2.
Oshryn s'était encore confié.
- Etre papa, je ne réalisais pas… Et puis Skem et moi avons eu notre enfant que nous n'espérions plus après toutes ces années de démarches et d'attentes, de refus, d'espoirs, de désillusions ! J'ai égoïstement pensé que Skemdel pourrait s'en occuper, dernier arrivé sur le Destroyer – et il voulait se charger seul… Mais je me trompais ! J'ai à être avec mon mari ! Nous avons un enfant ! Je rentre auprès de lui, d'eux. Pardonne-moi, Alie.
- Je suis trop heureux pour toi que pour avoir la moindre once de ressentiment ! Soyez heureux !
- Merci, Alie.
Alérian se leva pour enlacer son ami de toujours.
- Et ne me fais aucune avance pour cette étreinte.
- Merci, Alie.
Et en un geste spontané, Oshryn avait néanmoins failli embrasser les lèvres de son Amiral, déviant au dernier instant pour un baiser amical.
- A bientôt, chez nous, quand tu seras en congés pour des repas sans aucune ambiguïté, Alie.
- Avec plaisir, mon ami. Qui seront les remplaçants ? Je n'ai pas encore été consulter la newsletter de la Flotte…
- Des frères, jumeaux : Phop et Rhikel Torsbim !
- Merci, je prends note.
- Ils seront en vacances, sur la planète-plage de Shirsung, où nous ferons escale dans un mois pour notre visite à l'Observatoire de la Zone Galactique, et tu auras autant de jours de liberté que moi j'en aurai pour ranger mes affaires et tout laisser en ordre derrière moi, poursuivit Oshryn. En camps de vacances !
- Pourquoi ton annonce me semble tout sauf innocente ? ironisa Alérian. Sans compter que tu insistes. Et tu sais qu'il faut rarement me répéter deux fois, sauf quand je m'enferre dans mes égarements de Gardien des Univers bien trop outrecuidant !
Le Second blond du Destroyer eut un éblouissant sourire.
- Parce que je te connais comme si je t'avais fait, Amiral !
- Et tu as tellement raison.
Et Alérian éclata de rire.
- Je pourrai me planquer derrière un arbre et tout observer ?
- Certainement pas. Je tiens à ce que tu emportes une image de prestige de mes étoiles, et non de mes idées débiles !
- Tu es toutes les contradictions réunies en un seul être fabuleux, Alie – et je ne parle même pas de tes cœurs de Dragon ! Adulte, enfant, et tu réussis pourtant à toujours user de ces personnalités en toi pour résoudre les pires situations ! Continue.
- J'espère… Donc, si je compte bien, j'ai encore un mois avant qu'on ne soit à ce camp de vacances de Shirsung ! J'ai tout mon temps ! Et toi, tu es de corvée !
- De quoi ? s'étrangla Oshryn.
Le jeune homme blond agita les mains en signe de dénégation.
- Je suis sur le départ. Je prépare tout. Ne me demande pas plus !
- Je te demande tout le reste ! gronda Alérian, sans plus plaisanter. Tu mets tes affaires en ordre, mais tu as toujours à assurer les tâches à bord que mon statut d'Amiral ne me permet pas de remplir. Des nouveaux Aspirants partent bientôt en Vol de Préparation Finale, j'ai à préparer leurs vols et épreuves « en réel ». A toi le Registre de Bord, la gestion de l'équipage. Les urgences, c'est pour moi, ne t'inquiète pas !
- Comme si nous avions jamais été sur une autre longueur d'onde !
Et les deux amis se sourirent.
Depuis la passerelle de son Arcadia, Albator ne put s'empêcher d'ironiser.
- A ton âge, vieux croûton, tu vas t'habituer à une nouvelle équipe ? Il me semblait t'avoir entendu dire il y a peu que tu ne pouvais te passer de tes piliers ! Et Oshryn était le plus solide d'entre eux à bord de ton Destroyer !
- Mais il part pour le voyage le plus important de sa vie, avec son mari, avec leur enfant. Et nous resterons en contact ! Tout l'important est là, papa ! Pour la suite, je dois juste faire avec !
L'hologramme de son père se pencha légèrement en avant.
- Et tu vas surtout n'en faire qu'à ta tête, mon grand garçon ! Bonne idée ! J'aimerais être là !
- Quoi, tu sais… ?
- Je suis ton père !
- En ce cas, je ne changerai rien à mes projets ! Tu peux me suivre, à distance ou non, sauf si tu as des prévisions de vols personnels ?
- Je n'ai jamais rien quand tu es dans la tourmente ! J'arrive !
- Merci, papa !
Mais la communication coupée, Alérian se détourna, les yeux très secs, passant machinalement la main dans sa crinière ivoirine de jeune homme de trente-six ans.
- Un nouveau départ ? Je ne suis pas sûr de pouvoir le supporter… Et pourtant je n'ai pas le choix… Comment vais-je bien pouvoir m'en sortir ? Je suis perdu ! Mon meilleur ami me quitte !
Alérian soupira, tendant la main vers son verre de thé glacé pour se rafraîchir.
