Comme toujours, un grand merci à celles qui ont laissé un petit commentaire. Ça fait toujours chaud au cœur : Laurne, Sara, Manelor, Aliena wyvern, Darkkline, MonaYsa et sacrok (Mea culpa, Sacrok pour cet oubli inacceptable !).
La publication de cette histoire devrait nous emmener jusqu'au alentour d'Halloween. J'espère que ça ne vous découragera pas de la suivre jusqu'à la fin.
Merci à Axire qui se dévoue pour relire les chapitres avant leur publication pour éviter qu'il n'y ait trop de fautes.
Thorin se précipita vers la table de cristal, saisit la jeune femme par les genoux et la fit basculer contre lui avant de l'éloigner de la pierre.
Elle était glacée. Il quitta son manteau pour l'envelopper dedans. Elle se laissa faire sans réaction. Ses yeux étaient ouverts, mais elle ne semblait pas le voir.
-« Ofélia » appela-t-il doucement en lui caressant les cheveux. Il n'obtint aucune réaction. « Ofélia, » répéta-t-il plantant ses yeux dans ceux de la jeune femme « Revenez ! »
Cette fois, une larme scintillante perla au coin de l'œil d'Ofélia et roula sur sa joue.
-« Que lui avait vous fait ? » Rugit-il, se tournant vers Elrond et Gandalf.
Ils ne répondirent pas. C'était la première fois qu'Elrond utilisait la pierre pour « lire » sur un être vivant, et il ne savait pas quelles pouvaient en être les conséquences.
Thorin, pris la main de la jeune femme dans la sienne. Elle était glacée. Malgré la douceur du soir et la chaleur de son épais manteau, elle ne se réchauffait pas.
Il remarqua que ses paupières se fermaient, que ses lèvres étaient mauves et que ses joues avaient une couleur de cendre, même le contour de la cicatrice qui se formait sur sa joue était blanc, comme si tout son sang avait quitté son visage.
Il avait parfois vu des gens souffrant d'hypothermie sévère dans les montagnes bleues, et il savait que c'était ce qui lui arrivait, même s'il ne comprenait pas comment elle pouvait être en hypothermie par un doux soir d'été. Il savait ce qu'il fallait faire. Et il n'y avait pas une minute à perdre. La prenant dans ses bras, il se dirigea vers l'escalier.
-« Si elle meurt, je vous en tiendrais pour responsable. » dit-il à Elrond d'une voix grondante, avant de monter les marches quatre à quatre.
Arrivé dans la chambre de la jeune femme, il ouvrit à la volée la porte de la salle de bain, jeta le manteau sur le sol avant de se jeter dans le bassin, la tenant toujours dans ses bras. Il l'allongea dans l'eau chaude, une main glissée sous sa nuque pour lui tenir la tête hors de l'eau.
Même dans l'eau chaude, il avait l'impression de tenir une statue de glace. Il lui sembla même que l'eau se rafraîchissait autour d'elle. Il se senti frissonner lui-même, mais ne renonça pas.
-« Reviens, Ofélia. » murmura-t-il doucement à son oreille. « Reviens nous… Reviens-moi. ».
Le souvenir du corps souple et chaud qu'il avait caressé quelques jours plus tôt dans le jardin lui fut douloureux. Il la serra contre son torse, sifflant légèrement à la morsure du froid qui se dégageait du corps de la jeune femme.
Pendant ce temps, Elrond et Gandalf essayaient de comprendre ce qui c'était produit. Elrond était soucieux.
Ils renvoyèrent le Hobbit et Balin.
-« Qu'est-ce que cela signifie ? » demanda Gandalf, « Ça n'a pas de sens ! »
Elrond était plongé dans ses pensées. Lui non plus ne comprenait pas. Il n'y avait aucun message sur le corps de la jeune femme, juste, par ci, par là des suites de lettres sans signification.
Mais ce qui le troublait le plus, c'était les mots qu'elle avait prononcés. Qu'avait-elle voulu dire en disant qu' « Il » lui voulait du mal ? Le cristal ne pouvait pas être maléfique. Il n'y avait rien de maléfique à Fondcombe. Est-ce que quelque chose avait pu en prendre possession, ponctuellement ? Si c'était le cas, cette chose était assez maligne pour les pousser à exposer Ofélia et semblait lui en vouloir à elle personnellement…
Ofélia se sentait bien. Elle était assise sous un grand chêne et regardait Bali et Toundra galoper dans la prairie. Prés d'elle, son berger allemand était allongé, la regardant avec des yeux pleins d'adoration, comme lorsqu'il était vivant.
« Comme lorsqu'il était vivant » répéta une petite voix dans son esprit. Elle prit alors conscience que tout ceci ne pouvait pas être réel.
A cet instant, le paysage se brisa comme un miroir et elle fut enveloppée par les ténèbres. Elle ressentit le froid. Un froid mortel qui lui mordait le cœur, cherchant à l'empêcher de battre.
-« Va-t'en » gronda une voix minérale, dans l'ombre. « Va-t'en, Thorin m'appartient ! Tu ne me le prendras pas. »
Elle eut peur. Non, en fait, elle était complètement terrifiée. Elle était seule, l'obscurité était totale, elle ne voyait rien, elle ne voyait même pas sa main quand elle la levait devant son visage.
-« Je sais qui tu es, » reprit la voix minérale et elle aperçut un éclat de lumière aux couleurs changeantes dans le lointain. « Je sais pourquoi tu es là ! Mais tu ne me le prendras pas ! Il m'appartient, comme m'ont appartenu son père et son grand-père avant lui ! »
Elle avait du mal à se concentrer tellement elle avait peur… et froid aussi, tellement froid. Il lui semblait que plus jamais elle n'aurait chaud. Elle sentait qu'elle s'affaiblissait de seconde en seconde. Bientôt, elle n'aurait même plus la force de tenir sa tête.
-« Tu ne dureras plus longtemps ! » ricana la voix « Le cristal était affamé, il a beaucoup puisé en toi… »
Elle fronça les sourcils, clignant des yeux dans le noir. Alors, c'est comme ça qu'elle allait disparaître ? Bouffée par un caillou ?
Elle eut un sursaut de rage et serra les dents. Il fallait qu'elle sorte de là, mais tout ce qu'elle put faire fut de lutter contre l'évanouissement qui la guettait. Avec un rire qui ressemblait à une avalanche de gravillons la voix s'éloigna, ainsi que la lumière.
Il lui sembla entendre quelqu'un prononcer son nom. Elle essaya de se concentrer sur cette voix. Elle fini par reconnaître la voix de Thorin. Son cœur fit un bond et commença à battre plus fort. Elle se mit à ramper dans le noir et essaya de se diriger vers le nain. Elle voulait se rapprocher, entendre sa voix une dernière fois…
« Ofélia, reviens ! » disait-il. Son cœur battit encore un peu plus fort. Elle sourit faiblement, même ici il fallait qu'il lui donne des ordres. Le son de sa voix lui rappela le contact de ses mains sur sa peau lorsqu'il l'avait caressée dans le jardin quelques jours plus tôt, la chaleur de ses lèvres sur les siennes, et, même ici, dans le noir, malgré la peur et le froid, ce souvenir fit brûler son corps.
A cet instant plusieurs choses se produisirent simultanément. Une vague de chaleur explosa dans poitrine, elle hurla de douleur quand elle senti son cœur se dilater et recommencer à battre normalement. Elle entendit la voix de pierre hurler de rage alors qu'une lumière aveuglante l'enveloppait. Elle senti des rubans de glace s'enrouler autour de ses chevilles pour la retenir, mais ils n'y parvinrent pas.
Elle se réveilla en hurlant. Elle s'accrocha à Thorin, cherchant sa chaleur et fondit en larme en disant :
-« Thorin, la pierre… Ne la laisse pas me faire du mal… Ne la laisse pas m'emmener à nouveau. Promet moi ! Promet moi que tu ne la laisseras pas me faire du mal. »
Il la serra dans ses bras en murmurant à son oreille…
-« C'est fini, Ofélia. C'est fini. Tout vas bien maintenant ».
-« Promet-moi Thorin ! Promet-le moi ! » Sanglota-t-elle de plus belle.
Alors, il promit. Sans trop savoir ce qu'elle voulait dire, mais pour la réconforter il aurait promis n'importe quoi.
-« Je te jure, Ofélia, Je te jure que je ne laisserais aucune pierre te faire du mal. »
Elle s'évanouit dans ses bras, mais il sentait la chaleur regagner du terrain dans son corps. Ses lèvres perdaient leur teinte bleue et un peu de sang commençait à réinvestir ses joues.
Il la sorti du bain et l'enroula dans une serviette avant de l'emmener jusqu'au lit. Il la glissa dans les draps avant de se déshabiller et de s'y glisser à son tour. Il avait peur qu'elle n'ait à nouveau froid et la chaleur humaine était le meilleur remède qu'il connaissait pour l'hypothermie.
Il la serra dans ses bras en remerciant les dieux de l'avoir ramenée.
Il resta avec elle toute la nuit. Ne voulant pas prendre le risque qu'elle replonge, surveillant attentivement son visage. Ses yeux étaient clos et elle était encore pâle, mais il était clair que le moment critique était derrière eux.
Au bout de quelques heures, sentant son corps se réchauffer au contact du sien et sa respiration devenir régulière, il fini par s'assoupir à son tour.
Il avait prévu de partir le lendemain à l'aube, mais il changea d'avis. Il était hors de question qu'il lui impose un départ après ce qu'elle venait de vivre.
Il ne s'inquiéta même pas de savoir quels étaient les mots qu'Elrond avait voulu lire au péril de la vie de la jeune femme.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux le lendemain elle se sentait vaseuse. Comme si elle avait pris froid.
Froid. Un sentiment de panique s'empara d'elle et elle se redressa vivement dans le lit. Elle se figea en entendant un grognement à côté d'elle.
Elle tourna doucement la tête vers l'oreiller voisin, vaguement inquiète. Lorsqu'elle vit les longs cheveux noirs striés d'argent de celui qui dormait à coté d'elle, la tête enfoncée dans l'oreiller, son souffle lui fit défaut.
Merde ! Qu'est-ce qu'elle avait encore fait ? Elle essaya de se rappeler ce qu'elle avait bu la veille, mais ne se rappela de rien de spécial. Elle se rappela du dîner, et qu'ils avaient été lire la carte à la lueur de la lune. Elle se rappela les volutes de lumière sur son corps, du froid quand Elrond l'avait posé sur le cristal et d'avoir perdu connaissance… mais après, c'était flou.
Lorsqu'elle voulu fouiller plus avant dans sa mémoire, le premier souvenir qui lui revint fut celui de la terreur. Une terreur telle qu'elle renonça. Finalement, elle n'avait pas envie de se rappeler.
Réalisant qu'elle était quasi nue, elle se glissa hors du lit pour attraper quelque chose pour se couvrir avant qu'il ne se réveille. Bon d'accord, c'était parfaitement ridicule, puisque c'était probablement lui qui l'avait déshabillée, mais bon…
Lorsqu'elle se fut habillée, elle s'assit sur une chaise et le regarda dormir. Il était sur le ventre, la tête tournée sur le côté. Ses longs cheveux étalés sur son dos. Il avait l'air détendu et paisible et semblait tellement plus jeune.
Elle remarqua d'abord un froncement de sourcil. Puis, il grogna quelque chose avant de commencer à ouvrir les yeux. Le temps qu'il soit complètement réveillé, il avait repris son attitude habituelle.
Il fronça un peu plus les sourcils en voyant qu'elle le regardait et elle dut combattre férocement le sourire qui voulait se former sur ses lèvres.
Il se redressa. Il était torse nu, elle détourna les yeux. Pas que le spectacle soit désagréable ou qu'elle soit particulièrement gênée, mais parce que cette vision lui donnait une furieuse envie de retourner sous les draps avec lui.
-« Ofélia » appela-t-il doucement. Le ton de sa voix lui rappela quelque chose, un endroit sombre et froid…
Elle tourna les yeux vers lui et se força à sourire.
-« Est-ce que ça va ? » demanda-t-il
-« Oui, Thorin, je vais bien… » Dit-elle « Et ce n'est pas un mensonge » ajouta-t-elle dans un sourire « même si j'ai un peu l'impression qu'il manque des morceaux dans ma mémoire. »
Il sourit légèrement, puis repris, plus sérieux :
-« Qu'avez-vous voulu dire en disant que « la pierre voulait vous prendre. » »
Le souffle d'Ofélia se glaça dans ses poumons. Elle détourna les yeux en disant :
-« Je ne veux pas en parler. »
Thorin fronça les sourcils. Il allait exiger qu'elle lui explique lorsqu'il remarqua la terreur qui avait envahit le visage de la jeune femme. La même terreur que la veille lorsqu'elle était sur le cristal.
Il hocha la tête en pinçant les lèvres, mais n'insista pas.
Elrond et Gandalf reçurent la même réponse lorsqu'ils la pressèrent de question. Lorsqu'elle demanda si au moins, ils avaient appris des choses intéressante, Gandalf se racla la gorge et Elrond eut le bon goût de paraître embarrassé en expliquant que finalement il n'y avait rien.
Thorin décida qu'ils repartiraient le lendemain à l'aube. Dés la fin du déjeuner, Ofélia rejoignit sa chambre. Elle était fatiguée et voulait profiter du confort de son lit pour prendre un peu de sommeil d'avance. Et puis, elle avait besoin de réfléchir.
Elle s'allongea sur son lit et essaya de se rappeler de ce qui c'était passé. Même si elle les avait tous envoyé à la pêche quand ils l'avaient questionnée, elle savait qu'elle n'avait pas le choix. Elle savait que ce qu'elle avait vécu quand elle était… morte, ou quasiment, était important. Si eux n'avaient rien apprit, elle si, il fallait juste qu'elle s'en rappelle.
Alors, elle commença par se rappeler la soirée (facile), puis l'esplanade avec la table de cristal et comment elle avait vu les lignes apparaître sur sa main quand elle l'avait touchée…. De là, elle replongea dans son cauchemar.
Elle garda les yeux grands ouverts pour ne pas laisser la terreur l'envahir. Il fallait qu'elle garde les idées claires.
Elle se rappela le froid, la voix minérale et la lueur changeante dans l'obscurité. Elle tenta de se concentrer pour se rappeler les mots qu'elle avait entendus, même si elle n'en comprenait pas le sens pour l'instant, elle savait qu'elle comprendrait le moment venu.
Elle ricana quand la pensée qu'elle était en compétition avec une pierre pour le cœur de Thorin se forma dans son esprit…. Minute, depuis quand c'était son cœur qui l'intéressait ?
Déjà quand elle ne ressentait que du désir charnel pour lui, c'était compliqué, mais si, en plus, elle était en train de tomber amoureuse, ça allait devenir « mission impossible », lorsqu'elle commença à penser « Cette mission si vous l'acceptez, consiste à sauver un nain d'une pierre maléfique… » Elle pouffa. Décidément, son esprit avait des mécanismes de défense un peu spéciaux et elle allait trop au cinéma !
Mais bon, sérieusement, elle était censée s'y prendre comment pour protéger un nain, qui avait pour seule ambition de reconquérir une montagne et de s'enfoncer profondément dans son cœur, d'une pierre qui, autant qu'elle le savait pouvait y être dissimulée ?
Elle replongea dans ses souvenirs terrifiants de la nuit. Il fallait qu'elle se rappelle de tout et qu'elle réfléchisse ce qui s'était passé. Elle était sûre qu'une partie de la raison de sa présence lui avait été révélée cette nuit.
Soudain, elle eut comme une révélation. La pierre avait peur. Elle avait peur d'elle et c'est pour cette raison qu'elle avait voulu l'éliminer. Elle ne savait pas exactement ce que cette saloperie de caillou craignait, mais elle était sûre que ça avait quelque chose à voir avec Thorin et avec la montagne qu'il voulait à tout prix reconquérir. Elle commença à se dire que le dragon n'était pas le pire danger qu'elle aurait à affronter lorsqu'ils y arriveraient.
Epuisée par les évènements de la veille et par les efforts qu'elle avait fourni pour forcer sa mémoire à retrouver ses affreux souvenirs, elle finit par s'endormir sans même s'en rendre compte.
Elle passa sa dernière journée à Fondcombe profondément endormie.
