemin.

"Tiens, petit frère" remarqua-t-elle avec ironie. "Je crois que tu avais oublié que faire de la magie était interdit pour les mineurs."

Slade intercepta néanmoins le parchemin, le lisant avec attention avant de faire un sourire ironique.

"Oh, non, non, non. Lord Mallory ne tolère pas que son fils ne puisse s'exercer pendant les vacances dans son propre manoir. Je suis persuadé que les fils Sang-Pur peuvent le faire et il est hors de question qu'ils aient un avantage éducatif sur mon fils. Tu as un stylo ?"

Al'Najin agita la main vers l'extérieur et un stylo vola vers lui, qu'il tendit ensuite à Slade. L'homme réfléchit un moment, puis écrivit directement au dos du parchemin, avant de signer de son nom d'emprunt et de rattacher la lettre à la patte du hibou.

"Soit gentille, Kaheda" fit-il avec l'ironie qu'il utilisait toujours lorsqu'il prétextait que Nyssa al'Ghul était sa fille "va lancer ce hibou dehors. Et en attendant, Stan… relance quelques sorts. Tiens, refais-moi tout ton programme de l'année, je suis très curieux de ce que mon fils a appris."

Al'Najin roula des yeux mais ils remontèrent néanmoins dans le salon, fermant les rideaux. Nyssa vint les rejoindre et il réalisa tous les sorts qu'il avait appris dans l'année, un par un, du Lumos aux métamorphoses plus complexes qu'il avait apprises. Ces derniers sorts lui prenaient du temps mais étaient néanmoins potentiellement bien plus intéressants qu'un Wingardium Leviosa. Cela ne manqua pas car la sonnette du manoir ne tarda pas à retentir.

"My lord" finit par dire Hanah en s'inclinant légèrement devant lui "des gens se disant représentant du Ministère de la Magie sont là."

"Fais-les venir" répondit paresseusement Slade. "Tu veux quelque chose à boire, Nyssa ?"

Il s'était levé, se rapprochant du bar. Nyssa ferma les yeux mais fit néanmoins un sourire amusé. Elle était après tout intriguée par la scène qui allait suivre. Slade Wilson contre le Ministère de la Magie, premier round.

"Je veux bien un porto" répondit-elle finalement alors que la porte se rouvrait.

Il sortit la bouteille correspondante et une autre, ainsi que deux verres de tailles adaptées. Stan ouvrit la bouche mais il grogna.

"Non, gamin, certainement pas d'alcool avant tes dix-huit ans."

"Mais…"

"C'est pour les adultes" interrompit Nyssa avec un ricanement moqueur.

Il la foudroya du regard, croisant ses bras en boudant. Il savait parfaitement que prendre de l'alcool serait totalement idiot et dévastateur sur son organisme, mais cela ne l'empêchait pas de réagir comme un jeune garçon de presque douze ans. Slade se retourna, les deux verres en main, l'un empli d'un liquide cuivré qu'il amena à Nyssa et l'autre nettement plus ambré, contenant également deux pierres glacées.

"Messieurs" fit-il vers les sorciers. "Vous souhaitiez me voir ?"

"Bonsoir, Mr Mallory" commença une petite sorcière ronde d'une voix haut perchée. "Je me présente, Dolorès Jane Ombrage, assistante du ministre de la Magie."

"Sir" corrigea-t-il en se rasseyant le plus tranquillement du monde dans son fauteuil.

"Pardon ?" couina-t-elle.

"Sir Mallory. Ou my lord, si vous préférez" répondit-il avec ironie. "Bienvenue dans ma demeure, Mrs Ombrage. Quel est le problème ?"

"Votre fils a réalisé une soixantaine de sorts ici même" répondit-elle en se redressant. "Comme il en a été averti avant de rentrer chez lui, la pratique de la magie est interdite hors de Poudlard pour les sorciers mineurs."

"Hm" fit Slade avec amusement. "C'est chose fort gênante, en effet. Je lui ai demandé de me montrer tout ce qu'il avait appris cette année."

"Le Ministère peut pardonner cela pour cette fois" répondit Ombrage en s'agitant, visiblement vexée de ne pas avoir reçu une proposition de boisson ni même une invitation à s'asseoir. "Cependant Mr Mallory ne devra pas recommencer avant ses dix-sept ans."

Slade regarda songeusement son whisky par transparence.

"C'est ce que vous êtes venu me dire ?" s'enquit-il finalement d'une voix soyeuse en prenant une gorgée. "Qu'il n'avait pas le droit de pratiquer ses leçons pendant ses vacances avec moi ?"

Le danger était sous-jacent dans son ton. Nyssa se raidit légèrement mais Al'Najin n'était aucunement tendu, regardant la scène avec intérêt. Il savait que Slade était un très puissant combattant mais il ne l'avait que rarement vu d'user de diplomatie ou d'intimidation pour parvenir à ses fins. Son visage ne présentait aucune variation d'expression, son œil gris bleuté était fixé sur Ombrage qui acquiesça.

"En effet, monsieur."

"Sir" rectifia-t-il avant de marquer une pause. "Vous savez ce qu'est un titre de Lord, je suppose ?"

"Sir Mallory" rectifia-t-elle avec agacement.

Slade 1 – Ministère 0 se réjouit mentalement Al'Najin. Les sorciers ne reconnaissaient pas les titres de noblesse moldus. Slade reposa son verre avec un bruit sec, la regardant droit dans les yeux.

"Inacceptable" fit-il d'une voix soudainement tranchante et glaciale. "Je sais que les sorciers de Sang-Pur peuvent pratiquer autant qu'ils le souhaitent quand ils le souhaitent. En conséquence mon fils fera également cela."

"Le Secret Magique…" commença Ombrage.

"Nul n'entre dans ce manoir sans y être invité et nos serviteurs connaissent déjà les capacités de mon fils. Je serai le premier à lui passer un savon s'il pratique de la magie en présence de témoins gênants, ne vous en faites pas, mais tant que c'est à l'abri des regards il sera libre d'en faire autant qu'il le veut."

"Il y a des lois qui doivent être respectées" claqua Ombrage mais sa voix, aiguë et peu puissante, ne rivalisait aucunement avec la froideur grave de Slade Wilson.

"Qui ne sont pas respectées par les Sang-Pur et ne le seront en conséquence pas par mon fils" répondit-il d'un ton glacial. "Je suis sûr que la famille royale sera ravie d'entendre que les enfants de moldus comme eux sont aussi terriblement discriminés. Justement, je connais un ou deux Lords de la Chambre…"

"Les moldus n'ont pas de pouvoir sur les lois sorcières" répondit Ombrage sans se démonter, et il éclata de rire, un rire tout aussi glacial que son ton.

"Vous êtes visiblement peu au courant de votre propre politique. Allez répéter ceci à votre Ministre, vous verrez bien quelle est sa réaction."

Slade 2 – Ministère 0, répéta mentalement Al'Najin. Ils n'étaient pas supposés savoir cela. Lord Mallory pouvait le prétendre en ayant des contacts hauts placés – dans la vérité des faits, c'était Severus qui les en avait gentiment informés.

"Je suis désolée, sir Mallory" minauda-t-elle "mais nous ne pouvons accepter…"

"Je ne peux accepter que mon fils soit désavantagé" coupa-t-il sans la moindre politesse. "Si vous estimez qu'il n'a pas à pratiquer la magie en Angleterre, nous quitterons donc le pays demain. Je suis certain que nous trouverons un Ministère plus complaisant que le vôtre."

"Papa" intervint Stan d'un ton faussement innocent "Poudlard…"

"N'est qu'une école comme une autre" trancha-t-il. "Tu n'auras aucune difficulté à être inscrit ailleurs, ne t'en fais pas. Peut-être à Salem…"

Si Poudlard avait une rivale pour le titre de meilleure école de magie du monde, c'était bien Salem. Le collège américain était beaucoup plus ouvert aux moldus et enseignait plusieurs de leurs disciplines en plus des cours de magie. Il était plus vaste également et accueillait bien plus d'élèves. Ombrage sursauta d'ailleurs.

"Harry Potter ne peut pas aller à Salem !"

Nyssa avait bondi sur ses pieds en une seconde, furieuse, et s'avança. Elle fut pourtant arrêtée par un signe de main de son "père" qui s'était levé également, son œil flamboyant dangereusement.

"Hors d'ici" ordonna-t-il. "Vous ne mettrez plus un orteil dans cette maison. Mon fils pratiquera la magie qu'il entend pratiquer et si vous lui posez le moindre problème à ce sujet, nous partirons aux Etats-Unis ou en Inde pour la fin de son apprentissage."

"Je…" commença Ombrage, mais son œil unique s'était réduit à une fente emplie d'une lueur meurtrière.

"Hors de mon manoir" ordonna-t-il sur un ton polaire et elle recula d'un pas, effrayée malgré elle par l'allure de l'homme face à elle.

Hanah était apparue comme par miracle derrière eux et guida les sorciers du Ministère vers l'extérieur. Elle revint deux minutes après leur confirmer qu'ils étaient bien partis et Slade fit un signe de tête vers Stan, qui se remit à travailler sa métamorphose. Cinq minutes après, un bibelot sur une étagère s'était changé en sablier et il bâilla. La métamorphose le fatiguait beaucoup, surtout par manque d'entraînement, et il avait voyagé toute la journée en plus de refaire au moins une fois chacun des sorts étudiés.

"Slade 3, Ministère 0" décompta-t-il finalement avec un nouveau bâillement alors que aucun hibou ne se faisait voir. "Merci, papa."

"C'était assez amusant" répondit-il avec un sourire mauvais. "Elle te posera encore des problèmes dans le futur, gamin."

"Je sais. Je l'attends."

Il se leva, époussetant sa tenue.

"Bonne nuit. Du coup je vais pratiquer contre toi avec de la magie, Slade."

"Je n'attends que ça" fit-il avec amusement. "A l'aube dans la salle du sous-sol, gamin."

"J'y serai. Bonne nuit, Nyssa."

"Bonne nuit, Al'Najin" répondit sa sœur à mi-voix, regardant son verre de porto presque achevé.

Ils n'eurent plus de nouvelles du Ministère pendant tout l'été. Après trois semaines de remise en forme avec Slade qui semblait beaucoup s'amuser à contrer ses sorts – le plus souvent d'un coup vicieux dans les côtes avant qu'il n'ait terminé l'incantation, ce qui lui faisait penser qu'il devait absolument maîtriser les sortilèges informulés – il était reparti avec Nyssa vers Nanda Parbat. Son entraînement physique avait alors considérablement diminué alors qu'il pratiquait encore et encore ses métamorphoses, jusqu'à acquérir une vitesse qu'il trouvait décente.

Puis Nyssa s'était gentiment portée volontaire pour qu'ils ne s'entraînent ensemble et il avait tenté de métamorphoser des cailloux en plein vol avant qu'ils ne touchent le sol, ou s'était entraîné à le faire en esquivant les coups sans pitié de sa sœur, voire en les parant. Il avait mordu la poussière plus d'une fois en trébuchant mais sa technique s'était lentement améliorée. Il s'entraînait environ dix heures par jour et ne s'était interrompu que pour réaliser deux missions que Ra's al'Ghul lui avait confié – des missions mineures, d'un membre haut placé d'une mafia chinoise et d'un dignitaire philippin, mais qui lui avaient permis de se reconcentrer sur l'assassinat.

Il était en plein exercice d'entraînement en face de Sarab lorsqu'un brusque craquement se fit entendre à côté d'eux. Une créature était apparue, d'un mètre de haut aux larges oreilles décollées, et brandit un doigt menaçant vers le jeune homme.

"Harry Potter, mons…"

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Sarab comme lui avaient réagi en même temps à l'intrusion dans le domaine même de la Ligue des Assassins, au cœur de Nanda Parbat, et les armes qu'ils utilisaient pour s'entraîner fondirent sur leur proie. La tête de l'elfe de maison vola proprement, décapité par Sarab, alors que Al'Najin lui avait enfoncé sa lame en pleine poitrine.

"Qu'est-ce que c'était que ça ?" interrogea Sarab en regardant le petit cadavre.

"Je n'en ai aucune idée" répondit Al'Najin en retirant sa lame. "Je vais poser la question à quelques personnes."

"Ça" se révéla être un elfe de maison d'après Aesclepios, un esclave d'un sorcier probablement riche et/ou puissant. Ce qu'il faisait ici, impossible de le savoir, et il ne dirait plus rien maintenant mort. Al'Najin classa donc l'incident, se promettant de vérifier si quelqu'un n'avait pas perdu un elfe par hasard. Il n'avait cependant aucun moyen d'en savoir plus pour le moment et ne s'y attarda donc pas, retournant à son entraînement.