Et voici le chapitre suivant ! Il est un peu plus bref, puisque c'est une transition. Bonne lecture à vous et à la semaine prochaine !
Résumé de l'épisode précédent : A la fin de sa troisième année à Poudlard, Al'Najin a réussi à évacuer Sirius Black pour qu'il soit interrogé par la Ligue. Cependant, il a fait face à un Rémus Lupin transformé en loup-garou et s'est engagé dans un combat violent, qui a vu le décès du professeur. L'année s'achève donc sur une dispute avec Hermione et le jeune assassin se prépare à rentrer chez lui.
Hermione ne lui adressa pas la parole le lendemain matin. Elle baissa pudiquement les yeux quand Dumbledore annonça avec regrets le décès du professeur Lupin survenu pendant la nuit. Elle ne vint pas non plus le rejoindre dans son compartiment et cela le mit d'une humeur terrible. C'était une belle façon de le remercier de lui avoir sauvé sa peau !
Aussi ce fut d'un pas rapide et d'une humeur massacrante qu'il quitta le quai du Poudlard Express, ne s'attardant même pas aux membres de la Ligue présent. A la place, il rentra à pied de son pas rapide, parcourant les dix kilomètres sans même être essoufflé, toujours de méchante humeur, et claqua d'ailleurs la porte d'entrée en lâchant son sac dans un coin avant de descendre au sous-sol sans adresser un mot ou un regard à personne.
Il retira rapidement sa veste, son pull et son t-shirt, restant torse nu avant de rejoindre un des sacs de son. Son poing le fit à peine vibrer alors qu'il le percutait et il se mit à frapper sans réfléchir, multipliant coups de pied et de poing. Sa colère remonta d'un cran lorsque la porte s'ouvrit une demi-heure plus tard.
"Hors d'ici" grogna-t-il.
"Vraiment ?" demanda la voix rauque de Slade alors qu'il refermait la porte. "Tu ne voudrais pas frapper quelqu'un d'autre ? Ce serait plus productif qu'un sac."
Un violent coup de poing fendit le sac devant l'adolescent et le son se répandit au sol. Il se retourna lentement. Slade était en train d'enlever son haut, ne gardant que son pantalon de combat et ses bottes, et lui fit un sourire amusé.
"Viens là, gamin. Voyons ce qu'il te reste après une année à moisir."
Une seconde après, Al'Najin se jetait en avant. Il n'avait ni baguette ni épée mais n'en voulait pas. Il voulait juste défouler sa frustration après ses échecs répétées – incapable de créer un Patronus, de trouver un foutu Horcruxe dans un château, et visiblement de conserver l'amitié de quelqu'un. La blessure se raviva et il se mit à frapper en aveugle, ses coups systématiquement parés par le mercenaire face à lui. Il ne vaincrait jamais Slade ainsi et relâcha toute sa frustration pendant plusieurs heures, multipliant coups de pieds et de poings, jusqu'à se sentir enfin épuisé et Slade lui fit un petit sourire, lui ébouriffant les cheveux.
"Ça va mieux ?"
"Ouais" reconnut-il en tremblant légèrement.
"Viens là."
Il écarquilla les yeux en se retrouvant contre le torse musclé. Les bras autour de lui n'étaient aucunement agressifs. Ils dégoulinaient tous les deux de sueur mais Al'Najin ne bougea pas, pétrifié. Il savait que Slade ne cherchait pas à le blesser et, à vrai dire, la sensation était plutôt… plaisante. Reposante. Alors il se détendit un peu, s'appuyant contre l'homme qui resserra légèrement son étreinte en réponse.
Ils restèrent longuement immobiles, jusqu'à ce que le mercenaire n'ébouriffe gentiment ses cheveux.
"Tu veux me raconter ?"
"C'est complètement ridicule" grogna-t-il.
"J'ai été un adolescent avant toi. Je sais à quel point n'importe quoi te frustre et combien tu es partagé entre le garder pour toi ou en parler. D'expérience, il vaut mieux que tu en parles à une personne au moins."
Al'Najin ne répondit pas et Slade le relâcha, l'entraînant à l'extérieur. Il passa par la cuisine, sortant deux bouteilles du frigo, avant de monter jusqu'à une terrasse, s'asseyant sur la rambarde, tournant le dos à la maison. Al'Najin hésita un moment, puis fit de même alors que Slade lui tendait la bouteille, ses jambes balançant dans le vide. Le vent frais passait sur son torse toujours nu, le rafraîchissant, et il observa la bouteille.
"Tu me donnes de la bière ?" s'étonna-t-il.
"Pisse hollandaise à cinq degrés. Pas avec une bouteille que tu vas finir saoul."
Al'Najin hésita un moment, puis imita Slade qui avait ouverte la sienne d'un coup de canine bien placé. Il sentit de la magie dans son dos et porta la main à son épée, avant de la reconnaître – c'était Bellatrix qui isolait la terrasse. La sorcière repartit d'ailleurs ensuite comme si de rien n'était et il sentit sa présence s'éloigner. Il porta la bouteille à ses lèvres, prenant une gorgée avant de grimacer un peu.
"C'est pas super bon" admit-il. "J'ai toujours cru en te voyant en boire…"
"Dis-moi ça de nouveau quand tu auras l'habitude" fit Slade avec un rire. "L'alcool n'est jamais apprécié spontanément. Tu apprends à aimer ça, spécialement les alcools forts."
La nuit était tombée depuis longtemps et Londres était très calme. Au vu de la complexe toile de magie qui les entourait, il était peu probable aussi que quelqu'un dans le manoir ne les entende.
"J'ai tué quelqu'un hier" finit-il par dire. "Un loup-garou qui attaquait Hermione – je lui ai dit de dégager et ensuite… c'était un combat à mort. Je l'ai tué."
"Tu as été blessé ?"
"Juste des griffures" admit-il honnêtement en passant ses doigts sur les traces sur ses bras encore en train de se refermer. "Mais il était plus fort et plus rapide que moi – si je voulais m'en tirer, je frappais à mort."
"Quel est le problème alors ?"
"Hermione refuse de me parler. Le loup-garou, c'était un de nos profs, Lupin. Je lui ai sauvé sa vie et elle refuse de me parler."
Son ton s'était fait clairement frustré et il haussa des épaules.
"Et avec ça je ne suis pas foutu de trouver un objet dans Poudlard – j'ai tout fouillé, des donjons jusqu'au septième étage, et j'ai rien trouvé. Je me suis fait encercler par des Détraqueurs et je n'étais pas capable de créer un foutu Patronus, j'ai failli mourir à cause de ça et il a fallu…"
Une grimace de dégoût apparut sur son visage.
"Qu'on vienne me sauver."
"Ça arrive, gamin" remarqua Slade. "On ne peut pas toujours tout réussir seul, ça se saurait sinon."
"T'as jamais besoin de personne, toi !" répondit vertement Al'Najin.
Un rire rauque lui répondit.
"Déjà, j'ai cinquante ans, pas quatorze. J'ai un peu plus roulé ma bosse que toi et tu apprends des choses chaque jour de ta vie, je te le garantis. J'ai fait des erreurs desquelles j'ai apprises, j'ai connu des situations auxquelles tu n'as jamais été confrontées."
Il leva sa bouteille pour en reprendre une gorgée.
"Et d'ailleurs, si tu n'étais pas venu m'aider, je serai sûrement encore en train de moisir sur Lian Yu, complètement fou. Tu vois, j'ai eu besoin d'aide. Pour ce qui est de ton amie…"
Il haussa des épaules.
"Nous sommes des tueurs, Stan. Des gens qui n'hésiteront jamais à franchir le pas. Des gens qui ont été balancés sur des champs de bataille, qui ont été confrontés à la torture, au meurtre. Ton amie n'a pas à regarder par-dessus son épaule chaque jour pour être sûre de ne pas être assassinée. Elle ne comprend pas que, si tu n'es pas sûr de vaincre, alors mieux vaut frapper à mort et ne laisser aucune chance à ton ennemi. Tu as défendu sa vie, Stan. Peut-être aurais-tu mieux fait de la laisser se défendre elle-même pour qu'elle ne comprenne."
Al'Najin frissonna.
"J'ai eu du mal contre lui" remarqua-t-il. "Elle serait morte."
"Peut-être, peut-être pas" répondit Slade. "Nous sommes bien placés pour savoir à quel point les réactions qui viennent de nos tripes, lorsque notre vie est menacée, permettent de faire des miracles. Peut-être connaissait-elle des sortilèges que tu ignorais, peut-être son instinct l'aurait poussée à faire quelque chose auquel tu n'as pas pensé."
L'adolescent resta silencieux. Peut-être que Slade avait raison. Hermione était loin d'être sans ressources et pourtant il avait agi à sa place et lui avait ordonné de fuir. Comme si elle n'était pas capable de faire quoi que ce soit par elle-même. Slade tapota son dos avec un sourire.
"C'est compliqué, les interactions avec les autres humains" fit-il avec amusement. "Mais tu verras, la récompense est à la hauteur."
Il resta silencieux, puis acquiesça doucement, reprenant une gorgée de bière. Le liquide légèrement amer n'était pas si mauvais, finalement, et le pétillement plutôt agréable. Un discret rot lui échappa d'ailleurs, faisant ricaner son aîné qui avait déjà fini sa bouteille depuis bien longtemps.
"Et pour ton sortilège du Patro-machin" conclut le mercenaire "ça n'a jamais été ton genre de t'arrêter sur de tels détails. Tu cherches en général une voie de contournement si tu n'arrives pas à foncer dans le tas."
"C'est pas ça" fit Al'Najin à contrecœur. "Ce n'est pas une question de puissance ou de complexité du sortilège. C'est de la magie d'âme. Pour le lancer…"
Il s'humecta les lèvres.
"Tu dois te souvenir de tes meilleurs souvenirs" murmura-t-il. "Des moments où tu étais heureux. J'ai tout essayé, tous mes souvenirs mais, même quand il n'y a pas de Détraqueur autour, je ne suis pas assez heureux pour l'utiliser."
"Même pas avec ton animagus ?" demanda Slade. "Tu avais l'air vraiment heureux en parlant de ça."
"Même pas ça" fit-il à mi-voix. "Je pensais… mais je crois que je sais. J'ai les émotions d'un corbeau quand je suis transformé. Les Détraqueurs ne me suivaient même pas, n'essayaient pas de m'attaquer, quand j'étais corbeau. Je pense que… les émotions animales ne sont pas assez fortes. Ni pour les Détraqueurs, ni pour le Patronus."
Il haussa doucement des épaules.
"J'y ai pensé pendant que j'étais en prison. C'est juste… très perturbant de s'en rendre compte."
"C'est ce que tu as caché à Ra's ?"
"Pas seulement. Je… j'ai parlé avec… le Flash. C'était une des conversations les plus étranges que je n'ai jamais eue. Cet homme est l'un des plus puissants de cette fichue planète."
"C'est vrai" acquiesça Slade. "La vitesse est un pouvoir terrible."
"Alors je lui ai demandé pourquoi il n'imposait pas les lois qu'il voulait, ce genre de choses. Ses réponses étaient… perturbantes."
L'œil de Slade s'étrécit légèrement. Peut-être ces conversations auraient-elles ouvert les yeux de l'adolescent quant à la Ligue. Al'Najin ne poursuivit pas néanmoins, retombant dans le silence, regardant pensivement le parc et les grilles en contrebas, ses mains serrées sur la bouteille presque vide. Il l'acheva d'ailleurs et Slade agita la sienne, vide depuis longtemps.
"Tu peux en faire venir d'autres ?"
Le sorcier eut l'air surpris, puis ferma les yeux, frottant légèrement les doigts de sa main gauche. Il l'avait déjà fait une fois, après tout. La magie de sa baguette s'éveilla dans la salle d'entraînement.
"Viens" murmura-t-il.
La réaction fut immédiate cette fois-ci et la baguette s'envola, venant droit vers lui. Il la rattrapa de sa main gauche, la faisant tournoyer, ses yeux posés sur les stries du sang de licorne.
"Je lui ai dit, aussi" remarqua-t-il soudain. "Ce qu'il s'est passé avec la licorne… je n'avais jamais pu le dire, même pas à toi ou à Ra's, et pourtant avec lui, c'est sorti tout seul. Il m'a dit que la Ligue ne respectait pas le serment. Tu crois qu'ils ne le respectent pas du tout ?"
"Bière" réclama Slade, et l'assassin marmonna vaguement un sortilège d'attraction, faisant venir deux bouteilles que Slade décapsula l'une avec l'autre. "Oui, Al'Najin, je crois également qu'à quelques rares exceptions près, la Ligue ne respecte pas son serment."
Il lui tendit la bouteille que l'adolescent prit sans conviction, avalant néanmoins une gorgée.
"Qu'est-ce que tu crois que je devrai faire ?" demanda-t-il soudain, et Slade leva un sourcil. "Pour Hermione."
Le mercenaire eut un sourire amusé. Et, au final, malgré la punition qu'il risquait pour n'avoir pas réussi à trouver l'Horcruxe, le jeune homme agissait comme tout bon adolescent et se préoccupait davantage de son amie.
"Peut-être" suggéra-t-il "devrais-tu t'excuser d'avoir pris des décisions à sa place. Je crois que tu es conscient qu'elle aurait pu faire bien plus que juste se cacher."
"Oui" reconnut le jeune homme.
"Alors dis-le-lui."
"Qu'est-ce que ça changera ? Elle sait ce que je pense d'elle."
Slade roula des yeux.
"Tu as encore du mal à comprendre le concept d'excuses, je crois. Dis-lui juste. Une lettre ou un coup de téléphone."
"Tu voudrais bien l'amener pour moi ? Je m'en fiche si tu la lis mais…"
"Je peux faire facteur si tu me fais venir encore une bière" acquiesça Slade.
Un mouvement de baguette plus tard, il avait une nouvelle bouteille et eut un sourire satisfait.
"Vraiment pratique d'avoir un sorcier sous la main" commenta-t-il.
Al'Najin avait eu le temps de lui en ramener encore deux autres avant d'avoir fini la sienne et finalement il ramena ses jambes sur la terrasse, posant la bouteille vide sur la rambarde.
"Dis à Bellatrix que je transférerai le rituel demain" fit-il simplement. "Je vais me coucher."
"Et si Ra's ne veut pas ?" demanda Slade avec curiosité.
"Je lui ai promis que je le ferai et je le ferai" répondit-il, inflexible. "Je doute que Ra's ne veuille que je me retrouve privé de magie. Je propose de garder le rat, ça permettra d'expérimenter sur la Marque sans que je n'ai besoin de le faire sur elle."
"Je lui passe le message" accepta Slade. "Bonne nuit, gamin."
"'ne nuit."
Il croisa Bellatrix dans le couloir. Elle était hors des champs de magie qu'elle avait elle-même tissés, adossée au mur et les bras croisés, et lui fit un demi-sourire alors qu'il passait.
"Tu te sens mieux ?"
"Oui" acquiesça-t-il simplement.
"La prochaine fois que tu lances des sortilèges d'attraction sur des bières" fit-elle alors qu'il s'éloignait, mais il ne ralentit pas "ouvre la porte du frigo avant. Tu as fait une série de trous dedans et dans les portes."
"Oups" répondit-il ironiquement avant de rejoindre sa chambre.
Ses doigts reprirent sa baguette et il entreprit de tisser la toile de magie habituelle autour de lui pour dormir tranquillement. Il avait toujours sa magie naturelle qui scannait les environs, développée très jeune, mais quelques sortilèges conscients en plus ne faisaient de mal à personne. L'aube pointait presque lorsqu'il ferma finalement les yeux, épuisé davantage par les émotions que par la journée proprement dite.
Lorsqu'il se réveilla, la maison était déserte. Cela le surprit sincèrement et il étendit ses sens. Il finit par sentir la magie de Bellatrix, qui était à l'étage, et laissa tomber l'affaire pour le moment, allant prendre un solide petit-déjeuner. Il avait longuement cherché comment s'occuper du rituel. Bellatrix avait parlé de le transférer, si le mot était simple, la pratique l'était un peu moins. C'était finalement le livre offert par Pernelle Flamel qui lui avait donné la solution. De tels rituels ne s'intégraient pas dans les magies des personnes visées, ils les restreignaient en se posant dessus.
De là, il avait prévu de d'abord révéler les magies de Bellatrix, puis de trouver celles du rituel, puis de les déplacer. Plus facile à dire qu'à faire cependant, et si révéler les magies serait relativement aisé, le reste demandait une concentration relativement élevée. Il retourna dans sa chambre ensuite, prenant un stylo bic et une feuille, réfléchissant un long moment avant de commencer à écrire. Il n'avait droit qu'à un seul essai s'il ne voulait pas qu'on ne retrouve ses brouillons.
Lorsqu'il s'estima finalement satisfait, il quitta sa chambre, rejoignant la signature magique de Bellatrix plus loin. Il donna à peine un coup dans la porte avant de l'ouvrir et se recula d'un bond – un couteau venait de se planter en vibrant dans le bois, là où se trouvait sa tête une seconde auparavant. Un rire féminin suivit et la voix de Bellatrix l'appela.
"On ne t'a jamais dit de frapper avant d'entrer, Stan ?"
"J'ai frappé" protesta-t-il après quelques secondes de silence. "C'est bon, Slade s'est calmé ?"
Un vague grognement lui répondit et il avança à nouveau prudemment. Slade était debout, lui tournant le dos, son pantalon encore ouvert et en train d'enfiler une chemise. Bellatrix était encore dans le lit, royalement amusée et à peine couverte d'un drap.
"Bonjour, Stan" fit-elle joyeusement. "Bien dormi ?"
"Trop peu" répondit-il distraitement. "Vous…"
"Ne termine pas cette phrase" avertit Slade d'un grognement.
L'assassin resta donc silencieux en conséquence. Au moins cela expliquait une chose qu'il n'avait jamais comprise – pourquoi Slade avait descendu le mari de Bellatrix d'un tir en pleine tête. Restait à savoir pourquoi Bellatrix ne l'avait pas fait elle-même, mais il ne poserait pas la question par simple prudence.
"Qu'est-ce que tu voulais ?" demanda Bellatrix, amusée par son silence indécis, alors que le mercenaire terminait de se rhabiller.
"Je voulais donner quelque chose à Slade et te demander de descendre avec le rat pour qu'on puisse s'occuper de ce rituel…"
Slade prit sa veste et se retourna enfin en l'enfilant, lui tendant la main. Il remit la lettre dedans sans discuter et Bellatrix s'étira nonchalamment, avant de se lever à son tour, attirant sa baguette d'un geste paresseux pour se rhabiller en une seconde.
"Je te suis" fit-elle joyeusement. "Nous retournerons à ton entraînement ensuite."
"J'aimerai tester certaines choses" acquiesça-t-il "et si elles fonctionnent sur toi, je suppose qu'elles fonctionneront sur Voldemort."
"Sans doute" gloussa la belle femme. "A tout à l'heure, Slade."
Al'Najin était déjà reparti, redescendant dans le sous-sol. Bellatrix y entra moins de cinq minutes après et il observa le cercle de rituel déjà préparé. Bien sûr, la Maîtresse des Arts Sombres avait tout fait pour lui simplifier la vie. Elle était la première intéressée dans l'histoire, après tout. Pettigrow était dans une cellule plus loin et il le récupéra d'une main de fer, le ramenant dans la pièce principale. Bellatrix se plaçait déjà dans l'emplacement qui lui était réservé et activa le cercle en chantonnant, juste assez pour que Pettigrow ne se retrouve coincé par la magie une fois que Al'Najin l'eut jeté dans l'emplacement prévu pour lui.
Les lignes s'illuminèrent de petites flammes et Al'Najin s'installa en tailleurs dans l'emplacement du maître du rituel. Bellatrix s'était elle aussi assise, bien droite, les mains sur ses genoux, le regardant. Ils étaient placés tous les trois dans un triangle et le rat se mit à geindre.
"Harry" appela-t-il. "Tu ressembles tellement à ta mère… Harry, pourquoi tu pactises avec elle ?"
Al'Najin n'écouta pas, se concentrant. L'opération à suivre allait s'avérer très délicate. Il était encore en pleine phase de concentration lorsque la porte se rouvrit, laissant rentrer Slade qui s'adossa au mur, bras croisés, son œil unique posé sur la scène. Pourtant les gémissements du rat le déconcentraient et il finit par claquer de la langue, agacé.
"Fais-le taire" demanda-t-il vers Slade.
Le mercenaire décroisa les bras en s'avançant. Bellatrix ne pouvait pas bouger, prise dans les fils de magie, mais lui était un moldu – et, effectivement, il put avancer sans difficultés, faisant simplement attention à ne pas toucher les lignes de feu. Sa main d'acier saisit le rat à la gorge et il le ramena contre son torse, l'étranglant, jusqu'à ce qu'il ne sombre dans l'inconscience et qu'il ne le laisse retomber au sol.
"Merci" fit Al'Najin, soulagé.
"Il devrait rester inconscient une bonne heure" informa obligeamment le mercenaire.
"Tu es prête ?" demanda l'assassin vers la sorcière.
"Quand tu veux" répondit-elle avec un sourire parfaitement calme.
Et, d'un geste de main, Al'Najin révéla ses magies. C'était la partie facile cependant. Bellatrix avait fermé les yeux. Ses magies étaient contenues par le cercle et il les observa un long moment, cherchant celles qui ne lui appartenaient pas. Lentement les fils se séparèrent, obéissant à sa volonté non formulée, alors qu'il observait avec attention le spectacle devant lui, indifférent à sa beauté. Finalement il ne resta plus que deux magies non naturelles.
Il en reconnut immédiatement une pour en avoir eu des traces en lui. Même s'il avait eu six ans à l'époque, c'était la même magie que celles des Horcruxes, juste disposée différemment et bien moins puissante – une trace de la magie et de l'âme de Voldemort dans ses serviteurs. C'était la Marque des Ténèbres, sans aucun doute, et cela expliquait un nombre incroyable des découvertes rapportées par Rogue, notamment sur la manière utilisée par le mage noir pour infliger de la douleur à distance.
Il l'étudia un long moment en silence. Comme l'Horcruxe chez lui, la magie était accrochée à celles de Bellatrix. Il se décida finalement à s'occuper d'abord du rituel et en saisit délicatement les magies, les délaçant patiemment, une par une. La sueur apparut bientôt sur son front. Même s'il ne bougeait pas un muscle, l'exercice mental était plus que délicat. Sans les exercices imposés par McGonagall et Flitwick sur le maintien de plusieurs sorts actifs simultanément, il n'aurait probablement jamais été capable d'effectuer ce travail de fourmi.
Finalement la dernière magie se détacha de celle de Bellatrix, se répandant dans le cercle de magie qui les enfermait toujours. Al'Najin les redirigea délicatement vers le second cercle, les éloignant de Bellatrix. Il y eut un moment de flottement, puis elles s'engouffrèrent dans le corps à disposition. Le rat s'arqua sous la puissance des magies qui déferlaient en lui mais Al'Najin ne relâcha sa concentration que lorsqu'il fut certain que le rituel était bien fixé sur Pettigrow.
Un éclat de rire de la part de Bellatrix lui répondit mais il ne cilla pas. Tout juste s'il ouvrit la bouche.
"Silence" murmura-t-il, concentré.
La sorcière se tut immédiatement. Al'Najin avait déjà reporté son attention sur elle, sa concentration ne faiblissant pas. La Marque luisait toujours faiblement, détachée des autres magies, et il entreprit de démêler la magie. La douleur jaillit aussitôt dans la sorcière en face de lui mais il ne cilla pas. Bellatrix avait connu pire et elle ne l'interrompait pas, restant parfaitement silencieuse. Il détacha attentivement les magies de Voldemort et tenta de les transférer vers Pettigrow pour la seconde fois – sans succès. Et pour une raison toute bête, Pettigrow portait déjà la Marque.
La magie de Voldemort rampait dans le cercle, suivant les runes, cherchant un nouvel endroit où s'accrocher. Finalement il se décida. Il n'avait pas pu détruire le rituel parce que les magies étaient bien plus puissantes que lui. Ce n'était pas le cas de la Marque, un simple résidu de la magie de Voldemort, de très loin inférieure à un Horcruxe. Il se releva lentement, portant sa main à sa ceinture avant de tirer lentement l'épée de Serpentard.
"Non, ne…" commença la voix de Bellatrix sur un ton d'avertissement, mais trop tard.
La lame s'était enfoncée à la verticale au centre du cercle. Les runes se désolidarisèrent aussitôt et il y eut un crépitement, puis une sourde détonation alors que le cercle disparaissait, entraînant la magie avec lui. Il se sentit voler en arrière et tenta de se rattraper – pour qu'un bras fort ne le saisisse au vol, le torse derrière lui amortissant le choc de la rencontre avec le mur. Il resta sonné un moment alors que Slade le maintenant debout.
"Ouch" fit-il finalement.
Une vigoureuse claque sur la tête le fit légèrement grogner alors qu'une migraine pointait le bout de son nez.
"Non mais !" rugit Bellatrix. "Je ne t'ai jamais rien appris sur les Arts Sombres, idiot ! Tu ne brises jamais un cercle par la force brute !"
"Ouais, ouais" marmonna-t-il, à moitié dans les vapes.
Un instant après, une chaleureuse étreinte l'arrachait aux bras de Slade. Il protesta d'un faible grognement. Il n'avait que fait tenir sa part du serment, ce n'était pas la peine d'en faire autant… Ses doigts se levèrent, tâtant le bras nu de Bellatrix, et elle le leva obligeamment. Seule une légère trace noircie, comme une brûlure soignée trop tard, se faisant voir.
"Tu as encore de sa magie ?" demanda-t-il d'une voix pâteuse.
"Rien" répondit-elle avant d'embrasser sa joue. "Merci, Al'Najin. C'est quelque chose que je n'oublierai pas."
Il ferma les yeux, se sentant vaciller.
"Tiens juste… ta part de promesse" murmura-t-il en se laissant basculer en arrière.
Contre Slade, qui resserra sa prise avant de le soulever. Al'Najin songea qu'il commençait à avoir un sacré problème pour aimer tellement se retrouver dans les bras du mercenaire, la plupart du temps épuisé ou blessé. Pourtant Slade ne le repoussa pas. Une main féminine essuya son menton et il se rendit compte qu'il avait recraché du sang à cause de la violence du choc magique.
"Tu peux dormir, Stan" fit gentiment Bellatrix. "Nous restons avec toi."
Il voulut protester, mais l'idée lui paraissait incroyablement séduisante et il ferma les yeux, sa joue se posant contre l'épaule de l'homme qui le portait. Les deux adultes se mirent à discuter mais il n'écoutait plus, sombrant dans un profond sommeil réparateur.
