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Ses formalités remplies auprès de l'Observatoire de la Zone Galactique – c'est-à-dire qu'il avait reçu les enregistrements des trois mois précédents, ayant pris quelques renseignements de vive-voix sur certains points – Alérian s'était retrouvé entièrement libre de lui-même pour les deux jours et demi à venir.
Et étant sur une planète paradisiaque, question tourisme, moins pour les colonies entièrement dépendantes de l'extérieur, d'où l'extrême sécurisation de la Zone Galactique afin de pouvoir toujours l'approvisionner, le jeune homme s'était laissé aller.
En sandales, short, mais surtout t-shirt marqué du symbole de la République Indépendante, Alérian traînant dans les différents Centres de Détentes de la planète-plage, qui n'était en réalité qu'une gigantesque station-spatiale mobile et non une véritable planète qui aurait été impossible à visiter même en une vie !
Mais pas tout à fait « perdu », Alérian s'était incrusté à la Félicité, un complexe hôtelier, que lui avait renseigné Demrod.
Et comme il n'avait pas trop de temps à perdre, le jeune homme avait assidûment fréquenté les piscines centrales, affichant ostensiblement son t-shirt à l'emblème de sa Flotte.
- Vos joues roses, pas une ride en dépit de cette chevelure de neige. Vous êtes des nôtres. On peut t'offrir un verre, partenaire ?
Levant les yeux de la table où il avait tapé l'incruste presque toute la journée, Alérian découvrit deux êtres au teint bleuté, aux crins écarlates, les yeux plus noirs que la suie, jumeaux, sans aucune équivoque possible !
- Merci. Je veux bien. J'apprécie toujours à boire gratos. Mais je vous le rendrai direct !
- Ok, partenaire.
- Pourquoi cette obstination de « partenaire » ? s'étonna sincèrement Alérian.
Les jumeaux Phop et Rhikel Torsbim froncèrent les sourcils.
- Ton t-shirt, partenaire, tu es des nôtres, de la Flotte !
- Oui, indéniablement. Je suis de Déa… Mais vous, vos teints, ces prunelles dorées… ?
- Nous sommes des fils adoptifs de la Flotte de la République de la Flotte Indépendante ! La République accueille et est amicale envers des êtres comme nous.
- Qui parle ? Et qu'êtes-vous ?
- C'est moi, Phop, qui ai répondu. Et nous sommes des Lothiens d'origine.
- Mois, c'est Rhikel, je protège toujours mon petit frère…
- Je suis né en second, je suis donc l'aîné, protesta Phop.
- Je protège toujours mon petit frère ! insista Rhikel. Que nous soyions étrangers à la République, quelle importance ? La République s'ouvre depuis quelques décennies au monde extérieur. Nous sommes fiers qu'elle nous aie éduqué, formé, et que nous portions ses galons.
Phop tourna cependant un peu longtemps la paille dans son cocktail.
- Nous suivons une voie formée par un guerrier légendaire. Sans lui, nos trente ans et nous n'aurions eu aucune chance ni l'envie d'une carrière dans la Flotte…
- Vous allez prendre un poste ?
- Déjà et seulement à la fois. Ah, si le temps pouvait s'arrêter…
Alérian faillit glousser mais se retint. Il préféra encore louvoyer avec ses futurs Officiers !
- Et vous avez obtenus vos galons par vos propres mérites ?
- Oui… Nous avons vu d'autres de notre Promotion progresser bien plus vite, bien plus haut… Mais nous n'étions que des Pupilles… C'est plus facile quand on fait jouer ses relations.
Phop se frotta le bout du nez, fixant le jeune homme à la chevelure de neige.
- Partenaire, je ne sais à quel point tu es arrivé, mais tu sembles un peu plus âgé que nous quand même. Es-tu parvenu à ton poste sur tes seules capacités ?
Sincèrement, Alérian battit des paupières, comprenant et indécis à la fois.
- Des « passe-droits » ? Je ne sais pas. Je n'ai jamais couché avec qui que ce soit, femelle ou mâle ! Bien que je doive être objectif sur les premiers galons, on m'a donné mon dernier poste de façon impartiale. Je n'avais rien demandé, mais on m'a offert ma fonction, sans l'ouvrir de façon publique et donc des candidats potentiels n'ont pas pu tenter leur chance… Ce qui a d'ailleurs singulièrement enragé une officier au palmarès de folie !
- Et qu'a-t-elle fait ?
- Elle a voulu m'empoisonner.
Les deux jeunes gens se levèrent d'un bond, saluant impeccablement.
- Vous êtes l'Amiral Rheindenbach !
- Je suis en vacances ! Mais j'avoue que j'avais envie de découvrir mes nouveaux officiers, dans leur environnement.
- …
