Encore une fois Thorin fulminait contre Ofélia. Elle le faisait sortir de ses gonds à chaque conversation et chaque fois ça finissait en dispute. Pourquoi ne pouvait-elle pas rester à sa place. Le rôle d'une épouse était d'obéir aux ordres de son mari et il doutait qu'elle soit un jour capable de lui obéir sans discuter. Quand il aurait repris la montagne et fait d'elle sa reine, il faudrait bien qu'elle s'adoucisse un peu. Mais pour ça, il fallait reprendre la montagne, et pour ça, il leur fallait des armes.

Les nains étaient tapis dans l'ombre derrière l'armurerie et attendaient le bon moment pour y pénétrer. Thorin mit de côté ses réflexions concernant son futur avec la jeune femme et se concentra sur son problème actuel.

Ofélia se retrouva donc seule avec les enfants de Bard. Elle s'inquiétait pour ses compagnons. Elle savait qu'ils suivraient Thorin aveuglément quelle que soit la situation dans laquelle il les conduirait. Elle s'inquiétait particulièrement pour Kili, elle avait bien vu qu'il paraissait particulièrement mal en point, malgré les efforts qu'il faisait pour le cacher.

Elle trouvait d'ailleurs étrange que sa blessure à la cuisse s'envenime à ce point. Elle était profonde, mais aucun organe vital n'était touché et Oïn l'avait soigneusement nettoyée pour éviter une infection. Est-ce que la pointe de la flèche pouvait avoir été empoisonnée ?

Pour se distraire de ses pensées lugubres, elle aida Sigrid à faire un peu de ménage. Mais elle avait le cœur lourd, et même s'occuper les mains ne lui permettait pas de faire taire ses réflexions.

Elle n'était plus vraiment sûre d'avoir envie de continuer à suivre les nains. Après tout, ils avaient atteint leur but. Ils étaient presque arrivés à la montagne, et franchement, elle ne voyait pas en quoi elle pourrait les aider à combattre un dragon. Quel qu'est été son rôle auprès d'eux, elle pensait que s'était fini, et vu la conversation qu'elle venait d'avoir avec Thorin, elle savait qu'il n'hésiterait pas à la sacrifier s'il venait à penser que ça pourrait lui permettre de récupérer la montagne.

C'était terrifiant de penser ainsi à l'homme qu'elle aimait, parce que malgré tout, elle l'aimait. Mais elle était aussi lucide. Elle se rendait compte que leur relation n'était pas ce qu'elle attendait. Depuis leur câlin chez Béorn, il n'avait eu aucun geste de tendresse envers elle.

Evidemment, les circonstances ne s'y étaient pas prêtées et Thorin n'était pas du genre à porter son cœur en bandouillère, mais quand même. Elle non plus n'était pas très démonstrative, mais elle aurait aimé un petit geste, quelque chose qui lui montre qu'il tenait à elle, un baiser volé ou un frôlement de main.

Et puis, elle en avait marre que chaque conversation dégénère. D'accord, elle n'y était pas pour rien, mais il était tellement susceptible...

Elle en était là de ses réflexions lorsqu'elle entendit Bard revenir. Son fils lui expliqua que les nains étaient partis et qu'il n'avait rien pu faire pour les retenir.

-« Ils sont partis depuis longtemps ? » demanda-t-il

Puis, il remarqua que la jeune femme était encore là et il se désintéressa de la réponse :

-« Où sont-ils » demanda-t-il à Ofélia en la saisissant par les épaules, la secouant légèrement.

-« En train de faire une connerie » lui répondit la jeune femme en se dégageant.

Il fronça les sourcils, réfléchissant à ce qu'elle venait de dire avant de comprendre.

Il se précipita vers la porte, semblant bien décidé à aller contrarier les projets des nains.

Il fut absent longtemps, et les nains ne revinrent pas non plus. Elle commençait à se faire du souci. Elle dîna avec les enfants de Bard.

Bain était sombre et ne parla pas beaucoup. Mais finalement, Ofélia s'entendit bien avec Sigrid, une fois que celle-ci eut comprit que la jeune femme que son père avait ramenée n'en avait pas après lui.

Et Tilda avec son esprit vif et sa curiosité permit à Ofélia de se distraire de ses mornes pensées. La fillette l'inonda de questions, voulant savoir d'où elle venait, pourquoi elle voyageait avec les nains.

Après le repas, elle aida Sigrid à ranger pendant que Bain allait aux renseignements.

Sigrid et Ofélia s'installèrent à la table de la cuisine, discutant de tout et de rien, attendant le retour des hommes.

Soudain, la porte s'ouvrit avec fracas et Bard entra suivi de son fils :

-« Ofélia, il faut que vous veniez avec moi. Vous êtes convoquée chez le maître. »

Elle leva un sourcil surpris.

-« C'est une longue histoire lui dit Bard. Je vous expliquerai en route. »

Elle se leva, salua Sigrid et suivi Bard qui était déjà ressorti.

Il marchait vite, elle devait presque trottiner pour rester à sa hauteur.

Il lui expliqua que les nains s'étaient fait prendre en train de cambrioler l'armurerie, mais que finalement, ils avaient réussi à convaincre le maître de la ville de les aider en lui promettant que quand ils auraient repris Erebor, ils l'aideraient à rendre à Esgaroth sa gloire d'antan.

Toutefois, Ofélia sentit une réticence chez le batelier. Il ne semblait pas persuadé que la ville pourrait en retirer un bénéfice quelconque, et surtout, il paraissait inquiet.

Ils arrivaient en vue de la maison du maître de la ville. Ofélia posa la main sur le bras de Bard et s'arrêta :

-« Qu'est-ce que vous ne me dites pas ? » lui demanda-t-elle.

Il la regarda un instant, semblant peser le pour et le contre avant de répondre.

-« Si Thorin réveille la bête, il ne restera pas suffisamment de cette ville pour espérer la reconstruire. » dit-il sombrement. « Vous savez ce qui s'est passé à Dale, n'est-ce pas ? »

Elle secoua la tête. Non, elle ne savait pas. Elle avait entendu le nom de Dale plusieurs fois, mais elle ne savait pas ce qui s'y était passé.

Bard la regarda avant de demander doucement :

-« Ofélia... D'où venez-vous ? Qui êtes-vous ? Et pourquoi suivez-vous ces nains ? »

-« Je viens de très loin... vraiment très loin et... »

Elle lui sourit avant d'ajouter.

« Il parait que je suis leur Porte-Bonheur. »

Il fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire. Quoi qu'il en soit, il lui raconta en quelques mots ce qu'il était advenu de la cité de Dale.

Quand il eut fini, elle secoua la tête et lui dit :

-« Partez, Bard. Prenez vos enfants et éloignez-vous d'ici. Rien ne pourra empêcher cette tête de mule de Thorin de tenter d'entrer dans cette montagne. »

-« Où voulez-vous que j'aille. » lui répondit-il « Je suis né ici et mes enfants aussi. Je ne partirai pas. »

Oui, évidement, elle comprenait ce qu'il ressentait, elle aussi avait été très attachée à son village, et elle savait qu'elle n'aurait pas accepté de le quitter de son plein gré quelles que soient les circonstances.

Alors qu'ils se remettaient en marche, Bard se tourna vers elle, l'air vaguement moqueur et demanda :

-« Au fait, comment suis-je censé m'adresser à la future Reine sous la Montagne ? »

Elle tiqua légèrement avant de laisser échapper un petit rire.

-« Je n'en ai pas la moindre idée. À ma connaissance, il n'y a pas de Reine sous la Montagne. »

En arrivant en bas des marches de la demeure du maître de la ville ? Bard la retint par le bras et lui dit à voix basse :

-« Vous vous rappelez ce que je vous ai dit concernant Alfried ? »

Ofélia fronça les sourcils.

-« Que c'était un gros porc ? »

Bard acquiesça avant d'ajouter :

-« Le maître de la ville est encore pire. Vous êtes une jolie femme, méfiez-vous de lui. » Il marqua une pause avant d'ajouter. « Nos routes se séparent ici, mais... si vous avez besoin de quoi que ce soit. Ma porte vous est ouverte. »

Elle fut touchée par son offre. Elle monta la première marche du bâtiment avant de se tourner vers le batelier et de déposer un baiser sur sa joue.

-« Encore merci Bard. Merci pour tout... Prenez soin de vous. »

Sur ce, elle monta les marches vers les gardes qui semblaient l'attendre.

Arrivant en haut, elle tourna la tête une dernière fois vers le batelier et lui fit un petit signe avant que les gardes ne la conduisent à l'intérieur.

Bard la regarda pénétrer dans le bâtiment avec un peu d'inquiétude. Il savait comment était le maître de la ville. Il espéra que ses compagnons veilleraient sur elle.

Elle entra dans un hall luxueusement meublé, à défaut de l'être avec goût. Elle fut prise en charge par une servante, qui la conduisit dans une chambre où elle lui donna des vêtements.

-« Pourquoi faire ? » demanda Ofélia. « Mes vêtements sont très bien. »

-« Oh, non, ils sont beaucoup trop humbles pour vous. Le maître a demandé à ce que nous vous parions de ce qu'il y a de plus beau pour la soirée qu'il donne ne l'honneur de votre promis. »

Super, pensa-t-elle, la nouvelle s'est déjà répandue, mais bon, elle décida de se montrer conciliante. Si ça leur faisait plaisir de la déguiser en princesse...

Lorsque la servante eut fini de l'apprêter et qu'elle se vit dans le miroir, elle dut se mordre les joues à s'en faire mal pour ne pas éclater de rire. Elle n'était pas déguisée en princesse... En fait, ça tenait plus du sapin de noël.

La jupe de la robe était si gonflée par les jupons qu'elle portait en dessous, qu'elle eut peur de ne pas passer la porte. Toute la robe était brodée d'or et d'argent, et des pierreries et des perles y était cousues. Elle était si lourde qu'elle se demandait comment elle allait pouvoir faire plus de trois pas avec.

Comme si ça ne suffisait pas, la suivante avait tressé des gemmes dans ses cheveux et accroché un lourd collier de pierreries autour de son cou.

-« Vous êtes magnifique ! » S'exclama la jeune fille qui l'avait habillé, avec une pointe de fierté dans la voix, en lui tendant une paire de chaussures qui ressemblait plus à des échasses qu'à des Charentaises.

Ofélia lui jeta un coup d'œil. Elle n'avait vraiment pas les mêmes goûts, mais elle n'eut pas le cœur de la contredire, se contentant d'un sourire, en chaussant les instruments de torture qu'on lui présentait.

Lorsqu'elle gagna enfin la salle du banquet, son arrivée fut très remarquée... En même temps, ce n'était pas habillé comme ça qu'elle risquait de passer inaperçue. Cependant, un coup d'œil à ses compagnons lui indiqua qu'ils n'étaient pas bien mieux lotis, les morceaux d'armure qui recouvraient leurs vêtements étaient parfaitement ridicules elles aussi.

Elle constata avec une légère inquiétude que la place vers laquelle on la conduisait était située entre Thorin, qui la regardait approcher avec des yeux écarquillés de stupeur et semblait avoir du mal à retenir un léger fou rire, et celui qu'elle devina être le maître de la ville. Bard avait raison. C'était un gros porc, au moins pour ce qui était de se tenir à table. Le voir bâfrer ainsi lui coupa l'appétit. Lorsque son regard se posa sur la jeune femme, elle n'aima pas, mais alors là, pas du tout, la lueur de convoitise qui y apparut. Elle se dit que finalement pour une fois, elle serait bien contente que Thorin soit jaloux.

Elle traversa toute la salle sous le regard goguenard de ses compagnons, tentant de ne pas trébucher sous le poids de la robe et la hauteur des chaussures, lorsqu'elle passa à hauteur de Bofur, il lui dit en riant :

-« Mahal, Ofélia, tu es si éblouissante que tu vas me brûler les yeux ! »

Elle lui jeta un regard glacial en répondant :

-« On ne peut pas dire que soit discret non plus ! »

Elle s'éloigna au son de son rire. Visiblement, ils avaient déjà bien entamé les réserves d'alcool de la maison.

Elle s'installa à table, se contentant de picorer... Elle avait déjà dîné et n'avait vraiment plus faim et puis même si elle avait été affamée, la vision du maître de la ville mordant à belles dents dans sa viande alors que le jus en dégoulinait sur son menton adipeux avant de maculer sa chemise aurait suffi à lui couper l'appétit.

-« Vous ne mangez pas, Ma Dame » lui demanda-t-il soudain « Peut-être ses mets ne sont-ils pas assez fins à votre goût ? »

-« Mange ! » lui ordonna Thorin à voix basse avec un ton grondant.

Elle prit une bouchée de son plat avant de se tourner vers le maître de la ville, se forçant à lui offrir un sourire radieux en vantant la qualité du repas, s'excusant de ne pas avoir beaucoup d'appétit.

Il posa sa main sur le genou de la jeune femme, sous la table, et commença à la faire glisser vers le haut de sa cuisse en prenant un air qu'il imaginait attristé et inquiet, mais tenait plus de la concupiscence, disant :

-« Peut-être souhaitez-vous vous retirer pour vous reposer ? Je peux vous conduire jusqu'à vous appartements. »

Ofélia se tendit, sentant son cœur battre dans sa gorge. Elle jeta un coup d'œil à Thorin, cherchant un soutien. Elle surprit le regard du nain, il avait vu le geste de l'homme, mais ne semblait pas s'en formaliser. Elle le regarda durcissant le regard, cherchant à l'inciter à dire quelque chose, mais il se contenta de détourner les yeux.

-« C'est très aimable à vous » dit-elle se tournant vers le maître de la ville « mais, mon promis va s'en charger. »

Le promis en question tourna la tête vers elle, mais ne trouva pas d'excuse valable qui aurait pu justifier auprès de leur hôte qu'il n'accompagne pas sa future épouse.

Ils quittèrent la table. Ofélia attrapa d'autorité le bras de Thorin.

-« Sourit ! » lui ordonna-t-elle « Il nous regarde. »

Alors il s'exécuta une mauvaise grâce.

Les couloirs étaient pleins de monde, alors ils restèrent silencieux. Arrivée devant la porte de la chambre de la jeune femme, elle l'ouvrit avant de se tourner vers le nain.

-« Merci » dit-elle d'un ton froid.

-« Tu ne me laisses pas entrer ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.

-« Pourquoi faire ? » demanda-t-elle.

Il s'approcha avec ce sourire si rare qui faisait fondre le cœur d'Ofélia et tenta de passer son bras autour de sa taille. Finalement, elle apprécia la robe. Elle était si volumineuse que le bras de Thorin ne passait pas entre le chambranle de la porte et le corps de la jeune femme.

-« Tu es ma promise... » Ronronna-t-il « ... et je ne t'ai pas eue depuis que nous sommes partis de chez le changeur de peau. »

-« Béorn, il s'appelle Béorn » précisa-t-elle, agacée par le manque de reconnaissance de Thorin.

-« Si tu veux, » dit-il distraitement, avançant son visage vers le sien.

Elle fit un pas en arrière.

Thorin fronça les sourcils, visiblement contrarié.

-« Qu'est-ce qu'il y a cette fois ? » demanda-t-il « Pourquoi cherches-tu toujours à me contrarier. »

-« Je ne cherche pas à te contrarier Thorin. C'est juste que ce soir, je n'ai pas envie. »

-« Pas envie ? » répéta-t-il incrédule « Une épouse doit s'adapter aux envies de son mari ! »

-« C'est pas comme ça que ça marche. Pas chez moi. Et je ne suis pas ton épouse. »

-« Tu n'es plus chez toi ! Et tu es à moi ! » lui dit-il vertement.

Elle tiqua et son regard se durcit avant de répondre :

-« Thorin, si tu t'imagines que tu peux disposer de mon corps comme tu l'entends, pour toi-même ou pour me donner à un autre, tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Je ne me laisserai pas faire... Plutôt crever » cracha-t-elle.

-« Comment ça, te donner à un autre ? » demanda le nain, sincèrement surpris.

-« Je sais que tu as vu le geste déplacé du maître de la ville. Pourtant, tu n'as pas bronché, alors que tu as fait une vie d'enfer à Bofur et que tu m'as fait une scène à cause de Bard ! Je trouve que tu as la jalousie sélective. »

-« Je ne voulais pas faire un esclandre. Le maître de la ville est généreux avec nous... »

Elle sentit sa gorge se serrer douloureusement, et ferma les yeux un instant. Elle recula d'un pas de plus et entra dans la chambre.

-« Je ne suis pas ta chose Thorin. Tu ne peux pas disposer de moi comme ça. Et puis, de toute façon, tu as trop bu ».

Sur ce, elle claqua la porte, donna un tour de clef et s'appuya contre la porte alors que des larmes commençaient à rouler sur ses joues. Elle l'entendit rugir de colère, mais il n'insista pas. Elle entendit ses pas lourds s'éloigner dans le couloir.

Elle regarda la pièce et croisa le regard de son reflet dans le miroir. Il était hors de question qu'elle reste une seconde de plus ici. Pas question de s'endormir sous le même toi que ce gros porc. Il serait capable de s'introduire dans sa chambre pendant la nuit.

Elle se déshabilla rapidement, ôta les bijoux et les ornements de ses cheveux avant de les jeter sur le lit. Elle retrouva les vêtements que Bard lui avait donnés, là où elle les avait laissés et les enfila rapidement.

Quand elle fut changée, elle s'approcha doucement de la porte, collant son oreille sur le bois pour écouter les bruits du couloir. N'entendant rien, elle l'entrouvrit et jeta un coup d'œil. Tout était tranquille. Elle se glissa hors de la chambre, refermant soigneusement derrière elle, et s'éloigna en rasant les murs.

Elle avait décidé de retourner chez Bard. Il accepterait sûrement de lui donner asile pour la nuit, voire pour quelques jours, le temps qu'elle décide de ce qu'elle allait faire... Mais pour ça, il fallait qu'elle sorte de cette demeure, et qu'elle sorte discrètement, hors de question de passer par la porte principale.

Elle trouva un escalier et le descendit pour se retrouver dans ce qui semblait être l'office de la maison. Elle entendit des voix et des bruits de casseroles dans la pièce voisine, discrètement, elle jeta un coup d'œil. Elle était dans les cuisines, et s'était le branle-bas de combat. Elle repéra une porte de l'autre côté de la pièce, ouverte sur la nuit.

Elle vit une des servantes sortir pour aller jeter des détritus dans le canal. Juste à côté de la porte qui donnait dans l'office, elle repéra un sceau remplit de poubelles. Elle entra dans la cuisine, attrapa le seau et se dirigea tranquillement vers la porte.

Elle surprit un ou deux regards sur elle, mais personne ne l'interpella. Dés qu'elle fut dehors, elle posa le seau au coin de la porte et s'éloigna dans les ruelles sombres de la ville.

Il faisait froid, mais ça lui fit du bien. Il lui fallut longtemps avant de retrouver le logis de Bard. Le temps d'y arriver, elle était glacée et grelottait. Elle grimpa les escaliers et frappa à sa porte. Elle attendit longtemps, mais la porte resta close. Elle frappa encore une fois. Toujours sans réponse.

Elle regagnait l'escalier lorsqu'elle entendit un bruit de serrure derrière elle. Elle se retourna et vit Bard dans l'encadrement.

-« Ofélia ?! Qu'est-ce qui s'est passé » demanda-t-il, s'approchant d'elle à grand pas.

Elle déglutit difficilement et répondit avec un petit sourire triste, peinant pour retenir ses larmes :

-« Vous aviez raison... C'est vraiment un gros porc. »

Elle n'eut pas le temps d'ajouter autre chose. Le batelier se précipita vers elle et passant un bras protecteur autour de ses épaules tremblantes la conduisit à l'intérieur.