Non, je ne suis pas du tout en retard. Je ne suis jamais en retard, d'abord. Merci à tous mes reviewers et bonne lecture !
Résumé de l'épisode précédent : Rodolphus Lestrange est mort, tué par Slade Wilson. Alors que Stan a son identité découverte par Hermione, il prend une décision difficile : pour la première fois, il devra mentir à Ra's al'Ghul, car dire la vérité entraînerait immédiatement la mort d'Hermione. Sur son chemin du retour pour les vacances, cependant, il est intercepté à Londres par Barry Allen, le Flash, qui a retrouvé sa trace et le capture pour l'emprisonner.
Le jeune homme regarda autour de lui. Les murs de la cellule était capitonnés. Elle ne devait pas faire plus de dix mètres carrés et l'obscurité retomba à l'extérieur dès que le Flash eut refermé la porte ronde de l'autre côté de la porte blindée. Les parois de sa cellule émanaient d'une douce lueur bleutée cependant, nullement agressive. Quelque chose d'étrange s'en dégageait et, se souvenant des paroles de l'autre, il tenta d'accéder à la magie.
Le pouvoir ronronnait néanmoins doucement dans ses veines comme à l'accoutumée. Eh bien, probablement ne pourrait-il pas percer les murs blindés de force, mais a priori rien ne l'empêchait de transplaner de l'autre côté de la vitre, ou plus loin. Au pire, il pourrait donc toujours s'en aller. En attendant, il était dans un endroit extrêmement sécurisé où personne ne voulait le tuer. Sans plus de crainte, il s'assit en tailleurs sur le sol, enlevant même ses bottes pour être plus à l'aise, et ferma les yeux, le dos bien droit. Une petite transe animagus, puisqu'il ne craindrait pas de laisser tomber ses défenses…
Cinq minutes plus tard, il dormait profondément, adossé au fond de sa cellule.
Les jours suivants furent les plus calmes qu'il ait connu de toute sa jeune vie. Il avait pu dormir incroyablement longtemps, faisant des siestes fréquentes. Le reste du temps, il méditait en majorité. Pas seulement sur sa transe Animagus. Il avait longuement réfléchi à sa propre vie avec la Ligue. Le visage de la fille qu'il avait torturée et tuée des années plus tôt n'avait pas disparu après l'incident avec le détraqueur, le réveillant encore parfois la nuit. Et surtout, il avait pris conscience d'une chose cruciale.
Il n'avait pas de souvenir assez heureux pour créer un Patronus.
Il lui avait fallu des mois pour se rendre à l'évidence. Il avait tout tenté – le jour où Nyssa l'avait accepté dans la Ligue, lui donnant son nom, jurant implicitement qu'il ne serait plus jamais une victime. Les soirées qu'il avait passé à Nanda Parbat en compagnie de Nyssa et de Ta'er al'Sahfer, la blonde penché sur lui avec patience, lui apprenant à lire et écrire. Sa brève vie avec Slade Wilson. Après s'être promis de la protéger, il avait même essayé avec les souvenirs d'Hermione. Rien n'avait fonctionné. Il ne ressentait pas suffisamment d'émotions positives pour un tel sortilège d'âme et cela l'avait perdu.
Il n'avait jamais songé auparavant à être heureux. Il ne l'était certainement pas chez les Dursley. Ensuite il était devenu un assassin et avait embrassé la nouvelle vie qui s'offrait à lui – une vie où il était fort, respecté et craint. Une vie où il n'avait pas besoin de s'écraser devant tous les gens qui voulaient son pouvoir.
Sauf murmura la voix rauque de Slade à son oreille que tu n'es que le jouet de Ra's al'Ghul…
Al'Najin cessa de penser à cela. Il n'avait pas encore osé s'avancer dans ces voies de réflexion. Peut-être par peur. A la place, il se détendit, se replongeant une nouvelle fois dans sa transe Animagus. McGonagall l'avait rassuré en lui confirmant que la plupart des sorciers mettaient des années à percevoir quel type d'animal ils étaient, s'ils y parvenaient jamais. Lui savait qu'il volerait, serait un oiseau, et se laissa dériver dans ses propres pensées, sentant le vent qui l'entourait.
Soudain il fut dans le ciel, en train de planer à une altitude improbable. Le vent s'engouffrait dans ses ailes noires, le portant sans effort. La Terre défilait sous lui et il étudiait la situation. Un croassement moqueur s'échappa de son bec et il sut ce qu'il était comme animal. Un sentiment de plénitude l'envahit. Voler ainsi, libre de toute contrainte mais observateur idéal, était une merveilleuse sensation et il songea, empli d'ironie, qu'il avait été stupide de traîner des mois pour attendre de ressentir cela. Il n'y avait aucune peur à avoir dans ce changement de forme, dans l'animal qui lui conviendrait.
Juste une sensation de plénitude absolue.
Lorsqu'il revint lentement à la réalité, ce fut pour voir que la lumière s'était rallumée de l'autre côté de la porte blindée. Barry Allen était assis derrière, sur les marches menant à la sortie, ses avant-bras posés sur ses genoux, les doigts de ses deux mains entremêlés . Il était en civil et ne portait pas de masque et ils se regardèrent un moment en silence.
"Tu avais l'air très heureux à l'instant" finit par remarquer l'américain.
"Je l'étais" répondit sincèrement Al'Najin.
C'était chose vraie, et il songea à essayer le souvenir de son vol pour former un Patronus. A nouveau le silence retomba, puis le Flash reprit.
"Pourquoi ?" demanda-t-il simplement.
"Hm ?"
"Avant que tu ne demandes, j'ai coupé tous les micros" rajouta le scientifique. "Il n'y a que nous deux."
Il leva un sourcil, mais sa légilimencie ne détecta aucun mensonge. Le Flash était réellement venu lui parler seul à seul.
"Pourquoi quoi ?"
"Pourquoi sans même te battre ? Sans même essayer ?"
"Je n'avais pas envie de me battre."
"Vraiment ? Et cela fait trois semaines que tu es dans une cellule de dix mètres carré parce que tu n'avais pas envie de te battre ?"
"L'accueil est relativement plaisant" répondit l'assassin avec ironie. "Je ne me souviens pas de la dernière fois où je suis resté trois semaines sans essuyer au moins une tentative d'assassinat."
"Oliver est presque venu te tuer."
"Mais tu ne l'as pas laissé faire."
"Je ne tue pas les gens."
Il ne prononça pas le contrairement à toi, mais Al'Najin l'entendit néanmoins. Un sourire s'esquissa sur ses lèvres.
"Tu es courageux. Et si je m'échappe et que je tue deux cents personnes, tu reviendras m'arrêter ?"
"Oui" acquiesça simplement le Flash.
"Et si je m'échappe encore, tu reviendras encore ? Dans un jeu infini du chat et de la souris ?"
"Je ne te laisserai pas tuer des innocents."
"Mais des coupables, si ? Le Traître n'était pas innocent. Il avait beaucoup plus tué en une fois que je ne l'ai fait de toute ma vie."
"Je ne te laisserai tuer personne. Merlyn aurait dû être en prison pour le reste de sa vie."
"Et pourtant ton ami Oliver l'a laissé courir et a même pactisé avec lui" fit Al'Najin en hochant sagement sa tête. "Je crains que tous tes amis n'aient pas la même morale que toi."
"Je sais" répondit le Flash à mi-voix.
"Tu n'en sais pas la moitié. Tu veux me demander autre chose ?"
Il inclina sa tête en guise de bonne foi.
"J'aimerai aussi te poser une question, si tu acceptes d'y répondre, ensuite."
"J'ai beaucoup d'autres questions à te poser" répliqua le Flash.
"Essayer ne coûte rien" fit courtoisement Al'Najin.
"Comment m'as-tu changé en pierre ?"
"Ah, la métamorphose" soupira l'assassin. "Une discipline belle et dangereuse… non, je plaisante. Une potion. Le Doigt de Méduse, la plus puissante qui n'existe au monde. Tu ne la trouveras jamais en vente, les ingrédients nécessaires pour la brasser sont ridiculement rares et chers, et la recette terriblement compliquée et potentiellement mortelle à pratiquement chaque étape. N'essaie même pas si tu n'es pas un Maître de Potions, même eux n'y arrivent pas tous. Si ça te rassure, je ne l'utiliserai pas une seconde fois sur toi."
"Pourquoi pas ?" demanda-t-il, soupçonneux.
"Aucun intérêt, il n'y a plus d'élément de surprise et tu pourrais l'éviter ou la combattre. Je l'ai utilisée parce que je ne voyais pas d'autre moyen de te neutraliser et que tu étais de très loin la personne la plus dangereuse présente ce jour-là."
Le silence retomba un moment.
"Est-ce que tu as vraiment libéré Slade Wilson de Lian Yu ?" interrogea ensuite son geôlier.
"Oui."
"Pourquoi ?"
"Il avait quelque chose que je voulais et j'avais quelque chose qu'il voulait. Le marché nous bénéficiait à tous les deux."
"Qu'est-ce qu'il voulait de toi ? Sa liberté ?"
"Je crains que la réponse à cette question ne puisse ébranler fermement ton jugement sur ton ami Oliver Queen."
Barry le regarda dans les yeux mais il soutint son regard.
"Dis-moi quand même."
"Slade Wilson était gravement blessé sur une île dénommée Lian Yu. N'étant pas sûrs qu'ils survivraient, Oliver Queen et son amie Shado ont jugé bon de lui injecter un sérum expérimental en étant parfaitement au courant des terribles effets secondaires psychologiques qu'il pouvait avoir. Slade guérit de ses blessures après des heures de torture immonde. Au moment où il revint à la conscience, ce fut pour voir Shado, qu'il aimait, mourir. Pourquoi ? Oliver Queen avait choisi de protéger Sara Lance au-dessus de la femme avec qui il sortait et qu'il prétendait aimer."
Barry ouvrit la bouche mais il le fit taire d'un regard.
"Il a sombré dans la folie. Le sérum le brûlait en permanence, le rendant fou de douleur, et cela n'a fait qu'amplifier les effets psychologiques dévastateurs. Il a torturé Queen. Quand celui-ci s'est trouvé libre, plutôt que de lui apporter la moindre aide, ou les moindres soins mentaux, il lui a enfoncé une flèche dans l'œil et l'a laissé se noyer, coincé dans les débris d'un navire. Quand il est revenu, il était le Slade Wilson qui est retourné à Starling City – un fou, incapable de penser correctement et qui avait comme seul but sa vengeance sur Queen."
"Qu'est-ce qu'il voulait de toi ?" demanda Barry d'une voix basse. "Qu'est-ce que tu lui as donné ?"
"Je l'ai soigné. Je lui ai rendu sa santé mentale et la capacité de penser clairement, d'accéder librement à ses souvenirs et de ne plus subir la souffrance en permanence."
Un sourire ironique naquit sur ses lèvres.
"Je ne passe pas pour le méchant dans cette histoire-là, hm ?"
"Tu mens."
"Je ne mens pas et une part de toi le sait très bien. Je t'ai prévenu que tu n'aimerais pas entendre la vérité – tu l'as quand même voulue."
A nouveau, le silence s'étira, inconfortable. Finalement Barry reprit.
"Tu peux poser ta question – mais je ne promets pas que j'y répondrai."
Al'Najin pesa un moment ses mots.
"Eh bien" finit-il par dire prudemment "j'ai du respect pour toi. Tu es probablement l'une des personnes les plus puissantes sur cette planète. Aucun sort, aucune arme ne peut t'atteindre en dehors de la surprise – et encore, je ne suis pas sûr. Tu pourrais battre n'importe qui en duel. Et pourtant, tu te contentes de protéger ta cité ou d'autres gens. Pourquoi ? Tu n'as jamais eu envie de prendre le contrôle, de faire de nouvelles lois en accord avec ta morale ? Vu la manière dont tu parles, par exemple, tu es contre la peine de mort, et pourtant ton propre Etat l'applique."
"Une société ne se construit pas sur la volonté d'un seul homme" répondit Barry après un moment de silence où il réfléchissait à comment formuler sa réponse. "Si je prenais le pouvoir comme tu le suggères, et que j'imposais des lois, aussi bonnes soient-elle pour les autres, si les gens ne la veulent pas, c'est une tyrannie. Une démocratie est un accord d'un groupe de personnes pour vivre ensemble et fixer des règles communes. Il n'y a pas de vivre-ensemble si certains sont plus puissants que d'autres et peuvent faire ce qu'ils veulent. Je ne veux pas être au-dessus de la loi. Je ne le fais que pour protéger les gens de criminels qu'ils ne peuvent pas stopper eux-même."
"Mais si tu pouvais arrêter tous les meurtres de la Terre ?"
"Une personne ne peut pas tout changer par elle-même s'il n'y a pas de volonté collective."
Ce fut au tour de l'assassin de rester silencieux. Il avait du mal à comprendre ce que voulait dire Barry Allen et le scientifique dut le comprendre, puisqu'il reprit.
"Je vais te donner un exemple. Ma mère a été assassinée quand j'étais petit. C'était surnaturel, et mon père est allé en prison pour ça – la seule personne présente. La police ne m'a bien entendu pas cru quand j'ai dit ce qu'il s'était passé. Je pourrai sortir mon père de prison très facilement, mais je ne le ferai pas sur sa propre demande. Il deviendrait un paria, serait considéré comme un meurtrier – il ne pourrait plus vivre dans cette société qu'il aime."
"Mais il serait libre" objecta Al'Najin.
"Non. Il serait exclu à jamais de la société et c'est quelque chose qu'il ne veut pas. Regarde-toi. Tu ne t'es pas défendu quand je t'ai arrêté et tu m'as dit toi-même que c'était la plus longue période sans qu'on ne tente de te tuer. Est-ce que tu es réellement libre hors de ces murs ? Ou est-ce que tu dois obéir aux ordres, aux caprices, sous peine de te faire descendre à chaque instant ? Ce n'est pas une vie. C'est une prison comme une autre."
Le coup le frappa en plein cœur mais il accusa sans faire varier son expression. Le Flash dut néanmoins le percevoir puisqu'il le laissa penser un long moment avant de reprendre.
"Qu'est-ce que tu fais dans une école en Angleterre ?"
Al'Najin resta silencieux, encore sous le choc de sa remarque. Le Flash attendit une minute puis, prenant son silence pour un refus de réponse, secoua la tête et voulut reprendre. L'assassin lui répondit pourtant d'une voix mécanique.
"Je tente d'arrêter un tueur de licornes qui a déjà provoqué une guerre civile, dont le but ultime est d'exterminer tous les moldus – soit environ sept milliards d'êtres humains – et qui pour y parvenir sans mourir a découpé sa propre âme en morceaux indépendants."
"Pardon ?" demanda Barry, stupéfait.
"Quelle partie tu n'as pas compris ?"
"Tueur de licornes."
"Quelqu'un qui tue des licornes" répondit-il avec sarcasme.
"Les licornes n'existent p..."
"L'argenté de ma baguette est du sang de licorne" coupa Al'Najin. "Il était en train de la tuer, je l'ai mis en fuite après qu'il ait brisé toutes mes côtes et j'ai brûlé ma magie pour la maintenir en vie. Son sang s'est incrusté dans ma baguette."
Il réalisa soudain qu'il n'en avait jamais autant dit à personne. Pourtant les mots ne s'étaient pas bloqués dans sa gorge comme les autres fois, sortant avec fluidité. Il n'avait jamais su raconter ces événements.
"Brûler ta magie ?" répéta Barry. "Qu'est-ce que tu entends par là ?"
"Les sorciers ont différents types de magie – eh bien, les sorciers puissants. La plupart n'en ont qu'une ou deux dans leurs noyaux. Une part de la magie est commune à tous les sorciers, d'autres ne sont accessibles que si tu possèdes ce type de magie. J'avais de la magie de soin et je le savais, mais je ne m'en étais jamais servi. Elle n'était pas travaillée, pas assimilée, flottant dans mon noyau magique, et n'était même pas à moi à l'origine – on me l'a donnée. Je n'aurai pas dû pouvoir m'en servir mais je ne pouvais pas rester à regarder cette licorne mourir. Alors je l'ai forcée dans mon corps – mais comme elle n'était pas assimilée, elle a brûlé et m'a brûlé en me traversant comme vecteur. C'est douloureux mais ça a fonctionné – la licorne a survécu et s'est relevée. Elle m'a remercié et m'a appelé protecteur, et elle a rejoint sa troupe. J'ai juré que je le tuerai pour ce qu'il avait fait."
"Pourquoi tu as sauvé cette licorne ?"
"Toi qui protège des humains au motif qu'ils sont innocents, est-ce que tu aurais réfléchi une seule seconde pour sauver l'être le plus pur et le plus innocent que tu n'aies jamais vu ?"
"Non" murmura Barry.
"Moi non plus."
Le silence retomba un moment.
"Est-ce que tu connais le serment de la Ligue des Assassins ?" demanda Al'Najin avec curiosité. "Tu n'as pas l'air de comprendre pourquoi j'agis."
"Je ne comprends pas" admit Barry Allen "et non, je ne connais pas le serment. Tu as le droit de me le dire ?"
"Il est plutôt connu hors de la Ligue, en fait" reconnut Al'Najin. "Tu n'es pas non plus obligé de dire que c'est moi qui te l'ait répété."
"Je ne le dirai pas. Je te l'ai dit, cette conversation n'est pas écoutée – elle est entre nous."
"La Ligue des Assassins protège le monde. Vit et meurt pour l'innocent. Chasse l'impur, traque le maudit et détruit l'obscurité des hommes. Vie et mort, une vie pour une vie et une mort pour une mort. Un meurtre pour la vengeance et un meurtre pour la protection. Vie de l'impur sera prise contre celle de l'innocent, j'en fais le serment."
Le silence retomba un moment. Le scientifique se mordillait la lèvre.
"Sans vouloir te blesser" finit-il par dire prudemment "je ne crois pas que les membres de ta Ligue respectent ce serment, Al'Najin."
"Je le respecte. C'est la raison pour laquelle je suis dans la Ligue. C'est la raison pour laquelle je tuerai Voldemort avant qu'il ne déclenche une seconde guerre."
"Tu pourrais le faire hors de la Ligue. Ra's al'Ghul a bien plus de buts personnels que le respect de ce serment."
L'assassin le regarda droit dans les yeux.
"La Ligue est ma famille" fit-il doucement. "N'oublie jamais cela."
"Parfois ta famille fait des erreurs et il est bon de le leur dire, ou de se distancier" répondit doucement le Flash.
"N'essaie même pas d'aller dans cette direction. Tu pourrais me rendre furieux."
"Pourquoi tant de loyauté ? Tu es différent d'eux. Ils ne respectent pas ce serment que tu m'as énoncé avec tant de... fierté."
"Ils m'ont sorti de l'enfer."
Barry resta silencieux, puis soupira.
"Alors j'espère qu'ils ne t'y renverront jamais" murmura-t-il, plus pour lui-même.
Il se releva lentement, repartant. La voix de l'assassin le rappela pourtant.
"Est-ce que je peux te demander quelque chose ?"
"Si tu veux."
"J'aimerai ton avis sur une question. L'avis de quelqu'un qui n'est ni un mercenaire, ni un assassin."
"Tu n'as pas peur que je l'ébruite ? Si tu demandes ainsi, c'est que tu aurais des ennuis si j'en parlais."
"Tu n'en parleras pas. Si tu le faisais, un innocent mourrait à coup sûr."
"Je t'écoute."
"Comment..."
Al'Najin s'interrompit, cherchant ses mots, puis inspira.
"Nous avons étudié ensemble. La personne la plus intelligente que je n'ai rencontrée. Nous nous sommes retrouvé face à une des créatures magiques les plus dangereuses au monde – elle a sauvé ma vie et j'ai sauvé la sienne. Ensuite... elle a découvert mon identité. La règle veut que je la tue ou que j'ordonne son assassinat par la Ligue. Je ne l'ai pas fait. Elle m'a dit..."
Il eut un rire ironique.
"Que je n'étais pas maléfique. J'ai essayé de lui démontrer le contraire et elle ne l'a pas cru, elle a juste dit qu'elle n'en parlerait à personne. Je ne peux pas la tuer. Je ne peux même pas essayer. Je n'ai pas envie d'essayer, même en sachant que la Ligue me tuera ou me punira s'ils découvrent que quelqu'un connaît mon identité et que je n'ai rien fait à ce sujet, en sachant que cela met ma vie en danger de ne rien faire, que je vais devoir mentir à Ra's al'Ghul en le regardant dans les yeux."
Il haussa des épaules.
"C'est d'une stupidité certaine et ça va à l'encontre de mon instinct de préservation. Comment tu appellerais ça ?"
Le Flash battit des paupières.
"Tu la protèges de la Ligue, ta propre famille, sans avoir aucune contrainte pour cela, et elle te protège en retour des autorités de sa propre volonté ?" vérifia-t-il.
"C'est ça. Stupide, n'est-ce pas ? Nous prenons tous les deux des risques idiots."
"J'appelle ça de l'amitié" fit doucement le Flash.
Al'Najin cilla.
"Je suis un assassin. Je n'ai pas d'amis."
"Eh bien, il semblerait que tu aies une amie. Bonne journée, Al'Najin."
La porte ronde s'était rouverte et il sortit. La lumière retomba sitôt l'entrée scellée, le laissant seul dans sa petite cellule sans qu'il ne bouge. Les paroles du Flash l'avaient bien plus ébranlé qu'il ne voulait le montrer. Il lui avait aussi dit qu'il était là depuis trois semaines – ce qui signifiait que les cours à Poudlard avaient repris. Il avait largement assez d'avance pour se dispenser d'une partie néanmoins et hésita un moment, avant de décider de rester encore un peu.
Il voulait juste voir s'il arrivait à revoir son Animagus systématiquement, auquel cas il serait prêt à commencer la métamorphose proprement dite avec McGonagall.
Ce fut pourtant peu de temps après, quelques heures il aurait dit, que la lumière se ralluma. Ce n'était pas Barry cependant mais une haute silhouette musclée, entièrement vêtue de vert et sa capuche sur le visage. Arrow portait son arc et ses flèches et il ne souriait pas en le regardant. Même à travers la vitre, Al'Najin sentait l'hostilité qui se dégageait de lui. Pourtant cela ne le fit même pas frémir.
Il avait été perdu face à Barry Allen, ses questions sincères, sa politesse. A aucun moment le Flash ne s'était montré agressif – il avait juste semblé triste, sans que l'assassin ne comprenne pourquoi. Par contre, un homme comme celui qui lui faisait face, dégageant des envies de meurtre, il savait gérer. Arrow encocha une flèche et la porte vitrée devant lui s'ouvrit juste après.
"Sors" ordonna-t-il en guise de salutations.
"J'ai comme un doute sur le fait que Mr Allen n'approuve cela" répondit le jeune assassin.
"Maintenant."
Un grondement s'était échappé de sa poitrine et Al'Najin sourit, amusé, avant de se relever.
"Mains en évidence."
L'assassin s'exécuta, passant devant lui. Il sentait l'arc dans son dos alors que Arrow le faisait avancer et sa magie réagit en conséquence, se concentrant lentement sur sa nuque et dans son dos, juste sous sa peau pour rester invisible. Les boucliers locaux pouvaient être terriblement concentrés de magie, comme Bellatrix le lui avait appris, bien plus que des boucliers globaux.
De plus, et cela Arrow semblait l'ignorer, il venait de passer plusieurs semaines à se reposer et méditer. Ses capacités magiques étaient à leur maximum, il n'avait plus aucune blessure qui pourrait ralentir ses mouvements. Finalement, il était peut-être temps qu'il ne s'évade. Il suivit les instructions de Queen sans discuter, longeant le long couloir qui tournait, parallèle à la prison proprement dite. Lorsqu'il parvint dans une salle de contrôle, deux autres personnes se trouvaient là – le Canari et l'homme masqué habillé en rouge. Roy Harper, s'il se souvenait bien.
Il évalua soigneusement ses options. Le plus dangereux était Queen dans son dos, notamment par la flèche pointée sur sa nuque. S'il récupérait sa baguette – il la sentait présente pas trop loin – la chose deviendrait un jeu d'enfants. Peut-être que désarmer Queen, puis libérer de la foudre serait suffisant pour les déstabiliser assez longtemps afin qu'il ne récupère sa baguette. Il se fichait des dagues et du pistolet.
Et dans le pire des cas, il ferait jaillir l'épée de Serpentard et le combat se terminerait bien plus vite. Avec le venin dont elle était enduite, la moindre égratignure menait droit à la mort.
"Alors" demanda-t-il avec ironie "c'est le comité parce que j'ai tué le traître et la meurtrière ?"
"Thea n'était pas une meurtrière" répondit instantanément l'homme en rouge.
Ah oui. Ils sortaient ensemble à l'époque s'ils se souvenaient bien.
"Je me souviens avoir vu les enregistrements où elle tuait Ta'er al'Sahfer" répondit songeusement Al'Najin. "Qu'est-ce que vous voulez ? Des excuses ? Des remords ? Je n'en ai pas. Elle a tué la personne la plus proche de moi dans le monde à part ma sœur – si elle se présentait à nouveau devant moi, je n'hésiterai pas une seconde."
Son arrogance porta immédiatement et Arrow bougea derrière lui pour le frapper. Trop tard, il avait déjà pivoté la fraction de seconde où l'archer relâchait légèrement sa flèche, et son pied dévia immédiatement la pointe meurtrière. La rage se leva en lui, brutale, assoiffée de combat, et il laissa la magie se libérer dans ses veines en sautant en avant. Son pied percuta Queen dans l'estomac, le projetant à plus de trois mètres de là. Il s'était déjà tourné vers les deux autres et les rejoignit d'un bond puissant, parant sans peine le coup de bâton qui visait sa nuque de sa main nue, puis son genou frappa, faisant se plier en deux le Canari.
La foudre se concentra dans ses doigts et Arsenal vola à son tour avec un grondement de tonnerre. Il n'avait pas mis assez de puissance pour tuer. Queen se relevait déjà, encochant une flèche, mais il leva sa main gauche, la main de sa baguette, qui se mit à frémir. Il sentait le sang de licorne pas loin, dans une pièce voisine. La magie sans baguette n'était pas quelque chose d'évident, et il n'avait jamais réussi à lancer de sort avec, mais on parlait d'attirer à lui sa propre baguette, liée à lui par son cœur et par le sang dessus.
"Viens à moi" fit-il d'une voix basse, frottant légèrement ses doigts l'un contre l'autre. "Viens."
La magie de sa baguette se réveilla un peu plus loin et il frotta à nouveau ses doigts, concentré.
"Viens" répéta-t-il, et la baguette obéit soudain.
Elle bondit hors de sa boîte, traversant les deux portes en les faisant sauter avant de filer droit dans sa main gauche. Il attrapa la poignée au vol tout en pivotant, se penchant en arrière pour éviter la flèche verte. La magie siffla dès qu'il eut touché le bois et il se concentra sur le sort, ne prenant pas la peine de prononcer une formule.
Le mur contre lequel Arrow était tombé précédemment se déforma. Les parois s'étirèrent en filaments qui tentèrent de saisir l'archer – qui les évita, tant bien que mal, pour que le sol ne se change en glace sous ses pieds. Al'Najin avait déjà détourné son attention de lui, animant les lacets de la tunique de Harper tout en esquivant un assaut du Canari. Un sortilège de repousse l'envoya voler à son tour et elle cria en percutant le mur.
"Quand vous essayez d'intimider et de faire un procès d'intention à quelqu'un" informa-t-il d'une voix neutre "soyez sûrs qu'il n'est pas si puissant comparé à vous... ou privez-le de ses armes. Le Flash est le seul d'entre vous qui peut me tenir tête."
Les trois étaient affalés au sol. Il agita à nouveau sa baguette, déformant le béton nu qui rampa, recouvrant lentement leurs membres. C'était une métamorphose de nettement plus grande ampleur mais ils étaient immobilisés. Son oreille capta un bruit de froissement d'air et il bondit à une vitesse foudroyante, évitant de justesse l'assaut rouge. Barry Allen réapparut, vêtu de son costume, et leurs yeux se croisèrent une seconde.
La tristesse présente dans les yeux bleus le perturba et en conséquence, il rompit immédiatement le combat, tournant sur lui-même pour transplaner dans un craquement sonore à une centaine de kilomètres vers l'ouest.
Comme il l'avait pensé, il réapparut à Starling City même et observa un instant la ville. Il aurait pu y semer l'anarchie de quelques sorts bien placés ou même d'un Feudeymon libéré, mais renonça. A la place, il rejoignit une des planques de la Ligue le plus discrètement possible. On était en pleine nuit et l'assassin de veille sursauta quand une ombre se pencha par-dessus son épaule.
"Quel manque de vigilance" murmura Al'Najin en arabe.
Le regard se posa sur lui et l'homme déglutit en le reconnaissant. Il désigna ensuite son écran.
"Toute la Ligue vous cherche, Al'Najin" murmura-t-il.
"Dis à Ra's que je me suis échappé. Je le retrouverai où il veut mais il faudra que j'envisage de retourner finir ma mission."
L'homme avait aussitôt commencé à coder le message et ne tarda pas à l'expédier. Al'Najin en avait profité pour se servir dans les stocks, se restaurant, mais il n'avait pas très faim. Par contre, il était toujours autant en forme. Il avait terminé de manger et était en train de se changer, revêtant une des tenues de la Ligue, quand l'autre se tourna vers lui.
"Le seigneur vous dit de prendre le bateau sur le soixante-deuxième quai, la Rocheuse, dans la cabine 312. Vous descendrez à Coast City et un avion vous attendra pour l'Angleterre. Il reprendra contact avec vous à Coast City."
Sans un mot de plus, le jeune assassin tourna les talons, repartant aussi silencieusement qu'il était venu. Au moins avait-il probablement semé la zizanie entre Arrow et le Flash. Il avait comme un doute sur le fait que Barry Allen n'ait été d'accord avec le fait de le menacer et de lui faire subir un sale quart d'heure.
Le trajet en bateau prit deux jours jusqu'à Coast City. Un homme le bouscula alors qu'il descendait, à nouveau en civil, et il attendit d'être seul pour regarder de nouveau le message transmis, se rendant aux pistes aériennes indiquées et grimpant dans le petit avion militaire. Lorsqu'il s'assit sur l'un des bancs, l'avion roulait déjà sur la piste et il regarda Ra's al'Ghul.
"Désolé pour le retard" fit-il d'une voix neutre. "J'ai mis du temps à trouver une ouverture."
"Raconte-moi" fit simplement le seigneur.
Ra's resta silencieux tout le temps de son récit. Il laissa une pointe de mépris percer dans sa voix alors qu'il parlait de ses conversations avec Barry Allen sans entrer dans le détail, en grande partie pour dissimuler le trouble qu'il avait ressenti, puis son ton se fit ouvertement moqueur en racontant la tentative ratée de Queen.
"J'ai préféré fuir que de ré-affronter le Flash" conclut-il finalement. "Je n'étais pas certain de l'issue du combat."
"Tu as bien fait. Hm. C'est très gênant qu'ils ne connaissent ton visage réel."
"Je n'ai pas réussi à savoir comment" soupira-t-il. "Je ne vois pas qui aurait pu leur transmettre ces informations. Bellatrix et Slade sont sous haute surveillance, Bellatrix a prêté serment et ne peut pas."
"Je vais m'occuper de chercher cela. Ton père contactera Poudlard dès que nous approcherons de l'Angleterre pour que tu y retournes. J'ai vu dans ta valise que tu avais attrapé Pettigrow, il est encore sous sa forme de rat et y restera jusqu'à nouvel ordre. Tu feras le rituel au début de l'été."
"Entendu" acquiesça-t-il.
"Des avancées sur l'Horcruxe ?"
"J'en suis au cinquième étage. Je le trouverai. J'ai beaucoup réfléchi à quel type d'objet ce pourrait être – Voldemort a essayé de faire un Horcruxe pour chaque Fondateur, je pense. Si l'on prend en compte la coupe que nous a donné Bellatrix, du moins. Gryffondor, une seule relique existe encore, c'est son épée. Elle est à Poudlard, en effet, mais ne peut être touchée que par un héritier de Gryffondor. Ce n'est pas l'épée de Serpentard non plus, et certains récits parlent d'un médaillon indestructible qu'il aurait transmis à ses descendants."
"Les Gaunt étaient descendants de Serpentard" remarqua Ra's. "La bague ?"
"Un vol. Plus précisément, volée aux Peverell par les Gaunt. Ce n'est pas le médaillon dont parlent les légendes, je pense. Il manquerait donc a priori un artefact pour Serdaigle – et j'ai pensé au diadème volé par sa fille. Je pense que c'est l'objet qui se trouve à Poudlard."
"Il resterait donc à trouver le médaillon de Serpentard" fit Ra's pensivement. "C'est une bonne analyse qui coïncide avec les analyses sur son âme actuelle que nous avons faites."
"Qu'est-ce que vous avez dit pour mon absence ?"
"Ta grand-mère maternelle était gravement malade. Nous avons cru qu'elle ne s'en tirerait pas et t'avons fait venir dans la famille au nord de l'Inde à sa demande. Elle s'est miraculeusement remise mais a beaucoup apprécié ta présence et ton soutien. Tu espères juste qu'elle est effectivement guérie et ne refera pas une rechute."
"D'accord."
"Une chance que le Flash ne revienne te trouver ?"
"Non négligeable" jugea Al'Najin.
"C'est un ennemi puissant que tu as là."
Un haussement d'épaules lui répondit.
"Nous verrons. Je n'ai pas de temps à lui consacrer pour le moment."
Le reste du trajet se fit majoritairement en silence. Lorsqu'ils atterrirent, Slade Wilson les attendait, ses mains fourrées dans ses poches. Le sac habituel de Stan Mallory était à ses pieds et les deux hommes s'adressèrent un regard froid comme la mort, faisant glousser Bellatrix à côté.
"Bonjour, Al'Najin" salua-t-elle néanmoins. "Alors, ce premier séjour en prison ?"
"Pratique pour méditer tranquillement" répondit laconiquement l'adolescent.
Le rire de Bellatrix se fit un peu plus fort. Elle était vêtue d'une printanière robe moldue et tout à fait ravissante. L'étui dans les replis de sa ceinture large n'attirait aucunement le regard, et pourtant Al'Najin savait qu'il contenait une arme terriblement meurtrière.
"Merci pour le rat" rajouta-t-elle. "Je crois que j'ai failli le faire mourir d'une crise cardiaque quand il m'a reconnue."
"Je m'en occuperai au début de l'été. J'ai eu quelques idées pour la Marque aussi, je profite d'avoir un cobaye sous la main."
"Bien sûr."
Ra's inclina la tête vers lui.
"J'attends de tes nouvelles, Al'Najin" annonça-t-il avant de leur tourner le dos, remontant dans l'avion.
Le jeune assassin se détendit sensiblement quand ils ne furent plus que trois. Il n'avait pas parlé d'Hermione. Le sujet avait été habilement esquivé dans son compte-rendu des derniers mois, mentionnant à peine qu'il continuait à s'entraîner avec elle. Slade le perçut immédiatement et fit un signe de main qu'il connaissait bien vers Bellatrix – il voulait parler hors des oreilles indiscrètes. Ils s'éloignèrent tous les trois et elle prit sa baguette, tissant les sorts autour d'eux en excluant également les objets inanimés.
"Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Ra's ?" questionna Slade.
"Rien."
"Tu n'as jamais été soulagé en le voyant partir" répliqua le mercenaire. "Dois-je te rappeler que nous sommes tous les deux liés par des serments qui nous empêchent de te nuire ?"
"J'ai omis certains faits" répondit prudemment Al'Najin.
"C'est un jeu dangereux, gamin."
"Je sais" protesta-t-il. "Je sais mais... je devais le faire."
Slade soupira, posant sa main sur son épaule pour l'entraîner en avant.
"Fais attention."
Aucun des deux adultes ne demanda ce qu'il avait caché. Cela lui fit garder le silence un moment – Ra's voulait tout savoir de ses moindres gestes. Enfin... peu importait au final.
