-« Alors, mon grand, ça te dit une petite ballade ? » demanda-t-elle en caressant le chanfrein de son cheval avant de lui passer une corde autour du cou et de le sortir du pré.
Cet après-midi là, il faisait très beau, et il y avait longtemps qu'elle n'avait pas sorti Bali. Et surtout, elle avait besoin de se changer les idées après les évènements du début de la journée. Elle n'avait pas encore trouvé mieux que de battre la campagne sur le dos de son cheval pour oublier tous ses problèmes.
Elle l'adorait son cheval. Petite, elle avait rêvé d'en avoir un, comme toutes les petites filles, mais pour elle, ça avait continué à l'age adulte. Dés qu'elle en avait eu les moyens, elle avait réalisé son rêve. Ce n'était pas un cheval de race, mais il était génial pour la balade. Il était endurant et puissant, des membres solides et le pied très sûr. Il était bai brun avec une belle crinière, longue et épaisse, et une queue qui frôlait le sol.
Une fois sortie du pré, elle ouvrit le coffre de sa voiture et attrapa le filet avant de le passer à Bali. Elle le guida vers le banc de pierre qui lui servait de marche pied pour monter sur son dos. Il n'était pas spécialement grand avec son mètre quarante au garrot, mais elle-même était toute petite et comme elle montait à cru, elle avait besoin d'un marche pied.
Dés qu'elle fut installée sur son dos, elle le sentit frémir de contentement et il secoua la tête en tirant sur les rênes pour réclamer de se mettre en marche.
Elle pris la direction du plateau. Elle avait envie de faire une belle balade et le terrain de ce circuit là était très varié.
Dés qu'elle fut dans la côte, elle laissa son cheval prendre le galop et aussitôt, elle eu l'impression de laisser derrière elle tous ces problèmes, chassés par le vent dans ses cheveux et l'impression de liberté qu'elle éprouvait.
Elle repassa au trot en atteignant le sommet du plateau, puis au pas pour prendre le petit sentier qui serpentait dans les bois.
Soudain, son cheval se figea. Elle le sentit se tendre et frémir entre ses mollets. Derrière elle, elle entendis un craquement puis un grondement sourd.
Le cheval broncha et henni piteusement. Elle ressentit sa peur. Elle avait l'impression d'être assise sur une cocotte minute.
Le grognement se répéta dans les halliers au bord du chemin. Elle connaissait bien la faune de sa région et elle savait qu'aucun animal vivant ici n'était susceptible d'émettre un tel son. On était dans le sud de la France, pas dans la brousse. Elle pensa que ça pouvait être un chien errant, mais si s'était le cas il devait être énorme et potentiellement très dangereux. Elle remit le cheval en marche, pressant un peu le pas, mais sans laisser sa monture prendre le galop. Il ne faut pas courir devant un prédateur, ça excite son instinct de chasseur. Elle jeta un regard par-dessus son épaule pour vérifier que rien ne bondissait sur le chemin derrière eux.
Elle poussa un soupir de soulagement en quittant le bois et décida qu'il était plus prudent de rentrer par la route. Elle pris le chemin qui contournais le bois par le sud pour la rejoindre. Elle ne savait pas ce qu'il pouvait y avoir dans ces bois, mais de façon irrationnelle, elle sentait que ça pouvait être mortellement dangereux.
Le chemin conduisait à une ferme et était utilisé par les engins agricoles, il était donc large, dégagé et bordé de champs. Si quelque chose décidait de l'attaquer, elle le verrait venir de loin. Il lui était déjà arrivé de faire des rencontres désagréables pendant ses balades. Le plus souvent s'était des laies avec leurs marcassins. Mais le bruit qu'elle avait entendu dans le bosquet n'appartenait pas à un sanglier, ça elle en était sûre.
Elle arrivait en vu de la ferme au bout du chemin, dés qu'elle aurait traversé les bâtiments elle serait sur la route et en sécurité. Elle se rendit compte qu'elle était plus inquiète que ce qu'elle voulait admettre. Elle jetait un dernier coup d'œil derrière elle lorsque Bali se cabra en faisant demi-tour. Elle faillit être désarçonnée, heureusement des années d'équitations lui avaient permis d'acquérir les bons réflexes.
Elle n'eut que le temps d'apercevoir ce qui avait tant effrayé Bali. Sur le chemin, entre eux et la ferme se trouvait une bête comme elle n'en avait jamais vu. Elle ressemblait vaguement à un loup mais en beaucoup plus moche et surtout en beaucoup, beaucoup plus gros. Pour autant qu'elle ait pu en juger, elle devait être aussi grosse que Bali.
Bali fonçait dans le chemin et elle n'essaya même pas de le contrôler, se contentant dans un premier temps de s'accrocher à sa crinière et de serrer les mollets. Elle se dit vaguement que c'était ridicule, qu'une telle bête ne pouvait pas exister, mais au cas où elle n'aurait pas été une hallucination (Est-ce que les chevaux avait des hallucinations ? Parce que Bali aussi l'avait vu), elle préférais ne pas avoir l'occasion d'admirer de plus près les crocs qu'elle avait vu briller dans sa gueule.
Elle jeta un regard par-dessus son épaule et vit que la bête s'était lancée à leur poursuite. Et qu'elle gagnait du terrain. Le goût métallique de la peur se répandit dans sa bouche tandis que le cheval fonçait à bride abattue dans le chemin.
En arrivant au bord du plateau, le chemin plongeait dans le bois en serpentant. La descente était raide et à cette vitesse ils risquaient de se rompre le cou, mais comme on dit, entre la peste et le cholera… Bali bondit dans la pente, elle s'efforçait de l'équilibrer autant que possible, priant pour qu'il ne trébuche pas. La bête s'était encore rapprochée et elle continuait à gagner du terrain.
Elle n'essaya pas de suivre le sentier en lacet, elle coupa à travers les arbres, slalomant entre eux. Lorsqu'elle atteignit le bas de la pente et que le terrain se dégagea, Bali accéléra à nouveau. Elle se demanda combien de temps il pourrait tenir, il n'avait pas l'entraînement nécessaire pour pouvoir garder ce train d'enfer bien longtemps, même si la peur lui donnait des ailes.
Ils avaient dû dévier du chemin parce qu'elle aurait dû arriver sur une route, alors qu'elle venait de déboucher dans une large vallée traversée par une rivière qu'elle ne reconnaissait pas. Elle entendit le bruit de la course de la bête derrière elle. Elle s'était encore rapprochée. La rivière lui barrait la route. Elle ne pouvait pas prendre le risque de virer maintenant, elle n'était pas sûre de pouvoir contrôler son cheval et la bête les rattraperait trop facilement, alors, priant pour que le lit ne soit pas trop profond ni trop accidenté et que le courant ne soit pas trop fort, elle donna un coup de talon et Bali bondit dans l'eau dans une grande gerbe d'écume.
La résistance de l'eau le ralentis un peu, mais le lit de la rivière n'était effectivement pas très profond et son cheval était puissant, il put reprendre de la vitesse, en plus, la bête, elle, avait hésité avant de ce jeter à l'eau à son tour, ce qui avait permis à Bali de reprendre un peu d'avance.
Mais, lorsqu'il ressortit de l'eau sur l'autre berge elle se dit qu'elle n'avait plus aucun espoir. Bali fatiguait et la bête était encore bien trop près derrière eux, elle le savait, même si elle n'avait pas osé regarder.
Soudain, en face d'elle elle vit arriver des cavaliers, l'un d'entre eux banda un arc et tira. Elle n'eut pas le temps d'avoir peur. La flèche passa à côté d'elle et elle entendit derrière elle, un lourd bruit de chute. Elle se retourna et vit la bête rouler dans la poussière, l'empennage de la flèche dépassant de son front.
Pendant ce cours laps de temps, les cavaliers l'avaient encerclée, obligeant Bali à tourner en rond. Ils avaient l'air terrible. Vêtus de cuir et de fourrures, armés d'arc, de haches et d'épées. Elle n'eut même pas la présence d'esprit de ce dire que ce n'était pas normal. Son cerveau avait perdu beaucoup de ces capacités. Tout ce qu'elle voulait, c'était leur échapper. Elle les observait cherchant une faille dans leur cercle,
Elle repéra un espace un peu plus large entre deux cavaliers et s'y précipita, mais, ils comprirent ce qu'elle voulait faire et lui bloquèrent le passage avant qu'elle n'y arrive, elle fit demi-tour, essayant de l'autre côté, mais elle était vraiment cernée.
Bali, presque aussi paniqué qu'elle, cabrait et tournait en rond. Elle ne savait pas ce qu'ils lui voulaient mais ils lui faisaient peur. Son regard croisa le regard clair et glacial de l'un deux et elle décida de tenter le tout pour le tout. Elle en repéra un qui paraissait moins sûr de lui que les autres, et qui montait un poney plus léger. Elle pris autant d'élan qu'elle le pu et se lança sur lui. Elle espérait qu'effrayé de la voir lui foncer dessus il bougerait, mais si ce n'était pas le cas, elle pensait bien qu'avec son élan et le poids de son propre cheval elle pourrait le renverser comme une quille.
Malheureusement pour elle, l'un des autres avait compris son manège et avait lancé son propre poney contre elle. Il la percuta de plein fouet, sous le choc, elle fut projetée au sol avec une violence telle qu'elle vit des étoiles et que son souffle se coupa.
Le temps qu'elle reprenne ses esprits, celui qui l'avait percutée était sur elle, lui empoignant le bras. Elle n'avait aucun moyen de se défendre, alors elle fit la seule chose qui était à sa portée, elle planta ses dents dans les doigts serrés sur son poignet, mordant de toutes ses forces jusqu'à sentir la peau se fendre et le goût du sang se rependre dans sa bouche. Il la repoussa violemment en grognant.
Elle entendit quelqu'un crier
-« Arrêtez, vous voyez pas qu'elle est terrifiée ! »
En même temps, un « Ça suffit ! » autoritaire, suivi de « Nous ne vous voulons aucun mal ! »
A cet instant, elle eut l'impression que quelque chose s'était insinuée dans son esprit. Elle sentis la pression d'un autre volonté que la sienne dans sa tête. Elle résistât autant qu'elle le put.
La pression s'accentua, elle sentait que quelqu'un essayait de la soumettre.
Elle leva les yeux un instant et vis un grand vieillard barbu, vêtu d'une robe grise et d'un chapeau pointu. Elle sut que c'était lui qui était dans son esprit et elle hurla :
-« Arrêtez, arrêtez de faire ça, laissez-moi ! ».
-« Calmez vous » dit-il, accentuant encore la pression dans son esprit « Si je vous dis que nous ne vous voulons pas de mal, c'est que nous ne vous voulons pas de mal ! ».
La douleur explosa dans sa tête et elle hurla, elle sentis quelque chose de chaud couler sur ses lèvres, et ses idées se brouiller.
Elle entendit quelqu'un crier :
« Gandalf, arrêtez, vous allez la tuer ! »
La pression intérieure se relâcha et elle se sentit tomber en avant, vaincue et tremblante. Quelqu'un la rattrapa, mais elle n'eut même pas la force d'essayer de se débattre. Deux mains puissantes la saisirent par les épaules, tandis qu'elle s'effondrait contre une large poitrine en sanglotant.
Elle resta un instant ainsi, avant de retrouver un peu ses esprits et de relever légèrement la tête. Elle passa sa main sur son visage et senti qu'elle y étalait quelque chose de visqueux. Lorsqu'elle regarda ses mains elle vit qu'elles étaient pleines de sang. Elle avait saigné du nez.
Il la tenait toujours par les épaules, mais son étreinte n'était pas très ferme, c'était plus un soutien.
-« Ça va ? » demanda-t-il avec une inquiétude qui lui sembla sincère.
Elle leva vers lui des yeux éteints. Il lui souriait gentiment. Il avait un joli regard amical et chaleureux. On dit que les yeux sont les miroirs de l'âme, et son esprit perturbé se dit qu'il devait avoir une belle âme. Elle eut envie de lui faire confiance. De toute façon, elle avait l'impression de ne plus avoir aucune force et aurait été bien en peine de faire quoi que ce soit. Elle hocha doucement la tête.
-« Est-elle en état de chevaucher ? » demanda une voix autoritaire.
Elle tourna lentement le regard en direction de celui qui venait de parler. C'était celui dont le regard l'avait tant effrayée. Il avait des yeux très clairs, verts pales ou bleus peut-être, un air fier et hautain. Et il était clair que c'était lui qui donnait les ordres.
-« Laisses lui quelques instant, Thorin ».
Thorin ? Elle ferma les yeux, sous le choc « Putain, je suis dans le livre ! » se dit-elle brièvement, mais sa réflexion n'alla pas plus loin. Sous le choc, son cerveau s'était mis en sécurité et ne gérait plus que ce qui avait un intérêt vital immédiat. Entre les jambes des chevaux elle aperçut la carcasse de la bête, et là, tout de suite, son intérêt vital immédiat fut de ne pas rester seule ici, des fois qu'il y aurait eut d'autres prédateurs…
Elle tenta de se relever sur ses jambes flageolantes. Celui qui l'avait retenue l'aida en passant un bras autour de sa taille et l'autre sous son coude pour la soutenir. Il l'aida à marcher jusqu'à son cheval avant de la hisser dessus. Ensuite, il remonta sur son propre poney et tous se mirent en route, l'encadrant comme pour éviter qu'elle n'ait la tentation de prendre la fuite.
