18.
A quelques minutes de reprendre son poste sur la Passerelle de son Destroyer, Alérian s'était entretenu avec Denver.
- Mon Dragon de Poche préféré !
- Et je sais que c'est vrai puisque ma Dragonne donnera dans des mois naissance à de mini Dragons ! Tu voulais me parler, mon Roi ?
- Denver, je ne serai à jamais que ton ami !
- Merci, Alie ! se réjouit Denver en se dandinant, des étincelles dans ses prunelles d'or.
Le Dragon de Poche se posa sur son séant.
- De quoi voulais-tu me parler, Alie ?
- Au Sanctuaire des Socrates, ce n'est pas le vol stationnaire des Dragons qui les bloquait. Ils devaient chanter, mais cette fois c'était inaudible à mes oreilles d'Humain ?
Denver inclina positivement la tête.
- Notre Chant peut s'élever sous bien des fréquences : un vacarme, ou parfaitement inaudible.
Alérian frémit, surpris bien qu'il se soit attendu à la réponse !
- Denver, tu ne m'avais jamais dit que le Chant des Dragons avait ces pouvoirs ! ?
- Tu ne crois tout de même pas que je vais te raconter toute ma vie ? Tu finirais par écrire un bouquin !
Les deux amis rirent doucement.
- Mais pourquoi on me renvoie toujours mes chers livres à la face ? fit mine de s'offusquer le jeune homme à la crinière immaculée.
- Ah oui, que lis-tu en ce moment pour te détendre ?
- L'Encyclopédie Galactoverselle…
- Hihihi ! gloussa le Dragon de Poche.
Alérian approcha sa bouche près de l'oreille de son ami.
- Mais quand je suis avec ma femme, je ne lis que sur les courbes de son corps !
Etonnament silencieux, les jumeaux Torsbim ne réagirent pas davantage quand les portes de la Passerelle s'ouvrirent sur un capitaine de l'Arcadia en complète tenue, ses armes aux côtés, ses éperons claquant sur le sol de métal.
Albator s'avança vers son fils aux épaulettes où les cinq étoiles brillaient.
- Et si cette histoire finissait comme elle a commencé ?
- C'est-à-dire ?
- Bobsdqildjavlb et Olaanrkdisbendell. Tu as repris le Plan de Vol de la Flotte. Nous allons donc croiser un de leurs anciens MBS. Nous ne pouvons passer sans nous arrêter, ce serait inconvenant !
- Papa, je n'ai pas ta liberté chérie de Pirate quand j'affiche ces galons.
Mais le jeune homme ricana.
- Mais ces galons me confèrent également toute autorité à ce bord. Et Doc Machinar ne s'opposera pas à mes décisions tant qu'elles demeurent dans la mesure du raisonnable. Avec les Torsbim, le Firestarter est en de bonnes mains. Je pourrai m'absenter une journée, pour fêter le fait que nous soyons tous en vie, qu'un petit garçon s'épanouit déjà auprès de ses tuteurs dans un ranch ! Oh oui, il faut trinquer. Ensuite, je poursuivrai ma Mission.
- Je savais que je te convaincrais, mon grand chéri !
Alérian eut un désinvolte haussement des épaules.
- J'ai constaté que l'Arcadia avait décroché de sa position depuis quelques heures déjà. Il ne pouvait qu'avoir rejoint un lieu de détente. Car jamais il n'aurait abandonné son capitaine !
- Ledit capitaine a sa place auprès de ses enfants, avant tout, et depuis longtemps. Mais en effet, je n'aurais jamais permis que Toshiro mette les bouts en me laissant derrière.
- En ce cas, profitons du vol. Mais je te conseille de le faire dans l'appartement que je t'ai octroyé à bord. Les Torsbim sont pire que Warius quant au Règlement !
- Oui, je l'ai compris. Mais il te faut ces garde-fous pour compenser tes élans ! Il t'a toujours fallu quelqu'un avec la tête sur les épaules : Warius, Oshryn, les jumeaux aujourd'hui.
- Toi aussi !
- Non, c'est de mon grain de folie que tu as hérité. Ta mère avait bien plus de bon sens !
- Elle était juste une Déesse en devenir, une chose inconcevable à son époque de vie. Et quand tu n'étais pas là elle prenait tous les risques en tant que Voix de la Liberté. Cela ne parait guère raisonnable !
- Elle t'avait mis en sécurité avant de revenir, pour la dernière fois, remarqua le grand Pirate balafré. Elle a accompli son devoir, à sa manière, comme elle l'avait décidé.
Alérian soupira.
- Je ne veux plus me souvenir du passé… Un futur m'attend, et tout indique que ce ne sera pas de tout repos. Prenons donc cette halte imprévue qui s'offre, ensuite nous poursuivrons tous les deux nos routes dans la mer d'étoiles !
- Ça me va, mon grand chéri !
Et les deux hommes tournèrent la tête vers la baie vitrée de la Passerelle pour y voir défiler les étoiles qui étaient leur univers, depuis toujours et à jamais.
