7.

- Petit déjeuner, mon papa !

- Merci, mon grand garçon ! Je ne savais plus les vaisseaux de guerre aussi accueillants, sinon j'aurais peut-être rempilé !

- Comme si une Flotte aurait voulu de toi, vieux Pirate !

- Toujours aussi charmant toi, jeta Albator alors que son fils aux cheveux de neige s'était assis en face de lui, faisant une razzia sur les œufs brouillés et les légumes grillés, rajoutant une épaisse tranche de jambon dans son assiette.

- Des petits déjeuners en famille, on n'a que trop rarement pu partager ces moments. Et il faut que ce soit sur un Destroyer de guerre !

- Ne te culpabilise pas, papa, en dépit de mes propos. Nous sommes une famille, bien que tous séparés par la vie. Mais toi et moi savons que nous avons nos foyers paisibles qui nous attendent, nos repères, notre stabilité. Dana à DéaCity et Chalandra à Heiligenstadt !

Le grand brun balafré esquissa un sourire.

- De plus en plus sage avec les années. Tu as une sérénité que je n'atteindrai jamais car je ne veux pas faiblir. Je ne peux pas m'autoriser à baisser la garde. Un Pirate doit être en alerte sans relâche. Et Clio veille sur mon sommeil.

- Je lui ai envoyé quelques caisses de vin du cellier de Bob et de son héritier !

- Je pense qu'elle l'apprécie en ce moment même. Elle prend son premier repas de la journée, à sa manière.

- Je ne peux pas m'attarder, s'excusa Alérian en ramassa de sa cuillère la dernière portion de haricots à la sauce tomatée. Beebop m'apportera ma coupe de fruits sur la Passerelle. Promène-toi à ta guise, papa. Mais ne t'offusque pas si l'équipage te regarde un peu de travers !

- Je me doute que mes symboles Pirate n'aident pas. Mais c'est ainsi. Et j'ai à demeurer en vie pour veiller sur mes poussins !

Alérian reposa la serviette après s'être essuyé les lèvres.

- Je te laisse, mon papa. Et ne file pas sans prévenir, je ne te le pardonnerais pas !

- Comme d'hab., mon grand chéri.

En un réflexe, sans ironie, mais au contraire avec un infini respect, Alérian adressa à son père un parfait salut Militaire.

- Et pour les Socrates ? jeta Albator alors que son fils s'apprêtait à franchir les portes de son appartement.

- Je commence à deviner. Mes cœurs me l'apprennent et le Chant me parle !

- De quoi ? !

- J'ai du mal à comprendre moi-même mes sensations. Il est trop tôt pour que j'en parle, tout est encore trop confus. Je vais à mon poste !

- Et tu y fais merveille, Amiral !

- Toi, tu es beaucoup trop gentil pour un Pirate !

- Alie !


Alérian se frotta le museau du bout de la griffe.

- Pourquoi je suis à présent systématiquement un Dragonneau en langes ? Je me sentais mieux quand j'avais ma petite stature face à Zunia la grande Dragonne Noire ou Wakrist !

- Tu es un bébé en toi, Alie, expliqua doucement Denver. Et pour certains échanges, il est mieux que tu sois un petit de mon espèce. Tes cœurs nous relient à nous, à jamais !

- Je ne comprends pas, Denver, se plaignit le jeune homme à la crinière de neige. Les Socrates, je les vois en toges, comme ceux de l'Antiquité. Mais ils demeurent dans l'obscurité. Mais en même temps, je perce leur protection. Ils me laissent parvenir à eux en se dévoilant ! Ils m'attendent, Denver !

- Bien sûr, Alie. Tu es un Gardien des Univers ! Tu es une cible désignée pour toutes les entités Surnaturelle qui te sont hostiles… Mais tu n'es pas seul !

- Quoi ?

Alérian tressaillit violemment.

- Comment cela ? insista-t-il alors que le Roi de Poche des Dragons ne lui répondait pas dans la foulée.

- Tu n'es pas le seul Gardien des Univers, même si tu as dû mener tous ces combats seul, depuis bien trop de temps ! Elle viendra. Elle est prête !

- Qui ?

Alérian passa sa langue bifide de lézard sur son museau de bébé.

- Ne m'informe pas qu'il s'agit d'Itha Krovik, la nouvelle Déesse Dorée ? Je ne veux pas d'elle ! Elle a voulu me tuer !

- Ne fais pas le difficile, Alérian, murmura doucement Denver. Toute aide est bonne à prendre. Et ta Krovik est devenue l'un des êtres parmi les plus puissants du monde Surnaturel !

- Je refuse son aide ! glapit le Dragonneau en martelant le sol de ses pattes, la queue tendue à l'extrême, furieux. Je préfère encore être seul… Cette créature m'a empoisonné à petit feu !

- Et tu l'as pardonné…

- Je n'aurais jamais dû. Il y a des êtres sans absolution possible. Je me suis trompé. Ca m'est autorisé ? Et laissez Itha dans son Sanctuaire, sans aucune possibilité d'en sortir, jamais !

- Bien. A tes ordres, mon ami, fléchit le Roi des Dragons.


Du bout de sa baguette, Itha ranima le Feu du Ciel.

- Tu me rejettes, je comprends, Alérian. Mais je t'aiderai, le moment venu, que tu le veuilles ou non ! Je suis la Déesse Dorée, à jamais !