Pas taper, pas taper ! J'étais totalement décalée ce week-end et je n'ai même pas réalisé que c'était hier, dimanche... Donc voilà la suite. Et pour me faire pardonner, c'est un long chapitre. Alors bonne lecture à tous, profitez bien de ce lundi de Pâques et à dimanche prochain !


Résumé de l'épisode précédent : Lord Mallory n'était guère ravi de l'inscription de son fils au Tournoi des Trois Sorciers, et n'a pas manqué de le faire savoir. Lorsque la première tâche arrive, Al'Najin essaie de tenir sa promesse à Hermione et de ne blesser personne, avec succès. Commence alors la préparation pour la seconde tâche, plusieurs mois plus tard.


Poudlard étant Poudlard, tout le monde savait le lendemain que Stan Mallory avait promis à Hermione Granger de l'emmener voir des licornes dans la Forêt Interdite. La professeure McGonagall les convoqua pour leur signaler que c'était chose fermement interdite et qu'ils seraient tous les deux sévèrement punis si elle les saisissait sur le fait.

Stan n'aurait pas de problèmes à sortir de Poufsouffle. Hermione avait été mise sous surveillance constante par ses camarades de Gryffondor, spécialement les adolescentes. Enfin, les rumeurs comme quoi ils sortaient ensemble explosaient. Il y était suprêmement indifférent et Hermione avait rappelé de quelques mouvements de baguette qu'elle était loin d'être une sorcière incompétente. Ce fut un soir de mi-décembre que Stan referma son livre à la bibliothèque, regardant sa vis-à-vis.

"Oui ?" demanda celle-ci sans relever les yeux.

Elle s'était montrée admirablement patiente. Ne lui avait jamais demandé à nouveau quand ils iraient. Il aurait d'ailleurs pu y aller seul, s'éclipsant sans difficultés, mais après tout, il avait promis et tenait toujours ses promesses.

"Je pense" fit-il lentement "que tu devrais t'énerver à cette surveillance constante ce soir, dans la salle commune de Gryffondor, monter dans ton dortoir en claquant la porte et en jurant que tu lanceras un sort à la première qui vient te déranger."

Il était sorti un instant après, n'attendant pas de réponse. Hermione resta silencieuse, intriguée. Comment Stan comptait sortir dans la Forêt Interdite si elle s'enfermait en haut d'une tour ? Elle foudroya du regard le dos qui s'éloignait. Elle détestait vraiment qu'il agisse ainsi.

Et pourtant, elle mangea en silence avant de s'installer au milieu de ses notes dans la salle commune. Les chuchotements se faisaient entendre autour d'elle et elle retint un fin sourire. Stan croyait peut-être qu'en étant un assassin, il était le seul bon acteur de Poudlard. Les murmures allaient en s'amplifiant et elle prit soudain un de ses parchemins, le roulant en boule avant de le projeter de toutes ses forces sur la tête de Parvati. Elle était réellement horripilante à colporter autant de ragots avec Lavande.

"Hey !" protesta Parvati alors que son chignon soigneusement élaboré se défaisait.

"Tu fais chier !" rugit Hermione, et un coup sur sa table balança tous les parchemins au sol. "Sérieusement, t'as rien d'autre à faire de ta vie que me fixer en permanente et colporter des rumeurs ? Non, je ne couche pas avec Stan !"

Elle avait saisi sa baguette et il y eut une détonation. Parvati devint jaune canari alors que Lavande prenait la couleur de son prénom et elle les expulsa avec pour la bonne mesure, les envoyant au fond d'un canapé.

"Tu crois que je suis sourde ?" vociféra-t-elle. "Et fermez-la, vous autres !"

Des rires s'étaient fait entendre dans les autres années et elle pivota à une vitesse foudroyante, multipliant les sortilèges. Les Gryffondor détestaient Serpentard, n'est-ce pas ? Les belles tentures rouge et or prirent une superbe couleur émeraude, les flammes des cheminées et des torches claquèrent et prirent une intense couleur argentée. Elle modifia tous les uniformes sous les cris outrés de protestation, changea les chevelures présentes en jaune, puis se dit que les Serdaigle manquaient à l'appel et conjura une nuée d'aigles furieux, les laissant s'éparpiller dans la pièce en semant un désordre monstrueux. Puis elle partit à grands pas furieux vers son dortoir, agitant sa baguette en arrière.

"Et vous ne voulez pas tester mes capacités en métamorphose humaine !" rugit-elle avant de claquer la porte et de la verrouiller.

Pile à l'heure, constata-t-elle en jetant un œil à sa montre. Au même moment, un discret bruit se fit entendre à la fenêtre. Stan y était débout sur l'extérieur, nonchalamment adossé au bord, et elle ouvrit la fenêtre.

"Tu maîtrises le sortilège de Désillusion ?" interrogea-t-il en guise de bonsoir.

Elle se frappa le crâne en réponse en prononçant la formule. Son corps prit la couleur du caméléon et il tendit sa main. Deux gants se trouvaient dedans et elle les enfila, frottant brièvement la surface qui semblait faite de milliers de petits poils. Il lui tendit de même deux espèces de chaussettes qu'elle enfila en voyant qu'il portait les mêmes et il fit un signe de main vers l'extérieur.

"Après toi."

Elle hésita un moment, puis monta sur la rambarde. Sa main se posa sur la paroi de pierre et le gant s'y accrocha comme un scratch. Sans plus hésiter, elle passa entièrement et se mit à descendre le long de la paroi. Stan était encore en haut, suivant attentivement sa descente. Pour la rattraper si elle avait un problème, mais elle acquiesça, levant le pouce. Il sembla la voir malgré le sortilège et referma la fenêtre avant d'entamer la descente.

Son cœur se serra alors que l'effroi l'envahissait. Il semblait plus sauter et descendait à une vitesse terrible, risquant de se rompre le cou à chaque seconde. Et pourtant il atterrit en bas des six étages en moins de trente secondes, retombant souplement sur le sol, et retira ses chaussettes et ses gants, les fourrant dans sa poche.

"Vite" murmura-t-il "tu dois être remontée avant qu'ils n'appellent les profs pour déverrouiller."

Elle n'hésita pas un moment à partir au petit trot. Stan courait à côté d'elle, silencieux dans la forêt, et il finit par allumer sa baguette pour lui permettre de voir où elle posait les pieds, n'en ayant visiblement pas lui-même besoin.

"Est-ce que c'était" demanda-t-elle entre deux respirations "des poils de gecko ?"

"Le même principe, oui" acquiesça-t-il. "Par là, on va rentrer sur le territoire des centaures mais ils me laissent passer en général."

"J'espère qu'ils me laisseront passer aussi" acquiesça-t-elle, se bénissant d'avoir tenu à faire un peu de sport pour se maintenir en forme.

Courir de nuit dans une forêt potentiellement dangereuse était un exercice périlleux et pourtant l'adolescent à ses côtés semblait n'avoir aucun problème. Elle finit par allumer sa propre baguette pour pouvoir regarder là où elle voulait et il éteignit la sienne en réponse. Ils coururent plus de vingt minutes, puis il leva sa main, paume ouverte, et ils s'arrêtèrent net.

"Juste après le prochain virage" murmura-t-il alors qu'elle tentait de reprendre son souffle sans faire trop de bruit, et ils annulèrent les sortilèges de Désillusion.

Elle acquiesça et ils se mirent à marcher doucement, débouchant sur une clairière. Elle retint un hoquet d'admiration au spectacle enchanteur. Plusieurs licornes s'y trouvaient, certaines allongées, mais la plupart debout. L'une donnait de léger coups de langue à un poulain tout doré, dépourvu de corne, qui se collait à son flanc, tremblant légèrement sur ses pattes. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux à la sérénité de la scène.

L'une des licornes se redressa, hennissant légèrement, et vint vers eux au trot, s'arrêtant pourtant à deux mètres. Stan s'avança et leva lentement sa main vers elle, frottant son chanfrein, juste sous la corne.

"Hey" salua-t-il avec un doux sourire. "Désolé de te déranger."

L'expression était un terrible contraste avec celles qu'il présentait habituellement, soit neutre, soit agressive. La licorne se contenta de lui lécher la joue et il ramena sa main vers l'arrière, paume vers le ciel. Hermione comprit et déposa sa main dans celle tendue, ne s'approchant pourtant pas plus.

"C'est mon amie, Hermione" présenta-t-il, et elle ne douta pas une seconde que les licornes comprenaient. "Elle est une bien meilleure personne que moi. Je pensais… que vous pourriez l'aimer."

"Stan" fit-elle sans quitter des yeux le troupeau calme "il ne me faut pas d'autre preuve que ce que je vois ici et maintenant pour savoir que tu es une bonne personne."

La licorne près de Stan poussa un hennissement joyeux et se rapprocha d'elle. Ses naseaux frémirent et Hermione n'osa pas bouger, pas même lorsqu'elle donna un léger coup de tête dans son épaule.

"Vas-y" encouragea Stan. "Elle fait ça quand elle veut des caresses."

Hésitante et émerveillée, Hermione s'exécuta pourtant, caressant le cou musclé de la magnifique créature. La licorne passa dans son dos, la poussant en avant de légers coups de tête, et elle s'avança en hésitant toujours autant. Stan détacha leurs mains et elle se retourna, mais un coup de tête la fit avancer encore. Les autres licornes se tournèrent vers eux et le petit poulain s'ébroua soudain, avant de se rapprocher sous l'œil attentif de sa mère. Elle s'agenouilla, le regardant sans trop y croire, et pourtant il la rejoignit, se frottant contre elle avant un hennissement joyeux avant de trembler sur ses pattes. Elle le rattrapa avec douceur, un sourire attendri sur les lèvres.

"Attention" fit-elle d'une voix douce, amusée.

Se souvenant soudain de pourquoi ils étaient là, elle caressa le poulain avide de câlins en relevant les yeux vers les autres.

"En fait" fit-elle doucement "nous étions venus pour savoir si vous pouviez nous indiquer où est le village des Etres de l'Eau dans le lac ?"

"Pourquoi voudrais-tu savoir ceci ?"

Elle sursauta légèrement à la voix dans sa tête et posa instinctivement son regard sur la plus grande des licornes. Elle était d'un blanc éclatant et semblait plus forte, plus âgée que les autres, son regard brillant d'intelligence.

"Stan a été forcé de participer à un stupide tournoi" répondit-elle honnêtement. "On va lui prendre quelque chose auquel il tiendra réellement et il aura une heure pour le récupérer dans le village."

Il y eut un moment de silence.

"Je comprends tes difficultés, Al'Najin" fit la licorne vers l'assassin qui ne cilla pas. "Je te dirai où se trouve le village, cependant, je t'en prie : les Etres de l'Eau sont contraints de participer à cette épreuve, sans quoi ils seront chassés du lac de Poudlard. C'est une loi ancestrale qui dure depuis leur installation dans le domaine de Poudlard."

"Je ne tiendrai aucunement les Etres de l'Eau responsables" promit solennellement l'assassin. "Je suis parvenu à éviter le combat contre un dragon et je ferai de même pour eux, autant que faire se peut. En tous les cas, j'éviterai toute blessure sérieuse et n'userai ni de mes armes, ni de mes sortilèges mortels."

La licorne acquiesça, son sabot frappant légèrement le sol. Les images du fond du lac s'imprimèrent entre eux, leur permettant de situer très précisément le village en question, puis le poulain s'agita et Hermione le relâcha alors qu'il retournait vers sa mère.

"Bon retour, jeunes protecteurs."

"Merci !" répondit Hermione en se relevant, les yeux humides. "Pour tout !"

Elle se recula, rejoignant le bord de la clairière. Stan frotta doucement le front de sa licorne, puis se recula à son tour. Ils se regardèrent et se sourirent, avant de se lancer le sortilège de Désillusion d'un même mouvement. Elle ralluma ensuite sa baguette et repartit en courant vers le château, résistant contre son envie de rester plus longtemps en compagnie des licornes. Stan la raccompagna jusqu'au pied de la tour Gryffondor et elle leva les yeux vers le ciel, longeant du regard la paroi de roche.

En temps normal elle avait le vertige mais pourtant ne sentit aucune peur en remettant ses gants et ses chaussettes à poils. Elle acquiesça d'ailleurs vers Stan.

"Rentre, je vais remonter, merci."

Elle se pencha, embrassant sa joue.

"C'était la chose la plus merveilleuse que je n'ai jamais vue. Merci."

"Je t'en prie. Les licornes t'ont acceptée – je m'en doutais, mais bon…"

Il se pencha légèrement vers elle.

"Si tu veux te promener de nuit dans le château" murmura-t-il "pense juste que les tableaux espionnent pour le directeur. Juste au cas où il te prenne l'envie de te balader."

"C'est bon à savoir" fit-elle sincèrement avant de poser sa main sur la paroi. "Bonne nuit, Stan."

"Bonne nuit" murmura-t-il avant de s'éloigner dans la nuit.

Il disparut de sa vision mais resta néanmoins immobile le temps qu'elle ne remonte, surveillant les mouvements à peine visibles sous le sortilège de Désillusion. Seulement ensuite il s'éloigna, rejoignant le dortoir Poufsouffle. Il était situé au premier étage et un simple bond lui suffit à attraper le rebord de sa fenêtre, retournant à l'intérieur avant de ranger soigneusement les gants métamorphosés, qui retournèrent à leur aspect normal.

Puis il reprit ses poids, retournant à son entraînement de Métamorphose avec le plus grand naturel.

Le vent claquait froidement sur le parc de Poudlard. Les élèves entassés dans les tribunes frissonnaient, se serrant les uns contre les autres. On était au mois de février et il y avait de la neige sur le sol. Le lac clapotait doucement, légèrement givré par endroits. Sur le ponton, six personnes seulement se trouvaient : Ludovic Verpey, Bartemius Croupton, Viktor Krum, Fleur Delacour, Cédric Diggory et Stan Mallory.

Trois des Champions étaient en maillots de bain et peignoirs. Le quatrième non. Des moqueries s'étaient faites entendre depuis les gradins Serpentard mais Stan n'y avait pas prêté attention, ses yeux recherchant attentivement Hermione dans la foule. Sans succès, or ce n'était pas le genre de la jeune femme de manquer cette épreuve.

Surtout depuis qu'elle sortait avec Viktor Krum.

Il l'avait découvert juste avant le bal de Noël. Quand on l'avait averti que tous les Champions étaient obligés d'ouvrir le Bal, il avait intérieurement soupiré. Il savait danser, bien sûr, il était supposé pouvoir se conduire en société de part son éducation d'assassin. Cependant il considérait cela comme de la perte de temps. Dans le doute, pour avoir au moins une conversation intelligente, il s'était dit qu'il allait inviter Hermione.

La jeune femme avait paru sincèrement désolée en refusant. Elle avait déjà accepté d'y aller avec quelqu'un d'autre et il avait haussé des épaules. Cela ne l'avait pas blessé. Hermione avait peu de contacts amicaux avec les autres étudiants de Poudlard, en grande partie à cause de leur relation à eux deux. Tant mieux pour elle si elle s'était faite inviter par un cavalier qu'elle appréciait.

Cela diminuait ses probabilités d'avoir une cavalière à la bonne conversation, cependant, et il avait donc finit par appliquer le dicton de Slade : si une règle ne te plaît pas, ne la suit pas. Après tout, il s'obstinait à répéter qu'il n'était pas un Champion, il n'avait donc pas à agir en tant que tel. Il avait donc tout simplement omis de se présenter aux festivités. Deux mois après, McGonagall ne lui avait toujours pas pardonné cette entorse à la tradition de Poudlard.

Stan parcourut encore une fois les gradins du regard, toujours sans succès. Il laissa donc tomber, un pli inquiet barrant pourtant son front, et recentra son attention sur le lac. Il avait dit à Cédric où se trouvait exactement le village, mais n'avait aucune envie de se mouiller un orteil dans ce lac, sortilèges de réchauffement ou non. Le jury avait probablement estimé qu'ils n'auraient pas le choix. Il avait négligé un point important : ils avaient laissé trois mois à un membre de la Ligue des Assassins pour préparer son coup.

C'était plus que ce qu'il avait eu pour préparer des missions autrement plus complexes que plonger dans un lac, y récupérer quelque chose et ressortir. D'autant plus qu'il avait droit à la magie et que, comparé à ses moyens précédents, c'était carrément de la triche.

Fleur, Viktor et Cédric plongèrent au signal du départ. Il se contenta de sortir sa baguette et de faire venir deux cailloux, posant une main sur chacun d'eux. Ses lèvres prononcèrent le sortilège Protéiforme, liant les deux rochers, puis il en métamorphosa habilement un, lui offrant une forme de petit sous-marin creux en moins de dix secondes. Le second suivit. Un sortilège de découpe fit sauter une des planches du ponton, qui prit la forme d'une hélice qu'il accrocha à l'original, mettant ensuite une copie sur le second sous-marin miniature. Enfin, il lança un sortilège de vision sur la copie, puis la fit léviter et la balança dans le lac.

L'écran du sortilège de vision se dessina à côté de lui dès que l'objet fut hors de vue et il croisa ses bras, une moue sur le visage. Sa main lança un sortilège de lumière sur le mini-sous-marin à côté de lui et celui dans l'eau s'illumina aussitôt, éclairant les alentours sur une bonne vingtaine de mètres. D'un geste de baguette, il fit tourner l'hélice de son original à l'air, et la copie se mit aussitôt à avancer, propulsée par le mouvement dans l'eau, piquant droit vers les profondeurs.

Le silence se faisait entendre autour de lui et il comprit que la plupart d'entre eux ne connaissaient pas le concept du sous-marin. Il ne bougeait pourtant plus, les bras croisés alors que sa petite fabrication plongeait droit sur le village des Êtres de l'Eau. Il ne lui fallut pas dix minutes pour l'atteindre et il tourna en rond un moment, explorant les environs avant d'arriver sur la place centrale. Ses yeux s'écarquillèrent de stupéfaction.

On ne lui avait pas volé quelque chose mais quelqu'un. Et une terrible rage monta en lui en voyant Nyssa inconsciente. Comment ils avaient pu attraper l'assassin, il ne savait pas. Mais s'il avait accepté de venir à Poudlard et de se mettre en danger pour arrêter Voldemort, il était hors de question que ces pouilleux de sorciers ne touchent sa sœur. Un grognement sourd s'éleva dans sa poitrine. Le sous-marin continuait de tourner en rond au-dessus des prisonniers, dans le dernier mouvement qu'il lui avait ordonné.

Un instant il hésita à le faire sauter pour apprendre une bonne leçon aux Êtres de l'Eau qui tournaient autour de son sous-marin, puis il se souvint des paroles de la matriarche des licornes et renonça. Ils n'avaient pas eu le choix. C'était entièrement la faute des sorciers en surface. La lumière vit arriver Krum sur ces entrefaites et il considéra que Hermione était en toute logique sauvée.

Un geste de baguette brusque fit piquer son sous-marin sur Nyssa. Une rapide métamorphose fit apparaître une lame sur l'un des ailerons et il trancha les cordes qui la retenaient au poteau, la faisant partir à la dérive. Il annula la métamorphose et agrandit le nez du vaisseau avant de le faire passer sous Nyssa et de le faire remonter à la verticale. Le corps de l'assassin s'éleva aussitôt, propulsé par l'hélice qui tournait furieusement.

Les Êtres de l'Eau voulurent stopper ce Champion peu orthodoxe mais il avait prévu le coup. L'idée lui était venue en repensant par hasard à son combat à Starling City et au Canari, trois ans auparavant, et il activa la défense prévue sur le mini-vaisseau. Les sons suraigus se répandirent dans la flotte et les Êtres se reculèrent aussitôt, se plaquant les mains sur leurs oreilles, ou l'équivalent. Le sous-marin avait continué sa remontée et le corps inconscient ne tarda pas à émerger à la surface.

Il l'attira à lui d'un puissant sortilège d'attraction, abandonnant toutes les métamorphoses en cours dès qu'il l'eut dans ses bras. Une demi-douzaine de sortilèges la réveillèrent et la réchauffèrent, mais cela ne calma pas sa rage et il se releva lentement, regardant directement la tribune où les professeurs se tenaient. Nyssa toussa, puis rouvrit les yeux et bondit instantanément sur ses pieds.

"Al'Najin ?" demanda-t-elle en arabe dans un murmure, voyant la silhouette devant elle.

"Je vais les tuer" grogna-t-il en réponse avant que sa voix ne s'amplifie, hurlant une insulte bien sentie en arabe vers les tribunes du jury.

Sa baguette jaillit à nouveau dans sa main, se mettant à crépiter de fureur.

"Je pensais avoir été clair" tonna le jeune sorcier en anglais. "Ma famille reste hors de ça !"

Sa baguette libéra un éclair qui ébranla les fondations de leur tribune et il la leva de façon menaçante, lâchant une nouvelle bordée d'insultes. L'eau derrière lui clapota, puis s'éleva dans des milliers de petites gouttelettes qu'il durcit à l'extrême, les changeant en pics de glace d'un second sortilège informulé.

"Mr Mallory" fit Croupton en se levant "le règlement…"

"Je me fous de votre règlement !" vociféra-t-il alors que Krum émergeait avec Hermione. "Personne ne touche ma sœur ! Personne !"

Les bras de Nyssa se refermèrent soudain autour de lui. Elle était dans son dos, plus grande que lui, et fit un sourire féroce.

"Autant que j'aimerai te voir les réduire en charpie, petit frère, autant nous avons une mission à terminer" chuchota-t-elle, à nouveau en arabe.

"Ils ne s'en tireront pas comme ça" grogna-t-il.

"Ce n'est pas ce que j'ai dit" fit-elle, et il frémit à son ton empreint de cruauté. "Ils m'ont prise par surprise, quand j'étais en infiltration pour une autre mission. Maintenant laisse-moi leur montrer ce que sont les Assassins, même s'ils ne sont que moldus."

Il hésita un moment, mais comprenait tout à fait Nyssa de vouloir sa propre revanche. Il fit retomber l'eau dans le lac et acquiesça.

"Tu as besoin que je fasse quoi ?"

"Donne-moi une arme et envoie-moi dans leur tribune" répondit-elle, ses yeux luisant froidement. "Je n'en tuerai aucun, promis, tu en auras encore besoin."

Il pointa sa baguette sur une des planches du ponton et la métamorphosa en un instant en un solide bâton aux bouts ferrés. Un coup de pied de Nyssa le fit sauter dans sa main et il eut ensuite un sourire méchamment ironique.

"Prête à voler ?"

"Lâche-moi un mètre au-dessus et admire" répondit-elle avec un sourire carnassier.

D'un puissant geste de baguette, il la fit léviter, l'envoyant droit sur les tribunes à une vitesse phénoménale. Il ne fallut pas cinq secondes pour qu'elle ne les ait rejointes, se laissant tomber au beau milieu du groupe d'adultes avant de dessiner un terrible arc de cercle avec son bâton. Les sorciers tentèrent de sortir leurs baguettes, de se défendre face à la furie qui leur arrivait dessus.

Peine perdue. Nyssa était incroyablement rapide, bondissant d'ennemi en ennemi, son bâton brisant les os, projetant les baguettes au loin. Elle exploitait au maximum la promiscuité dans les tribunes, les empêchant de lancer trop de sortilèges sans risquer de se toucher entre eux. Dumbledore se leva finalement, tirant sa baguette et provoquant une terrible détonation qui ne fit pas ciller l'assassin.

"Assez, miss Mallory !" tonna-t-il d'un ton qui se voulait intimidant.

Mais Nyssa al'Ghul ne se laissait pas intimider aussi facilement, et certainement pas quand elle avait soif de vengeance. Elle bondit en avant, vive comme un fauve, et le bout du bâton ferré frappa le directeur dans l'estomac, lui faisant lâcher sa baguette en l'expulsant à plusieurs mètres – et il chuta droit dans l'eau.

"Stan !" couina Hermione, enfin réveillée. "Arrête-la !"

"Non" répondit-il calmement.

"Stan !"

"Déjà, elle m'en voudrait à mort" exposa-t-il calmement "ensuite, les sorciers ont définitivement besoin de comprendre que les moldus ne sont pas des jouets qu'ils peuvent enlever et balancer dans des lacs gelés à leur guise."

Nyssa en avait de toutes manières terminé et se redressa, une moue méprisante sur le visage. Le vent faisait claquer ses cheveux et elle posa le bâton sur son épaule, se redressant avec fierté avant de cracher sur les silhouettes au sol.

En moins de dix minutes, elle venait de vaincre douze sorciers confirmés, incluant le respecté directeur de Poudlard et ses deux confrères de Beauxbâtons et Durmstrang, ainsi que le directeur du département de la coopération magique internationale et plusieurs professeurs de Poudlard. Elle leva un pouce vers Stan qui sourit en réponse et reprit sa baguette, la faisant léviter jusqu'à lui pour l'étreindre joyeusement.

"Tu sais ce dont je rêve maintenant ?" demanda ensuite Nyssa du ton de la conversation.

"Non ?" interrogea-t-il avec une curiosité non feinte.

"Un bon chocolat chaud" fit-elle avec enthousiasme.

"Je t'emmène aux cuisines" assura-t-il en souriant largement, avant de se tourner en arrière. "Vous voulez venir, Hermione, Viktor ? Ah tiens, Cédric ?"

Son aîné lui fit le signe de la victoire. Cho Chang, sa petite amie, était blottie contre lui. Ils avaient les lèvres qui commençaient à bleuir à cause du froid et Krum fut le premier à accepter, son manteau de fourrure autour des épaules de Hermione.

"Fleur ?" interrogea Stan.

"Gabrielle" sanglota-t-elle en réponse. "Ma petite sœur est dans le lac…"

Il ouvrit la bouche, la referma. Regarda Nyssa qui acquiesça.

"Ok, mais vite !" réclama-t-elle, se tenant toujours à ses épaules.

Il reprit le caillou à côté et le métamorphosa à nouveau d'un mot. L'illusion se ralluma instantanément, montrant la copie enfouie à moitié dans la vase, mais il la dégagea rapidement avant de piquer au maximum de la vitesse de la petite hélice vers le village, de détacher la fillette qui se trouvait là et de la faire remonter à la surface.

Cela avait pris moins de cinq minutes et Fleur poussa un cri de soulagement, lançant un sortilège d'attraction pour la récupérer avant de murmurer tous les sortilèges de soin et de réchauffement qu'elle connaissait. Alors Stan montra le château d'un mouvement de son pouce.

"Je réitère : chocolat chaud ?"

Les yeux de Gabrielle Delacour s'illuminèrent à cette perspective et ils se mirent en route vers le château, se réfugiant dans les cuisines chauffées où les elfes s'empressèrent de les servir.

"Sérieusement ?" demanda Nyssa en regardant Gabrielle. "C'est une gamine et ils la mettent dans un lac gelé ? Ils sont cinglés ?"

"Bah, tu leur as mis un peu de plomb dans la cervelle" rassura Cédric, visiblement en admiration devant ses talents guerriers. "Ça c'était du fight."

Un reniflement méprisant lui répondit.

"Un vieillard se défendrait mieux" fit-elle avec dédain, assise à côté de son frère. "Je connais des vieillards qui se défendent mieux."

Le silence retomba à sa remarque et elle ébouriffa soudain les cheveux de son frère.

"Tu me fais visiter, puisque je suis là ?" demanda-t-elle avec enthousiasme.

"Vaut mieux que tu visites maintenant" répondit-il avec un rire "j'ai dans l'idée que tu vas très vite être bannie de Poudlard."

"Ça leur apprendra à kidnapper les gens" fit-elle avec dédain. "J'ai jamais demandé à venir là, moi."

"Moi non plus" répondit Gabrielle de sa voix flûtée.

"Vraiment ?" s'étonna Hermione. "La professeure McGonagall est venue me trouver et le directeur m'a posé la question…"

"Et tu as acceptée d'être endormie et balancée dans un lac gelé, sérieusement ?" s'étonna Nyssa.

"Euh… juste d'être endormie, je n'étais pas au courant des détails" reconnut Hermione. "Mais c'est Poudlard, ils n'auraient pas laissé des adolescents en danger…"

Stan toussota ostensiblement.

"Basilic ?" risqua-t-il. "Troll ? Détraqueurs ? Et n'essaie même pas de me dire que ce sont des accidents et que tout le monde il est beau et il est gentil, par pitié."

Elle lui jeta un regard noir.

"Je n'ai pas dit ça" grinça-t-elle. "Peut-être qu'ils sont allés assez loin en nous mettant dans le lac, surtout Gabrielle."

Fleur acquiesça avec frénésie, parfaitement d'accord avec elle.

"C'est quoi cette histoirrre de Basilic ?" demanda Viktor avec curiosité, et Hermione entreprit de le lui raconter à grands renforts de mouvements de bras, plaçant Stan à l'honneur, comme à chaque fois qu'elle racontait l'histoire, et il roula des yeux sans commenter.

"Enlève juste toutes les exagérations" assura-t-il au regard admiratif de Viktor à la fin du récit.

Ils restèrent plus d'une heure au calme avant que le tableau d'entrée ne bascule à nouveau, laissant voir McGonagall. Elle regarda les deux Mallory, ses lèvres pincées en une fine ligne blanche.

"Votre père a été convoqué pour vos actes de violence inadmissibles" annonça-t-elle.

Deux expressions surprises lui répondirent, puis deux fous rires et Nyssa se releva, un air mauvais sur le visage.

"Vraiment ? Je veux être là quand il arrivera, sérieux. Quand vous lui expliquerez que vous avez enlevé sa fille adorée en pleine rue pour l'assommer et l'envoyer dans un lac gelé en attendant que son petit frère l'y rejoigne. Moi, il pardonnera peut-être, je suis une adulte, mais Stan ? Vous jouez avec le feu en tentant de blesser son fils."

Stan sourit, regardant sa sœur avec une admiration non feinte. Elle lui mit une amicale claque dans le dos.

"Viens, on va voir ce qu'ils vont lui expliquer. Je parie qu'il va leur casser la gueule de nouveau."

"Je refuse de parier ça" répondit-il en secouant négativement la tête, se levant néanmoins.

Ce fut en silence qu'ils suivirent McGonagall jusqu'à la Grande Salle, pas inquiets pour un sou. Slade y était déjà, debout, ses mains croisées dans son dos. Il portait un long manteau et les deux assassins repérèrent immédiatement la légère bosse formée par la lame qu'il transportait en-dessous, parallèle à sa jambe – une épée probablement, assez longue. Le borgne se tourna lentement vers eux dans le silence craintif de la Grande Salle.

"Alors" fit-il de sa voix rauque "on m'a raconté vos petits exploits cet après-midi…"

Les deux membres de la Ligue ne mouftèrent pas et il fit un signe de tête.

"Venez là. Tous les deux."

"Lord Mallory" intervint la voix de Hermione qui les avait suivis "il s'agissait de légitime déf…"

"Je ne vous ai pas sollicitée, jeune fille" interrompit calmement le mercenaire.

Les deux assassins s'étaient de toutes manières déjà avancés sans la moindre crainte et ils prirent la même position en silence, mains croisées dans le dos. Leurs jambes étaient pourtant très légèrement fléchies alors qu'ils étaient préparés à bondir et se battre. Slade décroisa lentement les siennes et les posa sur les épaules de Nyssa alors qu'il faisait un sourire.

"Je suis très fier de toi, Kaheda" annonça-t-il de sa voix rauque. "Il faut toujours se défendre contre ses kidnappeurs et leur casser la gueule le plus violemment possible. J'aurai juste aimé que tu m'en laisses un peu."

"Je suis sûre que tu auras d'autres occasions, papa" répondit-elle avec amusement, et il se tourna vers Stan, glissant sa main dans ses cheveux noirs.

"Bon travail pour secourir ta sœur. Triste jour que tu n'aies pas eu le temps de leur montrer ce que vaut un Mallory sorcier. Je serai là pour ta troisième épreuve cependant, et s'il arrive quoi que ce soit je tirerai dans le tas pour être sûr d'avoir le bon."

Un petit sourire lui répondit.

"Merci pour la visite, p'pa" fit joyeusement Stan.

"Votre fille a agressé les membres du corps professoral" glapit McGonagall, et il se retourna lentement.

"Professeure" fit-il d'une voix veloutée "avec tout le respect que vous avez acquis, j'ai appris à mes enfants à toujours se défendre lorsqu'ils sont attaqués. Enlever ma fille pour la plonger dans un lac gelé est certainement un acte de violence à son encontre et elle a eu tout à fait raison de se défendre. Si vous voulez savoir ce qu'est une réelle agression, je peux vous le montrer maintenant, mais ce ne seront pas des os brisés que vous aurez à déplorer. J'ai été soldat de longues années et dans le doute, je frappe toujours au cœur."

McGonagall ouvrit la bouche, puis la referma.

"Vous êtes un moldu" fit prudemment Flitwick.

"Et Kaheda vient de vaincre dix d'entre vous sans même être essoufflée."

"C'est mon père qui m'a appris à me battre" interrompit Nyssa avec orgueil. "Et il est bien plus fort que moi."

Sa phrase était vraie – c'était bien Ra's al'Ghul qui lui avait appris à se battre. Les sorciers, au vu du contexte, crurent cependant qu'elle parlait de Slade. Elle n'était de toutes manières pas prête à parier sur la victoire de l'un ou l'autre dans le cas d'un affrontement entre Slade et Ra's.

"Kaheda" annonça-t-il au silence craintif "nous rentrons. Stan, rentre donc à la maison pour les vacances de printemps. Ensuite, comme promis, je serai là pour la troisième épreuve."

"Ok" acquiesça Stan. "On se revoit le mois prochain alors. Dis bonjour à belle-maman de ma part."

Son ton s'était fait sarcastique et Slade eut un rictus amusé.

"Je n'y manquerai pas. Kaheda ?"

Nyssa acquiesça et étreignit joyeusement son frère, embrassant sa joue.

"Et s'ils t'emmerdent" recommanda-t-elle en désignant les alentours d'un vague geste "casse-leur la gueule aussi."

Il soupira, faussement ennuyé.

"Je n'aime pas me battre, Kaheda" fit-il d'une voix traînante. "Je suis pas une brute comme vous deux."

Deux rires lui répondirent et elle l'étreignit encore une fois. Slade tapota son épaule dans un geste de félicitations, puis ils ressortirent tous les deux le plus tranquillement du monde.