Salut à tous !

J'espère que vous avez passé de très bonnes fêtes et vous souhaite une nouvelle année remplie de tous les trucs habituels. Oui, je ne suis pas très douée pour les voeux, alors je vais entrer directement dans le vif du sujet. Voici le nouveau chapitre, comme tous les dimanches, et il est même un poil plus long que d'habitude parce que vous l'avez certainement mérité (si vous ne savez pas pourquoi, inventez une bonne raison !). Merci à tous mes lecteurs et à mes reviewers (surtout les fidèles qui se reconnaîtront, j'en suis certaine !). Sur ce, bonne lecture !


Résumé de l'épisode précédent : Harry Potter, maintenant connu comme Al'Najin, membre de la Ligue des Assassins, poursuit son infiltration à Poudlard sous la fausse identité de Stan Mallory. Sa seconde année commence mais, alors qu'il voudrait se concentrer sur ses études, d'autres gens ne semblent pas d'accord pour cela. Les ennuis commencent lorsque Miss Teigne est retrouvée pétrifiée et le jeune assassins a beau tenter de rester hors des ennuis, il faut bien que ces derniers le trouvent...


Stan ne fut cependant pas présent à la seconde pétrification, ni à la troisième, et ne put empêcher les messages d'apparaître. Une rumeur de paranoïa naissait dans Poudlard, ce qu'il avait voulu éviter la première fois – la paranoïa poussait les gens à espionner ce que faisait leur voisin, et il n'avait pas envie que des gens s'intéressent de trop près à lui. Il ne pouvait pas tout contrôler cependant, et la Ligue n'avait guère pu l'aider. Tous les sorciers interrogés, plus ou moins gentiment, tous les grimoires consultés, tout tendait à dire que cette Chambre n'était qu'une légende.

Il restait donc deux possibilités : soit la légende était vraie, et ce ne serait pas la première fois que cela arrivait mais signifiait qu'il était seul pour la trouver et neutraliser le danger dedans, soit quelqu'un couvrait ses actes avec une jolie fable. La seconde hypothèse était clairement la plus probable, mais Al'Najin ne voulait pas négliger la première. Ra's al'Ghul, qu'il avait brièvement eu au téléphone, n'était pas ravi de la tournure des événements. Il voulait que son jeune assassin ne se concentre sur la recherche des Horcruxes.

Sept. C'était le verdict final de Pernelle. Elle avait pris presque un an à effectuer ses calculs, à reconstituer le parcours de l'âme de Voldemort d'après sa puissance actuelle et celle de la magie laissée dans Al'Najin. Elle les avait avertis de même qu'il restait une légère marge d'erreur : en effet, elle s'était basée sur le sort de magie noire qu'il avait reçu. Or, Voldemort avait été fusionné avec Quirrell à ce moment-là. Bien que la puissance du professeur ait probablement été négligeable comparée à celle de Voldemort, il restait une possibilité d'un Horcruxe de plus. Elle n'y croyait pas elle-même mais les avait néanmoins avertis.

Le dernier avait été détruit par la mort lente de l'assassin, six ans plus tôt. Il en restait donc potentiellement cinq, la septième et dernière part d'âme étant Voldemort lui-même. Il n'était pas impossible que le sorcier en recrée un d'ici qu'ils ne puissent détruire les autres et ils devaient le prendre en compte. Ra's al'Ghul avait ses yeux sur le Royaume-Uni dorénavant, fouillant dans des secrets préservés depuis des décennies pour essayer de les retrouver.

Cependant Al'Najin était à Poudlard même, et il était plus que probable que Voldemort y ait été par le passé. Il n'y avait qu'un infime nombre de sorciers qui ne passaient jamais par une école de sorcellerie et Voldemort était indubitablement anglais de naissance. Il s'agissait donc de retrouver son nom d'origine. Severus ne l'avait pas su lorsqu'il l'avait interrogé, ce qui était peu surprenant au vu des dates. C'était bien avant sa naissance même. Il n'avait pas encore réussi à amener le sujet discrètement avec McGonagall.

Un bruit presque imperceptible le fit s'arrêter, comme un froissement à son oreille. Il releva les yeux, examinant avec attention le couloir autour. Il était parfaitement désert et l'anomalie du bruit réveilla immédiatement ses sens d'assassin. Un moment il resta immobile, fermant les yeux. S'il ne voyait rien, il devait se servir de ses autres sens. Première règle de la Ligue. Ne jamais se baser sur une seule perception. Le froissement se fit à nouveau entendre et il ne rouvrit pas les yeux. Cela semblait venir… de sa droite.

Il se décala dans un silence absolu, avec une grande souplesse. Son épaule frôla le mur, comme il l'avait estimé, et il finit par franchement y coller son oreille, sa main, doigts ouverts, sur le mur de pierre pour en sentir les vibrations. Quelque chose bougeait dans ce mur. Mentalement, il retraça les plans des environs et des passages secrets qu'il connaissait, sans en trouver aucun qui passait sur ce point précis. Il était tout à fait plausible qu'il l'ait manqué, mais renonça immédiatement à cette hypothèse en remarquant que le bruit avançait.

Sans plus hésiter, il le suivit d'un pas prudent, sa main sur le mur et les yeux toujours clos. L'avancée était parfaitement parallèle au mur et il chercha à déterminer la forme du mouvement. Ce n'étaient pas des pattes ou des membres qui se soulevaient et se reposaient, c'était un bruit totalement continu. La chose rampait ou glissait.

Du froid monta soudain sur sa chaussure et il reconnut de l'eau. Cela provoqua comme un déclic dans son cerveau. Il y avait aussi eu de l'eau la première fois où Miss Teigne avait été pétrifiée. Où pouvait-on en trouver lorsque l'on rampait dans un mur ?

Dans une fichue canalisation. Il y eut le bruit d'un tableau qui pivotait et une voix surprise l'apostropha.

"Mallory ? Qu'est-ce que tu fais là ?"

Il ne rouvrit pas les yeux, perturbé par la voix.

"On est où ?" interrogea-t-il finalement.

"Tu es devant la salle de bains des préfets, Mallory, au cinquième étage. Tu t'es perdu ?"

Son instinct l'avertit soudain du danger imminent alors qu'il sentait un énorme mouvement derrière le préfet – la voix devait être celle d'un des Préfets de sa maison, Truman, s'il ne s'abusait. Il ne prit pas le temps de réfléchir et saisit Truman, le tirant violemment dans le couloir en le projetant au sol. Un sifflement se fit entendre une seconde après et lui-même bondit en arrière, faisant jaillir sa baguette.

"Merlin !" glapit le préfet "qu'est-ce que c'est que ça !"

"Ne regarde pas" rugit Stan "et cours !"

Il s'était déjà retourné, le prenant par le poignet avant de partir dans un sprint, le traînant plus qu'il ne courait. Le serpent ne les suivit pourtant pas longtemps. Non, il s'arrêta et repartit en sifflant, satisfait, alors que Truman s'immobilisait soudain en se raidissant. Son poignet durcit dans sa main et il le lâcha par réflexes. Pourtant le bruit du serpent s'éloignait et il se permit de lentement rouvrir les yeux.

La première chose qu'il vit face à eux fut l'un des nombreux miroirs ornant les couloirs de Poudlard. La seconde fut Truman qui regardait fixement dans cette direction, une expression de stupeur sur le visage. Stan se passa une main sur le visage. Le danger était éloigné mais il restait sur ses gardes – et il valait mieux qu'il ne soit pas trouvé ainsi, sur ses gardes, à deux doigts de sortir sa dague. Il avait manqué de le faire mais le reptile derrière lui avait été bien trop gros et potentiellement extrêmement dangereux. Il savait reconnaître un combat perdu d'avance. Expliquer sa présence serait également bien trop complexe sans révéler qu'il avait entendu la créature dans le mur et il disparut donc, retournant à la salle commune de Poufsouffle où il se laissa tomber devant le feu, méditatif.

Mentalement, il retraça les événements. La chose qui paralysait les élèves était un serpent de masse énorme, probablement plus de quinze mètres de long pour un diamètre d'entre soixante-dix centimètres et un mètre. Pas un reptile qu'il connaissait, donc. Ce serpent était étonnamment rapide pour sa masse et avait pu les poursuivre. Plus que cela, voir son reflet dans le miroir avait un effet de pétrification. Comme beaucoup de serpents, il était tout à fait possible qu'il soit venimeux.

La bestiole se déplaçait donc dans les murs et les tuyauteries. Potentiellement, toutes les ouvertures sur les tuyaux étaient donc dangereuses. Le principal problème du serpent était donc d'entrer et sortir dans les murs, ce qui était en même temps un immense avantage puisqu'il était presque indécelable tant qu'il s'y trouvait. Même s'il avait maîtrisé la vision de la magie décrite dans le livre de Pernelle Flamel, les murs de Poudlard étaient tellement imprégnés de magie qu'il ne pourrait probablement pas le distinguer à travers.

Il n'eut aucun mal à simuler le choc quand on lui apprit que Truman avait été pétrifié, déclenchant une grande onde de stupeur à Poufsouffle. Le préfet était très apprécié par ses camarades de toutes les années et sa maison resta longuement silencieuse dans les jours qui suivirent. Al'Najin avait demandé ses instructions à la Ligue, qui fut claire – pas d'action pour le moment, et certainement pas tant qu'il ne connaissait pas la nature exacte de la bête. Il devait simplement éviter de se retrouver pris dans la vague de pétrifications.

"Stan ?" demanda la voix d'Hermione, le tirant de sa lecture.

Cela faisait trois mois que Truman avait été pétrifié, et deux autres également entretemps.

"Hm ?" répondit l'assassin.

"On aimerait te parler" fit une autre voix ferme, et il releva cette fois les yeux.

Cédric Diggory était là aussi et voir les deux associés était un peu étrange. Pourtant le préfet ne recula pas.

"Parlez, alors" répondit Stan en tournant la page de son livre. "Commencez par la raison pour laquelle Hermione pleure, si cela ne vous dérange pas."

"Il… il y a eu un mort" fit Cédric, la voix vacillante.

Stan ne cacha pas sa surprise. Un Gryffondor, visiblement, vu la réaction d'Hermione.

"Dumbledore a laissé ça arriver ?" demanda-t-il, plus pour lui-même que pour les deux autres.

"Dumbledore… le Ministère l'a arrêté" fit Hermione, la voix tremblante. "Hagrid aussi, et McGonagall est au Ministère pour qu'ils reviennent."

"Et l'élève…"

"Ginny" hoqueta Hermione.

"Il y avait un message sur le mur" expliqua Cédric. "Au deuxième étage, devant les toilettes des filles. Son squelette reposera à jamais dans la Chambre des Secrets."

Toilettes des filles du second étage. Il y avait déjà eu l'incident avec Miss Teigne ici, c'était bien trop gros pour être une coïncidence.

"Donc" fit lentement Stan "une jeune fille disparaît – non, elle n'est peut-être pas encore morte, Hermione. Tant qu'il n'y a pas de corps, il n'y a pas de mort, tu devrais savoir ça, toi qui est fille de moldus."

"Je sais mais…" hoqueta Hermione.

"Je disais donc" poursuivit Stan " une élève disparaît et le Ministère n'a rien d'autre à faire que de retirer de Poudlard les deux sorciers les plus puissants, et donc les plus à même de vaincre la menace. C'est d'une stupidité remarquable."

"Stan, si elle n'est pas morte" remarqua Diggory "tu ne crois pas qu'on devrait faire quelque chose ?"

"Tu crois qu'on peut être plus compétents que l'équipe professorale de Poudlard ?" s'enquit Al'Najin avec curiosité.

"Y'a plus aucun prof" grogna Cédric. "Même Chourave est introuvable et la salle des profs est verrouillée. Ils font probablement un conseil de guerre, mais ça n'aide pas Weasley."

"Alors pourquoi venir me trouver moi ? Je suis un deuxième année, pas un super-héros."

Un rire cassé échappa à Hermione.

"Tu es le meilleur de notre année, Stan, et McGo et Flitwick disent que tu es un génie."

"Ils disent ça de toi aussi" remarqua Stan.

Hermione l'arrangeait bien, à vrai dire. Elle était réellement brillante et sa mémoire eidétique lui permettait d'apprendre à une vitesse incroyable. Cela détournait l'attention de ses capacités à lui et les gens parlaient plus souvent des deux meilleurs élèves que juste de lui. En s'acharnant à rester à sa hauteur, Hermione le désacralisait, prouvait qu'il était possible d'être aussi bon que lui.

"On peut arrêter ces jeux ?" s'enquit Cédric, agacé. "Weasley, si elle n'est pas morte, est sans doute en grand danger, donc on ne devrait pas plutôt l'aider ?"

"Bien sûr" répondit sarcastiquement Al'Najin "dis-moi où est l'entrée de la Chambre et on va s'y précipiter sans savoir ce qu'il y a dedans. Excellent plan."

"Un Basilic" fit vivement Hermione.

"Pardon ?"

"Un Basilic. C'est ce qu'il y a dans la Chambre. Et il se déplace dans les tuyaux."

Un regard appréciateur se posa sur elle. Il savait que c'était un énorme serpent et qu'il se déplaçait dans les tuyaux, mais toutes les sources qu'il avait trouvées indiquait que le regard du Basilic était mortel, ce qui en avait détourné son attention.

"Ça m'apprendra à ne pas checker deux fois mes sources" fit-il à mi-voix. "Le regard est mortel mais le reflet pétrifie, c'est cela ?"

Un hochement de tête lui répondit.

"Bien, alors quelles sont les forces et les faiblesses d'un Basilic ?" questionna-t-il. "Tu as sûrement tout lu là-dessus, Hermione."

"Son regard est mortel, ou pétrifie quand c'est son reflet" récita Hermione. "Il possède un venin extrêmement mortel et avec très peu d'antidotes. Il fait plus de quinze mètres de long et peut aisément étreindre ou avaler quelqu'un. Ses écailles renvoient la plupart des sortilèges, un peu comme les dragons. Ils sont tués par le chant du coq, mais tous ceux de Hagrid ont été tués en début d'année."

"C'est tout ?"

"Oui" fit-elle en rougissant. "Ce n'est pas un animal très… courant."

"Très bien. Cédric, tu es prêt à violer tous les règlements de Poudlard ? Hermione aussi ?"

"S'il le faut" fit Cédric, résigné.

Hermione avait déjà acquiescé. Stan ne savait pas qu'elle était tellement amie avec Weasley junior, assez pour ne pas respecter le règlement de Poudlard, la chose à laquelle Hermione Granger tenait le plus.

"On va réfléchir à un plan" fit l'assassin en se levant "en allant dans les cachots. Rogue a sûrement de l'antidote au venin du Basilic. Si Hermione a trouvé que c'en était un, les profs doivent le savoir aussi."

"Tu veux voler des potions dans la réserve de Rogue ?" hoqueta Hermione, stupéfaite, mais Stan s'éloignait déjà.

"Tu veux sauver Wealsey ou pas ?" lança-t-il par-dessus son épaule. "Et en route, on réfléchit à un moyen de neutraliser ce fichu Basilic. On n'a pas de coq sous la main et je ne sais pas métamorphoser un objet inerte en un coq, McGonagall dit que mes réserves magiques ne sont pas assez grandes pour le faire."

"Mais si je le fais ?" demanda Cédric avec espoir. "Je ne suis pas super bon en Métamorphoses mais si tu connais le sort…"

"Non" trancha le jeune assassin. "Tabler sur un sort que tu n'as jamais lancé est stupide – on n'est pas dans une salle de classe, on est face à un des animaux les plus dangereux du monde."

"Ok" accepta Cédric. "Hermione, tu as dit que ses écailles résistaient à la magie, est-ce qu'on peut lancer des sorts ailleurs ?"

"Sur ses yeux, je suppose" répondit Hermione. "Ou dans sa gueule."

"Cette piste est déjà plus prometteuse" acquiesça Stan. "Ecoutez, je vais chercher quelques trucs dans mon dortoir, est-ce que vous pouvez vous occuper de trouver l'antidote chez Rogue ? On se retrouve dans dix minutes au deuxième étage, là où Weasley junior a disparu, ok ?"

Deux acquiescements lui répondirent et le couple atypique partit en courant dans les couloirs. Lui-même rejoignit les dortoirs et monta sans un mot dans le sien, appliquant quelques sorts de silence avant de sortir son téléphone. Ra's al'Ghul allait le tuer.

Ce fut le maître assassin qui décrocha directement. Il tenait à gérer lui-même le problème de Voldemort et c'était donc chose moyennement étonnante.

"Je me suis retrouvé embarqué dans une chasse au Basilic" annonça Al'Najin d'une voix neutre. "Nous avons une idée précise de la localisation de la Chambre, une élève y a été emmenée, aucun professeur n'est joignable et Dumbledore a quitté Poudlard. Je ne pourrai pas me retirer maintenant sans paraître hautement suspicieux."

Il inspira légèrement.

"Au vu des éléments, je suis intimement convaincu que Voldemort est impliqué. Les Basilics sont des erreurs de la nature mais je ne sais pas jusqu'où je peux aller."

"Combien de gens seront avec toi ?"

"Deux, Hermione Granger et Cédric Diggory."

"Tue le Basilic. Si tu en montres trop, tue-les. Qui s'étonnera qu'ils meurent face à cet animal ?"

"J'y vais" acquiesça le jeune assassin.

"Al'Najin" rappela néanmoins son maître. "Soit prudent. Les Basilics ne sont pas des animaux de compagnie. Crève ses yeux si tu le peux et sinon, combats les yeux fermés."

"C'est ce que je voulais faire" acquiesça le jeune homme.

"Nous avons encore besoin de toi contre Voldemort" rappela Ra's avant de raccrocher.

Al'Najin raccrocha en réponse, rangeant le téléphone avant d'ouvrir sa malle. Il glissa sa dague dans sa botte et abandonna ses robes de sorcier, trop lourdes. Il n'avait cependant pas beaucoup d'armes et prit simplement son revolver de défense, le glissant sous sa tenue. Les balles pourraient toujours servir. Pas forcément face au Basilic s'il était aussi résistant qu'un dragon.

Mais, et les deux autres n'y avaient probablement pas pensé, celui qui avait ouvert la Chambre s'inviterait sûrement à la fête. Et il savait d'expérience qu'un coup de feu bien placé était suffisant pour mettre fin à une vie en une seconde.

Le couloir du second étage était désert lorsqu'il y parvint. Il entra dans les toilettes des filles sans hésiter, les examinant avec attention, remontant la trace des inondations jusqu'aux lavabos au centre de la pièce. Alors il se mit à les examiner, centimètre par centimètre. Cédric et Hermione le rejoignirent en cours de route et il leur ordonna de faire la même chose, de vérifier chaque centimètre carré des lavabos.

"Qu'est-ce que vous faites ?" s'écria soudain une voix perçante. "Ce sont les toilettes des filles !"

"Bonjour, Mimi" fit Hermione d'une voix douce. "Ne t'inquiètes pas, nous ne faisons que passer."

"C'est qui ?" chuchota Stan vers elle.

"Mimi Geignarde" répondit Hermione sur le même ton. "Un fantôme, elle est morte ici même, il y a cinquante ans, et elle hante les toilettes depuis."

"Comment elle est morte ?"

"Sais pas."

Une expression calculatrice était néanmoins apparue sur le visage du jeune homme et il la changea pour une autre affable, avec un aimable sourire.

"Je suis désolé si on te dérange, Mimi" fit-il, sa voix vibrante de sincérité. "On aurait dû te prévenir avant de venir te rendre visite."

"Vous êtes venus me rendre visite ?" demanda-t-elle d'une voix perçante, et il s'inclina face à elle.

"Bien sûr. Tu vois, on a reçu un devoir de Binns. Il fallait qu'on retrouve l'histoire d'un fantôme, et on s'est dit qu'on pouvait te choisir et te poser quelques questions. Après, si ça te dérange, on va bien sûr s'en aller…"

"Oh, non" fit le fantôme adolescent, ses pommettes argentées. "Demande-moi, Mallory, qu'est-ce que tu veux savoir ?"

"Stan" corrigea-t-il en copiant le sourire que Slade faisait à McGonagall – ce qui sembla parfaitement fonctionner. "Ah, je suis désolé si c'est un peu brutal, mais je voudrai te demander, hm… comment tu es morte ?"

Une expression de pur ravissement apparut sur son visage.

"Vraiment ? Oh, non, ce n'est pas brutal, personne ne m'a jamais demandé !"

L'assassin manqua de grogner à la stupidité des sorciers. Quelqu'un était assassiné et se réincarnait en fantôme et on ne lui posait même pas la question de son meurtrier ? Pourtant Mimi semblait lancée et lui raconta, des trémolos dans la voix, comment elle s'était retrouvée dans ces toilettes pour pleurer sur son malheur, jusqu'à entendre une voix de garçon et de vouloir lui dire de sortir – et elle était morte en voyant deux yeux jaunes.

"Les yeux étaient où ?" demanda calmement Stan.

Le doigt du fantôme pointa un lavabo et Hermione et Cédric se jetèrent aussitôt dessus.

"Là" fit soudain Hermione. "Il y a un petit serpent gravé !"

"Ce robinet ne fonctionne pas" répondit Mimi quand Cédric essaya de le tourner.

Une expression de frustration apparut sur le visage de l'adolescent.

"Il faut peut-être une formule magique ?" suggéra doucement Hermione.

"Bien sûr" fit Al'Najin à mi-voix. "Et quelle est la particularité des héritiers de Serpentard ? Ils sont fourchelangue. Il faut parler fourchelangue pour que ça s'ouvre. C'est évident et il y a tellement peu de fourchelangues que ce n'est pas étonnant qu'aucun directeur n'ait jamais trouvé cette pièce."

"On n'a pas de Fourchelangue" signala Cédric.

"Flitwick m'a montré un sort" réfléchit Stan en sortant sa baguette. "Hm, comment c'était…"

Il dessina rapidement le symbole.

"Serpensortia !"

Une vipère noire sortit aussitôt de sa baguette. Il savait que le lanceur contrôlait la créature invoquée par la pensée et ferma les yeux, se concentrant.

"Dis au robinet de s'ouvrir" ordonna-t-il.

La vipère ondula vers le lavabo désigné et siffla brièvement. Il n'y eut aucune réaction. Stan la fit répéter, sans plus de succès.

"Euh" fit Cédric "si c'est comme les commandes des salles communes, les profs le disent à tous les préfets, il faut que ce soit un humain qui prononce le mot de passe… c'est pour éviter qu'il suffise de lancer un sort de répétition pour entrer."

"Donc il faut dire ça, mais par un humain ?" fit Hermione, hésitante.

"Je pense… si c'est bien un mot de passe pour rentrer."

"Répète" ordonna Stan vers la vipère, écoutant attentivement la succession de sons.

Il tenta de la reproduire après, sans grand succès. Pourtant il fit encore répéter le serpent, essayant encore et encore sans se décourager, modulant ses cordes vocales pour obtenir les mêmes intonations. Il savait changer sa voix en une autre voix humaine, la faire sonner comme celle d'un homme adulte notamment, et il s'agissait maintenant d'imiter parfaitement un serpent, tout comme d'autres s'amusaient à imiter le chant des oiseaux.

Ni Hermione ni Cédric ne l'arrêtèrent dans ses tentatives, entendant bien que le son se rapprochait un peu plus de l'original à chaque essai. Cela lui prit plus d'une demi-heure et il poursuivit alors même que sa gorge séchait, ses lèvres se craquelaient, ne perdant pourtant pas patience, imperturbable. Son larynx prenait des positions qu'il ne savait même pas pouvoir atteindre et soudain il y eut un grand craquement. Il leva un sourcil.

Et, lentement, l'ensemble de lavabos devant eux bascula, s'enfonçant dans le sol, pour révéler un grand trou disparaissant dans l'obscurité. Stan se rapprocha d'un autre robinet, faisant couler l'eau pour boire à longs traits, avant de regarder les deux autres qui avaient leur baguette au poing.

"Eh bien" fit-il sur un ton enjoué "qui y va en premier ?"

Cédric se jeta en avant et Hermione le suivit une seconde après. Il les suivit à une allure plus modérée. Merveilleux d'avoir deux personnes prêtes à se sacrifier pour lui et à servir d'éclaireurs. Son dernier regard fut vers Mimi.

"Hey" fit-il avec un sourire charmeur "ça sera grâce à toi, tout ça. Si tu trouves un prof tu peux lui dire où on est et ce qu'on fait ?"

"Tu reviendras me tenir compagnie si tu meurs ?" demanda le fantôme avec espoir.

"Promis" jura-t-il solennellement avant de sauter.

Il ne se laissa pas glisser pour autant, se rattrapant aux multiples intersections pour avancer plus prudemment. Ses yeux s'accoutumaient rapidement à l'obscurité et cela fit germer une idée dans son esprit lorsqu'il sauta proprement tout en bas, retombant avec les deux autres.

"Ok" annonça-t-il, sa baguette au poing "si le Basilic se pointe, vous lancez le Nox le plus puissant de votre vie et vous restez parfaitement immobiles en maintenant le sort."

"Pourquoi ?" demanda Céric, décontenancé.

"Parce qu'on ne pourra pas voir ses yeux" fit Hermione avec une expression d'illumination. "Et les serpents ne voient pas dans le noir, ils détectent les mouvements de leur proie. C'est brillant, Stan !"

"J'ai envoyé Mimi chercher de l'aide" répondit Stan. "On y va ? Vous avez l'antidote ?"

Cédric lui montra une fiole et il fit un signe de menton vers Hermione.

"Je pense que c'est mieux qu'elle la prenne. Je suis plus rapide et endurant que vous, s'il faut que le serpent aille sur quelqu'un, je pense que je pourrai esquiver pas mal de ses coups."

Et cela lui permettrait d'être au corps à corps pour utiliser éventuellement sa dague. Ils se remirent en route en silence, Cédric devant, sa baguette éclairée d'un Lumos, et lui fermant la marche, plus que jamais sur ses gardes. Ils passèrent en silence à côté d'une énorme mue, puis parvinrent devant une porte scellée, gardée par deux serpents de pierre. Il ne fallut qu'une douzaine d'essais à Stan pour parvenir à reprononcer le mot magique et il manqua de secouer la tête de désespoir. On ne mettait jamais le même mot de passe deux fois de suite, c'était stupide.

"Cht" fit-il soudain. "Stop."

Les deux autres s'immobilisèrent, tendant l'oreille. Il y avait une vague lueur diffuse devant et Cédric eut le réflexe d'éteindre la lumière de sa baguette. Une silhouette était levée, fantomatique, d'un jeune homme qui semblait attendre. Aucun d'eux trois ne le reconnut, et Al'Najin retint fermement Hermione qui allait se jeter vers Ginny à ses pieds, évanouie, pâle comme la mort.

Son regard à lui était posé sur le petit carnet noir qu'elle tenait contre son cœur et d'où l'autre silhouette semblait s'échapper.

"Je vais y aller" chuchota-t-il. "Je vais essayer de lui faire dire ce qu'a Ginny, vous restez cachés. Si le Basilic arrive, vous lancez un énorme Nox, je ne pourrai pas éteindre la lumière seul dans une salle de cette taille."

"Tu es sûr ?" chuchota Cédric. "A deux on pourrait…"

"Il ne saura pas qu'on est trois" répondit l'assassin dans un murmure. "Il pensera que je suis seul."

Et, sans attendre de réponse, il sortit de sa cachette, rejoignant le centre de la salle.

"Harry Potter" fit la silhouette fantomatique en se tournant vers lui. "Oui, je me doutais que ce serait toi, entre tous, qui parviendrait ici."

"Stan Mallory" rectifia machinalement le jeune homme en se précipitant vers la jeune fille, feignant une vive inquiétude. "Weasley ?"

"Inconsciente, Harry" répondit le fantôme. "Inconsciente et bientôt morte pour me redonner vie."

"Qui es-tu ?" aboya Stan.

Son poing passa à travers le corps de brume. Celui-ci se reconstitua sans peine, semblant pourtant s'épaissir, devenir plus consistant.

"Tu n'as pas encore deviné ?" demanda l'homme.

Il leva une baguette, probablement celle de Ginny – et pourtant Stan jura. C'était la sienne que l'homme avait pris. Il en avait une seconde contre sa cuisse, non autorisée bien sûr, mais surtout s'inquiétait. Il avait eu sa baguette en main, comment avait-il pu la lui prendre ?

Ses yeux suivirent l'homme qui traçait son nom dans l'air. Tom Elvis Jedusor. Tel était le nom réel de Voldemort. Son ennemi savait-il ce qu'il venait de faire ? Al'Najin et la Ligue n'avaient pas encore retrouvé son identité passée. Maintenant qu'ils l'avaient, ils allaient éplucher toutes les archives qu'ils trouvaient et reconstituer sa vie entière.

Eh bien… s'il s'en tirait vivant, songea le jeune assassin lorsque Voldemort junior appela le Basilic. Il esquiva le premier assaut d'un bond agile, récupérant sa baguette au passage dans la main du fantôme-presque-solide avant de rouler au sol et de repartir rapidement. Un chant se fit soudain entendre et il leva les yeux sans cesser son sprint – si Cédric et Hermione pouvaient faire l'obscurité maintenant…

Pourtant le chant s'avéra être celui de Fumseck, le phénix de Dumbledore, qui le survola avant de lâcher quelque chose au-dessus de lui. Al'Najin le rattrapa par réflexe et grogna. Le Choixpeau. Il aurait préféré une bonne arme. Voldemort d'ailleurs éclata de rire.

"Un oiseau chanteur et un chapeau ? Quelle aide de Dumbledore pour toi !"

Stan ne répondit pas, esquivant le Basilic d'une nouvelle roulade. La bête était incroyablement rapide pour sa taille. Son cerveau tournait à toute allure. Il ne savait pas à quoi allait servir le Choixpeau, mais il ne ferait pas l'offense à Fumseck de sous-estimer les pouvoirs d'un phénix. Et ce fut d'ailleurs sans hésiter qu'il leva son poignet vers le ciel.

"Porte-moi !" rugit-il.

Le phénix fondit aussitôt sur lui, le soulevant sans peine. Au même moment, deux voix retentirent enfin, hurlées de toutes leurs forces.

"NOX !"

Une obscurité absolue tomba sur la pièce. Un silence incrédule retomba et le Basilic siffla furieusement.

"Ne bougez surtout pas !" rugit Al'Najin.

Il était lui-même dans les airs, hors de portée du basilic. Il le sentait pourtant tourner en-dessous de lui, sentant parfaitement sa chaleur. Trois fois son corps se détendit alors qu'il s'élevait dans les airs pour tenter de l'attraper, mais Fumseck le mit hors de portée à chaque fois. Le Basilic retombait à chaque fois au sol avec un bruit terrible, faisant vibrer les colonnes et le sol de pierre, et une ébauche de plan se forma enfin dans son esprit.

"Pose-moi sur la statue" chuchota-t-il, et Fumseck s'exécuta.

Il posa un genou à terre, récupérant sa dague dans sa botte. Le Basilic allait en toute logique foncer sur lui maintenant. Ses yeux se fermèrent pour qu'il ne perde pas de temps à essayer de distinguer quoi que ce soit dans l'obscurité et il perçut le mouvement face à lui. Il émit un léger bruit de peur et cela orienta aussitôt l'attention du Basilic vers lui. Alors il sentit le mouvement se rapprocher à toute vitesse mais ne bougea pas tout de suite, concentré. Le sifflement se fit ravi et, au dernier moment, il sauta le plus haut possible. L'énorme tête fracassa la statue sous lui dans un bruit terrible et déclencha une avalanche de pierre.

Al'Najin était déjà retombé sur la tête à moitié enfoncé dans le mur. Une de ses mains s'agrippa aux écailles et la seconde parcourut rapidement la surface de sa tête, cherchant à distinguer l'anatomie. Chaque soubresaut du serpent manquait de le jeter à terre mais il tint bon, jusqu'à ce que ses doigts ne rencontrent une substance visqueuse sous un arc écailleux. Sans plus hésiter, sachant qu'il avait trouvé un œil, il planta sa dague dedans de toutes ses forces, faisant éclater le globe oculaire, et un liquide visqueux se mit à couler sur sa main.

Un sifflement horrible lui répondit et le serpent se cabra avec violence, le jetant à terre. Son dos heurta une colonne et il grogna à la douleur. Les sifflements de Voldemort vers le serpent n'arrangeaient pas les choses. La lumière revint soudain et il gronda de frustration.

"Non, j'ai crevé qu'un œil" marmonna-t-il.

Le serpent avançait déjà vers lui et il se força à bouger malgré la douleur dans son dos et ses côtes, s'éloignant prestement. Il ne pouvait plus se retourner mais Cédric et Hermione étaient probablement épuisés – ils n'avaient que douze et seize ans, après tout, et avaient maintenu une immense caverne dans l'obscurité pendant plus de dix minutes. Son regard se posa sur le Choixpeau qu'il tenait toujours.

Il ne savait pas comment il allait utiliser ce fichu truc. Probablement avait-il un intérêt, pour que Fumseck ne prenne la peine de le lui donner. Décidant finalement que les sorciers n'étaient pas connus pour des usages illogiques de leurs artefacts, il l'enfonça sur son crâne, comme on mettrait n'importe quel chapeau, et poursuivit son esquive incessante, espérant qu'il s'agissait d'un quelconque artefact qui lui permettrait de se tirer de là. Un second sifflement atroce lui fit prendre le risque de jeter un œil par-dessus son épaule. Fumseck venait de crever le second œil du serpent et s'envolait à nouveau dans un tourbillon de plumes rouge et or.

Voldemort fulminait, mais il était de plus en plus consistant et tenait à nouveau une baguette, celle de Ginny probablement. Il lança une flopée de sorts dans la direction où se trouvaient Cédric et Hermione. Al'Najin ne s'en occupa pourtant pas. Si cela l'occupait le temps qu'il ne termine le Basilic, tant mieux.

"Je le savais" fit soudain une voix à son oreille. "Tu n'as de Mallory que le nom, jeune assassin ! Oh, ton talent est immense, je n'ai aucun doute…"

"Je pourrai avoir un truc utile ?" interrogea-t-il à voix haute. "J'ai pas besoin d'une psychanalyse maintenant, merci."

"Mais bien sûr" répondit courtoisement le Choixpeau. "Tu es et tu resteras un SERPENTARD !"

Le dernier mot sembla être hurlé dans son esprit et cela le perturba. La queue du Basilic le projeta au même moment, le renvoyant au sol, mais il sentit soudain quelque chose de froid sur son crâne. Sans hésiter, il retira le Choixpeau, plongeant sa main dedans. Ses doigts se refermèrent sur quelque chose qu'il identifia immédiatement – une poignée. D'épée, probablement, vu la taille de la garde. Le Basilic s'avançait à nouveau et il fut sur ses pieds en une seconde, portant le Choixpeau sur son flanc gauche, là où se tiendrait un fourreau, les doigts de sa main droite serrés sur l'épée invisible.

Lorsque la bête fondit sur lui, il ne bougea pas, le regard calme, concentré. La lame était courbe si elle était construite logiquement par rapport à la poignée qu'il tenait et cela signifiait que…

Au moment où le Basilic allait l'engloutir, ses crochets dégoulinant de venin, il fit jaillir l'épée à une formidable vitesse, dégainant la lame miraculeuse avec un sifflement chantant. Le Basilic se cabra aussitôt, ses écailles entamées par la lame, mais Al'Najin était déjà dans sa gueule. L'épée était parfaitement calée dans sa main. Le Choixpeau était tombé au sol en contrebas, sa main gauche tenait un fourreau apparu de nulle part.

Jamais il ne s'était senti aussi bien avec une arme en main, alors même qu'il était debout dans la gueule d'un Basilic blessé qui cherchait à le tuer. L'épée semblait faite pour lui, parfaitement adaptée – la poignée était à peine trop grande et cela serait réglé quand il grandirait. La langue fourchue s'avança vers lui pour le saisir et l'entraîner au fond de la gorge mais Al'Najin ne l'entendait pas de cette oreille et fit siffler la lame, tranchant l'organe avant de bondir en avant, vers le fond de la gorge.

S'il avait bien saisi l'anatomie du serpent depuis l'extérieur… la lame pointée devant lui s'enfonça au-dessus de la glotte comme dans du beurre alors qu'il pesait de tout son poids dessus, déchirant les chaires tendres, ralentissant à peine en passant un os et, comme il l'avait supposé, atteignit le cerveau.

Il y eut un moment d'immobilité incrédule sur la scène. Le serpent était redressé de toute sa hauteur, une petite silhouette dans sa gueule. Puis il vacilla, lentement, et Al'Najin dégagea immédiatement la lame avant de bondir à l'extérieur, sautant de plus de dix mètres de haut. Les crochets frôlèrent néanmoins ses jambes en chutant et il jura en sentant sa chaire se déchirer, roulant néanmoins au sol, hors d'haleine. Il tenait toujours le sabre dans une main et le fourreau dans l'autre et rangea lentement l'arme. Les paroles de Slade Wilson résonnaient à son oreille, aussi stupide que ce soit dans cette situation.

Quand tu trouveras ton arme, tu sauras immédiatement que c'est la tienne. Peut-être que tu la fabriqueras toi-même, peut-être qu'on te l'offrira, peut-être que tu la trouveras par terre, mais tu la prendras en main et tu sauras qu'elle a été faite pour toi.

Et l'arme qu'il tenait en main était indéniablement la sienne. Il ne s'était jamais senti si rapide, si fort qu'en la tenant. Elle semblait agir de sa propre volonté, comme une extension parfaite de son bras. Son esprit s'embruma. Visiblement les crochets avaient suffi à ce qu'il ne reçoive un peu de venin du Basilic.

Ce devait être d'ailleurs l'analyse de quelqu'un d'autre, puisque des pas s'approchaient en courant. Ses pensées se tournèrent vers son épée. On allait la lui prendre si on la découvrait. Cependant le Choixpeau avait crié Serpentard avant de la lui donner et, si les Serpentards étaient doués dans un domaine, c'était bien la dissimulation.

"Cache-toi" ordonna-t-il à la lame.

Et, avec un claquement sec, l'épée disparut. C'était très étrange, car il la sentait à portée de main, comme si le fourreau était attaché à sa ceinture. Il sentait qu'en tendant la main jusqu'à son flanc il pourrait en prendre la poignée et la dégainer, mais il sentait tout autant qu'elle était parfaitement invisible et indécelable.

"Hey Hermione" fit-il d'une voix pâteuse alors que la jeune fille arrivait enfin à sa hauteur. "Si tu l'as c'est pas de refus."

Une fiole fut posée contre ses lèvres par une Hermione aux mains tremblantes et il but ce qu'elle contenait, sachant qu'il était de toutes manières mort s'il refusait. Elle la lui reprit pourtant avant qu'il n'ait fini, versant ce qu'il restait sur les blessures ouvertes par les crochets. Un moment il se sentit flotter, puis ses pensées redevinrent plus claires et il se redressa lentement, difficilement. Tous ses membres étaient engourdis, sa tête horriblement douloureuse, et il ne pouvait guère bouger.

Voldemort éructait de rage. Fumseck revint en voletant, tenant dans ses serres un objet qu'il identifia immédiatement. Le journal. Et il était de plus en plus intimement convaincu qu'il s'agissait d'un Horcruxe. Hermione tenta d'en déchirer les pages, sans succès, de même qu'elle ne parvint pas à le brûler avec sa baguette.

"Le Basilic" souffla Stan. "Plante-le sur un croc, le venin de Basilic détruit les objets…"

"Qu'il touche" souffla Hermione en partant en courant vers le cadavre au sol, la gueule largement ouverte.

"Non !" rugit Voldemort.

La jeune fille esquiva le rayon lumineux et cria alors que le second le touchait – ce qui ne l'empêcha pas d'atteindre le reptile mort et de planter le journal sur un des crocs. Le fantôme poussa un hurlement horrible alors que l'encre se mettait à couler à flots depuis le journal, avant de se dissoudre dans l'air. Hermione se précipita vers Ginny qui se réveillait en pleurant et Al'Najin y vit sa chance.

Surpassant sa douleur, il lança un sortilège d'attraction sur le carnet et le cacha entre sa chemise et son pull avant de reprendre la même position que précédemment, immobile et hors d'haleine.

"Cédric ?" appela-t-il finalement.

"Suis là" répondit une voix faible. "Putain, ça fait mal…"

"Il t'a lancé quoi ?"

"Un rayon violet et j'ai l'impression que mes côtes…"

"Arrête de parler" recommanda l'assassin. "Tes côtes doivent être brisées, ne les bouge pas."

Il se releva difficilement, rejoignant les colonnes. Cédric était bien là, à terre, la respiration sifflante, et Al'Najin nota le sang qui coulait de sa bouche.

"S'est passé quoi ?" demanda Stan en s'agenouillant, palpant précautionneusement ses côtes. "Ouais, brisées. Bouge pas, faudrait pas qu'elles transpercent tes poumons."

"Il allait toucher Granger" expliqua le Poufsouffle "et j'ai réussi à lancer un bouclier pour l'arrêter et après il n'a lancé des sorts que sur moi, et celui-là est passé à travers mon bouclier juste quand tu te faisais manger par le serpent… ça c'était du fight, Mallory."

"Eh bien, tu pourras dire pour ta part de gloire que tu as tenu face à Voldemort en personne" répondit Stan en le bougeant avec les plus grandes précautions. "Je vais bander ton torse pour éviter de faire bouger tes côtes mais faut qu'on sorte d'ici et qu'on aille voir Pomfresh… Hermione !"

Il avait reprit d'une voix plus forte. Sa condisciple avait une première année en larmes dans ses bras mais paraissait intacte – en dehors de son épaule présentant un angle bizarre et qu'il identifia comme un membre démis.

"Faut qu'on y aille" répéta-t-il. "Cédric doit être soigné avant que ses côtes ne prennent tout… je crois que son poumon est déjà percé..."

"Allez, viens, Ginny" fit Hermione en relevant la petite fille malgré les larmes de douleur qui roulaient sur ses joues. "Viens, c'est fini, on s'en va…"

"Viens là" commanda Al'Najin.

Ils avaient besoin d'au moins une personne en à peu près bon état et, dans l'état actuel des choses, une épaule démise était indéniablement le plus facile à rattraper. Hermione le rejoignit en soutenant Ginny de son bras valide et il lui fit une petite grimace.

"Tu sais ce qu'est une épaule démise, Hermione ?"

"Oui" fit-elle avant de le regarder dans les yeux. "Ça serait le mieux, je crois. Tu vas la remettre en place ? Je sais que les luxations peuvent devenir dangereuses si…"

"N'y pense pas et couche-toi à côté de moi" fit l'assassin. "Assied-toi, Weasley. Hermione…"

Il se releva et prit le bras d'Hermione couchée sur le dos au sol.

"Agrippe mon poignet" ordonna-t-il en posant son pied botté au niveau de son aisselle.

Ses doigts avaient agrippé avec force l'avant-bras maigrichon de Hermione et il la maintint en place avec son pied avant de brusquement tirer. Il y eut un claquement sec et un cri de souffrance de la jeune fille, mais il l'avait déjà relâchée. L'os était de nouveau dans la cavité où il logeait naturellement et il retira son pied de son torse.

"Mieux ?"

"Beaucoup" acquiesça Hermione, pourtant haletante. "Merci."

"Tu peux marcher ?"

"Oui. Oh, Fumseck ?"

L'oiseau s'était posé sur la poitrine de Cédric et se mit à chanter doucement, avant de commencer à pleurer. Al'Najin se retint de conjurer une fiole et de récupérer la précieuse substance. Trop de témoins, et pourtant il aurait adoré avoir des larmes de Phénix en stock… juste au cas où. Cédric cessa de tousser et de cracher du sang en quelques secondes après et Fumseck cessa de pleurer avant de décoller à nouveau, voletant vers la sortie comme pour les inviter à le suivre.

Cédric allait suffisamment bien pour décider unilatéralement de soutenir Stan et l'assassin se sentait trop fatigué pour vraiment résister. Même si Hermione lui avait donné l'antidote, le poison devait être terriblement fort pour qu'il n'ait de tels effets secondaires. Ginny était fermement accrochée à l'autre Gryffondor, hoquetant encore faiblement parfois, et ils sentirent le soulagement pointer en eux lorsque des pas rapides se firent entendre.

Et pourtant ce fut Lockhart qui jaillit et il eut l'air spécialement ravi de les trouver tous les quatre. Hermione interpréta mal son sourire – elle crut qu'il était content de retrouver les élèves en vie. Son teint légèrement grisâtre à cause de ses dépenses de magie reprit d'ailleurs un peu de couleur.

"Professeur" fit-elle avec soulagement "le basilic…"

"Vous avez tué le Basilic ?" coupa Lockhart en faisant jaillir sa baguette.

"Oui, on…"

"Parfait, parfait" fit-il avec un sourire éclatant. "Merci, les enfants. Ah, un basilic dans Poudlard ! Cela vaudra certainement un ordre de Merlin, n'est-ce pas ? Héroïque professeur sauvant quatre élèves inconscients…"

"Qu'est-ce que vous racontez ?" demanda Hermione, abasourdie, mais Stan avait déjà compris.

"Il va dire que c'est lui qui a abattu le Basilic" devina-t-il, d'un calme redoutable.

Il était déjà en train de compter s'il avait le temps de faire jaillir son pistolet et de tirer à bout portant avant de s'être pris un sort.

"Mais" protesta Hermione "on…"

"Ne vous inquiétez pas" assura Lockhart. "Vous allez tout oublier et vous confirmerez ma version. Je suis vraiment doué pour ça, les sortilèges d'Oubliette, vous ne sentirez rien."

"Vous n'avez rien fait de ce qu'il y a dans vos livres ?" demanda Ginny, incrédule.

"Jamais, Miss Weasley" répondit-il avec un petit rire. "Maintenant passons aux choses sérieuses, s'il vous plaît. Obli…"

Al'Najin voulut sortir son pistolet mais une autre fut plus rapide. La baguette de Ginny avait jailli dans sa main et lança un maléfice à peine visible qui pourtant percuta Lockhart de plein fouet. L'homme tomba à genou en gémissant. Sa morve semblait s'échapper de son corps, prenant la forme de créatures ailées qui l'attaquaient sans pitié, avec fureur. Bien sûr, la magie de Ginny Weasley avait dû s'accumuler avec toutes les émotions ressenties dans les heures passées, mais cela restait un sortilège efficace pour neutraliser quelqu'un.

Et elle venait de sauver la vie du professeur sans en avoir conscience.

"Joli, Weasley" fit Cédric avec un sourire appréciateur. "Chauve-Furie ?"

"Il a essayé de nous oublietter !" protesta Ginny avec véhémence. "Il a dit que vous n'aviez rien fait contre le Basilic et Vol… Vol…"

"Voldemort" compélta gentiment Stan pour elle.

"Voldemort !" rugit-elle avant d'éclater en sanglots hystériques.

Hermione l'entraîna plus en avant, jusqu'à arriver au pied du tunnel, se demandant visiblement comment elle allait remonter. Fumseck résolut le problème pour elle, voletant devant eux, mais il ne pouvait pas porter cinq personnes et Al'Najin haussa ses épaules.

"Allez-y, je vais escalader" proposa-t-il.

"Tu es sûr ?" fit Cédric avec inquiétude. "Je peux…"

"Hermione vient d'avoir l'épaule démise et elle ne pourra certainement pas faire de l'escalade, Weasley n'est pas en état, et toi tu as encore des côtes cassées, Fumseck a juste réparé tes poumons je pense, alors allez-y avec l'autre idiot et renvoyez-moi Fumseck après s'il veut bien."

Ils y parurent réticents mais finirent par se laisser convaincre, emmenant avec eux Lockhart toujours attaqué par les Chauves-Furies. Al'Najin laissa ses yeux parcourir les alentours puis sortit sa baguette, lançant quelques sorts de réduction pour creuser une petite cache dans un angle entre le sol et le mur. Il y déposa rapidement son pistolet, sa dague et le journal et les recouvrit ensuite tout aussi rapidement, puis posa quelques petites pierres qui donneraient aisément l'impression d'être tombées du mur et du plafond, avant de se hisser dans le boyau.

Il eut à peine le temps de monter deux mètres que Fumseck le rejoignait, le soulevant avec délicatesse jusqu'en haut du tunnel, et ce fut clopin-clopant qu'ils se rendirent à l'infirmerie, épuisés et blessés. Le hurlement d'horreur de Pomfresh dû être entendu dans tout Poudlard et elle les mit tous les quatre au lit, abandonnant Lockhart dans le couloir après que Hermione ne lui ait expliqué ce qu'il s'était passé. Sa baguette laissa échapper une forme scintillante qui partit dans les couloirs après qu'elle n'ait énoncé ce qui était de toute évidence un message et Al'Najin regarda la chose avec curiosité avant de laisser tomber, la tête bourdonnante.

Pomfresh lui demanda brièvement ce qu'il avait mais il n'était atteint que par le venin qui avait déjà été purgé, aussi amena-t-elle une potion contre le mal de crâne et une autre contre l'épuisement magique – que le jeune homme ne prit pas, la vidant dans la plante de chambre dès qu'elle eut le dos tourné. Il n'était pas épuisé magiquement et n'allait certainement pas consommer quelque chose qui le mettrait en état de pile électrique. Hermione allait plutôt bien aussi, ne souffrant que de son épaule anciennement démise et d'épuisement, et elle ne tarda d'ailleurs pas à s'endormir.