Salut à tous ! Le dimanche est arrivé, et le chapitre nouveau avec. L'évolution du jeune assassin se poursuit tout doucement. Bonne lecture à tous et merci à mes reviewers !
Résumé de l'épisode précédent : Un été de rude entraînement avec deux professeurs fous et impitoyables, puis c'est le retour à Poudlard. En présence des Détraqueurs, cependant, et la réction face à ces monstres du jeune assassin est violente. Il n'y voit donc qu'une seule parade : l'entraînement, encore, à peine interrompu par la destruction d'un Horcruxe.
Aussi se retrouva-t-il de très mauvaise humeur le lendemain. Cela faisait plusieurs années qu'il n'avait plus été aussi épuisé, même après des combats ou des entraînements intensifs. Un moment il caressa l'idée d'en parler à Ra's al'Ghul, puis renonça – ce serait avouer une terrible faiblesse et le seigneur n'apprécierait pas. Nyssa le lui dirait probablement, elle était donc exclue de l'équation. Restaient Bellatrix et Slade, mais il y répugnait également.
Les deux adultes le traitaient différemment de la Ligue. Comme un apprenti, certes, ne le ménageant aucunement mais, sans qu'il ne sache expliquer pourquoi ou comment, leur relation était différente. Leurs conseils portaient souvent sur des points au-delà de simples cours sur l'art de la magie ou du combat. Des choses qui pouvaient arriver dans la vie, des avertissements. Ils ne faisaient pas confiance à la Ligue mais Al'Najin restait convaincu que c'était une erreur. Il ne faisait pas partie de la Ligue pour le simple principe d'en faire partie, mais parce que leurs buts correspondaient.
Il resta silencieux au petit-déjeuner malgré le brouhaha autour pourtant plus important qu'à l'accoutumée. Il ne mangea presque rien, plongé dans ses pensées, et Susan finit par lui mettre un coup de coude.
"Hey, Stan, tu as vu ça ?"
"Quoi ?" demanda-t-il mollement.
"Lestrange a été assassiné ! Rodolphus, le mari de Bellatrix."
"Hein ?" demanda-t-il sans comprendre tout de suite, ne faisant pas le lien avec la Bellatrix dans leur manoir de Londres.
Elle lui tendit le journal et il le prit d'une main distraite, prenant une gorgée de lait de l'autre. Ses yeux se posèrent sur la une et la grande photo, et il recracha aussi sec le liquide dans sa bouche, s'étouffant.
La photo, incroyablement crue pour un journal aussi grand public, montrait le corps de Rodolophus Lestrange au sol. Sa tête n'était presque plus reconnaissable – tout le côté droit, tourné vers le ciel, en était déformé, la boîte crânienne explosée. Il n'eut aucun mal à reconnaître un impact de balle d'assez gros calibre – 12,7, probablement. Un seul tir, qui avait frappé directement au cerveau. Le Mangemort n'avait eu aucune chance d'en réchapper.
Ses yeux parcoururent rapidement l'article mais cela ne fit que confirmer ce qu'il pensait. Rodolphus devait être amené pour interrogatoire au Ministère, au cas où il ait des informations supplémentaires sur sa femme et son cousin par alliance. La chose avait été laissée sous silence, l'homme entouré d'une garde rapprochée et d'une horde de détraqueurs. Il avait débarqué d'Azkaban dans un endroit maintenu secret et les Aurors avaient été sur le point de transplaner, moins de deux minutes après leur arrivée sur la terre ferme, lorsque la tête du Mangemort avait explosé.
Leurs recherches immédiates n'avaient pas montré âme qui vive et cela confirmait encore ses doutes. Il le connaissait assez bien pour l'affirmer avec certitude : ce tir était signé Slade Wilson.
Un excellent sniper, assez loin pour ne pas être repéré. Le calibre était aussi celui qu'utilisait le mercenaire australien. Surtout, peu de tireurs d'élites avaient entendu parler de sorciers et seraient capables de se retrouver dans un lieu protégé par magie pour atteindre une cible exposée moins de cinq minutes. Il ne voyait cependant pas de motif à l'acte du mercenaire. Eh bien, Rodolphus était le mari de Bellatrix, certes, mais la sorcière, même si elle avait voulu agir contre son ex-époux, n'était pas du genre à demander à quelqu'un de le faire à sa place.
"Incroyable, hein ?" fit Susan à côté de lui.
"Incroyable" confirma-t-il d'une voix légèrement rauque.
Ce à quoi il ne s'attendait absolument pas fut Hermione qui vint se placer derrière lui, ses mains serrées sur son journal, les jointures blanches sur le papier froissé.
"Stan ? Je peux te parler une minute ?"
Il se releva en réponse, attrapant son sac par sa bandoulière en abandonnant son petit-déjeuner grignoté, et ils sortirent de la grande salle ensemble. Ils avaient cours de Défense ensuite et se mirent en marche. Cela faisait quelques temps qu'il n'avait plus vraiment parlé à Hermione. La jeune femme passait moins de temps à la bibliothèque, étudiant énormément – il avait vu le nombre d'options qu'elle avait prises – et lui-même fouillait le château. Elle finit par s'arrêter, inspirant profondément, ses mains tremblant.
"Quoi ?" demanda-t-il.
Hermione releva soudain la tête, le regardant dans les yeux.
"C'est ton père, n'est-ce pas ?" demanda-t-elle d'une voix basse.
"De quoi ?" répéta-t-il sans comprendre.
"Lestrange. C'est ton père qui l'a tué."
Il cligna bêtement des yeux, avant de nier aussitôt.
"Hermione... ne me dis pas que tu es en train d'accuser mon père de meurtre."
Les poings de la jeune fille se serrèrent. Elle avait les larmes aux yeux.
"Ne me mens pas ! Je l'ai vu à l'infirmerie, l'année dernière. Je l'ai reconnu – tous les journaux, toutes les télés ont transmis sa photo. C'est Slade Wilson, le tueur. Je ne sais pas comment il peut être Lord, pourquoi, mais je suis sûre que c'est lui. Après j'ai regardé et ta sœur – c'est Nys..."
Il la saisit par l'épaule, l'entraînant dans une alcôve plus discrète en l'interrompant. Un léger cri surpris lui répondit.
"A qui tu l'as dit ?" demanda-t-il rudement en la collant au fond de l'alcôve, contre le mur.
"Quoi ?" demanda-t-elle faiblement.
"A qui tu as dit ce que tu as cru deviner ?" répéta-t-il.
"S... Stan, tu me fais mal !"
Il la relâcha aussitôt et elle se frottant l'épaule, les larmes aux yeux.
"Désolé" s'excusa-t-il mécaniquement. "Mais c'est important, Hermione – à qui as-tu dit cela ?"
"Personne" répondit-elle, effrayée, avant de soudain reprendre du poil de la bête et de se redresser. "Mais s'il commence à tuer des sorciers, je le dirai ! Partout, à tout le monde !"
"Et tu ne le dirais pas aux moldus ?" demanda-t-il, sceptique.
Un regard de défi lui répondit.
"Tu es comme moi, Stan ! Tu viens de chez les moldus, tu as été bien accueilli ici ! Chez les moldus, tout le monde s'entretue. Wilson n'est qu'un ancien militaire trahi par son gouvernement, d'après les rumeurs – ça n'excuse pas de tuer les gens, mais il était payé par un Etat pour faire ça !"
Un rire sans joie lui répondit.
"Ouais. Et quelle différence avec les sorciers ?"
"La magie n'est pas horrible comme ça !"
Une expression stupéfaite apparut sur le visage de Stan. Il ne pouvait pas croire à la naïveté de la jeune femme.
"Ma première année ici" énonça-t-il lentement "j'ai vu un homme abattre la plus belle créature que je n'avais jamais vu, une licorne. Une créature incroyablement pure, profondément innocente, il l'a abattue pour boire son sang. Quand j'ai voulu la défendre, il m'a jeté un sort qui m'a brisé toutes mes côtes d'un coup."
Hermione hoqueta.
"Une exception !"
"Après" poursuivit-il, imperturbable "je suis aussi tombé sur un homme qui faisait rentrer un troll dans une école pour attaquer des enfants. Puis sur un morceau d'âme qui possédait les gens pour lâcher un serpent de vingt mètres sur des gamins."
"Mais c'est Voldemort !" chuchota-t-elle. "Ce n'est qu'un homme !"
"Navré" répondit-il avec ironie "j'ai oublié que tous ses Mangemorts agissaient sous la contrainte, bien sûr. Bon sang, Hermione, il y a eu une putain de guerre civile il y a dix ans en Angleterre. Demande-leur, demande aux profs ! Ce qu'il se passait, les enlèvements dans les rues, les gamins qui n'étaient jamais retrouvés ! Demande à Neville où sont ses parents, devenus fous tellement ils ont été torturés, restés à l'état de légumes depuis ! Une guerre est une guerre et elle reste moche, que ce soit chez les moldus et les sorciers. Pour moi, il n'y a aucune différence entre les deux. Les humains restent des humains, qu'ils aient de la magie ou non, soit des salauds dans leur majorité. Il y a un homme ici qui t'a ciblée spécifiquement pour te tuer, Hermione. Ne me dis pas que tu l'as oublié."
"Non" murmura-t-elle.
"Est-ce que ça te serait arrivé chez les moldus ? Je ne pense pas. Parce qu'il y a tellement plus de moldus que de sorciers que, si tu calcules en fonction de la population, les sorciers sont bien pires."
"Ça ne change rien au fait que ton père et ta sœur soient des tueurs" fit-elle d'une voix éteinte.
"Et le père ou la mère de Malefoy, de Crabbe, de Goyle, de Nott, de Weasley, de Bones, et pratiquement tous nos profs sont des tueurs. Tu connais bien plus de tueurs chez les sorciers que chez les moldus, Hermione."
Sa voix paraissait posée mais il était en plein désarroi. Hermione connaissait l'identité de son père et de sa sœur. Peu surprenant, au vu de son intelligence. Cependant, si elle connaissait le vrai nom de Nyssa, elle avait fait le lien avec la Ligue des Assassins. Or, la règle de la Ligue était claire – ceux qui en savaient trop sur leurs plans devaient être éliminés. Ses connaissances mettaient en danger sa position à lui, en tant qu'assassin.
Mais il ne pouvait pas s'y résoudre. Il aimait bien Hermione. Au début, elle avait été un moyen d'accélérer son apprentissage. Ils avaient commencé à discuter au fil des sessions d'études, s'étaient entraînés à des sortilèges ensemble. Ils étaient devenus camarades plutôt que simples coétudiants. Puis il y avait eu la Chambre et leur plongée avec Cédric. Ce jour-là, Hermione avait sauvé sa vie. Elle avait avancé sous les sorts de Voldemort pour lui administrer l'antidote et ensuite détruire le carnet.
Une dette de vie était quelque chose d'important pour un assassin, pourtant il n'y avait pas que cela. Il aurait pu considérer la dette comme nulle puisqu'il l'avait protégée du Basilic. Une vie pour une vie, l'histoire s'arrêtait là. Ce n'était définitivement pas le cas.
"Stan ?" demanda une toute petite voix.
"Quoi ?" soupira-t-il, ne sachant que faire.
Il ne pouvait pas tuer Hermione, réalisa-t-il soudain. Et si la Ligue l'apprenait, il serait considéré comme traître. Il aurait pu se contenter d'en toucher un mot à Sarab ou Nyssa – sans explications, juste dire que sa mission nécessitait l'élimination de la jeune femme, et elle serait morte à son prochain retour chez elle. Mais même cela, il ne pouvait pas.
"Tu... tu as aussi..."
"J'ai tué le Basilic" éluda-t-il. "J'ai essayé de tuer celui qui buvait du sang de licorne. Hermione... est-ce que tu as la moindre idée du danger qui pèse sur ta tête ?"
"Vol..."
"Non, pas Voldemort. Les moldus. Voldemort n'est pas un danger immédiat."
"Je ne comprends pas" murmura-t-elle, et il se prit le visage entre les mains, désespéré.
Il fallait qu'il fasse quelque chose. S'il couvrait la jeune femme et qu'elle révélait son secret, il mourrait probablement, ou du moins la Ligue le punirait très sévèrement. La seule issue qu'on lui avait donné pour les gens en sachant trop était la mort, et il ne voulait pas. Le dilemme lui semblait insoluble et son esprit habituellement vif ne réagissait pas, ne trouvait pas de solution alternative. Même si Hermione quittait Poudlard et l'Angleterre, la Ligue n'aurait aucune difficulté à la retrouver si elle apprenait ce qu'il s'était passé.
Il n'avait jamais rien caché à la Ligue et était incapable de mentir à Ra's.
"Stan ?"
"Quoi ?" demanda-t-il, agacé. "Je réfléchis, Hermione !"
"Pourquoi je suis en danger ?"
Il eut un rire désabusé.
"Parce que tu sais où se trouvent Slade Wilson et la fille de Ra's al'Ghul ?" proposa-t-il. "Parce que si n'importe qui apprend que tu le sais, tu vas devenir une cible pour des dizaines de gens ? Sans compter que tu me mets énormément en danger. Tu sais ce que je devrai faire ? Prendre mon téléphone, appeler Nyssa, et lui dire que quelqu'un sait. Et tu sais quoi ? Je ne veux pas le faire. Je n'ai pas envie de te voir morte, Hermione, et je cherche un foutu moyen de l'empêcher, et là, tu ne m'aides pas."
"Tu fais partie de la Ligue..." affirma-t-elle faiblement autant qu'elle demanda.
"Et la loi de la Ligue exige que je te tue parce que tu sais" asséna-t-il en réponse.
Il réalisa soudain qu'il ne résoudrait pas son dilemme. La réponse était simple – il ne voulait pas tuer Hermione. Que ce soit en le faisant lui-même ou en la dénonçant à la Ligue, le résultat serait le même : il serait son assassin.
Ou il deviendrait un traître et il risquait sa vie. Un juron lui échappa. Il n'arrivait pas à franchir ce fichu pas.
"Tu vas le faire ?" demanda-t-elle d'une voix étonnamment calme.
Il jura à nouveau et elle sourit doucement, avant de soudain l'enlacer. Il faillit la repousser d'un coup dans le plexus mais ne bougea pas, pétrifié.
"Je sais que tu n'es pas quelqu'un de mauvais" chuchota-t-elle à son oreille, le pétrifiant encore plus. "Ton père et ta sœur, je ne sais pas, mais quand ils étaient dans l'infirmerie, avec toi, ils étaient inquiets pour toi. Ils ne peuvent pas être entièrement mauvais non plus. Et toi tu es quelqu'un de bien, tu as sauvé Ginny, tu es venu avec nous sans hésiter."
"Je ne suis pas quelqu'un de bien" répliqua-t-il vivement. "Loin de là."
"Tu n'es pas mauvais" répéta-t-elle. "Voldemort est mauvais. Malefoy est mauvais."
Il retint un éclat de rire hystérique. Malefoy, mauvais ? C'était un gamin prétentieux qui n'avait aucune idée de ce qu'était la vraie vie. Il tenta de se dégager mais elle resserra sa prise.
"Je ne le dirai à personne" promit-elle à son oreille. "Ça sera entre toi et moi, Stan, je te le promets. Je ne le dirai jamais."
Il tenta de démonter ses arguments et de se défaire de son étreinte. Il était allé sauver Ginny pour ne pas bousiller sa couverture. Elle ne l'écouta pas, accrochée à lui. On n'affrontait pas seul un basilic pour une couverture, maintenait-elle. On ne sauvait pas des licornes en affrontant plus fort que soi pour une couverture. Et de toutes façons, elle avait pris sa décision, donc ils n'en reparleraient plus jamais pour éviter qu'on ne les entende.
Et, malgré lui, il se sentit touché par sa confiance. Déplacée, de son opinion, mais cela lui faisait quand même quelque chose, nouait sa gorge. Il sentait la sincérité dans sa voix et son étreinte et sa décision fut prise.
Qu'importait le risque, aussi longtemps qu'elle lui ferait confiance, il ne la trahirait pas et n'agirait pas contre elle.
Hermione tint sa promesse dans les semaines qui suivirent. Elle ne lui reparla plus jamais de la chose, ne changea pas d'attitude envers lui. Il n'aborda pas non plus le sujet, maintenant néanmoins une étroite surveillance autour d'elle. Elle ne rentra pas chez elle pour Noël non plus. Ils étaient peut-être une douzaine à rester dans le château et le professeur Lupin lui avait proposé d'en profiter pour étudier le Patronus avec lui.
Les premiers cours particuliers furent désastreux. Mémoriser la formule et le mouvement de baguette ne fut pas bien compliqué. Puis Lupin lui avait dit de se concentrer sur un souvenir heureux en exécutant le sort. Rien n'était sorti, pas même un petit filament argenté. Il avait réessayé, encore et encore, se concentrant sur des mémoires qu'il avait. Des heures pendant toutes les vacances.
Lupin avait été patient avec lui. Lui avait dit que l'immense majorité des sorciers ne réussissaient jamais ce sortilège, mais cela ne l'avait pas aidé. Alors il lui avait dit de se concentrer sur un souvenir plus heureux, quelque chose qui l'avait réellement empli de bonheur, et il avait promis qu'il chercherait un meilleur souvenir.
C'était six semaines auparavant. Il n'avait pas progressé d'un pouce sur le Patronus. Oh, ses cours de sortilèges avançaient bien, ses méditations pour devenir Animagus sous l'œil vigilant de McGonagall également. Il savait déjà qu'il serait une créature ailée – il se sentait souvent planer dans le ciel – sans plus d'indication pour le moment. Comme elle le lui avait conseillé, il n'avait pas cherché spécifiquement à savoir ou à être un animal particulier, attendant simplement de voir ce qui lui serait réservé.
Mais toujours pas le moindre filament argenté en vue. Il s'en était détourné temporairement en sentant la frustration monter, reprenant sa fouille méthodique du château en diminuant la fréquence des entraînements. Cela lui aéra effectivement l'esprit et il poursuivit lentement sa remontée dans les étages. Lorsque Ra's lui ordonna de rentrer pour les vacances de printemps, il en était au cinquième et toujours aucune trace de ce qu'il cherchait.
"Hey Stan" salua un matin Hermione. "Comment tu vas ?"
"Bien" répondit-il avec un sourire.
Ils avaient tous les deux tenu parole. Le secret partagé les avait un peu rapprochés, au final, même s'il craignait toujours pour leurs deux vies si quelqu'un découvrait la vérité.
"Tu voulais quelque chose ?" s'enquit-il.
"J'avais trouvé un bouquin pour toi" répondit-elle avec un sourire enthousiasmé. "Mais je ne pensais pas te voir aujourd'hui, je vais te le chercher."
Il acquiesça et elle se releva, avant de se tourner à moitié vers lui.
"Tu veux venir ? Tu as déjà vu la salle commune des Gryffondor ?"
"Euh… c'est autorisé, ça ?" demanda-t-il, dubitatif.
Elle sourit avec amusement.
"Tu te soucies des règlements, toi ?" taquina-t-elle, et il se rendit d'un haussement d'épaules, la suivant hors de la Grande Salle. "Tu rentres pour les vacances ?"
"Ouais. Et toi ?"
"Aussi" admit-elle. "Ton père veut te voir ?"
Il serra ses lèvres.
"Il n'est pas mon père" signala-t-il à mi-voix. "Le père de Kaheda veut me voir."
Cela signifiait probablement qu'ils avaient trouvé un autre Horcruxe et avaient besoin de sa présence pour le détruire. Il ne désobéirait néanmoins pas à Ra's al'Ghul, même s'il n'avait pas vraiment envie d'une autre session de "vacances" constituée uniquement d'entraînements où il perdrait systématiquement. Entre son animagus qui avait commencé à stagner depuis qu'il savait être un oiseau, le Patronus qu'il était incapable de faire apparaître et les migraines que lui collaient les sortilèges à mouvement modulable que lui enseignait Flitwick, il n'avait vraiment pas besoin d'une frustration en plus.
Hermione chuchota le mot de passe devant la Grosse Dame et il roula des yeux, ayant parfaitement entendu le mot prononcé. Le tableau bascula néanmoins et il y eut un couinement, puis un petit rongeur passa en galopant, suivi par un gros chat énorme que Hermione rattrapa au vol.
"Pattenrond !" reprocha-t-elle. "Je t'ai dit mille fois de ne pas chasser Croûtard !"
L'assassin posa son œil sur le rat qui allait disparaître, puis plongea en avant, à peine visible. Sa main se referma sur l'animal et il pressa immédiatement sa gorge alors qu'il couinait, le privant d'oxygène. Il s'évanouit en à peine quelques secondes, mais Al'Najin l'avait déjà fourré dans sa poche. L'occasion avait été trop belle pour qu'il la laisse passer et pourtant il poussa un juron sonore.
"Tu l'as raté ?" soupira Hermione.
"Oui" mentit-il sereinement. "Il est rentré dans un trou du mur. Bah, je suppose qu'il reviendra."
Et ce fut sans regarder en arrière qu'il entra dans la salle commune des Gryffondor. Quelques regards surpris se posèrent sur lui puis il salua poliment les Gryffons présents. Plusieurs lui rendirent sa salutation et Hermione reposa son chat avant de monter rapidement dans sa chambre. Elle avait un épais livre en main lorsqu'elle redescendit et le lui tendit.
"Je discutais l'autre jour avec le professeur Vector" expliqua-t-elle "et j'ai parlé, je ne sais pas trop comment, de combien j'admirais les prestidigitateurs quand j'étais petite. Il m'a conseillé ce livre si je voulais en savoir plus sur les illusions et il est juste passionnant. Je l'ai fini, alors…"
Il souleva la couverture, jetant un œil à la table des matières.
"Oh wow" murmura-t-il.
Ce n'étaient pas que des sortilèges d'illusion répertoriés, comme c'était le cas de nombreux livres de sorts. L'auteur abordait visiblement l'art de faire croire à ses illusions, de tromper les sens adverses.
"Ça doit être très intéressant" admit-il. "Merci, Hermione. Tu ne veux pas le rendre à la bibliothèque pour que je l'emprunte à mon nom ?"
"Il est à moi" fit-elle avec un rire alors qu'ils quittaient la salle commune. "Je ne l'ai pas trouvé dans l'index de la bibliothèque, alors j'ai écrit à Fleury et Botts et ils me l'ont envoyé, c'était leur dernier exemplaire. Tu peux le garder autant que tu veux."
"Tu as pratiqué ?" interrogea-t-il avec curiosité.
"Un peu" admit-elle en faisant jaillir sa baguette. "Aetherna Lux."
Une douce lueur jaillit de sa baguette, puis se répandit dans l'air. Il se demanda un instant à quoi cela servait, puis tenta instinctivement d'observer les alentours. Rien à faire, son regard revenait toujours sur la lumière sans source, l'admirant. Elle était incroyable belle, miroitant faiblement, et il étendit ses autres sens. Pour se rendre compte qu'il était déjà en haut de l'escalier. Il secoua la tête, s'éclaircissant les idées, et Hermione éteignit le sort d'un autre mouvement de baguette.
"Il marche !" fit-elle avec enthousiasme. "Je ne l'avais jamais testé sur quelqu'un, je n'étais pas sûre que ça marchait !"
"Il marche" confirma-t-il.
Il aurait pu tomber dans l'escalier, concentré sur la lumière, s'il n'avait pas utilisé le reste de ses perceptions. Quelqu'un de non entraîné au combat en aveugle aurait probablement plus de mal à lutter contre la légère illusion.
"Tu peux le relancer ?" demanda-t-il avec curiosité.
Hermione s'exécuta joyeusement. Plutôt que de regarder la lumière, il ferma les yeux, immobile et concentré. La magie était douce et chaude, ronronnant en caressant son visage comme les rayons du soleil. Ce n'était aucunement un sort agressif comme la plupart de ceux utilisés en duel – même les métamorphoses avaient tendance à émettre une impression d'agression. Rien que cela était très dangereux – pris dans la folie d'un combat, on pensait moyennement à contrer les magies qui avaient l'air aussi bienfaitrices.
"C'est un sort impressionnant" commenta-t-il finalement, et Hermione l'éteignit à nouveau, rangeant sa baguette.
"Il avait l'air super, alors c'est le premier que j'ai testé" avoua-t-elle avec un sourire.
"Je vais déposer le livre chez moi, si tu veux bien" offrit-il. "Tu veux venir ?"
Elle eut l'air surprise, puis acquiesça avec un large sourire. Peu de gens manifestaient jamais l'envie de rentrer chez les Poufsouffle, la maison la plus ignorée de Poudlard, mais ce fut avec curiosité qu'elle le suivit. Plusieurs personnes de leur année la saluèrent et il lui fit signe de patienter une minute, montant dans son dortoir en déposant le livre sur son lit avant de s'agenouiller devant son sac, l'ouvrant en grand avant de soulever le double-fond.
Il avait sentit Pettigrow s'agiter et ne tenait pas à lui faire face en public. Fort heureusement, Aesclepios et lui avaient prévu le coup depuis qu'il projetait de capturer le rat et il ouvrit soigneusement le bocal aux parois couvertes de sortilèges, y faisant tomber le rat groggy avant de le refermer et de le sceller de plusieurs autres sorts, puis d'une gangue de métal résistant qui empêcherait Pettigrow de faire éclater le verre pour se métamorphoser dedans. Puis il dissimula à nouveau le bocal et rangea précautionneusement le livre emprunté, pour enfin redescendre comme si de rien n'était.
Il eut cependant à peine le temps d'entamer sa lecture dans le train du retour avant de devoir rejoindre le quai. Sarab l'y attendait, comme à l'accoutumée, ses mains gantées, et ils se saluèrent un peu avant qu'il ne dise au revoir à Hermione d'un signe de tête et qu'il ne s'éloigne sans grande conviction avec le japonais qui avait pris son sac d'autorité. Pour la première fois, il allait devoir mentir à Ra's al'Ghul, et le jeu serait terriblement dangereux.
Ils avaient à peine fait un pas devant le hall de King's Cross pour rejoindre la voiture qui les attendait qu'une traînée rouge et jaune le percutait de plein fouet. Un long instant il fut déstabilisé par la vitesse folle autour de lui, puis réalisa que le Flash le tenait à la gorge, sprintant, son visage concentré. Londres disparut en quelques instants à peine autour d'eux. Il saisit la main sur sa gorge, tentant de défaire les doigts serrés, sans succès immédiat, et se préparait à se libérer d'un sort dévastateur quand le Flash s'arrêta soudain.
Son estomac remonta dans sa gorge au brusque changement de vitesse et il vacilla alors que la main sur sa gorge le relâchait enfin. Un coup dans le dos lui fit poser un genou à terre, haletant, et il releva les yeux.
C'était bien le même regard bleu qu'il avait affronté près d'un an et demi auparavant. L'homme ne souriait pas – et Al'Najin réalisa qu'il n'était pas le seul à être très puissant pour son âge. Le Flash ne devait pas avoir vingt-cinq ans en réalité.
"Bonjour, Mr Mallory" fit néanmoins l'américain. "Ou peut-être devrai-je dire Al'Najin ?"
L'assassin se releva lentement, le regardant toujours dans les yeux.
"Bonjour, Mr Allen" répondit-il avec politesse. "L'invitation fut un peu rude."
"N'espérez pas des excuses."
Al'Najin s'épousseta, pesant ses options. Il pouvait tenter d'affronter le Flash avec de grandes chances de perdre. Ou il pouvait transplaner aussi sec – même s'il ne dépassait pas les cent kilomètres de rayon, la confusion entraînée pourrait lui permettre de s'échapper. Le Flash ne pourrait pas fouiller une aussi grande zone en aussi peu de temps.
A la place, un peu idiotement, il choisit d'écouter ce que le Flash avait à lui dire.
"Alors" s'enquit-il en ce sens "que teniez-vous tellement à me dire pour que vous enleviez un jeune garçon en plein jour ?"
"Quel âge as-tu ?" demanda Barry avec curiosité, le dévisageant.
"Je vais sur mes quatorze ans" répondit-il sur un ton traînant. "Est-ce réellement important ?"
"Si jeune" murmura Barry.
"Je suis plus puissant que l'immense majorité des adultes" signala platement l'assassin.
"Oh, je sais."
Ses traits se durcirent.
"Tu es sous arrestation pour les meurtres de Malcom Merlyn et Thea Queen."
"Réellement ? Je n'ai porté aucun des coups mortels."
"Pour complicité de meurtre, alors" suggéra le Flash.
"Ce serait plus exact" reconnut Al'Najin. "Ça sera tout ? J'ai participé à l'arrestation d'un sociopathe qui a tenté de détruire une ville entière, occasionnant des milliers de victimes, et d'une tueuse et donc tu me cours après au-delà d'un océan ?"
"Thea Queen n'était pas une tueuse" fit Barry, et Al'Najin le regarda droit dans les yeux.
"Thea Queen a tué mon amie et l'amour de ma sœur. Si la chose était à refaire, je la referai sans une hésitation."
"Elle était sous l'influence de…"
"Rien ni personne ne l'a obligée à passer un an à être entraînée par un traître de la Ligue des Assassins et à consommer ce qu'il lui présentait" cracha-t-il en réponse. "Tu refuses juste de voir que la sœur de ton amie n'était pas un ange d'innocence."
"Le meurtre est interdit quelles que soient les personnes" remarqua doucement Barry "donc cela ne m'empêchera pas de t'emprisonner. Je sais que ce sont loin d'être les seules personnes que tu as tuées."
Le silence retomba et un sourire méprisant naquit sur les lèvres du jeune assassin. Il n'aurait pas dû aborder le nom de l'assassin de Ta'er al'Sahfer, car l'adolescent était maintenant furieux. Sa baguette jaillit entre ses doigts alors qu'il prenait une position de combat. Le Flash fit de même, dans une posture de boxe classique. Al'Najin pourtant hésita un instant.
Il avait aimé son premier combat avec le Flash malgré le danger. L'homme était redoutable, incroyablement rapide. Pourtant il n'était pas d'humeur à se battre de toutes ses tripes, comme ce qui serait nécessaire contre lui. Il n'avait pas envie de retourner voir la Ligue épuisé, il n'avait pas envie de subir encore deux semaines d'entraînements qui ne lui laisseraient pas le moindre repos – et le cumul des sortilèges de Flitwick, de ses tentatives d'Animagus, et de ses fouilles intensives le laissaient épuisé en ce moment.
Alors il prit une décision qui aurait pu paraître totalement stupide et rangea sa baguette d'un mouvement fluide.
"D'accord" accepta-t-il. "Je me rends."
Le Flash eut l'air franchement surpris et ne baissa pas ses poings pour autant. Al'Najin inclina sa tête.
"Dois-je déposer mes armes au sol ?"
"Fais-le" répondit l'autre.
Il détacha l'étui de sa baguette et s'accroupit, le déposant devant lui, à un bon mètre de distance. Puis il retira ses deux dagues de ses bottes, les posant également plus loin, ainsi que le petit pistolet de secours qu'il avait.
"Voilà. J'étais supposé être en civil, je n'avais pas grand-chose" fit-il en se relevant, les mains levées et paumes ouvertes. "Le reste est dans mon sac que tu as laissé avec Sarab."
En dehors de l'épée de Serpentard à sa ceinture, bien sûr. Le Flash se rapprocha et il inclina sa tête.
"Tu peux me fouiller."
Il resta effectivement immobile, les mains levées, le temps que le héros ne s'exécute. De même qu'il le laissa ramener ses mains dans son dos et les lier – pas qu'il ne puisse les faire sauter d'une explosion de magie, mais il ne le lui indiqua pas. Ce n'était pas parce qu'il se rendait pour être emmené dans une prison secrète qu'il restait stupidement sans défense.
"Ah, et s'il te plaît" demanda-t-il d'un ton neutre alors que le Flash posait sa main dans le bas de son dos après avoir rangé ses armes dans un sac. "Deux choses."
"Oui ?"
"Premièrement, fait très attention avec ma baguette, dans l'étui de cuir. Elle m'est accordée et elle est capricieuse, surtout les striures argentées – elle a déjà brûlé au troisième degré quelqu'un qui l'a prise sans ma permission."
"Pourquoi me le dire ?"
"Je préférerai que vous ne l'abîmiez pas" répondit-il avec un petit rire.
"Ok. Et l'autre chose ?"
"Si tu pouvais éviter le passage "je me rends" quand tu raconteras le combat épique, cela m'éviterait beaucoup, beaucoup d'ennuis si la chose devait parvenir aux oreilles de la Ligue."
"Cela va être difficilement crédible sans blessure d'aucun de nous deux" remarqua le Flash.
"Hm… tu m'as étranglé pendant que tu m'enlevais et quand tu t'es arrêté, j'ai été déstabilisé une seconde. Tu m'as assommé et je me suis réveillé quand tu m'avais désarmé."
"C'est crédible ?" demanda Barry, sceptique.
"J'ai toujours dit et répété qu'un ennemi aussi rapide était probablement le plus dangereux que je puisse avoir sur Terre. Une grande partie de ma force vient de ma vitesse nettement supérieure à celle de mes ennemis. J'ai l'impression que tu n'as aucune idée de ta propre dangerosité."
"Oh, j'en ai une" marmonna Barry entre ses dents. "Je ne vais pas te mettre dans une cellule différente pour ça."
"Je n'y comptais pas."
La course fut bien plus longue cette fois-ci. Incroyablement longue, et il réalisa qu'ils traversaient l'Atlantique à une vitesse formidable. Lorsque le monde se stabilisa de nouveau, il était dans un couloir devant une vaste porte ronde blindée. Le Flash la fit s'ouvrir, puis le poussa en avant et ils se retrouvèrent dans un vaste tunnel parfaitement rond, en forme de cercle également. Une cellule arriva devant eux et s'ouvrit et il y avança sans plus discuter. Le héros lui délia enfin les mains alors que l'épaisse porte se fermait.
"Plus de "magie" ici" remarqua néanmoins le Flash alors que la porte se scellait.
"Est-ce que c'est l'accélérateur de particules de Central City ?" demanda Al'Najin avec curiosité. "Excellente idée. Incroyablement bien isolé et personne n'irait jamais regarder là-dedans."
"Oui, c'est l'accélérateur" reconnut le Flash. "Bon séjour, Al'Najin."
