15.

Warius fronça les sourcils, poings sur les hanches.

- Même l'intérieur de ce Sanctuaire semble fait de toiles, ou de toges.

- Oui, mais ce sol et ces murs sont solides, contrairement à un vêtement, ajouta Albator.

- Et en ignorant tes drones-caméras, Alie s'est posé en surplomb de l'esplanade où se tiennent ces statues, notre vue est imprenable !

- Encore des statues ! siffla le grand Pirate balafré. Ça n'en finira donc jamais pour mon grand chéri ! ?

Mais fascinés malgré eux, les deux hommes ne pouvaient détacher leur regard des écrans de la Passerelle du Destroyer.


Sur ses gardes, bien que doutant de pouvoir surprendre les Socrates sur leur propre terrain, Alérian progressait à pas presque tranquilles.

- Alors, où vous planquez-vous ? ne put-il s'empêcher de jeter. Vous me vouliez, vous m'avez ouvert le passage. Je suis là ! On peut passer aux choses sérieuses ?

Albator et Warius frémirent.

- Les statues s'animent ! Ces représentations antiques, c'étaient les Socrates !

- Et les Socrates ont encerclé ton fils.

- Je le constate parfaitement ! grinça le grand Pirate balafré.


Doc Machinar secoua la tête en signe de profonde incompréhension.

- J'ai accouché bien des espèces, mais je n'ai jamais assisté à cela ! Mais je n'ai aucune base de données à télécharger concernant une divinité !

Derrière la vitre de la salle d'accouchement, la patiente protégée par un muret pudique, Albator et Warius échangèrent le même regard d'incompréhension.

- Itha ne semble ressentir aucune douleur, remarqua le premier.

- Elle ne bouge pas d'un muscle, compléta le second.

- Le bébé vient ! glapit Itha.

- Mais mes scans ne détectent aucune contraction ! se récria le Doc du Firestarter.

Itha tourna la tête vers le Mécanoïde, sourit largement, effectivement pas la plus infime crispation de souffrance sur le visage.

- Le bébé va sortir, écartez-vous, je vous prie.

- Mais…

Une sphère de lumière sortit du ventre d'Itha, demeura un instant en lévitation avant de prendre la forme d'un bébé Humain et de venir reposer sur la poitrine de sa mère.

Et le premier cri du nouveau-né ému tous ceux présents, avant que le sens des priorités ne leur revienne.

- Alérian !


Du doigt, et sans s'arrêter à l'inélégance du geste dont il n'avait cure face aux Socrates, Alérian désigna la Bulle gélatineuse qui survolait le sol de quelques centimètres, s'approchant.

- C'est quoi ce truc ?

- Mais une Bulle d'Eternité ! répondit Thyr, le Grand Socrate.

- Bien sûr, où avais-je la tête ? persifla Alérian. Jamais entendu parler ! Je suppose néanmoins que c'est pour moi, mais pas un cadeau ?

- On va te garder avec nous un bon moment, firent en chœur les Socrates.

- Je suis un Mortel, le « bon moment » ne sera pas si long que ça !

Thyr s'approcha jusqu'à quelques pas du jeune homme à la crinière aussi blanche que les toges des Socrates.

- Mais, il n'a jamais été question que nous gardions ton enveloppe charnelle. Elle ne nous intéresse pas. Nous allons simplement absorber ton énergie, nous nourrir d'une infime portion avant de sceller le reste dans la Bulle.

- En ce cas, vous vous condamnez au passage, menaça Alérian en sortant une seringue de sous le gant de sa main gauche.

- Une arme ? questionna Thyr, à deux doigts de l'hilarité.

- Oui. Un poison. En me l'injectant, cela contaminera mon énergie et vous vous empoisonnerez juste ensuite ! Prêts à subir le sort du philosophe antique dont vous portez le nom ?

Alérian approcha l'aiguille de la seringue du creux de son bras qu'il venait de dénuder.


Bousculé par derrière, Alérian faillit protester, se demandant en même temps qui pouvait se mêler de ses affaires !

- Denver ! Mais comment peux-tu être là ? !

- Et je ne suis pas venu seul ! se réjouit le Dragon de Poche.

Apparurent alors des dizaines, des centaines de Dragons, en vol stationnaire, Zunia et Wakrist au premier rang !