11.

Par réflexe, Warius avait désigné un siège à l'hybride devenue créature divine, le teint toujours aussi pâle, la longue chevelure d'ébène, son allure générale ayant paru la prédestiner depuis toujours à prendre la succession de Lumiane.

- Je préfère rester debout. J'en ai l'habitude, à veiller sur le Feu du Ciel que m'a confié Lumiane et avec lequel elle a fusionné.

- Je n'ai rien à foutre de tes petites habitudes ! jeta Alérian en quittant la pièce.

- Pour un mourant, il cavale plutôt vite, remarqua Itha.

- Vous, vous n'avez pas encore atteint l'essence divine, remarqua aigrement Albator. Votre ironie Humaine est encore trop développée !

- Je ne prétends pas arriver à la sérénité absolue. En effet, je suis Humaine, cette part restera toujours en moi. Cela sera sûrement un bienfait et un handicap. En tous cas ma mémoire Humaine est intacte et je comprends toutes les réactions d'Alérian à mon apparition…

- Et moi donc ! gronda Albator en sortant lui aussi.

- Et comme d'hab., ces deux zigotos me laissent seul, marmonna Warius.

- Vous vous exprimez de façon bien familière, Amiral Zéro, remarqua la Déesse Dorée.

- Il n'y a plus de relation hiérarchique entre nous, rappela Warius. C'est plutôt moi qui vous dois le respect désormais. Je devrai m'habituer cependant, sans vouloir vous offenser.

Itha inclina légèrement la tête.

- Comment pourriez-vous déjà me considérer comme la nouvelle Déesse d'Or ? reprit-elle doucement après un moment de silence. J'ai tenté d'empoisonner votre protégé, et je ne suis jamais passée en jugement pour cet acte, vu ma nouvelle fonction ! Si je n'étais celle que j'incarne, je serais poursuivie par toutes les Flottes. Et je n'ai pas intérêt à me repointer sur les lieux de mon passé sans risquer d'être lynchée !

- C'est peu de le dire, convint Warius. Et ne m'appelez plus Amiral, je suis à la retraite et j'y plante des poireaux. Le seul Amiral à ce bord est Alérian Rheindenbach.

- Sauf que lui refuse de seulement me voir. Ça va être un peu compliqué…

Ce fut alors Warius qui soupira, songeant que la situation se compliquait encore. Les débuts de Mission avaient été, relativement calmes, jusqu'au tir de la Directrice qui avait secoué tout le monde, ramenant à la réalité des Socrates, la tragique apothéose étant la disparition des Grands Dragons.


Albator avait rejoint son fils qui avait trouvé un dérisoire refuge au Mess des Officiers du Firestarter.

- Ton Destroyer est un lieu clos, tu ne peux m'échapper.

- Ce n'était pas vraiment mon intention. Je voulais juste ne plus la voir, elle ! Café ?

- Non, du red bourbon de ta réserve personnelle ! exigea le grand brun balafré.

- Ce n'est pas sympa de ta part de te bourrer la gueule sous mon nez alors que bien que je sois guéri, je suis toujours interdit d'alcool !

- Je suis ton père, sympa ne fait pas partie du profil. Quant à « elle », elle est là et elle ne bougera pas du bord !

Alérian fit la grimace, le nez dans sa tasse de thé, évitant de croiser de ses prunelles d'émeraude celle marron de son père.

- Une fois, c'est moi qui ai été réclamer son aide, contre les Juges… Là je ne lui demande rien !

- Mais tu as besoin d'elle ! insista Albator. Nos cuirassés, ton Destroyer, Warius ou moi, tous tes amis, aucun de nous ne peut t'aider dans ton nouveau combat. Et crois-moi, ça me coûte infiniment de reconnaître mon impuissance, surtout pour toi !

Le jeune homme à la crinière de neige leva enfin les yeux sur son père.

- Mais à toi ou à Warius, je ne fais aucun reproche, assura-t-il doucement. J'ai assimilé depuis un moment que j'avais à me débrouiller seul, comme à mes balbutiants débuts contre ce Surnaturel dont j'ignorais tout ! Des plantes contre la pierre. Ce sera du poison contre les Socrates !

- Toi, tu as déjà une idée derrière la tête et je n'aime pas ça, maugréa Albator.

Malgré lui, Alérian eut un petit sourire mutin.

- Et tu ne sauras rien ! gloussa le jeune homme.

- Pour Itha, quelles sont tes intentions ? Tu peux m'en parler, Amiral ?

- Qu'elle reste où elle est pour le moment. Enfin, à bord, pas dans mon appartement !

- Je pense qu'elle aura capté ton souhait et ne sera plus là quand tu reviendras faire une dernière pause avant d'aller prendre ton service sur la passerelle.

Demeuré au Mess des Officiers, Alérian avait eu la tranquillité de ne pas être dérangé à sa table, plongé dans ses pensées, la mine

« Je sais que tu n'as pas envie que je meure une fois de plus. Mais il se pourrait bien qu'il n'y ait pas d'autre solution pour venir à bout des Socrates ! ».

Le jeune homme leva la main et Beebop s'approcha rapidement.

- Apporte-moi un red bourbon bien tassé !