Avertissement :Bon autant être honnête... c'est pas très gai et ça peut choquer... Mais, rien de sexuel donc pas de mots en gras.
Bonne lecture !
Yzan et Lili.
~ 18 : Quand l'étau se resserre.
- Non, mais ça va pas ? Pour qui vous vous prenez !
Naruto eut à peine le temps de finir sa phrase que deux hommes se jetaient sur lui, le plaquant au sol sans ménagement et l'immobilisant. Kyuubi qui grognait et aboyait jusque là, menaçant, se jeta gueule ouverte sur les assaillants de son maître et un coup de feu retentit.
- Kyuubi !
Le blond vit son chien s'effondrer tout à coup sur le sol avec un jappement pitoyable.
- Et bien, et bien... Alors c'est là que tu passes tes nuits, Blanche-neige !
Naruto releva ses yeux ahuris et remplis d'effroi quand la voix froide aux accents sadiques retentit. Il se figea en reconnaissant Hidan, le mac de Taka. Face à lui, deux autres hommes maintenaient le brun à genoux sur le parquet, ses bras tordus dans son dos et ses mèches noires prisonnières d'une poigne puissante, deux revolvers pointés sur lui. L'homme aux cheveux gris se rapprocha du prostitué et se pencha vers lui.
- Blanche-neige... Blanche-neige... commença Hidan d'un ton faussement paternel. Mais qu'est-ce que tu nous fais là ? Ne me dis pas que tu t'es entiché de ce mec ? Tu crois quoi ? Que c'est le prince charmant venu sauver la princesse en détresse que tu es ? Allons, allons, tu n'es pas aussi stupide, si ? Ce type ne veut que ton cul... comme tous les autres. Tu sais bien que tu n'es qu'à moi. Jamais je ne laisserai qui que ce soit venir t'enlever !
Taka ne baissa pas les yeux, défiant silencieusement son mac du regard. Derrière l'homme, il voyait parfaitement Naruto se débattre dans la poigne de ses deux assaillants; près de lui, Kyuubi gisait au sol, gémissant faiblement, une mare de sang se formant sous sa fourrure noire et fauve. Il chercha à toute vitesse une sortie de secours, faisant fonctionner ses méninges à plein régime. Il ne voulait pas que le moindre mal soit fait à son amant. Mais comment s'en sortir ?
Hidan s'approcha de Naruto toujours maintenu au sol et pointa son flingue sur la tempe du blond. Inconscient du danger qu'il courait, celui-ci chercha à se défaire de l'emprise de ses agresseurs, ne lâchant pas son brun des yeux. En voyant les orbes onyx s'écarquiller soudainement avec affolement, il se mit à hurler :
- Lâchez-le ! Lâchez Sasuke !
Sasuke avait peur, il le voyait. C'était là, inscrit dans les iris couleur encre de Chine ! Non, il avait promis qu'il l'aiderait ! Il ne laisserait pas ces types lui faire le moindre mal ! Naruto se débattit plus fort entre les bras des deux types qui le clouaient au sol, cherchant à leur échapper. Il n'avait pas conscience de l'arme à quelques centimètres de sa tête, ne voyant que celles qui menaçaient son amant. Non, il ne les laisserait pas faire ! Tant qu'il lui resterait un souffle de vie, il le protégerait. Il le lui avait promis !
- Sasuke ?
La voix interrogative d'Hidan attira l'attention de Taka. Debout, son revolver en main, le mac le fixa d'un air surpris. Une lueur fugitive mais dangereuse étincela dans les yeux mauves de l'homme de l'Akatsuki, lueur que le brun connaissait bien. Quand les yeux d'Hidan brillaient ainsi ce n'était jamais, jamais, bon signe. Vite, il devait trouver une solution... répondre à Hidan et surtout, surtout... être convainquant. Il devait sauver Naruto.
Prenant son ton le plus froid et le plus détaché, le prostitué répondit :
- Il me prend pour l'un de ses potes crevé il y a des plombes. Comme il paye bien, je l'ai laissé croire que c'était moi. Il est tellement naïf que c'était super facile, aussi facile que de piquer une sucette à un gosse de primaire. Mais je sais pas qui c'est moi, ce Sasuke. Du moment qu'il crache son fric, je veux bien être le Pape en personne. C'est pas un caprice de client trop dur à satisfaire.
Hidan fixa en silence le visage impassible de sa Blanche-neige, y cherchant la moindre trace de mensonge ou de duperie. Mais rien ne transparut sur la figure opaline totalement de marbre.
Naruto s'était figé net en voyant les traits de son amant se durcir jusqu'à devenir totalement indifférents. Mais ce qui lui fit le plus mal, ce furent les mots accompagné d'un regard polaire et dédaigneux de Taka. Il... Il s'était joué de lui ? Depuis le départ ? Non, impossible... Pourtant... cette condescendance teintée de pitié qui transpirait du brun dans son attitude envers lui ne laissait aucun doute sur le sujet.
Hidan se pencha vers lui, et ricana, enfonçant un peu plus le clou :
- Tu vois, il t'a menti. C'est juste une pute qui veut ton fric... Rien d'autre. Et c'est MA pute, blondinet !
Le mac se redressa et assena un violent coup de crosse dans la tête blonde, l'assommant presque au passage.
Un peu dans les vapes, Naruto vit l'homme aux cheveux gris se diriger vers la porte, ses hommes lui emboîtant le pas sans rien dire, emmenant Taka avec eux. Le brun ne lui adressa pas un regard, suivant docilement son mac et les hommes de mains. Juste avant de claquer brutalement la porte, Hidan se retourna et lança :
- Ne ramène plus jamais ta fraise dans MA rue, blondinet. Parce que cette fois, ce sera la dernière !
Seul dans son appartement, Naruto, encore abasourdi par ce qui venait de se passer, se traîna jusqu'à Kyuubi. Le chien gémit doucement quand il s'approcha de lui, tentant de se redresser sur ses pattes avant de retomber lourdement sur le sol. Le blond prit le corps massif du rottweiler dans ses bras, cherchant la blessure qui faisait tant souffrir son compagnon canin. La balle s'était logée dans l'une des pattes avant et le sang coulait en abondance de la plaie.
Avec toutes les difficultés du monde, Naruto attrapa son téléphone sans lâcher son chien, appelant Kiba dont les parents étaient vétérinaires. Son ami lui répondit rapidement, lui assurant qu'il arrivait le plus vite possible avec sa mère. Le blond raccrocha et ses yeux tombèrent sur la besace rouge de Taka posée dans l'entrée. Un sanglot lui serra la gorge... Taka... Qu'est-ce que ce type horrible allait lui faire ?
Les mots durs du jeune homme résonnèrent une nouvelle fois dans son esprit, son air indifférent et ses pupilles noires si glaciales… Il s'était moqué de lui pendant tout ce temps, lui jouant la comédie… Et lui n'avait rien vu, s'accrochant à ce qu'il voulait croire, s'imaginant être proche de ce type qui finalement n'en voulait qu'à son portefeuille… En une fraction de secondes, Taka avait fait exploser ce rêve merveilleux, bafouant tout ce qu'ils avaient vécus ensemble, piétinant son coeur et ses sentiments, trahissant la confiance qu'il avait en lui.
La colère et l'inquiétude bataillaient dans son esprit. Taka l'avait mené en bateau depuis le début. Tout n'était que mensonge. Chaque mot, chaque geste... du vent. Alors pourquoi ? Pourquoi n'arrivait-il pas à se faire à cette idée ? Pourquoi avait-il si peur pour cet enfoiré qui s'était bien moqué de lui ? Rien qu'à l'idée qu'il puisse arriver quelque chose au brun, son coeur s'emballait de panique. Serrant plus fort Kyuubi dans ses bras, Naruto laissa libre court à ses larmes, ne sachant pas s'il pleurait de rage ou de chagrin.
~oOo~
Kiba posa un regard soucieux sur son ami blond qui riait à gorge déployée avec Lee et Tenten, plaisantant allégrement sur un sujet quelconque. Rien dans l'attitude de celui-ci ne laissait soupçonner l'état dans lequel il l'avait trouvé vendredi soir, ni ce qui s'était produit ce week-end. Naruto agissait comme d'habitude, son sourire bien en place sur son visage, avec son enthousiasme habituel. Le jeune homme aux joues tatouées retint un soupir désabusé.
Quand son téléphone avait sonné ce fameux vendredi, il avait été surpris : Naruto avait décliné toutes les propositions de sortie pour le week-end, il devait donc être avec son amoureux. Alors pourquoi l'appelait-il ? S'occuper de Kyuubi ? Habituellement, le blond le prévenait plus rapidement. Quelques minutes après, il descendait en catastrophe les escaliers de chez lui, hurlant à sa mère qu'elle devait venir avec lui et de ne pas oublier sa trousse de secours.
Durant tout le temps du trajet jusqu'à l'appartement de son plus vieil ami, Kiba n'avait cessé de retourner et retourner encore les quelques mots de Naruto dans sa tête : "Kyuubi est blessé... Il s'est pris une balle. Viens vite." Si l'information elle-même était inquiétante, la voix larmoyante du blond l'était bien plus encore. A son arrivée, le spectacle de son ami sanglotant désespérément en serrant dans ses bras son chien couvert de sang lui avait laminé le cœur. Que s'était-il donc passé pour que Naruto et Kyuubi soient dans cet état ?
Sa mère avait pris Kyuubi en charge, effectuant les premiers soins sur place avant de décider de le transférer dans sa clinique vétérinaire. Kiba avait rapidement réuni quelques affaires pour son ami, trouvant une besace rouge pour les y fourrer. Naruto la lui avait arrachée des mains, s'y cramponnant de toutes ses forces, l'empêchant de l'ouvrir pour en vider le contenu. Sans demander plus d'explications, Kiba avait pris un autre sac et embarqué son ami et le chien chez lui.
Naruto avait veillé sur son compagnon à quatre pattes toute la nuit durant, ses pleurs se calmant peu à peu, restant emmuré dans le silence le plus total. La seule chose que Kiba avait réussi à lui soutirer était que c'était fini avec Taka et qu'il ne voulait plus jamais entendre parler de cet enfoiré qui s'était bien foutu de sa gueule. Il avait bien été tenté d'appeler Gaara et Shikamaru à la rescousse, mais Naruto devinant ses intentions lui avait fait promettre de garder tout cela secret. Et lui, comme un con, il avait accepté.
Se passant une main lasse dans les cheveux, le jeune homme châtain se demanda pour la énième fois ce qui avait bien pu se passer. Kyuubi s'était pris une balle, ce n'était quand même pas rien. Mais Naruto avait refusé tout net de porter plainte. Serait-ce ce Taka qui avait tiré ? Si oui, pourquoi ? Si non, qui ? Et comment cette relation qui avait eu l'air de rendre son ami si heureux pouvait avoir tourné en une telle catastrophe ? Si jamais il retrouvait ce type... Il lui casserait les dents !
- Ah ! Il est trop beau ! Tu ne trouves pas qu'il ressemble un peu à Sasuke ?
La voix d'Ino à ses côtés attira l'attention de Naruto sur le binôme de Sai : Akira. Les deux étudiants étaient installés à l'une des tables de la grande bibliothèque universitaire et discutaient tranquillement, sûrement du travail qu'ils avaient à rendre. Le blond ne put qu'être parfaitement d'accord avec son amie. Akira était le portrait craché de son ami d'enfance...
Ino eut un sourire éclatant et alla s'asseoir directement sur les genoux du jeune homme qui l'accueillit avec un sourire et un baiser aux coins des lèvres. Sakura maugréa près de lui avant de s'installer elle aussi à la table, vite suivie par les autres membres du groupe. Discrètement, Kiba expliqua à Naruto qu'Ino sortait avec Akira depuis le samedi soir où elle l'avait croisé en boîte, ce qui bien entendu, ne plaisait pas vraiment à Sakura.
- Si tu venais avec nous, tu serais au courant, lui reprocha son ami.
Naruto eut le bon ton de paraître un peu gêné, mais son sourire reprit rapidement ses droits et ce fut avec enthousiasme qu'il entama la conversation avec le sosie de son ex-amant, Taka. Voir le jeune homme face à lui, si semblable et pourtant si différent de celui qui lui avait brisé le cœur lui tordit les tripes. Alors ce serait à ça que ressemblerait Sasuke s'il n'avait pas fini dans la rue ? La ressemblance était saisissante, aussi incroyable que cela puisse paraître.
Akira finit par quitter le groupe d'ami de son binôme, Sai, pour rentrer chez lui, ses cours étant terminés pour la journée. Il salua poliment les jeunes gens, embrassant du bout des lèvres sa petite-amie du moment : Ino. Il sortit de la bibliothèque et rejoignit Sora, son voisin pour faire la route en sa compagnie comme à leur habitude. Son ami l'accueillit avec un grand sourire et une tape dans le dos et ils prirent le chemin côte à côte pour regagner leur foyer.
- Alors ! Comment ça se passe avec ta blonde ? ricana Sora en lui lançant un clin d'œil malicieux.
- Tsss... Elle fait sa sainte-nitouche. Je n'ai pas encore réussi à la serrer. Si d'ici demain soir, ça ne change pas, je la largue, répondit froidement Akira.
- De toute façon, si elle cède tu la quitteras quand même.
- Pas faux... Mais au moins, j'aurais pris mon pied.
Les deux étudiants éclatèrent de rire, avant d'embrayer sur un autre sujet : les prochaines vacances. Ils avaient décidé de partir à l'étranger ensemble sans leurs parents, le problème étant qu'ils avaient bien du mal à se mettre d'accord sur la destination. Le programme par contre n'avait pas été bien difficile à faire : fêtes, filles, fêtes, filles et soleil obligatoire ! Bref, ils avaient bien l'intention de profiter de leur jeunesse et de la fortune de leurs géniteurs.
Quelques minutes suffirent pour qu'ils atteignent la maison du brun et les deux amis se séparèrent devant le portail imposant de la riche demeure. Akira entra dans le vestibule, n'adressant pas un regard au majordome qui le délesta de sa veste. Il monta directement dans sa chambre. Un soupir lui échappa alors que l'un des domestiques lui transmettait un message de son père lui apprenant qu'il serait seul ce soir.
Ce n'était pas vraiment surprenant, ni inhabituel. Ses parents passaient plus de temps à travailler qu'à s'occuper de lui. D'aussi loin qu'il se souvienne, ça avait toujours été la gouvernante qui l'avait pris en charge. C'était même elle qui venait assister aux spectacles de fin d'année donnés par l'école, filmant soigneusement sa prestation pour ses vieux, qui ne la regardait jamais. En fait, il doutait de plus en plus que ceux-ci soient réellement ses parents.
Il ne manquait de rien, bénéficiant de l'immense fortune familiale, et sûrement qu'à sa place d'autres auraient mal vécu cette distance avec ses parents. Mais lui en avait pris son parti et savourait la liberté et le confort que cela lui procurait. Akira décrocha le téléphone fixe pour appeler le cuisinier sur le réseau interne à la demeure. Il commanda son repas du soir, l'informant au passage qu'il mangerait dans sa chambre. Utiliser la grande salle à manger était bien trop sinistre.
Ses pensées dérivèrent vers sa conquête actuelle, la jolie Ino. Elle lui avait tapé dans l'œil vendredi midi quand il était allé demander à Sai de faire équipe avec lui, et il s'était dit qu'il la mettrait bien dans son lit. La croiser en boite de nuit le lendemain soir lui avait fourni l'opportunité de la séduire, mais à son grand désarroi la jeune fille était plus farouche qu'elle n'y paraissait au premier abord. Ce n'était pas la première fois qu'une fille lui résistait un peu, et il savait d'expérience que cela ne durerait pas bien longtemps.
Passant son doigt sur l'écran de son téléphone portable hi-tech, il l'appela pour lui proposer un rendez-vous le soir même dans un bar sympa qu'il connaissait bien. Son invitation acceptée, il raccrocha et se plongea sans grand intérêt dans ses devoirs, la chaine hi-fi dernier cri faisant résonner dans la pièce les accords lourds et rythmés d'un groupe de rock connu à la mode. Rapidement son esprit dériva et, renonçant à se concentrer, il se mit à rêvasser, le menton posé sur ses mains jointes, ses coudes en appuis sur son bureau.
Une douleur sourde lui enserra les tempes, le faisant grimacer d'inconfort. Il se leva, désabusé, pour aller chercher, dans le tiroir de sa table de nuit, un médicament contre ces fichues migraines. Akira s'étala sur son matelas, attendant que le comprimé fasse son effet et dissipe son mal de tête. Ce genre de désagréments lui arrivait assez fréquemment depuis que, petit, il était tombé d'un arbre la tête la première.
Enfin, ça c'était ce que sa gouvernante lui avait dit. Lui ne s'en souvenait plus, ni de ça, ni de rien des années précédentes. Tout au plus quelques images floues et incompréhensibles lui revenaient-elles de temps à autre. Tout le reste, c'était sa gouvernante qui le lui avait raconté. Il y avait bien quelques photos, mais rien de bien concluant : lui avec un chat noir dans les bras, lui en train de faire cuire de la viande au barbecue... rien qui ne l'aide vraiment à se souvenir de quoi que ce soit.
~oOo~
- Madara veut te voir.
La phrase de Nagato, dite d'un ton froid et impersonnel, glaça le sang de Chu. Que se passait-il ? Madara ne réclamait que rarement à le rencontrer, et à chaque fois ce n'était pas pour de bonnes nouvelles. Un frisson d'angoisse lui traversa l'échine alors qu'il s'efforçait de ne rien laisser paraître.
- Bien. Autre chose ? demanda-t-il d'une voix atone.
- Non. Reviens me voir quand tu auras accompli ta mission, conclut son supérieur.
Chu le salua d'un léger signe de tête et quitta la salle d'entraînement pour rejoindre le bureau de Madara. Ses pas résonnèrent dans les couloirs aux murs nus et gris, ses pensées égrenant toutes les raisons possibles de sa convocation devant le chef suprême de l'Akatsuki.
Trop rapidement à son goût, il arriva devant la porte noire qui s'ouvrait sur le bureau du chef de l'organisation criminelle. Chu prit quelques secondes pour vérifier que rien ne transparaissait sur ses traits, puis il frappa et attendit qu'on l'invite à entrer. Une voix grave résonna à travers le battant de bois et l'assassin pénétra dans la pièce sombre et sobrement meublée, ses yeux se posant sur celui qui l'avait demandé : Madara.
Assis derrière un grand bureau de verre, le fondateur de l'Akatsuki lui fit un sourire faussement chaleureux avant de le saluer :
- Chu ! Quel plaisir de te revoir... Il y a bien longtemps que l'on n'avait pas eu l'occasion de discuter toi et moi, n'est-ce pas ?
- Vous comme moi avons été occupés, répondit platement Chu.
- Oui, oui, c'est vrai. Nagato est très fier de toi, tu sais. Tu fais un excellent travail, reprit le mafioso en se levant.
Contournant son bureau, il rejoignit le jeune homme et passa un bras autour de ses épaules en une parodie d'étreinte amicale. Chu se tendit subrepticement quand cet homme qu'il exécrait se rapprocha de lui, mais il ne recula pas, sachant que toute façon rien n'empêcherait Madara de faire ce qu'il voulait.
- Viens avec moi, je voudrais te montrer quelque chose, et te parler d'un problème qui me préoccupe et me chagrine, poursuivit Madara en l'entraînant dans le couloir.
Chu suivit en silence, ne montrant rien de l'angoisse irrépressible qui lui tordait les entrailles. Heureusement pour lui, le criminel avait ôté son bras de ses épaules, le soulageant ainsi d'un contact physique non désiré.
Les deux hommes parcoururent les couloirs en silence durant quelques minutes, seul leurs pas résonnant entre les murs nus. Chu sentit son cœur s'affoler légèrement et son angoisse monter d'un cran quand il reconnut le chemin qu'ils empruntaient. Ils se dirigeaient vers la section de Kabuto le médecin de l'organisation, aussi en charge des interrogatoires et des "punitions". Merde ! Mais que se passait-il ? Que pouvait donc bien lui vouloir le chef suprême ?
- Tu es avec nous depuis... Quoi ? Dix ans maintenant, c'est bien ça ? finit par dire Madara.
Chu approuva d'un signe de tête, attendant anxieusement la suite.
- Tu fais du bon travail, et tu te tiens à carreau depuis longtemps, reprit l'homme à ses côtés. J'ai confiance en tes capacités, et j'ai su dès le début que tu avais du potentiel. J'envisage même de te faire monter en grade. Nagato aurait bien besoin d'aide pour former les nouvelles recrues. A moins que tu ne préfères que je te confie quelques putes. Après tout, le marché du sexe est toujours aussi lucratif...
Chu ne répondit pas, laissant son silence parler pour lui. Peu lui importait les propositions de son chef, il prendrait ce que celui-ci voudrait bien lui confier si ça lui permettait de pouvoir atteindre son but : faire tomber l'organisation, récupérer son petit frère et quitter le pays. Plus haut il serait dans la hiérarchie, plus il aurait accès à des informations importantes qu'il pourrait transmettre à son amant et peut-être savoir enfin où était son jeune frère. Mais son instinct lui disait que ce n'était pas la raison pour laquelle ils étaient là, dans ce couloir sordide.
Madara fronça légèrement les sourcils, prenant l'air préoccupé avant de poursuivre :
- Le problème vois-tu, c'est qu'en ce moment, les flics mettent un peu trop leur nez dans nos affaires. Cela me... contrarie. Mais ce qui me fend le cœur, c'est l'idée même que l'un de mes poulains puisse m'avoir trahi d'une manière ou d'une autre. Tu comprends n'est-ce pas, Chu ?
- Parfaitement.
Oh, oui, il comprenait parfaitement ce que Madara sous-entendait. Combien de chances y avait-il qu'il ait parlé ainsi à d'autres que lui ? Aucune. C'était donc qu'il avait des soupçons sur sa fidélité à l'organisation, mais aucune preuve. Si Madara avait la moindre preuve, même infime, alors il ne serait pas là à lui parler tranquillement, mais déjà dans l'une de ces cellules du couloir en train de lui faire subir une "punition".
- La mission que Nagato t'a confiée est très importante pour moi, reprit le criminel d'un ton toujours aussi tranquille. Je te fais confiance pour qu'elle se déroule sans encombres et sans... comment dire... Sans intervention inopportune.
A ces mots, Madara s'arrêta et plongea un regard dénué de toute sympathie dans les orbes sombres de son sous-fifre.
D'un hochement de tête, Chu fit comprendre au chef de l'organisation qu'il avait parfaitement saisi le message. Se détournant de lui, Madara se dirigea vers l'une des nombreuses portes qui parsemaient le couloir, lui indiquant d'un geste de le suivre. Il introduisit la clé dans la serrure et ouvrit le battant de bois, s'écartant de l'ouverture pour laisser Chu entrer en premier. Le tueur à gage pénétra dans la cellule obscure, masquant son angoisse de plus en plus prégnante. Pourquoi Madara l'emmenait-il ici ?
La porte claqua dans son dos, plongeant la pièce dans le noir le plus complet, inquiétant Chu d'avantage encore. La voix grave et glaciale du chef de l'Akatsuki retentit dans son dos :
- Oui, j'espère vraiment que ta mission sera accomplie avec succès... Mais j'ai confiance en toi.
Une lumière crue illumina soudainement la cellule, faisant cligner des yeux l'assassin sous l'éblouissement brutal.
Madara posa une main sur l'épaule de Chu et lui adressa un sourire sadique en disant :
- Tu ne voudrais pas qu'il arrive des emmerdes à ton cher petit frère... n'est-ce pas?
Le tueur à gage se figea d'effroi à ces mots et tourna la tête vers son supérieur craignant ce qu'il pourrait lire dans les prunelles sombres et cruelles. Mais celui-ci ne le regardait même pas, son visage dirigé vers le fond de la cellule.
Taka grimaça de douleur alors qu'il tentait de soulager la pression dans ses poignets en bougeant légèrement les doigts. Il était bien incapable de dire là où il avait le plus mal... Son corps entier n'était que souffrance. Le moindre geste, même infime, provoquait des élancements cuisants dans chacun de ses muscles. Le moins que l'on puisse dire, c'était que ses supérieurs ne l'avaient pas raté. Ils lui avaient fait payer cher son histoire avec Naruto.
Après avoir quitté l'appartement du blond avec Hidan, Taka avait été emmené ici, dans l'une des cellules sordides de Kabuto. Là, les douze grands de l'organisation lui étaient passés dessus, chacun d'entre eux assouvissant ses pires vices sur son corps sans défenses. Madara s'était même joint à la fête, lui expliquant en long, en large et en travers, les raisons de sa "remise à niveau". Remise à niveau... Quel joli nom pour une punition supposée lui rappeler qu'il n'était rien de plus qu'un objet dont l'Akatsuki usait à sa guise. Et cette fois, il n'y avait pas eu la moindre drogue pour le soulager.
Combien de temps cela avait-il duré ? Il n'en avait aucune idée. En dehors des moments où il subissait toutes sortes de tortures, la pièce était restée plongée dans le noir le plus total et rien ne permettait à Taka de savoir quelle heure il était, ni si le jour s'était levé. Il avait l'impression de se retrouver à nouveau dans sa cellule miteuse du réseau pédophile, quand la seule lumière qu'il voyait était celle du néon au plafond.
Complètement nu, les poignets attachés au mur au-dessus de sa tête, le jeune homme tenta une nouvelle fois de trouver une position plus confortable. Ses genoux lui faisaient mal et les chaînes autour de ses articulations lui coupaient la circulation. Voyant que ses efforts étaient vains et ne le faisaient que souffrir davantage, Taka laissa tomber et soupira douloureusement. Bordel, même respirer lui faisait mal.
Voilà...son histoire avec Monsieur pâte de ramen était bel et bien finie. S'il sortait vivant d'ici, ce qui à l'heure actuelle n'était pas garanti, jamais il ne reverrait son beau blond bizarre. Son cœur se serra au souvenir du regard blessé que lui avait lancé son amant quand il avait baratiné Hidan. Il espéra que Naruto allait bien et eut une petite pensée pour Kyuubi qui avait été touché par une balle. Pourvu que le chien soit encore vivant... Perdre son amant et son chien la même soirée serait trop dur pour son blond, bien trop sentimental pour son propre bien.
Il le savait que cette histoire se finirait mal, mais au moins en avait-il profité tant que c'était possible. Tout ce qu'il voulait c'était que Naruto aille bien. Le blond avait des études à finir, une carrière à construire, un avenir devant lui, une vie à vivre, et lui ne devait pas faire partie de cette vie là. Jamais. Taka sentit les larmes lui monter aux yeux à l'idée que jamais plus il ne verrait celui qu'il avait été assez con pour aimer. L'amour... quelle connerie !
Ses pensées divaguèrent vers ses colocataires qu'il ne reverrait sûrement jamais non plus. Ils devaient s'inquiéter de ne pas le voir revenir, de ne pas avoir de nouvelles. Croyaient-ils qu'il s'était fait la malle avec son beau blond bizarre ? Ou bien devineraient-ils qu'il était entre les mains de leurs chefs ? Peut-être le pensaient-ils mort dans un caniveau d'une overdose ou d'une rixe quelconque.
Taka se retint d'imaginer les réactions de Suigetsu, Karin et Jûgo face à sa disparition... Il ne voulait pas imaginer la tristesse sur leurs visages. Suigetsu devait continuer à l'appeler Choupinet et faire des blagues débiles, Karin devait continuer à lui crier dessus et Jûgo arbitrer placidement leurs disputes. Rien ne devait changer pour eux... enfin, eux ne devaient surtout pas changer. Il ne voulait pas que d'autres que lui souffrent de cet amour qu'il savait voué à l'échec dés le départ. Un peu de sperme coula entre ses cuisses, le faisant se sentir encore plus misérable.
Le bruit d'une clé tournant dans la serrure tira le prostitué de ses pensées, faisant monter une vague d'angoisse dans tout son être. Qu'est-ce qui l'attendait encore ? Avec une certaine appréhension, mais résigné, Taka vit deux hommes pénétrer dans sa cellule. S'il reconnut sans mal l'un des deux comme étant Madara, le chef de l'Aktasuki, il n'avait jamais vu le second. La porte se referma les plongeant dans le noir avant qu'il n'ait eu le temps de bien le distinguer.
La lumière crue du plafonnier l'éblouit, l'obligeant à plisser les yeux pour s'accoutumer à la luminosité soudaine. L'homme qui accompagnait Madara était plus jeune et plus petit que le criminel, son visage pâle, cerné et impassible, était encadré par de courts cheveux noirs et hirsutes. Le prostitué était bien incapable de deviner ce que ce mec faisait là, et il était absolument certain de ne l'avoir jamais vu auparavant. Ce type prendrait-il lui aussi part à la fête dont son corps était le plat de résistance ? Il espéra futilement que ce ne serait pas le cas...
Pourtant, il avait une drôle d'impression qui lui tordait les entrailles, comme si... comme quand il avait rencontré Naruto. Une inexplicable envie de pleurer lui monta à la gorge. Bordel, il en avait marre des gens qu'il ne connaissait pas et qui déclenchaient en lui toutes sortes de sensations bizarres. Pourquoi... Oui, pourquoi savait-il avec une certitude absolue que s'il n'avait pas été attaché, il se serait jeté au cou de ce mec qu'il n'avait jamais vu de sa vie ?
- Tu ne voudrais pas qu'il arrive des emmerdes à ton petit frère... n'est-ce pas ?
Pour une raison inconnue, Taka sentit son cœur s'accélérer en entendant Madara dire ces mots d'une voix doucereuse emplie de menaces sous-entendues. Pourquoi le criminel parlait-il soudain de "petit frère" ? Il n'était le frère de personne ! Alors, pourquoi ce type était-il là ? Troublé, Taka vit le jeune homme s'approcher de lui, les yeux noirs de celui-ci le détaillant avec une minutie quasi chirurgicale. Quand les orbes onyx se posèrent sur lui, une bouffée de honte le saisit, le poussant à se tasser sur lui-même autant que possible pour cacher son état actuel et sa nudité totale. Mais il était incapable de détacher son regard de celui scrutateur de l'homme face à lui. Le brun le détailla avec attention, semblant chercher quelque chose...
Puis soudain, le jeune homme se redressa et, tournant la tête vers Madara, lâcha d'une voix froide et dénuée de tous sentiments :
- Ce n'est pas mon frère.
A ces mots, Taka sentit son cœur se serrer douloureusement, et il dut se mordre les lèvres pour ne pas hurler. Hurler quoi ? Il n'en savait rien... Mais que ce type se détourne ainsi de lui, lui faisait mal... très mal. Et le pire, c'était qu'il ne comprenait même pas pourquoi...
Madara ricana sournoisement, ses yeux cruels pétillants d'une lueur sadique.
- Crois ce que tu veux... Chu. Mais, s'il y a le moindre problème avec ta mission... voilà ce qui attend ton petit frère si cher à ton cœur. N'oublies pas que moi seul sait où il est.
- Je n'oublie pas, répondit platement Chu.
Les deux hommes quittèrent la pièce, éteignant la lumière derrière eux et laissant Taka seul dans le noir de sa cellule, le corps, le cœur et l'âme brisés.
La porte qui se referma le laissant seul face à lui-même fut un nouveau coup de poignard pour le jeune prostitué. Qu'avait-il donc espéré ? Que ce type qu'il n'avait jamais vu le sauve ? Pourquoi autant de sentiments confus l'avaient-ils agité quand cet homme qu'il ne connaissait pas s'était approché de lui ? Taka ferma les yeux et presque immédiatement, l'image d'un blond aux yeux bleus et au large sourire heureux se forma dans son esprit.
Son cœur battit plus vite, puis se serra drastiquement. Naruto... L'espoir fou d'un amour impossible, entre lui et cet étudiant de bonne famille. Taka était content d'avoir pu profiter autant qu'il l'avait pu, et eut une pensée morose pour le chien qui avait été blessé par sa faute. Tout était de sa faute. Il savait depuis le début ce qu'il risquait à jouer avec le feu, et il s'y était brûlé. L'Akatsuki finissait toujours par gagner, quitte à truquer les dés.
Il leur appartenait, et si ce n'était d'âme, c'était au moins de corps. Ils le lui avaient bien fait comprendre. Au lieu de finir la gueule dans le caniveau, il finirait très probablement dans cette cellule. Une boule se forma dans sa gorge et Taka serra les dents pour ne pas pleurer sur son pauvre sort dans cette pièce à nouveau noyée de ténèbres. Que dirait Naruto en le voyant dans cet état ? Une immense vague de honte submergea le prisonnier. Il se sentait si sale et si avili.
Un maigre rire désabusé et esseulé résonna dans la pièce silencieuse. Mais qu'est-ce qu'il s'était imaginé ? Naruto ne serait jamais son prince charmant. Et s'il ressortait vivant d'ici, il retrouverait son bout de trottoir et ses clients. Il n'y avait point de salut pour ceux qui tombaient entre les mains de l'organisation. Il le savait bien pourtant. Après tout ce que la bande des douze lui avait fait subir, il ne lui restait plus que ses yeux pour pleurer, pas même un peu de drogue, d'alcool ou une simple clope pour le soulager. Il y avait cru pourtant à cette idylle. Mais il n'y avait que dans les films que les choses se finissaient bien.
~ oOo ~
Chu quitta rapidement le bâtiment qui abritait le siège de l'Akatsuki, pressé de mettre le plus de distance possible entre lui et Madara. Il avait parfaitement compris le message du chef de l'Akatsuki. Celui-ci le soupçonnait d'être de mèche avec les forces de l'ordre et au moindre faux pas de sa part, son petit frère en ferait les frais. Son petit frère... Une boule amère se forma dans sa gorge. Quand donc pourrait-il à nouveau le serrer dans ses bras ?
Le jeune homme que Madara lui avait montré dans la cellule ressemblait vaguement à son cadet. Mais il était si maigre, si amoché, et si sale qu'il était difficile d'affirmer que c'était bien lui. Et quel intérêt aurait Madara à lui montrer réellement son petit frère ? Aucun. Son benjamin était un excellent moyen de pression sur lui, le chef de l'Akatsuki avait tout intérêt à le garder en sécurité et à surtout le laisser dans l'ignorance totale de ce qu'il advenait de lui.
De plus, Chu avait eu de nombreuses preuves que son cadet menait une vie tout à fait normale, loin de l'Akatsuki. Et même s'il ne faisait pas confiance à son supérieur, celui-ci lui avait montré bien des photos et des vidéos pour appuyer ses dires. Il lui avait même donné une copie du certificat de diplôme de fin d'études de son petit frère. Le chef suprême de l'organisation ne s'était jamais privé d'utiliser le bien-être de son petit frère comme levier pour garantir son obéissance et sa fidélité. Ce jeune homme dans la cellule n'était pas son frère. Il était impossible que ce soit lui !
Tout en réfléchissant, le tueur à gage sortit son téléphone portable de sa poche et tapa rapidement un message qu'il envoya à son amant :
" Le chien se doute qu'il y a un ver dans la pomme."
Une fois cela fait, il prit la direction de son studio pour se préparer. Il devait absolument réussir sa mission de ce soir, la survie de son frère cadet en dépendait. Où qu'il soit, il devait le protéger et éviter à tout prix que Madara ne mette ses menaces à exécution. Il ne supporterait pas de voir son frère dans le même état que le prisonnier qui lui avait été montré.
Tout en sortant ses armes et son déguisement, Chu chercha ce qui avait bien pu amener les soupçons du chef de l'Akatsuki sur lui. Il avait toujours fait très attention à ne rien laisser filtrer de ses connections avec la police. Toujours, il avait pris soin de ne pas être suivi, ni espionné, quand il retrouvait son amant. Alors comment ? Et ces soupçons soudains avaient-ils un rapport avec la demande de Kakashi, celle de se renseigner sur ce Taka et de surveiller la moindre opération contre les Uzumaki-Namikaze ?
Il n'avait jamais entendu parler de la famille de son ancienne professeur de violon au sein de l'organisation. Et à part ce qu'il avait dit à son compagnon, il n'avait rien appris de plus sur le prostitué qui semblait tant l'intéresser. Il était bien retourné, plusieurs fois même, dans la Rue des Embrumes pour essayer de rencontrer lui-même ce fameux Taka. Mais en vain. A chaque fois, il était absent, parti avec un client dans un love-hôtel quelconque selon le sentinelle qui gardait l'endroit.
En tout cas, on pouvait dire que le jeune homme en question ne chômait pas. Selon les dires de certains de ses "collègues" de trottoir, ce Taka avait "la cuisse facile" ou bien "vendrait père et mère pour se faire tirer contre un peu de fric". Les versions les moins venimeuses lui prêtaient une certaine beauté qui avait du succès, ou encore le fait que leur mac, Hidan, avait particulièrement l'œil sur lui, donc qu'il faisait tout ce qu'il pouvait pour ne pas avoir d'ennuis.
Peut-être le sentinelle l'avait-il reconnu et vendu la mèche à Hidan ? Mais c'était assez peu probable, Chu était un as du déguisement, et il était sûr de ne pas avoir été démasqué. De plus, le géant roux qui surveillait la rue n'avait pas l'air particulièrement attaché au mac et, s'il en croyait ce que l'un des gigolos lui avait dit, ce dernier veillait sur Taka plus que sur les autres. Et surtout... Chu ne voyait absolument pas le rapport entre Taka, la famille Uzumaki-Namikaze et lui. Il lui manquait une pièce du puzzle... et une pièce importante si son intuition était bonne. Quel était le lien que son amant avait fait et que lui ne voyait pas ?
Vêtu d'une blouse blanche, Chu pénétra dans la chambre d'hôpital où reposait sa future victime. La jeune femme avait survécu à une explosion de son domicile, explosion orchestrée par l'Akatsuki. Il ne savait pas pour quelles raisons l'organisation voulait sa mort, et il ne voulait pas le savoir. Il n'avait nullement besoin des détails pour faire son boulot. Extirpant du fond de sa poche une petite fiole contenant un liquide translucide, il emplit une seringue qui était déjà en sa possession, recouverte des empreintes d'une infirmière d'un autre hôpital.
Sans le moindre état d'âme, Chu injecta le poison créé par Sasori directement dans la tubulure reliée au bras de sa proie. Il s'assura que la totalité du produit était bien passée dans le système sanguin de la jeune femme avant de quitter la chambre. Il n'avait que quelques secondes pour disparaître. Le poison était rapide... et totalement indétectable. Sasori avait beau être un sadique aux tendances vraiment étranges, il n'en restait pas moins un chimiste de génie.
Quand le personnel constaterait le décès de la demoiselle, lui serait déjà loin. Personne ne trouverait jamais la moindre preuve. Et lui aurait encore un peu plus de sang sur les mains. Mais c'était nécessaire... pour retrouver son petit frère, pour le protéger. C'était son seul et unique but. Il devait le retrouver, et si pour ça il devait assassiner la moitié de la population mondiale... il le ferait sans hésitation.
- Et... et... il m'a dit... que... que... j'étais pas un assez... bon coup... pour... pour qu'il... veuille... recommencer...
- Mais quel salopard, ce mec !
Assise dans le canapé de Naruto, Sakura consolait tant bien que mal Ino, sa meilleure amie, qui venait de se faire larguer par son petit ami : Akira. Les deux jeunes filles avaient trouvé refuge chez lui, comme souvent dans ces moments de crise. C'était toujours vers lui que ses deux amies se tournaient quand elles avaient un problème, souvent d'ordre sentimental.
Le jeune homme blond avait été aux premières loges pour chaque premier rendez-vous des demoiselles, chaque coup de cœur, chaque rupture aussi. Il avait eu beau leur expliquer que ce n'était pas parce qu'il était bisexuel qu'il s'y connaissait mieux qu'elles en mecs, rien n'y avait fait. Il était devenu à son corps défendant leur confident et leur conseiller. Et à l'heure actuelle, il ne pouvait rien dire ou faire pour soulager le chagrin de son amie, juste la laisser pleurer tout son saoul dans son canapé.
Ses pensées dérivèrent vers le fameux Akira, ce jeune homme qui ressemblait tant à Taka, à Sasuke. Naruto devait bien l'admettre, la ressemblance physique était flagrante : la même coupe de cheveux, la même couleur, les mêmes yeux, le même teint. On pourrait presque les croire frères jumeaux. Ils avaient jusqu'à la même cicatrice au sourcil droit. Mais, leurs attitudes étaient radicalement différentes. Akira agissait comme si le monde lui appartenait, en bon fils de famille richissime n'ayant jamais manqué de rien.
Naruto avait pu constater en l'observant que si le jeune homme pouvait être relativement sympathique quand on discutait avec lui, il méprisait ouvertement les autres. Il n'hésitait pas à dénigrer celles qui lui courraient après, tout en jouant de son physique avantageux pour les attirer à lui quand il en éprouvait le besoin. Bref, ce type, bien qu'intelligent, était un connard dans toute sa splendeur, et Naruto ne pouvait pas l'encadrer.
Il ne pouvait s'empêcher de comparer Akira à Taka, et au Sasuke de son enfance. Et malgré ses certitudes, le doute s'insinuait en lui. Akira... Taka... Les deux ressemblaient à s'y méprendre à son ami disparu, et il ne savait plus quoi penser. Avoir perdu Sasuke, et aujourd'hui se retrouver face à deux personnes qui avaient autant de traits en communs avec son complice de jeux d'antan décédé, il avait vraiment l'impression d'halluciner.
Lequel des deux était Sasuke ? Il ne pouvait se résoudre à une telle coïncidence fortuite, il y avait forcément une explication logique. L'un d'eux ne pouvait qu'être son meilleur ami. Sasuke, bien que pas très causant, ni très sociable, était un gentil garçon, toujours prêt à aider ses amis et très attaché à sa famille. Serait-il devenu le même connard sans cœur qu'Akira ? Ou bien serait-il devenu comme Taka qui, même fauché comme les blés, pensait à ses amis ?
Son cœur se serra en pensant à son ex-amant qui s'était joué de lui depuis le début. Finalement, que savait-il de Taka ? Pas grand-chose. Le prostitué lui avait menti dès le départ, jouant le rôle de Sasuke pour mieux le berner et mieux profiter de son argent. Leur amour qu'il croyait réciproque n'était qu'un leurre. Le brun n'avait même pas hésité à suivre son mac quand celui-ci était venu le chercher. Le prostitué l'avait poignardé en plein cœur sans la moindre hésitation, le délaissant sans un regard en arrière.
Il y avait cru lui pourtant à cet amour, de toute son âme même. Pour se rendre compte qu'au final ce n'était qu'un feu de paille, une illusion. Tout bien réfléchi, Taka et Akira se ressemblaient beaucoup plus qu'il ne le pensait : tous deux n'étaient que des connards sans le moindre sentiment. Et pourtant, malgré tout, il ne pouvait cesser d'aimer Taka; malgré tout le mal qu'il lui avait fait, malgré sa trahison... il l'aimait toujours autant. Même s'il en souffrait...
Naruto soupira discrètement, essayant de chasser le brun de son esprit... mais en vain. Il n'arrivait pas à l'oublier, à tirer un trait sur cette histoire. Taka... Ses sourires, son rire proche du ricanement, son manque total de pudeur, ses réparties cinglantes, son émerveillement devant des choses qui pour lui étaient si anodines. Le jeune homme, qui avait piétiné sans ménagement ses sentiments, lui manquait terriblement... Et si leur histoire avait commencé, c'était justement parce que Taka ressemblait tant à ce qu'aurait pu être Sasuke s'il avait vécu.
Mais si Sasuke avait vécu... serait-il plus comme Taka, ou comme Akira ? Lequel des deux était Sasuke : Akira ou Taka ? Il était impossible que ce soit une coïncidence. Impossible. L'un des deux était forcément son ami disparu. Mais lequel ? Le riche connard qui avait lâché Ino comme une vieille chaussette après l'avoir tirée ? Ou l'enfoiré qui lui avait menti pour mieux lui faire les poches... Un reniflement bruyant le tira de ses pensées et Naruto répondit au sourire timide que lui lança Ino.
- Tiens, dit-il en tendant une boite de mouchoirs à son amie. Un trou du cul pareil ne mérite pas que tu pleures pour lui.
- Sniff... tu es gentil... Pourquoi je suis pas tombée amoureuse de toi ? renifla la blonde.
- Parce que sinon, chez qui tu viendrais te plaindre ? rétorqua le blond avec un sourire amusé.
Sakura et Ino rirent doucement, reconnaissantes envers leur ami de détendre ainsi l'atmosphère. Naruto se leva et déclara d'un ton enjoué :
- Allez les filles, choisissez nous un film. Un truc bien drôle, hein ! Et comme je suis adorable, j'accepte même que vous sortiez un truc bien guimauve.
Les deux jeunes filles se jetèrent sur les DVD de leur ami, pendant que celui-ci se dirigeait vers sa cuisine pour préparer un bon kit anti-déprime qui les réconforterait.
Après un long débat sur le choix du film, les trois jeunes gens se retrouvèrent assis sur le canapé devant " Very bad trip", chacun ayant entre les mains un énorme pot de glace. La table basse devant eux était recouverte de bouffe-spéciale-anti-déprime : bonbons, chocolats, chantilly, bière, sodas, petits gâteaux. Ensemble, ils oublièrent leurs soucis devant les tribulations des trois potes cherchant le futur marié à Las Vegas, riant de leurs mésaventures et se goinfrant de sucreries diverses et variées.
- Alors ?
- Toujours rien.
La réponse de Jûgo fit soupirer Suigetsu. Il aurait dû s'y attendre, mais malgré tout, il avait espoir. Taka avait mystérieusement disparu depuis quatre jours maintenant, et le jeune homme aux cheveux blancs s'inquiétait beaucoup. Que s'était-il passé ? Où était Taka ? Une main massive et forte se posa sur son épaule, attirant son attention sur Jûgo qui lui lança un regard compréhensif.
Lui aussi se faisait du souci, et Karin n'allait bientôt plus avoir un seul ongle à se ronger. Sans un mot, les deux jeunes gens, compagnons de galère du brun, pénétrèrent dans la piaule minable qui abritait les maigres affaires des colocataires y rejoignant leur amie rousse. Assise sur le matelas miteux et défoncé, la jeune fille fumait une clope tout en fixant d'un œil morne l'écran éteint de la télévision. Suigetsu se laissa tomber à ses côtés et passa un bras autour des épaules frêles de son amie.
- Allez, ma belle... arrête de t'inquiéter, souffla Suigetsu. Si ça se trouve, il s'est fait la malle avec son blondinet hyper riche, et il est en train de se dorer la pilule au soleil sur une île paradisiaque...
- Mais... Et s'il lui était arrivé quelque chose ? souffla la jeune fille.
- Mais non... Il était avec son Monsieur pâte de ramen, pourquoi tu voudrais qu'il lui soit arrivé quoi que ce soit ? A tous les coups, il a juste oublié qu'il devait revenir et est resté dans les bras de son amoureux.
Malgré son ton ferme et amusé, Suigetsu n'en pensait pas moins pour autant. Il doutait fortement que son ami ait pris la tangente sans leur avoir envoyé le moindre message pour les prévenir. Et même s'il s'efforçait de ne pas imaginer le pire, il ne pouvait s'empêcher de craindre que Taka ne soit mort quelque part dans cette ville tentaculaire. Mais hors de question d'exprimer ses craintes, et surtout les pires, à voix haute. Jûgo et Karin avaient tout autant conscience que lui des multiples dangers qui menaçaient le brun.
Tout pouvait arriver, ils le savaient parfaitement. Que ce soit l'Akatsuki qui ait mis son nez dans ses affaires, une overdose ou un client trop violent, les raisons de disparaître soudainement sans prévenir personne étaient nombreuses, bien trop nombreuses. Alors ils préféraient espérer que leur ami s'était envolé avec son amoureux, et qu'il se prélassait dans le luxe et l'oisiveté, loin, bien loin de ce bidonville sordide.
Suivant l'exemple de Suigetsu, Karin et Jûgo imaginèrent à voix haute la vie de rêve que devait mener Taka en compagnie de son blond-hyper-méga-super-riche. Ils le rêvèrent allongé sur une plage de sable blanc en train de siroter un cocktail aux couleurs chatoyantes, jouant au touriste dans des lieux mythiques tel que le Taj Mahal ou la Grande Muraille de Chine. Par leurs mots, Taka visita New-York, Paris, Rio; il fut tour à tour acteur, mannequin, pirate même... Mais certainement pas en plein guêpier ou voué à une mort certaine...
Oui, ils l'imaginèrent dans toutes sortes de situations, mais occultèrent volontairement celles plus réalistes où leur ami gisait, défoncé, la gueule dans le caniveau, aux portes de la mort. Ils voulaient croire qu'un avenir était possible, au moins pour lui, et qu'il n'avait pas disparu ainsi pour d'angoissantes raisons. Alors ils extrapolèrent, écrivant une fin heureuse pour cette histoire d'amour interdite entre un prostitué et son client, digne d'un livre de contes ou d'un bon film romantique.
Loin, bien loin des plages ensoleillées aux sables blancs, dans une cellule totalement obscure, Taka respirait lourdement. Toujours complètement nu et ses poignets enchaînés au dessus de sa tête, le prostitué gardait son visage baissé vers le sol, incapable de le relever tant son corps tout entier le faisait souffrir. Depuis combien de temps il était là ? Il n'en savait rien... La seule chose qu'il savait, c'était que son dernier fix remontait à loin, très loin... une éternité lui semblait-il.
Les effets du manque se faisaient cruellement et douloureusement sentir, se rajoutant aux maux de son corps et de son âme brisés. Lors de sa dernière visite, Sasori lui avait injecté sa blanche directement dans la jugulaire, noyant son esprit dans ce méandre brumeux qu'il connaissait si bien. Mais depuis, rien... rien de rien. Pas le moindre cacheton, pas la moindre poudre, pas même un joint... Rien. Son corps avait commencé à trembler de manière incontrôlable, faisant tinter les chaînes qui le retenaient prisonnier, des sueurs froides avaient couvert sa peau et une angoisse sourde et irrépressible étreignait son cœur dans un étau implacable.
Taka aurait tout donné, tout, pour obtenir un putain de fix... un seul ! Il avait même supplié misérablement ses bourreaux. Mais ceux-ci lui avaient ri au nez, le maltraitant d'avantage encore. Dans cet état, il était totalement incapable de s'évader comme il le faisait habituellement. Pas de ciel azuréen, pas d'envol possible, aucun. Et ses hurlements de souffrance n'avaient fait qu'exciter un peu plus ses tortionnaires. Il n'était plus rien, rien qu'un pauvre volatile sans aucune grâce ni liberté, aux ailes irrémédiablement brisées.
Chaque cellule de tout son être hurlait et le torturait, chaque organe, chaque muscle lui criait ce besoin impérieux d'avoir sa dose. Des milliers d'aiguilles le tiraillaient, le poinçonnant sans relâche. Chacun de ses muscles se crispait à se briser avant de se relâcher tout aussi brutalement. Il était agité de spasmes involontaires, ses mains devenant aussi crochues que celles d'une sorcière, tétanisées dans cette position pendant de longues, très longues minutes, la douleur se diffusant jusque dans ses épaules.
Un tic nerveux agita sa jambe qui se tendit brusquement devant lui, râpant sur le béton inégal alors qu'il était agenouillé au sol. Des crampes douloureuses vrillèrent l'intégralité du membre qu'il n'arrivait plus à contrôler, lui soutirant un cri inarticulé. Toutes ces souffrances s'ajoutaient, s'empilaient, sur les vestiges des tourments que les douze de l'Akatsuki lui avaient déjà fait subir. Il se replia comme il put vers l'avant, une vague de bile franchissant ses lèvres, se répandant sur le bitume et sur son torse agité par sa respiration souffreteuse.
Son estomac se contracta encore, mais cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus rien à vomir, la faim qui le tenaillait étant le cadet de ses soucis. L'odeur putride de moisissure, à cause de l'humidité de la pièce privée de toute lumière, dessécha sa gorge irritée. Il avait si soif... S'il l'avait pu, il aurait léché les murs suintants pour effacer les relents amers et pâteux qui engluaient sa bouche. Il renifla pitoyablement, son nez se mettant imperceptiblement à couler, ses yeux suivant le même mouvement et déversant à leur tour des larmes amères qu'il n'avait même pas demandées.
Ses intestins se tordirent subitement, et il tenta tant bien que mal de serrer ses cuisses et ses fesses. Des bruits disgracieux emplirent le silence sépulcral de son cachot et malgré tous ses efforts, il se vida sous lui en une diarrhée liquide et nauséabonde. Ses défécations souillèrent ses jambes, s'ajoutant à celles qui maculaient déjà l'endroit où il était immobilisé. Il frissonna, une vague de froid le saisissant de la tête aux pieds alors que quelques secondes auparavant il mourait de chaud.
Un nouveau reniflement pitoyable lui échappa et Taka grimaça, une violente migraine vrillant son cerveau qu'il n'était plus très sûr d'avoir encore. Si ça se trouvait, c'était ses neurones qui s'évadaient par son nez. Tous ses tourments physiques se répétaient sans cesse dans un cycle qui ne semblait pas avoir de fin. Il ne se rendit pas même compte du cri d'agonie rageuse qui lui échappa, se réverbérant en écho sur les murs, écorchant ses propres oreilles. Que lui restait-il de dignité humaine ? Plus grand chose. Et les douze grands qui lui rendaient régulièrement visite se repaissaient de sa déchéance, l'enfonçant encore plus bas...
Il serra étroitement ses paupières. Une silhouette floue se dessina peu à peu devant lui, en contre jour. Sous ses pupilles dilatées, ses contours s'éclaircirent petit à petit. Qui donc encore venait le visiter ? Il trembla d'angoisse malgré lui, incapable d'échapper à quiconque. Si c'était encore un membre de l'Akatsuki, il n'y survivrait pas, il n'y survivrait plus... Le cœur de Taka accéléra et la sueur qui le recouvrait s'épaissit. Sa peur suintait par tous les pores de sa peau.
Un petit garçon se planta devant lui, le toisant de son regard d'obsidienne. Vêtu d'un short blanc et d'un t-shirt bleu, le garçonnet aux cheveux d'ébène se pencha légèrement, un air hautain se peignant sur son petit visage. Taka se recroquevilla sur lui-même comme il put, mal à l'aise face à cette présence étrange dans un tel endroit.
- Tu n'es pas moi, lui lança l'enfant d'un ton sans appel, froid et détaché.
- Qui es-tu ? demanda Taka d'une voix qu'il ne reconnut pas comme la sienne tant elle était cassée et rocailleuse.
Le petit garçon haussa un sourcil méprisant, et Taka sut. Il sut, du plus profond de son âme, qui était là, face à lui : Sasuke... Le Sasuke de Naruto, celui qui était mort une dizaine d'années plus tôt. Ses tremblements s'intensifièrent alors que le gamin ouvrait la bouche pour l'accuser :
- Tu as pris ma place !
- Non... souffla douloureusement le prostitué. Non... Je n'ai pas...
- Si ! Naruto est mon ami, mon meilleur ami. C'est moi qui devrais être avec lui. Pas toi.
Voulant échapper à cette hallucination, Taka ouvrit brutalement les yeux. Mais la silhouette enfantine ne disparut pas, loin de là, elle ne lui apparut que plus clairement encore. Il voyait parfaitement les reflets bleus qui éclairaient la chevelure noire du garçonnet et la cicatrice, la même que la sienne, sur le sourcil.
- Tu es un voleur... Un menteur et un voleur. Tu as pris ma place !
- Non !
Ce fut un hurlement déchirant qui résonna dans la cellule obscure. Non ! Il n'avait pas voulu lui prendre sa place, il ne voulait pas être lui. Naruto savait qu'il n'était pas Sasuke !
- Tu as pris ma place et tu lui as fait du mal. Je me vengerai, tu sais...
Sasuke s'approcha de Taka, ses iris noirs tournant au rouge sang sous les yeux affolés du jeune prostitué. Il se recula le plus possible, se collant contre le mur derrière lui, tremblant d'angoisse.
- Pardon... Pardon...
Il ne pouvait dire que ça, encore et encore... Mais Sasuke se rapprocha de plus en plus, jusqu'à n'être qu'à quelques centimètres de lui.
- Tu n'es pas moi, déclara d'une voix froide et tranchante le petit garçon.
- Je sais... je sais... je suis désolé, supplia Taka, incapable d'échapper à son nouveau tourmenteur, bien plus redoutable que la dangereuse organisation car il poignardait sans vergogne son cœur amoureux à chacune de ses paroles claires et polaires. La culpabilité et l'angoisse de ne pouvoir échapper à des fantômes l'écrasèrent.
Soudain le visage enfantin mûrit, puis changea pour devenir celui de cet homme brun qui avait accompagné Madara lors de l'une de ses visites.
- Tu n'es pas mon frère.
Un frisson le parcourut à l'entente de ces mots accusateurs. Comme si c'était une sentence mortelle, un constat implacable qu'il aurait voulu contredire, mais sans pouvoir le faire.
Il le savait qu'il n'était pas le frère de cet homme. Il n'était le frère de personne. Pourtant, quand l'homme se redressa pour s'éloigner de lui, il ne put s'empêcher de vouloir le retenir.
- Attends...
Sa supplique fut entendue et la silhouette devant lui s'arrêta. Le dos musculeux engoncé dans une chemise sombre s'affina et lentement la silhouette se retourna. Ce n'était plus un homme qu'il avait devant lui, mais une femme. Une femme magnifique, aux longs cheveux raides et noirs, et aux grands yeux de cette même couleur profonde et insondable.
Son cœur rata un battement, peut-être même deux. Il déglutit, avalant difficilement sa salive, sa gorge nouée par une émotion sans borne. Ses yeux se remirent à pleurer, et de profonds sanglots le secouèrent.
- Ma... Maman... murmura-t-il d'une voix presque inaudible.
La femme lui adressa un doux sourire chaleureux avant de se rapprocher de lui. Elle s'agenouilla devant lui et posa une main accorte et caressante sur sa joue sans le quitter des yeux.
L'émotion qui lui étreignait la gorge s'intensifia plus encore et il répondit au sourire de cette femme... sa mère, il en était certain, tout son être le lui criait... La jeune femme ouvrit la bouche et les mots qui franchirent ses lèvres le brisèrent aussi sûrement que ce que lui avaient fait subir les douze grands de l'Akatsuki.
- Jamais mon fils ne serait tombé aussi bas, assena-t-elle avec sa douce assurance.
Taka hurla son désespoir alors que la silhouette s'estompait sans qu'il puisse rien faire pour la retenir, tout son être déchiré par ces quelques mots. Le silence reprit ses droits dans la cellule, seule resta audible sa respiration hiératique et les sanglots de détresse qui lui échappaient.
Combien de temps allait-il tenir ? Combien de temps encore avant que la mort elle-même ne vienne le chercher ? A moins que son amie intime, la folie, ne finisse par le dévorer en premier.
- Et bien, et bien Blanche-neige... Ton prince charmant n'est pas là pour te sauver. Il ne viendra pas sur son cheval blanc pour sauver sa princesse en détresse. Tu es loin d'être aussi pur et innocent, n'est-ce pas ?
La voix railleuse d'Hidan résonna devant lui, mais Taka n'avait même plus la force de relever la tête. Que le mac fasse ce qu'il voulait... Après tout, il n'était rien d'autre qu'un vulgaire jouet entre ses mains.
Les santiags parfaitement reconnaissables entrèrent dans son champ de vision et Hidan lui ordonna :
- Regarde-moi quand je te parle !
Taka resta sourd à son ordre, ne bougeant pas d'un pouce.
- Regarde-moi, raclure ! Regarde-moi !
Une main lui saisit le menton, l'obligeant à relever ses yeux qui tombèrent directement dans deux iris bleus comme un ciel d'été.
- Regarde-moi... Taka... le supplia doucement Naruto.
- Naru... to, souffla Taka, surpris.
- Regarde dans quel état tu t'es mis. Heureusement que je t'avais dit de faire attention à toi, hein !
Naruto le fixait sans animosité, un doux sourire aux lèvres. Taka renifla bruyamment, maudissant son nez et ses yeux qui ne cessaient de couler.
- Pourquoi t'es là ? S'ils te trouvent...
- Ils m'ont déjà trouvé... Souviens-toi, répondit le blond, son regard devenant infiniment triste. Et tu es parti avec eux... Tu m'as abandonné.
S'il l'avait pu, Taka se serait jeté au cou de son beau blond bizarre. Mais enchaîné comme il l'était il ne put que plonger ses orbes sombres et humides de larmes dans les yeux de son amoureux.
- Je n'avais pas le choix... Ils t'auraient fait du mal... Je suis désolé...
- On a toujours le choix, coupa Naruto. Je t'ai promis de t'aider. Je t'aime, tu sais... Et toi... toi...
Ses yeux bleus se durcirent et virèrent à l'orange, le jeune blond s'éloigna de lui, assenant d'une voix calme et cinglante, où perçait la blessure qu'il lui avait infligée.
- Mais toi... Tu m'as trahi !
- Non... Naruto... Attend... Non... Reviens...
Mais la silhouette de celui qu'il aimait s'éloigna de plus en plus et Taka craqua finalement, hurlant sa détresse en une dernière supplique :
- Naruto ! Reviens...
Naruto disparut et un rire démentiel retentit entre les murs de sa prison. Taka se laissa aller à cette folie qui le rongeait un peu plus à chaque instant, sombrant dans la noirceur qui l'entourait. Son rire fou, teinté de désespoir, résonna longtemps dans le couloir qui desservait la pièce où il était enfermé, faisant frissonner d'effroi les occupants des autres cellules. Sa dernière pensée cohérente fut qu'il allait mourir ici, dans cette pièce miteuse, oublié de tous et aux mains des dirigeants tortionnaires de la dangereuse organisation. Cette cellule serait son tombeau.
To be continued...
Commentaires des auteures :
Taka souffre... on sait, mais c'est nécessaire... si, si ! Promis ! Bon on l'abandonne dans un sale état... Pas sûr qu'il survive ce pauvre Taka. Enfin bon, les choses se compliquent pour tout le monde... Mais l'histoire avance, pour notre plus grand bonheur puisque notre squelette se réduit.
Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :
Yzan console Lili qui pleure à chaudes larmes, sous le regard surpris de Taka et Sasu.
- Tu vois, elle n'est pas si méchante que ça... elle pleure parce que je souffre, dit tranquillement Taka.
- N'en sois pas si sûr, rétorque Sasu.
S'approchant, Sasu interroge les deux auteures :
- Euh... Pourquoi Lili pleure ?
- C'est à cause de Grey, explique Yzan.
Devant l'air dubitatif des deux bruns, la fanfickeuse rajoute :
- Il a failli mourir dans Fairy Tail et juste avant il a dit à Juvia qu'il avait quelque chose à lui dire...
- Et ?
- Ben, si ça se trouve, il va lui déclarer sa flamme... et Lili, elle veut pas !
- Grey ! Non ! Fais pas ça ! Sniff ! Bouhou !
Sasu regarde Taka qui boude, et ricane :
- Tu vois, elle s'en fout que tu souffres... Elle s'inquiète des amours de quelqu'un d'autre...
Grey qui passait par là, tapote gentiment l'épaule de Lili et dit aux lecteurs :
- Allez une petite review pour la consoler, la pauvre...
Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 19: Les pièces du puzzle commencent à se mettre en place.
Quel sort attend Taka aux mains des douze grands de l'organisation criminelle ? La mort et la folie rodent, retrouvera-t-il son trottoir ou bien son corps sera-til enterré ? Les fils de son avenir se dénouent…
