Elle chevaucha longtemps en silence. Observant ses nouveaux compagnons. Son cerveau, qui avait fini par se remettre tant bien que mal en fonction, lui disait que ce n'était pas possible.

Elle commença à élaborer différentes théories pour expliquait ce qu'elle vivait. Celle qui avait sa préférence était que dans sa fuite elle avait été désorientée et qu'elle s'était perdue. Le fait qu'elle connaisse la région comme sa poche et qu'elle ne pouvait pas avoir fait tant de chemin que ça ne l'effleura même pas. Quand à ces hommes, ils devait participer à un jeu de rôle au milieu du quel elle s'était retrouvée.

Elle en était là de ses réflexions, lorsque celui qui l'avait aidée se porta à sa hauteur.

-« Je suis Bofur, pour vous servir » dit-il en s'inclinant légèrement devant elle.

Son cerveau enregistra l'information et elle haussa un sourcil. Elle était fan des écrits de Tolkien depuis son adolescence et avais dû voir les films de Peter Jackson une vingtaine de fois chacun. Elle avait encore vu « Un voyage inattendu » quelques jours plus tôt, à la télévision.

Elle sourit en se disant que c'était drôle de justement se trouver dans un jeu de rôle concernant une histoire dont elle était fan. Mais, elle se dit que, ces gens poussaient le détail très loin. Elle observa celui qui jouait « Bofur », à côté d'elle. Il était à la fois différent et très semblable au personnage du film. Quelque chose dans les yeux. Elle jeta un coup d'œil à l'arme qui dépassait de son paquetage. Elle n'était pas en carton-pâte. Elle avait l'air d'être en vrai métal, et surtout, elle avait l'air terriblement dangereuse.

-« Je m'appelle Ofélia » répondit-elle.

-« C'est un joli prénom. Et d'où venez vous ? »

-« Un petit village de l'autre côté de la colline d'où je suis descendue ».

-« Il n'y a pas de village de ce côté-là » répondit un petit bonhomme à l'air raffiné, qui devait jouer le rôle de « Bilbon ».

-« Pardon ? »

-« Non, il n'y a pas de village de ce côté-là, en tout cas pas à moins de 25 kilomètres. »

Elle secoua la tête en fronçant les sourcils.

-« J'ai sans doute fait plus de chemin que se que j'avais imaginé, mais je suis sûre que je n'ai pas pu faire 25 km. On est où là ? »

-« On vient de sortir de Hobbitbourg » repris Bilbo

Hein ?

-« Non, mais en vrai, on est où ? »

-« Je viens de vous le dire, on est à un peu moins d'une demi journée de Hobbitbourg, dans la Comté. » répéta-t-il en me regardant avec une certaine inquiétude.

Elle décida de ne pas approfondir la question. Il semblait être très pris par leur jeu.

Elle repensa à la bête qui l'avait poursuivie. Ça, aucun organisateur de jeu de rôle n'aurait pu la créer et ce n'était pas le genre de bête qu'on trouvait chez elle. Est-ce que ça pouvait exister ailleurs dans le monde ? Elle pensa à la « Bête du Gévaudan », après tout, elle devait bien venir de quelque part cette bestiole. Mais, est-ce qu'un organisateur de jeu de rôle aurait pu être assez pervers et inconscient pour faire venir cette chose d'ailleurs et la lâcher dans la nature pour rendre le jeu plus réel ?

Elle secoua la tête. Non, ce n'était pas possible. Elle ne pouvait pas y croire. A la dérobée elle observait ses compagnons. Effectivement, il fallait qu'elle ait été bien perturbée pour ne pas faire le rapprochement. Le vieillard avait bien la tronche qu'on imagine pour un magicien, et les autres ressemblaient bien à des nains. Même si « Bofur » était le seul qu'elle ait vu debout, elle pouvait se rendre compte qu'aucun d'eux n'était plus grand qu'elle. A part peut être celui qui jouait « Dwalin ».

Elle l'observa discrètement. Il chevauchait un peu en avant d'elle et lui jetais parfois des regards peu amènes en suçotant ses phalanges. Lui, il poussait le perfectionnisme jusqu'aux tatouages sur son crâne et ses doigts. Elle pouvait voir que ce n'était pas simplement des dessins sur la peau. Ayant elle-même plusieurs tatouages, elle était sûre que les siens étaient vrais.

Elle aperçut celui qui jouait « Bifur », son maquillage était vachement réaliste. On avait vraiment l'impression qu'il avait une hache plantée dans le front et que la peau avait cicatrisée autour. C'était franchement flippant.

« Gandalf » et « Thorin » chevauchait en tête. Il lui jetait parfois des regards qu'elle n'arrivait pas à interpréter, mais qui ne lui paraissait pas spécialement aimables. Elle se rappelait bien du Thorin joué par Richard Armitage, mais celui là était encore plus beau et... bien plus effrayant.

Elle s'était un peu détendue. Bien que perdue et entourée d'étrangers vraiment… étranges, elle se disait qu'ils finiraientt bien par arriver à une route avec des panneaux indicateurs ou à une ferme où elle pourrait se renseigner. Et la première frayeur passée, elle devait reconnaître qu'ils lui avaient probablement sauvé la vie. Jeux de rôle ou pas, la bête l'aurait certainement bouffée. Elle évita de repenser à ce que « Gandalf » lui avait fait, ça l'aurait obligé en envisager une possibilité qu'elle préférait ne pas explorer pour l'instant.

Elle était sure que « Gandalf » et « Thorin » parlaient d'elle. Elle en aurait mis sa main à couper. Thorin semblait de plus en plus contrarié et lui lançait des regards de plus en plus sombres. Elle se dit que si il avait vraiment le caractère du Thorin décrit dans le livre, elle risquait de payer cher le fait d'avoir croisé leur route.

Bofur avait continué à parler et elle avait écouté d'une oreille distraite quand il lui avait présenté tout le monde, mais elle avait déjà deviné leurs noms d'après ses souvenirs des œuvres de fiction de chez elle. Elle faillit lui dire qu'elle aussi était fan de Tolkien et que leurs costumes étaient vraiment fantastiques, mais quelque chose tout au fond d'elle lui conseilla vivement de la boucler.


-« Vous ne pouvez pas vous permettre de la laisser derrière vous » dit soudain Gandalf en surprenant le regard de Thorin sur la jeune femme.

-« Je vous ai fait confiance pour le Hobbit, et je me demande encore si je n'ai pas eu tort. Il est hors de question que je m'encombre d'une inutile de plus. » Répondit le prince nain d'un ton glacial.

« Franchement », se dit-il, « C'est une quête sérieuse, je ne vais quand même pas trimballer des touristes ! »

-« Vous n'avez pas le choix. » Dit calmement le magicien

-« Et pourquoi ça ? » demanda Thorin d'un ton rogue.

-« Parce que si elle est là, c'est qu'il y a une raison. Si le destin l'a mise sur votre route, c'est qu'elle a un rôle à jouer dans cette histoire, et aussi ténu soit-il, si vous la laissez derrière vous, il se pourrait que votre quête n'aboutisse jamais. »

-« Je vous en pris, Gandalf. Quelle aide pourrait-elle bien nous apporter. Elle n'est même pas capable de retrouver le chemin de chez elle, alors que vu son manque d'équipement elle ne doit pas venir de bien loin. Et puis je ne vais pas embarquer avec nous toutes les personnes que nous croiserons au prétexte que nous les avons croisées. »

-« Non, évidement, mais elle, elle est différente. N'avez-vous jamais entendu parler des « passager du temps » ? »

Thorin leva les yeux au ciel en entendant Gandalf évoquer cette vieille légende. Ce n'était rien d'autre qu'un conte pour enfant.

-« Voyons Gandalf, vous savez bien qu'ils ne sont qu'un conte de bonne femme… »

-« Oh, non, Thorin, détrompez vous. Ce n'est pas fréquent, et toujours à l'occasion d'événements particuliers, mais à chaque fois leur présence à été importante. Certains ont eu un vrai rôle à jouer, mais parfois, il a juste suffit qu'ils soit là. Vous ne pouvez pas la laisser derrière vous. Elle doit nous accompagner, ou je peux vous assurer qu'il n'y aura aucune chance de succès à votre entreprise ».

Thorin ne prendrait pas le risque de voir sa quête échouer, Gandalf le savait. Il l'entendit marmonner et le vit jeter un coup d'œil rapide à la jeune femme qui chevauchait derrière eux.

Lorsque son regard revint se poser sur le magicien, il soupira profondément et dit :

-« D'accord, Gandalf. Mais je vous préviens, il en va d'elle comme pour le Hobbit. Je ne serais pas responsable de son sort et je ne peux garantir sa sécurité. »

Lorsqu'ils s'arrêtèrent pour la nuit, Bofur lui tendis les bras pour l'aider à descendre de cheval. Elle hésita un instant, fronçant les sourcils.

-« Je ne vais pas te manger » lui dit-il en riant.

Elle se demanda vaguement à quel moment il était passé au tutoiement, mais posa ses mains sur ses épaules et le laissa l'attraper par la taille pour l'aider à descendre de cheval. Elle n'était pas bien flambe et dut bien s'avouer que sans son aide, et avec ses jambes encore flageolantes, elle se serait probablement lamentablement vautrée.

Thorin donna des ordres et tous commencèrent à monter le camp pour la nuit. « Putain, la nuit » se dit-elle en levant les yeux vers le soleil qui disparaissait à l'horizon. Elle était partie pour ballade, par pour une randonnée, elle n'avait rien d'autre que ce qu'elle portait sur elle, un vieux jean élimé, un top lacé sur la poitrine (elle le trouvait trop osé pour le porter dans la rue alors elle le mettait pour monter à cheval), et une surchemise en polaire. Elle n'était vraiment pas équipée pour passer une nuit à la belle étoile.

Elle resta un instant plantée là, puis décida qu'elle avait besoin de s'isoler un peu. Elle s'éloigna en direction du petit ruisseau qu'elle entendait gazouiller dans le sous bois, se disant que ça serait une bonne idée de se nettoyer un peu le visage.

Elle était accroupie au bord du ruisseau, lorsqu'elle entendit des pas derrière elle. Elle se releva et se retourna rapidement pour se trouver nez à nez avec le Magicien.

Elle le regarda de travers. Il lui filait un peu la trouille.

-« Savez vous où nous sommes ? » lui demanda-t-il

-« Heu… non, » répondit-elle honnêtement, avec l'espoir qu'il allait le lui dire.

-« Vous êtes en terre du Milieu, plus précisément dans la Comtée ».

Bon, lui aussi il était à fond dans le jeu. Elle tenta quand même sa chance.

-« Oui, ça on me l'a déjà dit cet après-midi, mais en vrai, je suis où ?»

Il eut un petit sourire énigmatique.

-« Et bien, vous êtes beaucoup plus loin de chez vous que ce que vous ne le pensez. »

Elle haussa un sourcil et lui demanda :

-« Vous pouvez préciser ? »

-« Je pense que plusieurs millénaires vous séparent de votre foyer ».

Hein ?

Il la regardait avec un air à la fois indéchiffrable et doux.

« Je ne comprends pas ce que vous voulez dire » soupira-t-elle.

« Vous êtes une « passagère du temps ». Vous venez d'une autre époque ».

Elle jeta un coup d'œil suspicieux à la pipe qu'il tenait entre ces doigts. Elle ne savait pas trop ce qu'il pouvait y avoir dedans, mais ça devait être fort.

Soudain, elle réalisa la situation dans laquelle elle se trouvait : perdue, loin de toute civilisation et elle allait passer la nuit à la belle étoile entourée d'une bande de junkies adeptes de jeu de rôle. Le pied !

Il lui sourit et elle eu la désagréable impression qu'il savait exactement ce qu'elle venait de penser. Elle se raidit un peu, ne voulant pas qu'il entre dans son esprit. Ça aussi il sembla le comprendre.

- « Je suis désolé de vous avoir blessée cet après-midi ».

Elle porta ses doigts à son nez. Minute. Elle ne pouvait pas admettre que c'était vraiment arrivé, parce qu'alors elle serait obligée d'admettre le reste de ce qu'il lui disait. Elle cligna rapidement des yeux.

- « Je sais que c'est difficile à admettre, et qu'en se moment vous cherchez une explication qui vous paraisse rationnelle. Mais, je sais aussi que vous connaissiez l'histoire de Thorin et de sa compagnie. Vous ne devez pas leur en parler, ni même y faire allusion ».

Elle le regarda restant silencieuse un instant, tandis qu'il allumait sa pipe avec le bout de son doigt (Hein ?) puis soudain le temps qu'il avait utilisé dans sa phrase la choqua.

-« Vous savez, j'ai une très bonne mémoire. Je ne pense pas pouvoir oublier cette histoire si vite. »

-« Bien sur que si ! Il en va toujours ainsi avec vous les « passagers du temps », quand vous connaissez l'histoire dans laquelle vous intervenez, en général, au bout de quelques heures passés ici, vous oubliez ».

Elle se senti paniquer.

-« Mais, je ne veux pas oublier mes souvenirs. Je ne veux pas oublier qui je suis, ni d'où je viens ! »

-« Oh, ne vous inquiétez pas, il ne s'agira que de ce que vous avez su sur cette histoire. Le reste de votre esprit restera intact. ».

-« Passagère du temps » ? Il y en a eu d'autres ?

-« Quelques uns… ».

Pendant qu'ils parlaient, le ciel s'était assombrit et quelques étoiles commencèrent à briller. Elle leva les yeux vers elles et ne pus retenir une exclamation de surprise. Les constellations étaient différentes de celles qu'elle aurait dû voir au dessus d'elle à cette saison et en plus, elle vit « la nouvelle lune dans les bras de l'ancienne » se lever au dessus de l'horizon, alors que la veille encore, c'était pleine lune.

Elle en eut le souffle coupé. Là, pour le coup, la théorie du jeu de rôle de ne tenait plus. Alors que restait-il ? Une hallucination particulièrement gratinée ? Un rêve ? Avait-elle été droguée à l'issue de son plein gré et en plein trip ? Elle n'avait aucune idée des effets que pouvait avoir une drogue, elle n'avait même jamais fumé un joint.

Ou se pouvait-il que ce soit vrai, et qu'elle ne soit plus chez elle, mais dans ce monde dont elle avait tant rêvé. Elle avait souvent souhaité pouvoir se joindre à la compagnie de Thorin quand elle était plus jeune et qu'elle lisait le livre. Elle avait rêvé de voir Fontcombe, la Forêt Noire, et même de participer à quelques batailles épiques. C'est facile de le souhaiter quand on est au chaud au fond de son lit, et qu'on n'a qu'à fermer le livre pour retrouver sa vie. Jamais elle n'avait imaginé que ça pourrait arriver en vrai.

Comme quoi, il faut se méfier de ses souhaits. Parfois ils se réalisent…

Gandalf la regardait silencieusement.

- « Qu'est-ce que vous allez faire de moi ? » demanda-t-elle en sentant sa gorge se serrer.

-« Vous allez rester avec la compagnie. »

-« Mais pourquoi ? Vous attendez quoi de moi ?3

-« Je ne sais pas » lui répondit-il.

Super. Finalement, elle se dit qu'oublier était certainement mieux, parce que là, sachant tout se qu'ils allaient subir, elle était pas très sûre d'avoir envie de tenter l'aventure… Enfin, si, jusqu'à Fontcombe. Elle avait toujours rêvé de voir Fontcombe.

-« Pourquoi ne pas me renvoyer chez moi ? » demanda-t-elle avec espoir.

-« Parce que je ne le peux pas et que j'ignore si quelqu'un en terre du milieu en est capable ». Lui répondit-il tristement.

-« Mais, je vais devenir quoi moi, quand tout sera fini… » Puis réalisant qu'elle pourrait ne pas survivre à cette aventure, elle serra les paupières, sentant un désespoir sans fond l'étreindre. Elle sentit perler des larmes entre ses cils et une boule douloureuse se forma dans sa gorge. Elle avait envie de hurler, mais ne voulait pas attirer l'attention des autres sur elle. Elle n'avait pas encore confiance en eux et préférait garder sa douleur pour elle.

Serrant les mâchoires, elle s'accroupit à nouveau au bord du ruisseau et s'éclaboussa le visage d'eau froide. Lorsqu'elle se releva et se retourna, Gandalf était parti. Elle était seule dans le noir. Elle regagna tristement le camp.

Elle alla vérifier que Bali allait bien, pour lui ça avait l'air d'aller. Comme il était le plus grand des poneys il faisait le fier. Après l'avoir caressé et posé un instant son front sur son encolure chaude et douce, elle retourna s'asseoir devant le feu, les genoux dans les bras. Se disant qu'a cette heure ci, chez elle, elle aurait probablement été en train de discuter avec ses amis sur Facebook. Elle se rappela que la veille elle y avait vu un image humoristique qui disait « C'est tellement le bordel dans ma vie en se moment que je suis sur que mon ange gardien boit ». Elle se dit que le sien, depuis ce matin là, il se contentait plus de la picole. Il était passé à quelque chose de beaucoup, beaucoup plus fort… Elle commença à rire.

Elle fut prise d'un fou rire. Elle riait tellement qu'elle roula au sol en pleurant de rire sous les regards médusés de ces compagnons.

Elle se calma aussi vite que le fou rire avait commencé. Elle était couchée sur le dos, le nez dans les étoiles inconnues et son esprit lui sembla vide. Après les événements de la journée, c'était très reposant. Elle ne se rendit même pas compte qu'elle s'était endormie.

Thorin l'avait regardé avec une certaine inquiétude quand elle s'était mise à rire toute seule. Il s'était demandé se qu'il pourrait bien faire d'elle si elle perdait l'esprit. Il n'était déjà pas très enthousiaste à l'idée d'emmener une femme avec eux, mais une femme à l'esprit dérangée…

Il fut soulagé lorsqu'il vit qu'elle se calmait. Puis il réalisa qu'au fond de lui, elle lui faisait un peu pitié. Elle était perdue, loin de chez elle, et lui plus que tout autre savait combien il est douloureux de perdre son foyer. Lorsqu'elle se fut endormie, il se surprit à aller lui-même chercher une couverture dans les bagages pour la couvrir.

Il ne manquerait plus qu'elle tombe malade.