Avertissement : Un chapitre sans sexe, ni violence... pour conclure en beauté !
Bonne lecture !
Yzan et Lili.
~ Épilogue ou Prologue d'une nouvelle vie : La vie rêvée de Mike. ~
Assis à son bureau, un homme blond tapait frénétiquement sur son clavier, les yeux fixés sur l'écran de son ordinateur. Par la fenêtre entrouverte lui parvenait le bruit de la circulation urbaine et des passants. La porte s'ouvrit avec fracas et une voix retentit :
- Yo Mike ! C'est l'heure de partir, yé ! Je te file les dossiers ! A demain... Yo Yo !
Sans même lever la tête, Mike répliqua :
- Ouais, à demain Bee. Et arrête de râper... t'es nul !
- C'est toi qu'as aucun sens artistique... Bye Mike ! Bonne soirée, yé yé !
L'énergumène quitta le bureau, laissant le jeune homme blond seul devant son écran et une nouvelle pile de dossiers. Mike se passa une main lasse dans les cheveux tout en soupirant lourdement. Se laissant aller dans son fauteuil, il observa ce qui l'entourait, un sourire détendu et heureux éclairant son visage. Depuis trois ans maintenant, il était le patron de cette petite agence de voyage spécialisée dans les séjours gastronomiques à travers tout le Royaume-Uni.
Monter sa propre entreprise, aussi petite soit-elle n'avait pas été simple. Mais, heureusement pour lui, il avait eu le soutien de ses colocataires, et ses économies personnelles. Il lui avait fallu deux ans pour y arriver. Deux ans à enchaîner les petits boulots ingrats et les galères personnelles, deux ans à économiser soigneusement chaque centime pour pouvoir réaliser ce petit rêve d'indépendance professionnelle. Aujourd'hui, il menait enfin une existence stable et tranquille. Et surtout... il vivait avec l'amour de sa vie. Et ça, pour lui, ça valait bien tous les sacrifices qu'il avait faits jusqu'ici.
Portant son regard sur la pendule murale, Mike se redressa d'un bond, éteignit son ordinateur, attrapa sa veste et quitta son bureau en courant. Après avoir soigneusement fermé la porte de son agence, il se mêla aux passants, marchant à pas rapides pour rejoindre la petite maison qu'il partageait avec ses colocataires. Elle se situait dans le quartier voisin, à quelques rues de là; un quartier tranquille avec ses petits commerces poussiéreux mais regorgeant de trésors.
En passant, il salua l'épicier asiatique d'un joyeux "Ohayo" qui lui fut rendu avec un discret sourire. Quand il était arrivé dans ce quartier à l'ambiance familiale, il s'était rapidement lié d'amitié avec tous ses voisins, sa nature joviale l'aidant à s'intégrer facilement. Ses colocataires avaient eu plus de difficultés, mais avaient eux aussi été acceptés dans cette petite communauté. Tous quatre préféraient largement ce quartier à celui où ils avaient vécu les deux années précédentes.
A leur arrivée à Londres, cinq ans auparavant, ils avaient échoués dans un appartement à peine salubre niché dans une tour d'immeubles anonymes. Ils s'étaient partagés un trois pièces d'à peine vingt mètres carrés, au septième étage avec des ascenseurs perpétuellement hors d'usage. Autant dire qu'à quatre là dedans, et avec Kurama qui prenait pas mal de place, ils étaient un peu à l'étroit. Mais ils y étaient restés, le temps de trouver leurs marques dans cette ville qu'ils ne connaissaient pas, de se trouver un boulot, de trouver le logement idéal et de régler quelques soucis.
En deux ans, il avait monté son agence de voyage, l'un de ses colocataires avait racheté une librairie et ils avaient finalement trouvé la maison de leurs rêves. C'était une petite maison au charme discret et un peu désuet, donnant directement sur la rue et composée de trois étages. Le rez-de-chaussée comportait une cuisine, un séjour, des WC et un petit jardin avec terrasse. Les deux étages avaient chacun trois chambres, une mezzanine, une salle de bain et des WC. Ils avaient donc largement l'espace et l'intimité nécessaire pour eux quatre.
Sortant les clés de sa poche, Mike ouvrit la porte et pénétra dans sa maison en lançant un joyeux :
- Je suis rentré !
Seul le silence lui répondit, le surprenant et l'inquiétant un peu. Aujourd'hui, c'était le jour de repos de son amour, et celui-ci aurait normalement dû être là...
Il se déchaussa rapidement et traversa le rez-de-chaussée pour atteindre l'escalier qu'il monta quatre à quatre jusqu'au deuxième étage, celui qu'il partageait avec l'élu de son coeur. Il arrêta sa course dans la mezzanine. Celle-ci leur servait de salon, meublée d'un canapé et de deux fauteuils entourant une table basse, un tapis recouvrant partiellement le plancher clair, une grande télé à l'écran plat accrochée au mur.
Mike vit Kurama lever la tête à son arrivée, son petit bout de queue s'agitant sur le sol en signe de contentement. Mais le chien ne bougea pas d'un iota, ne venant même pas à sa rencontre pour lui faire la fête comme à son habitude. Un soupir désabusé échappa au jeune homme, son soi-disant chien dangereux était une crème surtout avec la personne étendue sur le canapé, visiblement assoupie, un bras pendant dans le vide, sa main posée sur le dos du canidé.
Silencieusement, il se rapprocha de la silhouette endormie, caressant la tête massive de son chien au passage, et s'agenouilla devant le sofa. Il détailla le visage aux traits détendus, écartant du bout des doigts une mèche brune qui tombait sur une joue pâle. Un sourire amusé étira ses lèvres en voyant le nez fin se froncer sous sa caresse. L'homme de sa vie dormait à poings fermés, à plat ventre et à moitié nu, comme souvent.
Les yeux bleus de Mike errèrent sur la silhouette fine et élancée, redessinant du regard les cicatrices toujours visibles qui ornaient le dos crémeux, jusqu'à tomber sur un piercing posé juste en haut de la raie des fesses, à la limite de la ceinture du pantalon d'intérieur gris qui recouvrait le bas du corps de l'endormi. Le bijou en argent avait la forme d'un N et était l'un des derniers vestiges de leur vie précédente.
Quand il avait demandé à l'intéressé pourquoi un N, son amour lui avait simplement répondu :
- Parce que maintenant, il n'est qu'à toi.
Cette réponse avait ému Mike au-delà des mots, lui faisant serrer fort dans ses bras celui qui partageait maintenant sa vie, celui qu'il avait retrouvé après des années de séparation, celui pour qui il avait tout quitté, même son identité : Sasuke Uchiwa, désormais connu sous le nom de John Lawrence.
Se penchant vers le visage endormi de son compagnon, Mike Smith, auparavant connu sous le nom de Naruto Uzumaki-Namikaze, embrassa doucement les lèvres fines et désormais dépourvues de piercing. Un soupir s'en échappa et les paupières lourdes de sommeil papillonnèrent, révélant deux orbes onyx somnolents.
- Hello... souffla Naruto, amusé de voir son amant émerger si difficilement.
- Hmm... Déjà rentré ? souffla Sasuke d'une voix ensommeillée.
- Il est dix-neuf heures, Jack et Russel ne vont pas tarder à rentrer eux aussi, répondit Naruto avec un sourire tendre. Allez, debout la marmotte, il faut préparer le repas.
- Grmblbl...
L'onomatopée à peine audible l'amusa un peu plus. Son compagnon avait toujours autant de mal à quitter les bras de Morphée, quelle que soit l'heure.
Naruto se dirigea ensuite vers leur salle de bain pour y prendre une bonne douche relaxante et largement méritée après une grosse journée de boulot. Sous le jet d'eau chaude, il laissa ses pensées dériver vers leur arrivée en Angleterre. Ils n'avaient eu d'autre choix que de loger à la va vite dans le premier appartement qu'ils avaient trouvé. Situé dans un quartier mal famé, malheureusement, Sasuke était vite retombé dans ses travers : la drogue et l'alcool.
Le jeune homme ne se supportait pas, vivant très mal d'être à la fois Sasuke, un fils de bonne famille, aimé et choyé, ne manquant de rien, et Taka, fils de rien, drogué, prostitué, et valant moins qu'une chiure de mouche sur le pare-brise d'une Ferrari. Ses nuits étaient emplies de cauchemars en tout genre, le rendant presque insomniaque tant il avait peur de dormir, et ce malgré la présence rassurante de son amant et de son frère.
Itachi... Sans lui, Naruto n'était pas sûr qu'il aurait réussi à sortir Sasuke de cet engrenage destructeur. Celui qui s'appelait désormais Jack Lawrence avait été un soutien infaillible, aussi déterminé que lui à aider son petit frère. Ils avaient tout subi : les crises de manques, les rechutes, les cauchemars, les crises de colères démentes et autres joyeusetés. Il ne comptait plus le nombre de fois où tous deux, avec l'aide de Kakashi, avaient arpenté les rues sordides de leur quartier à la recherche de Sasuke, pour le retrouver complètement défoncé au fond d'une ruelle.
Sasuke avait même fait deux overdoses, deux fois où il avait faillit mourir à cause de sa foutue blanche, deux fois où Naruto et Itachi avaient cru mourir en même temps que lui. La seconde fut pire que la première, Sasuke plongeant pendant trois jours dans le coma. Ce fut finalement Kakashi qui prit les choses en main, envoyant de force Sasuke dans un centre de désintoxication, déclenchant une dispute mémorable entre eux quatre, Sasuke refusant tout net, niant le fait qu'il y ait le moindre problème, Itachi et Naruto ne souhaitant pas être séparés de celui qui leur avait tant manqué.
Mais l'ancien policier n'avait pas cédé, avançant ses arguments un à un, tenant tête aux trois autres. Et après bien des disputes, il avait finalement obtenu gain de cause. Ce fut durant l'hospitalisation du jeune homme qu'ils prirent la décision de déménager, et de quitter ce quartier trop plein de tentations pour le futur-ex-junkie. Et ça faisait maintenant trois ans que Sasuke était clean, totalement clean. Il tenait bon et s'accrochait, même si ce n'était pas tous les jours facile.
Durant sa cure de désintoxication Sasuke avait eu droit à un bilan de santé complet. Dans son malheur il avait eu de la chance; n'ayant contracté aucune maladie sexuellement transmissible, ce qui avait rassuré Naruto et Itachi. Son principal problème venait de son foie que l'absorption importante et quotidienne d'alcool avait fortement abîmé. Il avait donc l'interdiction formelle de boire ne serait-ce qu'une seule goutte de boisson alcoolisée jusqu'à la fin de sa vie, et était surveillé régulièrement pour ça.
Le seul vice qui lui restait était le tabac, mais il leur avait promis d'arrêter... un jour. Naruto soupira lourdement sous la douche, il ne se faisait pas trop d'illusions sur le sujet, son amant n'était pas vraiment prêt à lâcher ses précieuses clopes. Bizarrement, contrairement à ce qu'avait ouvertement craint Kakashi, l'ancien prostitué n'avait jamais eu recours à des pratiques sexuelles rémunérées pour se payer ses doses de dope quand il était encore accro.
En fait, Sasuke ne supportait plus d'être touché, à part par Naruto et son frère. Même avec Kakashi il avait encore du mal. Ce qui avait obligé l'ancien flic à dormir sur une chaise branlante quand, le jeune homme hurlait dans son sommeil et qu'Itachi se joignait à Naruto pour le calmer. Partageant tous les quatre la même chambre, et chaque couple dans un lit trop étroit pour deux, le plus âgé avait dû régulièrement finir sa nuit à regarder les deux autres calmer le troisième dans les deux lits accolés.
La porte de la salle de bain s'ouvrit, attirant l'attention de Naruto sur celui qui venait d'entrer dans la pièce. Sasuke se plaça devant le lavabo et entreprit de se rincer le visage, jetant juste un coup d'oeil interrogateur à son amant qui ricana en le voyant faire. Jugeant qu'il était suffisamment propre, Naruto sortit de la douche et se sécha en frottant vigoureusement son corps musclé avec une serviette.
Son regard croisa celui, tendre, de son compagnon et Naruto détailla sans vergogne la silhouette de celui-ci. Le pantalon d'intérieur gris tombait lâchement sur les hanches pâles, dévoilant le haut de celles-ci, et la tâche de naissance en forme de V inversé. S'avançant vers son amant, il l'enlaça, posant son menton sur l'épaule finement arrondie.
- Tu sais, commença-t-il. J'ai su avec certitude que c'était toi, la première fois que je t'ai vu nu.
Sasuke arqua un sourcil interrogateur, tout en observant le reflet du visage de son compagnon dans le miroir. Naruto poursuivit, amusé par l'expression dubitative de son amoureux:
- Je me souvenais que tu avais une tâche de naissance sur la hanche... Alors quand je l'ai vu, j'ai tout de suite compris que c'était vraiment toi.
L'étonnement plus que visible sur le visage aux traits fins de Sasuke réjouit Naruto. Le brun se pencha au dessus du lavabo pour se rincer la bouche avant de se redresser et de se tourner vers son compagnon.
- Sérieux ?! S'exclama-t-il finalement avec joie. Tu te souvenais de ça ? Mais elle est toute petite...
Tout en parlant, Sasuke baissa un peu son pantalon, posant un index sur une minuscule tâche de naissance, à peine plus foncée que sa peau laiteuse.
- J'en reviens pas que tu m'aies reconnu juste avec ça. Tu me regardais à ce point quand on était mômes ?
Le sourire radieux de Sasuke empêcha Naruto de répondre autre chose qu'une vague affirmation.
- Ben euh... oui... Tu étais mon meilleur ami...
Un doux baiser lui coupa la parole et Sasuke quitta la salle de bain en disant :
- C'est con, mais ça me fait super plaisir de le savoir.
Naruto figé sur place regarda son amant, radieux, disparaître dans le couloir.
Quand Sasuke lui avait montré sa tâche de naissance, Naruto avait brusquement réalisé qu'elle n'était pas du tout sur la bonne hanche. Celle dont lui parlait était de l'autre côté, sur la hanche gauche. Et ce n'était absolument pas une tâche de naissance, mais la marque de l'Akatsuki... Un soupir désabusé lui échappa. Il aurait bien contredit son compagnon, mais la joie de celui-ci lui en avait coupé toute envie.
Il croisa alors le regard réprobateur de Kurama qui se tenait sur le pas de la porte restée ouverte. Boudeur, Naruto fixa son chien avant de lui dire :
- Oui ben ça va, hein ! Ça arrive à tout le monde de se tromper, non ?
Pour toute réponse, le rottweiler grogna sourdement. S'agenouillant devant son compagnon à quatre pattes, Naruto repris d'une voix suppliante :
- Tu lui diras jamais, hein ? Tu comprends, ça lui ferait de la peine. Il a l'air tellement heureux, tu ne voudrais pas qu'il soit triste, hein ?!
Kurama pencha la tête sur le côté avec un très léger gémissement, et Naruto rassuré lui caressa le crâne :
- Ben non, hein ? Je sais que tu l'adores, alors ce sera notre petit secret à toi et moi, ok ?
Une léchouille sur le visage scella le pacte entre le maître et son chien, puis Kurama partit rejoindre Sasuke, qu'il ne quittait que rarement.
Même quand celui-ci travaillait, le rottweiler l'accompagnait. Heureusement, le patron de Sasuke était compréhensif et n'avait jamais interdit au chien de venir. Depuis qu'ils étaient arrivés en Angleterre, Naruto avait l'impression que son chien appartenait plus à son amant qu'à lui-même. Mais il ne s'en plaignait pas, au contraire. Savoir son brun en compagnie du puissant canidé le rassurait. Avec Kurama à ses côtés, Sasuke ne risquait rien, et pour Naruto c'était le plus important. Sasuke avait déjà trop souffert, il ne voulait plus qu'il lui arrive quoi que se soit. Jamais.
~oOo~
Itachi poussa la porte de sa maison, entrant dans le vestibule où il se déchaussa et ôta son manteau. A peine eut-il fini qu'il se retrouva prisonnier d'une douce étreinte, une voix grave résonnant à son oreille :
- Welcome home.
Un doux sourire étira ses lèvres alors qu'il entourait tendrement de ses bras la fine silhouette de son petit frère.
- Comment s'est passé ta journée ? s'enquit-il.
Sasuke se détacha doucement de son aîné pour le regarder avant de répondre :
- Tranquillement. J'ai pas fait grand chose. Et toi ?
- Monotone et répétitive.
- Une bonne journée quoi, conclut Sasuke avec un sourire de connivence.
Itachi approuva d'un signe de tête. Aussi étrange que cela puisse paraître, il aimait beaucoup la monotonie et le calme de son métier actuel : comptable dans une petite entreprise. Il ne regrettait nullement son ancienne vie, loin de là. Il appréciait de ne plus avoir à enchaîner les petits boulots en couverture et les meurtres qu'il perpétuait. En tant que comptable, son plus grand souci était de savoir si l'entreprise aurait le budget nécessaire pour les projets futurs, plus de risquer sa vie à chaque seconde en marge de la loi, le sang de ses victimes sur les mains.
Dire que cela avait été simple serait mentir; il lui avait fallu du temps pour ne plus s'assurer d'être suivi où qu'il aille, pour ne plus mettre à terre tous ceux qu'il considérait de manière plus ou moins inconsciente comme des ennemis. Une fois, il s'était même attaqué à son amant qui avait eu l'étrange idée de vouloir le surprendre en posant sa main sur son épaule alors qu'il lui tournait le dos. Son instinct avait réagit plus vite que son esprit, et Kakashi avait volé à travers la pièce, se retrouvant plaqué au sol, le poing de son compagnon à quelques centimètres de son visage éberlué.
Peu à peu, il avait baissé sa garde, étouffant ses tendances paranoïaques tant bien que mal. Par contre, il n'avait rien pu faire contre sa maniaquerie quasi-obssessionnelle de la propreté, au plus grand amusement de son cadet qui l'avait intégré dans le club des saletéophobes, club dont lui et Naruto étaient les deux seuls membres. Un sourire tendre étira ses lèvres alors qu'il observait Sasuke le précéder dans le séjour.
Il n'était pas le seul à n'avoir pas pu se débarrasser d'un certain nombre de tics. Le pantalon d'intérieur gris que portait son frère tombait mollement sur ses hanches, laissant deviner que le jeune homme ne portait pas de sous-vêtement. Malgré les tentatives de Naruto sur le sujet, l'ex-prostitué n'avait pas réussit à s'y faire. Aussi, dès qu'il était chez eux, il n'en portait pas. Ni boxers, ni chaussettes; ça le serrait trop, dixit Sasuke lui-même.
En voyant celui-ci embrasser chastement Naruto qui se débattait avec un pot de cornichons dans la cuisine, Itachi se sentit pleinement heureux. Après dix ans de séparation, il avait enfin retrouvé son petit frère chéri et adoré. Il y avait eu des hauts et des bas, et sans la présence presque indéfectible à ses côtés de Kakashi, il n'aurait peut-être pas tenu le coup. Mais au final, ils vivaient tous ensemble et aussi heureux que possible.
Pourtant, sa relation avec Kakashi avait bien failli tourner court quand celui-ci avait décidé d'emmener Sasuke de force en cure de désintoxication. L'ex-policier avait été à deux doigts de faire définitivement ses valises après une dispute particulièrement violente entre eux à ce sujet. Itachi avait conscience qu'il était très protecteur envers son frère, laissant peu de place à son propre compagnon. Mais, c'était plus fort que lui...
Déjà tout jeune, il couvait Sasuke comme la huitième merveille du monde, cédant au moindre de ses caprices, se pliant en quatre pour le faire rire, le faire sourire, s'affolant plus que de raison au moindre bobo ou au moindre rhume. Et ce qu'avait vécu son cadet n'avait rien arrangé à cet état de fait. Il culpabilisait de ne pas avoir vu que Madara le manipulait et de ne pas avoir pu le sortir des griffes de l'organisation plus tôt.
Il avait voulu tout porter sur ses épaules, acceptant uniquement l'aide de Naruto qu'il savait tout aussi attaché à Sasuke que lui, peut-être même plus encore. Et Kakashi était passé au second plan. Son compagnon ne le lui avait jamais reproché, jamais. Alors quand Itachi l'avait accusé de vouloir le séparer de son cadet pour qu'il se consacre uniquement à lui, l'ex-policier avait craqué et plié bagage. Sans un mot, il avait fait méthodiquement ses valises et avait claqué la porte, son visage indéchiffrable derrière le masque chirurgical qu'il avait mis avant de sortir.
Itachi avait tenu deux jours, deux petits jours au bout desquels il était allé voir son amant qui lui avait tout de même laissé l'adresse de son hôtel avant de partir. Il s'était alors platement excusé, le suppliant de lui pardonner; et Kakashi était revenu. Tous deux s'étaient longuement expliqués, chacun d'eux exposant ce qu'il avait sur le coeur à l'autre, et écoutant ce que l'autre n'avait jamais osé dire. Finalement, quand Sasuke était enfin sorti de sa cure, le couple avait retrouvé un équilibre; et depuis, tout allait pour le mieux.
Deux bras s'enroulant autour de sa taille le tirèrent de ses pensées, et Itachi tourna la tête pour croiser le regard tendre et amoureux de son homme.
- Bonsoir Amour, souffla celui-ci. A quoi tu penses ?
- A toi, à nous...
D'un chaste baiser, il empêcha son compagnon de répliquer d'une quelconque manière.
- A table !
La voix puissante de Naruto les sépara et le couple s'attabla en compagnie des deux autres. Le repas se déroula tranquillement, chacun racontant sa journée aux trois autres, échangeant des banalités et des plaisanteries en tout genre. Après le repas, ils firent la vaisselle tous ensemble, Sasuke et Naruto se chamaillant comme à leur habitude, sous l'oeil blasé et amusé de Kakashi et Itachi régulièrement spectateurs des joutes qui les opposaient.
Finalement, chaque couple regagna son étage, souhaitant à l'autre une bonne nuit. Itachi serra son frère dans ses bras, l'embrassant sur le front, avant de rejoindre son compagnon. Il trouva Kakashi en train de se brosser les dents dans leur salle de bain. S'appuyant sur le chambranle de la porte, le jeune homme observa son amant. Celui-ci avait finalement renoncé à se teindre les cheveux, retrouvant sa chevelure grisonnante, pour la plus grande joie d'Itachi qui trouvait que ça lui allait bien mieux.
Lui-même s'était laissé pousser les cheveux, les portant maintenant assez longs. Ils lui tombaient au milieu du dos, attachés en catogan. L'ex-policier lui sourit dans le reflet du miroir et Itachi ébaucha un sourire en retour, simplement heureux d'être là en cet instant.
- On va se coucher ?
- Vas-y... Je me brosse les dents et je te rejoins.
Kakashi sortit de la salle de bain pour rejoindre la chambre, laissant Itachi seul dans la pièce. Tout en procédant à ses ablutions du soir, le brun repensa à leur emménagement dans cette maison. Quand ils avaient décidé de quitter leur précédent appartement, Naruto et Itachi étaient tombés d'accord pour vivre à proximité l'un de l'autre afin que les deux frères ne soient pas séparés. Sasuke, en pleine cure de désintoxication, n'avait pas vraiment eu voix au chapitre et Kakashi avait simplement exigé un minimum d'intimité.
Tous trois avaient visité un grand nombre d'appartements avant de trouver cette maison. Étonnement, ce fut Kakashi qui la dénicha et suggéra d'y vivre en la séparant en trois parties après qu'ils l'eurent visitée: une commune au rez-de-chaussée, la leur au premier étage et celle de Naruto et Sasuke au second. Sa proposition ayant été acceptée à l'unanimité, ils avaient rapidement rendu les clés de leur appartement et entamé les quelques travaux nécessaires dans la maison.
Si leur beau-frère avait aménagé une grande mezzanine à l'étage du dessus, Itachi et Kakashi avaient préférés laisser la cloison séparant leur chez eux de l'escalier. Ils avaient aménagé un grand salon chaleureux et accueillant, meublé d'un canapé confortable, de deux fauteuils assortis, d'une table basse et d'un bar en bois sombre. L'une des deux chambres avait été transformée en un grand bureau qu'ils se partageaient.
Leur propre chambre était contiguë à la salle de bain, et surtout à l'opposé de celle de leurs voisins du dessus. Ni Itachi, ni Kakashi ne tenait particulièrement à entendre les ébats de leurs colocataires, aspirant à plus d'intimité que dans leur précédent logement. L'emplacement des chambres de chaque couple avait donc donné lieu à de grandes discussions et débats, sans compter les "essais" sonores.
Itachi ne put retenir un ricanement au souvenir de Naruto et Kakashi hurlant dans différents endroits de la maison pour savoir d'où on s'entendait le moins.
- Pourquoi tu ris ?
La voix grave de son compagnon le tira de ses pensées, et Itachi répondit en souriant :
- Je repense à notre emménagement.
Le rire grave de l'ex-policier résonna dans la chambre, alors qu'Itachi le rejoignait dans leur lit.
- C'est vrai que c'était quelque chose... Entre l'emplacement des chambres et la décoration des parties communes... Mais le plus drôle reste le jour où John est revenu et qu'il a vu comment Mike avait décoré leur étage.
- C'est vrai, j'ai bien cru qu'il n'y survivrait pas, renchérit Itachi en riant.
- En même temps, je le comprends, rajouta Kakashi. Moi non plus, je n'aurais pas survécu s'il avait fallu que je dorme dans une chambre orange...
- Je ne parlais pas de John, mais de Mike.
Le couple éclata de rire, se souvenant parfaitement de la dispute qui avait éclaté suite au retour de Sasuke, et à la mine piteuse de Naruto quand les murs orangés avaient retrouvé des teintes plus sobres.
- Heureusement qu'on n'a pas eu ce problème nous, soupira Kakashi en se rapprochant du corps fin et délié de son amant.
- On avait l'avantage de l'expérience. Après tout, on vivait déjà presque ensemble avant, et j'avais refait une partie de ta décoration.
- Ceci dit, on l'avait prévenu que le orange ça passerait pas...
- Mais c'est Mike... Têtu comme une mule.
- Bon, et si on arrêtait de parler de ces deux-là, pour se consacrer un peu à nous ? lança Kakashi tout en caressant tendrement le torse pâle de son amant.
- A nous ? s'enquit Itachi d'un ton faussement innocent, voyant parfaitement où son amant voulait en venir.
- Oui, toi et moi... Rien que nous deux...
Sans laisser le temps à son compagnon de répondre, l'ex-policier captura ses lèvres pour un baiser empreint de tout l'amour et tout le désir qu'il ressentait pour l'élu de son coeur. Itachi ne protesta pas, répondant avidement aux attentions buccales de son homme. Il remercia en pensée Naruto pour les tests effectués qui lui assurait que son petit frère n'entendrait rien des sons qu'il laisserait échapper dans la chaleur de leur étreinte charnelle. Son amant ne le connaissait que trop bien et maîtrisait à la perfection tous ses points sensibles, le comblant d'un plaisir intense qui le rendait un peu trop vocal.
Le lendemain, matin ce fut la sonnerie stridente du réveil qui réveilla le couple. Itachi fut le premier à sortir du lit, se dirigeant immédiatement vers la salle de bain. Quand il sortit de la douche, il trouva son compagnon toujours couché et pas vraiment décidé à se lever. Le secouant gentiment, le comptable entreprit de le motiver pour sa journée :
- Allez Coeur, lève-toi ! Tu vas être en retard sinon...
- Hmmm... Pas envie...
- Si tu es fatigué, c'est que tu n'as pas assez dormi... donc plus de sexe les jours où tu bosses...
D'un bond, Kakashi sauta littéralement hors du lit, embrassant rapidement son homme avant de courir sous la douche tout en grommelant:
- Fatigué ? Qui est fatigué ! J'ai bien le droit de manquer de motivation de temps en temps, non ?
Un sourire aux lèvres, Itachi descendit au rez-de-chaussée pour prendre son petit déjeuner. Il y trouva Naruto déjà attablé devant un bol de café et des tartines. Les deux hommes se saluèrent chaleureusement, Itachi se servant une tasse du breuvage noir et odorant. Avisant un bol de chocolat fumant et le pain grillé posé sur la table près de Naruto, il demanda :
- John n'est pas levé ?
- Si, si, répondit Naruto. Il s'habille.
- Il a toujours autant de mal le matin ?
Naruto égrena un rire un peu moqueur en réponse à la question amusée de son beau-frère. Le calme de la pièce fut brutalement interrompu par l'entrée d'un Sasuke affolé :
- J'suis en retard !
Le nouvel arrivant se précipita vers les placards, les ouvrant précipitamment en quête de quelque chose à se mettre sous la dent.
Itachi arrêta son frère en pleine course, lui saisissant le bras au passage.
- Russel est sous la douche, donc tu as le temps de manger tranquillement. Et bonjour à toi aussi petit frère.
- Tiens, rajouta Naruto. Je t'ai tout préparé. Tu n'as plus qu'à manger.
Assis presque de force sur une chaise par son aîné, Sasuke cligna plusieurs fois des yeux, un peu surpris.
Itachi observa avec une tendresse non dissimulée son cadet connecter ses neurones pas vraiment encore bien réveillés. Les orbes onyx si semblables aux siennes le dévisagèrent un court instant avant qu'un doux sourire ne vienne ourler les lèvres fines de Sasuke.
- Hello big B.
Le surnom fit sourire l'intéressé, alors qu'un chaste baiser se posait sur sa joue. D'une main, il ébouriffa les mèches brunes de son cadet, tout en avalant une gorgée de son café noir.
Quelques minutes plus tard, Kakashi les rejoignit, les saluant d'un "Yo les jeunes !" sonore et enthousiaste. Itachi lava rapidement sa tasse vide, la laissant s'égoutter sur l'évier. A huit heures trente, il quittait la maison, prenant le chemin de son travail non sans avoir souhaité une bonne journée à ses trois colocataires. Aujourd'hui encore, il arriverait à neuf heures pile à son poste de travail, éplucherait les livres de comptes, discuterait budget avec son patron, déjeunerait à la cafétéria avec ses collègues, partageant avec eux les derniers ragots de l'entreprise, avant de reprendre le travail jusqu'au soir.
A dix-huit heures précise, il quitterait son bureau pour rentrer chez lui. Sur le trajet, il s'arrêterait à la salle de sport. Après une heure passée à entretenir sa forme, il rentrerait chez lui, retrouvant son foyer. Bref, encore une journée sans surprise, sans angoisse, dans la vie de Jack Lawrence. Et cette vie lui convenait parfaitement, pour rien au monde il ne voudrait en changer. Il vivait enfin une vie normale, avec son amour, son petit frère, le compagnon de celui-ci et leur chien.
~oOo~
Le son d'une clochette attira l'attention de Kakashi, jusque là penché sur son écran d'ordinateur. Voyant une jeune femme entrer, il la salua poliment :
- Bonjour Madame.
- Bonjour, répondit-elle. Je cherche un livre, c'est pour un cadeau. Peut-être pourriez-vous m'aider ?
- Mais bien sûr. Connaissez-vous un peu les goûts de la personne à qui est destinée ce livre ?
Tout en écoutant la cliente, Kakashi l'entraîna dans les rayons de sa libraire. Oui, la sienne. Il l'avait rachetée deux ans auparavant, y mettant tout ce qu'il restait de ses petites économies et contractant même un crédit. Maintenant, il était son propre patron; et son travail de libraire lui convenait parfaitement. Il avait toujours aimé les livres, et trouvait agréable de pouvoir satisfaire ses clients quelques soient leurs attentes dans ce domaine.
La librairie n'était pas très grande, mais bien fournie et dans tous les genres. De la littérature classique aux mangas, en passant par les guides touristiques et les essais philosophiques, Kakashi mettait un point d'honneur à avoir de tout, pour tous les goûts. Et son commerce marchait bien, lui permettant de se verser un salaire confortable et de payer un employé. Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver le livre idéal pour sa cliente, qui quitta la boutique ravie, promettant de revenir rapidement.
Alors qu'il se repenchait sur les nouveautés à venir pour commander celles qui l'intéressaient, une voix grave l'interpella :
- Boss, je mets en rayon les derniers Uragiri. Il faudra en recommander, ils partent super vite.
- Ok, ok... Quels tomes ?
- Le neuf et le dix. Les autres, on en a encore.
Avec un soupir, Kakashi nota ce que venait de lui dire son unique salarié. Et dire qu'il en avait recommandés pas plus tard que le mois dernier. Ce manga avait du succès, bien plus qu'il ne l'aurait cru au départ. Sur ce coup là, son employé avait eu le nez fin. Lui-même n'y connaissait pas grand chose aux mangas, et il se fiait à l'avis du jeune homme dans ce domaine. Levant les yeux, il suivit du regard la silhouette de celui-ci, s'amusant de voir le rottweiler collé à ses basques.
Sasuke Uchiwa... Quand Kakashi avait acheté la boutique, il avait proposé à son beau-frère de l'aider, ce dernier n'ayant pas de boulot à ce moment là. Ce qui au départ n'avait été qu'un coup de main occasionnel, était rapidement devenu un emploi à plein temps, les deux hommes s'entendant parfaitement et partageant le même amour pour les livres. La présence permanente de Kurama aux côtés du plus jeune n'avait posé aucun problème à l'ex-policier, et les clients s'y étaient vite habitués.
Pourtant, les choses n'avaient pas été faciles entre eux. La première fois que Kakashi avait rencontré Sasuke, c'était quand celui-ci était à l'hôpital, le lendemain de l'opération Juubi. Il avait assisté aux retrouvailles entre son amant et son frère, s'effaçant pour les laisser en profiter. Il ne le connaissait pas. Il ne connaissait de lui que ce qu'Itachi lui avait raconté, il ne connaissait que le petit garçon qu'il avait été. Difficile de voir dans le jeune homme salement amoché l'enfant heureux qui lui avait été dépeint. Il avait vite compris que sa petite vie de couple seul à seul avec Itachi était finie.
Lors du procès, il avait appris avec consternation, mais sans réelle surprise, ce qu'avait vécu le jeune homme durant les dix précédentes années. Il n'avait rien ressenti de particulier, juste beaucoup de pitié pour ce gamin qui s'était retrouvé dans cet enfer sans l'avoir voulu. Il avait soutenu aussi bien que possible son compagnon que le témoignage de Taka avait anéanti. Lui qui avait tout fait pour protéger son petit frère se rendait compte que tout ceci avait été vain, et sa culpabilité était terriblement lourde à porter, menaçant même de le faire sombrer.
Il avait fallu à Kakashi toute sa patience et tout son amour pour remonter le moral d'Itachi. Celui-ci faisait bonne figure devant Sasuke et Naruto, mais se réfugiait dans les bras de l'ex-policier pour y trouver le réconfort dont il avait besoin pour surmonter tout ça. Quand Naruto était venu lui parler de son propre ressenti face à ce procès et les révélations qui y avaient été faites, l'ancien inspecteur avait sérieusement envisagé de se faire un panneau indiquant : "Bureau des pleurs", pour se l'accrocher autour du cou.
Il ne comptait plus le nombre de fois où il avait écouté Itachi ou Naruto, quand ce n'était pas les deux en même temps, s'étendre sur les malheurs de Sasuke et leur impuissance à aider le jeune homme à s'en sortir. Lui-même avait peu eu l'occasion de parler à l'ex-prostitué jusqu'à leur départ du pays, Itachi et Naruto monopolisant et couvant le malade. Leur arrivée en Angleterre lui avait permis de faire plus ample connaissance avec celui qui était maintenant son beau-frère.
Les premiers temps avaient été durs, Kakashi supportant mal d'être écarté par son compagnon au profit de Sasuke. Les addictions du jeune homme n'avaient rien arrangé, et longtemps il avait craint que celui-ci ne retombe dans la prostitution pour se procurer la came dont il était terriblement dépendant. Mais Itachi et Naruto n'avaient jamais voulu entendre parler d'une cure de désintoxication, refusant tout net d'être séparés de celui qui était devenu la source de toutes leurs inquiétudes et problèmes.
Alors il avait été là, tenant son rôle de soutien du mieux possible, gérant la violence dont Sasuke pouvait faire preuve en pleine crise de manque, quitte à devoir l'immobiliser de force. Il avait l'habitude de le faire avec les junkies en garde-à-vue, et savait quoi faire pour contenir le jeune homme. Il l'avait cherché jusqu'à pas d'heure dans les rues du quartier quand il disparaissait mystérieusement. Il tentait d'apaiser les craintes d'Itachi et Naruto, tout en craignant effectivement qu'ils ne le retrouvent à la morgue.
Il avait vu Naruto et Itachi vivre au rythme des sautes d'humeur de Sasuke, se pliant à tous ses caprices, heureux quand il allait bien, malheureux quand celui-ci allait mal, essuyant ses crises colériques et ses insultes, tout comme ses délires et ses pleurs. Il avait tout supporté, jusqu'à la seconde overdose et les trois jours de coma qui avaient suivi. Trois jours durant lesquels, Itachi et Naruto avaient cessé de vivre, suspendus à la respiration médicalement assistée de Sasuke.
Cette fois, Kakashi avait décidé que c'était la fois de trop, et avait exigé que son beau-frère aille en cure de désintox. Il fallait que Sasuke se débarrasse de sa dépendance à la drogue, ça ne réglerait pas tous les problèmes de l'ex fleur de trottoir, mais c'était par là qu'il fallait commencer. Itachi et Naruto lui passaient tout, sous prétexte de ses dix années passées en enfer, mais s'ils voulaient qu'il s'en sorte, il fallait agir de façon radicale car il n'arriverait à rien sans une aide appropriée. Et lui avait besoin de retrouver un semblant de vie de couple avec Itachi...
Le médecin avait approuvé, et malgré les protestations des trois autres, avait transféré Sasuke dans un centre spécialisé dès qu'il avait été médicalement stable. Itachi et Naruto l'avaient très mal vécu, accusant Kakashi de vouloir les séparer, d'être jaloux et d'autres choses encore, somme toute pas si fausses que ça. Sous les reproches de ses deux colocataires et surtout ceux de son amant, il avait plié bagage, quittant leur appartement pour une chambre d'hôtel miteuse. Il aimait Itachi, Dieu qu'il l'aimait, mais cette ultime dispute avait eu raison de ses derniers lambeaux de patience, alors il avait préféré partir, s'éloigner plutôt que détruire le peu qu'il restait d'eux et de leur amour.
Deux jours plus tard, il avait eu la surprise de trouver Itachi l'attendant sur le pas de la porte de sa chambre alors qu'il quittait l'usine de biscuit où il travaillait. Le couple avait longuement discuté, chacun évoquant sa vision des choses et son ressenti face à la situation actuelle. Et Kakashi était revenu auprès de son compagnon, avec la promesse de celui-ci de ne plus le faire passer au rang de simple élément de décoration.
Une semaine plus tard, le médecin en charge de Sasuke l'avait appelé, lui demandant de venir au centre, seul. Dubitatif, et un peu inquiet, Kakashi y était allé. De ce qu'il en savait, les patients n'avaient droit à aucun contact avec l'extérieur durant au moins deux semaines, et il n'avait aucun lien particulier avec Sasuke. Il n'y avait donc aucune raison pour que le médecin veuille le rencontrer lui en particulier. Itachi ou Naruto auraient été un choix bien plus logique et évident.
A son arrivée, le praticien lui avait calmement expliqué que Sasuke souhaitait le rencontrer. Au vu de son comportement exemplaire, le médecin l'avait autorisé à le voir durant une heure, pas plus. Plus que surpris, Kakashi était donc entré dans le bureau où l'attendait son beau-frère. Contrairement à ce qu'il craignait, le jeune homme ne lui avait fait aucun reproche et la discussion s'était déroulée de manière sinon amicale tout du moins cordiale.
Ça avait été l'occasion de mettre un certain nombre de choses au clair entre eux. Sasuke avait pris conscience que la drogue ne réglerait pas son mal-être, et tenait à remercier l'ex-policier pour l'avoir forcé à entrer en cure, le priant de rassurer Naruto et Itachi et de prendre soin d'eux. Il lui avait aussi fait part de sa gratitude pour ce que l'ancien inspecteur avait fait durant toutes ces années pour son aîné, même si ses mots avaient été hésitants et maladroits.
Kakashi avait pu clairement dire au jeune homme ce qu'il pensait de la situation actuelle, lui avouant sans détour sa jalousie face au comportement de son compagnon qui le délaissait au profit de l'ex-prostitué. Il lui avait aussi parlé de tout ce que Naruto et Itachi avaient pu lui dire durant les longues séances de bureau des pleurs. Il lui avait même avoué son admiration d'avoir survécu à tout ça et lui avait promis son soutien pour l'aider à s'en sortir.
Cette conversation lui avait fait du bien, et lui avait permis de voir au-delà du junkie mal dans sa peau qui accaparait toute l'attention de son amant. Quand le médecin avait enfin autorisé les visites pour son patient, Kakashi y était allé plus serein. Au fil du temps, il s'était pris d'affection pour ce gamin qui tenait encore debout malgré tout ce qu'il avait subi et qui rêvait d'un avenir simple et sans surprise. Sasuke continuait de s'accrocher à la vie et voulait sincèrement passer à autre chose, conscient du mal qu'il faisait à Naruto et Itachi, conscient que ce fil ténu qui l'empêchait de sombrer était constitué de l'amour qui lui était porté.
Entre eux deux, c'était différent. Il n'était ni le meilleur ami devenu amant, ni le grand frère surprotecteur. Il était plutôt celui qui le remettait dans le droit chemin quand c'était nécessaire, tenant plus le rôle de père ou d'oncle que celui de beau-frère. Mais cela convenait parfaitement aux deux. Sasuke avait parfois besoin de quelqu'un pour poser les limites, et l'autorité naturelle de Kakashi le prédisposait à ce rôle, Naruto et Itachi étant toujours beaucoup plus conciliants que lui quand il s'agissait du jeune homme.
La porte s'ouvrit sur un nouveau client, faisant tinter la clochette suspendue au dessus. Avant même que Kakashi ait ouvert la bouche, Sasuke le devança, prenant en charge le vieil homme qui marchait avec une canne et cherchait une biographie de Shakespeare.
- Ne vous inquiétez pas, il est très gentil.
La phrase de Sasuke dite sur un ton doux, rassura le vieillard qui se pencha pour caresser Kurama, avant de s'asseoir sur un fauteuil que lui désigna le jeune homme.
Les fauteuils, c'était une idée de Sasuke qui ne comprenait pas que dans une boutique où on vendait des livres, il n'y ait pas un coin confortable pour les lire. Kakashi avait donc aménagé un endroit, au fond de la librairie, avec des fauteuils moelleux et des petites tables. Il avait vite reconnu que c'était une excellente idée, invitant les clients à s'attarder et donc à acheter plus de livres. Il avait même investi dans une bouilloire et des tasses, permettant aux lecteurs de boire un thé, une tisane ou un café tout en feuilletant un ouvrage qu'ils achèteraient finalement.
A midi, il s'absenta le temps d'aller acheter un sandwich, en profitant pour flâner dans les rues du quartier. Il aimait bien ce quartier, appréciant l'ambiance conviviale, presque familiale qui y régnait. De retour au magasin, il trouva Sasuke endormi sur un fauteuil, un manga récemment sorti sur les genoux, Kurama couché à ses pieds. Amusé, Kakashi posa ses emplettes sur la table la plus proche et entreprit de réveiller le dormeur.
Le jeune homme était suivi médicalement, autant pour ses addictions que pour son mal-être, et entre les anti-dépresseurs, les somnifères et les substituts à l'héroïne, il n'y avait rien de très étonnant à ce qu'il s'endorme à n'importe quelle heure de la journée s'il était au calme.
- John… John… Allez, réveille-toi !
Les orbes onyx si semblables à celles de son amant s'ouvrirent en papillonnant, le fixant un instant sans le voir vraiment.
Puis, Sasuke se redressa lentement et se frotta les yeux en marmonnant :
- J'ai dormi longtemps ?
- Je dirais… dix minutes, vingt à tout casser, le rassura Kakashi en prenant place dans le fauteuil voisin. Tiens, ton sandwich…
- Merci.
Les deux collègues mangèrent tout en discutant du manga que lisait le plus jeune, celui-ci n'était pas convaincu que ce serait un succès et donc préconisait de n'en commander que quelques exemplaires, pas plus. Kakashi enchaîna en parlant d'un livre qui serait bientôt publié et qui avait l'air d'être prometteur, émettant l'idée d'en commander un peu plus que pour une première commande classique.
A dix-neuf heures, ils fermèrent la librairie, s'assurant que tout était en ordre avant de partir, et ensemble prirent le chemin de leur maison. Ils firent un détour par le parc, pour que Kurama puisse se dégourdir les pattes. Assis sur un banc, Kakashi regarda le chien courir après son maître d'adoption avant de lui sauter dessus pour lui lécher le visage, faisant rire aux éclats le jeune homme.
Oui, malgré des débuts difficiles, il l'aimait bien ce gosse. Un gosse de vingt-cinq ans, mais un gosse quand même. On lui aurait dit il y a vingt ans qu'il tomberait amoureux d'un garçon, beaucoup plus jeune que lui, tueur à gage de son état et qu'il finirait par le suivre à l'autre bout du monde, changeant d'identité, de vie, tout ça pour finir libraire et partager une maison avec un autre couple, il ne l'aurait jamais cru.
Pourtant, il ne regrettait pas ses choix. Quand il voyait ses trois colocataires réunis, riant aux éclats ou se disputant pour des broutilles, il était bêtement heureux. Il avait vécu seul depuis la mort de son père quand il n'avait que quinze ans, et pensait sincèrement finir sa vie seul, trop plongé dans son travail pour avoir le temps de se consacrer à autre chose. Alors, oui, il était bêtement heureux de voir sa famille heureuse. Une drôle de famille, mais une famille quand même.
Kurama et Sasuke revinrent vers lui et Kakashi se leva, emboîtant le pas au duo. Passant devant l'épicerie du coin, le plus jeune demanda :
- On mange quoi ce soir au fait ?
- Aucune idée. C'est au tour de Mike de cuisiner aujourd'hui…
- Ah oui. Fais chier, il va encore nous faire bouffer des ramens, râla Sasuke.
L'ex-policier sourit sous le masque chirurgical qu'il portait encore en permanence.
- C'est fort probable, oui.
- Attends, on va acheter des pizzas. On dira qu'on ne voulait pas qu'il se fatigue après sa journée de travail, je suis sûr qu'il va gober ça !
- Et pourquoi ne pas tout simplement lui dire que tu n'aimes pas les ramens ?
Le regard noir qu'il reçut en réponse donna l'étrange impression à Kakashi qu'il venait de poser la question la plus stupide du monde. Ce que lui confirma Sasuke dix secondes plus tard :
- Tu tiens vraiment à l'entendre argumenter toute la soirée sur ses précieuses ramens ?
- Pas faux… Enfin, moi je pourrai m'éclipser… Pas toi !
Un sourire machiavélique étira les lèvres fines de son beau-frère :
- Et moi je viendrai squatter votre étage pour y échapper. Big B ne dira rien, bien au contraire, et mon crétin me suivra. Et devine qui, au final, devra écouter ses lamentations ?
Vaincu, Kakashi lâcha :
- Ok, ok, va pour les pizzas et ton excuse. Mais c'est du chantage…
- Non, une simple vérité…
Maugréant dans sa barbe inexistante sur les gosses un peu trop machiavéliques pour le bien de leurs aînés, ce qui lui rappelait furieusement son propre amant d'ailleurs, ils n'étaient pas frères pour rien ces deux-là. Kakashi suivit Sasuke jusque chez eux, les pizzas dans les mains. A leur arrivée, ils furent accueillis par Itachi et Naruto, lequel protesta fortement contre le menu du soir, avant de se radoucir en remerciant son compagnon pour sa douce attention après que celui-ci lui ait énoncé l'excuse préparée un peu plus tôt. Kakashi et Itachi échangèrent un regard amusé, constatant que leur ami blond n'avait pas fini de se faire mener par le bout du nez par son amoureux.
~oOo~
Debout devant le lavabo de la salle de bain, Sasuke essuya sur un coin de serviette la trace blanche qu'il avait au coin des lèvres. Puis rapidement il rinça sa brosse à dent avant de la poser dans le gobelet où l'attendait sa sœur jumelle, celle de Naruto. Un léger sourire flotta sur ses lèvres à cette vision, le faisant soupirer intérieurement devant la mièvrerie dont il faisait preuve. Le voilà en train de s'émouvoir devant des brosses à dents ! Décidément, plus il vieillissait, plus il devenait gâteux !
Relevant les yeux, il s'examina dans le miroir. Plus aucun bijoux ne venait orner son visage, ni sur ses sourcils, ni sur ses lèvres, ni sur ses oreilles. Le seul qu'il avait gardé à cet endroit, c'était son piercing lingual, changeant seulement le bijou. Son torse pâle et finement musclé, où se distinguait à peine quelques cicatrices, était lui aussi à présent vierge de tout ornement, le tatouage sur son cou ayant été effacé au laser avant son arrivée en Angleterre. Seul le bas de son dos portait encore un piercing. Mais il avait remplacé le dollar qu'il portait autrefois par un N stylisé. Dorénavant, son cul n'était plus payant, mais exclusivement réservé à celui qui partageait sa vie.
Machinalement, il frotta sa hanche gauche, celle où était encore visible la marque de l'Akatsuki, le A un peu brouillé par le taser d'Hidan, marque de fabrique du mac. Il aurait aimé pouvoir l'effacer elle aussi, mais ça avait été impossible dans le court laps de temps qui s'était écoulé entre l'intervention musclée des forces de l'ordre au siège de l'organisation mafieuse et leur départ pour leur nouvelle vie. Une fois en Angleterre, pas question d'aller voir un chirurgien pour la faire ôter.
Le risque, bien que minime, que le praticien ne reconnaisse la marque et ne divulgue l'information aux mauvaises personnes existait bel et bien, et ni lui, ni Itachi, ni Kakashi et Naru, n'avaient envie de le courir. Son frère et lui étaient donc condamnés à garder cet ultime vestige de ce qu'ils avaient vécu, de l'enfer qu'ils avaient traversé sous le joug de l'Akatsuki. Mais ils avaient résolument tourné, l'un comme l'autre, cette page de leur histoire.
Alors ils cachaient la marque, portant systématiquement des boxers, jamais de slips, même à la piscine. Enfin, lui ne portait des boxers que quand il n'était pas chez lui. Malgré les années, il n'arrivait toujours pas à s'habituer aux sous-vêtements. Naruto avait râlé, avant d'en prendre son parti, le laissant s'habiller comme il l'entendait quand ils étaient chez eux. Et puis, au départ, ce souci avait bien été la dernière des préoccupations de son compagnon.
Sortant de la salle de bain, Sasuke rejoignit son blond personnel dans leur salon et s'installa à ses côtés sur le canapé, s'y étendant de tout son long en posant sa tête sur les cuisses de celui-ci. Immédiatement, Kurama vint poser son museau près de lui. Amusé, le jeune homme caressa la tête massive du rottweiler, qui montra son contentement en agitant son moignon de queue.
- Tss… On parle de la fidélité des chiens, mais tu parles ! Le mien te préfère à moi, ronchonna Naruto en lançant un regard mi-vexé mi-amusé au canidé.
- Sois pas jaloux, rétorqua Sasuke, tu sais qu'il t'adore aussi.
- Mouais… N'empêche il te préfère à moi, bouda le propriétaire légitime de l'animal.
- Mais moi, c'est toi que je préfère. Ça ne te suffit pas ?
Comme à chaque fois que Sasuke sous-entendait que peut-être Naruto ne serait pas pleinement satisfait de cette vie, l'accusé se défendit fougueusement, sous l'œil moqueur de brun.
- Crétin, souffla Sasuke en souriant.
Comme toujours, Naruto bouda un peu avant qu'un doux baiser sur ses lèvres ne lui rende le sourire. Alors que le jeune homme retournait à son occupation première, un jeu de stratégie sur internet, Sasuke se plongea dans ses pensées. Même après cinq ans, il avait toujours du mal à s'habituer à sa nouvelle identité et à celle de ses colocataires.
John Lawrence… Ce nom sonnait bizarrement à ses oreilles et il lui arrivait encore de ne pas réagir quand on s'adressait à lui en l'appelant ainsi. Officiellement, John et Jack Lawrence avaient perdu leurs parents dans un tragique accident de voiture. Si Jack, alors âgé de seize ans avait obtenu une émancipation anticipée, lui-même avait été placé en famille d'accueil. Famille d'accueil qui se révéla odieuse, le père n'hésitant pas à abuser sexuellement du petit garçon, et à en faire profiter ses amis.
Quand à quinze ans, John avait fugué de chez lui, il s'était retrouvé dans la rue, sans ressources, et était alors tombé dans la prostitution et la drogue. Durant tout ce temps, Jack avait tenté d'obtenir la garde de son petit frère, et c'était finalement lui qui l'avait retrouvé cinq ans après sa fugue. Enfin, ça c'était la version officielle, celle qu'il servait à son psychiatre et son addictologue. Toute allusion à l'Akatsuki étant à bannir, il avait bien fallu trouver une histoire plausible qui explique ses problèmes...
Russel Baker et Mike Smith avaient, toujours officiellement, des parcours beaucoup plus classiques, ayant vécu avec leurs parents jusqu'à leur majorité puis quittant le giron familial pour entrer à l'université. Bref, classique quoi. Heureusement, parce que Sasuke n 'était pas sûr qu'il aurait retenu plus complexe, il était certain que sans sa fâcheuse manie de donner des surnoms à tout le monde, il aurait gaffé depuis longtemps avec les trois autres habitants de la maison. Ainsi, il surnommait Itachi, Big B ou BB selon son humeur. Kakashi s'était Boss et Kurama était resté Kyu ou Mon gros.
Quand à Naruto… Il avait une bonne dizaine de surnoms différents. Pas de Mon amour, mon chéri ou autres qualificatifs mielleux à souhait. Non, non, que des surnoms… Narutiens. Que ce soit, Crétin, Idiot, Saletéhophobe, bizarre-man, Chef des maniaques (Itachi étant le sous-chef), Blond peroxydé ou encore Orangeophile, aucun des surnoms qu'il lui donnait ne reflétait ses sentiments pour lui.
Pourtant il l'aimait plus que tout son pyjamaphile, qui aimait toujours autant les pyjamas, il tenait à le préciser. Et il savait la réciproque vraie, bien qu'il ait toujours l'impression de ne pas l'avoir mérité. Encore aujourd'hui, il ne comprenait pas que Naruto ait tout quitté pour lui. Pourtant, son homme savait par quoi il était passé, il était là au tribunal, il avait entendu tout son témoignage, il l'avait vu bosser sur son bout de trottoir, il avait même été victime des agissements de l'Akatsuki. Mais il l'avait suivi à l'autre bout du monde sans une once d'hésitation, abandonnant toute sa vie sans même un regard en arrière. Il avait fait tout ça pour lui, et bien plus encore...
Sasuke avait conscience que ce n'était pas toujours facile pour son compagnon. Ses parents et ses amis lui manquaient parfois. Heureusement, le couple Uzumaki-Namikaze était assez célèbre dans le monde des affaires et de la musique classique, et Naruto pouvait donc régulièrement avoir de leurs nouvelles via les journaux spécialisés ou internet. Le couple avait définitivement quitté leur pays d'origine après la mort, officielle, de leur fils unique, et parcourraient le monde depuis.
Mais, si Naruto avait ainsi de leurs nouvelles, il ne pouvait pas les contacter, ni les revoir. Et Sasuke ne pouvait que deviner à quel point cela devait parfois être difficile pour son amoureux, surtout au début de leur nouvelle vie. A cette époque, maintenant révolue, son comportement avait fortement mis à mal le peu de stabilité que les trois autres tentaient d'instaurer dans leur quotidien. Il avait voulu, vraiment voulu que tout aille bien, que ce départ soit comme une nouvelle naissance.
Mais hélas, ses démons l'avaient vite rattrapé. Entre la barrière de la langue, lui qui ne parlait pas du tout anglais au départ, les cauchemars et les angoisses; il n'avait pas pu résister et avait replongé tête baissée dans sa blanche et l'alcool. Au moins, quand il était complètement défoncé, il ne ressentait plus cette déchirure entre Sasuke, Taka et John… Trois vies totalement différentes les unes des autres… et une seule tête, un seul cœur, une seule âme pour les vivre.
Alors non, il n'avait pas résisté. Et totalement centré sur lui-même, il avait négligé ceux qui avaient tout fait pour le sauver, ceux qui l'avaient suivi dans ce pays inconnu, les pensant incapables de le comprendre, d'entendre même ce qu'il avait à dire. Il avait rapidement trouvé un petit boulot comme livreur de pizza, et toute sa paye était passée dans ses fixs et ses bouteilles. Il avait été si facile de berner ses trois colocataires, bien moins perspicaces que Karin, Jûgo ou Suigetsu, et de leur cacher ses penchants.
Il avait l'impression que sans ça il ne pourrait rien faire, il ne pourrait pas faire face à tout ça. Bordel, même pour coucher avec son beau blond bizarre, il avait besoin de sa dose. Pas qu'il n'en ait pas envie, ou que celui-ci ne prenne pas mille précautions, s'assurant toujours qu'il y prenne du plaisir, n'hésitant pas à inverser les positions. Mais les souvenirs de ses dix ans de prostitution et ses jours de rétention dans l'une des cellules miteuses de l'organisation étaient tellement gravés dans sa chair, qu'il avait peur… terriblement peur...
Peur de n'être à nouveau qu'un jouet, peur de souffrir, peur d'être touché, peur d'être sale, et surtout… peur que Naruto l'abandonne s'il se refusait à lui. Pourtant, jamais son amant ne l'avait forcé. Mais le sexe avait tellement fait partie de sa vie, durant si longtemps, qu'il était persuadé que s'il ne faisait pas l'amour au moins une fois par jour, alors Naruto serait frustré et l'aimerait de moins en moins. Il s'était lourdement trompé, et ça il l'avait parfaitement compris le jour où son amant le lui avait littéralement hurlé à la tronche alors que complètement ivre il le lui avait avoué.
Après ça, leur vie sexuelle avait été très calme, voire inexistante, Naruto voulant lui prouver qu'il pouvait l'aimer platoniquement. Petit à petit, son compagnon l'avait réapprivoisé, et à l'heure d'aujourd'hui tout allait bien ce côté-là, Dieu merci. Ils alternaient les positions, Sasuke se retrouvant parfois dans le rôle de l'actif. Mais ce qui comptait le plus pour lui, ce qui avait toute son importance, c'était qu'il puisse voir le visage de son amant.
Cela limitait les positions possibles certes, mais l'ex-prostitué en avait besoin. La seule fois où ils avaient tenté une levrette, Sasuke avait fait une crise de spasmophilie tant il avait paniqué. Ce qui bien évidemment avait coupé court à toute nouvelle tentative de ce genre. Naruto avait eu toutes les peines du monde à le calmer, le forçant à respirer dans un sac en papier avant de lui faire avaler un calmant. L'angoisse s'était emparée de lui sans qu'il puisse l'endiguer.
Ne pas le voir le rendait tout aussi inconsistant que les clients qui le payaient avant pour profiter de son cul dans la rue des Embrumes, le ramenait à tout ce qu'il avait subi quand il avait été séquestré puis libéré par la police. Il savait bien pourtant que tout ça, c'était fini. Mais ces horreurs avaient resurgi sans crier gare, et il avait sombré dans une spirale terrifiante que sa raison n'avait pas réussi à contrer. Ses souvenirs l'avaient envahi, le laissant pantelant et paniqué, désespérément accroché à son sac en papier et à la main de Naruto qu'il broyait dans la sienne.
Comme toujours quand il allait mal, pour une raison ou pour une autre, Kurama avait aboyé fortement, prévenant ainsi les deux autres habitants de la maison qui étaient arrivés en courant. Si Kakashi était rapidement sorti de la chambre, comprenant qu'il ne serait d'aucune utilité, Itachi lui avait littéralement sauté dessus, harcelant Naruto pour avoir des explications que le jeune homme avait fournies sans rechigner, trop inquiet pour s'en formaliser.
Ce fut les rougeurs apparues soudainement sur le visage habituellement si pâle d'Itachi qui avait renseigné le blond sur l'indécence des dites explications. Par la suite, Itachi avait toujours pris soin de frapper à la porte avant d'entrer dans leur chambre, ne voulant surtout rien savoir de leur intimité, au plus grand amusement de Sasuke. Ça c'était une chose qui lui était resté : le manque total de complexe et de pudeur… du moins chez lui et avec des gens de confiance, au grand dam de son frère et de son amant, et pour le plus grand amusement de Kakashi.
Itachi… Depuis qu'il avait retrouvé ses souvenirs à l'hôpital, tous ses sentiments pour son frère aîné avaient resurgi, le troublant énormément. Après dix ans sans rien ressentir d'autre que la douleur et l'indifférence, retrouver toutes ces émotions lui avait donné le tournis. Et il avait eu énormément de mal à les gérer. Ça avait été plus facile avec Naruto, parce qu'entre eux les choses avaient évolué lentement au fil des week-ends passés ensemble. Avec Itachi, ça lui était tombé dessus sans prévenir.
Au procès, il avait appris tout ce que son frère avait fait pour lui, se pliant aux desiderata de l'Akatsuki dans l'espoir fou de le retrouver, de le protéger. Quand il avait appris l'énorme mensonge que Madara avait sorti à son aîné pour le manipuler, il avait senti sa haine envers les dirigeants exploser, et seule la main de Naruto fermement serrée autour de la sienne l'avait empêché de sauter à la gorge de ces enfoirés.
Retrouver son frère, alors qu'il avait oublié jusqu'à son existence... Il avait été perdu, mais bizarrement il avait vite repris ses habitudes d'enfant, profitant au maximum de cet amour fraternel sans borne qui les unissaient. Quand il faisait des cauchemars, il se retrouvait systématiquement pris en étau entre son amoureux et son frère, tous deux le prenant dans leurs bras pour le rassurer et le calmer quelles que soient les images qui revenaient le hanter.
Encore aujourd'hui, il n'hésitait pas à se réfugier dans les bras d'Itachi dès qu'il en ressentait le besoin. Il était toujours le premier à l'accueillir quand il rentrait du travail, ayant besoin de le voir, de le sentir, de l'entendre, de le toucher. C'était étrange de se dire qu'Itachi lui manquait durant la journée alors qu'il avait vécu dix ans en ignorant jusqu'à son existence. Une léchouille sur sa main attira son attention sur Kurama qu'il caressait toujours.
Avec un sourire, Sasuke gratta l'arrière des oreilles du rottweiler, faisant grogner de plaisir celui-ci.
- T'aimes ça, hein ?
En réponse, le chien féroce lécha le bras du jeune homme, agitant frénétiquement son moignon de queue sur le sol. Sasuke adorait Kurama, même s'il trouvait bizarre de l'appeler ainsi maintenant, et ce dernier le lui rendait bien.
Depuis leur arrivée en Angleterre, le chien ne le quittait pas d'une semelle, le suivant où qu'il aille et quoi qu'il fasse. Le jeune homme avait bien conscience qu'il devait une fière chandelle au canidé, celui-ci le protégeant des mecs louches et pas forcément bienveillants qu'il avait rencontrés quand il se défonçait encore. Dès que l'un de ces types essayait de le toucher, Kurama grognait et montrait les crocs, éloignant l'importun qui ne lui voulait sûrement pas que du bien.
Sûrement que sans le rottweiler à ses côtés, Sasuke aurait été violé, battu ou pire encore, de nombreuses fois. Le chien restait avec lui, même quand il planait à trois milles, shooté jusqu'aux yeux au fond d'une ruelle sordide. C'était d'ailleurs Kurama qui prévenait les trois autres de sa présence en aboyant fortement pour les guider jusqu'à lui. Dès qu'il allait mal, crises d'angoisses, larmes, cauchemars, crises de manque, le chien avertissait son entourage en geignant ou aboyant. Et son sixième sens canin ne se trompait jamais.
Alors, même si Naruto râlait parfois après son chien, pas si fidèle que ça, Sasuke savait que cela le rassurait de savoir Kurama près de lui. Avec ce brave toutou à ses côtés, il était en sécurité et c'était un excellent avertisseur en cas de problèmes. Durant sa cure de désintox, le chien lui avait manqué, beaucoup. Il avait bien tenté de convaincre le médecin de le laisser venir, mais celui-ci avait refusé que Kurama reste avec lui. Les animaux étaient interdits au centre, point final et il n'y aurait aucune exception.
A défaut de pouvoir s'occuper du chien de son amant, il avait trouvé refuge dans la bibliothèque du centre, trouvant avec joie un exemplaire de Fairy tail, cet animé qu'il avait aimé regarder lors des week-ends dans des hôtels de luxe. Rapidement, il avait pris goût à la lecture, dévorant tout ce qui lui tombait sous la main. Grâce à ça, il s'évadait loin de ses problèmes divers et variés et loin du centre où il était soigné. Le temps d'un bouquin, il vivait autre chose que son propre mal-être.
La désintox, ou Rehab comme ils disaient ici... Il y était allé, contraint et forcé, ne voyant pas l'utilité de la chose. Au bout de quelques jours, plus lucide, il avait pris conscience du cycle infernal dans lequel il s'était enfermé, entraînant son amoureux et son frère avec lui. Bourré de remords, mais n'ayant pas le courage d'affronter le regard des deux personnes qui comptaient le plus pour lui, Sasuke avait supplié le médecin de le laisser parler avec Kakashi.
Et l'ex-policier était venu. Après une discussion calme mais intense, l'homme plus âgé ne lui ayant rien caché de ce qu'il ressentait face à cette situation, ni du désarroi de Naruto et d'Itachi qui ne savaient plus quoi faire pour l'aider et culpabilisaient pour des choses dont ils n'étaient pas responsables, Sasuke avait revu son avis sur celui qui était son beau-frère. Jusqu'à présent, il le considérait comme faisant partie du décor; mais au final, c'était loin d'être le cas.
Il n'avait pas d'affinités particulières avec lui et ne cherchait pas à le connaître. Au fil des visites, un lien fort s'était tissé entre eux, Sasuke considérant Kakashi plus comme un père de substitution que comme un grand frère. Avec l'aide de l'ancien inspecteur, il avait réussi à dépasser ses addictions et surtout à avancer... En sortant de cure, c'était lui qui lui avait proposé un boulot, d'abord à temps partiel puis à temps plein dans sa librairie. C'était différent d'avec les deux autres, mais tout aussi fort. L'homme aux cheveux gris était son garde fou, celui qui posait les limites et le remettait à sa place quand il déconnait.
- Tiens, regarde...
La voix grave de son amoureux attira son attention sur l'écran d'ordinateur de celui-ci. Sur l'écran s'affichait une photo de deux jeunes hommes, souriant côte à côte, assis sur des transats devant une piscine. L'un d'entre eux était roux, les cheveux coupés courts, dévoilant un tatouage sur son front pâle. L'autre avait les cheveux mi-longs, blancs, et des yeux mauves ressortant étrangement sur son visage rosi par le soleil.
Sasuke ricana devant la photo en remarquant à haute voix :
- Tsu a pris un coup de soleil... Ils sont où là ?
- Aux Baléares.
- Tranquille la vie !
- Ils ont raison d'en profiter non ?
- C'est clair ! Y'en a d'autres ?
- Oui, tiens regarde !
Naruto commença à faire défiler les photos, riant des commentaires de Sasuke. Théoriquement, ils n'avaient pas le droit d'avoir le moindre contact avec leurs anciennes connaissances. Mais grâce à internet, Naruto avait retrouvé ses amis, en allant jouer à un jeu de stratégie auquel il jouait déjà auparavant avec eux. Gaara sachant qu'il n'était pas mort, avait vite deviné qui se cachait derrière le pseudonyme de Kyuubi. Cet étranger en Angleterre qui avait rejoint leur guilde dans le jeu n'était pas tant que ça un inconnu.
Grâce à Facebook, les deux amis avaient pu discuter en toute discrétion, échangeant photos et nouvelles. Sur sa page personnelle qu'il partageait avec son amoureux, Naruto se présentait comme : Kyuubi Sharingan. Sharingan était le pseudo de Sasuke, pseudo trouvé dans un livre de science-fiction et que le jeune homme avait tout de suite adopté.
- Passe leur le bonjour de ma part, et dis à Tsu de se foutre de la crème solaire. Il ressemble à une sardine grillée !
Pouffant doucement, Naruto tapa rapidement le message, la réponse ne tardant pas à venir, Tsu protestant vertement contre la comparaison entre sa modeste personne et un vulgaire poisson en boite. Sasuke attrapa le clavier pour faire remarquer à son ancien coloc qu'avant d'être en boite la sardine vivait dans l'eau, s'amusant des réponses du jeune homme. Il était content d'avoir de ses nouvelles, et de voir qu'il s'en était sorti, même si celui-ci ne savait pas qu'il était Taka. Taka alias Sasuke avait disparu après le procès. Un corps à la morgue avait été identifié comme le sien, repêché dans le fleuve. Suicide, accident ou meurtre, l'enquête n'avait jamais pu le déterminer.
C'était grâce à Gaara que Suigetsu, Karin et Jûgo avaient pu changer de vie. Après leur départ vers l'Angleterre, Gaara avait réussi à accéder à une partie des dossiers du procès, apprenant ainsi les grandes lignes de l'histoire. Après en avoir discuté avec son père, le jeune homme avait décidé d'aider les amis de Taka. Il était allé les chercher dans le bidonville où ils habitaient toujours, entraînant à sa suite Shikamaru et Chôji.
Les trois ex-membres de l'Akatsuki n'avaient pas eu la chance de bénéficier d'un programme de protection quelconque. Laissés livrés à eux-mêmes après le démantèlement de l'organisation mafieuse, ils s'étaient serrés les coudes et avaient tenté de continuer à survivre malgré tout. Karin continuait à tapiner, Suigetsu dealait et Jûgo faisait des combats illégaux. Gaara, Shikamaru et Chôji avaient petit à petit gagné leur confiance, puis leur amitié. Les autres amis de Naruto les avaient progressivement rencontrés et avaient eux aussi décidé de les aider.
Karin avait d'abord trouvé un boulot de serveuse dans un bar branché tenu par la famille d'Ino, avant de finalement pouvoir ouvrir un salon de thé dans l'un des quartiers les plus commerçants de la ville. Jûgo travaillait comme vigile dans l'un des supermarchés appartenant à la famille de Shino. A l'heure actuelle, Karin et Jûgo s'étaient mariés et attendaient leur premier enfant, ce qui avait fait un sacré choc à Sasuke quand il l'avait appris, le laissant muet, la bouche grande ouverte, incapable de prononcer autre chose que "Karin et Jûgo... Karin et Jûgo..." au plus grand amusement de Naruto.
Mais le plus surprenant était le couple que formaient Gaara et Suigetsu. Quand Gaara avait annoncé la chose à Naruto, celui-ci en était resté baba, ne connaissant pas un penchant pour les hommes à son ami, alors que Sasuke hurlait de rire à côté de lui, plaignant à voix haute le roux qui ne risquait pas s'ennuyer avec un phénomène pareil. L'ex-prostitué, anciennement sous la coupe de Kisame, avait trouvé un emploi de secrétaire aux ressources humaines dans l'une des succursales de la famille Hyuga, et son patron direct était nulle autre que... Témari.
La jeune fille et le jeune homme étaient devenus très amis, permettant ainsi à Gaara d'approcher de plus près celui pour qui il avait eu un véritable coup de foudre. Sasuke et Naruto avaient suivi avec intérêt le rapprochement entre les deux hommes. Suigetsu avait eu quelques difficultés à vivre en couple au début, traversant quelques difficultés quant à la concrétisation charnelle de sa relation avec Gaara. Mais la patience du roux et sa prévenance leur avaient permis de franchir tous les obstacles. Depuis presque deux ans maintenant, ils étaient ensemble et filaient le parfait amour, voyageant dès que l'occasion le leur permettait.
Ils avaient prochainement prévu de venir à Londres pour un week-end, et Naruto avait immédiatement suggéré qu'ils se voient. Itachi et Kakashi s'y étaient fortement opposés, expliquant par A plus B au jeune homme que c'était une très mauvaise idée. Sasuke, lui n'avait rien dit. Il comprenait parfaitement les arguments de son frère et de son beau-frère, mais Suigetsu avait tellement fait pour lui qu'il ne pouvait s'empêcher d'avoir envie de le revoir, même s'il risquait fort de se faire encore appeler Choupinet.
Finalement, c'était Gaara qui avait réglé le problème en discutant avec son amant. Il lui avait clairement dit que s'ils allaient en Angleterre, ils verraient des gens placés sous la protection de la justice et que cette rencontre devrait rester un secret absolu. Suigestu avait juré de ne jamais révéler à quiconque quoi que ce soit de ce voyage. Naruto de son côté avait promis de ne pas révéler sa nouvelle identité, ni son adresse, et finalement Itachi et Kakashi avaient cédé. En attendant ces retrouvailles, Naruto et Gaara échangeaient régulièrement via Facebook, le roux donnant des nouvelles de leurs amis communs aux deux exilés.
Sentant le sommeil le gagner, Sasuke releva la tête pour embrasser les lèvres charnues de son amoureux, attirant ainsi son attention.
- Dodo ?
- Vas-y, je te rejoins tout de suite, répondit Naruto en souriant.
Quittant le canapé confortable, Sasuke se dirigea vers la chambre, Kurama sur ses talons. Le chien s'arrêta juste devant la porte, attendant sagement que son maître légitime ne rentre à son tour dans la pièce.
Quand Naruto le rejoignit, Sasuke était en train d'avaler un anxiolytique supposé lui éviter de faire des cauchemars trop violents. Deux bras hâlés entourèrent sa taille et une tête blonde se posa sur son épaule. Tournant le visage vers son amant, il tomba dans deux océans de tendresse qui le dévisageaient paisiblement. Passant une main caressante sur l'une des joues marquées par trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches, Sasuke sourit doucement à son homme.
- Honey, souffla celui-ci.
- Hn...
- Tout va bien ?
Cette question, Naruto la lui posait régulièrement, craignant toujours de voir les vieux démons de l'élu de son cœur resurgir.
Sasuke le rassura d'un sourire, en répondant à mi-voix :
- Tout va toujours bien quand tu es là, Sunshine...
A ce surnom trop peu souvent utilisé, Naruto sourit de toutes ses dents avant d'embrasser fougueusement l'homme de sa vie, bien décidé à l'entraîner dans un corps à corps des plus sensuels.
Amusé, Sasuke demanda :
- C'est toi ou moi dessus ?
- Comme tu veux, répondit Naruto entre deux baisers enfiévrés.
- On tire à la courte paille ?
- Ah non ! Lança le blond en relevant la tête, tu vas tricher ! Tu triches toujours !
L'éclat de rire moqueur de Sasuke résonna dans la chambre, vite étouffé par les lèvres de celui qu'il considérait comme son soleil. Leurs vêtements volèrent dans la pièce éclairée par les lampes de chevet.
De l'autre côté de la porte close, Kurama tourna trois fois sur lui-même dans un sens, puis trois fois dans l'autre avant de se laisser tomber lourdement sur le plancher, posant sa tête massive sur ses pattes avant et fermant les yeux, bien décidé à dormir. Il était bien là, dans cette grande maison pleine de gens si gentils avec lui. Entre ses deux maîtres et leurs amis, il était comme un coq en pâte... Une vraie vie de chien fidèle, soigné et bien nourri qui en ferrait pâlir d'envie n'importe lequel de ses congénères.
FIN.
Commentaires des auteures !
Enfin ! On a réussi à boucler cet épilogue ! Ce fut long et difficile, mais nous avons vaincu ! On espère qu'il répond à toutes les questions que vous pouviez vous poser sur la suite de leur histoire, du genre : « Mais que sont-ils devenus ? »
Encore une histoire qui se termine. Snif, sortez les mouchoirs. On espère vraiment qu'elle vous aura plu. On vous remercie de l'avoir suivie jusqu'au bout du bout.
On est un peu triste de quitter tous ces personnages à qui on a fait vivre de sacrées aventures, mais toutes les bonnes choses ont une fin et il fallait poser enfin l'ultime point final.
On vous donne donc rendez-vous, avec beaucoup d'émotions, pour la prochaine !
L'histoire de Taka s'arrête ici.
N'oubliez pas, on vous donne rendez-vous bientôt ! Envoyez-nous un MP ou un message via Facebook pour avoir tous les détails si vous êtes intéressés.
Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :
Dans la pièce où les deux auteures soufflent, fêtant la fin de cette histoire à coup de café et de coca coulant à flot, les personnages sont étrangement calmes et silencieux, ce qui inquiète les deux jeunes femmes :
- Ben alors, qu'est-ce qui vous arrive ?
Naru explique avec un soupir :
- Sasu n'est pas encore remis du fait qu'il est bel et bien Taka, Ita savoure le fait que pour une fois il a la classe, Kakashi s'assure que vous n'avez pas oublié un seul de ses cheveux en enlevant la teinture, et Kyu... ben... je sais pas !
- Tu sais pas ! Rugit Kyu. Mais, je suis un chien dans cette fic ! Un foutu clebs ! Et pire que tout... J'adore le mini-Uchiwa ! Tu te rends compte ? C'est une abomination faite à ma personne !
A ces mots, Yzan se lève d'un bond et attrape le démon renard par les queues en vociférant :
- De quoi tu te plains ? Tu sais que ça aurait pu être mille fois pire ? Et dire que je me suis démenée comme une folle, que j'ai supplié Lili... tout ça pour toi, et c'est comme ça que tu me remercies ?
Naru, surpris, regarde Lili qui sirote tranquillement son verre de coca.
- De quoi elle parle ?
- Disons que moi, au départ, j'étais partisane de laisser Kyu à Kiba, comme ça il se serait éclaté avec Akamaru. Mais Yzan tenait tellement à ce que Kyu parte avec vous, que voilà... j'ai cédé. Après Kyu, c'est toi qui vois... Tu préfères Akamaru et Kiba ou Sasuke ?
Se jetant aux pieds d'Yzan, Kyu se confond en remerciements :
- Yzan, ma sauveuse ! Merci ! Mille fois merci ! Je t'aime tu sais, je t'adore ! Demande moi ce que tu veux, je le ferai pour toi !
Pendant qu'Yzan énumère tout ce qu'elle désire à Kyu qui se met en quatre pour la satisfaire, Taka ébauche un sourire et souffle doucement avant de disparaître : bon anniversaire Loute !
Parmi les revendications de la fanfikeuse invétérée, le renard démoniaque sourit à pleines dents et approuve vigoureusement son idée de l'humaniser et le scénario qu'elle lui dévoile. Sortant un carnet d'on ne sait où, il prend des notes, prêt à tout pour la soutenir dans cette nouvelle idée que Lili subventionne aussi et commente. Le squelette prend forme peu à peu, le démon se retenant à grand peine de sauter de joie. Les autres personnages, eux, pâlissent à vue d'oeil...
Gaara et Suigestu, qui passaient par là, se tournent vers les lecteurs :
- Alors, finalement, vous en pensez quoi de cette fin ? Et de notre couple ? Reviewez, promis elles mordent pas... enfin si, mais seulement nous donc vous ne risquez rien !
