Merci à Aliena Wyvern, Axire, Darkkline, Laura en Eryn et NanaEllie pour leurs commentaires et observations.

Merci également à tous ceux qui lisent cette histoire sans laisser de traces de leur passage, mais surtout n'hésitez pas à vous exprimer...

Bonne lecture à tous.


Après de quelques jours, elle s'était bien intégrée dans la compagnie. Elle y avait en quelque sorte trouvée sa place.

Elle avait toujours eu une capacité quasi surnaturelle à s'intégrer, que ce soit dans son travail ou dans sa vie personnelle. Elle « souffrait » d'une empathie exceptionnelle qui lui permettait de savoir instinctivement ce qu'on attendait d'elle, mais la condamnait également à ressentir avec une intensité douloureuse les sentiments négatifs des autres.

Elle avait vite compris qu'ils n'étaient pas un danger pour elle. Même Dwalin, qui continuait à lui ficher un peu la trouille, elle sentait que si besoin, elle pourrait compter sur lui. Elle n'en demandait pas plus.

Il n'y avait qu'avec Thorin que les choses ne s'étaient pas arrangées. Elle savait que quoi qu'elle fasse, il ne serait jamais satisfait. Il lui reprochait d'exister, et il n'y avait rien qu'elle puisse faire pour ça. Il ne lui adressait la parole que pour lui aboyer des ordres et, lorsqu'il le faisait, c'était avec un tel dédain qu'elle avait l'impression qu'il la plaçait entre le ver de terre et la limace dans la chaîne alimentaire.

Et puis, il y avait aussi Nori. Lui, elle ne le sentait pas du tout. Même si il était plutôt sympa avec elle, elle n'arrivait pas à lui faire confiance. Il était arrivé une fois ou deux qu'ils se retrouvent un peu à l'écart du groupe tous les deux et même si objectivement son attitude avait été irréprochable, tout les signaux d'alerte s'étaient déclanchés dans son esprit. Et elle avait appris depuis longtemps à en tenir compte.

Elle n'aimait pas la façon qu'il avait de la regarder quand il pensait qu'elle ne le voyait pas. Elle lui trouvait un regard sournois, il lui faisait penser à une araignée guettant sa proie. Elle avait beau essayer de se raisonner, elle ne pouvait s'empêcher d'être méfiante envers lui.

La journée, elle chevauchait prés de Fili et Kili. Elle aimait bien les deux jeunes nains. Ils étaient espiègles et légèrement moqueurs, mais toujours gentils. Elle avait encore du mal à croire que ces deux là soient de la même famille que l'animal à sang froid qui leur servait d'oncle.

L'oncle en question chevauchait en tête avec Gandalf, et c'est aussi pour cette raison qu'elle avait choisi cette place dans la file. Loin derrière lui. Lorsqu'il la regardait, elle ressentait tout son dédain et ça la blessait. Elle préférait donc éviter autant que possible sa compagnie.

Lorsqu'ils s'arrêtaient pour la nuit, une certaine routine s'était installée. Elle allait ramasser du bois pour le feu et chercher de l'eau, pendant que les nains montaient le camp, puis elle retrouvait Bofur, Bifur et Bombur pour le repas. Bombur ne parlait pas beaucoup et elle ne comprenait rien de ce que racontait Bifur, mais elle aimait bien Bofur. Il parlait pour trois et il la faisait rire, lui permettant d'oublier un instant la fatigue des journées de cheval et la nostalgie qui s'emparait parfois d'elle à la tombée de la nuit. Elle se sentait bien avec eux. Ensuite, elle allait faire la vaisselle et quand elle revenait, elle se trouvait un coin pour dormir.

Ce soir là, lorsqu'elle revint après avoir fait la vaisselle, tout le monde dormait. Il faut dire que faire la vaisselle pour 16 personnes dans l'eau froide d'un ruisseau prend un temps certain. Après avoir tout empaqueté pour le départ du lendemain, elle retourna vers le feu pour se coucher.

Elle entendit un grognement suivi d'un juron. Cherchant d'où venait le bruit, elle aperçut Dwalin, un peu à l'écart. Elle se dit qu'il devait être de garde. Il avait les mains levées au niveau de son visage et de là où elle était, elle ne comprenait pas bien ce qu'il faisait. Bien qu'elle le craigne encore un peu, la curiosité fut la plus forte et elle s'approcha.

Il était tellement occupé qu'il ne la remarqua même pas. En fait, elle se dit qu'elle aurait tout aussi bien pu faire la danse du ventre à poil sans qu'il ne la remarque tant il était concentré. Elle sourit en comprenant qu'il essayait d'enfiler un fil dans le chas d'une aiguille. Vu la taille de ses doigts, c'était perdu d'avance. Elle hésita un instant, mais la pitié l'emporta.

Dwalin sursauta et grogna lorsque deux petites mains lui prirent des doigts son fil et son aiguille. Il leva les yeux et vit Ofélia qui lui sourit gentiment en lui disant :

-« Vos mains ne sont pas faites pour les travaux d'aiguilles. Laissez-moi faire. »

Tout en parlant, elle avait enfilé le fil avec dextérité, puis le regardant à nouveau lui demanda :

-« Qu'est-ce que vous voulez coudre ? ».

-« Un bouton. »

-« Je peux le faire pour vous si vous voulez, ça ne me prendra qu'un instant » reprit-elle.

Il la regarda hésitant un instant, puis décida qu'elle était probablement plus douée que lui pour ce genre de chose. Avec ses grandes mains malhabiles, il en aurait pour des heures.

-« Alors, il est où ce bouton ? » demanda-t-elle

Il lui montra le bouton de la ceinture de son pantalon qui ne tenait plus que par un fil.

Elle lui demanda de se lever avant de s'agenouiller devant lui, pour être à porté de son ouvrage, et de glisser une main sous sa ceinture.

Elle le sentit se raidir.

-« Je suis désolée, mes mains sont froides. »

Il grogna quelque chose qu'elle ne compris pas. Elle ne vit pas le regard vaguement inquiet qu'il coula vers ses compagnons endormis en rougissant.

Effectivement il ne fallu à Ofélia que quelques minutes pour mener sa tâche à bien. Lorsqu'elle eu fini, elle voulu couper le fil avec ses dents, comme elle le faisait quand elle n'avait pas de ciseaux. Elle sursauta violemment en entendant des hurlements derrière elle.

Elle se retourna, le fil encore entre les lèvres et vit le Hobbit, passablement agité qui criait :

-« Non, mais ça va pas, vous pouvez pas faire ça ici, c'est indécent… »

Elle souleva un sourcil, ne comprenant pas en quoi il était indécent de recoudre un bouton, puis d'un coup, elle réalisa dans quelle position elle se trouvait. Elle leva les yeux vers Dwalin qui avait pris une belle couleur écarlate. A priori, lui avait compris bien avant elle. Elle dut se mordre les joues pour ne pas éclater de rire, et décida de s'amuser un peu.

Toujours sous les hurlements du Hobbit, elle acheva de couper le fil, puis se retourna, mettant autant de colère que possible dans son regard et dans sa voix elle lui dit :

-« Non, mais ça va pas de hurler comme ça ! Heureusement que j'avais fini, j'aurais pu le piquer ! »

Bilbon arrêta brusquement de hurler. Mais, le mal était fait, ses cris d'orfraie avaient réveillé tout le monde et elle se retrouva sous le feu de leurs regards stupéfaits.

-« Le piquer ?! Mais, mais… mais vous faisiez quoi ? » Demanda le Hobbit.

-« De la couture. J'étais en train de recoudre le bouton de la ceinture du pantalon de Dwalin. Qu'est ce que vous vouliez que je fasse d'autre ? »

Il rougit et elle eut le plus grand mal à garder son air innocent.

-« Je… j'ai crus… que, et bien, vous… a genoux devant… devant… de Dwalin, enfin vous savez quoi ! »

-« Non, je suis désolée, je ne comprend pas. » Insista-t-elle.

- « Au mon dieu » reprit-il « Oui, évidemment, vous ne pouvez pas comprendre… je suis désolé.. ».

Elle s'amusait beaucoup de le voir aussi mal à l'aise. Mais elle n'avait pas envisagé que la situation pourrait ce retourner contre elle.

Elle ne le réalisa que lorsqu'une voix forte déclara :

-« Remettez-vous, Maître Saquet. La demoiselle a parfaitement compris à quoi vous faites allusion. Elle s'amuse à vos dépends. »

Stupéfaite, elle se tourna vers Thorin. Elle se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux, et se mordit la lèvre. Pas tellement parce qu'elle venait de se faire prendre en flagrant délit de taquinage de Hobbit, mais à cause du sous-entendus qu'il avait mis derrière les mots, et de la lueur moqueuse au fond de son regard.

Vu les ricanements qu'elle entendait dans l'assemblée et les regards choqués que certains lui jetaient, elle n'était pas la seule à l'avoir compris le sous-entendu,

Pour le coup, elle comprit ce que Bilbon avait ressentit pendant qu'elle le taquinait.

Elle jeta un regard plein de ressentiment à Thorin. Il lui sembla qu'il riait lui aussi. Essayant de rassembler toute sa dignité, elle regagna le feu de camp. Lorsqu'elle croisa le regard de Fili et Kili, elle compris qu'elle n'avais pas fini d'entendre parler de cette histoire. Elle s'enroula dans sa couverture pour se soustraire à leurs regards.

Derrière elle, elle entendit Ori demander à Bilbon ce qu'il pensait qu'elle était en train de faire et de nouveaux éclats de rires.

Elle ne vit pas le regard que Thorin posa sur elle. Ce n'était pas un regard de dédains cette fois, mais plutôt un regard curieux. Il avait aimé la lueur de colère qui avait illuminé les yeux de la jeune femme lorsqu'il l'avait confondue.

Elle ne vit pas non plus le regard de Nori, sinon elle se serait méfiée encore plus.

Le lendemain, elle fit profil bas. Évidement elle eut à subir les moqueries de Fili et Kili, mais, comme son ex-copain avait l'esprit mal tourné et qu'elle avait l'habitude de ce genre de plaisanteries douteuses, elle rougissait moins facilement que Dwalin. Ils n'avaient pas tardé à reporter leur attention sur ce dernier.

Elle devait bien avouer que voir ce grand nain à l'air sauvage, rougir comme un gamin devant les remarques graveleuses des deux frères était très drôle, même si elle ne pouvait s'empêcher d'avoir un peu pitié.

Lorsque durant le repas de midi, Kili lui demanda, alors qu'elle était en train de boire, si ce genre de pratique était courante chez elle, elle faillit s'étouffer. Lorsqu'elle eu fini de tousser et de cracher, elle se retourna vers eux, avec colère pour leur dire qu'elle ne répondrait pas à ce genre de question. Elle entendit Kili dire quelque chose à son frère. Bien qu'elle n'ait pas compris ce qu'il disait, leurs gloussements et leurs rires le laissaient bien deviner.

Elle ferma les yeux en se disant que décidément cette histoire commençait à la gonfler. Ça lui apprendrait à vouloir faire des blagues douteuses.

Cet après-midi là, elle traîna loin derrière les autres. Elle était fatiguée de leurs moqueries et espérait que les deux frères se lasseraient vite.

Lorsqu'ils s'arrêtèrent pour la nuit, elle décida que ce qui était fait était fait. Elle ignora les regards entendus, les sourires des nains et les remarques de Fili et Kili, et fit comme si de rien n'était, s'occupant de ses corvées.

Elle ne remarquât pas le regard de convoitise que Nori lui lançait. Depuis l'incident avec Dwalin, il s'était dit qu'elle semblait être plutôt expérimentée et décomplexée sur le sujet. De là à penser qu'elle était une fille facile, il n'y avait qu'un pas, qu'il franchit allégrement.

Ce soir là, lorsqu'elle s'éloigna pour aller chercher de l'eau, il quitta discrètement ses compagnons et la suivit. Il resta tapis un moment dans le sous-bois, l'observant.

Elle était au bord du petit cours d'eau prés duquel ils avaient installé le camp, en train de remplir les seaux avec l'eau nécessaire pour préparer le dîner lorsqu'elle entendit quelqu'un sortir des sous bois.

Elle se releva vivement et vit Nori. Il s'approcha d'elle avec un petit sourire qu'elle n'aimât pas du tout.

Elle s'efforça de rester impassible, mais dans son esprit elle voyait un grand panneau clignotant en rouge « Attention Danger – Alerte rouge ».

-« Nori » dit-elle « Que faites-vous là ? »

Son sourire s'élargit encore plus :

-« Je me suis dit que vous apprécieriez un peu de compagnie. »

Il s'était encore rapproché et il posa sa main sur son bras, le caressant du coude à l'épaule. Elle resta sans voix, mais se décala légèrement pour mettre fin à ce contact et éviter de se trouver coincée entre lui et la rivière.

Elle avait compris ce qu'il avait derrière la tête à l'instant même où elle avait vu son regard. Elle cherchait un moyen de se sortir de cette situation sans l'envenimer, mais elle ne voyait pas trop. Crier ? Il ne lui avait (encore) rien fait et elle n'était pas sure d'avoir envie que les autres nains se joignent à lui.

Il se rapprocha à nouveau. Il fallait vraiment qu'elle désamorce cette situation. Elle se dit que la patience serait probablement une mauvaise idée, il pourrait prendre ça pour un encouragement.

Lorsqu'il posa à nouveau sa main sur son bras, elle lui ordonna d'un ton cassant :

-« Enlevez votre main de là. »

-« Pourquoi ? Je ne veux pas vous faire de mal… au contraire… Et puis vous devriez être gentille si vous ne voulez pas que nous laissions seule. »

Il se rapprocha encore un peu. Elle recula et senti le tronc d'un arbre derrière elle. Un éclair de panique la traversa quand elle réalisa qu'elle était coincée entre l'arbre et lui. Elle n'avait jamais eu à gérer ce genre de situation avant, mais elle savait que ça pouvait dégénérer très vite.

Lorsqu'il posa son autre main sur son autre épaule, elle lui donna une tape sur la main en disant :

-« J'ai dis : bas les pattes. J'ai signé un contrat avec Thorin, pas avec vous. Et il ne me semble pas y avoir lu que je devais être « gentille » avec qui que se soit. ».

La prise de Nori se fit plus ferme sur ses bras et son ton changea lorsqu'il dit :

-« Allez, arrête de faire ta mijaurée… Je suis sur que tu vas adorer ».

Là, ça partait mal... Elle réfléchissait furieusement. Il pris son instant de silence pour une invitation et avança son visage du sien pour tenter de l'embrasser. A cet instant, elle vit rouge. Au diable la diplomatie. Elle lui balança un grand coup de tête dans le nez en même temps qu'un coup de genou entre les jambes.

Il cria en se pliant en deux, elle le repoussa à deux mains et il tomba en arrière.

Se disant qu'il fallait en profiter pour enfoncer le clou, elle s'approcha de lui et se pencha pour lui dire d'un ton qu'elle espérait menaçant :

-« La prochaine fois, je ne serais pas aussi gentille… »

Il releva les yeux et la regarda stupéfait. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle se rebiffe. Il comprit qu'elle n'était pas intéressée et que même par la force, il ne l'aurait pas. Elle n'était pas aussi vulnérable que ce qu'il pensait.

Elle vit la surprise passer dans les yeux du nains et décida qu'il valait mieux en rester là pour ne pas être contre productive.

Essayant de paraître aussi assurée que possible, elle retourna ramasser ses seaux, pendant qu'il se tordait de douleur sur le sol et regagna le camp.

Elle poussa un soupir de soulagement en rejoignant les autres. Lorsqu'elle tandis les seaux à Bombur qui préparait le repas, Bofur remarqua que ses mains tremblaient. Lorsqu'il lui passa le bras sur les épaules, pour la réconforter, comme il le faisait parfois quand il la sentait malheureuse, elle eut un violent mouvement de recul et pâlit.

Il retira vivement son bras et leva les mains en signe d'apaisement.

-« Qu'est-ce qui t'arrive ? Il s'est passé quelque chose dans les bois ? »

-« heu, je… »

Sa phrase resta en suspens quand elle vit Nori sortir discrètement du bois. Le regard de Bofur passa du visage de la jeune femme, qui avait pris une couleur de cendre, à Nori. Soudain un éclair de colère passa sur son visage lorsqu'il compris ce qui était arrivé.

-« Je vais le… » Dit-il en se retournant

Elle le rattrapa par le bras.

-« Laisse tomber. » chuchota-t-elle.

Mais lorsqu'il lui proposa de s'occuper de la vaisselle ce soir là, elle lui en fut reconnaissante. Et le fut encore plus quand elle le vit s'installer non loin d'elle quand elle alla se coucher.

Elle eut un peu de mal à s'endormir. Le comportement de Nori avait réveillé sa méfiance. Elle se demanda si elle avait pu faire quelque chose qui lui aurait laissé penser qu'elle était « open ».

Elle ne pensait jamais que ses actions ou ses paroles pouvaient être mal interprétées. Ce n'était pas qu'elle soit une « oie blanche », c'était juste qu'elle n'y pensait pas.

Elle réalisa alors qu'elle était la seule femme du groupe, que la plupart de ces nains étaient dans la force de l'âge et ne devais pas avoir connu de femme depuis longtemps. Elle savait qu'elle était vache, que ce n'était pas parce que Nori n'était pas capable de la garder dans son pantalon que les autres était par forcément comme lui. Mais elle pris conscience également que sa tenue et son comportement, qui était considéré comme plutôt sage chez elle, pouvait être interprété autrement ici.

Elle ne dormit que d'un œil cette nuit là.