16.
- Ils sont magnifiques ! jeta Albator, ébloui.
- Ils sont nombreux ! ajouta Warius.
- Ils sont monstrueux ! grogna le Second du Firestarter.
- Ils sont les Gardiens des univers, lança fièrement Itha en s'avançant, ne semblant pas avoir mis au monde son enfant une poignée des minutes auparavant ! Ils ont rejoint leur seul et unique Souverain !
- Evidemment, Denver est là ! conclut le grand Pirate balafré.
Sans tenir compte des Socrates qui semblaient ne pas oser faire bruisser un pli de toge, Alérian avait étreint le cou du Dragon de Poche.
- Tu es en vie !
- Mais, je n'ai jamais été menacé !
Le jeune homme leva les yeux vers Zunia la Grande Dragonne noire.
- Mais, toi et Wakrist, si ! J'ai assisté à la destruction de votre Sanctuaire !
Le couple de Dragons eut comme un gloussement.
- Comme si ne nous étions pas doutés que les Entogés nous prendraient pour cibles après avoir échoué avec toi ! Notre Sanctuaire n'existe plus. Mais nous l'avions quitté bien avant ! rugit Zunia.
- Et il y a bien des Sanctuaires où vivent des colonies de Dragons, ajouta Wakrist. Nous y sommes demeurés jusqu'à maintenant, jusqu'à ce que Denver nous prie de venir ici.
Alérian battit des paupières, comprenant et se posant des questions à la fois.
- Mais comment avez-vous pu vous camoufler ? interrogea-t-il enfin.
- Nous crachons le feu, mais nous sommes aussi des reptiles à sang froid. Nous avons abaissé notre température, comme pour entrer en hibernation, ce fut notre camouflage, notre sécurité ! expliqua encore Zunia.
Alérian sourit.
- Et vous êtes revenus à l'appel de Denver, votre Roi, tous !
Le jeune homme à la crinière immaculée se retourna vers le Dragon de Poche.
- On dirait que tes troupes tiennent les Socrates en respect, pour le moment… Je ne m'attendais pas à ça !
Denver gloussa.
- Je crois surtout que tu ne songeais pas un instant à avoir un coup de patte ! ? rectifia-t-il.
- Tu t'étais préparé à mourir seul, ajouta Zunia, avec de la tristesse dans ses pensées télépathiques. Ce poison, il pouvait vraiment… ?
- Il aurait liquéfié mes organes, à commencer par les deux neurones de mon esprit et mes deux cœurs. Le reste de mon corps, bien qu'il n'intéresse pas les Socrates, n'aurait plus servi à grand-chose, mais surtout cela aurait empoisonné en même temps l'énergie qu'abritait cette enveloppe charnelle. Je ne peux être certain, mais ça aurait quand même pu avoir une chance de marcher !
- Laisse-nous plutôt faire ! Monte sur Zunia !
Les Dragons, toujours immobiles dans le ciel du Sanctuaire, levèrent haut la tête, faisant résonner leur chant éternel.
Phop Torsbim ouvrit des yeux.
- Il fait du surf sur le dos d'un Dragon ?
- Une Dragonne, précisa Albator.
Voletant entre ses congénères, Zunia les laissait exprimer leur chant profond et entêtant, Alérian debout sur son dos.
Le jeune homme plissa les yeux.
- Les toges des Socrates prennent feu ! Les colonnes se fissurent, elles vont s'abattre sur eux !
- Mais ce n'est pas le sort que nous leur réservons.
- C'est sûr que ce feu qui n'est pas celui de vos entrailles est insuffisant. Vous allez cracher à l'unisson ?
- Non. Notre feu est lui aussi trop faible. Il y a mieux dans les tréfonds de ce Sanctuaire.
- Le sol s'ouvre ! glapit Alérian. Vous allez… ?
- Oui, nous allons les précipiter dans le magma en fusion ! Cela ne les consumera pas, mais cela les retiendra à jamais !
Devant les yeux écarquillés du jeune homme, il vit se produire ce que Zunia venait de lui expliquer, le sol se refermant après avoir avalé les Socrates !
Leur miracle accompli, tous les Dragons s'étaient posés au sol, devant leur Roi de Poche et Alérian.
Denver s'avança vers ses sujets, rejoignant leurs rangs. Il pivota, se tourna vers le jeune homme à la chevelure de neige.
Et à la stupéfaction de ce dernier, tous les Dragons, y compris Denver, plièrent leurs antérieurs au sol pour le saluer et lui prêter allégeance !
