Bard avait été stupéfait de la retrouver devant sa porte à cette heure de la nuit. Mais surtout, il avait compris qu'elle était bouleversée. Décidément, il n'en avait pas encore fini avec ce chaton perdu.
Lorsqu'il avait passé son bras autour de ses épaules, il l'avait senti se raidir et deviné qu'elle luttait pour retenir ses larmes.
Il la conduisit à l'intérieur et l'installa sur une chaise devant la cheminée avant d'aller chercher une couverture pour la déposer sur ses épaules. Elle avait les yeux dans le vide, profondément perdue dans ses pensées.
Il lui prépara une tisane et elle sursauta quand il lui tendit la tasse.
-« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle, prenant la tasse entre ses mains.
-« De la mélisse et de la camomille » dit-il doucement, prenant une chaise pour s'installer à côté d'elle.
-« Pour m'aider à me calmer ? » demanda-t-elle
Il sourit.
-« Vous connaissez les plantes ? » demanda-t-il
-« Un peu. » répondit-elle avant de retomber dans le silence.
-« Et si vous me racontiez ce qui s'est passé ? » demanda-t-il doucement.
Ofélia tourna le regard vers lui. Une partie d'elle avait envie de vider son sac, de lui raconter ses doutes, ses peurs, ses espoirs, mais une autre partie lui rappelait que cet homme était un étranger, même s'il avait été bon pour elle et si elle avait envie de lui faire confiance.
Finalement, elle se lança. Elle raconta la soirée, s'efforçant de rendre son récit moins pesant que ce qu'elle ressentait. Elle fit rire Bard lorsqu'elle lui décrivit la tenue que le maître avait choisie pour elle.
-« Oui, » dit-il « C'est une vraie pie. Il est attiré par tout ce qui brille. »
Il vit son visage s'assombrir quand elle expliqua la main sur son genou et la proposition déplacée à peine voilée et le comportement de Thorin.
Bard vit briller ses yeux quand elle évoqua le nain. Il était clair qu'elle était très éprise.
-« Vous trompez, Ofélia... » dit-il doucement.
Elle tourna vers lui un regard interrogateur et il lui sourit gentiment avant de reprendre :
-« Je ne suis pas d'accord avec les projets de Thorin, parce que je pense qu'il risque de tous nous faire tuer... mais je comprends sa détermination, et je respecte l'homme. Je ne pense pas qu'il irait jusqu'à vous sacrifier pour récupérer Erebor. »
Elle garda le silence un instant. Elle, elle n'en était plus aussi sûre que ça. Elle hésita à livrer le fond de sa pensée. Elle jeta un coup d'œil à Bard. Il regardait les flammes, ne cherchant pas à la pousser à parler. Il la laissait libre. Libre de parler ou non. Se contentant de lui offrir une oreille bienveillante. Et puis, il était sage, alors qu'elle se sentait perdue.
-« Je n'en suis pas si sûre... » Répondit-elle doucement. « Il n'hésitera pas à faire tout ce qu'il estime nécessaire pour récupérer cette saloperie de montagne... Il change au fur et à mesure qu'on se rapproche. Il devient plus insensible. Je ne sais pas trop comment l'expliquer, c'est subtil, mais c'est comme si... comme si plus rien n'avait d'importance à part la reconquête de son royaume. Je suis sûre qu'en temps normal il n'est pas comme ça, mais là... je suis certaine qu'il n'hésiterait pas à sacrifier chacun de nous si ça lui donnait l'assurance de récupérer son trône. »
Bard se tourna vers elle, les sourcils froncés. Il resta silencieux un instant avant de reprendre :
-« Alors, il est déjà atteint lui aussi ? »
-« De quoi parlez-vous ? » demanda la jeune femme.
-« Ne savez-vous pas que c'est la fièvre de l'or qui s'est emparée de son grand-père qui à conduit à cette tragédie ? Lui aussi est devenu avide et insensible. Il y a quelque chose dans cette montagne qui les rend tous fous. »
Elle le regarda, surprise. Elle n'avait jamais entendu cette version de l'histoire, mais ça expliquait beaucoup de choses. Et elle réalisa soudain qu'elle savait ce qu'était ce quelque chose. Une pierre. Une pierre vivante qui resserrait son emprise dans leur esprit jusqu'à les rendre aussi durs qu'elle.
Ils restèrent longtemps silencieux, sirotant les dernières gouttes de leur tisane en regardant les flammes.
-« D'où venez-vous, Ofélia ? » demanda Bard.
-« Pourquoi cette question ? » demanda-t-elle
-« Parce qu'il y a quelque chose chez vous, quelque chose de différent. Comme si vous n'aviez pas la même mentalité que nous. »
Elle tourna les yeux vers le batelier. Quand elle croisa son regard franc, elle comprit qu'elle lui raconterait tout.
-« C'est une très longue histoire. »
Bard se leva et revint avec la bouilloire pleine de tisane en disant :
-« Nous avons toute la nuit. »
Elle rit et commença à raconter son histoire. La vie chez elle, son arrivé dans ce monde, sa rencontre avec les nains, les explications de Gandalf concernant les « passagers du temps » et toutes les aventures qu'elle avait vécues avec eux depuis.
Il l'écouta patiemment, n'interrompant jamais son récit. Les heures filèrent. Quand elle finit, il était tard dans la nuit.
Il resta un instant silencieux, réfléchissant à tout ce qu'elle venait de dire. Ainsi, c'était une « passagère du temps ». Ça expliquait beaucoup de choses. Bard avait entendu parler de ces personnes arrachées à leur monde pour être transplantée dans la Terre du Milieu. Certain de ses ancêtres en avait rencontré et les histoires s'étaient transmises de génération en génération, enjolivées et déformées, devenant légendes au fil du temps. Mais de ces histoires, il avait au moins retenu une chose. Quand les « passagers du temps » s'étaient défilés, les conséquences avaient été funestes pour ce monde.
-« Vous savez Ofélia, dans cette histoire, vous risquez de perdre votre âme. »
Elle secoua tristement la tête.
-« Dans cette histoire, je risque plus que ça... J'ai déjà beaucoup perdu. Mais ce n'est pas grave, finalement, il ne me reste plus grand-chose à perdre... Seulement, je ne sais pas ce qu'on attend de moi. »
Elle s'interrompit et chercha à capter le regard du Batelier. Quand se fut fait, elle reprit.
-« Bard... Qu'est-ce que je dois faire ? »
Il soupira. Il lui en coûtait de lui dire ça. Il aurait voulu lui dire qu'elle n'avait rien de plus à faire. Qu'elle pouvait rester à Esgaroth quelque temps avant de partir s'installer où elle le désirait. Mais il sentait que son rôle n'était pas accompli. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais il savait qu'elle devait continuer.
-« Ofélia, ma famille a autrefois été en relations avec un « passager du temps. » Un de ceux qui n'ont pas accepté leur rôle. Ça a été une catastrophe pour ce monde. Alors, même si je voudrais vous dire de rester ici, en sécurité, je ne peux que vous inciter à poursuivre la route avec eux. Qui sait ? Peut-être votre rôle est-il d'éviter que le même mal s'empare de Thorin. Peut-être votre rôle est-il de l'aider à résister à l'emprise de la montagne. »
-« Mais comment ? » demanda-t-elle « Qu'est-ce que je peux faire contre ce genre de sortilège. Je ne suis pas sorcière ! »
-« Je n'ai jamais entendu parler d'une humaine qui serait tombée amoureuse d'un nain... ni d'un nain amoureux d'une humaine. Peut-être est-ce tout ce qu'on attend de vous. Que votre amour détourne Thorin de son obsession...
Ils restèrent silencieux. Le silence se prolongea longtemps et Bard constata finalement qu'Ofélia, épuisée par les évènements s'était endormie sur sa chaise. Il se leva en souriant et la prit dans ses bras pour aller la coucher dans son propre lit.
-« Pauvre chaton perdu, » murmura-t-il en lui caressant la joue. « J'espère que les Valars n'ont pas imaginé une tâche trop lourde pour toi. »
Elle soupira, marmonna dans son sommeil et se retourna sous les couvertures. Il sourit et sorti de la pièce.
Il retourna dans la pièce commune, alla s'assurer que ses filles et son fils dormaient dans leurs alcôves avant de s'enrouler dans une couverture et de se coucher devant la cheminée.
Ofélia se réveilla en sursaut, elle était en larmes, son cœur battait à tout rompre. Elle avait fait un cauchemar. Un cauchemar affreux. Elle avait vu les cadavres de Thorin et de ses neveux. Ils étaient sur un champ de bataille jonché de milliers d'autres corps. La vision en elle-même était déjà assez traumatisante, mais ce qu'il l'avait bouleversée, c'était la voix. Une voix douce et triste qui lui disait :
-« La lignée de Durin s'éteint avec eux. Tu as échoué. »
Il lui fallut quelques instants pour reprendre ses esprits et calmer les violents sanglots qui déchiraient sa poitrine. Quand elle se fut reprise, elle constata qu'elle était couchée dans un lit. Un coup d'œil au reste de la chambre lui indiqua qu'elle était dans le lit de Bard.
Elle eut un moment d'inquiétude avant de constater qu'elle était seule, et surtout qu'elle était entièrement habillée. On ne lui avait retiré que ses bottes qui étaient soigneusement posées au pied du lit.
Elle se demanda où le batelier avait dormi et se leva.
Lorsqu'elle gagna la pièce commune, elle remarqua que le jour n'était pas encore levé, elle soupira de soulagement. Elle avait décidé de continuer l'aventure. Elle avait décidé de ne pas se défiler...
Elle vit le batelier couché sur le sol devant la cheminée et se sentit coupable de l'avoir privé de son lit.
Pour se faire pardonner, elle commença à préparer le déjeuner.
L'odeur de la tisane et de la nourriture réveilla Bard. Lorsqu'il commença à bouger et à se redresser, Ofélia s'approcha de lui et lui tendit une tasse.
-« Je suis navrée » dit-elle
Il fronça les sourcils et demanda pourquoi.
-« De vous avoir envahit, des tracas que je vous ai causés, d'être venu frapper à votre porte à une heure indue et de vous avoir gardé éveillé une bonne partie de la nuit avec mes histoires. Et pour finir, de vous avoir privé de votre lit. »
Il acheva de se relever en souriant et dit, en prenant la tasse qu'elle lui tendait :
-« Vous serez toujours la bienvenue chez moi. Et votre histoire était des plus passionnante, elle valait bien de rester éveillé. Quant à mon lit... ce n'est pas souvent que j'y dors. Je suis plus habitué au pont de mon bateau. »
-« Raison de plus. Je vous ai privé d'une des rares occasions où vous pouviez profiter d'un peu de confort. »
-« Aucun homme qui se respecte ne dormirait dans son lit alors qu'une jeune femme dort sur le sol de sa cuisine. Ça s'appelle la galanterie. N'avez-vous pas ça chez vous ? » demanda-t-il moqueur.
Elle rit doucement avant de dire :
-« La galanterie est morte avec l'essor du féminisme. Il faut savoir ce qu'on veut, on ne peut pas exiger d'être traité en égale des hommes, et demander à ses derniers d'avoir des égards particuliers envers nous... »
Bard secoua la tête en disant :
-« Votre monde a l'air d'être très compliqué. »
-« Pour moi, c'est le vôtre qui l'est. » soupira-t-elle
Elle retourna vers la cuisine pour achever de dresser la table.
-« Vous n'aviez pas à faire ça » dit Bard en la rejoignant et désignant la table.
-« Je sais, » dit-elle en lui jetant un regard espiègle « Je suis votre invitée. Mais ça me fait plaisir. »
Elle jeta un regard vers l'alcôve où Sigrid et Tilda dormaient et dit :
-« Pour une fois, Sigrid goûtera au plaisir de n'avoir qu'à mettre les pieds sous la table. »
Bard sourit et s'installa à table et elle lui servit son déjeuner.
-« Avez-vous pris votre décision ? » demanda-t-il.
Elle se rembrunit légèrement avant de répondre :
-« Je vais continuer avec eux. »
Bard ressentit un léger pincement au cœur. Il craignait qu'elle ne survive pas à cette aventure, mais après tout, peut-être était-ce son destin. Il se contenta de hocher la tête et resta silencieux quelques instants de plus avant d'ajouter.
-« Leur départ est prévu au petit jour, sur le quai devant la maison du maître de la ville. Je vous accompagnerai jusqu'à l'entrée de la rue, mais je n'irai pas plus loin. »
Elle hocha la tête pour indiquer qu'elle comprenait.
Lorsque l'heure du départ fut venue, Bard réveilla ses enfants et leur expliqua qu'il accompagnait leur invitée.
Sigrid sauta du lit en disant :
-« Elle ne peut pas partir le ventre vide ! Père, tu aurais dû me réveiller plus tôt ! »
Ofélia sourit et s'approcha de la jeune fille en lui disant :
-« Tout est prêt. Pour une fois, tu n'as qu'à glisser les pieds sous la table... Merci pour tout Sigrid. J'espère que j'aurais l'occasion de te revoir. »
Après avoir dit adieu aux enfants, elle suivit Bard à travers les ruelles de la cité. Lorsqu'ils arrivèrent en vue du ponton d'où les nains devant partir, ils constatèrent que le maître de la ville avait fait les choses en grand, avec fanfare, qui jouait faux, estrade et discours.
Elle se retourna vers Bard et le remercia encore une fois pour tout ce qu'il avait fait pour elle.
Il lui sourit et lui tendit le paquet qu'elle l'avait vu prendre avec lui avant de sortir :
-« C'est pour vous. »
Une lueur de curiosité s'alluma dans le regard de la jeune femme. Et elle prit le paquet pour l'ouvrir. À l'intérieur, elle découvrit une magnifique cape de voyage qui avait l'air merveilleusement chaude. Elle tourna un regard surpris vers le batelier.
-« Je l'avais fait coudre pour ma femme. Je n'ai jamais eu l'occasion de la lui offrir. Il est tant qu'elle serve à quelque chose. »
-« Je ne peux pas accepter Bard. » dit Ofélia en remarquant la lueur nostalgique dans les yeux du batelier
-« Bien sur que si ! Elle est emballée depuis qu'elle a été cousue, elle n'a jamais servi à rien jusqu'à maintenant. Il est tant qu'elle joue son rôle : tenir chaud à un chaton perdu. »
Ofélia serra les paupières un instant, tentant de retenir les larmes d'émotion qui inondaient ses yeux, avant de poser le précieux présent sur ses épaules.
Cédant à son impulsion, elle serra le batelier dans ses bras, se haussant sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue.
-« Vous êtes un homme bon, Bard. J'espère que vous serez à nouveau heureux, vous le méritez. Prenez soin de vous et de vos enfants... Qui sait, peut-être reviendrais-je vous voir quand tout sera fini... » Dit-elle d'une voix légèrement plus étranglée qu'elle ne l'aurait voulue.
Bard sourit en lui rendant son étreinte.
-« Vous aussi, vous êtes quelqu'un de bien. Je vous souhaite d'être heureuse. Et sachez que vous serez toujours la bienvenue chez moi. »
Ofélia se détourna rapidement. Elle ne voulait pas que Bard voie les larmes qui débordaient de ses yeux. Elle avait toujours détesté les adieux et elle savait que s'était probablement exactement ce que c'était. Il n'y avait que très peu de chance qu'ils se revoient un jour.
Elle s'éloigna dans la rue et au bout de quelques pas, se retourna pour lui faire un signe de la main.
Il resta là jusqu'à ce qu'elle ait rejoint le groupe des nains qui venait d'apparaître. Espérant sincèrement la revoir un jour, dans des circonstances moins tragiques.
Ofélia se joignit au groupe des nains, l'air de rien. Elle surprit le regard noir de Thorin sur elle, mais l'ignora. Elle entendit Bilbon dire :
-« Vous savez qu'il nous en manque un ? Où est Bofur ? »
-« S'il n'arrive pas, nous partons sans lui » dit durement Thorin.
Ofélia venait de rejoindre le groupe lorsqu'elle entendit Thorin dire :
-« Non, pas toi. »
Elle se retourna et vit qu'il parlait à Kili. Elle ne l'avait pas vu depuis la veille et fut choqué par son apparence. Il avait le visage couleur de cendre et semblait faire de gros effort pour cacher sa souffrance. Elle s'inquiéta vraiment pour la santé du jeune nain.
S'ensuivit une petite rébellion. Oïn quitta la barque en disant que son devoir était de rester auprès du blessé, et Fili tenta d'infléchir la décision de son oncle avant de déclarer que sa place était auprès de son frère et de quitter le groupe à son tour.
Ofélia sentit son cœur se serrer. D'un côté, elle était d'accord avec Thorin. Kili avait l'air vraiment mal en point, mais elle n'était pas d'accord avec ses arguments. Après tout, s'ils rataient le coche, s'ils ne trouvaient pas la porte, il y aurait un autre jour de Durin l'an prochain, ils auraient une nouvelle chance. Ça faisait presque 160 ans qu'il attendait, il n'était plus à un an prés !
Elle pensait qu'il aurait dû se soucier de la santé de son neveu. Elle, elle s'inquiétait vraiment pour le jeune homme.
Elle était en train d'enjamber le rebord de la barque lorsque Thorin dit :
-« Pas toi non plus ! »
Elle sursauta et se tourna vers lui en fronçant les sourcils.
-« Reste ici, tu nous rejoindras avec les autres quand tout sera fini. »
-« Mais... » Commença-t-elle
Thorin marcha sur elle et l'attrapa brusquement par les épaules, et la secoua rudement. Son visage était fermé et sévère et ses yeux avaient leur couleur d'orage. Elle réalisa qu'elle ne les avait pas vus autrement depuis qu'ils étaient entrés dans la Forêt Noire. Elle combattit furieusement l'envie de soupirer qui l'envahie.
-« Arrête de discuter chacun de mes ordres ? » lui dit-il d'un ton revêche « Et puis d'abord, tu étais où ? ».
-« Chez Bard. » répondit-elle calmement.
Le visage de Thorin se fit encore plus ombrageux et il reprit à voix basse, pour que les spectateurs n'entendent pas.
-« Tu veux dire que tu t'es refusée à moi pour t'offrir à cet homme du lac ?! »
-« Non » répondit-elle sur le même ton, avec un profond soupir « Je suis juste allée chercher la sécurité du foyer d'un ami. Je suis sûre que le maître de la ville n'aurait pas hésité à s'introduire dans ma chambre cette nuit. »
-« Pas si j'avais été là » renifla Thorin.
Ofélia dut faire appel à toute sa patience pour ne pas rétorquer qu'elle pensait qu'il n'aurait pas hésité à la jeter en pâture à cet homme pour s'assurer de son soutien. Ce n'était vraiment pas le moment de déclencher la 3ème guerre mondiale.
Elle ne répondit rien, mais soutint son regard. Elle avait sa conscience pour elle. Qu'il croit ce qu'il voulait.
Le regard inquisiteur de Thorin l'examina un moment, comme s'il cherchait sur elle une preuve de son mensonge, mais ne trouvant rien, il pinça les lèvres et s'éloigna pour grimper dans la barque en lui disant :
-« Tu restes ici avec les autres ! Ce n'est pas négociable. »
C'est ainsi qu'elle se retrouva sur le ponton avec Oïn, Fili et un Kili très mal en point, à regarder l'embarcation s'éloigner sur le lac en direction de la montagne au son des accords dissonants de la fanfare d'Esgaroth.
Elle était en train de se dire que maintenant, elle avait vraiment très peu de chance d'arriver à faire ce qu'on attendait d'elle lorsqu'un remue-ménage se fit entendre derrière elle.
Elle se tourna et vit apparaître un Bofur essoufflé, le chapeau de travers qui criait :
-« Attendez-moi. »
Puis repérant la jeune femme et ses compagnons, il sourit en leur disant :
-« Ah ! Vous aussi vous avez raté le bateau ? »
Il avait l'air tellement... tellement Bofur, qu'elle ne put retenir un éclat de rire.
C'est à ce moment-là que Kili fit un malaise.
Elle se précipita vers lui. Son visage avait la couleur de la cendre, ces cheveux étaient collés par la sueur malgré le froid qui régnait ce matin là, et il tremblait violemment.
-« Il faut l'emmener chez Bard ! » dit-elle
