Salut à tous ! Aujourd'hui, c'est dimanche, et comme tous les dimanche (ou presque) voici le nouveau chapitre. Bonne lecture !
Résumé de l'épisode précédent : Les vacances de Al'Najin se sont plutôt bien déroulées. Au calme, du moins, et grâce à la capture de Pettigrow, il a pu libérer Bellatrix des contraintes qui pesait sur elle. Le temps de retourner à Poudlard est néanmoins arrivé, même s'il n'est pas spécialement enthousiaste à cette idée.
Stan regarda distraitement par la fenêtre, sentant le train qui s'ébranlait. Il avait retiré ses bottes et remonté son genou contre sa poitrine, son menton posé dessus. Sur le quai, Nyssa se trouvait et lui fit un dernier sourire accompagné d'un signe de main avant de tourner les talons alors qu'ils se mettaient en route.
Cet été était le plus étrange qu'il n'ait jamais connu. Il n'avait pas vu Ra's al'Ghul, qui n'avait même pas pris de ses nouvelles concernant l'Horcruxe à Poudlard. Lorsqu'il s'était réveillé après le rituel de Bellatrix, il avait été dans le salon, allongé dans le confortable canapé. Une chaude couverture posée sur lui, sa tête sur les genoux de la puissante sorcière qui discutait avec Slade installé dans le fauteuil – la scène la plus étrange qu'il n'ait connue, et pourtant il se sentait bien.
Les deux adultes avaient repris en main son entraînement, le remettant en forme après une année à Poudlard. Bellatrix avait paru très intéressée par les nouveaux sortilèges qu'il avait utilisé à son encontre, et spécialement à ses tentatives de combiner illusions et métamorphoses. A vrai dire, l'un comme l'autre étaient trop faibles pour passer les défenses de la puissante sorcière, et pourtant le mélange des deux avait eu des résultats surprenants.
Bellatrix pouvait briser ses illusions par sa simple puissance et les percevait en tant que telles sans réaliser d'effort réel. C'était une application directe du paradoxe de Mordred. De même, les métamorphoses que le jeune homme réalisait à son encontre ne fonctionnaient pas, s'annulant en pénétrant son armure magique naturelle ou l'un de ses boucliers. L'adolescent avait alors tenté de ruser.
Il avait invoqué une illusion de pluie torrentielle que Bellatrix brisa – pour se rendre compte que certaines des gouttes n'étaient pas de la fausse eau mais des petits cailloux aussi durs que du diamant, aux bords tranchants comme des rasoirs. Et, n'étant que des objets inanimés, son armure magique avait effectivement annulé la force qui les projetait. Pas la vitesse acquise par les projectiles, cependant.
Le principe des projectiles à haute vitesse, habilement dissimulés dans des illusions. Al'Najin utilisait des sortilèges d'animation pour les placer sur des trajectoires qu'il pouvait éventuellement rectifier, mais ne se servait pas directement de la magie et franchissait donc les défenses. Bellatrix l'avait poussé dans cette voie, lui faisant développer les sorts en question, affinant sa technique jusqu'à ce qu'il ne soit capable de l'exécuter les yeux fermés en bougeant à peine sa baguette.
Le jeune homme plongea la main dans sa poche, en sortant trois billes d'une étrange matière noire et mate. Slade les lui avait fournies. Elles pesaient étonnamment lourd pour leur diamètre d'environ quatre centimètres et formaient des sphères parfaites. Lorsqu'il avait développé sa capacité à diriger de petits objets, Slade avait décrété que la métamorphose était une belle chose, mais qu'en avoir en permanence pouvait être un terrible avantage.
Il ne savait pas où le mercenaire les avait obtenues. C'étaient des fullerènes de carbone imbriqués. Il n'avait pas compris grand-chose à la théorie physique derrière, mais était certain d'une chose : par leur structure atomique, les fullerènes étaient parmi les matériaux les plus durs au monde. Autrement dit, et il avait fait le test, s'il projetait l'une des sphères à grande vitesse dans n'importe quel mur, matériau, ou corps humain, ce n'était pas la sphère qui se brisait.
Il n'avait réussi à en contrôler que trois simultanément, s'entraînant des heures et des heures à savoir en permanence où elles étaient et à les faire voler dans n'importe quelle direction ou changer de direction à une vitesse de plus en plus élevée. La Ligue n'était pas venue des deux mois d'été, en dehors de Nyssa qui était arrivée un beau matin d'août. Elle n'avait fait aucun commentaire, s'était juste installée et avait passé beaucoup de temps avec lui pendant les trois semaines où ils avaient été réunis.
Elle non plus ne lui avait pas posé de questions sur sa mission. Ils discutaient de choses et d'autres, partirent faire plusieurs balades ensemble. Il n'avait pas posé de questions, se contentant d'apprécier les moments de détente qu'ils partageaient. Nyssa avait eu l'air fatiguée en arrivant mais s'était visiblement sentie mieux ensuite, jusqu'à le raccompagner à la gare pour retourner à Poudlard.
La porte de son compartiment s'ouvrit et il fit instantanément disparaître les sphères de carbone dans une poche intérieure. Ce fut Hermione qui franchit le seuil et fit un sourire timide.
"Hey Stan. Je peux me mettre là ?"
"Bien sûr."
Elle entra en traînant sa valise et tenta de la soulever, sans succès, avant de sortir sa baguette et de la faire léviter. Puis elle s'installa en face de lui et lui fit un sourire.
"J'ai apprécié ton courrier" annonça-t-elle finalement.
"Vraiment ?" demanda-t-il, surpris.
"Oui" reconnut-elle. "Je n'ai pas répondu parce que tu ne voulais pas, mais je l'ai apprécié."
Il resta indécis un moment.
"Alors on est de nouveau… ok ?" tenta-t-il.
Un petit rire lui répondit.
"Tu as vraiment du mal avec les relations, hm ? Oui, Stan, mais je… j'aimerais que tu y réfléchisses vraiment à deux fois la prochaine fois. Tu sais, avant de… planter des épées dans des gens."
Il hésita un moment et elle lui fit un sourire rassurant.
"Je sais que tu ne pourras pas toujours avec ta Ligue, Stan. J'aimerai juste que tu essaies."
"D'accord" accepta-t-il soudain, et son sourire s'agrandit de plaisir. "J'essaierai autant que je peux de ne pas tuer de gens. Sauf…"
"Sauf ?" fit-elle doucement.
"Sauf Voldemort. Et si une personne torture ou tue un innocent devant moi, je l'arrêterai."
Elle eut une moue et il précisa.
"En essayant de ne pas la tuer."
Le sourire de la jeune femme se fit radieux et il resta déstabilisé. Il préféra donc ne pas reprendre et récupéra deux de ses sphères, les faisant rouler dans sa main.
"C'est un anti-stress ?" demanda Hermione naïvement.
"Euh… en quelques sortes" fit-il prudemment. "Oui, ça me détend pas mal de jouer avec."
C'était vrai. Hermione n'avait peut-être pas besoin de savoir que c'était devenu son arme anti-paradoxe de Mordred la plus efficace. Il se décida finalement à essayer de réparer l'amitié qu'ils avaient eue et inclina sa tête sur le côté.
"Tu as passé de bonnes vacances ?" demanda-t-il gauchement.
"Très bonnes, oui" reconnut Hermione. "Je suis partie en voyage en France avec mes parents, c'était passionnant. Tu voyages souvent ?"
"Beaucoup" acquiesça-t-il brièvement. "Quand on me le demande."
"Et… cet été ?" demanda-t-elle avec prudence.
"Je n'ai pas quitté Londres. J'étais avec mon père et ma sœur. Et je suppose qu'on peut dire ma belle-mère."
Après tout, une fois qu'il les avait surpris dans leur chambre, les deux adultes n'avaient plus réellement pris la peine de se cacher. Ou plutôt, une foule de petits détails lui avaient soudain sauté aux yeux. Des regards, des remarques qu'il ne repérait pas avant. Aussi étrange que ce soit, ils se respectaient et s'appréciaient, assez pour avoir ce qui ressemblait à une relation stable. Peut-être parce qu'ils étaient chacun parmi les plus puissantes personnes de leur monde respectif et qu'ils savaient apprécier la valeur de l'autre.
"Ah" fit bêtement Hermione. "Je ne savais pas que…"
"Moi non plus" fit-il avec un petit rire. "Je suis juste entré dans leur chambre un, hm, matin. Et ils étaient… occupés. J'ai, euh, esquivé le couteau et je suis reparti jusqu'à ce qu'ils m'autorisent à entrer."
Un petit rire lui répondirent.
"Mes parents avaient fait la même chose. Enfin, avec un oreiller, pas un couteau."
"Chacun son truc" répondit-il d'un ton enjoué.
Cela détendit sensiblement l'atmosphère. Ils se retrouvèrent bientôt à papoter de nouveaux sortilèges, comme pratiquement toutes leurs conversations. Peu de gens passèrent dans leur compartiment et aucun ne s'y attarda en entendant la teneur de leur discussion. Ils ne se séparèrent qu'en arrivant à la Grande Salle, rejoignant chacun leur table, et Stan rangea enfin ses billes de carbone.
Il resta silencieux à la longue annonce de Dumbledore. Faire un tournoi ne semblait pas être une mauvaise idée en soit. Le réserver aux plus de seize ans le mettait a priori hors de toute possibilité d'y contribuer, ce qui l'arrangeait. Il ne tenait pas à se faire remarquer. Hermione avait abordé la question de l'objet qu'il avait recherché avec acharnement l'année précédente et parut déçue d'apprendre qu'il ne l'avait toujours pas trouvé.
"Hey Stan" appela une voix une fois qu'il fut dans la salle commune, se préparant à aller se coucher.
Il s'arrêta, jetant un œil en arrière. C'était Cédric Diggory qui se tenait là, l'air surexcité.
"Salut, Cédric" répondit-il poliment.
"Tu as vu ce truc ? J'ai trop envie de participer !"
"Tu ferais un bon champion" acquiesça le cadet. "Tu es un très bon sorcier."
"Merci" répondit Cédric avec un sourire sincère. "Ecoute, je voudrai te demander un truc – si je suis champion, est-ce que tu voudrais bien bosser un peu avec moi ?"
"Hm ?"
Cédric passa un bras autour de ses épaules, un sourire railleur sur les lèvres.
"Tout le monde est au courant des cours de Flitwick et McGo, Stan" fit-il avec amusement. "Ce que tu as appris exactement, on n'en sait rien, mais c'est sûr que t'es un génie de sortilèges et de métamorphoses. Alors comme je suis sûr que si le champion est un Gryffi il demandera à Granger, est-ce que tu voudrais bien m'apprendre deux trois trucs ?"
Stan haussa des épaules.
"Je peux même si tu n'es pas champion."
"Merci !"
"Y'a pas de quoi…"
"Tu as envie de participer ?" demanda Cédric. "Tu es probablement le sorcier le plus doué de Poudlard."
"Je n'ai pas seize ans" répondit tranquillement Stan "et même si je les avais, non, ça me tente moyennement. Si tu veux on peut décider d'un soir pour bosser ensemble une fois qu'on a nos emplois du temps."
"Oui, pas de soucis. Merci ! Et bonne nuit…"
"Bonne nuit."
Il avait rejoint son dortoir juste après et ne tarda pas à aller se coucher en apparence. Dès que le château fut calme, cela ne l'empêcha pas de repartir en vadrouille. Il avait forcément raté une pièce ou un couloir secret et il le trouverait, foi d'assassin.
Lorsque octobre arriva, il ignora joyeusement l'ordre d'aller se mettre en rangs d'oignon pour accueillir les deux écoles étrangères. Il n'était pas un paon, merci bien, et continua donc ses études le plus tranquillement du monde, ne rejoignant discrètement la grande salle que pour le dîner proprement dit sans s'occuper plus que cela des étrangers. De même qu'il ne jeta même pas un regard à la Coupe de Feu. Ce truc sentait la magie à des kilomètres à la ronde, il croyait sur parole les règles qui disaient qu'un moins de seize ans ne pouvait pas être sélectionné.
Le jour d'Halloween, Cédric était venu s'asseoir à côté de lui, hyper stressé. Cela l'amusa intérieurement et il tapota son bras.
"Tu sais, tu as nettement plus de chances de sortir que beaucoup d'autres… Comme dit, tu es un sorcier très talentueux."
"Merci" fit Cédric "mais si c'est un Serpentard ils vont devenir intenables…"
"Pas plus que les Gryffondor ou les Serdaigle" rassura Stan.
"C'est vrai" reconnut Cédric avec un faible sourire, blanchissant néanmoins quand le directeur se leva.
Fleur Delacour et Viktor Krum furent appelés en premier. Puis Cédric, et Stan lui fit un vague sourire en tapotant son dos alors que les Poufsouffle éclataient en applaudissements, fous de joie que l'un des leurs soit sélectionné. Pour une fois que c'était leur maison, habituellement ignorée, qui attirait l'attention…
Dumbledore était en train d'expliquer le déroulement des épreuves quand la Coupe de Feu s'enflamma encore une fois et l'assassin retint un juron. Cela sentait les ennuis à plein nez.
"Harry Potter !"
Il leva un sourcil et ne bougea pas d'un iota. Le directeur avait soudain l'air très fatigué et il sut que ce n'était pas lui, mais il y avait bien néanmoins un responsable pour cet état de fait.
"Mr Mallory ?" finit par demander Dumbledore.
"Eh bien, comme vous venez de le dire, mon nom est Stan Mallory" répondit doucement le jeune homme. "Cela a été reconnu par les gobelins."
"J'ai bien peur, Mr Mallory, que votre nom de naissance ne s'applique aussi" fit remarquer Dumbledore.
"J'en doute : il n'est plus le mien depuis plus de dix ans et je n'ai pas candidaté pour le tournoi."
Un silence un peu gêné retomba et Dumbledore inclina sa tête.
"Je crains de devoir tout de même vous demander de venir, Mr Mallory."
Un signe de tête négatif lui répondit et il se frotta pensivement la barbe, se tournant vers Bartemius Croupton.
"C'est un problème, Barty. Je crois Mr Mallory quand il dit qu'il n'a pas candidaté."
L'officiel se racla la gorge.
"Malheureusement le nom de Mr Potter est sorti" remarqua-t-il.
"Mais comme il l'a justement fait remarquer, il est pleinement adopté par la famille Mallory et ce n'est donc pas son nom" intervint McGonagall d'une voix sèche. "Légalement parlant, Harry Potter n'existe plus."
"Ce nom ne peut désigner aucune autre personne" fit Croupton en secouant la tête. "C'est donc bien de lui dont il s'agit."
Les deux directeurs étrangers se mirent à protester avec véhémence. Pourquoi Poudlard aurait deux champions et pas leurs écoles ? Finalement ils ne l'appelèrent pas avec les autres et il retourna dans son dortoir, où il prit son téléphone portable, se couchant sur le dos après avoir jeté un sort de silence autour de lui. La ligne ne tarda pas à décrocher et ce fut la voix de Ra's qui le salua.
"Un imprévu vient d'apparaître" fit-il sobrement en arabe, avant de lui raconter les événements tout juste arrivés.
Le silence régna un petit moment, puis le maître assassin reprit.
"C'est un piège, de toute évidence" constata-t-il calmement. "Y a-t-il une chance que tu ne concoures pas ?"
"Très faible" jugea Al'Najin. "Les types du Ministère ont l'air très décidé et je crois que ce sont eux qui ont le dernier mot."
"Hm. Gênant. Très gênant. Tu risques d'être forcé de révéler des choses."
"Est-ce que je pourrai ne pas concourir ?" suggéra Al'Najin. "Je veux dire, me présenter pour dire que je suis là, mais ne pas réaliser les épreuves ?"
"Il faut que nous vérifions le contrat magique de la Coupe de Feu" soupira Ra's. "Il y a une probabilité non négligeable que tu sois forcé de participer complètement et non pas juste d'assister aux épreuves. Je te rappelle."
Il avait déjà raccroché et Stan reposa le téléphone, restant allongé sur le dos en silence. Après une longue demi-heure, une main toqua à la porte.
"Stan ?" demanda la voix de Cédric. "Je peux entrer ?"
"Ouais" répondit-il sans bouger.
Son aîné le rejoignit, s'asseyant au bord du lit.
"Les autres m'ont dit ce qu'il s'est passé" fit doucement Cédric. "Tu n'as pas mis ton nom, n'est-ce pas ?"
"Non."
"Il me semblait bien que tu m'avais dit…"
Il s'interrompit, puis reprit.
"Il y a une seule possibilité alors" fit-il d'un air d'évidence.
"Hm ?"
"C'est un piège" exposa calmement Cédric. "Tu n'as que quatorze ans, même si tu es un putain de bon sorcier. Il y a eu des morts dans les précédents Tournois alors qu'ils avaient dix-sept ans et étaient les meilleurs de leur école. Ça me paraît évident : quelqu'un veut que tu t'en prennes plein la gueule."
"Je suis… plutôt d'accord avec cette analyse" fit doucement Stan.
"Viens" fit Cédric en lui tendant la main.
"Où ?"
"En bas. On va l'expliquer aux autres."
"Hein ?"
"Il faut clarifier la chose, Stan" fit patiemment Cédric. "Il y a des gens qui croient que tu as mis ton nom. Donc on va calmement exposer les choses aux autres Pouf' comme ça ils sauront la vérité."
Stan hésita, mais Cédric avait raison et il se releva, le suivant en bas.
"Sonorus" murmura Cédric en pointant sa gorge. "S'il vous plaît ! S'il vous plaît, une minute !"
Le silence retomba instantanément en voyant qu'ils étaient tous les deux. Sa voix avait résonné autour, bien plus forte que d'ordinaire.
"Bon" fit-il un peu maladroitement "on a tous vu que l'ancien nom de Stan est sorti de la Coupe. Le truc, c'est qu'il ne l'a pas mis. Oui, j'en suis certain, pas besoin de me poser la question. On en avait déjà parlé plusieurs fois et il a pas seize ans."
Tout le monde était suspendu à ses lèvres et il inspira, avant de poursuivre.
"On sait tous que le Tournoi est un truc vachement dangereux. Et Stan a beau être un sacré bon sorcier, peut-être le meilleur de sa génération, il n'a pas tellement de connaissances magiques. Il a beaucoup plus de chances que tout les autres d'y laisser des plumes."
Stan n'objecta pas, le laissant parler. Beaucoup de gens paraissaient d'accord avec Cédric et il n'allait pas tout gâcher en parlant de ses autres capacités.
"Ça veut dire que la personne qui a mis son nom n'a pas fait ça pour faire plaisir à Stan" poursuivit Cédric. "Il a fait ça pour le pourrir, et méchamment. Peut-être pour qu'il meurt. C'est déjà arrivé dans les précédents tournois. Et vous savez tous ici qui veut la peau de Stan et la mienne, et celle de beaucoup d'entre vous."
Des frissons parcoururent l'assemblée et Cédric inclina gravement sa tête.
"C'est ce que je crois" annonça-t-il d'un ton ferme. "Qu'il est derrière ça. Comment, pourquoi, j'en sais rien, mais si c'est le cas…"
Il laissa sa phrase en suspens et une vague d'approbation parcourut la salle commune.
"On fait quoi ?" demanda une cinquième année. "Stan est obligé de participer, sinon il risque de perdre sa magie."
"On va bosser tous ensemble" fit fermement Cédric. "On est tous des Poufsouffle. Si n'importe qui a un indice sur les épreuves, qu'il vienne nous le dire. Stan et moi ne seront pas en concurrence…"
Stan se racla la gorge et il se tourna vers lui, interrogateur.
"Déjà, ce n'est pas encore sûr que je sois obligé de participer" fit-il sobrement. "Ensuite, si c'est le cas, je ne compte pas participer avec toutes mes capacités. Cédric est le champion de Poudlard, pas moi. Je ferai juste assez pour ne pas perdre ma magie, mais je n'essaierai certainement pas de gagner."
Voyant les mines sceptiques, il précisa.
"Je suis à peu près certain que celui qui a fait ça veut que je gagne. Donc je vais surveiller qui essaie de m'aider hors de Poufsouffle. Et après, selon ce que les gens veulent, je m'arrangerai pour faire autrement. S'ils veulent un combat, je ferai tout pour l'esquiver."
Il haussa des épaules.
"De toutes façons je suis beaucoup moins bon que Cédric et les autres champions dans ce domaine, alors ça sert à rien que je cherche par là."
Cette fois-ci, il y eut plusieurs hochements de tête et Cédric lui fit un sourire, sa main sur son épaule.
"De toutes façons" commenta-t-il "y'a jamais eu écrit nulle part que les champions n'ont pas le droit de travailler ensemble."
"Ouais" fit-il avec un sourire étirant ses lèvres. "Je suppose qu'on va sortir le manuel des Mille et uns sorts utiles dans toutes sortes de situation."
"Ce bouquin existe vraiment ?" demanda Cédric, les yeux ronds.
Il roula des yeux.
"Nan. Ça nous empêche pas de le faire."
"C'est vrai" reconnut Cédric.
"Je peux aller me coucher maintenant ? Je sens déjà les Serpentard me faire chier demain."
Plusieurs bonne nuit lui souhaitèrent et il remonta dans son dortoir, récupérant son téléphone. Il n'avait pas encore été rappelé et finit par se coucher entièrement. Il n'avait pas trop envie d'aller vagabonder dans le château cette nuit, il sentait qu'il serait plus surveillé qu'à l'accoutumée. Il resta donc sagement dans son dortoir toute la nuit, méditant longuement et en profitant pour dormir. Une idée lui parvint à l'aube et il se promit d'aller voir McGonagall à la fin de son premier cours.
"Mr Mallory" sourit la sévère professeur le mercredi midi alors que les autres élèves s'enfuyaient. "Je pensais bien vous revoir rapidement."
"Je sais que je vous en ai déjà demandé beaucoup" répondit doucement Stan. "Les cours de l'année dernière étaient formidables."
"Vous avez continué à le travailler ?"
"Oui, mais pas plus d'une heure à chaque fois."
"C'est bien. Attendez encore pour prolonger. Vous êtes jeune, votre esprit adulte n'est pas encore totalement formé."
"C'est ce que je me suis dis, surtout quand mon père m'a fait remarquer…"
Il eut une mine gênée.
"Que je commençais à avoir des réactions très irrationnelles et adolescentes."
"Nous sommes tous passés par là, Mr Mallory" répondit la sévère professeure avec amusement. "Quelle est votre requête ?"
"Eh bien, c'est à propos du tournoi" fit-il avec prudence. "Je pense que vous savez aussi bien que moi qui aurait intérêt à m'envoyer au conflit sans que je n'y sois préparé…"
"C'est la crainte que j'ai exposé à Albus, en effet" acquiesça McGonagall. "Je suis ravie que vous vous en soyez rendu compte."
"Cela signifie que je serai plus ou moins confronté à des conflits, tôt ou tard. J'ai essayé d'utiliser des métamorphoses pour neutraliser des gens, par exemple j'ai modifié des racines pour attraper quelqu'un tombé contre un arbre, mais…"
Il inspira brièvement.
"Rien n'arrive au niveau de ce que vous avez fait pendant ma première année. Vous avez mis une demi-seconde pour changer de la pierre en un matériau que je n'avais jamais vu, assez résistant pour immobiliser un troll des montagnes."
McGonagall soupira.
"Je me demandais quand est-ce que vous me poseriez la question, Mr Mallory" fit-elle sincèrement en refermant la porte de la salle de classe. "Soyez conscients d'une chose – métamorphoser des matériaux tels que de l'orichalque est un acte de haute magie. Vous avez les réserves pour, au vu de ce que vous avez réalisé l'année dernière. Cependant la métamorphose demande plus que de la force brute. Pour ce qui est de la vitesse d'exécution, vous avez bien compris qu'il ne s'agit que d'entraînement."
Elle sortit sa baguette, prenant l'encrier sur son bureau. La métamorphose s'effectua rapidement, sans heurt, pour donner naissance à un matériau noir comme de la nuit.
"Vous avez vu les lois de conservation de la métamorphose" poursuivit-elle. "Cependant, touchez-le. Prenez-le."
Stan s'exécuta, soulevant le matériau.
"Il est dense" observa-t-il. "Beaucoup plus que l'encrier."
"C'est exact. Les métamorphoses les plus avancées permettent d'outrepasser certaines lois de conservation. Le résultat peut en être plus dense, plus compact – plus solide, souvent. Cependant, ce que la matière ne peut fournir, c'est à la magie de l'utilisateur de le faire."
"Vous… rajoutez de la matière avec de la magie ?" suggéra-t-il.
"Un moldu a très bien expliqué cela dans ma jeunesse. Masse et énergie sont liées. Pour augmenter la masse, vous injectez davantage d'énergie avec votre magie. C'est chose dangereuse cependant. La magie est la vôtre, si vous en injectez trop, elle sera perdue."
"Comme des sortilèges qui nous laissent épuisés ?"
"C'est cela. Lorsque votre magie s'épuise, vous utilisez votre énergie physique. C'est pour cela que vous transpirez après de trop puissants sorts."
"Je vois" fit-il doucement. "C'est pour cela que ce n'est pas enseigné aux élèves, ils risqueraient de s'épuiser en permanence."
"C'est exact. Je peux vous enseigner ces méthodes, mais vous devrez prendre conscience de vos propres limites seul. Et vous savez ce que vous risquez si vous les surpassez."
Il resta silencieux un moment, puis hocha sa tête.
"Je garderai l'avertissement en tête" fit-il sincèrement. "Je pense cependant que ce serait une précieuse technique."
"Un dernier avertissement" fit cependant la sorcière. "Ces métamorphoses peuvent durer bien plus longtemps que des ordinaires. Ne les laissez jamais ainsi, annulez-les toujours vous-même. Elles continueront à drainer votre magie tant que vous ne l'aurez pas fait."
"D'accord" accepta-t-il avec le plus grand sérieux. "Je ne laisserai jamais une métamorphose active."
"Vous êtes conscient que je n'enseignerai normalement jamais ceci à un adolescent de quatorze ans ?"
"Je suis conscient que vous n'avez peut-être pas toujours affaire à des adolescents qui se font jeter dans des batailles contre leur gré. Peut-être que je suis paranoïaque et que cela n'arrivera pas, mais si cela se produit, je veux être prêt."
"Tristement, je ne pense pas que vous soyez paranoïaque" soupira-t-elle en ouvrant le tiroir de son bureau pour en sortir un mince carnet. "Vous avez jusqu'à demain. Ne le copiez pas, ne le montrez à personne et ramenez-le moi."
Le jeune homme ouvrit la bouche, la referma, puis prit le carnet, hésitant, avant de le mettre dans son sac.
"Et, Mr Mallory" avertit la professeure alors qu'il allait ressortir. "Nous ne parlerons plus de cela. Nos leçons sont terminées. La suite du chemin pour devenir un Maître de Métamorphoses se fait seul."
Ses yeux se plissèrent.
"Vous aurez le droit de pratiquer n'importe quelle métamorphose pendant mes cours, étant donné que vous maîtrisez déjà le programme de Poudlard. Ce sera la seule différence que vous aurez par rapport à mes autres élèves."
"Entendu" répondit-il à mi-voix. "Au revoir, professeur. Bonne journée."
Il n'eut pas de réponse en sortant. Il n'en attendait pas non plus et, dès que le repas fut passé, monta dans son dortoir, isolant son lit pour ressortir le carnet blanc. C'étaient à vrai dire des feuilles indépendantes vaguement reliées. Il ne mit pas dix minutes à le lire. Quelques schémas, des paragraphes de texte désordonnés. Mais, au-delà, à travers les lignes, le passage au rang de Maître était tout simple – ils étaient ceux qui tordaient les lois universelles, modifiaient les masses. Un Maître pouvait même vaincre un sorcier plus puissant que lui, car ses métamorphoses devenaient indépendantes.
Il n'y avait même pas d'avertissement sur les dangers de ces sortilèges. Non, juste des pistes esquissées, et il eut la surprise de retrouver une formule purement moldue gribouillée dans un coin : E=mc². Il était surpris que des sorciers n'en aient entendu parler, plus encore qu'ils n'en aient compris le sens. Ou peut-être ne l'avaient-ils pas comprise, et savaient juste que modifier la masse coûtait de l'énergie.
Si Stan comprenait bien le peu d'indications dans le cahier, acquérir ce niveau en Métamorphose permettait plus ou moins de créer des atomes supplémentaires à partir de rien. Comme de la conjuration, mais la conjuration n'était en général qu'une métamorphose de l'air ambiant, contrairement à ce qu'indiquait son nom. Là, il s'agissait réellement de créer et d'injecter cette création dans le monde alentours.
"Donc" murmura-t-il pour lui-même "si je veux de l'orichalque, je dois former un matériau qui a ses propriétés à partir de… prendre quelque chose de massif rendra la chose plus aisée."
Se penchant vers sa valise, il fouilla un moment et en ressortit un poids d'entraînement. Il n'allait pas tenter de faire le même volume pour une première fois. Plutôt que de prononcer un sort, il y dirigea simplement sa baguette, visualisant sa propre magie, condensant le poids de métal dans un matériau plus dense, plus sombre. Il gardait une partie de son attention sur ses réserves magiques au fur et à mesure qu'il injectait de la matière supplémentaire. Son énergie diminuait relativement lentement cependant et il finit par s'arrêter, observant le matériau noir qui traînait sur son lit avant de le soulever, l'examinant à la lumière.
Comme McGonagall le lui avait dit, son énergie continuait de s'injecter dans le petit pavé. Probablement pour remplacer les atomes qu'il avait lui-même créés et qui ne restaient pas stables, puisqu'ils n'étaient pas réels.
"Bon ben au moins" fit-il avec un petit rire pour lui-même "je ne changerai pas la masse de l'univers si je fais des conneries du genre."
Il se frotta la mâchoire, légèrement perplexe. Le matériau absorbait toute la lumière. Pris d'un soudain pressentiment, il sortit l'une de ses billes de sa poche et la plaça à côté, l'examinant avec attention. Il finit par lever les deux côte à côte, ses yeux passant de l'un à l'autre, mais il ne voyait pas vraiment de différence.
Oh, eh bien… après tout, il avait tenté de créer de l'orichalque, le matériau le plus dur connu. Son autre main contenait une sphère de fullerènes et de nanotubes de carbone imbriqués, soit le matériau le plus dur qui pouvait être synthétisé à cette époque. Ce n'était pas impossible que la technologie moldue ait fini par rattraper ce que la magie sorcière avait instinctivement fait. Il ne pouvait pas le déterminer maintenant cependant, pas sans des instruments de mesure moldus très précis.
Son téléphone sonna et il posa son regard dessus avant d'annuler la métamorphose. Le poids reprit sa couleur argentée et retomba sur son lit alors qu'il tendait la main, prenant l'engin.
"Oui ?"
"Bonsoir, Al'Najin" répondit Ra's al'Ghul.
"Bonsoir" répondit-il en arabe. "Quelles sont les instructions ?"
"Tu vas participer à ce tournoi, tu n'as pas le choix. Cependant, tu ne vas pas tenter de le gagner. Nous avons retrouvé la trace d'une sorcière qui a disparu en Albanie, dont le corps a été retrouvé. Elle a formé un Horcruxe au vu des résidus."
Al'Najin jura grossièrement.
"La coïncidence est trop grosse. Voldemort a au moins un espion à Poudlard, qui a mis ton ancien nom dans la Coupe. Méfie-toi de tout le monde, ne fais confiance à personne. Oublie les recherches du Horcruxe pour le moment, ta priorité est de trouver l'espion."
Le silence retomba un moment, suivit par un petit rire.
"Je ne pense pas que tu le trouveras cependant, mais ne sait-on jamais. A côté de cela, ne fait que le strict minimum pour ne pas être privé de ta magie. Prépare-toi pour un affrontement majeur. Je veux que tu aies ton téléphone en permanence sur toi, GPS activé. La Ligue doit pouvoir te trouver à tout moment."
"Vous craignez une tentative d'enlèvement ?" demanda calmement l'assassin.
"Je suis certain qu'une tentative d'enlèvement va avoir lieu. Nicolas Flamel également. Il existe un rituel pour les âmes privées de corps qui nécessite le sang de l'ennemi. Je veux que tu participes au tournoi, et je veux que tu te fasses enlever. Nous ne pouvons pas tuer une âme sans corps, Al'Najin. Il doit ressusciter, puis une fois tous les Horcruxes détruits nous détruirons son corps."
"Je dois le laisser prendre mon sang ?" interrogea-t-il avec une grimace de répugnance.
"C'est nécessaire."
"Soit" soupira-t-il. "Entendu."
"Ah, une dernière chose. Pour ajouter à la crédibilité, tu vas informer ton père de la chose et il ne sera pas ravi."
"D'accord. Si Slade ne s'est pas tiré, du moins."
"Il est toujours en Angleterre, je t'assure. Est-ce que tu sais ce qu'il complote avec ta sorcière ?"
"Aucune idée" répondit sincèrement l'assassin. "Ils n'ont fait que m'entraîner cet été et j'ai réussi plus d'une fois à surpasser Bellatrix. Je me suis dit que si mes tours marchaient sur elle, ils marcheraient sur Voldemort."
"Probablement. Je te laisse appeler ton père alors. La Ligue te tiendra au courant de l'avancée de nos recherches pour localiser Voldemort."
"Entendu."
L'homme avait déjà raccroché et il poussa un léger soupir. Les mois à venir seraient fatigants.
