Ahah ! Il est un peu tard mais on est toujours dimanche, je suis dans les temps ! L'histoire continue donc, bonne lecture à tous et merci pour vos reviews !


Résumé de l'épisode précédent : Al'Najin est retourné à Poudlard pour sa quatrième année, recherchant toujours un Horcruxe de Voldemort qui s'y trouverait. L'annonce du Tournoi des Trois Sorciers le laisse de marbre, perdu dans sa progression en magie, jusqu'à ce que son nom ne sorte de la Coupe de Feu. Il n'a pas le choix: il doit participer au Tournoi comme Champion.


Lorsqu'il descendit prendre son petit-déjeuner, le lendemain matin, il n'eut cependant rien à craindre des autres maisons. Le mot était passé parmi les Poufsouffle : quelqu'un lui en voulait et les Pouf' ne laissaient jamais tomber l'un des leurs. Il y avait toujours au moins une personne avec lui, d'une quelconque année. Cela deviendrait sûrement pénible avec le temps mais il ne dit rien pour le moment. Il était censé être une victime dans l'histoire, après tout.

Il était en train de prendre son petit-déjeuner lorsque les portes de la Grande Salle s'ouvrirent et il manqua de recracher son jus de fruits. C'était McGonagall qui entrait, comme à l'accoutumée, mais elle était accompagnée d'une silhouette bien plus massive. Slade était de retour, et il n'avait pas l'air ravi.

"Stan" aboya-t-il vers sa table "avec nous."

Il se leva silencieusement. Cédric se leva avec lui mais il lui fit un sourire rassurant.

"T'inquiètes, c'est pas contre moi qu'il est fâché, il veut juste que j'entende ce qu'il a à dire."

"Sûr ?"

"Certain. Je le connais, c'est mon père."

Il s'était déjà levé et saisit son sac, rejoignant les deux adultes. Une main rude passa sur sa tête et McGonagall inclina sa tête devant Dumbledore qui souriait beaucoup moins.

"Lord Mallory a demandé une entrevue immédiate, comme l'y autorise le règlement" annonça la directrice adjointe.

"Bien sûr" fit néanmoins Dumbledore en se levant. "Par ici, je vous en prie. Stan peut aller en cours…"

"Vous n'avez pas votre mot à dire sur ce que Stan fait ou non" gronda le mercenaire en réponse. "Il restera avec moi, point."

Dumbledore n'objecta pas plus, d'autant moins alors que Slade prenait son épaule avec fermeté. Stan lui jeta un regard. Slade ne feintait pas l'énervement. Il était réellement furieux et n'aurait probablement aucun scrupule à insulter ou abattre n'importe qui dans les environs. Dumbledore les amena dans son bureau et Stan s'assit sur un signe de tête de son "père", qui pourtant resta debout.

"Il me semblait" grogna le mercenaire en guise d'introduction "que j'avais été très clair sur les dangers que recelait votre école. Et Stan m'apprend que quelqu'un l'a inscrit d'office à un fichu tournoi connu pour être régulièrement mortel et que vous refusez qu'il ne s'en retire."

"Mr Mallory" commença Dumbledore d'une voix calme.

"Lord" coupa Slade d'un ton sec. "Je ne suis pas un petit moldu que vous pouvez manipuler à votre guise, vieil idiot."

Il avait grondé le terme comme une terrible insulte.

"Je comprends votre agacement" fit Dumbledore d'une voix calme "mais il n'y a malheureusement rien que nous puissions faire. Stan est obligé de participer au concours…"

"Un concours mortel !" claqua Slade.

"C'est un honneur pour Poudlard…"

Le poing du mercenaire s'abattit sur la table avec violence. Le bois se fendit à la force de l'impact sans qu'il ne s'y arrête.

"On parle de la vie de mon fils !" aboya-t-il avec violence, et Stan sursauta, le regardant à la dérobée.

Slade devrait être en train de jouer. De prétendre être un père inquiet pour sa progéniture. Mais là, à cet instant, il ne détectait aucun mensonge dans la voix du mercenaire. Il avait sincèrement pensé ce qu'il avait dit et le cœur de l'adolescent accéléra.

Les cris qui suivirent dans le bureau du directeur furent mémorables mais il ne parvint pas à se concentrer dessus. Il se leva mécaniquement lorsque Slade reprit son épaule après avoir juré qu'il descendrait tous les sorciers responsables si quoi que ce soit lui arrivait et ils quittèrent le bureau d'un pas furieux.

"Stan" gronda Slade. "Stan !"

Ils s'arrêtèrent net et Stan releva les yeux. Slade serait toujours plus grand que lui du haut de son mètre quatre-vingts, il le savait. Il observa un moment l'œil unique du mercenaire. Sa baguette jaillit instinctivement dans ses doigts alors qu'il lançait des sorts d'intimité.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé pour que tu restes aussi silencieux ?" demanda l'adulte d'un ton agressif.

"Tu as dit que tu étais mon père" murmura-t-il.

"Oui" acquiesça le mercenaire. "Comme convenu, n'est-ce pas ?"

"Non" fit l'adolescent. "Tu ne mentais pas… pas quand tu l'as dit. Pas quand tu as dit que tu les tuerais tous si j'étais blessé."

"Parce que je le ferai."

Le ton était définitif et les yeux du plus jeune s'écarquillèrent légèrement. Slade soupira et l'attira contre lui, resserrant son étreinte.

"Nous jouons tous des rôles, Stan" murmura-t-il à son oreille. "Parfois ces rôles vont trop loin et deviennent trop vrais."

"Tu…"

"Je me suis attaché à toi, petit assassin" reconnut doucement le mercenaire. "Le gamin sans peur qui est venu sur Lian Yu. Cette boule de rage qui ne savait pas se battre. Ce type paumé qui ne comprend pas les jeux de pouvoir autour de lui. Oui, je te protégerai, gamin – y compris de toi-même. Et Bella le fera aussi."

"Pourquoi ?" murmura Al'Najin.

"Tu ne choisis pas les gens à qui tu t'attaches. Ce que tu peux choisir, c'est ce que tu fais de ce que tu ressens. Oui, j'ai dit que tu étais mon fils. Et j'emmerde les sorciers, et j'emmerde la Ligue. Je suis un adulte et je fais mes choix – et mon choix est de prendre soin de toi."

Stan resta immobile un instant, puis se rapprocha doucement, passant ses bras autour des épaules massives. Slade resserra doucement son étreinte, embrassant son front, et Stan s'appuya complètement sur lui, fermant les yeux une seconde.

Ses oreilles captèrent un bruit de pas et il se recula aussitôt. Slade l'avait relâché en même temps et ils reprirent leur marche, côte à côte.

"C'était cool" fit soudain le plus jeune.

"Ne t'y habitues pas" grogna l'adulte.

Un sourire éclatant lui répondit.

"Nan. C'était cool parce que c'était unique."

Un rire rauque lui répondit et une main vint ébouriffer ses cheveux mi-longs.

"Fais juste attention dans ce tournoi, gamin. Je pourrai réellement venir les tuer s'il t'arrive quelque chose."

"Oh, je sais" fit Stan avec enthousiasme. "Et ça me fait très plaisir."

Slade quitta le château dès qu'ils atteignirent le bureau de McGonagall. La professeure s'était encore excusée mais il l'avait balayé d'un haussement d'épaules.

"Pensez juste que j'étais parfaitement sérieux dans mes menaces" fit simplement le mercenaire avant de se rapprocher de la cheminée. "Stan, tu sais ce que tu as à faire. Je t'encourage vivement à emmerder tout le monde du mieux que tu peux."

Un sourire amusé lui répondit et il disparut dans les flammes vertes. Stan ne tarda pas à prendre congé de la professeure, allant s'installer sur la terrasse de sa tour préférée. Il resta un long moment rêveur et ses yeux se posèrent sur le ciel. Nulle tache noire de Détraqueur aujourd'hui. La pensée fit jaillir une idée en lui et il sortit à nouveau sa baguette, la faisant tournoyer rêveusement entre ses doigts. Repensant à l'étreinte que lui avait offerte Slade – et il n'y en aurait pas d'autres semblables, ils le savaient tous les deux.

"Spero Patronum" murmura-t-il en redessinant rapidement les mouvements requis.

Une lueur argentée s'échappa de sa baguette, puis rapidement prit de l'ampleur, se rapprochant du sol en tourbillonnant avant d'y former la silhouette presque solide d'un animal. Le loup s'assit sur son derrière, découvrant sa mâchoire dans un grognement silencieux, comme mécontent d'être dérangé. Ses poils étaient hérissés, lui donnant un aspect sauvage et terriblement dangereux et, s'il lui fallait un indice supplémentaire, son œil droit manquait, la paupière entièrement fermée.

Stan ne fit qu'un sourire distrait avant d'annuler le sort. Il se releva d'un bond, redescendant dans le château. Eh bien, il était supposé suivre des cours, démasquer un espion, trouver un Horcruxe et préparer un tournoi. Pas rester à rêvasser en haut d'une tour.

Deux bonnes semaines plus tard, il était en cours de potions lorsqu'on toqua à la porte. C'était un troisième année de Gryffondor, Crivey s'il se souvenait bien, qui demanda à ce que Stan ne le suivre pour l'examen des baguettes. L'assassin leva un sourcil, puis se décida à appliquer la recommandation de Slade, à savoir provoquer un emmerdement maximal.

"Navré, Crivey" fit-il "mais au cas où tu ne l'as pas remarqué, je suis en train de faire une potion et je n'ai étrangement aucune envie qu'elle me saute à la figure."

"Mr le directeur a dit que vous deviez venir tout de suite" commença Crivey.

"Mr le directeur n'a pas à me demander de manquer des cours" répondit-il sereinement "et je m'en voudrai de manquer celui de notre estimé professeur Rogue, d'autant plus qu'il a lui-même annoncé qu'il y avait de fortes chances que ce sujet tombe à l'examen. Tu peux donc dire à Mr le directeur que je le rejoindrai dans la salle que tu as mentionnée dès la fin de mon cours."

La lèvre de Rogue remonta dans un rictus amusé. Ils ne s'étaient plus parlé depuis l'année précédente. Rogue n'avait pas digéré qu'il ne fasse évader Sirius Black sous son nez. Stan n'avait pas eu le temps de s'en occuper pendant l'été, mais Nyssa lui avait dit prendre soin de la question – avec un peu de chances, Black lui parlerait à elle directement et l'emmènerait dans la maison ancestrale de sa famille.

"Mais…"

"Mr Crivey" interrompit le professeur d'une voix onctueuse "je suis aussi surpris que vous de voir Mr Mallory faire preuve d'un peu de bon sens, mais vous l'avez vous-même entendu : il est actuellement en classe. Veuillez donc quitter ce cours que vous perturbez et apporter sa réponse au directeur avant qu'il ne me prenne l'envie de vider le sablier de Gryffondor."

De grands yeux lui répondirent, puis l'adolescent quitta la salle, refermant la porte, et Rogue eut un rictus.

"Au travail !" aboya-t-il. "Deux points pour Poufsouffle pour avoir montré l'existence d'un cerveau."

Stan retint un ricanement mais se remit néanmoins au travail silencieusement. Il sortit le plus tranquillement du monde quand la cloche eut sonné, montant dans le château pour rejoindre la salle désignée. Tout le monde était déjà là, en réalité, et les yeux de Dumbledore pétillèrent.

"Votre cours de Potions était-il intéressant, Mr Mallory ?"

"Passionnant" répondit innocemment le jeune homme. "Navré pour l'attente."

"Je vous en prie" fit jovialement l'homme, et Stan cilla alors qu'un flash le prenait en photo.

"Qu'est-ce que c'est que ça ?"

"La Gazette du Sorcier" répondit une femme en s'approchant, une plume vert criard flottant au-dessus de son parchemin. "Je peux te parler une minute, Stan ?"

"Ai-je l'honneur de vous connaître, pour que vous m'appeliez par mon prénom et me tutoyiez ?" s'enquit Stan d'un ton que Malefoy junior n'aurait pas renié.

Un sourire lui répondit et elle lui tendit la main.

"Rita Skeeter. Inutile d'être timide. Viens, je suis sûre que nous allons avoir une conversation passionnante, toi et moi."

"Navré" coupa-t-il sèchement "je suis ici pour un examen de baguettes et pour aucune autre raison."

"Tout à fait" acquiesça Krum avec son fort accent bulgare. "Finissons-en."

Un petit homme, que Stan reconnut comme celui qui lui avait vendu sa baguette quatre ans plus tôt, s'approcha. Il étudia effectivement les trois autres baguettes, vérifiant leur état et lançant un sort, puis se tourna vers Stan qui haussa un sourcil.

"Vous êtes sûr ?"

"Juste un examen" rassura Ollivander.

"Elle mord" fit-il platement.

"Pardon ?"

"Ma baguette. Elle mord quand quelqu'un d'autre la touche."

"Ce ne sera pas la première baguette capricieuse que je prendrai" assura l'expert.

Il haussa des épaules et la sortit de son étui, la lançant nonchalamment. Elle atterrit dans la main tendue d'Ollivander qui referma ses doigts, avant de pousser un grognement de douleur, rouvrant immédiatement sa main. Des stries brûlées se faisaient voir sur sa paume et la baguette lâcha une gerbe d'étincelles, mécontente en tombant au sol, alors que Stan haussait des épaules.

"Je vous l'avais dit."

Ollivander s'accroupit pourtant au-dessus, l'examinant avec attention. Son doigt frôla une strie argentée.

"Est-ce du sang de licorne ?" demanda-t-il avec émerveillement.

"Oui, et ne souriez pas comme un idiot" répondit sèchement l'assassin. "Quelqu'un était en train d'essayer de la tuer, vous voyez."

Le sourire d'Ollivander s'effaça et il inclina sa tête.

"Je vois. Le sang de licorne donné volontairement est puissant, Mr Mallory. Je crains que plus personne ne manipulera jamais cette baguette en dehors de vous."

"Pas que ça me gêne" commenta sobrement Stan en tendant sa main.

La baguette y revint aussitôt, se décollant du sol, et se posa sagement dans sa paume. Il la rangea dans son étui.

"C'est bon ?"

"Les photos…" commença Rita Skeeter.

"Miss… Skittles, ou autre" fit Stan d'un ton glacial "je vous informe, au cas où une journaliste ne puisse ignorer ceci, que diffuser des photos d'un, ou réaliser des articles sur un, mineur et ce, sans le consentement écrit de ses parents, est passible de six semaines d'emprisonnement à Azkaban et de douze mille gallions d'amende à l'encontre de la famille concernée. Vous pouvez contacter mon père, Lord Mallory à Londres, pour avoir son autorisation si cela vous amuse, mais j'ai une certaine idée de sa réponse et je vous déconseille de perdre votre temps. Je répète donc ma question – cet examen est-il terminé ?"

"Tout est correct pour ma part" acquiesça Ollivander. "Bonne journée, Mr Mallory."

"De même, Mr Ollivander" répondit poliment le jeune homme, et Cédric le rejoignit en deux enjambées, avant de jeter un œil à Skeeter.

"Quoi qu'il ait dit, je sais qu'il a raison" fit-il avec un sourire visiblement soulagé "et pour votre information, je suis aussi mineur. Bonne journée."

Il s'enfuit pratiquement, le tirant en avant, et lui adressa un regard de soulagement.

"Merci, sérieux ! Elle m'a entraînée dans un placard à balais pour me poser des questions en t'attendant, et elle écrivait n'importe quoi sur son parchemin, sauf ce que je lui disais !"

"Je t'en prie" répondit distraitement Stan. "Quelle perte de temps."

"Ouais" acquiesça Cédric en riant. "T'as bien fait de rester en cours, c'était plus intéressant."

Son rire avait augmenté de volume alors qu'il mettait un poing amical dans son épaule et ce fut ensemble qu'ils retournèrent dans leur salle commune.

Comme s'en doutait Stan, son nom et celui de Cédric étaient à peine mentionnés dans l'article de la Gazette du Sorcier, le lendemain, et ils n'apparaissaient sur aucune photo. La loi pouvait avoir du bon de temps en temps. Rita Skeeter ne pouvait pas savoir qu'une bande d'assassins recherchés internationalement ne l'attaquerait jamais en justice, n'est-ce pas ?

"Stan ?" murmura Cédric. "Ça va ?"

"Hein ?" demanda le jeune homme en se réveillant subitement.

"T'as rien dit depuis qu'on a tiré les dragons" fit son aîné avec inquiétude.

Stan jeta un œil à la petite figurine de Magyar à Pointes dans sa main, puis haussa des épaules.

"Je pensais à autre chose."

"Tu sais ce que tu vas faire ?" s'inquiéta Cédric.

"Cédric, occupe-toi de ton dragon et je m'occuperai du mien" fit-il avec amusement. "Oui, je sais ce que je vais faire – enfin j'ai un plan, et j'espère qu'il marchera, sinon j'en ai un autre, mais je l'aime moins."

Il tapota son dos.

"Ne t'en fais pas pour moi, va. Après tout, j'ai survécu à un Basilic, non ? Et toi à Voldemort. Qu'est-ce que c'est un petit dragon ?"

Un rire étranglé échappa à Cédric et il se redressa quand son nom fut appelé. Stan se replongea dans ses réflexions. Il aurait pu affronter le dragon, certes, mais n'en avait pas envie. Ils étaient protégés par la Ligue, pour le peu de protection dont ils avaient besoin. Donc, première chose que Slade ne le lui ait jamais enseignée : si une règle ne te plaît pas, ne la suit pas.

Sa seule consigne était de récupérer le faux œuf de dragon. A aucun moment il n'était précisé qu'il devait absolument combattre le dragon pour cela.

Lorsque son nom fut finalement appelé, il sortit d'un pas tranquille. Son regard se posa sur le dragon, mais il s'en détourna néanmoins, se rapprochant de la foule dans les gradins qui hurlait.

"Sonorus" annonça-t-il en pointant sa baguette sur sa gorge. "Bonjour. Un petit instant de silence s'il vous plaît."

Le choc fut tel que le silence retomba instantanément. Même Ludo Verpey, qui commentait, se tut.

"Merci. J'aimerai actuellement demander quelque chose à mes camarades de Poufsouffle. Si j'applique mon idée de base pour réussir cette épreuve, cela implique que je ne viole le règlement de Poudlard. En conséquence, Poufsouffle risque de perdre des points, j'aurai du mal à nier mon acte si je le réalise devant l'école entière. Je vous demande donc si vous acceptez ceci ou si je dois recourir à une autre idée bien plus hasardeuse. Je vous promets de faire de mon mieux pour les récupérer en cours après."

Il y eut un mouvement de surprise, puis les Poufsouffle se consultèrent du regard, papotant rapidement.

"Etincelles vertes si vous acceptez" suggéra Stan. "Rouges si vous refusez."

Il ne fallut pas une seconde pour qu'une marée verte ne recouvre les robes et drapeaux jaunes des blaireaux.

"Merci" accepta le jeune garçon en inclinant sa tête. "Sourdinam."

Il retourna tranquillement vers le dragon, agitant sa baguette.

"Accio potion multilingues" lança-t-il.

Il savait parfaitement qu'il y avait de cette potion dans le château. Plus précisément, il y en avait dans la réserve de Rogue. Pourtant la fiole arriva dans sa main tendue après trente longues secondes et il en but cinq gorgées sans plus hésiter.

"Cent points en moins pour Poufsouffle !" rugit le professeur de potions. "Ma réserve personnelle, Mallory !"

"Silencio" fit Stan en agitant sa baguette vers les gradins.

La barrière de silence s'éleva aussitôt entre lui et le public. Déjà qu'il s'apprêtait à discuter avec un dragon soigneusement énervé par ses soigneurs, il n'avait pas besoin d'idiots hurlant derrière. Il s'avança dans l'arène sans plus hésiter et un terrible rugissement lui répondit alors que le Magyar à Pointes étendait ses ailes, tirant sur sa chaîne. Stan s'arrêta soigneusement à vingt mètres, puis leva sa main libre, retraçant un lent signe de sa main. Le signe des Protecteurs.

Il y eut un moment de flottement et le dragon se pencha en avant, découvrant ses crocs, avant de rugir. Pourtant il en saisit parfaitement le sens.

"Qui es-tu, toi qui te prétend appartenir aux Protecteurs ?"

"J'en suis un" répondit-il simplement, baissant sa baguette et croisant ses mains dans son dos, planté face au dragon.

"Difficile à croire. Tes amis ont blessé mes sœurs pour piller leur nid."

"Ce ne sont pas mes amis. Et des idiots veulent effectivement que nous nous affrontions comme des bêtes de foire, mais ce n'est aucunement mon intention."

Le dragon gronda, se penchant en avant. Ses naseaux fumèrent alors qu'il inspirait puis expirait, sentant son odeur.

"Tu n'es pas hostile" reconnut-il "mais ce peut être un piège."

"Cela pourrait" acquiesça Stan. "Je n'ai tristement rien d'autre que ma parole pour t'en convaincre."

"Parle, alors."

"Ils veulent du spectacle et de l'affrontement. Je n'ai aucune intention de le leur en donner. Pour l'obtenir, ils t'ont placée sous une illusion. Un œuf de ton nid n'est pas un œuf, c'est un objet de métal et de mort. Sa magie est délétère pour tes petits."

"Tu veux mon nid" gronda la dragonne alors que le feu rougeoyait au fond de sa gorge.

"Je n'approcherai le nid d'une dragonne pour rien au monde. Je sais que ma simple aura pourrait perturber tes petits. Je te le dis pour te proposer de briser l'illusion et que tu vérifies toi-même."

Il y eut un moment de silence, puis la dragonne se retourna, enroulant son corps massif autour de son nid avant de le renifler avec la plus grande attention, humant chacun des œufs.

"Je sens quelque chose d'anormal" reconnut-elle finalement, sa mâchoire claquant d'agacement. "Trop subtil pour l'avoir senti avant."

Son museau s'enfouit dans le nid alors qu'elle humait profondément, puis grognait, mécontente.

"Tu peux briser ce sort, protecteur ?"

"Oui."

"Je te préviens" gronda-t-elle "à la première magie agressive, tu périras dans mes flammes."

"Comme chaque dragon le ferait dans ce cas" acquiesça Stan, reprenant sa baguette. "Peut-être veux-tu éloigner légèrement ta tête de ton nid pour ne pas qu'un éclat de magie ne les atteigne ?"

La dragonne se déplaça à nouveau. Son corps massif recouvrit le nid, le rendant intouchable, mais sa tête s'approcha du jeune homme jusqu'à se trouver à trois mètres. Stan pourtant ne frémit pas, levant simplement sa baguette. Il se concentra un moment pour voir la magie mais n'eut aucun mal à trouver l'illusion. Les magies du dragon étaient puissantes, sauvages, imprévisibles. Elles contrastaient terriblement avec la faible illusion humaine dessus et il saisit la magie, l'enroulant autour de sa baguette avant de la retirer.

"Voilà" annonça-t-il ensuite, la magie humaine au bout de sa baguette.

La dragonne avait pourtant déjà vivement réagi. A l'instant où l'illusion la quittait, elle s'était retournée et sa mâchoire se referma sans hésiter une seconde sur l'œuf de métal, l'arrachant à la fragile présence de ses petits. Elle le recracha ensuite à ses pieds.

"Donne-moi une bonne raison de ne pas le carboniser" siffla-t-elle, furieuse.

"J'en ai besoin" suggéra-t-il.

La dragonne s'arrêta net, puis son cou serpentin s'étira vers le ciel alors que son poitrail se secouait. Elle riait, amusée par sa réplique, et se pencha ensuite vers lui. Sa langue fourchue caressa sa joue sans qu'il ne frémisse.

"Tu es amusant, pour un humain. Je répandrai le mot, protecteur. Peu semblent se souvenir des lois anciennes mais tu es l'un d'eux, de toute évidence. Il est bon de savoir qu'il en reste parmi les tiens. Adieu, maintenant."

"Adieu" répondit-il sobrement, et la dragonne s'éloigna.

Ses naseaux s'illuminèrent de rouge et elle lâcha un long panache de flammes sur son nid avant de s'y allonger, lui tournant à moitié le dos. Comprenant le congé, Stan ramassa l'œuf d'or et s'éloigna sans se retourner, rejoignant la tente dans un formidable silence. Les spectateurs n'avaient pas compris ce que le dragon avait dit, juste ses paroles à lui. Et il avait pris soin de ne rien révéler sur lui-même qu'il n'aurait pu apprendre à Poudlard.

Il y eut un moment d'immobilité quand il fut dans la tente, puis Cédric lui fit un immense sourire.

"Bien joué, Stan !"

Une seconde après, la tente se soulevait à nouveau et Hermione entra, lui sautant au cou.

"C'était génial, Stan !" fit-elle avec enthousiasme.

"Eh bien" murmura-t-il uniquement pour elle "je t'avais promis que j'essaierai de ne pas tuer."

Un sourire radieux lui répondit et elle embrassa sa joue.

Hermione revint avec Cédric et lui dans les quartiers des Poufsouffle fous de joie. Ils furent tous les deux autant félicités l'un que l'autre. Les notes de Stan avaient été désastreuses, soi-disant pour le manque de courage de sa technique, mais il s'en fichait éperdument.

"Alors" finit par dire Susan Bones, les yeux brillants "il y a quoi dans cet œuf ?"

Cédric prit le sien et le souleva. Un horrible cri retentit et Cédric referma vivement l'œuf.

"Hé !" protesta Stan. "J'ai pas eu le temps de comprendre ce qu'il disait !"

"Dire ?" demanda Cédric avec une grimace de dégoût.

"La potion multilingues !" fit joyeusement Hermione. "Ça doit être dit dans une langue différente !"

Stan jeta un œil à sa montre.

"Dépêche" réclama-t-il vers Cédric "elle n'est plus active que cinq minutes !"

Céric rouvrit l'œuf après que tout le monde ne se soit bouché les oreilles. Stan pourtant écoutait avec attention et finit par attraper un bout de parchemin, retranscrivant à toute vitesse. Il le réécouta une autre fois pour être certain du texte, pointant chaque ligne au passage, puis referma l'œuf avant de prendre le sien et de l'ouvrir. Le texte était le même cependant et il le referma.

"Et voilà" fit-il joyeusement en tendant le parchemin à Cédric. "Je suppose que les examinateurs n'avaient pas prévu que je me tape la discute avec un dragon au lieu de lui rentrer dedans."

"D'ailleurs" demanda Cédric "il te racontait quoi ? On comprenait ce que tu disais mais lui c'étaient des grognements ou autres."

"Oh ben" fit vaguement Stan "il n'était pas content, il voulait protéger ses œufs et quand j'ai dissipé l'illusion il m'a dit qu'il me carboniserait à la première magie hostile."

"C'était couillu quand même" remarqua le champion.

Un vague haussement d'épaules lui répondit.

"Moins que de lui rentrer dedans, probablement."

Il lisait pourtant le texte. Hermione également par-dessus son épaule.

"Donc" finit-elle par dire prudemment "je suppose qu'on va vous voler quelque chose à tous les deux. Vous aurez une heure pour le récupérer."

"Ça paraît correct" acquiesça Cédric, également penché sur le parchemin. "Sous le sol ? Hm… la dernière fois qu'on est descendus en sous-sol, tous les trois, on s'est pris un Basilic dans les dents."

"Je doute qu'il y ait un deuxième Basilic" fit Hermione. "Enfin, euh, j'espère. Une fois ça suffit. Chanter…"

"Hey" fit Cédric avec un sourire d'illumination "y'a pas des sirènes dans le lac de Poudlard ?"

"Si" intervint Susan "elles ont dressé le calmar géant. Et ça explique le bruit horrible, les sirènes ne chantent que sous l'eau. Vous deviez probablement ouvrir l'œuf dans l'eau."

"Bien" fit Cédric en se frottant les mains. "Donc les sirènes vont nous voler quelque chose, on aura une heure pour le récupérer. Stan, je propose qu'on se répartisse le boulot. Faut trouver un moyen de respirer sous l'eau."

"Euh, non" dénia Stan. "Je ne vais pas rentrer dans un lac en Ecosse au beau milieu du mois de février. Ça pue l'hypothermie."

"Il y a des sortilèges de réchauffement" fit Hermione en roulant des yeux.

"Même. Bon, je réfléchirai à la méthode plus tard. Je propose qu'on localise l'endroit cible, comme ça on saura par où aller et on ne se perdra pas. Cédric, je crois que tu t'entends bien avec Hagrid ? Il doit savoir où les êtres de l'eau habitent dans le lac."

"J'irai lui demander demain" promit Cédric. "Et toi ?"

"Je vais demander à une amie dans la Forêt Interdite" répondit calmement Stan.

Le silence retomba subitement et il leva un sourcil.

"Quoi ?"

"Je peux venir ?" demanda Hermione.

Il eut des yeux ronds.

"Tu peux essayer" fit-il avec prudence "mais je ne sais pas s'ils te laisseront approcher."

"Hé, hé, hé" protesta Cédric. "La Forêt Interdite est, euh, ben, interdite !"

Stan eut un sourire amusé.

"Et ?"

"Si vous êtes attrapés, vous…"

"J'aimerai bien les voir essayer de renvoyer les deux meilleurs élèves de Poudlard" coupa Hermione. "Tu sais, ceux qui font remonter les résultats de l'école dans les classements internationaux."

"Hermione" fit Stan, faussement choqué "toi, tu m'incites à violer les règlements ?"

Un sourire innocent lui répondit.

"On parle d'aller voir une licorne" fit-elle en s'agrippant à son bras. "S'il te plaît, Stan…"

"C'est dangereux" remarqua-t-il avec amusement. "Il y a des tas de trucs dans la Forêt Interdite. Des acromentules, des centaures très territoriaux, des serpents venimeux..."

"Je sais, et ?"

"Ok. Comme on vient de prévoir de violer le règlement devant l'intégralité de Poufsouffle, on va soigneusement laisser retomber les événements et je te préviendrai de la date et du lieu un peu plus, hm, subtilement ?"

Un acquiescement joyeux lui répondit et elle embrassa sa joue.

"Merci, Stan !"

"Je peux venir aussi ?" demanda Cédric avec espoir.

"Cédric, j'aimerai bien inviter tout Poufsouffle, mais… comment dire…"

"Bah" soupira le blond. "Tant pis. On va quand même vous surveiller pour savoir quand vous y allez !"

Stan roula des yeux et éluda la chose d'un geste de la main.