Aaah j'ai encore raté un dimanche ! Je suis tellement déphasée en ce moment, c'est assez terrible. Voici donc le nouveau chapitre qui conclue une année. Un chapitre de transition, donc. Merci à tou(te)s mes rewieve(ur)s(es) et bonne lecture à tous !


Résumé de l'épisode précédent : Aider des licornes peut avoir du bon. C'est ainsi que son amie équine vient prévenir Stan que quelqu'un souhaite le voir. Ce quelqu'un s'avère être l'évadée d'Azkaban et Al'Najin y voit immédiatement son intérêt, n'hésitant pas à passer un pacte avec la dangereuse sorcière.


Lorsqu'il vint s'asseoir au repas de midi, le lendemain, dans la Grande Salle, les murmures le suivirent sans qu'il n'y prête attention. Cela le dérangeait cependant – il avait tenté de ne pas attirer l'attention hors de ses performances académiques mais Hermione ne l'avait pas aidé en répandant partout l'histoire du Basilic. Plus la licorne qui était venu le chercher… son anonymat était définitivement fichu.

Il resta un moment songeur. Peut-être était-il temps qu'il ne se conforme un peu plus à leur image du Garçon-Qui-Avait-Survécu. Il n'aimait pas cela, préférant l'ombre et le silence, mais commençait à ne plus avoir réellement le choix.

Et son peu de choix s'évanouit quand le festin de fin d'année arriva. Serpentard était en tête grâce à son écrasante supériorité au Quidditch. Poufsouffle et Gryffondor étaient en second et troisième, notamment grâce à la manie de Flitwick et McGonagall de leur décerner les points par série de cinquante quand Hermione ou lui pratiquaient un nouveau sort de sixième ou septième année à la perfection. Serdaigle faisait plutôt triste mine. Dumbledore se leva néanmoins au début du festin, un large sourire sur les lèvres.

"Une nouvelle année s'achève à Poudlard" annonça-t-il. "Je tiens à féliciter Serpentard d'avoir gagné la Coupe des Quatre Maisons cependant…"

Un tonnerre d'applaudissements lui répondit mais il leva sa main, ramenant le silence.

"Cependant je crains que quelques points de dernière minute ne doivent être distribués. L'école a connu de bien sinistres événements mais tout s'est merveilleusement bien terminé. Miss Granger, Messieurs Diggory et Mallory, veuillez vous lever s'il vous plaît."

Un silence religieux s'était abattu sur la salle et Stan jeta un regard à Cédric, avant de se lever avec un soupir.

"Beaucoup de rumeurs ont couru sur la Chambre des Secrets" rajouta Dumbledore. "Afin d'officialiser tout cela, j'annonce d'ores et déjà que ces trois jeunes gens reçoivent aujourd'hui une médaille pour services exceptionnels rendus à Poudlard. Celle-ci sera visible dès demain dans la Salle des Trophées."

Des applaudissements polis lui répondirent mais le directeur n'en avait pas fini.

"Cela mérite cependant une autre petite récompense. Pour avoir été capable de plonger la Chambre des Secrets dans son entièreté dans l'obscurité la plus totale, réduisant à néant la vision mortelle d'un Basilic, et pour avoir sauvé son camarade du venin du même Basilic, j'accorde à miss Granger et à Gryffondor cinquante points."

Un tonnerre d'applaudissements se fit entendre à la table de Gryffondor. Hermione rougit vivement – elle n'avait jamais été très populaire parmi sa maison.

"Pour avoir protégé sa jeune camarade de puissants maléfices et avoir plongé la Chambre des Secrets dans l'obscurité, j'accorde à Mr Diggory et Poufsouffle trente points."

A nouveau, un tonnerre d'applaudissements se fit entendre. Poufsouffle se rapprochait grandement de Serpentard et tous supposaient que le tour du jeune Stan Mallory suivrait.

"Enfin" conclut Dumbledore "pour avoir affronté et tué un Basilic au sommet de sa force, j'accorde à Mr Mallory et Poufsouffle soixante-dix points."

L'injustice flagrante de la chose frappa immédiatement Stan. Les gens ne s'en rendaient pas compte, applaudissant frénétiquement. Cédric et Hermione se rassirent, rouges de gêne et de confusion, mais il ne bougea pas. Eh bien, Pousfouffle était la maison de la loyauté, n'est-ce pas ? Ce ne serait pas étonnant qu'un parfait petit héros ne proteste à cela.

"Oui, Mr Mallory ?" s'enquit Dumbledore. "Vous souhaitez ajouter quelque chose ?"

"Hm, hm" acquiesça-t-il avec un hochement de tête, et un silence absolu s'abattit immédiatement.

Il n'était pas courant que Stan Mallory ne prenne la parole en public. Pourtant le jeune homme était parfaitement calme, ses mains croisées dans son dos.

"Je n'ai pas l'impression que cette répartition soit très juste" commença le jeune homme.

Dumbledore eut l'air d'un grand-père amusé par un caprice de son enfant et lui fit un large sourire bienveillant.

"Pourquoi ne suggéreriez-vous pas votre idée, alors, et nous verrons ce que nous pouvons faire ?"

Stan prit le temps de réfléchir un moment.

"Hermione Granger a découvert que la Chambre des Secrets contenait un Basilic" énonça-t-il avec calme. "Elle a indiqué les faiblesses de ce serpent et ses forces majeures, ainsi que le moyen de contourner cela. Avec Cédric, ils se sont procurés l'antidote au venin, je ne sais pas où, mais j'en suis plutôt heureux. Une fois dans la Chambre proprement dite, elle a maintenu avec Cédric la pièce dans l'obscurité plus de dix minutes. Enfin, c'est elle qui a détruit un artefact de magie noire créé par Voldemort lui-même, au prix d'un sortilège de magie noire qui a disloqué son épaule – heureusement que Poudlard abrite Mrs Pomfresh."

Quelques rires discrets se firent entendre malgré la gravité du sujet.

"Cela mérite bien cent points" fit-il sur un ton méditatif, presque rêveur. "Après tout, si nous y étions allés sans savoir qu'il s'agissait d'un Basilic et sans l'antidote, il y aurait eu bien plus de morts."

Personne ne l'interrompit et il se tourna vers Cédric.

"Cédric est celui qui a eu le réflexe intelligent de chercher n'importe quel adulte dans Poudlard sûrement plus compétent que nous" fit-il sur un ton tranquille. "C'est également lui qui, si je ne m'abuse, a brisé les protections autour de l'antidote. Dans la Chambre, alors même qu'il venait de maintenir un sortilège d'obscurité pendant dix minutes, il a fait face à Voldemort en personne et a bloqué ses sortilèges pour protéger Hermione. Ses boucliers ont tenu face à Voldemort pendant des minutes incroyablement longues et tout le monde ici sait, malheureusement, à quel point c'est chose difficile que de résister dix secondes à ce monstre. Cela également mérite cent points."

A nouveau, un long silence retomba et Stan eut un sourire malicieux.

"Je propose également de décerner des points à Mrs Pomfresh pour avoir requinqué tout ce monde. Et à Fumseck parce que sincèrement, c'est lui qui a fait le plus gros du travail. Il a crevé les yeux du Basilic et il m'a donné le Choixpeau, qui a décidé tout seul de me donner une épée qui a décidé toute seule qu'elle serait très bien logée dans la gueule d'un Basilic. A part ça, sincèrement, j'ai juste couru et sauté dans tous les sens pour éviter les coups. Pas très glorieux, hm ? Allez, disons vingt points pour savoir courir vite."

Des rires nerveux lui répondirent, ne sachant pas s'il fallait le prendre au sérieux. Dumbledore le regardait par-dessus ses lunettes, les yeux pétillants. Les élèves les plus calculateurs étaient déjà en train de vérifier qui gagnerait la Coupe des Quatre Maisons avec cela.

"Ce sera tout, Mr Mallory ?" s'enquit-il avec amusement. "Et êtes-vous certain de votre répartition ?"

"Tout à fait" acquiesça-t-il sagement. "Ah, non, je me disais bien que j'ai oublié quelqu'un !"

A nouveau, il se tourna vers la table de Gryffondor jusqu'à trouver la tête rousse.

"Ginevra Weasley" appela-t-il "pour avoir empêché Lockhart de nous effacer à tous les quatre la mémoire et de prétendre qu'il avait lui-même tué le Basilic et nous avait sauvé, alors que nous ne l'avons vu arriver que quand nous étions déjà presque de retour dans le château même, j'aimerai beaucoup vous voir attribuer dix points !"

Il y eut un petit moment de silence stupéfait, puis tout le monde se mit à parler. L'anecdote n'avait pas été connue, on savait juste que Lockhart avait arrêté de dispenser ses cours ensuite. Il fit un innocent sourire à Severus Rogue qui le foudroyait du regard, l'air sur le point de l'étriper. La scène n'échappa pas à tout le monde. Dumbledore pourtant riait doucement et finit par acquiescer.

"Entendu, Mr Mallory. J'accepte cette répartition des points pour les événements de la Chambre des Secrets. Ce qui signifie…"

Il claqua dans ses mains, faisant changer les tentures de la salle.

"Pour la première fois depuis quatre-vingt-sept ans" annonça-t-il joyeusement "deux Maisons remportent la coupe ! Félicitations à Poufsouffle et Gryffondor !"

Tout le monde applaudit dans la salle en dehors des Serpentard. Stan se rassit tranquillement. Bien, maintenant l'attention était détournée de lui – et, effectivement, les gens se jetaient sur Cédric, voulaient tout savoir des boucliers qu'il avait employé face au Seigneur des Ténèbres en personne. Hermione aussi était prise d'assaut et Stan prit tranquillement une gorgée dans son verre. Vraiment pratique, d'emmener des personnes qui pouvaient attirer toute l'attention ensuite. Brillante idée. Et en prime on parlait de sa noblesse de cœur et de son immense loyauté, de grandes qualités donc.

A vrai dire, il songeait plus à l'apprentissage qui l'attendait en compagnie de Bellatrix Lestranges. Si du moins Slade et elle ne s'étaient pas entretués – le premier méprisait les sorciers et la seconde était convaincue de la supériorité Sang-Pure. Peut-être n'aurait-il pas dû envoyer Bellatrix au manoir mais dans une planque secondaire…

Le voyage du retour se déroula bien, dans un silence relatif. McGonagall ne lui avait laissé comme seules instructions pour son Animagus que de continuer de méditer, sans tenter de métamorphose même s'il trouvait son animal. Elle semblait convaincue qu'il le ferait rapidement et il lui avait promis de ne pas tenter la chose seul. Au vu du danger, il comptait bien tenir sa promesse.

Sans compter que son été serait probablement très chargé, comme il le comprit en voyant Sarab l'attendre sur le quai. Le japonais prit sa valise et ils se mirent en route, rejoignant la voiture noire qui les attendait avant de partir pour le manoir. Le trajet s'écoula en silence et Al'Najin en franchit le seuil avec méfiance. Il posa immédiatement la main sur la garde de son koto alors que le sol vibrait légèrement, comme une onde de choc.

"Ne vous en faites pas" fit la voix ironique de Sarab dans son dos après qu'il n'ait refermé la porte "je crois que vos deux invités s'entraînent encore ensemble."

"S'entraîner ?" répéta Al'Najin, sceptique.

Il laissa sa valise dans le couloir et rejoignit néanmoins la salle d'entraînement, ouvrant prudemment la porte. Ses yeux s'écarquillèrent de stupeur.

Bellatrix Lestrange n'était vêtue que d'une robe lui laissant une grande liberté de mouvement. Nulle arme en dehors de la baguette entre ses doigts. Les sorts partaient à une vitesse à peine discernable, elle avait un sourire empli de sauvagerie sur les lèvres. La magie crépitait littéralement autour d'elle, faisant flotter ses cheveux ondulés à nouveau propres et d'un noir d'encre. Le sol même s'affaissait sous ses pieds, se fendillant, l'oxygène se raréfiait dans son aura électrique. Ses mouvements étaient incroyablement vifs et gracieux, ses pieds ne semblaient même pas réellement toucher le sol – et, effectivement, la magie la faisait partiellement flotter dans les airs, lui permettant de voler à une vitesse foudroyante.

Slade Wilson cependant n'était pas en reste. Il était revêtu de son armure et portait toutes ses armes, incluant ses réelles épées. Le déluge de sorts ne semblait pas pouvoir le toucher et il avait un rictus sur ses lèvres. Son œil unique ne quittait pas la sorcière alors qu'il semblait anticiper et neutraliser toutes les attaques, ses armes percutant régulièrement les boucliers de la sorcière avec une immense violence. Al'Najin s'assit tranquillement sur le seuil de la porte, observant le fascinant duel.

L'une n'avait que sa magie, l'autre n'avait que ses armes. Et pourtant aucun ne semblait prendre d'ascendant définitif. Ils ne se battaient pas pour tuer, Al'Najin le sentait – il l'avait après tout interdit à Bellatrix – mais le combat était d'une violence effroyable et ils étaient tous les deux blessés à de nombreux endroits. Aucun d'eux ne parlait, seul le rire de Bellatrix parcourait parfois la salle. Elle semblait incroyablement libre ainsi, paraissant rajeunie de dix ans par rapport à leur précédente rencontre. Elle avait de toute évidence reprit du poids et de l'énergie.

Puis, tout d'un coup, ce fut fini. Slade était dans le dos de Bellatrix, l'enserrant d'un bras et la pointe de son couteau sur sa gorge blanche. Elle avait sa baguette enfoncée dans son plexus solaire et deux doigts crépitant de magie sur sa tempe, du côté de son œil aveugle. Alors Al'Najin prit le temps d'examiner la salle d'entraînement.

Les murs étaient parsemés d'impacts – de sorts ou de balles sans distinction. Le sol était lézardé par endroits, brûlé à d'autres. Les présentoirs des armes d'entraînement n'existaient plus vraiment, visiblement utilisés comme projectiles occasionnels. Les yeux de l'assassin se plissèrent en voyant le nombre de douilles au sol et même un objet ovale qu'il identifia immédiatement. Est-ce que Wilson avait sérieusement utilisé une grenade dans un espace aussi fermé ?

"Salut, gamin" fit la voix rauque du mercenaire sans qu'il ne bouge de sa position. "Le spectacle était intéressant ?"

"Fascinant" répondit-il sincèrement. "Comment vas-tu, Bellatrix ?"

"Bien" rit-elle avec légèreté, indifférente à la lame pressée contre sa gorge. "Ton, hm, père a été assez aimable pour m'aider à retrouver la forme après que nous ne soyons allés me chercher une baguette."

"Je vois ça" répondit-il avec sarcasme. "Ravi de voir que vous vous entendez bien."

Le sarcasme dégoulinait littéralement de sa voix et pourtant deux rires lui répondirent. Celui de Bellatrix était étrangement chantant comparé à l'aboiement rauque qui servait à Slade à exprimer son amusement. Al'Najin se releva, époussetant sa robe.

"Content de savoir que vous ne vous êtes pas entretués."

"On a essayé" reconnut Slade "mais c'était plus amusant de ne pas le faire."

Bien sûr. Qui d'autre qu'un mercenaire psychopathe et une ex-Mangemort toute aussi cinglée trouveraient amusant de se lancer des sorts mortels et de se tirer dessus en détruisant soigneusement leur salle d'entraînement ? Bellatrix pourtant était en train de soigner ses plaies, une par une, et sortit deux balles de son corps. Elle prononça ensuite quelques contresorts en direction du mercenaire et Al'Najin leva un sourcil. Slade avait été sous l'emprise de plusieurs sorts de douleurs et n'avait même pas semblé moufter, ne ralentissant aucunement ses mouvements. Al'Najin était très tolérant à la douleur mais visiblement il était surpassé dans ce domaine par quelqu'un d'autre, encore une fois.

Il se releva et s'éloigna, leur tournant le dos en retenant un léger grognement de frustration. Il n'avait su égaler aucun de ses professeurs. Quel que soit le domaine, il était toujours surpassé. Certes, il n'avait que douze ans, presque treize, mais pour certains, il étudiait depuis des années. Slade par exemple avait affiné son escrime, mais il apprenait à tenir une lame depuis ses sept ans. Et pourtant le mercenaire restait bien loin au-dessus de lui.

Les deux adultes le suivirent du regard et Bellatrix leva un sourcil en regardant son vis-à-vis.

"Il est toujours aussi grincheux ?"

"Il fait partie de la Ligue des Assassins" répondit Slade avec un haussement d'épaules. "Une mauvaise chose à mon sens, mais rien que je ne puisse changer – excepté en lui apprenant à survivre. C'est un véritable guerrier."

Un profond soupir lui répondit et la sorcière fit jaillir sa baguette.

"Reviens immédiatement ici !" tonna-t-elle d'une voix vibrante de magie qui fit trembler les murs. "Personne ne me tourne le dos !"

Deux sorts violets fusèrent. Al'Najin s'arrêta dans le couloir avant de pivoter à toute vitesse, sa main sur une épée invisible. Les sorts s'arrêtèrent sur la lame, percutant les deux murs ici. Bellatrix était en garde, sa baguette levée à droite de son visage, pointée vers lui.

"Ici" ordonna-t-elle en désignant leur salle.

"Pourquoi ?" demanda-t-il sans bouger.

"Tu m'as demandé de t'enseigner, Al'Najin" répondit-elle avec un sourire mauvais "et l'heure de ta première leçon a sonné."

"Qui est ?" demanda-t-il en affichant une mine ennuyée.

"Sais-tu ce qu'est le paradoxe de Mordred ?"

Il resta silencieux un moment, réfléchissant. Il était certain d'avoir déjà entendu l'expression et il finit par acquiescer. Lorsqu'il s'était rendu chez les Flamel avec Ra's al'Ghul, Nicolas avait affirmé que Voldemort était à la limite de ce paradoxe avec Dumbledore, soit environ une fois et demi sa puissance. Il n'avait eu aucune idée de ce que cela signifiait à l'époque et n'avait jamais eu l'occasion de pousser ses recherches en ce sens. La plupart des savoirs des Flamel n'étaient pas enseignés à Poudlard.

"J'ai entendu le mot" reconnut-il finalement. "De quoi s'agit-il ?"

"Du nécessaire à tout sorcier pour rester en vie" répondit Bellatrix, désignant l'intérieur de la pièce d'un infime mouvement de sa baguette. "Et au vu de ton placement et de ton conflit avec le Seigneur des Ténèbres, c'est un miracle que tu n'en sois pas encore mort. Je suis certaine que tu as déjà essayé d'affronter un sorcier plus fort que toi."

Il cilla en se souvenant du maléfice qui avait brisé toutes ses côtes avec un seul fichu sort. Le sourire de Bellatrix se fit goguenard et il reprit lentement le chemin de la salle d'entraînement. Slade voulut refermer la porte derrière eux trois mais il s'arrêta lorsque la baguette de Bellatrix se posa sur sa poitrine.

"Non, Slade" fit-elle de sa voix chantante. "Tu es certainement le moldu le plus fascinant que je n'ai rencontré de ma vie et encore plus certainement le plus puissant, mais j'ai juré sur ma vie à Al'Najin que je ne tenterai jamais de le tuer, ne dévoilerai pas ses secrets ni le contenu de l'apprentissage que je lui dispenserai. A personne."

Un grognement très mécontent lui répondit mais elle ne bougea pas, fixant son œil unique sans crainte. Ils étaient écoutés et encore plus probablement observés par la Ligue.

La Ligue et son seigneur n'appréciaient que très modérément l'influence que Slade Wilson exerçait sur son jeune membre. Nyssa ne disait rien mais il le voyait parfaitement dans le regard des serviteurs du manoir. Al'Najin ne s'en rendait pas compte. Il était habitué à avoir en permanence des membres de la Ligue dans les environs et c'étaient les seules personnes dont il ne se méfiait pas. Ce qui, pour les deux guerriers extérieurs à la Ligue, était une terrible erreur.

Tous deux savaient que la trahison pouvait venir de n'importe où, à n'importe quel moment. Que se croire indispensable à qui ou quoi que ce soit n'était pas une protection. Ils ne pouvaient pas l'expliquer au jeune homme. Certaines choses ne s'expliquaient pas sans se vivre. Les gens puissants comme eux étaient craints et enviés à la fois et ils avaient un nombre incalculable d'ennemis.

Mais ils pouvaient certainement s'assurer que le gosse aurait les armes nécessaires à sa survie. Parce qu'eux deux ne craignaient pas le gamin. Bellatrix à cause de son serment – il était à double sens et Al'Najin le rendrait nul et non avenu s'il attentait à sa vie. Slade parce qu'il avait entraîné le gosse et l'avait touché plus que n'importe qui d'autre. Parce qu'il était le seul à avoir pu le porter dans ses bras alors qu'il était presque inconscient, sur le trajet entre l'infirmerie et la Chambre des Secrets. Même Nyssa n'aurait pas pu le soulever. Leur lien était unique, forgé dans la rage surnaturelle qu'ils partageaient tous les deux.

L'un des pistolets de Slade jaillit et huit détonations retentirent, faisant exploser caméras et micros avant qu'il ne claque la porte dans son dos. Son œil fixa Bellatrix, glacial.

"Traite-moi encore une seule fois de moldu et je te tue" gronda-t-il.

Elle avait toujours sa baguette au milieu de sa poitrine mais il avait son pistolet braqué sur sa tempe. Ils se fixèrent droit dans les yeux, sans aucune crainte de l'autre. L'ambiance était électrique, crépitant presque autour d'eux. Al'Najin n'intervint pas, observant les interactions entre les deux. Il ne savait pas ce qu'il s'était passé exactement entre eux pendant les deux derniers mois qu'il avait passé à Poudlard mais aucun ne cédait devant l'autre et pourtant ils ne tentaient pas de tuer l'autre.

Observant leurs visages, se remémorant leurs paroles, il comprit. Aussi dérisoire que cela puisse paraître, ils se respectaient. C'était chose étrange au vu du mépris de Slade envers les idiots sous-estimant les armes moldues et de l'idéologie Sang-Pure de Bellatrix Lestranges, mais c'était néanmoins le cas. Ils se fixaient dans les yeux avec respect et méfiance, sachant ce que pouvait faire l'autre. Sachant qu'ils étaient égaux. Ils avaient probablement dû s'affronter chaque jour pendant ces deux mois pour être d'accord sur la conclusion : ils étaient de la même force, bien que de manière totalement différente.

Et ils respectaient trop le pouvoir tous les deux pour ignorer leurs propres conclusions.

"Je ne te laisserai pas le mettre en danger" siffla Bellatrix. "Je ne connais pas tes allégeances et tes pensées."

Son côté possessif se réveilla en une fraction de seconde, faisant apparaître un rictus sur son visage. Al'Najin était son élève et il lui enseignait à maîtriser sa rage et son pouvoir.

"Je suis mon propre maître" claqua-t-il avec mépris. "Personne ne me contraint sans que je ne le tue."

Ils n'avaient toujours pas bougé, continuant de menacer la vie de l'autre. Ses yeux se plissèrent.

"Gamin" gronda-t-il "je veux du silence."

Al'Najin bougea enfin, sortant sa propre baguette. Il s'était plaint à Flitwick de gens qui l'empêchaient de se concentrer avec le bruit. Le petit professeur n'avait eu aucun mal à lui désigner les livres parlant des enchantements de confidentialité et l'avait aidé à les pratiquer ensuite. En moins de cinq minutes, il eut tissé une complexe toile de magie autour d'eux, excluant tout objet inanimé – juste au cas où un micro traînerait. Alors, lentement, très lentement, les deux baissèrent leurs armes.

"Bel enchantement" fit Bellatrix d'un ton étrangement joyeux. "Maintenant, Wilson, dit donc ce que tu voulais dire qu'il nécessite un sort de silence."

Slade se pencha jusqu'à être à la hauteur du visage du jeune assassin, le regardant dans les yeux.

"Gamin" commença-t-il "tu ne peux croire personne. Ni elle, ni moi, ni la Ligue, ni les amis que tu t'es fait à Poudlard – nie-le, mais je sais que tu apprécies leur compagnie. Tu ne peux pas. Tu es puissant, tu le comprends ? Ta force va être utilisée puis on s'en débarrassera et toi avec."

"Qu'est-ce que tu sais de la Ligue ?" demanda Al'Najin avec dédain.

"Que Ra's al'Ghul la dirige depuis six cents ans et qu'il est totalement stupide de croire que personne n'a eu le potentiel de le détrôner entretemps."

Le silence lui répondit et il sut qu'il avait fait mouche. Pourtant les lèvres de l'assassin se plissèrent.

"Je ne suis pas si puissant. Il n'y a aucun domaine dans lequel je surpasse les autres, pas même la magie brute. Oui, j'en ai beaucoup, mais nettement moins que Voldemort ou Dumbledore. Ou elle. Ou même McGonagall."

Les lèvres du mercenaire se serrèrent étroitement. Voilà pourquoi le jeune homme avait eu une telle expression en les voyant combattre. Parce qu'il sentait qu'il ne serait jamais un aussi grand épéiste que Slade, ni un sorcier aussi puissant que Bellatrix. La sorcière rit cependant.

"Veux-tu que je t'explique ta réelle puissance ?" proposa-t-elle, une lueur de folie dans le regard.

"Eh bien" fit lentement Al'Najin en détachant les syllabes, regardant Slade "si je ne dois faire confiance à personne, ce serait bon que tu partes, non ?"

"Il l'a déjà comprise" ricana Bellatrix.

Le mercenaire poussa un grognement agacé avant de faire un geste de la main comme pour chasser une mouche invisible.

"Comment ça marche toute votre merde de serments ?"

"Facile" fit Bellatrix avec un gloussement "tu jures et si tu ne respectes pas, tu meurs. Ça marche sans magie, bien qu'aucun sorcier n'ait jamais pensé à enchaîner un sans-pouvoir je pense. C'est un sortilège d'âme, pas de la magie à proprement parler."

"Alors n'importe qui pourrait jurer n'importe quoi à n'importe qui d'autre ?" vérifia-t-il.

"Eh bien, s'ils ont un Enchaîneur qui est un sorcier, oui" acquiesça Bellatrix. "Si tu veux, la magie permet de créer le lien entre les âmes, mais tout le monde a une âme, magie ou pas."

Elle se tapota la joue.

"Le Seigneur des Ténèbres disaient que les moldus n'avaient pas d'âme et que c'était pour ça qu'il fallait les tuer."

"Tu savais qu'il était Sang-Mêlé ?" demanda Al'Najin.

Un silence stupéfait lui répondit.

"Pardon ?"

"Son véritable nom est Tom Elvis Jedusor. Il est le fils d'une Sang-Pure et d'un pur moldu, mais ne dévions pas du sujet initial."

Son regard s'était reposé sur Slade et le mercenaire grogna.

"Jure-moi que tu ne révéleras pas mes secrets ni n'agira à mon encontre et je ferai de même" proposa-t-il finalement de mauvaise grâce.

Le silence lui répondit. La Ligue n'approuverait jamais cela. Elle se gardait l'option d'éliminer Slade Wilson s'il se faisait trop opposé à eux. Ra's al'Ghul le lui interdirait si jamais il présentait l'idée.

Mais, pour la première fois de sa vie, il eut envie d'accepter malgré tout. Slade avait toujours eu une relation particulière avec lui. Depuis le jour, dans cette cave obscure de Russie, où il l'avait poussé dans ses derniers retranchements, avait feint de tenter de le tuer pour faire rejaillir sa colère et lui apprendre à la contrôler. Ce n'était pas la Ligue qui avait suggéré que Slade ne se fasse passer pour son père. Cela avait été son idée. Et le mercenaire s'était acquitté du rôle à la perfection, endormant la méfiance de McGonagall, agissant comme un père souvent en vadrouille mais aimant malgré tout ses enfants.

Lentement, très lentement, il leva sa main droite, fixant toujours l'œil unique. C'était une décision à double sens. Il serait autant incapable de blesser Slade que Slade le serait pour lui. Le mercenaire prit néanmoins sa main et Bellatrix corrigea leur position à petits coups de baguette, plaçant leurs paumes l'une contre l'autre en ne laissant que leurs pouces enlacés, le reste de leurs doigts tenant le poignet de l'autre.

"Vous êtes sûrs ?" demanda-t-elle avec un amusement parfaitement perceptible.

"Oui" répondirent-ils en même temps.

Elle fit tournoyer sa baguette en réponse et une fine chaîne de flammes en jaillit, glissant autour de leurs pouces, puis de leurs poignets.

"Slade Wilson, jures-tu de ne jamais trahir les secrets d'Al'Najin ni d'agir à son encontre ?"

"Je le jure" répondit-il sans quitter Al'Najin du regard.

"Al'Najin, jures-tu de ne jamais trahir les secrets de Slade Wilson ni d'agir à son encontre ?"

"Je le jure" répondit l'assassin, lui aussi parfaitement immobile.

La chaîne se resserra, s'enfonçant dans leurs chaires, et Bellatrix posa sa baguette dessus.

"Enchaîneur de votre serment, moi et la magie en prenons note. Nous jurons de ne jamais révéler la promesse faite en notre présence. Dont acte."

La chaîne remonta le long de sa baguette et sur sa main, puis s'évanouit soudainement, ne laissant aucune trace. Les deux hommes se regardaient toujours fixement et Slade se redressa finalement, rangeant totalement son pistolet le long de sa cuisse.

"Peut-être pouvons-nous maintenant passer aux choses sérieuses ?"

Bellatrix eut un sinistre sourire.

"Les choses sérieuses. Le Paradoxe de Mordred."

Al'Najin se tut, regardant la sorcière qui avait rangé sa baguette le long de son avant-bras. C'était incroyable comme l'instrument semblait vivant entre les mains de Bellatrix, frémissant et sautillant seul. Al'Najin n'aurait pas été surpris de le voir lancer un sortilège sans Bellatrix à côté alors même qu'il savait que c'était stupide. Les baguettes n'étaient pas vivantes en elles-même, elles étaient une extension de leur sorcier. Il reporta son attention sur le visage de Bellatrix alors qu'elle ouvrait la bouche.

"C'est une loi magique universelle. Tout le monde la connaît, bien qu'elle ait commencé à tomber en désuétude après l'instauration du Ministère. Auparavant, était Roi ou Enchanteur celui qui parvenait à surpasser les autres et à prouver son talent. La hiérarchie était basée sur les capacités de chacun mais, au-delà d'un certain écart, tout revient à la différence des niveaux de pouvoir. Un sorcier puissant vaincra toujours un sorcier qui ne l'est pas, même s'il n'a aucun entraînement et que l'autre est un soldat aguerri. C'est le Paradoxe de Mordred. La magie constitue une barrière naturelle autour du corps du sorcier. Si un faible attaque un puissant, il devra systématiquement dépenser une magie bien supérieure pour toucher le fort, afin de passer cette barrière naturelle. Comme il a moins de réserves magiques que le puissant, le combat ne peut avoir qu'une issue."

Ses lèvres se pincèrent.

"En duel, aucun sorcier faible ne vaincra sérieusement un sorcier puissant. C'est strictement impossible et tout échange de sorts, quel qu'il soit, finira par la victoire du puissant."

"Tu me dis que je ne vaincrais jamais Voldemort" observa Al'Najin. "Il est deux fois plus puissant que moi."

"C'est effectivement au-delà du Paradoxe" acquiesça Bellatrix "qui se situe environ à une fois et demi, bien que le seuil puisse changer selon la maîtrise et l'imagination du sorcier. Le Paradoxe a servi de loi et de référence, d'où l'ascension de Dumbledore et du Seigneur des Ténèbres, mais quelque chose vient de troubler la donne."

"Quoi ?"

Bellatrix eut un sourire et se rapprocha de Slade, se collant à lui en venant caresser son visage. Elle n'arrivait même pas à son épaule et il cilla en voyant que Slade ne la repoussait pas.

"Mon moldu préféré" susurra-t-elle.

La réaction fut instantanée. Le couteau cranté de Slade était à un centimètre de son visage, arrêté par la baguette jaillit toute aussi rapidement. Pointe contre pointe et il observa une petite seconde la magie qui sortait du bout de la baguette, dessinant un petit bouclier local.

"Désolée" gloussa-t-elle "j'aime bien le taquiner. Al'Najin, en application du Paradoxe, Slade ne devrait pouvoir tenir contre aucun de nous deux. Cependant il te bat et il me tient tête, une chose que aucun sorcier d'Angleterre ne peut faire si je m'y mets sérieusement. Et j'étais sérieuse face à lui. Il n'a aucune magie, il devrait être tout en bas de la hiérarchie d'après le Paradoxe. Et pourtant il est mon égal."

Ses doigts caressèrent à nouveau le visage du mercenaire silencieux.

"Le Paradoxe a été établi il y a mille sept cents ans" expliqua-t-elle. "Peut-être les sans-magie n'étaient-ils pas un danger à l'époque, mais ils le sont définitivement aujourd'hui. Et les sorciers ne le savent pas et les sous-estiment terriblement. Je les aurai sous-estimé si je n'avais pas affronté Slade chaque jour depuis deux mois. Mais soit certain, Al'Najin, qu'aucun sorcier n'a jamais créé un sort ou un rituel si terrible qu'il pourrait annihiler un pays entier et le rendre inhabitable pour cinquante ans. Mes boucliers sont impénétrables pour le Seigneur des Ténèbres et pourtant Slade m'a logée trois balles dans la poitrine à notre premier affrontement – s'il avait visé le cœur, tout comme si j'avais visé le cœur avec mes sortilèges, nous serions morts tous les deux. Mes boucliers sont les plus puissants d'Angleterre et il est passé au travers sans avoir de magie supérieure à la mienne."

Le silence retomba et le jeune homme soupira.

"Merveilleux, mais je suis nettement moins bon que Slade. Quoi que je fasse, il continue d'être plus rapide et plus fort que moi."

"Tu avais dit qu'il était intelligent" accusa Bellatrix vers l'homme contre qui elle était appuyée.

"Il l'est" acquiesça Slade en rangeant son couteau "il est juste un peu perturbé."

"Vous êtes perturbants" siffla l'adolescent.

"En quoi ?" s'enquit poliment Slade.

"Je pensais retrouver l'un de vous mort ou mutilé, et à la place vous vous comportez comme si… comme si…"

Les sourires des deux adultes s'agrandirent, se faisant goguenards.

"Comme si ?" susurra Bellatrix.

Bon sang, est-ce qu'ils ne remarquaient pas qu'ils étaient collés l'un à l'autre et qu'ils pouvaient se descendre mutuellement en une demi-seconde ? Bellatrix était presque entièrement appuyée sur le mercenaire, sa main levée et posée sur sa poitrine, à côté de là où elle avait appuyé sa tête. Slade avait un bras dans son dos, son pouce glissant sur la nuque pâle, sous les cheveux bouclés. Ils n'avaient plus d'arme sortie et pourtant, dans cette position, pourraient tuer l'autre d'une étincelle de magie ou d'une pression sur la nuque gracile.

Et pourtant ce n'était absolument pas du danger que l'assassin ressentait en les observant et cela le perturbait. Il n'arrivait pas à se concentrer, perdait son focus. Il savait que ce qu'ils tentaient de lui dire était terriblement important mais il n'arrivait juste pas à faire le lien.

"Va te coucher, gamin" finit par faire Slade de sa voix rauque. "Tu penseras mieux demain, à tête reposée."

Et, pensant qu'il était effectivement fatigué et que c'était la meilleure solution, Al'Najin laissa tomber l'enchantement d'intimité et tourna les talons, remontant rapidement dans le hall avant de saisir sa valise et de la monter dans sa chambre. Pourtant la douche rapide ne l'apaisa pas et il mit terriblement longtemps à trouver le sommeil.